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Full text of "Grammaire de la langue d'oil, ou Grammaire des dialectes français aux 12e et 13e siecles; suivie d'un glossaire contenant tous les mots de l'ancienne langue qui se trouvent dans l'ouvrage"

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GRAMMAIRE 
DE  LA  LANGUE  D'OÏL 


OU 


GRAMMAIKE  DES  DIALECTES  FRANÇAIS 

AUX  xn«  ET  xm^  siècles 


STJIVTB 


D'UN  GLOSSAIRE 


CONTENANT  TOUS  LES  MOTS  DE  L  ANCIENNE  LANGUE  QUI  SB  TROUVENT 
DANS  l'ouvrage 


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G.^Ff^iURGUY. 


TROISIEME    EDITION. 

TOME  n. 


BERLm,  1882. 
W.    W  E  B  E  R. 


PARIS, 

MAISONNEUVE    Se    CH^ 


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TROISIEME  CONJUGAISON. 

Les  verbes  en  oir  sont  ceux  qui,  dans  la  langue  littéraire, 
ont  en  général  conservé  le  plus  exactement  les  marques  de  la 
conjugaison  forte,  à  laquelle  ils  appartiennent  presque  tous. 

DEVOIE  (v.  fo.),  debere. 

Les  dialectes  bourguignon  et  picard  assourdirent  en  o  Ve 
long  radical  latin',  et  obtinrent  les  formes  dovor^  devoir,^  tandis 
que  le  normand  conserva  cet  e,  d'où  dever,  et  dans  les  dialectes 
mixtes,  deveir. 

D'après  ces  thèmes,  on  conjuguait  le  présent  de  l'indicatif 
régulièrement  fort: 

BOURGOGNE.  PICARDIE.  NORMANDIE. 

doi-,  doi-,  dei-, 

doi-z,  doi- s,  dei-z, 

doi-t,  dol-tj  \  dei-t, 

dev-ons,  o^       dev-omes,  dev-um, 

dev-eiz,  dev-es,  dev-ez, 

doiv-ent  doiv-ent  deiv-ent 

ou  ou  ou 

doi  -  ent.  doi  -  ent.  dei  -  ent. 

Ce  tableau  donne  les  formes  les  plus  ordinaires ,  et,  comme 

on  voit,  la  première  et  la  seconde  personne  du  pluriel  avaient 

un   e  radical,    au   lieu    de   Vo    primitif,    en   Bourgogne   et   en 

Picardie.    On  rejeta  très -probablement  l'o  à  ces  personnes,  parce 

(1)  Rien  n'est  plus  faux  que  d'admettre  une  terminaison  infinitive  avoir.  On  pré- 
tend ,  je  le  sais ,  faciliter  par  là  aux  enfants  le  mode  de  conjugaison  des  verbes  en 
oir;  mais  que  ev  fasse  partie  du  radical  ou  do  la  terminaison,  je  ne  vois  pas  com- 
ment ils  comprendont  mieux  le  changement  de  ev  en  oi  à  certaines  personnes  du 
prosent  de  l'indicatif,  à  la  seconde  du  singulier  de  l'impératif  et  au  présent  du  sub- 
jonctif. On  m'objectera  !peut-être  encore  que  le  parfait  défini  est  inexpliquablo  en 
prenant  recev,  dev,  etc.  pour  radical.  Je  répondrai  que  la  forme  de  ce  temps  est  fort 
indifférente,  puisqu'on  le  considère  dans  nos  grammaires  comme  un  temps  primitif.  — 
Les  grammairiens  qui  ne  reconnaissent  que  la  véritable  terminaison  oir,  tombent  dans 
une  erreur  plus  gi-ave  encore  en  regardant  ev,  oi,  dans  les  verbes  devoir,  redevoir, 
et  les  composés  de  capere,  comme  faisant  partie  de  la  terminaison.  Ev  appai'tient  au 
radical,  et  oi,  qui  représente  l'e  de  la  syllabe  ev  devant  les  terminaisons  légères,  n'en 
peut  par  conséquent  être  séparé  non  plus.  Il  y  a,  dans  la  langue  littéraire,  syncope 
de  la  consonne  terminative  du  radical  aux  ti-ois  personnes  du  singulier  du  présent  do 
l'indicatif,  et  à  la  seconde  do  l'impératif;  voilà  tout.  (Cfr.  mouvoir,  vouloir.) 

Burguy,   Gr.  do  la  langue  d'oïl.    T.  IL    Éd.  III.  1 


"Z  DTJ   VEKBE. 

qu'on  craignait  que  cette  large  voyelle  pleine  ne  donnât  trop 
de  valeur  au  radical,  et  puis  l'inaccentuation  de  Vo  favorisait 
l'affaiblissement  en  e.  Dès  la  fin  du  XII'^  siècle,  Ve  repoussa 
Vo,  et,  durant  tout  le  XTTT^,  les  formes  en  e  radical  furent, 
pour  ainsi  dire,  les  seules  en  usage  à  ces  personnes.  Les 
provinces  du  sud -ouest  de  la  langue  d'oïl  qui  faisaient  un 
fréquent  emploi  de  l'o,  comme  on  l'a  déjà  observé  souvent, 
continuèrent  à  se  servir  de  Vo  radical. 

Au  lieu  de  deà,  deït,  deient,  on  trouve  quelquefois,  en  Nor- 
mandie, de%,  det^  deeht,  c'est-à-dire  des  formes  non  renforcées. 
Dans  la  Touraine,  le  Maine  et  l'Anjou,  on  écrivait  dai. 
Quant  à  doivent,  dotent^  deivent,  deient,  il  faut  remarquer  que 
les  textes  les  plus  anciens  emploient  doient,  deient,  beaucoup 
plus  souvent  que  doivent^  deivent.  Boivent^  du  reste,  s'est  fixé 
plus  tôt  en  Picardie  qu'en  Bourgogne;  et,  d'autre  part,  deivent 
a  devancé  doivent  dans  son  emploi  général.  Après  1250,  les 
formes  pleines  avaient  prévalu,  sans  toutefois  exclure  celles  où 
il  y  avait  syncope  du  v,  surtout  en  Bourgogne. 

Certes ,  se  je  nel  vange ,  j'an  doi  avoii*  le  tort  (Ck.  d.  S.  E,  63.) 
Mais  par  Mahon  à  cui  jo .  doi  servise, 
Ains  que  soit  hiii  la  bataille  conquise 
I  ferrai  je  de  m'espee  forbie.     (0.  d.  D.  v.  1714-6.) 
Cume  li  reis  le  sout  e  veud  les  out,  parlad  al  prophète,  si  li  dist: 
JDei  jo  ceste  gent  ocire ,  bel  père  ?     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  368.) 

Hom  sui  Eollant,  jo  ne  li  dei  faillir.     (Cb.  d.  E.  p.  32.) 
Ben  dai  mûrir  pur  sue  amur.     (Ti'ist.  II,  p.  97.) 
Guiteclin,  fait  il,  sire,  tu  ne  doiz  pas  atandre. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  106.) 

Ice  doiz  tu  savoir  touz  dis, 

Ces  oboses  sunt  senefiance, 

Qu'en  fera  de  toi  remembrance.    (E.  d.  S.  G.  v.  914-16.) 

Que  li  dois  tu  plus  demander 

Ne  mais  que  sol  tes  bom  deviegne 

Et  des  Eomains  sa  terre  tiegne.     (Brut.  v.  4887  -  9.) 

Des  ore  fai  çou  que  tu  dois.    (FI.  et  Bl.  v.  1009.) 

Donc  me  deiz  tu  por  Dieu  aidier.     (Cbast.  XTV.  v.  153.) 

Sire  midt  te  deiz  esforcier  .  .  .     (Ben.  v.  6673.) 

Yeies  mult  te  covient  garder. 

Ne  t'en  dez  pas  aseurer 

Del  reaume  qu'as  à  tenir 

Qu'i  ne  le  fessait  à  toUr  ...     (Ib.  v.  20459-62.) 
Chaitivel  et  maie  est  lor  conversations,   mais  pitiet  doit  om  avoir 
de  la  subversion  de  ton  peule.     (S.  d.  S.  B.  p.  556.) 

En  ses  oyvres  doit  mostrer  li  prelaiz  ke  tôt  ceu  ne  doit  om  mies  faire 
qu'il  ensaignet  à  ses  disciples  estre  contraire  à  lor  salveteit.   (Ib.p.570.) 


DU   VEKBE.  6 

Vers  Damedeu  ne  doit  mms  guerroier.    (G.  d.  Y.  v.  992.) 
Sire,   Sire,   ne   te    deit  pas    huem    cuntrester,    mais   tu   deis   les 
orgueillus  abatro  e  defulor.     (Q.  L.  d.  R.  HE,  p.  301.) 

Quan  Deus  venistes  querre ,  estre  vus  dait  le  melz.  (Char.  v.  168.) 
Menbrer  vus  dait,  dame  raïne, 
Cum  je  guarri  par  la  meschine.     (Trist.  II,  jd,  106.) 
Dont  devons  nos  grant  estre  entre  toz  ceaz  d'Orient.    (M.  s.  J.  p.  497.) 
Qai*  par  celui  Seignor  que  nos  devons  proier, 
Mar  direz  à  Berart  qi  li  doie  enuier.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  227.) 
De  Desier  vos  devomes  canter,     (0.  d.  D.  v.  5028.) 
Saul  nus  deprienst  felenessement;   pur  ço  si  devum  depriendre  ces 
ki  sunt  de  sun  lignage,    que  neis  im  n'i  remaigne   en  tute  la  terre  de 
Israël.     (Q.  L.  d.  E.  n,  p.  201.  2.) 

Pui-  nostre  rei  devum  nus  ben  muiir.     (Ch.  d.  R.  p.  45.) 
Cornent,  fait  dune  li  quens,  puet  estre  deturne. 
Quant  vus  li  devez  fei ,  humage  e  iigee  ?    (Th.  Cantb.  27.  v.  23.  4.) 
Qui  est  il,  Helissant,  nel  me  devez  noier?    (Ch.  d.  S.  I,  p.  112.) 
Et  d'alti-e  part  molt  les  atruevet  om  pis   quant  il  doient  rezoyvre 
la  cure  des  ainrmes.     (S.  d.  S.  B,  p.  556.) 

Et  par  droit  doient  aleir  à  perdicion  tuit  cil  ki  à  sa  semblance 
(del  diaule)  parmainent  ensemble  lui  on  pechiet.     (Ib.  p.  525.) 

Mais  tel  manière  d'oille  ne  doivent  mies  doneir  les  saiges,  car 
coment  feroient  eles  à  altrui  ceu  k'eles  ne  welent  mies  c'un  facet  à 
aies?    (Ib.  p.  564.) 

Desous  moi  ai  maint  chevalier 

Et  gens  qui  me  doivent  chérir.    (E.  d.  M.  v.  546.  7.) 

Lors  li  respont  li  gentis  Olivier; 

Dist  tel  parole  ke  molt  fist  à  proisier: 

Tuit  chevalier  l'en  doient  tenir  chier.    (G.  d.V.v.  2294-6.) 

Mande  que  bien  consentireit 

Al  rei  (que  ja  nel  desvoudreit) 

E  à  François  qu'au  plait  nome 

Là  ù  deivent  estre  assemble 

Yienge:  Ce  me  plàist  e  agrée.     (Ben.  v.  6571-5.) 

Quant  sainz  Thomas  les  het,  tuit  les  deivent  hair. 

(Th.  Cant.  p.  43.  v.  25.) 
Cum  il  deent  plus  deffendre  qjie  travailler.  (Roquefort I,  p. 334. cl.) 
Le  présent  du  subjonctif  avait  pour  formes: 


BOURGOGNE. 

PICARDIE. 

NORMAOT)IE. 

doie, 

doie,  doive, 

deie,  deive. 

doies, 

doies,  doives, 

deies,  deives. 

doiet,  doie, 

doiet,  doie,  doive. 

deiet,  deive, 

doiens, 

doiemes,  doiomes. 

deium. 

doieiz, 

doies,  doiies, 

deiez, 

doient. 

doient,  doivent, 

deient,  deivent. 

4  DU    VERBE. 

Doive  n'a  pas  été  employé  dans  le  dialecte  bourguignon  pur 
durant  tout  le  XnP  siècle,  et  ce  n'est  guère  que  vers  1285 
et  1290  qu'il  se  montre  un  peu  fréquemment  en  Picardie. 
Avant  1250,  au  contraire,  deive  était  déjà  d'usage  en  Normandie, 
néanmoins  deie  continua  d'y  prévaloir  jusqu'à  la  fin  de  l'époque 
qui  nous  occupe.  Il  faut  en  outre  observer  que  les  formes  en  v 
n'eurent  cours,  pour  les  deux  premières  personnes  du  pluriel, 
que  longtemps  après  le  XIII''  siècle. 

Comment  que  longue  demeure 

Aie  faite  dô  chanter, 

Ore  est  bien  raison  et  heure 

Que  m'i  doie  retorner.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  28.) 
Eobers  ne  vaut  mie  tant  que  je  vous  doie  conter  plus  de  lui.   (H. 
d.  V.  510  «ï.) 

Certes  ne  sai  que  faire  deie, 

Mais  sur  tute  ren  vus  désir.     (Trist.  Il,  p.  79.) 

Une  ne  fis  evesque  sacrer 

Nul  dunt  me  deive  tant  penser.     (Ben.  v.  39609.  10.) 

Es  tu  tant  gentix  hom  que  doies  cest  mestier 

Tenir  sanz  mesprison,  sanz  mon  pris  abaissier? 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  171.) 

Biaz  fiz,  il  cuident,  tôt  de  voir, 

Que  tu  doies  faire  de  mi, 

A  la  cort,  ton  millor  ami.     (Dol.  p.  200.) 

Dux,  funt  il,  ce  n'a  mestier; 

Ne  co vient  mie  issi  laissier 

Sole  en  travers  ceste  cite, 

Ne  n'îes  uncor  pas  de  l'ae 

Qu'à  tel  ovre  deies  eissir, 

Nel  porriom  pas  consentir.    (Ben.  v.  19794-9.) 

Vausaus,  fait  il,  laisies  vostre  vanter; 

Porter  l'en  cuit,  cui  k'en  doie  peser, 

En  l'ost  le  roi,  ke  jai  n'iert  trestorne.    (G.  d.  Y.  v.  671-3.) 

Bêle,  ce  dist  Partonopeus, 

El  siècle  n'est  nus  hom  carneus 

Qui  tant  vos  doie  com  je  doi. 

Tant  aves  mis  entente  à  moi.     (P.  d.  B.  v.  6859-62.) 

N'i  perdrat  Caries  li  i^is  ki  France  tient, 

Men  escientre,  palefreid  ne  destrer. 

Ne  mul  ne  mule  que  deiet  chevalcher.     (Ch.  d.  E.  p.  30.) 

Cunj  que  l'ovre  deie  avenir, 

Cest  enfant  avum  fait  seisir 

Del  ducheame.     (Ben.  V.  11505-7.) 
Quant  H  quens  Biertous  sot  que  li  Lombart  estoient  ensi  pris,  si  en  fu 
moult  lies,  por  chou  que  il  cuide  ore  moult  bien  que,  por  els  atendre  et 
por  eus  délivrer,  lui  doive  on  rendre  Cristople.    (H.d.  V.p.216.XXVU.) 


DU    VERBE.  5 

S'il  nos  font  faire  et  otiiier  par  force  chose  que  nous  ne  dotons, 
en  non  Diu,  la  force  paist  le  pre,  et  on  doit  moult  faire  pour  issir 
hors  de  prison.     (Ib.  p.  202.  XYIY.) 

Si  sages  hom,  si  gentix  sire, 

Comme  tu  es,  com  osas  dire 

Que  nous  doions  serf  devenir 

Qui  n'avons  apris  à  servir,     (Brut.  v.  4019-22.) 
Et  est  contenut,  ke  pour  aide  ke  nous  doiens  faire  au  duc,  ne  nos 
gens,  nous  ne  devons  aleir  sur  fief  contiengue,  ki  mueuve  de  nous,  ne 
li  dus  ne  ses  gens  aussi,    pour  aide   qu'il  nous  doivent  faire.     (1287. 
J.  V.  H.  p.  450.) 

....  Et  quant  que  on  porra  trouveir  ki  apartiegne  à  le  parrie  de 
Liège  ....  ke  nous  doyemes  tenir  del  eveske  et  del  église  de  Liège, 
nous  le  en  relèverons  et  tenrons (1283.  J.  v,  H.  p.  421.) 

Ja  Dex  ne  le  voelle  avenir 

Qu'ensi  vif  doionmes  périr!     (E.  d.  M.  p.  66.) 

Où  estions  nos  donc  aie 

Dont  deion  estre  retorne?     (Chast.  XYIE.  v.  116.  7.) 

Et  ne  savon  terme  nommer 

Combien  i  deion  sejorner. 

Et  ensorquetot  ce  nos  dit 

Un  saives  hom  en  son  escrit. 

Que  por  l'autre  siècle  devon 

O^Tor  comme  se  quidion 

Maintenant  de  vie  sevrer.     (Ib.  XXIŒ.  v.  149-55.) 

Puis  que  tel  chose  volons  faire. 

Comment  nous  poriies  retraire 

Que  vous  aidier  ne  nous  doiies.    (E.  d.  M.  p.  70.) 

Ma  fille,  vous  respondes  bien, 

Et  je  ne  vous  dirai  ja  rien 

Que  ne  doies  faire  pour  moi.    (E.  d.  1.  M.  v.  518-20.) 

Ne  cuit  que  por  joster  refuser  me  doiez.   (Ch.d.S.II,p.  172.) 

Jeo  ne  sui  mie  si  surpris. 

Ne  si  destreis  par  nule  guerre 

Que  de  ceo  me  deiez  requerre.     (M.  d.  F.  I,  p.  110) 
Je  trouve,  en  Bourgogne,  dotge  au  lieu  de  doïe: 
Il  s'en  doit  souiîrir,  si  nos   et  li  sires  de  Grance  regardons  por 
droit  que  il  s'en  doige  suffrir.     (1269.  H.  d.  B.  H,  33.) 

Je  passe  au  parfait  défini,  qui  avait  la  terminaison  uï^  et 
je  vais  indiquer  en  détail,  pour  n'y  plus  revenir,  le  mode  de 
flexion  des  parfaits  de  cette  classe. 

BOUEGOGME.  PICARDIE.  NORMANDIE. 

dui,  dui,  duc,  dui, 

deûs,  deûs,  deûs, 

duit,  dut,  dut,  diut,  dut  (dout), 


b  DU  VERBE. 

deûmes,  deûmes,  deûsmes,  deûmes. 

deûstes,  deûstes,  deûstes, 

durent.  durent,  diurent.  durent  (dourent). 

Au  lieu  de  ui^  on  trouve  oi  dans  quelques  verbes.  (Voy. 
'pouvoir}) 

Ut,  urent  étaient  souvent  remplacés  par  out,  ourent^  surtout 
dans  les  dialectes  du  Maine,  de  l'Anjou,  du  nord  du  Poitou  et 
de  la  Tonraine;  ou  est,  dans  ces  contrées,  la  traduction  ordi- 
naire de  Vu  normand.  Je  dois  cependant  faire  observer  qu'on 
trouve  aussi  quelquefois  ou  aux  formes  qui  ont  d'ordinaire  eu. 
(Y.  ci -dessous  Imp.  du  subj.) 

Dans  le  Hainaut  et  la  Flandre  orientale ,  on  préposait  géné- 
ralement un  i  à  Vu,  vers  le  milieu  du  Xlir  siècle. 

La  forme  uit  est  du  dialecte  pur  de  la  Bourgogne;  elle  eut 
cours  jusqu'à  la  fin  du  XIII^  siècle;  mais,  après  1250,  on  la 
voit  reculer  rapidement  devant  ut^  qui  était  la  forme  de  la 
plus  grande  partie  du  dialecte  picard  et  de  la  Normandie. 

Les  verbes  de  cette  classe,  qui  avaient  au  radical  un  e 
devant  la  consonne  finale,  formaient  souvent  leur  parfait  défini 
de  la  même  manière  que  la  participe  passé,  c'est-à-dire  que 
la  consonne  finale  se  syncope  et  que  Ve  reste  devant  Vu  à 
toutes  les  formes,  excepté  à  la  première  personne  du  singulier, 
(cfr.  p.  9  t.  n.)  Ce  mode  de  conjugaison  du  parfait  défini  était 
surtout  en  usage  dans  la  Picardie  occidentale,  l'est  de  la 
Normandie,  l'Anjou,  le  Maine  et  la  Touraine.  Les  S.  d.  S.  B. 
fournissent  aussi  plusieurs  exemples  où  Ve  est  conservé,  ce  qui 
semblerait  prouver  que  ce  mode  de  conjugaison  a  été  le  primitif 
pour  les  verbes  de  cette  espèce. 

Après  1250,  il  n'est  pas  rare  de  trouver  un  s  intercalaire 
à  la  forme  ut:  ust;  ce  qui,  en  certains  cas,  rend  fort  difficile 
la  distinction  du  parfait  défini   et  de   l'imparfait   du  subjonctif. 

Les  verbes  dont  le  parfait  défini  était  en  m,  avaient  pour 
formes  à  l'imparfait  du  subjonctif: 

BOUEGOGNE.  PICARDIE.  NORMANDIE. 

duisse,  deusse,  deusse,  deiusse,  deuisse,  deusse,  (dousse), 

duisses,  deusses,        deusses,  deiusses,  deuisses,  deusses, 

duist,  deust,  deust,  deiust,  deuist,  deust, 

duissiens,  deussiens,  deussiemes ,  deiussiemes,  deussium, 

deuissiemes, 

duissieiz,  deussieiz,  deussies,  deiussies,  deussiez, 

deuissies, 

duissent,  deussent.     deussent,  deiussent,  deussent. 

deuissent. 


DU    VERBE.  / 

La  forme  msse  n'a  été  en  usage  que  dans  la  Bourgogne 
proprement  dite,  où  elle  fut  de  bonne  heure  remplacée  par  eusse, 
à  l'exception  de  la  troisième  personne  du  singulier,  qui  conserva 
ordinairement  uïst  jusque  dans  la  seconde  moitié  du  Xin**  siècle. 

La  forme  emsse  était  celle  du  Hainaut  et  de  la  Flandre 
orientale,  dans  la  seconde  moitié  du  XIIF  siècle:  eiusse  celle 
de  l'est  de  la  Picardie,  à  la  même  époque. 

IJusse  avait  cours  dans  la  Normandie  et  toutes  les  provinces 
de  la  langue  d'oïl  pour  lesquelles  je  n'ai  mentionné  aucune 
forme  particulière.  Ousse  le  remplaçait  quelquefois  dans  les 
dialectes  qui  se  servaient  de  out  pour  ut.  Les  provinces  en 
question  connaissent  encore  aujourd'hui  le  changement  de  eu  en 
ou,  très -fréquent  dans  les  dialectes  de  l'ouest  de  la  langue  d'oc. 

Tout  à  la  fin  du  XILP  siècle,  on  trouve  les  formes  incorrectes 
deu«^ist,   duw^ist,  etc.  qui  devinrent  plus  tard  assez  communes. 

Au  Xin®  siècle,  on  rencontre  déjà,  en  Normandie  surtout, 
des  exemples  de  usse,  c'est-à-dire  de  la  forme  avec  élision  de 
1'^,  qui  a  prévalu  dans  la  langue  fixée. 

Exemples  ^ 
Ke  vos  dui  je  faire  ke  je  ne  vos  fesisse.     (S.  d.  S.  B.  p.  559.) 
Quere  vus  dui  al  os  le  rei 

Vostre  sennur,  ke  je  ci  vei  .  .  .    (Trist.  Il,  p.  108.) 
Mais  dès  c'ime  feiz  l'oi  vestiie  (la  chemise), 
Ce  qui  jus  à  la  terre  entoche, 
Ne  dui  torner  vers  vostre  boche: 
Je  feisse  laid  e  folie.     (Ben.  v.  31465-8.) 
Bien  .xv.  cierges  avoit  fait  alumer, 
.X.  chevaliers  avoit  fait  adouber, 
Ke  tote  nuit  fist  le  conte  guarder 
Jusc'  al  demain  ke  il  duit  ajorner.     (G.  d.  V.  v.  963-6.) 
Eois,  fait  il,  .i.  damoisiax  fut 
Ki  par  noblesce  et  par  vei*tut 
Duit  bien  estre  apellez  gentiz.     (Bol.  p.  263.) 
Quis  furent  et  pris  entreset, 
Jugie  furent  par  loi  honnieste 

Que  cascuns  diut  perdi*e  la  tieste.     (Phil.  M.  4333-5.) 
Celui  endoctrnina  h  quens 
E  enseigna  que  il  dut  dire; 
N'i  besoigna  seel  de  cire.     (Ben.  v.  21083-5.) 
Mais  si  tost  conme  nos  peumes 
Ço  en  fesimes  que  deusmes.    (P.  d.  B.  v.  3819.  20.) 
Quant  nous  deusmes  as  Sarrasins  j ester, 
Yi  la  bataille  mervillose  mortel, 

(1)  Je   renvoie  aux  verbes  mouvoir j  hoire,   connaître,  gésir,   savoir,   etc.   pour  les 
preuves  des  formes  q^u'on  ne  trouvera  pas  ici. 


8  DU  VEBBE. 

Je  m'en  tornai,  n'i  osai  demorer.     (0.  d.  D.  v.  882-4.) 

Ahi!  Yseut,  bêle  figure, 

Com  âeustes  por  moi  morir 

Et  je  redui  por  vos  périr.     (Trist.  I,  p.  61.) 

Cil  se  coukent  qui  dormir  durent.    (E.  d.  1.  Y.  v.  1689.) 

A  Gaumerei,  n'i  out  tarjance,  |  Oï  messe  li  reis  de  France 

Le  jor  qu'il  durent  assenbler.    (Ben.  v.  33266-8.) 

Quant  il  moru  dolant  en  furent 

Toutes  ses-  gens,  si  com  il  diwent.     (PMI.  M.  v.  268.  9.) 

Toz  les  manjait  an  tel  manière, 

Et  si  me  fist  de  touz  mangier, 

Par  poc  ke  ne  duisse  enragier.     (Dol.  p.  241.  2.) 

Or  m'estuet  armes  endoser 

Et  jou  deuisse  reposser.    (Pliil  M.  v.  8700.  1.) 

Voir  je  ne  m'en  donnoie  garde 

Que  je  deusse  anui  avoir.    (R.  d.  1.  V.  v.  3934.  5.) 

Je  cuidoie  que  tu  deusses 

Chaiens  longhement  demeurer.     (Ib.  v.  5045.  6.) 

Funt  il:   Mais  tu  deusses  venir  plus  sagement; 

D'altre  seignur  deusses  aveir  avoement. 

(Th.  Cant.  p.  121.  v.  27. 8.) 
Et  qui  seroit  nuls  ki  osast  dire  k'ele  (la  creatui-e)  por  ceste  imper- 
fection ne  duist  venir  à  salveteit?     (S.  d.  S.  B.  p.  544.) 

Haibiers  moru  par  une  gierre, 

Et  Dagobiers  si  ot  sa  tierre, 

Car  il  n'avoit  feme  ne  oir; 

Ki  ses  ricies  deuist  avoir.    (PMI.  M.  v.  1368-71.) 

Et  pour  çou  k'il  n'avoient  oir 

Ki  leur  tiere  deuist  avoir 

Si  revint  l'onor,  ce  trueve  on, 

A  lor  frère,  le  roi  Charlon.     (Ib.  v.  12517-20.) 
Nous  .  .  .  faisons  savoir  à  tous ,  ke  comme  .  .  .  .  li  rois  de  France ,  en 
sen  dit ...  .  adjoustast  et  desist  ke  nobles  hom  et  nos  cMers  sires  Guys 

nous  acquitast ....  de  quatre  mil  mars  de  Brabançons ,  por  le  paine 

dont  nous  encheimes,  en  l'ocoison  dou  mariage,  ki  deiust  estre  fais  de 
no  fil  et  de  le  fille  mon  seingneur  Godefroid  ....    (1289.  J.v.  H.  p.  512.) 

Semblant  vont  faire  e  demostrer 

Que  mult  par  l'en  deust  peser: 

Si  deust  il  sor  tote  rien, 

Kar  rei  le  fist,  ce  set  l'om  bien.     (Ben.  v.  12813-6.) 

Toz  jors  deust  uns  preudon  vivre. 

Se  mort  eust  sens  ne  savoir. 

S'il  fust  mors,  si  deust  revivre, 

Ice  doit  bien  cbascuns  savoir.     (Eutb.  I,  p.  89.) 

Li  quens  Eollans  nel  se  doust  penser.     (Ch.  d.  E.  p.  15.) 


DU   \^EBE.  9 

A  loy  deussiom  nos  voirement  anzois  aleir  qu'il  venir  à  nos.  (S. 
d.  S.  B.  p.  526.) 

Bien  deussons,  si  com  moi  samble, 

Ens  en  un  jor  issir  de  vie, 

Se  la  mors  fust  à  droit  partie.     (FI.  et  El.  v.  722-4.) 

Ti-op  en  est  granz  vosti-es  li  torz 

C'umquor  vos  vei  ci  ajuer 

Son  cher  fiz  à  deseriter, 

Qui  ja  ne  deusseiz  faillir 

Jor,  por  vivre  ne  por  morir.     (Ben.  v.  16199-16203.) 

Beussiez  dire  c'en  lor  donnast  mangons.    (A.  et  A.  v.  254.) 

Ha!  fait  il  à  chelui,  maintenant 

Ne  deuscies  pas  estre  chi.     (L.  d'I.  p.  24.) 

Vous  me  deuissies  ensaignier, 

Et  de  vos  bons  livi'es  laissier.     (E.  d.  S.  S.  v.  1835.  6.) 

Nel  dusez  ja  penser  par  si  grant  legerie.     (Charl.  p.  27.) 

Ki  ço  jugat  que  dousez  aler. 

Par  Charlemagne  n'ert  guariz  ne  tensez.    (Ch.  d.  R.  p.  15.) 

Vos  le  doussez  esculter  e  oir.     (Ib.  p.  18.) 
Dunkes,   solimc  sa  davant  aleie  vie,  deusseyit  il  ses  paroles  cui  il 
ne  pooient  entendre  penseir,  et  nel  deussent  mie  por  les  presenz  tlaialz 
blameir,  mais  por  sa  vie  redoteir  et  ne  deussent  mie  encontre  lo  flaeleit 
juste  elleveir.    (M.  v.  J.  p.  475.) 

Seignors,  oez  queu  desleignance 

E  quel  orguil  osent  mander, 

Qu'il  ne  deussent  sol  penser.     (Ben.  v.  8535  -  7.) 

En  tôt  le  mont  n'en  a  ducheaume 

Ne  terre  en  siècle  ne  reaume, 

Qu'em  le  deust  vers  eus  défendre, 

Qu'à  force  ne  deussent  prendre.     (Ib.  p.  35261  -  4.) 

Et  commanda  s'ariere  garde 

Eollant,  ki  ne  s'en  prendoit  garde 

K'il  deuissent  avoir  anui.     (Pbil.  M.  v.  6764-6.) 
E  depeschad  le  serpent  de  araim  que  Moyses  fist  faii-e  pur  ço  que 
la  gent  jesque  à  cel  tens  li  ourent  ported  révérence  plus  que  faire  ne 
dussent  e  fait  oblatiuns.     (Q.  L.  d.  E.  IV.  p.  406.) 

Le  participe  passé  uit,  ut,  ud,  u,  des  verbes  de  la  classe  qui 
nous  occupe ,  remplaçait  ordinairement  la  terminaison  latine  ïttis. 
La  flexion,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  s'ajoutait  au  radical  après 
la  syncope  de  la  consonne  finale:  'deûf,  receud,  deû,  receû,  etc. 
L'élision  de  1'^,  qui  représentait  la  voyelle  radicale,  était  déjà 
assez  fréquente  à  la  fin  du  Xn!*"  siècle;  aujourd'hui  elle  a 
toujours  Ueu.  Au  lieu  de  w,  on  trouve  ou  dans  les  provinces 
qui  avaient  un  défini  et  un  imparfait  du  subjonctif  en  ow,  au 
lieu  de  u,  eu,. 


10  DU  ^^IRBE. 

Yoici  des  exemples  des  formes  de  l'imparfait,  du  futur  et 
du  conditionnel  du  verbe  devoir.  Ce  que  j'ai  dit  de  l'emploi 
de  Ve  au  lieu  de  o,  en  Bourgogne  et  en  Picardie,  aux  deux 
premières  personnes  du  pluriel  du  présent  de  l'indicatif,  s'applique 
aux  formes  de  ces  temps. 

De  ci  ne  me  puis  eslongier, 

Se  g'i  dévoie  ore  estre  pris, 

Les  menbres  perdre  u  estre  cois.     (P.  d.  B.  v.  1212-14.) 

Por  U  est  CDU  que  jeu  pensoie 

A  cest  mangier  et  souspiroie, 

Et  por  içou  que  ne  savoie 

Quel  part  jou  querre  le  dévoie.     (FI.  et  Bl.  v.  1331-4.) 

Al  païs  me  estoit  ariver 

Ke  jo  deveie  plus  duter.     (Trist.  II,  p.  105.) 

Li  reis  demanda  e  enquist 

Que  deveit  e  que  ceo  fu.     (M.  d.  P.  I,  p.  128.) 

Sire,  se  Jliesus  me  gart  d'ire, 

Li  chastelains  moru  en  mer; 

Si  com  deviens  dechà  passer. 

Qu'il  fu  trais  ou  païs  delà 

D'un  quarel  si  qu'il  dévia.     (K.  d.  C.  d.  C.  v.  7964-8.) 

Li  autre  villierent  et  burent 

Qui  gaitier  celé  nuit  dévoient 

Duscb'al  demain  que  le  joui-  voient.     (R.  d.  1.  V.  p.  85.) 

Li  reis  selonc  ce  l'apela  |  Que  il  esteit  et  henora. 

Et  tuit  cil  qui  o  lui  esteient, 

L'enorouent  com  il  deveient.    (Cbast.  XV9n.  v.  11-14.) 
Qant  lave  auras, 

Ja  mar  puis  rien  atocheras 

Fors  ce  que  tu  devras  mengier.     (Ib.  XXII.  v.  171-3,) 

Forment  cremoit  en  son  corage 

Que  quant  ses  fix  ert  en  eage 

Que  feme  devra  espouser. 

Que  ne  s'en  puisse  déporter   (de  l'amour  da  Blanceflour.) 

(FI.  etBl.  V.  275-8.) 

J'en  penserai  si  del  merir 

Ne  vous  en  devrois  repentir.    (R,  d.  S.  S.  v.  303.  4.) 

Morir  devroie  laidement.     (R.  d.  1.  Y.  p.  174.) 

Contre  deus  bomes  drveroies    conbatre; 

Es  tu  venus  prendre  à  Ogier  bataille?    (O.d.D.v.8736.7.) 

Et  du  me  redevroies  dire, 

Quex  bom  tu  ies  et  que  tu  quiers.    (Romv.  p.  526.  v.  5.  6.) 

Bien  t'en  devreies  repentir.     (Ben.  v.  34932.) 
Et  se  il  ne  le  mettoit  dans  les  buit  joui*s,   et  plainte  en  venoit,  il 
nos  devrait  sexante  sols  d'emende.    (1288.  M.  s.  P.  n,  p.  552.) 


DU    VERBE.  11 

On  vous  devrait  ardoir  en  cendre 
Con  laron  qui  enble  par  fosse.     (Poit.  p.  23.) 
Bien  lor  devriens  faire  le  premier  avantage.    (Ch.  d.  S  I,  p.  101.) 
Oïr  devrions  et  veoir, 

S'il  es  auques  de  grant  savoir.    (E.  d.  S.  S.  v.  479,  80.) 
Bien  li  devriez  faire  ço  qu'il  vus  ad  preie.     (Th.  Cant.  p.  5.  v.  5.) 
Vous  vos  deveries  pener 

De  vostre  ami  reconforter.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  7312.  3.) 
Por  ce  si  devriiez  entendre 
A  revengier  et  à  deffendre 
La  terre  de  promission.     (Rutb.  I,  p.  92.) 

Cil  le  devraient  bien  par  raison  commencier.  (Ch.d.  S.II,  p.  37.) 
Le  V  du  futur  et  du  conditionnel  a-t-il  toujours  eu  le  son 
de  la  consonne?  Je  ne  le  pense  pas;  dès  le  milieu  du  XLŒ^ 
siècle,  il  doit  s'être  prononcé  en  voyelle  dans  une  grande  partie 
de  la  Picardie,  dans  la  Touraine  et  l'Anjou,  c'est-à-dire  dans 
celles  de  nos  provinces  qui  favorisaient  le  son  large  eu.  Au 
XIY®  siècle,  cette  prononciation  devint  générale,  pour  ainsi 
dire,  et  plusieurs  de  nos  patois  l'ont  conservée. 

Le  composé  redevoïr,  qui  aujourd'hui  ne  s'emploie  que  dans 
le    sens   de:    Mre   en  reste,   devoir   après   un   compte  fait;    était 
autrefois  en  usage  dans  toutes  les  significations  de  devoir: 
Or  s'en  redoit  en  France  retomer.     (A.  et  A.  v.  102.) 
Yoy.  ci- dessus  redui^  redevroies. 

Yoici  quelques  exemples  des  formes  où  Vo  du  thème  dovoir 
a  été  conservé. 

Vous  doveiz  bien  estre  e&aieie  de  cel  forment  qui  est  avenuz  à 
vostre  peire  et  à  vostre  meire.     (Eomi^  p.  365.) 

Por  ceu  mismes  si  vint  il  petiz  à  nos,  qu'il  la  miséricorde  nos 
donast,  et  ke  li  miséricorde,  ki  davant  seroit  doneie,  atemprest  lo 
jugement  ki  dovoit  venir  en  la  fin.     (S.  d.  S.  B.  537.) 

Tu  me  doveroies.^  ce  di  saint  Johans,  baptiier  et  tu  viens  à  mi. 
(S.  d.  S.  B.  p.  552.) 

On  trouve  enfin  des  thèmes  avec  a  radical,  au  lieu  de  e, 
dans  le  Comté  de  Bourgogne  et  la  Franche -Comté.  Voy.  Voir, 
futur. 

Après  l'époque  qui  nous  occupe,  on  remonta  de  nouveau 
au  latin  deiere^  c'est-à-dire  qu'on  rétablit  irrégulièrement  le  b 
à  côté  du  V,  qui  le  représentait  déjà;  d'où  les  formes:  debvoir, 
doihs,  doiht,  delvons^  debvez,  doibvent;  doibve^  debvoie^  etc. 


12 


T)TJ   \'ERBE. 


La  conjugaison  de  devoir  peut,  en  général,  servir  de  para- 
digme pour  les  verbes  formés  des  composés  de  eapere:  con- 
cevoir^ faconeevoir) ^  décevoir^  percevoir^  apercevoir,  recevoir^  et 
pour  le  vieux  mot  mentevoir,  avec  ses  composés  amentevoir, 
ramentevoir.  Tous  ces  verbes  appartiennent  à  la  conjugaison 
forte. 

Cependant  ces  verbes  ont,  dans  l'ancienne  langue,  quelques 
particularités  qui  exigent  des  explications. 

L'état  de  mobilité  continuelle  où  étaient  des  dialectes  au 
Xm^  siècle,  n'avait  pas  encore  permis  de  fixer  d'une  manière 
invariable  la  forme  infinitive  de  cette  classe  de  verbes.  A  la 
fin  du  XII^  siècle ,  on  trouve  quelques  exemples  où  les  composés 
de  eapere  ont  conservé  leur  i  radical  latin:  ce  sont  de  purs 
latinismes;  mais  qu'on  y  fasse  bien  attention,  les  bons  textes 
n'emploient  jamais  cet  i  dans  les  formes  où  le  radical  doit  être 
renforcé.  A  la  même  époque  et  durant  tout  le  XIII^  siècle,  en 
Bourgogne  et  en  Picardie,  ils  flottent  constamment  entre  la 
quatrième  et  la  troisième  conjugaison:  recoivre^  recevoir^  recJioivre^ 
rechevoir^  etc.     J'ai  expliqué  ces  formes  T.  I,  p.  205.  Rem.  1. 

La  Normandie  n'a  connu  que  recever,  recevre^  concever,  con- 
cevrez etc.  qui  devinrent  receveir,  receiveir,  receivre,  etc.  dans 
les  dialectes  mixtes.  L'anglo- normand  ajoutait  un  e  aux  termi- 
naisons en  er:  recevere. 

Ce  que  j'ai  dit  de  rezoivre  ou  recoivre,  recevoir,  recever ,  etc. 
s'applique  exactement  à  amentoivre  ^  amentevoir  ^  etc. 

La  première  personne  du  présent  de  l'indicatif  n'ayant  aucune 
flexion,  la  forme  des  verbes  de  cette  classe  s'y  terminait  donc 
par  «?,  finale  du  radical.  Le  v,  en  pareille  position,  se  per- 
mutait ordinairement  en  f,  on  le  sait;  d'où  les  formes  re%oif, 
receif ,  etc.  qui  sont  très -communes.  En  Bourgogne  et  en 
Picardie,  on  retrancha  de  bonne  heure  ce  /  au  présent  de 
l'indicatif,  mais  on  le  conserva  le  plus  souvent  à  la  seconde 
personne  de  l'impératif.  Le  dialecte  normand,  au  contraire, 
employa  ces  formes  en  /  jusque  dans  le  milieu  du  XIV®  siècle. 
A  la  seconde  et  à  la  troisième  personne  du  singulier  du  pré- 
sent de  l'indicatif,  le  v  se  retirait  devant  la  flexion.^ 

Le  dialecte  bourguignon  écrivait  ordinairement  les  composés 
de  eapere  avec'  %  médial  au  lieu  de  c,  quand  il  les  rapportait 
à  la  quatrième  conjugaison:  rezoivre,  conzoivre,  etc.;  et  ce  z 
reparaît  à  toutes  les  formes  renforcées.  Le  dialecte  picard 
remplace  le  s  ou  le  c  par  son  ch. 

(1)  Les  exemples  d'une  forme  doij,  de  devoir,  sont  fort  rares;  le  /'=  v  paraît  s'être 
retiré  ici  dès  les  premiers  temps  de"  la  langue. 


DU    YERBE. 


13 


Yoy.  à  la  p.  6  t.  II.  une  eemarque  sur  le  parfait  défini. 

Exemples. 
Duiikes  oïr  la  repiinse  parole ,  ce  est  concivoir  el  cuer  l'aparlement 
del  saint  Espir,  cm  senz  failhe  nuz  ne  puet  savoir  se  cil  non  ki  l'at. 
(M.  s.  J.  p.  477.) 

0  cum  est  mervillouse  li  bonteiz  et  li  miséricorde  de  Deu,  ke  par 
defors  enluminet  à  moens  de  celestiene  clarteit  celuy  ki  ancor  nen  est 
convenaules  de  rezoivre  la  lumière  par  dedenz.     (S.  d.  S-  B.  p.  556.) 

Et  si  puet  mettre  son  siergant  pour  recoivre  le  winnage.  (1238. 
Th.  N.  A.  I,  p.  1007.) 

Dont  passèrent  tout  outre  sans  domage  recevoir.    (H.  d.  V.  499*".) 
....  Car  il  savoit  bien  que  Marsiles  et  Balligans  ne  li  gi-everoient 
mie,   ains    s'apareleroient  por  rechevoir  batesme  ....     (Cité  ds.  PMI. 
M.  I,  p.  471.) 

Je  cuic  quant  de  nous  pai'tires 
Autel  loier  emporteres 
Com  veu  li  aves  rechoivre. 
Dist  Gerars:   Bien  puis  apercîioivre 
Que  Mans  parlers  n'i  valt  noient.     (E.  d.  1.  Y.  p.  213.) 
A  prendre  e  recevere.     (1268.  Eym.  I,  2.  d.  109.) 
E  si  nel  font  dedenz  le  tens  devant  dit,  si  puissent  les  appelanz 
adonques  retorner  à  nostre   court,    e  receiver  di'eit  en  nostre   court. 
(1286.  Ib.  I,  3.  p.  8.) 

Pur  Deu  vos  pri,  en  seiez  purpensez 
De  colps  ferir,  de  receiver  e  e  de  duner.    (Cli.  d.  E.  p.  46.) 
Eaites  .c.  mulz  receivere  d'or  e  d'argent  trusset.  (Charl,  p.  9.) 
Tut  li  baut  prince  e  li  meillor 
I  sunt  venu  mort  reeeveir. 

Pout  l'om  mais  gent  si  deceveir?    (Ben.  I,  v.  1678-80.) 
E  en  la  viz  out  fenestres  à  plented,  pur  le  jur  receivre  e  la  clarted. 

(Q.  L.  d.  E.  m,  p.  247.) 
Car  se  il  ne  navret  l'entencion  par   sen   premier  enliortement,   si 
tend  il  à  la  fin  dezoivre.    (M,  s.  J.  p.  447.) 

L'empereres  voit  bien  que  Lombart  ne  le  gaitent  fors  pour  décevoir. 
(H.  d.  Y.  509  ^) 

Or  donques  che  que  tu  vels  di, 

Sans  moi  dechoivre  par  tes  dis. 

Aussi  com  tu  as  fait  tous  dis.     (E.  d.  M.  p.  37.) 

H  parole  par  grant  savoir; 

Car  sa  dame  velt  dechevoir.    (Ib.  p.  19.) 

Bien  poe(e?)z  percevoir,  se  n'estes  aveuglez, 

La  contrée  et  le  leu  où  il  a  conversez.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  15.) 

Ce  vous  dirai  ge  maintenant. 

Si  que  vous  dires  que  di  voir, 

Se  vous  vous  saves  percevoir.     (E.  d.  1.  M.  v.  1413-15.) 


14  DU   VERBE. 

Trois  manières  de  sainteit  poons  apparzoivre  en  cez  trois  festes, 
et  la  quarte  ne  cuiz  je  mies  c'nm  puist  ligierement  troveir  ent  toz  les 
sainz.    (S.  d.  S.  B.  542.) 

Et  si  nos  eswardons  la  cause  de  nostre  exil,  tost  par  aventure 
porons  aperzaivre  par  nostre  esprueve  mismes  cum  eovcnaule  chose 
soit  ke  nos  fussions  delivreit  maimement  par  lo  Fil.    (Ib.  p.  522.) 

Le  liu  descuevre  où  le  miel  a 

Eepus  et  la  liqeur  del  lait; 

S'asaie  quel  saveur  ele  ait, 

Ensi  con  se  rien  n'en  seust, 

Qu'  aperchevoir  ne  s'en  peust 

Auchun.     (E.  d.  M.  v.  1465  -  70.) 

L'an  ne  doit  sa  proece  mentevoir  ne  prisier.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  225.) 

Por  ce  c'en  ne  doit  mentevoir 

Homme  où  il  n'a  point  de  savoir.     (Eutb.  Il,  p.  124.) 

Car  M  bien  set  si  doit  bien  dire. 

Et  des  biens  a  ramenteroir 

Conquiei-t  on  proaice  e  savoir.     (Phil.  M.  v.  16-18.) 

Et  des  oevres  St.  Augustin 

Ooit  volontiers  ramentoivre.     (Ib.  v.  2977.  8.) 

Ce  vos  sai  bien  ci  amenteivre 

Dunt  li  covint  mort  à  receivre.     (Ben.  v.  10739.  40.) 

Ja  n'orrez  mais  amenteveir 

Ne  n'ert  jusqu'  à  la  fin  retrait, 

Que  issi  très  grant  deslei  fust  fait.    (Ib.  I,  v.  1364-6.) 

Pur  ço  qu'um  le  seust,  amentiveir  li  oi.  (Th..  Cant.  p.  85,  v.  5.) 

Sire,  fait  il,  si  jel  reeeif, 

Sai  je  meismes  m'  i  deceif, 

Que  jeo  nel  aurai  dunt  tenir 

Ne  dunt  fermer  ne  dunt  garnir.     (Ben.  v.  11916-9.) 
Eespundi  Berzellaï:   Sire,  sire,  vielz  hum  sui  de  quatre  vinz  anz, 
ne  sui  aised  des  ore  à  ester  à  cui-t,  ne  me  aperceif  pru  que  est  dulz 
e  que  amer.     (Q.  L.  d.  E.  Il,  p.  195.) 
Aparceif  (Ib.  I,  p.  78.) 

Tu  voiz,  et  par  sois,  et  entens 

Le  meschief  de  la  sainte  terre.    (Eutb.  I,  p.  126.) 

Lors  fu  H  bers  à  mort  jugies, 

Se  ne  se  perchoit  li  chevaliers, 

U  eurs  ne  l'en  fait  revenir.    (L.  d'I.  p.  14.) 

Tut  qyji'aperceit  e  conoist  bien 

Perdre  poent  al  aseger 

Assez  plus  tost  que  gaainnier.     (Ben.  I,  v.  1358-60.) 

Ensi  soutilment  les  déchoit.    (E.  d.  M.  p.  58.) 
Car  en  sa  remembrance  conzoit  li  pechieres  espérance  de  pardon. 
(S.  d.  S.  B.  p.  554.) 


DU   VEKBE.  15 

Es  funz  entre ,  mais  rien  n'i  prent  |  Fors  à  s'aime  desti'uiement, 
N'i  receit  point  del  baptestire 

Quant  ne  s'amende,  ainceis  s'empire.     (Ben.  I,  v.  1535-8.) 
Si  nos  disons  ke  nos  pechiet  nen  avons,  nos  decivons  nos  mismes 
et  veritez  nen  est  mies  en  nos.     (S.  d.  S.  B.  p.  540.) 

Car  en  tant  com  nos  recivons  les  deleiz,  si  nos  temprons  nos  moins 
des  choses  ke  il  ne  loist.     (M.  s.  J.  p.  503.) 

Si  est  ceste  parole  clameie  repunse ,  car  senz  faillie  ce  k'un  pau  d'olliz 
reçoivent  en  lui"  cuers  ne  seit  la  très  grant  partie  des  hommes.  (Ib.p.477.) 
Si  tu  ton  airme  aemplis  del  sostenement  de  la  parole  de  Deu,  et 
tu  feolment  et  par  tel  dévotion  cum  tu  pues,   ancor  ne   soit  ele  mies 
digne,  rezois  celuy  pain  ki  de  ciel  dexendit.     (S.  d.  S.  B.  p.  534.) 
Tuit  t'unt  par  mei  merci  crie, 
Que  tu  lor  cors  e  lur  servises 
Des  or  en  avant  ne  despises, 
Mais  receif  les  cume  tes  serfs 
Yers  tei  offenduz  e  pui'vers.     (Ben.  v.  8779-83.) 
Mais  ki  me  frad  juge  que  jo  receive  bonement  ces  ki  unt  parole  à 
mustrer ,   e  jo  frai  dreitui-e  a  tuz  amiablement  e  dulcement.    (Q.  L.  d. 
E.  n,  p.  173.) 

Que  il  reçoive  droit  en  nostre  cort.     (M.  s.  P.  I,  p.  555.) 
Héraut  Herfagan  a  requis  .... 
Qu'en  pais  le  consente  e  receive 
Si  qu'il  nel  engint  ne  deceive.    (Ben.  v.  3G845.  8.  9.) 
N'est  mes  nus  qui  le  ramentoive.     (Eutb.  I,  p.  79.) 
Li  baron  descendirent  à  la  tante  tôt  droit 
Où  la  bêle  Sébile  molt  doucement  ploroit 
Et  les  faiz  son  seignor  sovant  amentevoit.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  86.) 
Or  si  vos  en  volez  retraire, 
Gel  connois  bien  à  cel  senblant, 
Que  vos  en  alez  repentent, 
Orainz  m'apercui  au  plorer, 
Quant  vos  de  lui  volez  parler. 
Et  s'en  atendez  ma  requeste.     (P.  d.  B.  v.  6436-41.) 
Moult  me  gaii  soef  ma  plaie 
Que  je  recui  en  Cornuaille.     (Trist.  I,  p.  219.) 
Plus  de  vingt  rois  ai  conquis  en  bataille. 
Aine  mais  par  nul  ne  recJiui  tel  damage.  (0.  d.D.v.  2970. 1.) 
Ma  char  receut,  ne  mies  la  char  Adam,   c'est  celei  cui  Adans  ot 
davant  la  colpe.    (S.  d.  S.  B.  p.  547.) 

Meint  malade  e  meint  contreit, 
Meint  fevros  e  meint  engrotie 
Beceut  pai*  cel  oille  santie.     (St.  N.  v.  1365  -  7.) 
Vint  en  Ebron  od  vint  cumpaignuns,   e  David  le  récent  od  grant 
honur  e  à  cunvivie,  lui  e  ses  cnmpaignuns,     (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  131.) 


16 


DU    VEKBE. 


Puis  s'en  va  son  gage  porter; 

Pépins  le  rechut  sans  fauser.     (Poit.  p.  47.) 

Li  vesques  M  fu  de  bon  non, 

Yoiant  tous,  en  reciut  le  don 

Ki  moult  fu  Maus (Phil.  M.  v.  1090-2.) 

Entra  ens 

Segurement,  il  et  ses  gens. 

Conques  om  nés  perciut  en  ost.     (Ib.  v.  4524-6.) 

Souvent  repairoit  en  l'ostel 

Cheli  qui  folement  se  cuevre, 

Tant  k'il  apercJiut  toute  l'uevre,     (L.  d'I.  p.  19.) 
Uns    chevaliers   de   Hielemes    qui   Lyenars   avoit  nom,   preudom 
durement  et  de  grant  pooir,  perchut  l'orgueil  et  le  beubant  qui  iert 
en  eulx.     (H.  d.  Y.  p.  171.  n.) 

Mes,  par  la  fei  nostre  seignur  |  Jhesu  Ciist  nostre  creatui- 

Que  par  baptesme  receumes. 

De  di-eite  créance,  e  eûmes.     (M.  d.  F.  Il,  p.  477.) 

Et  tant  de  celé  guerre  eustes 

Que  .V.  plaies  en  receustes 

En  la  crois  ù  fustes  ficies 

Et  d'un  glave  on  coste  percies.     (P.  d.  L.  M.  v.  1133-6.) 
Ensi   soffeist    as    innocenz    à   sainteit  li   martyres  qu'il  por  Deu 
receiirent.    (S.  d.  S.  B.  p.  543.) 

Li  fol  pruveire  ne  receurent  le  cbastiement,  karDeus  les  volt  ocire 
e  faire  vengement.     (Q.  L.  d.  P.  I,  p.  9.) 

Là  fors  sunt  curuz  li  plusurs  e  asquanz, 

Beceurent  les  destrers  e  les  forz  mulz  amblanz.  (Cliarl.  p.  14.) 

Tant  i  ont  endure  cil  do  françoise  geste 

Que  molt  sont  esmaie  et  reçurent  grant  perte. 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  114.; 

Si  les  reciurent  vistement 

Et  combatirent  fièrement.     (Phil.  M.  v.  6910.  11.) 

Tuit  le  reciurent  à  signer, 

Et  li  portèrent  grant  ounor.     (Ib.  v.  13581.  2.) 

Eranc  les  perçurent,  as  armes  sont  saiUi.  (O.d.D.v.7007.) 

Li  prestres  de  mal  cuer  sorrist 

Pour  la  merveille  de  cel  homme 

Que  chascune  des  dames  nomme; 

Onques  autrui  n'i  ramenturent,    (L.  d'I.  p.  13.) 

Mult  me  requist,  bel  me  priât 

K'en  ma  g-uarde  vus  receasse.    (Trist.  II,  p.  120.) 
Jo  quidoue  que  il  en  eisist  e  jesquo  à  mei  venist  o  tucliast  ma 
liopre  do  sa  main,  e  à  sim  Deu  feist  sa  ureisun,  e  si  reehnsse  guarisun. 
(Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  362.) 


DU  \t:rbe.  17 

Là  requistrent  le  marcMs  Boniface  qu'il  preist  la  crois ,  et  qu'l  pour 
Dieu  receuzt  la  seignorie  de  l'ost,  et  fust  el  lieu  Thiebaut  de  Champaigne, 
et  preist  son  avoir  et  ses  homes.     (Yilleli.  p.  14.  XXYII.) 

C'on  ne  perciust  de  son  iestre.     (Phil.  M.  v.  28448.) 
Dun  ne  sez  que  pur  ço  i  vint  (devant  tei) ,  qu'il  de  deceust  et  seust 
tes  privetez,  e  quanques  tu  fais?     (Q.  L.  d.  K.  II,  p.  131.) 

E  ne  fust  pas  liverez  li  argenz  par  cunte  as  cliamberlains,  mais 
receussent  e  despendissent  sui-  lur  leelted.     (Ib.  IV,  p.  423.) 
Si  guerpis  ta  créance  et  laisse  vostre  loi, 
Avec  moi  t'an  vanras,  si  recevras  ma  loi.   (Ch.  d.  S.  Il,  p.  177.) 
Nous  avons  enconvent,  ke  nous  ne  recheverons,  ne  souferons  àreclie- 
voir  nulle  des  gens  le  duc  à  bourgois,  en  nos  bourgesies. 

(1287.  J.  V.  H.  p.  450.  1.) 
Ci  receveront  les  granz  loiers 

Qu'avoir  doivent  bons  chevaliers.     (Chr.  A.  N.  I,  p.  198.) 
Qui  famé  voudroit  décevoir 
Je  li  faz  bien  apercevoir 
Qu'avant  décevrait  l'anemi. 
Le  deable,  à  cbamp  arami.     (Rutb.  I,  p.  295.) 
Mais  il  n'en  aront  ja  solas, 
Ains  en  sera  Jakes  decheus, 

Tristres ,  dolens ,  correchies  et  mus.     (E.  d.  M.  d'A.  p.  3.) 
Quant  Mabons  a  apercheu 
K'il  a  sa  dame  decheu 

Grant  joie  a  en  son  cuer  mené.     (E.  d.  M.  p.  50.) 
Cume  li  reis  EzecMas  out  receud  cez  lettres ,  sis  out  oies ,  erranment 
en  alad  al  temple.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  413.) 

0  parole  brief  et  plaine ,  parole  vive  et  fructifianz  et  digne  k'ele  tôt 
par  tôt  soit  receiie!    (S.  d.  S.  B.  p.  558.) 

Et  bien  sachiez  que  qui  pour  Dieu  en  cestui  besoing  morra,  s'ame  s'en 
ira  toute  florie  en  paradis,  et  cil  qui  vis  en  escapera,  sera  tous  les  jours  de 
sa  vie  hounoures  et  remanteus  en  bien  après  sa  mort.    (H.  d.  Y.  495  ^.) 
Ne  ja  n'i  ert  ramanteuz.    (Brut.  I,  XL  V 111.) 
Le  covenant  son  père  li  a  amanteu.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  137.) 
On  trouve  aussi  le  participe  sans  e: 

Ignaures,  tu  nous  as  bien  déchûtes, 
Tant  con  en  sommes  aperchutes.    (L.  d'I.  p.  18.) 
Où  voit  Gérard,  se  li  ait  ramantu.     (G.  d.  Y.  v.  317.) 
Je  ferai  enfin  remarquer  le  composé  %^ entrerecevoir: 
Et  quant  il  fu  dedens,  tantost 
Apres  lui  l'uisset  on  reclost, 
Et  s'en  vint  où  sa  dame  estoit 
Qui  en  sa  chambre  l'atendoit, 

Et  s' entrereçurent  en  joie.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  4047  -  51.) 
Molière  s'est  encore    servi   de   ramentevoir:     Ne  ramentevons 
rien,  et  réparons  l'offense. 

Burguy,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.    T.  II.   Éd.  III,  2 


lÔ  DU    VERBE. 

CHOIR  (v.  fo.),  cadere. 

La  forme  primitive  de  ce  verbe  a  été  :  en  Bourgogne ,  chaor^ 
et  dès  la  fin  du  XII®  siècle,  chaoir;  dans  le  nord -est  de  l'Ile- 
de- France,  caoir^  vers  le  centre  et  le  sud- est  de  cette  même 
province,  au  XIII^  siècle,  chaoir^  cheoir ;  en  Normandie,  caer^  en 
s'approchant  de  l'He- de -France  et  de  la  Picardie,  caeir^  chaer; 
dans  le  Maine,  l'Anjou,  la  Touraine,  chaeir^  chaair;  dans  le  nord- 
est  du  dialecte  picard,  keir;  Iceoir,  dans  le  Hainaut,  au  milieu  du 
Xm*"  siècle;  cair  et  chair,  dans  le  Yermandois ;  dans  l'ouest  de 
la  Picardie  propre,  cheir,  qui,  en  passant  dans  les  textes  nor- 
mands, reprit  Va  primitif  et  y  devint  chair. 

Cil  mismes  M  ester  vuelt  ancor  ne  lacet  il  mies  la  voie,  sel  co vient 
il  totevoies  chaor  por  ceu  qu'il  ne  welt  esploitier.     (S.  d.  S.  B.  p.  567.) 

Quant  il  virent  lor  seignors,  lor  parenz  et  lor  amis  chaoir  à  lor  piez, 
si  distrent.     (YiUeh.  446  ^) 

En  vait  as  pies  le  roi  chaoir.     (P.  d.  B.  v.  3544.) 
Et  nos  savons  ke  maintes  foiz  est  moins  de  pecMet  chair  en  la  cor- 
ruption de  la  char  ke  par  taisieble  pense  pechier  en  parpenseit  orgueEi. 

(M.  s.  J.  p.  507.) 

Pour  chair  molt  souvent  canchielent.    (E.  d.  1.  V.  v.  1995.) 

Là  veist  on  escus  partir 

Et  haubers  rompre  et  dessartir, 

Chevaliers  cair  et  navrer, 

Et  maint  chief  de  bu  desevrer, 

Chevaus  fuir ,  lor  règnes  rotes.     (Ib.  v.  2854  -  8.) 
Esclas  vint  en    a  tente  devant  tous  les  barons  qui  là  estoient,   si 
se  laist  cair  as  pies.    (H.  d.  V.  496  ^.) 

Pouretes  faut,  mais  hontes  dure, 

Ne  puet  cheoir  par  aventure.     (E.  d.  S.  S.  v.  1553.  4.) 

Ja  ne  sera  de  tel  pooir 

Qu'il  ne  l'estuise  jus  caoir.    (Brut.  v.  9812.  13.) 

Où  voit  Turpin,  as  pies  li  va  caoir.    (0.  d.  D.  v.  9357.) 
Sacent  tout  cil  M  cest  escrit  veront  et  oront  ke  Colars  Mouskes  a 

vendut toutes  les  escances  ki  eskeir  li  doivent  ne  eskdr  li  pueent 

de  signeur  Jehan  Mousket.     (1265.  Phil.  M.  suppl.  p.  27.) 

Le  mantel  de  son  col  dessiere, 

Si  le  lait  Uoir  à  la  tierre.     (Phil.  M.  v.  18948.  9.) 

As  pies  le  roi  se  lait  cheir.    (L.  d.  M.  p.  66.) 
Le  dialecte  normand  qui,  moins  que  les  autres,  était  porté 
à  la   syncope,  nous  a  conservé   quelques   exemples   avec  le  d 
latin. 

Carlles  verrat  sun  grant  orguill  cadeir.    (Ch.  d.  E.  p.  23.) 

Baligant  veit  sun  gunfanun  cadeir 

JEt  l'estendart  Mahumet  remaneir.    (Ib.  p.  137.) 


Du   VEEBE.  19 

Sui-  l'erbe  verte  le  sanc  tut  cler  cadr.    (Ib.  p.  134.) 

N'aveies  tu  liet  l'escripture 

Que  bien  deit  chae7'  le  torment 

Sor  celui  qui  pendu  despent    (Chast,  lY,  v.  56-8.) 

Lait  sei  chaair  jus  del  cheval.     (Ben.  v.  16660.) 

E  tex  unt  longement  poeir 

Que  l'om  veit  mult  à  fais  çhaeir.  (Ib.  v.  20505.  6.) 
Je  ferai  encore  mention  de  la  forme  cJioier^  qui  est  de  la 
seconde  moitié  du  XITE  ^  siècle ,  et  des  contrées  situées  au  nord 
de  l'Anjou  et  de  la  Touraine,  en  tirant  vers  l'Ile-de-France.  L'<? 
radical  provient  d'un  assourdissement  de  r«,  ordinaire  dans  ces 
provinces. 

Se  lait  choier  au  pie  le  roi.     (Trist.  I,  p.  54.) 

Le  présent  de  l'indicatif  du  verbe  choir  offre  une  particula- 
rité fort  remarquable,  dans  les  dialectes  où  la  voyelle  radicale 
était  a  ;  au  lieu  de  la  diphthongaison  régulière  m  devant  les  ter- 
minaisons légères,  on  voit  toujours  ïe. 

Ainsi  aplatissement  de  Va  en  e,  puis  diphthongaison  ordinaire 
avec  t.  On  eut  recours  à  ce  moyen  pour  distinguer  les  trois  pre- 
mières personnes  du  présent  de  l'indicatif  de  celles  du  parfait 
défini  et ,  pour  l'uniformité ,  on  admit  ïe  à  la  troisième  personne 
du  pluriel.  Cependant,  comme  il  n'y  avait  en  ce  dernier  cas 
aucune  confusion  à  craindre ,  les  exemples  de  la  diphthongaison 
régulière  aï  ne  sont  pas  rares. 

Le  dialecte  normand  employait  e  aux  mêmes  formes,  mais 
il  ne  renforçait  pas. 

Les  provinces  qui  avaient  e  pour  voyeUe  radicale ,  le  diph- 
thonguaient  naturellement  en  ïe. 

Ex.:    Filz,  se  tu  chiez  en  povrete, 

N'en  deis  à  Dieu  savoir  mau  gre.  (Chast.  XYIII.  v.  85.  6.) 
Ha!   biaus  fillz,  dist  h  pères,  ce  ne  puet  estre;  biaus  filz,  se  tu  i 
chics  (dans  la  chaudière),  tu  es  morz.     (R.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  32.) 

Car  cant  li  hom  ne  parzoit  les  blandissemenz  del  malvais  deUt, 
si  chiet  il  en  la  nuit  de  la  très  felenesse  oevre.    (M.  s.  J.  p.  456.) 

Li  destriers  chiet,  ne  pot  le  cop  porter.    (G.  d.  Y.  v.  702.) 
Con  li  oisiaux  qui  chiet  es  las.     (Poit.  p.  9.) 
Quant  Braiher  det,  si  commença  à  braire.  (0.  d.  D.  v.  11396.) 
Li  dains  ciet  mors  sans  pasmison.   (Chr.  A.  N.  m,  p.  109.) 
Mais  onques  por  sa  meskeance 
Ne  kiet  en  maie  desperance.     (Ib.  ead.  p.  74.) 
A  poi  que  il  ne  chet,  fuant  s'en  est  turnet 
E  si  muntet  d'elais  tuz  les  marbrins  degrez.  (Charl.  v.  132. 3.) 
E  mult  par  en  chet  des  morz.     (Ben.  v.  33553.) 
Li  paiens  chet  cuntreval  à  un  quat.     (Ch.  d.  R.  p.  50.) 

2* 


20  DU    VERBE. 

Quar  cant  nos  tomons  les  vitiouses  penses  es  vertuz ,  si  chaons  nos 
par  mi  lo  sacrefice  de  la  entencion  les  anemiables  batailhes  des  temptacions 
et  si  en  faisons  alsi  com  cuers  de  noz  amis.     (M.  s.  J.  p.  455.) 

Et  cil  ki  welent  devenir  riclies  chieent  ens  temptacions  et  el  laz  del 
dianle.    (S.  d.  S.  B.  p.  568.) 

En  çon  que  ele  ensi  parloit, 
Li  rois  le  regarde,  si  voit 

Les  larmes  des  ix  qui  li  cieent    (E.  d.  1.  M.  v.  1305-7.) 
Plus  tard,  on  retrancha,  devant  la  terminaison  ent^  Ve  pro- 
venant  de  l'aplatissement  de  !'<?,    et  on  obtint  la  forme  chie7it, 
qui  est  générale  vers  le  milieu  du  XTTT°  siècle. 
Lai  fuit  r  esters  et  fors  et  esbaudis: 
Chevalier  chient  des  chevalz  arabis.    (Gr.  d.  V.  v.  1490.  1.) 
En  Mueze  chient  de  merveiUouz  randon.  (Ch.  d.  E.  Litr.  XL.) 
Cil  fuient  et  cil  chaient:  costume  est  de  tel  dance. 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  83.) 
Cil  caient  envers  et  adens, 

Sampres  en  i  ot  quatre  cens 

Et  soixante,  en  la  place  mors 

Des  plus  riches  et  des  plus  fors.    (Brut.  v.  7437-40.) 

Foudres  dieent  e  feus  ardenz.     (Ben.  U,  v.  2073.) 

Mainz  s'en  i  sunt  les  cous  bruisez, 

Cheent  à  destre  e  à  senestre.     (Ben.  v.  28757-8.) 
Et  avec  le  d: 

Chiedent  i  fuldres  e  menut  e  suvent, 

E  terremoete  ço  i  ad  veirement.     (Ch.  d.  E.  p.  56.) 
Je  citerai  enfin  la  forme  normande  suivante  avec  un  ï  picard 
postposé: 

Franceiz  de  tûtes  parz  espeissent, 

Normanz  decheient  e  decreissent.  (E.  d.  E.  v.  9266.  7.) 
Les  plus  anciens  textes  bourguignons  emploient  quelquefois 
au  subjonctif  la  forme  chaie,  c'est-à-dire  qu'ils  conservent  in- 
tacte la  voyelle  radicale  ;  mais ,  le  subjonctif  se  réglant  ordinai- 
rement sur  l'indicatif,  on  abandonna  bientôt  tout  à  fait  chaie  et 
on  le  remplaça  par  cMee^  cMe.  Le  dialecte  picard  avait  chiece, 
qui  pénétra  de  fort  bonne  heure  en  Normandie.  La  forme  pri- 
mitive du  dialecte  normand  était  chee^  contractée  de  chede. 

Tenes  moi  bien  que  jo  ne  chie.     (P.  d.  B.  v.  9718.) 
E  cil  cessent  ki  bien  sunt  es  posteiz ,  ki  par  la  divine  amor  mettent 
arier  et  entrelaissent  les  penses  des  terriens  plais ,  ke  li  cuers  ne  chaiet 
jus  des  sovraines  choses,  quant  il  est  ensongiez  es  basses.    (M.  s.  J.  p.  473.) 

Eaisons,  qui  d'autre  pai-t  se  mist, 

Li  dist  que  il  d'iloec  s'en  voise, 

Qu'il  ne  chiee  en  briquetoise.     (E.  d.  1.  M.  v.  418-20.) 

jMen  escientre,  nel  me  reproverunt 


DU    VERBE.  21 

Que  il  me  chedet  cum  fist  à  Gueneliin 

De  sa  main  destre  que  reçut  le  bastun.    (Cli.  d.  R.  p.  31.) 

Respont  Rollans:  Ne  placet  damne -Deu 

Que  mi  parent  pur  mei  seient  blasmet, 

Ne  France  dulce  ja  clieet  en  viltet!    (Ib.  p.  42.) 

La  gent  gart  qui  li  est  baiUee, 

Que  vers  Deu  ne  vers  eus  n'en  cliee.     (Ben.  v.  41243.  4.) 

E  si  facent,  si  cum  il  soient, 

Mun  comandement  senz  desdire, 

Qu'il  n'en  clieent  vers  mei  en  ire.    (Ben.  v.  10484.) 

Lai  le  moi  porter  une  pièce, 

Ge  ne  cuit  mie  que  je  chiece.    (Tabl.  et  C.  IV,  p.  244.) 
Respundi  li  poples  :  Nu  fras  ;  si  nus  fuium  de  champ  n'entendrunt  mie 
grant  plait  ù  la  meited  de  nus  chieced  par  terre.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  185.) 

Hum  vus  deit  bien  mustrer  que  ne  faciez  tel  fait 

Dunt  saint  iglise  chiece  en  plus  dolerus  plait. 

(Th.  Cant.  p.  72,  v.  21.  2.) 

Et  disoit,  comme  dame  fine, 

Qu'ele  morroit  tousjours  roine. 

Que  sa  hautaice  ne  dekiece, 

Ensi  fu  H  rois  moult  grant  pièce.    (Phil.  M.  v.  19362-5.) 

Dieu  proi  que  il  ne  m'en  mesquieche.    (Th.  E.  M.  A.  p.  61.) 

Le  parfait  défini  avait  pour  formes  :  chaï,  cai,  chei,  kai,  Icei, 

et,  à  la  du  fin  XHI*  siècle,  chcu^  dans  l'Artois,  sur  les  frontières 

de  la  Picardie  et  de  la  Normandie.  Plus  on  avance  dans  le  XIII* 

siècle,  plus  les  formes  en  e  radical  deviennent  fréquentes. 

Quant  j'oi  à  Tristran  reti*aire 

La  batalle  qne  li  fis  faire. 

Pitié  en  oi,  petit  falli 

Que  de  l'arbre  jus  ne  chai.    (Trist.  I,  p.  25.) 

Il  chait  jus,  tant  la  teste  ot  copee.     (G.  d.  V.  v.  2682.) 

Mahons  chai  de  passion 

Devant  la  congrégation, 

Molt  oriblement  se  dejete.     (R.  d.  M.  p.  35.) 
Lo]"es  chaid  la  sort  sui'  la  Hgnee  Benjamin,  e  refud  faite  entre  cels  de 
Benjamin,  e  chaid  sur  la  meignee  Metri,  e  al  derain  sur  Saul  le  filz  Cis. 

(Q.  L.  d.  R.  I.  p.  35.) 
Quant  le  dut  prendre  (le  guant),  si  li  cait  à  tere.     (Ch.  d.R.p.  14.) 

En  orguel  mie  ne  hai 

Pour  çou  s'avoirs  li  eskai, 

Ançois  en  donoit  larghement 

Meismement  la  povre  gent.     (R.  d.  1.  M.  v.  2429  -  32.) 

Quant  il  est  en  chambre  enti-ez, 

La  dame  li  chei  as  piez, 

Estreitement  l'ad  beisiez.     (M.  d.  F.  I,  p.  170.) 


22  DU    VEEBE. 

Li  reis  Alred ,  ki  ert  dedenz 

Od  grant  masse  de  ses  parenz, 

Kuidra  desfendre  la  cite, 

Mais  il  cheu  en  infermete.     (E.  d.  R.  v.  6502  -  5.) 
Cfr,  Les  resnes  luy  cheurent  des  mains ,  et  luy  tomba  de  dessus  son 
olieval  en  terre.     (Âmyot.  ïïom.  ill.  Pyrrhus.) 

Gieres  por  conforteir  vinrent  li  ami(s  ?) ,  mais  il  chai/rent  en  paroles 
de  chosemenz.     (M.  s.  J.  p.  453.) 

(Il)  l'en  chair ent  as  piez  mult  plorant;  et  il  lor  recMet  as  piez  et 
dit  que  il  le  fera  mult  volontiers.     (Yilleli.  438''.) 
Et  li  baron  lor  cheierent  as  piez.    (Yilleli.  446".) 

Cil  qui  cheirent  en  enfer 

(Leur  meisti'es  en  est  Lucifer) 

Tourmentent  en  enfer  les  âmes.     (R.  d.  S.  G.  v.  2104-6.) 

Outre  s'en  passent,  que  estref  n'i  perdirent: 

A  celé  fois  ne  eavrent  il  mie.   (0.  d.  D.  v.  1798.  9.) 

Car  andui  si  arçon  rompirent, 

Et  lès  lui  à  tere  Jcavrent.     (R.  d.  1.  M.  v.  2759.  60.) 
L'imparfait  du  subjonctif,  comme  toujours ,  avait  des  formes 
correspondantes  au  parfait  défini. 

Molt  est  foible  bumainne  nature: 

Ne  poi  si  haute  créature 

Souffrir,  c'a  terre  ne  cheisse, 

Non  pas  pour  chou  que  mal  sentisse, 

Ja  soit  chou  qu'ensi  escumasse 

Et  laidement  me  démenasse.     (R.  d.  M.  p.  37.  38.) 

. .  .  Si  li  hopoit  ses  cevals, 

Ki  n'est  ne  chevelus  ne  caus. 

Se  il  sor  le  ceval  seist, 

Ja  en  tel  lieu  ne  s'aersist 

A  sele,  à  crigne,  amont,  n'aval. 

Qu'il  ne  chaist  jus  del  ceval; 

Mais  la  dame  n'en  pot  chair.    (L.  d.  T.  p.  80.) 

Onques  por  çou  n'eustes  defois 

Que  li  caus  sour  vous  ne  Jcaist, 

Ja  li  nons  ne  vous  garesist.     (L.  d'L  p.  12.) 
Se  chis  varies  cheist  à  terre  dou  cop.     (1312.  J.  v.  H.  p.  549.) 

Mais  ançois  que  li  quens  keist 

Plus  de  .XXX.  pains  ocist.     (Phil.  M.  v.  7264.  5.) 
Et  avec  s  intercalaire. 

En  les  queles  (lettres)  est  contenue  qe  nus  ne  entendioms  pas  qe, 
par  tel  pardon,  ren  discheisi{s)t  des  amendes,  qe  nus  devioms  prendi-e 
par  vostre  dit.     (1278.  Rym.  I,  2.  p.  168.) 

Et  nous  commenderent  que  nous  vous  en  cheissiens  as  pies,  et  que  nous 
n'en  levissiemes  devant  que  vous  le  nous  aries  otroie.   (Villeh.  p.  8.  XVI.) 


DU   VEBBE.  23 

Mult  ert  hidus  as  trespassanz, 

Qu'il  ne  chaissent  contreval 

El  dolerus  puiz  enfernal.     (M.  d.  F.  II,  p.  464.) 
Le  futur  était:  charrai^  carrai^  charai^  cherrai,  cher  ai  ^  et,  au 
milieu  du  Xm*  siècle,  au  nord -est  de  l'Ile  -  de  -  France ,  chierai; 
dans  le  Hainaut,  à  la  même  époque,  haïrai. 

Se  il  mim  dun  ne  me  retaille 

E  il  vers  mei  ne  face  faille, 

Jeo  n'en  charrai  mie  vers  lui.     (Ben.  v.  14586-8.) 
He!  corone  de  France,  fait  il,  com  or  cJieras!  (Ch.  d.  S.  II,  p.  186.) 
Car  Diex  dist  par  la  bouclie  Salmon:   Tu  cher  as  en  la  fosse  que 
tu  as  appariUie  pour  ton  frère.    (PMI.  M.  1. 1,  p.  41  c.  1.) 

De  ci  qu'ait  Dreues  son  chastel 

N'en  charra  por  liome  un  quarrel.     (Ben.  v.  28628.  9.) 

Cil  qui  chara  n'ara  autre  loier 

Fors  le  l'ocire  à  duel  et  à  pecMe.    (R.  d.  C.  p.  94.) 

On  le  doit  nommer  quant  il  tonne, 

Ja  puis  ne  carra  cos  en  l'estre.     (L.  d'I.  p.  12.) 

Li  Juif  pensent  qu'il  ferunt  : 

Joseph,  Nychodemus  peni-unt 

Si  coiement  c'en  nou  sara. 

Et  puis  ceste  chose  cherra.    (E.  d.  S.  G.  v.  649-52.) 

Li  quels  que  soit  chiera  ancui.     (P.  d.  B.  v.  8054.) 

Or  ne  vos  en  proierons  mes. 

N'a  vos  pies  n'en  chierons  à  fes.     (Ib.  v.  6369.  70.) 

Nous  decarrons  et  il  sordront.     (Brut.  v.  550.) 

Et  cil  qui  seront  envai 

Et  charront  là  où  cil  chai 

Qui  par  orgueil  perdi  sa  gi'ace!     (Eutb.  I,  p.  104.) 
Desuz  mes  piez  charrwnt.    (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  209.) 

Conditionnel  : 

....  S'ot  une  clef  en  la  main  diestre. 

En  celé  ymage  si  creoient 

Turc  et  paien,  et  si  disoient 

Que  celé  clés  jus  li  kawoit 

Quant  .i.  rois  crestiiens  venroit.     (Phil.  M.  v.  6491-5.) 

Puiz  fîst  à  sez  homes  veer 

Ke  kant  li  or  des  piez  charreit, 

Ke  ja  nul  d'els  les  reprendreit.     (E.  d.  E.  v.  8222-4.) 

Quant  li  saetes  descendreient, 

Desor  lor], testes  droit  charreient, 

Et  as  viaires  les  ferreient.    (Ib.  v.  13282-4.) 
Por  ce  ke  il  par  sa  mervilhouse  poance  at  porveut  ke  il,   se  il 
longement  estisoient  en  paiz  et  en  repaus,  ne  poroient  sofîiir  les  temp- 
tations,  anz  charoient  abatut  des  plaies  de  le  pense.    (M.  s.  J.  p.  489.) 


24  DU   VERBE. 

Qu'avis  li  fu  que  miouz  seroient 

Les  goûtes  ki  dedenz  cherroient 

Qu'en  liu  ou  mestre  les  peust.     (E.  d.  S.  G.  v.  565  -  7.) 
Imparfait  de  l'indicatif: 

Car  de  l'un  basmes  decouroit, 

Et  de  l'autre  cresmes  caoit    (FI.  et  Bl.  v.  625.  6.) 

A  ces  grans  chaignes  se  hurtoit, 

Par  mi  ces  boissons  s'abaitoit 

Et  cheoit  ansi  com  uns  trons, 

Car  moult  par  estoit  grans  le  Ions.    (Dol.  p.  250.) 

Se  cMs  varies  Iceoit  à  terre  du  coup.  (1312.  J.  v.  H.  p.  549.) 

Et  non  poui-quant  pour  ceu  qu'il  assembla  sans  commandement,  li 

preudomo  de  l'ost  disent  qu'il  avoit  fait  un  fol  hardement,  et  que  nus  hom 

ne  l'en  devoit  plaindre,  se  il  li  mesceoit  de  ceste  emprite.   (H.  d.V.492^\) 

...  Et  que  nus  bom  ne  le  deveroit  plaindre  se  li  meschaoit  de  cette 

emprise.     (H.  d.  V.  p.  171.  II.) 

Chaioit  (E.  d.  R  v.  9138),  escJiaioit  (Œ  1.  L.  I,  p.  123),  sont 
des  formes  incorrectes  des  bas  temps. 

Li  lais  estoit  grant  et  parfons. 

Car  de  valees  et  de  mons 

Soisante  eves  dedens  caoient 

Et  aloc  totes  remanoient.     (Brut.  v.  9662  -  5.) 

Tant  fu  li  tenz  pesmes  et  forz, 

.C.  foiz  cuidai  bien  estre  morz 

Des  foudres,  qu'entor  moi  chaoient, 

E  des  arbres  qu'il  despecoient.     (Eomv.  p.  529  v.  12-15.) 

Là  trebuchoent  e  chaeient, 

E  cil  à  pie  les  occieient.     (Ben.  v.  37558.  9.) 
Les  formes  du  participe  passé  étaient  aussi  variées  que  cel- 
les de  l'infinitif;  on  les  classera  facilement,  si  on  se  souvient  de 
ce  que  j'ai  dit  plus  haut  de  ces  dernières. 

Et  si  restorassent  les  murs  de  Jherusalem  ki  chaut  estoient. 

(S.  d.  S.  B.  V.  524.) 
Et  H  cuens  ot  este  chaus,  et  un  suen  chevalier  qui  ot  nom  Johan 
de  Friaise  fu  descenduz,  si  le  mist  sur  son  cheval.     (Yilleh.  475*.) 
Aude  l'entant,  s'est  chaue  pamee.   (G.  d.  V.  v.  2563.) 
E  cume  ilfud  chaud,  fièrement  cumenchad à  braire.  (Q.  L.  d.  E.  H,  p.  213.) 
Fait  li  le  coer,  si  est  chaeit  avant.     (Ch.  d.  E.  p.  86.) 
Sur  l'erbe  verte  si  est  caeit  envers.     (Ib.  p.  88.) 
Humles,  preianz,  agenoilliez, 
Li  est  li  quens  chaet  as  piez.    (Ben.  v.  14171.  2.  cfr.  E.  d. 

E.  V.  13298.) 
Asez  l'en  est  chaait  as  piez.     (Ib.  v.  11698.  cfr.  v.  11794.) 
La  cite  vist  mult  empirie 
Et  de  bons  chiteains  widie, 


DU    VERBE.  25 

Maisons  gastes,  mostiers  chaois, 
Asses  l'a  plainte  mainte  fois.     (Brut.  v.  8187-90.) 
Lendemain  chauça  et  vesti  sa  mesnie ,  et  fist  redrecier  ses  mesons 
qui  estoient  chaoites.    (E.  d.  S.  S.  d.  R  p.  31.) 

Or  est  cheoite  entre  deus  sieles.     (E.  d.  S.  S.  v.  3903.) 
Les  vies  cites  fist  renforcMer 
Et  les  mui-s  caois  rederchier.     (Brut.  v.  3211.  12.) 
Mult  vit  iglises  désertées 
Maisons  caoites  et  gastees.    (Bb.  v.  9840. 1.) 
Caries  cancelet,  por  poi  qu'il  n'est  caut    (Ch.  d.  E.  p.  139.) 
l  Ja  fust  caus  quant  as  arçons  se  prant.  (0.  d.  D.  v.  478.) 

l  .J.  gourle  de  deniers  portoie, 

'■  ■  Si  m'est  cheus  en  mi  la  voie.     (E.  d.  M.  p.  13.) 

Se  lor  sires  estoit  occis 

Keu  sont  en  maies  merchis.     (E.  d.  1.  V.  p.  97.) 
Keue  sui  de  l'escafaut 
Où  je  cuidoie  estre  montée.    (Bb.  p.  148.) 
Errament  est  queus^)  pasmes.     (Ib.  p.  201.) 
Se  ne  fust  la  sele  dorée 
Ele  fust  queue  pasmee.     (Poit.  p.  22.) 
L(e?)  gant  pare  du  blanc  hermine 
Li  sont  choiet  sor  la  poitrine.     (Trist.  I,  p.  101.) 
;.  Participe    présent:    chaant    (Chast.    XXII.    v.  180.),   caant, 

cheant^  etc. 

Les  composés  de  choir  étaient: 

1)  Rechoir^  2)  Enchoir ,  tomber  dans;  3)  RencJwir^  4)  Déchoir^ 
5)  Meschoir^  mésarriver,  tourner  à  mal,  arriver  malheur,  mal 
réussir;  6)  Eschoir. 

Quant  je  refui  si  haut  montée, 
Je  refui  si  asseuree 
l  Que  ja  recair  ne  quidai.     (E.  d.  1.  M.  p.  4685-7.) 

1  Si  tu  i  mez  entente  e  paine, 

t  N'i  encharrai  mie  granment.    (Ben.  v.  14611.  2.) 

l  Vit  son  lignage  dechaeir.    (E.  d.  E.  v.  13948.) 

'  Sire,  il  me  va  moult  mesceant, 

Ne  vous  aroie  aconte  hui 
Tôt  le  moitié  de  mon  anui.     (Poit.  p.  29.) 
Cfr.  Imparfait  de  l'indicatif. 

S'il  esquiet  une  rente  à  Eeins  u  à  Conloingne, 

S'uns  preudons  la  demande,   cuidies  vos  qu'on  li  donne? 

(Eutb.  I,  p.  237.) 
Qui  que  tisse  chascuns  desvide; 
Li  penssers  chiet; 

(1)  Simple  variante  orthographique  pour  keu.    Queu  et  keu  sont  des  formes  exclu- 
sivement picardes, 


26 


DU   VEKBE. 


Nul  bel  eschet  ne  lor  eschiet 
N'en  pueent  mes  qu'il  lor  meschiet, 
Ainz  lor  en  poise.     (Eutb.  I,  p.  32.) 

S'il  evenoit  que  celé  terre  eschaist  de  la  contesse  Jobanne  de  Poitiers 
à  noz  ....  nos  .  .  .  serions  tenu  de  rendre  la  au  roy  d'Angleterre. 

(1259.  Eym.  I,  2.  p.  50.) 

Choïr,  dit  l'Académie ,  ne  s'emploie  qu'à  l'infinitif  présent  et 
au  participe  passé.  C'est  bien  à  tort  qu'on  abandonne  la  con- 
jugaison de  ce  verbe;  il  a  un  substantif,  et  tomber,  qui  le  doit 
remplacer,  n'a  pas  cet  avantage.  Choïr  a  du  reste  de  très -beaux 
emplois  de  la  synonymie: 

Tout  va  choir  en  ma  main ,  ou  tomber  dans  la  vôtre.    (Corneille.) 

Quoi  qu'n  en  soit,  jusqu'à  la  fin  du  XYI^  siècle,  choïr  a 
été  employé  à  tous  les  temps. 

Par  où  l'on  peust  comprendre,  que  les  oiseaux  qui  tombent  de  l'aii' 
en  terre,  ne  cheent  pas  pour  ce  que  l'air  agité  par  auscune  véhémente 
concussion  se  rompe  ny  se  fende.    (Amyot.  Hom.  iU.  Pompeius.) 

L'Académie  et ,  après  elle ,  tous  les  lexicographes  disent  :  il 
échoit  ou  il  échet;  mais  ils  ne  donnent  que  déchoit.  Pourquoi 
cette  différence?  La  raison  étymologique  qui  fait  écrire  et  pro- 
noncer il  échet,  existe  aussi  pour  il  déchet. 

En  un  austre  aage  eUe  (la  science  de  deviner  les  choses  à  advenir) 
vient  en  mespris,  et  déchet  de  réputation.)  (Amyot.  Hom.  ill.  SyUa.) 

Jusqu'au  XYII^  siècle,  tous  les  composés  de  choir  ont  été 
d'un  fréquent  usage;  eschoir^  entre  autres,  s'employait  encore  au 
XYI^  dans  un  sens  beaucoup  plus  étendu  qu'aujourd'hui. 

Estant  lors  escheute  la  feste  des  mystères  (Amyot.  Hom.  ill.  Alexandi-e.) 
Il  escheoit  bien  des  occasions ,  où  il  regardoit  plus  tost  à  l'utilité  publique 
(Ib.  ead.  Agesilaus.)  Selon  qu'il  escherroit  par  le  sort:  et  luy  escheut 
la  prose  grecque.  (Ib.  ead.  LucuUus.)  Auquel  des  deux  consuls  escher- 
roit la  province  de  la  Macédoine.     (Ib.  ead.  Paulus  Aemylius.) 

CHALOm  (calere). 
Ce  verbe ,  dont  la  signification  est  importer ,  avait  pour  for- 
mes infinitives:  chaloir ^  en  Bourgogne;  caloir,  en  Picardie;  chaler, 
chaleir^  en  Normandie. 

Petit  nos  puet  chaloir  que  l'an  vande  les  blez.  (Ch.  d.  S.  Il,  4.) 

Signer,  dist  il,  or  vos  ires  couchier; 

Ne  puet  caloir  de  chi  huimais  gaitier.     (0.  d.  D.  v.  8882.  3.) 

Qui  bon  conseil  ot,  s'il  nel  creit, 

Ne  pot  chalein'  puis  pro  foleit.     (Ben.  v.  16126.  7.) 

Chaloir  était  un  verbe  impersonnel;  il  faisait,  au  présent  de 
l'indicatif:  chalt,  calt^  et  par  suite  du  fléchissement  du /:  chaut, 
caut. 


DU    VERBE.  27 

Se  il  ont  grant  gent,  vous  que  calt?     (Brut.  v.  7887.) 
L'escu  q'il  porte  laist  à  terre  caïr, 

Nel  porte  plus,  ne  li  caZ#  qu'il  presist.   (O.d.D.v.7747.8.) 
Molt  le  font  bien  Fi-ançois,  veritez  est  provee; 
Mes  que  chaut,  qant  lor  gent  iert  vancue  et  matée? 

(Cil.  d.  S.  n,  119.) 
S'il  ont  plus  grant  gent  que  nous  n'avons,  que  nous  chaut?  tant 
arons  plus  grant  hounour,  et  il  ne  valent  riens.     (H.  d.  Y.  495^.) 
Si  s'en  va  li  honteus  mucier 
Et  li  faus  s'embat  sans  hucier, 

K'il  ne  li  caut  que  on  li  die.     (Eutb.  N.  et  E.  I,  p.  342.) 
Quant  li  bons  vesques  entendi 
Que  nus  bourgois  n'i  s'asenti, 
Eors  li  millour  et  li  plus  baut. 
Des  autres  moult  petit  li  caut.    (Pbil.  M.  890-3.) 

Subjonctif:  chailïe  ^  caille. 

Dist  li  abes  :  Ne  vous  en  chaille.     (Eutb.  I,  p.  316.) 

S'il  est  nomez  dux,  ce  ne  chaille.     (Ben.  v.  9010.) 

Ne  ne  vous  caille  de  savoir 

Que  je  sui  ne  de  quele  terre.     (E.  d.  1.  M.  v.  4942.  3.) 

Li  rois  a  Brien  apele, 

Prie  li  a  et  commande 

Que  car  de  venison  li  quiere. 

Ne  li  caille  de  quel  manière.     (Brut.  v.  14637-40.) 

L'emploi  des  présents  de  l'indicatif  et  du  subjonctif  de  cha- 
loir ne  répond  souvent  pas  à  l'idée  que  nous  nous  faisons  de 
ces  temps;  on  trouve  l'indicatif  où  on  attend  le  subjonctif,  et 
vice  versa.  Pour  ce  qui  est  du  second  cas ,  il  s'explique  par  ce 
que  j'ai  dit  de  l'emploi  du  subjonctif  dans  l'ancienne  langue; 
cependant,  vers  la  fin  du  XIII ^  siècle  et  au  XIY^,  les  exemples 
où  chaille  n'a  été  mis  que  pour  la  rime,  sont  assez  nombreux. 
Quant  à  l'usage  de  l'indicatif  pour  le  subjonctif,  il  n'est  qu'ap- 
parent. On  le  rencontre  dans  les  provinces  qui  n'avaient  pas 
l'habitude  de  mouiller  les  /,  et  ici  le  présent  du  subjonctif  et 
celui  de  l'indicatif  avaient  nécessairement  la  même  forme.  (Cfr. 
ait,  autj  de  aler. 

Mes  Baudoins  est  liez  et  joianz  sanz  iror: 

Ne  li  chaille  qui  face  ne  tristor  ne  iror. 

Bien  se  tient  à  paiez  de  trestot  son  labor.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  94.) 

La  mort  de  Baudoin  ne  vos  chaille  plorer, 

Mar  vos  esmaierez  tant  com  porrai  durer.  (Ib.  U,  p.  166.) 

Mainz  bas  bom  a  féru  sor  duc  et  sor  princier: 

Que  chaille  de  parage,  s'il  est  bon  chevalier, 

Et  que  n  soit  meslins  as  rustes  cox  baiUier?  (Ib.  II,  p.  172.) 


28 


DU    ^^RBB. 


Dame,  dist  il,  et  vos  que  chaut? 

La  merci  Dieu  rien  ne  vos  faut, 

Sie  gardez  ce  que  vos  avez, 

Et  si  faites  vos  volentez. 

Et  si  ne  vos  chaut  dont  je  l'aie, 

Quant  nus  hom  ne  vos  en  aplaie.   (Chast.  XXI.  v.  27  -  32.) 

Au  lieu  de  chalt^  chaut  ^  on  trouve  chelt,  cheut\  formes  assez 
rares ,  il  est  vrai ,  mais  qu'on  doit  reconnaître  :  D  y  a  eu  l'apla- 
tissement très  -  ordinaire  de  Va  en  e. 

De  ço  qui  chelt,  quant  nul  n'en  respundiet.  (Ch.  d.R,p.93.) 

Dune  se  purpense  de  sa  amie 

E  dit:  Ki  en  cheut  si  il  me  ocie.     (Trist.  Il,  p.  97.) 

Le  parfait  défini  et  l'imparfait  du  subjonctif  avaient  poui- 
formes:  chalut^  chalust,  calut^  calust;  et  l'imparfait  du  subjonctif 
avec  s  intercalaire:  chahist^  chausist;  caîsist,  causist  (u  =  lj. 

On  lit  à  la  page  228  du  tome  premier  de  cette  grammaire: 
„Les  verbes  en  îoir^  et  toldre,  soldre^  avaient,  au  parfait  défini 
et  à  l'imparfait  du  subjonctif,  une  forme  avec  s  intercalaire,  qui 
a  pris  naissance  en  Picardie."  En  y  regardant  de  plus  près,  je 
m'aperçois  que  cette  remarque  a  besoin  de  quelques  explications 
supplémentaires.  MM.  d'Orelli,  Diez ,  et  tous  ceux  qui  les  ont 
copiés ,  admettent  un  parfait  défini  avec  s  intercalaire ,  dont  les 
formes  seraient,  à  la  troisième  personne  du  singulier,  chausist, 
faulsist,  vausist^  vousist.  C'est  une  erreur;  chausist^  fauUist 
(mieux /«wm^) ,  vausist,  vousist^  sont  toujours  des  imparfaits  du 
subjonctif.  Il  est  facile  de  s'en  convaincre ,  si  l'on  part  du  point 
de  vue  que  suivait  la  langue  d'oïl  dans  l'emploi  de  ce  temps, 
et  si  l'on  compare  aux  exemples  que  rapportent  NM.  Diez  et 
d'Orelli,  ceux  que  je  cite  t.  L  p.  240-42,  p.  336,  et  à  l'occasion 
de  l'imparfait  du  subjonctif  de  chaque  verbe.  (Cfr.  encore  la  remarque 
1. 1,  p.  243.)  MM.  Diez  et  d'Orelli  ne  donnent  du  reste  aucun 
exemple  de  vausist  avec  le  sens  de  valoir^  et  M.  d'Orelli 
avait  été  mieux  avisé  d'abord  en  indiquant  fausist  comme  impar- 
fait du  subjonctif,  qu'en  suivant  M.  Diez  dans  la  seconde  édi- 
tion de  sa  grammaire.  J'ai  prouvé  l'existence  de  cette  forme 
avec  s  intercalaire  à  la  2e  pers.  du  sing.  du  parfait  défiai  de 
faillir;  elle  est  très-fréquente  pour  vouloir  —  mais  sans  troisième 
personne  du  singulier /«îî^m^,  vousist  — ;  poiu*  ce  qui  est  de  chaloir 
et  de  valoir,  je  n'en  ai  trouvé  aucune  trace:  aussi,  selon  ma 
coutume,  malgré  les  imparfaits  du  subjonctif  qui  semblent  la 
supposer,  je  ne  l'admettrai  pas  touchant  ces  deux  verbes,  jus- 
qu'à ce  qu'on  en  ait  démontré  l'existence  par  des  exemples.  Je 
prie  donc  le  lecteur  de  vouloir  bien  corriger  en  ce  sens  la 
remarque  du  t.  I.  p.  228.    (Y.  toldre,  soldre.) 


DU   VERBE.  29 

Ne  valt  mialz  cil  que  ne  valut 
Alixandres  cui  ne  chalut 
De  charité  ne  de  nul  bien.     (Brut.  I,  LI.) 
Ne  11  chalut  du  seui-eplus.     (Rutb.  II,  p.  195.) 
Ne  lur  chàlust  kel  plaist  feissent, 
Mais  ke  en  paiz  se  départissent.    (E.  d.  E.  v.  9597.  8.) 
Tristran,  s'a  vus  parle  eusse, 
Ne  me  calsist  se  puis  morusse.    (Trist.  Il,  p.  76.) 
Et  se  il  son  prou  en  feist. 
Lui  ne  causist  qui  i  perdist.     (Brut.  v.  2385.  6.) 
Se  sul  n'eust  perdu  Guirin 

Poi  IL  chausist  de  trestut  l'ai.     (Ben.  Il,  v.  910.  11.) 
Et  sacMes  que  il  i  avoit  assez  de  ciaus  qui  bien  vousissent  que  li 
corans  enmenast  les  vaissiaus  contreval  le  bras  ou  li  vens,  ne  leur 
chausist  comment  l'aventure  avenist,  mais  qu'il  se  départissent  de  la 
conti-ee  et  alassent  leur  voie.     (YiUeh.  p.  77.  CIII.) 
Imparfait  de  l'indicatif: 

Ne  li  chaloit  s'ele  trambloit.     (Eutb.  Il,  p.  214.) 
Del  escondit  ne  li  caloit 

Que  sa  fille  fait  li  avoit.     (E.  d.  1.  M.  v.  625.  6.) 
Yoy.  Dol.  p.  259.  K.  d.  R  v.  15958.  Brut.  v.  12368. 
Futur   et  conditionnel:   chalcb'a,  chaudra   (u^l),    chald/roity 
chaud/roit;  caldra,  caudra,  caïd/roit,  caud/roit. 
Ne  li  chaudra  s'en  est  honiz. 

Mais  sol  que  ses  cors  seit  mordriz.     (Ben.  v.  12013.  4) 
Tiebauz,  qui  à  rien  el  n'entent. 
Ne  li  chaud/reit  sol  ciel  coment 
Mais  que  li  dux  fust  mort  u  pris.    (Ib.  v.  20589-91.) 
De  chaloir  on  formait  recJialoir: 
Certes,  ne  mi  ne  recausist 
Del  courouc  mon  père  granment, 
Se  jou  de  vos  tant  seulement 

Cuidaisse  compaignie  avoir.     (Chr.  A.  N.  III,  p.  109.) 
Le  verbe  chaloir,  qui  ne  nous  est  parvenu  que  dans  la  phrase  : 
Il  ne  m'en  chaut,    était   encore  d'un   fréquent   emploi  au  XYI* 
siècle. 

Quant  à  moy,  il  me  semble  que  pour  avoir  la  vraye  félicite,  de 
laquelle  la  plus  grande  partie  gist  es  moeurs,  qualitez  et  conditions 
de  l'ame,  il  ne  peust  chaloir  que  l'homme  soit  né  en  viUe  obscure  et 
de  peu  de  renommée.  (Amyot.  Hom.  ill.  Demosthenes.) 
MOUVOIR  (v.  fo.),  movere. 
Mouvoir  avait  pour  formes  :  en  Bourgogne ,  movoir;  en  Picar- 
die, mouvoir;  en  Normandie,  muver?  mover ;  dans  les  dialectes 
mixtes^  moveir. 


30  DU    VERBE. 

Très  -  anciennement ,  en  Bourgogne,  on  a  rapporté  aussi  ce 
verbe  à  la  quatrième  conjugaison  :  muevre.  (Cfr.  1. 1,  p.  205  Ke- 
marque  1).  Muevre  se  montre  de  nouveau  dans  l'Ile-de-France 
vers  la  fin  du  XHI  "  siècle  ;  il  provient  sans  doute  ici  de  l'in- 
fluence des  formes  renforcées  et  de  celles  de  la  Normandie. 

La  véritable  forme  du  nord  de  la  Picardie,  ir,  n'a  laissé  que 
de  faibles  traces  de  son  existence;  elle  disparut  promptement 
devant  oir. 

Après  1250,  le  normand  mw(9r  prit  souvent  l'««  picard  :  mow«;(9r  ^. 

Maintenant  me  covint  movoir.    (Dol.  p.  258.) 

Li  rois  lor  a  dit  tierme  et  jour. 

De  mouvoir.     (PMI.  M.  v.  10304.  5.) 

Ses  chiens  ont  envoie  mover 

En  .i.  espoise  .i.  fier  sengler.     (Trist.  I,  p.  207.) 

Maiz  quant  il  li  piez  mover  dut 

En  sez  braies  s'empeescba, 

Ne  peut  aler ,  ainz  tresbucha.    (R.  d.  E.  v.  9746  -  8.) 

Mouver  (Ib.  v.  9081.) 

Demi  mort,  plat,  senz  els  aidier, 
Senz  eus  moveir  ne  senz  drecier, 
Tint  mais  tut  mis  au  convenir. 
Qu'il  n'atendent  mais  le  morir,     (Ben.  Il,  v.  2083  -  6.) 
Entre  les  autres  fu  venues  une  novele  à  l'empereor  Baudoins  dont 
il  fu  molt  dolenz ,  de  la  contesse  Marie  sa  famé ,  que  il  avoit  laissie  en 
Flandres  enceinte  por  ce  qu'elle  ne  pot  avec  lui  movir ,  qui  adonc  ère 
cuens,  et  la  dame  si  ajut  d'une  fille.     (Yilleb.  470''.) 

Li  voiz  de  l'enfant  ki  criet  ne  fait  mies  à  dotteir,   anz  doit  plus 
à  ceu  enmuevre  c'un  ait  pitiet  de  luy.     (S.  d.  S.  B.  p.  537.) 
Les  lèvres  muevre  ne  les  denz 
Ne  font  pas  la  religion. 
Mes  la  bone  componcion.     (Eutb.  Il,  p.  216.) 

Le  présent  de  l'indicatif  de  movoir  diphthonguait  régulière- 
ment Va  en  ue. 

L'enfes  Eaoul  n'a  mie  sens  d'effant, 

L'onnor  son  père  va  molt  bien  cbalengant. 

Si  muet  li  rois  une  guerre  si  grant 

Dont  mainte  dame  auront  les  cuers  dolant.  (E.d.C.p.37.) 

Ele  muet  d'ilec  de  randon, 

Tantost  s'en  va  en  sa  meison.    (E.  d.  S.  G.  v.  1565.  6.) 

(1)  La  langue  fixée ,  qui  a  admis  la  forme  picarde  pour  le  sens  général ,  a  conservé 
aussi  mouver  dans  quelques  expressions  techniques.  Le  peuple  de  certaines  contrées 
se  sert  encore  de  mouver  au  sens  de  mouvoir. 


DU    VEKBE.  31 

Et  se  li  ai  quite  tous  les  liomages  qui  muevent  de  la  terre   d'Es- 
truem.     (1228.  Th.  N.  A.  I,  p.  1007.) 

Ja  saverad  li  reis  Henri  asez  ù  mover  sei: 

Fi-anceis  li  muevent  guerre (Ben.  t.  3.  p.  535.) 

Impératif: 

Ne  voz  moveiz,  liclieor  pautonier.     (G,  d.  Y.  v.  548.) 

De  delez  moi  ne  vous  mouvez, 

Ce  que  vous  dii-ei  retenez.     (E.  d.  S.  G.  v.  2995.  6.) 
Présent  du  subjonctif:  mueve: 

Se  li  prie  que  il  le  voie 

Anchois  que  de  la  vile  mueve.     (E.  d.  1.  Y.  p.  284.) 

Puis  apela  Persans  et  Esclavons, 

Sus  lor  cors  perdre  lor  comande  par  non, 

Nus  ne  se  mueve  por  cri  ne  por  tenchon 

Dusqu'à  celé  eure  que  venir  le  verront.  (0.  d.  D.  v.  9911-4.) 
On  retrouve  ici  la  variante  oe  pourw^,  que  j'ai  déjà  expli- 
quée plusieurs  fois: 

Nés  eschacent  ne  nés  emoevent, 

Mais  od  les  branz  nuz  s'entretrovent.  (Ben.  v.  5335  -  6.) 

Or  entent  je  à  qu'il  vout  traire: 

A  prendre  sei  à  achaison 

Cum  vers  mei  moeve  contençon, 

Ocire  u  prendre  u  desconfire.     (Ib.  v.  15229  -  32.) 
Parfait  déiâni  :  mui,  où  u  n'est  que  le  v  latin ,  devant  lequel 
on  a  syncopé  Vo.     On  a  cependant  quelques  exemples  oii  Vu  est 
précédé  de  la  voyelle  o;  mais  la  combinaison  ou  qui  en  résulte, 
représente  simplement  u  ou  eu.     (Y.  devoir.) 

Amis,  tôt  aie  en  talent. 

Et  ne  vueil  pas  à  vos  celer. 

Ne  me  mui  pas  por  déporter.     (P.  d.  B.  v.  5596-8.) 

L'arcevesques  d'Everwic,  uns  sages  hom  lettrez, 

Yus  enveiera  dous  messages  privez; 

Mes  jo  mui  premerein,  M  soi  les  veritez.   (Ben.  t.  3.  p.  610.) 
Lendemain  par  matin  se  mut    de  Naples,    et  cil  qui  les   osteus 
dévoient  prendre  se  murent  devant,  fors  que  ne  sai  quant  escuyer  qui 
se  levèrent  plus  matin.     (H.  d.  Y.  498^.) 

E  od  riche  compaignie 

Mut  de  Barheflo  sa  navie.    (Ben.  v.  15682.  3.) 

De  nostre  terre,  li  bons  abes  a  dit, 

Meusmes  nous,  il  na  pas  quinze  dis.  (G.  1. L.  II,  p.  262.) 
Quar  il  est  crestiens  tout  ausi  come   vos  estes,   et  bien  sait  cer- 
tainement que  vous  ne  meustes  que  pour  la  sainte  terre  d'outremer. 

(YiUeh.  p.  43.  LXYI.) 

Et  cil  s'acesment,  puis  ont  lor  ars  tendus, 

Les  quarriaus  traient,  les  homes  ont  férus. 


32  DU    YHRBK.^ 

Aine  ne  se  mu/rent,  car  tôt  furent  de  fust. 

(0.d.D.v.  8413-5.) 
Avec  o: 

La  dame  en  sa  preere  demnrad;  ses  lèvres  moût  .... 

(Q.  L.  d.  R.  1,  p.  3.) 

Apres  H  dist  :  Culvert ,  mar  i  moûstes, 

De  Maliumet  ja  n'i  aurez  ajude.    (Cli.  d.  E.  p.  52.) 
Imparfait  du  subjonctif: 

Ainz  i  et  jut  vij  anz  à  ost  banie, 

K  'il  ne  s'en  muist  ne  por  vant  ne  por  pluie 

De  siège  de  Yiane.     (G.  d.  Y.  v.  345-7.) 
Dont  apela  le  mareschal,  et  li  dist  qu'il  de  là  ne  se  meust  dusques 
adonc  que  li  castiaus  fust  refermes.     (H.  d.  Y.  497^.) 

Deffier  me  deussiez  vos, 

S'il  eust  querele  entre  nos, 

Ou  au  mains  droiture  requerre, 

Aincois  que  me  meussiez  guerre.  (Romv.  p.  531,  v.  3-6.) 

Ne  le  meussent  cinq  vilain  par  poeste.    (0.  d.  D.  v.  11846.) 

Ses  gentils  homes  moult  cremoit, 

De  ses  riceces  lor  donoit; 

Et  si  les  apeloit  parens, 

Qu'il  ne  li  meuscent  contons.    (P.  d.  B.  v.  419-22.) 

Futur  et  conditionnel; 

Ci  oncor  pas  ne  m'en  remu. 

Qu'ai  jor  enpris  movrai  premiers 

Od  plus  de  set  cenz  chevaliers.     (Ben.  v.  14583-5.) 

G'iere  ses  anemis  prochains, 

Et  si  H  mouvrai  telle  guerre. 

N'aura  si  fort  lieu  en  sa  terre 

Que  je  ne  le  voise  trouver 

Pour  honnir  et  deshonnourer.  (E.  d.  C.  d.  C.  v.  4804-8.) 

Jou  ne  me  moverai  de  chi 

Desque  vous  revenres  à  mi.     (Poit.  p.  34.) 
Quant  d'iluecques  remouveras, 
Argent  ou  faille  enporteras.     (Eutb.  I,  p.  29.) 
D'iluec  ne  se  mouvra  il  plus 
Ainz  i  sera  se  seureplus 

Qu'il  a  à  vivre.    (Ib.  I,  p.  83.) 
Je  vuel  aler  saint  Jacque  requérir  .... 
Noumes  le  jor  que  nos  movrons  de  ci.     (E.  d.  C.  p.  322.  3.) 
A  la  feste  de  la  Toussains 

Mouverons,  n'i  a  plus  ne  mains.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  6230.  1.) 
Ja  mar  pour  ce  ne  vous  mouverois,  ne  ma  dame  autresi;  jou  irai 
là,  se  vous  volez,  et  sarai  pourquoi  il  ont  ce  fait.    (H.  d.  Y.  505*=.) 

Et  vous  ne  vous  mouvres  de  chi.    (E.  d.  1.  M.  v.  5961.) 

Et  li  bons  rois  fist  sa  proiere 


DU    VERBE.  33 

A  Dam  el  Dieu  de  grant  manière, 

E  dist  que  de  là  ne  mouvroit 

Dusques  adont  que  il  auroit 

Le  liu  dédie  et  sacre 

Et  en  l'ounor  de  Dieu  mondé.     (PMI.  M.  v.  3310-15.) 

A  tost  les  noveles  oïes, 

Que  li  baron  matin  movroient 

Qui  à  Paris  aler  dévoient.     (Brut.  v.  12507-9.) 

Participe  passé:  meu,  meue,  et  quelquefois  déjà  mu. 
En  Flandres  vinrent  au  tierc  jor 
De  Creel,  dont  erent  meu.     (R.  d.  1.  M.  v.  4042.  3.) 
La  nuit  sejorna  l'ost;  au  matin  est  meue, 
Qant  il  virent  le  jor  et  l'aube  apareue.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  99.) 

L'empereres  qui  estoit  mus  pour-  aller  vers  Salenique.    (H.  d.  Y.  499  •*.) 

Et  avec  o,  comFi.e  au  parfait  défini: 

Osz  e  maisnees  fait  joster, 

Centre  le  duc  en  est  mx)uz.    (Ben.  v.  4507.  8.) 
Les  composés  de  mouvoir  étaient: 

1)  Removoir,  renouveler,  rappeler,  remuer,  retirer,  déplacer. 

Makommes  se  part  de  l'iiermite; 

De  la  parole  k'il  a  dite, 

Ne  puet  remouvoir  son  corage.     (E.  d.  M.  p.  10.) 

2)  Enmovoir,  émouvoir  à,  exciter  à.     Yoy.  l'infinitif  enmuevre. 

3)  Esmovoir,  s'esmovoir,  (se  resmovoirj  émouvoir,  exciter,  faire 
naître;  faire  lever,  dépister  (P.  d.  B.  v.  608);  mouvoir,  avancer, 
se  retirer. 

Un  en  i  ot  mult  malartos, 

Et  de  palier  mult  engingnos; 

Bien  sot  muer  une  raison, 

Et  esmovoir  une  tençon.     (Brut.  v.  2379-82.) 
E  Abner  fud  ja  esmeuz  hors  de  la  cited.     (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  131.) 
Tut  le  quer  li  fud  chalt  pas  esmeud  en  tendrur  vers  sun  fiz.   (Ib.  lU, 
p.  237.) 

Et  quant  orent  este  les  tables, 

Et  servi  ainssi  con  on  dut, 

Ma  dame  de  Eaiel  s'esmut, 

Et  d'entr  les  rens  se  leva  ...    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  3861  -4.) 
Or  faut  la  feste, 

Or  remainent  cbançons  de  geste; 

Si  s'en  vont  nu  comme  une  beste 

Quant  il  s'esmuevent.     (Eutb.  I,  p.  33.) 

Eissi  sunt  les  genz  départies. 

Si  se  resmut  li  granz  navies.     (Ben.  v.  31172.  3.) 
Esmovoir  la  main,  la  lever  contre  qqn. ,  comme  pour  le  frapper. 

4)  Commovoir,  mouvoir,  émouvoir,  agiter,  exciter,  animer. 

Burguy ,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.  T.  H.  Éd.  III.  3 


34  DU    VERBE. 

Quant  Joab  vit  qu'il  ne  pout  le  roi  cummoveir  vers  Abner,  eissid  fors 

e  enveiad  ses  messages  tut  bâtant  après  Abner (Q.  S.  d.  E.  Il,  p.  132.) 

Li  altre  sunt  semblant  à  la  pesant  et  à  la  dure  longe  ki  tardiement 
ensprendent,  mais  se  il  une  foiz  sunt  enspris,  griement  les  puet  l'om 
estaindre;  et  par  ce  que  il  plus  tardiement  soi  eommuevent  en  asperiteit, 
plus  fortement  gardent  lo  fou  de  lur  forsenerie.     (M.  s.  J.  p.  515.) 
Por  quoi  es  tu  si  commeu?    (Brut.  v.  14520.) 
Et  se  l'amor  de  son  païs 
L'a  si  eommeu  et  espris 
Que  il  s'en  .veille  arreire  aler 

Et  ci  ne  voille  demorer  .  .  .    (Chast.  XXII.  v.  47-50.) 
5)  Promovoïr. 

Quant  sainz  Paules  enstruioit  son  chier  disciple  del  establissement 
des  offices  de  le  glise,  que  il  nului  ne  promovist  desordineement  az 
saintes  ordenes,  dist.     (M.  s.  J.  p.  511.) 

MANOIR  (v.  fo.),  manere, 
d'où  remanoïr,  qui  est  plus  ordinaire  que  le  simple. 

Ce  verbe  avait  pour  formes  infinitives  :  en  Bourgogne ,  (manorj 
manoir;  en  Picardie,  manoir;  en  Normandie,  maner;  dans  les 
dialectes  mixtes  maneir.  A  dater  de  1250  environ,  on  trouve 
mennoir  au  nord -ouest  de  l'Ile-de-France,  à  l'ouest  de  la 
Picardie  propre  et  dans  l'Artois.  La  forme  propre  du  nord  du 
dialecte  picard ,  manir,  nous  a  été  conservée  dans  quelques  textes. 

Dès  le  premier  tiers  du  Xm^  siècle,  on  trouve  sur  les  fron- 
tières de  la  Normandie,  mainére ^  meind/re ,  au  lieu  de  maner, 
maneir.  Cette  forme  qui ,  du  reste ,  n'a  rien  d'extraordinaire ,  a 
peut-être  été  occasionnée  par  le  futur,  avec  influence  des  formes 
fortes  du  présent ,  laquelle  se  manifeste  par  Vi  ajouté  au  radical. 
Ce  qui  me  porte  à  cette  supposition,  c'est  que  les  premiers 
textes  qui  donnent  ^naind/re,  la  traduction  des  Rois  p.  ex.,  n'ad- 
mettent cet  i  qu'aux  formes  à  terminaisons  légères;  partout 
ailleurs  Va  radical  reste  intact.  Plus  tard,  les  textes  qui  em- 
ploient maindre ,  conservent  i  dans  toute  la  conjugaison.  Maindre 
passa  dans  l'Ile-de-France,  et,  dans  la  seconde  moitié  du  XIII'' 
siècle,  on  le  rencontre  même  quelquefois  en  Champagne. 

Manoir  en  maison  est  restrcndre  soi  dedenz  les  secreiz  de  la  pense. 

(M.  s.  J.  p.  474.) 
Et  com  plus  creist  la  science  del  conseil  ke  il  les  choses  M  périr 
covient  deguerpisset,  plus  est  awoite  la  dolurs  de  ce  ke  il  encor  n'a- 
tocbet  à  celés  ki  permanir  doivent.     (Ib.  p.  493.) 
Et  si  commanda  que  tout  cil  ...  . 
•  Ki  venroient  à  Ais  manoir, 
De  tous  usages  fusent  franc.     (Phil.  M.  v.  2530.  3.  4.) 
jilult  ot  illuec  grant  pitié  del  pueple  de  la  terre  et  des  pèlerins,  et 


DU   VERBE.  35 

mainte  lerme  ploree ,  por  ce  que  cil  prodom  aust  si  grant  ockoison  do 

remanoir.     (Villeli.  441*.) 

Jo  manderai  mes  humes,  quantque  en  purrai  aver 
E  iiTai  en  Espaine,  ne  purat  remaner.    (Chaii.  v.  229.  30.) 
Mais  li  reis  nel  volt  pas  mètre  à  desfactiun, 
Ainz  li  dist  qu'il  alast  maneir  à  sa  maisun. 

(Th.  Cantb.  p.  8.  v.  28.  9.) 
En  enfer  les  covint  mennoir 

Tant  com  Diex  le  veut,  et  ne  plus, 

Qu'il  envoia  son  fil  ça  jus 

Pour  saver  l'uevre  de  son  père.     (E.  d.  S.  G.  v.  136-9.) 
Remennoir  (Ib.  v.  2926) ,  remenoir  (M.  d.  Fr.  Il,  p.  127.) 
Pharaun  le  receut  unureement  ;  terre  li  dunad  pur  là  maindre,  resean- 
tise  e  maisun,  e  de  vitaille  l'en  asist  livi-eisun.    (Q.  L.  d.  R.  m,  p.  277.) 

Jel  fiançai,  si  ke  bien  le  saveiz; 

Je  ne  vodroie  mie  estre  perjureiz. 

Ne  puet  remaindre  por  home  que  soit  ueiz, 

Ke  je  n'i  aile  sor  mon  destrier  armeiz.  (G.  d.Y.  v.  2208-11.) 
Le  présent  de  l'indicatif  de  manoir  se  conjuguait  reguKère- 
ment  fort  :  main ,  mains ,  maint ,  manons ,  maneiz ,  mainent. 

Permains  tu  encor  en  ta  simpliciteit  ?  béni  Deu  e  si  muer.     (M. 
s.  J.  p.  451.) 

Por  ceu  si  ne  remaint  mies  ton  aim-me  en  enfer.     (S.  d.  S.  B.  p.  525.) 

Encore  le  tient  on  en  memore 

Pour  le  signour  ki  maint  en  glore.     (Phil.  M.  v.  3434.  5.) 

Mains  haus  prinches  i  est  venus; 

N'i  remaint  hom  qui  vaille  nus.     (E.  d.  M.  p.  32.) 

Nous,  qui  el  cief  del  mont  manons 

En  une  ille  que  nous  tenons.     (Brut.  v.  3997.  8.) 

S'ensi  nel  faites  amati. 

Nos  verons  en  la  fin  honi. 

Et  se  vos  mânes  en  pechie, 

Sel  guerpissies  por  s'amistie. 

S'en  aies  à  confession.     (P.  d.  B.  v.  4411-15.) 

Si  vos  rendrai  apris  e  sages 

Que  vos  devez  croire  e  coment, 

E  que  Deus  sout  e  donc  e  rent 

A  ceus  qui  en  bien  estunt  e  mainent 

E  qui  od  juz  faiz  s'acompaignent.     (Ben.  v.  23862-6.) 
Yoici  des  exemples  pris  d'un  texte  qui  donne  Vm^jn.ûf  maindre: 
Celé  respundi:  Jo  main  mult  bien  e  à  suerted  entre  mes  amis  e 
od  ma  cunuissance.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  357.) 

Cist  Ueus  ù  nus  manuns  od  tei  est  estreiz.     (Ib.  ead.  p.  365.) 

Impératif  :    remain  (Q.  L.  d.  E.  n,  p.  175.  M.  et  Bl.  v.  1633.) 
remanez.    (E.  d.  E.  v.  12043.) 

3* 


36  Dtr   VEKBE. 

Subjonctif:  maigne  ou  meigne: 

Beal  frère,  et  il  est  comande 

Que  l'en  la  vende  tôt  enfin 

Ainz  que  maigne  près  tel  veisin.     (Chast.  XIV.  v.  248-50.) 
Pur  ço  est  mielz  que  remaignes  en  la  cited;  si  i  serras  cume  nostre 
forteresce.     (Q.  L.  d.  E.  U,  p.  186.) 

Ju  voil  qu'il  ensi  maignet  enjosk'à  tant  ke  ju  venrai.  (S.  d.  S.  B.  p.  543.) 

Jo  quit  que  d'iloc  en  avant 

N'a  nul  autre  terre  ù  gent  maigne 

Entre  Comuaille  et  Bretaigne.     (Brut.  v.  14628  -  30.) 

E  priet  à  Jhesu  que  celé  ewe  remaignet.    (Charl.  v.  790.) 

Je  dout  li  païs  ne  remeigne 

En  grant  doleur  et  en  grant  guerre.     (Rutb.  I,  p.  61.) 

Venus  vos  sui  priier  e  dire 

Que  vos  remaignies  à  ma  court.     (Chr.  A.  N.  HE,  p.  127.) 

Li  quens,  qui  ces  paroles  oï,  en  est  mult  joians  en  son  coer;  car  bien 

se  cuide  toutesvoies  délivrer  et  faire  tant  que  li  cbastiel  li  remaignent. 

(H.  d.  V.  505^) 

Dient  alquanz  que  diables  i  meignent.    (Ch.  d.  R.  p.  39.) 
La  forme  de  la  troisième  personne  du  pluriel  du  subjonctif 
se  trouve  aussi  comme  indicatif;  mais  le  plus  souvent  à  la  rime. 
Voy.  Brut,  v.  9511.    Ben.  v.  23955. 

Quele  est  la  veie  es  cieus  amunt 

U  clL  maignent  qui  od  Deu  sunt, 

E  queus  cele  qui  là  descent 

U  sunt  li  doleros  torment.     (Ben.  v.  24301-4.) 
Au  lieu  de  mmgne,  on  rencontre  quelquefois  magne: 

Charles,  M  son  peciet  regarde, 

.Eeprit  à  feme  Lindegarde, 

Pour  çou  qu'en  peciet  trop  ne  magne.  (Phil.  M.  v.  2764-6.) 
Le  parfait  défini,  si  on  l'eût  régulièrement  renforcé,  aurait 
été  semblable  au  présent  de  l'indicatif;  on  rejeta  donc  la  diph- 
thongaison  et  on  le  forma  de  deux  manières.  On  syncopa  le  s 
(mansi)  et  on  adopta  la  terminaison  uï;  ou  bien  on  syncopa  le 
n,  puis  on  rejeta  la  terminaison  et  Va  s'aplatit  en  e:  mes.  Cette 
seconde  méthode  est  de  beaucoup  la  plus  employée  ;  l'autre  n'eut 
guère  cours  que  jusque  vers  la  fin  du  XII  ^  siècle.  Lorsque 
mamdre  fut  devenu  un  peu  général,  c'est-à-dire  après  1250, 
on  composa  un  nouveau  parfait  défini  sur  cet  infinitif:  mains. 
Le  sentiment  des  bons  usages  commençait  alors  à  se  troubler. 

Une  fois  en  sa  court  manui,^ 

Et  moût  de  bien  ti'ouvai  en  lui.     (R.  d.  1.  M.  v.  5927.  8.) 

(1)  Manuî,  dans  un  texte  de  cette  époque  et  Ide  ce  dialecte,   n'est  que   pour  la 
rimo. 


DIT   VERBE.  37 

Cest  raim  vos  met  ju  davant,  car  il  trois  ans  mamiit  en  soliteit, 
conuiz  solement  à  Deu,  et  ne  mies  as  homes.  (S.  d.  S,  B.  fol.  125.  r."  Y. 
Eoquefort.  s.  v.) 

De  ce  est  ke  la  Scriture  tesmonget,  ke  solement  Joseph  ki  jusko 
en  la  fin  permanut^  justes  entre  ses  frères,  out  sa  cotte  juske  al  talun. 

(M.  s.  J.  p.  448.) 
Li  espiriz  nostre  Signor  manut  sor  luy.     (S.  d.  S.  B.  p.  563.) 
Ne  jo  ne  mes  unches  en  maisim,  des  le  jur  que  jo  menai  les  fiz  Israël 
de  Egypte  jesque  cest  jui-,  mais  erred  ai  en  tabernacles  e  en  tentories. 

(Q.  L.  d.  E.  n,  p.  143.) 
David  s'en  partid  d'iloc,  e  mest  là  ù  il  truvad  asseui-  recet  en  En- 
gaddi.     (Ib.  I,  p.  93.) 

Et  quant  celle  grant  noise  remest ,  li  bons  dux  de  Venise  . . .  monta 
el  leteri.     (ViUeh.  436^) 

Cil  Eobiers  estoit  uns  bevere, 
Uns  chevaliers  fors  tremelere; 
Tant  fist  que  riens  ne  li  remest, 

Eors  qu'uns  seus  manoirs  ù  il  mest.    (Phil.  M.  v.  17008-11.) 
La  gentil  dame  au  gent  cor  avenant 
De  lui  remest  ensainte  d'un  anfant.     (E.  d.  C.  p.  4.) 
Au  lien  de  la  forme  remest,   on  trouve  remist  dans  quelques 
textes  mormands  mélangés: 

Ci  rout  si  doleros  contenz, 

Dunt  toz  li  chans  remist  sanglenz.     (Ben.  v.  16294.  5.) 
Por  le  grant  espoentement 
E  por  si  fait  destorbement 
De  ceus  qu'il  virent  si  laidiz 
E  de  lor  cors  si  maubailliz, 
Memist  lor  rage  e  lor  emprise.     (Ib.  v.  26839-43.) 
Mais  dans  ces  mêmes  textes,   la  forme  du  simple   est  tou- 
jours mest  (Y.  Ben.  v.  38849) ,  et  remest  ne  leur  est  pas  inconnu. 
Et  nos  remessimes  tout  seul  à  seul ,  moi  et  vos.    (E.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  73.) 
La  troisième   personne    du   pluriel    de    la   forme    mes   avait 
natiu-eUement   toutes   les  variantes   des   parfaits   définis  avec  s 
intercalaire. 

E  cez  en  alerent  en  Damasche ,  e  là  mestrent.    (Q.  L.  d.  E.  HE,  p.  278.) 
Cil  de  la  ville  remestrent  mult  esbais ,  et  traistrent  à  la  prison  où 
l'empereres  Sursac  estoit.     (Yilleh.  453''.) 
Celé  compaigne  e  celés  genz 
Dunt  Eous  se  faiseit  si  dolenz, 
Qui  remestrent  en  la  travaille 

E  el  fer  champ  de  la  bataille  .  .  .    (Ben.  v.  5477-80.) 
Et ,  comme  à  la  troisième  personne  du  singulier,  ï  au  lieu  de  e  : 

(1)  Deux  lignes  plus  haut,  on  trouve  la  2epers.  du  pluriel  permanistes. 


38  DU    \"ERBE. 

.lij.  fiz  remisirent  de  cel  roi 

E  une  bêle  file,  si  corne  jeo  croi.    (Chi-.  A.  N.  I,  p.  29.) 

Cil  qui  remesent  al  camp  vif 

S'entornerent  par  mer  fuitif.     (Bmt.  v.  8565.  6.) 

Le  jor  i  o  maint  chevalier  ochis, 

Dont  mainte  dame  remeisent  sans  maris.  (O.d.D.v.  7020.1.) 
Cette  diphthongaison  ei  est  picarde  -  champenoise ,  du  Xm*" 
siècle;  elle  se  recontre  aussi  à  la   troisième   personne    du  sin- 
gulier : 

Une  grant  piesce  remeist  la  chose  ensi.     (R.  d.  C.  p.  21.) 

Maint  orfe  firent  et  maint  homme  morir, 

Dont  mainte  dame  remerent  sans  maiis.     (G.  1.  L,  I,  p.  76.) 

Ço  peise  mei  ke  chà  venis 

E  k'à  Lundres  ne  remainsis.     (E.  d.  R.  v.  13035.  6.) 
Ge  m'en  parti  comme  sages,  vos   remainsi{s)tes ,  comme   foie,  et 
descirastes  vostre  robe.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  73.) 

Li  .vij.  sage  remeinstrent  el  bois  seint  Martin.     (Ib.  p.  9.) 
Yoici  enfin  une  forme  qui  ne  se  rattache  à  aucune  des  pré- 
cédentes, et  sur  l'authenticité  de  laquelle  il  est  permis  d'avoir 
des  doutes: 

Del  mostier  issent  quant  li  servise  est  dit: 

A  lor  ostel  mainerent  .i.  petit, 

Et  puis  montèrent  sor  les  chevax  de  pris  ...  (R. d. C.p. 324.) 
L'imparfait  du  subjonctif  conservait  toujours  Va  radical;   il 
eut  pour  formes,  selon  les  temps  et  les  dialectes:  masisse,  inas- 
sisse ^  maisisse,  mansisse ,  mainsisse. 

La  force  ert  soe,  si  crfimeie. 

Se  sa  volonté  ne  faseie, 

Ke  jo  jamaiz  ne  revertisse. 

Et  toz  tems  là  remainsisse.     (R.  d.  R.  v.  11963-6.) 
David  requist  le  rei  Achis  qu'il  li  Hvrast  une  de  ses   citez  ù  il 
masist.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  107.) 

Une  chevalier  nul  n'encontra 

Tant  cum  la  lance  li  dura 

Qu'ai  cors  n'enti-ast  sis  gunfanons 

Ne  qu'il  remasisf  es  arçuns.    (Ben.  n,  v.  775-8.  cfr.  v.  9636.) 

Quidez  qu'i  remassist  Bealves 

N'autres  citez  en  France  ades.     (Ib.  I,  v.  1117.  8.) 

E  il,  verais,  jusz,  dreiz  e  sages, 

Yout  que  remassist  li  damages.     (Ib.  v.  29405.  6.) 

Ne  vont  qu'il  maisist  en  leece.     (Ib.  v.  29913.) 

Mais  ainz  eûmes  la  maison 

Que  cist  mainsist  el  veisine.     (Chast.  XIY.  v.  246.  7.) 

Hai!  Yiane!  mal  feus  et  mal  chai'bonz 

Yoz  eust  arse  entor  et  anviron. 


DU    VERBE.  39 

N'i  remainsist  ne  saule  ne  donjon, 

Kant  se  conbatent  por  vos  tel  dui  bairon.  (G.  d.  Y.  v.  2500  -  3.) 
Li  chevaliers  si  il  poist 

Tuz  jurs  sen  fin  i  remansist.     (M.  d.  E.  II,  p.  481.) 
Et  s'il  vous  venoit  à  talent, 
Qu'en  cest  pais  remansisies 
Tôt  et  franc  et  quite  séries.     (Brut.  v.  586-8.) 
Alcuue  feiz  vus  ai  e  preie  e  requis 
Que  vus  remansissies  el  règne   saint  Denis.     (Th.  Cant. 

p.  97.  V.  16.  17.) 
Bemainsissiez.     (E.  d.  E.  v.  12164.) 

....  Que  il,  por  Dieu,  eussent  pitié  et  merci  de  la  terre,  et  qu'il 
remansissent.    (Yilleh.  p.  124.  CXVII.) 
Bemainsissent.     (E.  d.  E.  v.  15942.) 

L'imparfait  de  l'indicatif  avait  pour  formes:    manoîe,  menoie, 
maneie;  le  futur:  manrai  et,  avec  d  intercalaire,  mandrai;   plus 
tard  maind/rai,  mainrai;  menrai^  mendrai. 
Là  ert  uns  rois  qui  là  manoit 
Et  tôt  le  raine  em  pais  tenoit.     (Brut.  v.  37.  8.) 
Quant  Pilâtes  seut  où  memioit 
Et  comment  ele  à  non  avoit, 
n  ha  tantost  envoie  là.     (E.  d.  S.  G.  v.  1495  -  7.) 
Et  se  ore  ne  remanoit  la  bataille  de  la  partie  des  Blas  et  des  Comains, 
bien  croi  que  de  la  nostre  partie  ne  remanroit  ele  pas.     (H.  d.  V.  498*'.) 
Li  message  vindrent  en  Gabaath,  ù  li  reis  Saul  maneit.     (Q.  L.  d. 
E.  I,  p.  36.) 

Se  Diex  eust  consenti  que  nostre  gent  fuissent  plus  tost  venu  là 
quatre  jours,  tout  cil  qui  manoient  de  là  le  Bras  eussent  este  pris. 
(H.  d.  V.  497^) 

Muneient    (E.  d.  E.  v.  15941.) 

E  jo  aturnerai  un  lieu  à  mun  pople  de  Israël  e  si  l'i  planterai,  e 
jo  si  mandrai  od  lui  e  n'iert  mais  trublez.     (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  143.) 

E  !  Fi'ance  dulce,  cun  hoi  remendras  guaste  !  (Ch.  d.  E.  p.  77.) 
Ne  remandrat  en  bois  cerf  ne  daim  à  fuir.  (Charl.  p  25.) 
Beals  doz  amis,  il  est  escrit 

Que  qui  maison  deit  achater,  i  Que  tôt  avant  doit  esprover 
Et  savoir  bien  quels  teclies  a 

Son  veisin  qui  après  maindra.    (Chast.  XIY.  v.  240-4.) 
Bemeindrum.    (Ch.  d.  E.  p.  44.) 

Yos  remanroit  de  cà  à  molt  riche  compaigne.   (Ch.  d.  S.  II,  p.  101.) 
Bemanrez  (G.  1.  L.  I,  p.  68.) 

....  Soient  tous  jours  franc  et  en  pais. 

Si  com  cil  M  manront  à  Âis.     (Phil.  M.  v.  2540.  1.) 

Damme,  dist  il,  par  le  cors  saint  Eichier! 

N'i  remanroie  por  la  teste  à  tranchier.  (Ch.  d.  E.  Intr.  XLIU.) 


h 


40  DTJ  VEEBE. 

S'or  li  avoit  li  dus  Gerars  donee, 
Si  remainroit  la  gueiTe.     (G.  d.  Y.  v.  1026.  7.) 
Et  li  consaus  fu  tiex  que  Tienis  de  Los  ....  remainéroit  en  Ni- 
comie  atout  ses  clievaliers  et  serjans.    (Villeh.  p.  160.  CLXXIY.) 

Et  distrent  que  celé  chose  lor  sambloit  estre  mult  longue  e  mult 
perillose,  et  que  il  remanroient  en  l'ysle  et  en  lairoient  l'ost  aler. 
(ViUeh.  446^) 

Le  participe  passé  avait  trois  formes:  masu^  mes,  manu,  qui 
dérivent  du  laùiii  mansum,  comme  les  parfaits  définis  de  mansi, 
A  la  fin  du  XLEI^  siècle ,  on  en  trouve  une  quatrième  :    ynanèu. 
Dedens  la  vile  n'a  home  remasti, 

As  murs  ne  soient  por  desfendre  venu.     (R.  d.  C.  p.  58.) 
Le  bore  ont  ars,  n'i  a  rien  remasu.     (Ib.  p.  59.) 
Berarz  de  Mondidier  est  illuec  remasu^.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  170.) 
Comme  variante  de  ce  dernier  vers: 

Berarz  de  Mondidier  est  ou  guez  remanuz.    (Ib.  ead.) 
Si  li  mustra  dunques  le  Uu 

Où  el  avait  lung  tans  manu.     (M.  d.  F.  H,  p.  268.) 
Sire,  sire,  jo  e  ceste  meschine  avum  mes  en  une  maisun.     (Q.  L. 
d.  E.  in,  p.  235.) 

Si  sui  remese  sans  mari.     (R.  d.  M.  p.  18.) 
Manoir  avait  encore  le  composé  permanoir ,  parm^indre,  etc. 
qui  signifiait  ester,  demeurer,  persévérer,  durer,  continuer. 

E  si  en  vostre  jn^HaQ  parmaindre  volez,  vus  e  vostre  rei  ensemble 
périrez.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  41.  cfr.  p.  78.) 

Quant  il  fu  sacre  e  miz  el  se, 
Deu  del  ciel  en  ad  loe, 

Lur  creatur. 
Qui  parmeint  en  trinite.     (Ben.  t.  3.  p.  474.) 
Yoy.  ci -dessus  infinitif  et  parfait  défini. 

PAEOIR  (v.  fo.),  parère. 

La  langae  actuelle  a  rejeté  ce  verbe  simple  et  conservé  la 
forme  inchoptive  paraître,  à  laquelle  on  rattache  aussi  le  parfait 
défini  parus  et  le  participe  liasse  paru,  qui,  à  proprement  parler, 
appartiennent  au  radical  paroir. 

P(«mr  (composés  :  apparoir,  comparoir,  disparoir),  avait  poui* 
formes  à  l'infinitif:  paroir^  en  Bourgogne  et  dans  le  sud  de  la 
Picardie;  parir,  dans  le  nord -est  du  dialecte  picard  ;  parer,  en 
Normandie;  pareir^  dans  les  dialectes  mixtes. 

En  la  primiere  apparicion  volt  il  apparoir  ensemble  la  Yirgine  sa 
mère.    (S.  d.  S.  B.  p.  553.) 

Car  cil  ki  est  pris  al  de\dn  service  doit  devant  les  oez  Deu  nés 
des  carneiz  penses  aparir.    (M.  s.  J.  p.  483.) 
Tant  les  ont  de  maces  batus 


DU    VERBE.  41 

Et  d'espees  et  de  coutiaiis 

Qu'il  en  font  paroir  les  boiaus.     (Phil.  M.  v.  7611-13.) 

Une  ne  le  meudre  ne  le  pire 

Ne  vont  fors  porte  remaneir, 

Ne  ne  se  voudront  apareir, 

Dedenz  les  murs  s'estèrent  quoi.  (Ben.  v.  19057-60.) 
Le  présent  de  l'indicatif  de  paroïr  était  régulièrement  fort  : 
Va  s'affaiblissait  en  ^,  et,  dans  la  Bourgogne  propre  et  la  Cham- 
pagne ,  on  diphthonguait  cet  e  avec  ï  postposé ,  tandis  qu'on  le 
préposait  dans  le  sud  de  l'Ile-de-France,  la  Touraine,  l'Orlé- 
anais et  le  Berry.  La  diphthongaison  eï,  qui  probablement  avait 
été  aussi  en  usage  dans  une  grande  partie  de  la  Picardie,  se 
perdit  de  fort  bonne  heure,  et,  vers  le  milieu  du  XIIF  siècle, 
les  formes  en  e  pur  étaient  les  seules  employées  dans  la  Picar- 
die, le  nord -est  de  l'Ile-de-France  et  le  nord  de  la  Champagne. 
A  la  même  époque ,  w  avait ,  au  contraire ,  gagné  du  terrain  du 
côté  de  l'ouest,  dans  l'Ile-de-France. 

La  Normandie  a  toujours  eu  des  formes  en  e  pur. 
Mais  à  ceaz  M  ce  funt  apeirt  li  angles.     (M.  s.  J.  p.  449.) 

Tuit  sont  fanduit  li  escut  à  heon 

Et  desrompu  li  hauberc  fremilon 

Si  ke  desouz  peirent  li  aqueton.     (G.  d.  Y.  v.  2491  -  3.) 

Dont  granz  dois  pamt  et  piert.     (Eomv.  p.  419.  v.  14.) 

Arere  funt  Normant  torner; 

Ce  piert,  ne  s'i  sunt  mie  feinz.     (Ben.  v.  21543.  4.) 

N'i  piert  de  terre  demi  pie.     (Ib.  v.  16495.) 
Si  come  il  apiert  par  les  lettres  dou  devant  dit  Edward.    (1269.  Eym. 
I,  2.  p.  115.) 

Eire  ne  boui'der  ne  voloit; 

A  painnes  le  connoist  mais  nus: 

Il  pert  que  del  ciel  soit  venus.     (E.  d.  M.  p.  51.) 

Par  mi  le  groz  dou  piz  son  confenon  li  guie. 

Si  que  de  l'autre  part  diupert  aune  et  demie.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  12.) 

Passet  la  noit,  si  apert  le  cler  jor.     (Ch.  d.  E.  p.  142.) 

Moult  se  portent  cil  ceval  bel, 

Moult  perent  délivre  et  isnel.     (P.  d.  B.  v.  7905.  6.) 
Lorsque  la  diphthongaison  fut  hors  d'usage,  on  reprit  quel- 
quefois la  voyeUe  radicale  au  présent:  part^  parent,  au  lieu  de 


Mais  elle  von*oit  moult  celer 
Tôt  son  coraige  à  sa  seror, 
Porquant  si  part  à  sa  color 

Qu'el  se  tient  moult  à  mal  baiUie.     (P.  d.  B.  v.  6378-81.) 
Présent  du  subjonctif:  peïre  {patrej ,  père ,  piere ,  perge ,  pierge. 
Yrois  est  que  vostre  outrage  paire.     (L.  d'I.  p.  16.) 


h 


42  DU  VEllBE. 

Jamais  ii'iert  jors  ke  il  n'i  2J«*»*<?-     (Dol.  p.  259.) 

Dame,  or  te  pri  que  à  moi  père 

Ce  qu'il  à  pecheors  promist.     (Rutb.  Il,  p.  116.) 

Ore  i  perge  s'unques  m'ama.     (Trist,  II,  p.  59.') 
Et  corne  vous  junez,  ne  voiliez  estre  fait  tristes  com  les  ypocrites,  car 
il  forfont  lour  faces  qu'il  apiergent  as  homes  junantz.     (Roquefort,  Gloss. 
s.  V.  Forfaire.) 

Futur:  parra^perra;  conditionnel:  parroit ,  perroit ;  imparfait 
de  l'indicatif:  par  oit. 

Et  alsi  com  à  lumière  serat  mostreit  tôt  ce  ke  dont  aparrat  el  esgard 
de  toz,  cest  jor  tornons  nos  en  ténèbres  se  nos  tôt  ce  ke  nos  forfaisons, 
destruions  par  pénitence.     (M.  s.  J.  p.  457.) 

Or  i  parra  qui  ci  ert  pruz.     (Ben.  Il,  v.  2535.) 

Ancui  ferai  ou  tas  tôt  por  la  soe  amor, 

Que  très  par  mi  la  broigne  an  perra  la  suor.    (Cli.  d.  S.  D, 

p.  115.) 

Si  loerent  li  roi  Carlon 

Qui  desfendu  en  laisast  son  cors  ; 

Si  parroit  li  drois  et  li  tors.     (Phil.  M.  v.  9443-5.) 

Et  cil  s'en  vait  oui  paroit  la  boele.     (R.  d.  C.  p.  185.) 

Tant  an  ot  cravantez  par  delez  .i.  roion 

Que  desor  l'erbe  vert  ne  paroit  se  sanc  non.     (Ch.  d.  S.  11, 

p.  130.) 

Et  à  trop  grant  dolor  montoie 

Les  hautes  montaignes  agues 

Qui  par  oient  desor  les  nues.     (Dol.  p.  252.) 
Parfait  défini:  paruit ,  parut -,  imparfait  du  subjonctif:  parust ; 
participe  passé:  paruit^  paru. 

Et  quant  ons  (lis  .  nos)  eswardemes  où  il  venoit,  si  nos  apparuit  uno 
mervillouse  humiliteiz.     (S.  d.  S.  B.  p.  526.) 

Li  benigniteiz  et  li  humaniteiz  de  Deu  nostre  salvaor,  ce  dist  li  Apost- 
les,  est  apparue.     Sa  poxance  apparut  davant  en  la  création  des  choses, 

et  sa  sapience  apparoit  el  governement  des  choses  ki  creeies  estoient 

Sa  poosteiz  avoit  apparuit  as  Geus  en  signes  et  en  miracles.    (Ib.  p.  536.) 

La  grant  lance  li  a  lez  le  flanc  seelee: 

D'autre  part  an  "parut  .i.  aune  mesurée.    (Ch.  d.  S.  II,  p.  118.) 

Dex,  à  Marie  Magdelainne 

Vous  aparastes  tous  premiers, 

Et  puis  à  vos  aposteles  chiers.     (R.  d.  1.  Y.  p.  250.) 

Mais  ainz  que  ptarust  li  matins 

Se  fu  la  danzele  endormie.     (Ben.  v.  31483.  4.) 

Ne  s'est  pas  tantost  aparus, 

Car  le  seigneur  vit  en  la  saUe.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  6567.  8.) 

(1)  M.  Fr.  Michel  dérive  perge  du  latin  pergere,  et  le  traduit  par  aille.  Je  ne  sais 
alors  quel  sens  il  attache  à  ce  vers ,  car  le  précédent  exprime  déjà  l'idée  que  donnerait 
coluici,  en  rendant  perge  par  aille. 


DU    ATSRBE.  43 

Et  quant  li  jors  est  aparus, 

Li  ber  est  cauoies  et  vestus.     (P.  d.  B.  v.  1809.  10.) 
Participe  i)réseiit:  parant. 

Par  là  où  il  s'an  vont  es  \)iQii%mranz  la  trace.     (Ch.  d.  S. 

n,  p.  83.) 
Celo  nuit  se  reposent,  tant  que  jorz  iviparans.   (Ib.  I,  p.  208.) 
Sire,  perdu  avons,  dit  Berars,  duremant: 
As  eschieles  est  bien,  ce  veez,  ciparant.     (Ib.  II,  p.  79.) 
Car  l'emperere  au  couraige  vaillant 
Dort  molt  à  aise  et  molt  seuremant 
Dedans  Yiane  jusc'à  l'abe  aparant.     (G.  d.  V.  v.  3785-7.) 
Reparoir: 

Et  au  cheval  reparoit  auques  que  il  avoit  este  espourounes  par 
bosoing.     (H.  d.  Y.  p.  172.  lY.) 

Le  verbe  apparoir  a  encore  été  employé  par  Labruyére  :  Ne 
faire  qu'apparoir  dans  sa  maison. 

Comparoir,  inusité  aujourd'hui,  même  en  termes  de  palais, 
s'employait  fréquemment  au  XYI"  siècle  avec  toutes  les  significa- 
tions de  comparaître,  comme  apparoir ,  avec  celles  de  apparaître. 
Cela  couvroit  grandement  ceste  deffectuosite  ;  et  qui  plus  est,  faisoit 
davantage  apparoir  la  gentillesse  de  son  courage.  (Amyot.  Hom.  ill.  Ages.) 
(Cleomenes)  vuida  les  rues  si  bien  que  personne  des  ennemys  n'y  osa 
plus  comparoir ,  à  cause  des  Candiots  et  gentà  de  traict  qu'il  y  faisoit 
tirer.     (Ib.  ead.  Agis  et  Cleomenes.) 

Je  crois  devoir  faire  remarquer  l'emploi  de  apparoir  et  dis- 
paroir  comme  verbes  pronominaux.     (Cfr.  p.  42.  1.  42.) 
Mes  sire  St.  Jake  en  demainne 
Une  autre  nuit,  com  il  dormoit, 
S'apara  e  à  lui  dissoit: 
Biaus  fins  que  fes?     (Phil.  M.  v.  4753-6.) 
Cet  emploi  était  encore  fréquent  au  XYP  siècle,    et,  dans 
la  langue  fixée,  il  s'est  même  conservé  pour  apparaître. 

Et  dict  on  aussy  que  la  nuict  s'apparut  à  SyUa  mesme  en  songe  la 
déesse  Bellone.     (Amyot.  Hom.  iU.  Sylla.) 

Cestuy  (Titus  Latinus)  eut  une  vision  en  dormant,  par  laquelle  il  luy 
feut  advis  que  Jupiter  s'apparut  à  luy.     (Ib.  ead.  Cariolanus.) 

Les  austres  disent  que  toutes  ces  choses  là  se  font  et  se  disent  en 
remembrance  de  l'inconvénient  qui  advint  à  Komulus,  quand  il  se 
disparut.     (Ib.  ead.  Eurius  Camillus.) 

Bossuet  a  dit  :  Il  s'apparaît  à  lui  la  belle  idée  d'une  bonne  vie. 

PLEUYOIR  (v.  fo.),  pluere. 
Les  formes  infinitives  de  ce  verbe  étaient:  en  Bourgogne  et 
en  Picardie,  plovoir ;  en  Normandie,  pluver;   dans  les  dialectes 
mixtes,  pluveir,   ploveir.     Ce  n'est  que  tout  à  la  fin    du  XIH" 


44  DU    \"ERBE. 

siècle,   que  Vo  s'assourdit  en  ou:  pïouvoir,  forme  qui  resta  fort 
longtemps  en  usage  à  côté  de  pleuvoir. 

Le  V  de  plovoir  (pleuvoir)  est  une  intercalation  pour  faire 
disparaître  le  hiatus  qui  existoit  dans  le  radical  latin.  Cette 
intercalation  est  fort  ancienne  ;  les  premiers  textes  de  la  langue 
d'oïl  ne  connaissent  pas  la  forme  simple.^ 

Mais  la  nuis  vint,  solaus  prist  à  sconser, 

Et  si  commence  li  airs  à  obscurer, 

Et  à  pïovoiv  et  forment  à  toner, 

Et  cil  esclistre  l'un  après  l'autre  aler.     (0.  d.  D.  v.  6190  -  3.) 

Car  tu  verras  si  foudroier, 

Yenter  et  arbres  pecoier, 

Toner,  plovoir  et  esparcir  . .  .    (Eomv.  p.  527,  v.  21  -3.) 

Beau  tens  faiseit  seri  et  cler, 

Cum  senz  pluveir  e  senz  venter.  (Ben.  v.  7678.  9.) 
Le  présent  de  l'indicatif  faisait  pluet,  pluevent;  ainsi  Vo  s'y 
diphthonguait  régulièrement  en  ue.  On  pourrait,  il  est  vrai, 
expliquer  aussi  pluet  comme  dérivant  directement  du  latin  pluit, 
par  suite  de  l'affaiblissement  de  Vi  en  e;  cependant  je  préfère 
admettre  la  diphthongaison ,  non  pas  pour  rester  fidèle  au  système 
que  j'expose,  mais  parce  que  Vu  latin  s'est  écrit  o  dès  les 
premiers  temps  de  la  langue ,  dans  la  Bourgogne  et  la  Picardie. 
(Cfr.  le  provençal  ^/or^,  l'italien  piôvere^  l'espagnol  llover^  le 
portugais  chover.) 

He  !  Dex  pères,  dit  il,  par  cui  il  pluet  et  vante.     (Ch.  d.  S.  II,  p. 3.) 

H  ont  à  boivre  et  à  mengier: 

Si  ne  lor  chaut  c'il  pluet  ou  vente.     (Rutb.  I,  p.  129.) 

De  l'eve  que  les  nues  pluevent, 

Por  sofÊraite  de  miUor,  boivent.     (Chr.  A.  N.  m,  p.  56.) 
Parfait  défini:  plut^  (ploutj ;  imparfait  du  subjonctif:  pïeust; 
futur:  plovra;  conditionnel:  plovroit;  participe  passé:  pieu. 

Cel  matin  plut,  si  fist  molt  lait.     (E.  d.  1.  V.  v.  1358.) 

Ne  cuit,  c'onqes  si  fort  pleast.    (Romv.  p.  528,  v.  9.) 

Et  quant  onques  plus  i  plorra, 

Li  pavemens  plus  clers  sera.     (P.  d.  B.  v.  829.  30. 

La  terre  est  mole,  si  ot  i  poi  pieu.    (R,  d.  C.  p.  109.) 
Outre  repïovoir^  l'ancienne  langue  avait  les  composés: 
1)  Aplovoir^  tomber  comme  une  pluie,  affluer,  abonder: 
Et  cume  Absalon  fist  le  sacrefise ,  ces  M  od  lui  furent  firent  cunjurei- 
sun  encuntre  David.    E  li  poples  apluveit  de  tûtes  parz  ;  e  fud  e  se  teneit 
od  Absalon.     (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  174.) 

Devert  li  veit,  del  autre  part, 

Le  rive  de  Dieppe  vestue 

(1)  Cfr.  au  contraire,  pluios  =  pluvieux.     (Ben.  n,  v.  1426.) 


DU  \t:rbe.  45 

De  la  grant  gent  qui  est  venue, 

E  de  par  tôt  vient  e  apluet.     (Ben.  v.  21743-6.) 

Le  cri  fist  par  la  terre  aler 

Por  les  gi-anz  geudes  assembler. 

De  par  tôt  i  sunt  apleues, 

Od  fauz,  od  ars  e  od  maçues.     (Ib.  v.  21374-7.) 

Yenir  soudain,  on  ne  sait  d'où: 
Sor  ço  lor  est  puis  apïeus 
Uns  diables  qui  fu  perdus.     (P.  d.  B.  v.  2497.  8.) 

2)  Unpiovoir,  mouiller: 

Ha!  sire,  ge  ne  m'en  pris  garde,  et  je  le  fis  pour  ce  que  je  savoie 
bien  que  vos  vendriez  toz  moilliez,  et  touz  enpleuz.    (E.d.S.S.d.E.p.45.) 
Si  fu  Gerars  molt  bien  emplus,    (E.  d.  1.  Y.  v.  1359.) 

PODYOIR  (v.  fo.),  posse. 

Ce  verbe  a  eu  pour  formes  infinitives:  poor  ^  pooir^  (=  po- 
tere,^  en  Bourgogne  et  dans  le  sud  de  la  Picardie;  puer,  poer^ 
en  Normandie;  poeir^  dans  les  dialectes  mixtes;  poir ^  dans  le 
nord -est  de  la  Picardie. 

Toutes  ces  formes  syncopent  le  ^  ^  latin;  plus  tard,  on  le 
remplaça  par  v ,  pour  faire  disparaître  le  hiatus  qui  résultait  de 
la  contraction  du  radical.  Cette  intercalation  du  v  ne  se  montre 
que  fort  tard  dans  le  XIII®  siècle,  et  encore  les  exemples  n'en 
sont -ils  pas  communs;  sans  compter  qu'il  est  quelquefois  assez 
difficile  de  décider  si  l'on  doit  lire  u  ou  v.  Quant  à  moi,  je 
IDcnse  que  Y  ou  des  manuscrits  est,  dans  la  plupart  des  cas,  un 
simple  assourdissement  de  l'o,  et  non  pas  notre  ov. 

On  à  déjà  vu  plusieurs  fois  que  la  première  personne  du 
singulier  du  présent  de  l'indicatif  des  verbes  forts  ne  correspon- 
dait pas  aux  autres  formes  renforcées.  Tel  est  encore  le  cas 
pour  la  première  personne  du  présent  de  pooir:  puis. 

Puys  ou  puis  était  la  forme  primitive  de  la  Bourgogne  et  de 
la  Picardie.  Au  lieu  de  puis,  on  a  écrit  quelquefois  pui  (YiUeh. 
451*")  et,  vers  le  milieu  du  XIII®  siècle,  on  remplaçait  ordinai- 
rement, en  Bourgogne,  le  s  par  x.     (Yoy.  Substantifs  1. 1,  p.  95.) 

La  Normandie  avait  puus^  pus  ou  puz;  et,  par  la  raison  que 
j'ai  donnée  à  l'occasion  du  présent  de  trouver,  puis  devenait  ^m« 
dans  les  dialectes  soumis  en  partie  à  l'influence  normande. 

La  seconde  et  la  troisième  personne  du  singulier,  et  la  troisième 

(1)  Potesse  dans  Térence,  Lucrèce. 

(2)  Le  t  s'était  permuté  en  d.  M.  Diez  cite  la  forme  podibat  dans  une  charte  du 
yne  siècle  (Marini  pap.  dipl.  p.  100);  les  Serments  ont  podir;  le  Fragment  de  Valen- 
ciennes,  podist  (1.  11  verso);  et  l'on  trouve  encore  poedent  iaxis  la  Chanson  de  Roland; 
Demurent  trop,  n'i  poedent  cstre  à  tens.     (p.  72.  CXXXVI.) 


46 


DU   VERBE. 


du  pluriel  du  présent  de  l'indicatif  de  pooir,  renforçaient  rôgulio- 
rement  Vo  en  ue ,  dans  la  Bourgogne  et  la  Picardie  :  pues  (plus 
lard  puez,  en  Bourgogne),  puet^  pueent^  qu'on  écrivit  souvent 
puent,  au  XITE^  siècle,  rejetant  ainsi  Ve  de  la  diphthongaison. 

La  Normandie  propre  avait  à  ces  mêmes  personnes:  puz,  put, 
puent;  formes  qui  devinrent  poz,  pot^  poent,  sur  les  confins  do 
cette  province ,  au  nord  et  au  sud.  Ces  formes  en  o  avaient 
pénétré,  à  la  fin  du  XIII''  siècle,  jusqu'au  centre  de  l'Ile-de- 
France.  Enfin,  de  même  qu'on  vient  de  voir  pois  pour  puis, 
on  trouve  poet  au  lieu  de  puet.  Je  n'ai  rencontré  nulle  part 
poez  pour  puez;  on  évitait  probablement  cette  forme,  parce  que, 
dans  les  dialectes  mixtes,  elle  aurait  été  tout  à  fait  semblable 
à  la  seconde  personne  du  pluriel. 

Ex.  Tôt  ceu  ke  ju  doner  li  puys  en  mes  chaitis  cors ,  et  assez  est  se 
ju  ceu  li  done.     (S.  d.  S.  p.  549.) 

Quels  grâces  puis  je  rendre  de  la  salveteit  de  mou  airme  à  celui  ki  lo 
velin  de  detraction  me  mat  davant?     (Ib.  p.  557.) 

S'il  voz  en  poise,  bien  m'en^M*a?  consirer.    (Gr.  d.Y.  v.  675.) 

Par  foi,  dist  il,  je  voi  mervelles, 

Qu'à  grant  painne  le  puis  jou  dire; 

Je  ne  m'en  puis  tenir  de  rire.     (L.  d'I.  p.  20.) 

Sire,  dist  Carlemaines,  nepuus  lesser  nel  die.    (Ckarl.  p.  29.) 

Se  Deu  ne(n)  pense  jo  murrai. 

Ne  puz  yivre  (plus)  lungement 

A  la  dolur,  al  mal  que  sent.     (Trist.  II,  p.  60.) 

Yos  savez  bien  ne  pus  issir. 

Par  vos  m'en  estuet  revertir.     (Ib.  I,  p.  47.) 

Ocis  e  mort  e  enchaucie 

Furent  François ,  ceo  vos  pois  bien  dire.     (Ben.  v.  3542.  3.) 

Sel  pois  trover  à  port  ne  à  passage, 

Liverrai  lui  une  mortel  bataille.     (Ch.  d.  E.  p.  26.) 
Et  ceu  faces  tant  cum  i\ipues  par  bone  conscience.  (S.  d.  S.  B.  p.  569.) 
Baudoin,  garde  toi! 

Trop  te  puez  oblier  avec  famé  de  roi.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  120.) 
De  ço  ne  lur  iert  à  guaires,  kar  tu  suis  puz  estre  acuntez  pur  dis 
mifie.    (Q.  L.  d.  E.  n,  p.  185.) 

Eespundi  David  :  Poz  tu  me  mener  là  ù  ti  cumpaignun  sunt  ?  (Ib. 
I,p.ll5.) 

E  SI  tu  es  en  iceo  pris 

Sez  de  quel  tu  poz  estre  fis? 

D'aler  en  enfer  e  descendre.     (Ben.  v.  6241  -  3.) 

Tant  par  est  tis  nons  esbauciez 

Que  mult  par  te  'poz  faire  lez.     (Ib.  v.  6547.  8.) 
El  chief  est  fi  fontaine  de  la  divine  pitiet,  ke  ne  puet  estre  espusieie. 
(S.  d.  S.  p.  562.) 


DU   VERBE.  47 

Mainte  chose  samble  contraire 

A  Jhesucrist  que  on  puet  faire 

Molt  bien ,  quant  on  i  a  pris  garde.     (E.  d.  M.  p.  47.) 

E  dist  li  emperere:  Ore  gaberat  Ogers, 

LiduxdeDenemarcbe,  qui  tant  sepzfitraveiller.  (Charl.  p.  21.) 

Car  nuls  hume  ne  me  put  garir 

Tors  sulement  reïne  Tsolt.     (Trist.  Il,  p.  53.) 

E  si  alcuns  vait  enquerant 

Pur  que  il  sunt  apele  Normant, 

Ci  pot  oïr  la  vérité.     (Ben.  I,  v.  663  -  5.) 

Mais  lisant  sui  e  bien  le  sai, 

Kar  en  l'estoire  le  trovai, 

E  creire  le  pot  l'om  senz  faille, 

Que  plus  dolerose  bataille 

N'out  el  règne  ne  puis  ne  ainz.     (Ib.  v.  27958-62.) 

Mais  or  poet  cist  de  fi  savoir 

Que  li  plus  vaillant  del  païs 

L'en  unt  auques  eu  defors  mis.     (Ib.  v.  40240  -  2.) 

Dient  paien  :  Issi  poet  il  ben  estre.     (Ch.  d.  E.  p.  3.) 
ILepoons  nos  dons  dotter,  puez  ke  cil  est  ensemble  nos  M  tôt  affait 
portet?     (S.  d.  S.  B.  p.  572.) 

Et  nos,  tant  com  la  corruptions  de  la  char  nos  apresset,  ne  poons  en 
nule  manière  la  clarteit  de  la  divine  poance  veir  ensi  com  ele  est  en  soi, 
senz  muance.     (M.  s.  J.  p.  478.) 

De  cest  chastiel  aurons  dangier, 

Se  nous  ne  nous  poons  vengier.     (L.  d'I.  p.  22.) 

Geste  bataille  ben  la  puum  tenir.     (Ch.  d.  E.  p.  49.) 

Oiez,  funt  il,  cum  faite  joie 

Yos  jjoum  dire  :  l'ost  s'en  fuit.     (Ben.  v.  19759.  60.) 

Savoir  poeiz,  molt  ot  le  cuer  ire.     (C.  d.  Y.  v.  2588.) 

D'une  rien  vos  p)oez  venter 

Qu'en  tôt  le  siècle  n'a  son  per.     (P.  d.  B.  v.  6429.  30.) 

Par  vos  savoirs  s'em  puez  acorder, 

Jo  vos  durrai  or  e  argent  asez.     (Ch.  d.  E.  p.  4.  cfr.46. 124.) 

Quant  si  compaignon  l'ont  veu. 

Plus  tost  k'il  pueent  li  ont  dit: 

Nous  avons  veu  Jhesucrist.     (E.  d.  M.  p.  41.) 
En  nule  guise 

Ne  pueent  cil  estre  rendu.     (E.  d.  1.  Y.  v.  84.) 

Et  jurent  Dieu  qui  se  laisa  pener 

En  sainte  crois  por  son  peule  sauver, 

Se  Eaoul  puent  en  lor  terre  trover, 

Seurs  puet  estre  de  la  teste  colper.     (E.  d.  C.  p.  81.) 

.XI.  mille  chevalers  poeent  estre.     (Ch.  d.  E.  p.  118. 

Ja  unt  il  tant  del  men  que  il  nel  poent  porter.    (Charl.  v.  843.) 


48  DU  VERBE. 

A  malvais  port  sunt  arivez, 

Se  or  ne  se  ]poent  d'els  défendre.     (Ben.  Il,  v.  2340.  1.) 
Outre  ces  formes  principales  et  régulières,    on  trouve  déjà, 
dans  la  seconde  moitié  du  XIII*  siècle,  le  renversement  de  Vue 
en  eu^    que  la  langue  fixée  a  même  admis  à  la  première  per- 
sonne du  singulier. 

Tu  ne  me  pueus^  navrer  si  malemant.     (0.  d.  D.  v.  11422.) 
Et  queu  femme  le  peut  nonriir.     (R.  d.  S.  G.  v.  3468.) 
Qui  gaignier  vuet,  illuec  faire  le  peut.    (H.  d.  V.  p.  224.  XXXI.) 

Sauf  ce  que  ce  mes  sires  et  ma  dame  de  Flandres  dessus  dit 

voloient  ralongier  le  jour  dou  raport,  il  le  peuent  faire  selonc  ce  qu'il  lor 
plairoit  et  bon  lor  sembleroit.     (1286.   J.  v.  H.  p.  438.) 

M.  d'Orelli  (p.  195)  cite  une  pareille  forme,  qu'il  écrit  à 
tort  pevent.  Eu  est  le  renversement  de  ue .,  et  c'est  de  peuent 
qu'on  forma  plus  tard  notre  peuvent^  par  l'intercalation  eupho- 
nique du  V.  L'éditeur  du  Eoman  du  Chastelain  de  Couci  est 
tombé  dans  la  même  erreur: 

Passèrent  oultre  sans  atendre 
Quanque  ckevaus  lor  pevent  rendre,     (v.  1189.  90.) 
lis.  peuent. 

Dans  l'exemple  suivant,  il  faudrait  peut-être  lire  aussi  peuent 
au  lieu  de  povent: 

Et  les  povent  chascun  an  cliangier  et  muer  tos  quatre.    (1282. 

M.  et  D.  i.  p.  460.) 

Sinon,  on  doit  écrire  ou,  parce  que  cette  nouvelle  forme  en 
0  reporte  nécessairement  à  un  infinitif  pouoir^  tout  à  fait  en 
accord  avec  la  prononciation  un  peu  large  de  cette  province. 

La  forme  ordinaire  du  présent  du  subjonctif  était  dérivée 
de  la  première  personne  de  l'indicatif  puis^  pois:  puisse,  poisse. 
En  Bourgogne,  on  a  eu,  jusque  dans  le  premier  quart  du  Xm'' 
siècle,  un  présent  du  subjonctif  formé  par  la  dipbtliongaison 
de  Vo  radical  avec  i  postposé  :  poie.  Par  suite  de  l'influence 
des  formes  de  l'indicatif,  Vo  s'y  changea  bientôt  en  w,  et  on 
voit  dans  les  Sermons  de  S.  Bernard,  qui  donnent  toujours 
puist  à  la  troisième  personne  du  singulier,  la  troisième  du 
pluriel  flotter  entre  poient  (payent)  et  puient  (puyentj .  La  première 
et  la  seconde  personne  du  pluriel  de  la  forme  poie  se  conser- 
vèrent cependant  jusque  dans  le  milieu  du  XTIP"  siècle,  parce 
qu'ici  le  présent  de  l'indicatif  avait  aussi  o. 
Et  il  me  doinst  le  jour  veoir 
Que  je  puisse  pooir  avoir 

(1)  A  élire  vrai ,  la  forme  jiueus  conserve  le  renforcement  primitif  et  admet  en  même 
temps  le  nouveau;  c'est  un  tâtonnement  d'orthographe. 


DU    VEEBE.  49 

Que  je  vous  rende  vo  servise.     (E.  d.  1.  Y.  p.  205.) 

Mais  ne  me  puet  el  cuer  entrer 

Que  j'onques  celui  puisse  amer, 

Ne  pardoner  mon  mautalent, 

Qui  m'a  sosduite  à  essient.     (P.  d.  B.  v.  49G3  -  6.) 
Puise.    (G.  d.  V.  v.  1319.) 

Au  dessevrer  de  moi  ne  sera  à  ton  chois 

Quepuisses  doner  terre  Alemanz  ne  Tiois.  (Cli.  d.  S.  II,  p.  161 .) 

Si  tu  es  entrepris  de  rien 

Qui  granment  te  puisse  grever, 

Et  tu  t'en  puisses  délivrer 

Legierement,  ne  te  cliaut  mie 

D'atendro  plus  legiere  aïe.  (Chat.  lY,  v.  62  -  6.) 
Tu  vai'oyes  k'il  (ceux  qui  se  noient)  ceos  tienent  kes  tienent,  ne 
k'il  par  nule  raison  ne  welent  dewerpir  ceu  où  il  premiers  puyent 
mettre  lor  mains,  quel  chose  ke  ce  soit,  ancor  soit  ceu  tels  chose  ke 
ne  lor  jmist  niant  aidier ,  si  cum  sunt  racines  d'erbes ,  ou  altres  tels 
choses.    (S.  d.  S.  B.  p.  521.) 

De  vostre  part  doit  il  avoir  loier. 

Un  riche  don  ou  un  garnemant  chier. 

Dont  il  se  puist  anl'ostle  roi  proisier.  (G.  d.  V.  v.  998  - 1000.) 

Il  n'est  nule  riens  en  cest  mont 

Que  nus  hom  puist  faire  poui-  femme 

Que  je  ne  face  poui-  vous,  dame.    (R.  d.  1.  M.  v.  122-4.) 

Dont  nus  ne  se  puet  tant  pener 

Que  les  milliers  xmisse  nombrer.     (P.  d.  B.  2335.  6.) 

Tomer  lor  puise  à  maie  perte  !     (Trist.  I,  p.  53.) 

Beste  n'en  est  ki  poisset  cuitc  à  lui.     (Ch.  d.  E.  p.  62.) 

Quidez  vous  qu'il  vivre  poisse  ?    (E.  d.  S.  p.  10.) 
Lo  posdomes.     (F.  d.  V.  1.  33  v.)  * 
En  telle  manière  que  nos  poiens  fere  nostre  volunte.    (1249.  Th. 

N.  A.  I,  1042.) 

Alons  ferir  sor  ax  sonz  plus  de  demorer. 

Si  que  nos  imipuissiens  cest  règne  governer.  (Ch.d.S.II,p.l08.) 

Mes  pur  ço  ke  tant  nus  péchâmes 

E  de  pechie  nus  encombrâmes, 

Le  nus  estut  espenir 

Einz  ke  ci  puissuns  venir.     (M.  d.  F.  Il,  p.  477.) 

Qui  ne  lor  toudra  plainement 

Secors,  \itaille  e  entrement 

(1)  Cet  exemple  prouve  le  cas  qu'il  faut  faire  de  la  rcmarquo  de  M.  Diez  (II,  184), 
touchant  les  terminaisons  ornes ,  om  (um ,  on) ,  ons.  Om  {um ,  on) ,  dit  -  il ,  se  montre 
dans  le  fait,  plus  tôt  que  ornes,  bien  que  ce  dernier  porte  l'empreinte  d'une  plus  grande 
anciennité.  Et  comme  preuves  de  l'apparition  antérieure  de  ojn,  il  cite  pêlo  -  mêle  des 
formes  des  Q.  L.  d.  R.,  du  R.  d.  R. ,  de  M.  d.  F.  et  du  R.  d.  S.  S.  (  !  !  )  Voilà  où 
l'on  en  vient,  je  le  répète,  en  voulant  soutenir  un  système  imaginé  à  priori,  et  en 
no  faisant  aucune  distinction  dialectale.  Om  n'est  pas  plus  ancien  qna  ornes  ou  ons; 
om,  um,  ornes,  ons  existaient  simultanément,  mais  dans  différentes  provinces. 

B  u  r  g  u  y ,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.    T.  IL    Éd .  TH.  4 


50  DU   VERBE. 

Tôt,  si  ne  nos  preiseront  gaire 

Riens  que  nos  ja  lor  puisstim  faire.     (Ben.  v.  19286-9.) 
Nus  n'avum  ne  pain  ne   el  que  à  honuer   li  poissum  présenter. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  29.) 

Nus  et  lui  en  ceste  vie 

Défende  tuz  jurz  de  vilenie 
Et  de  pèche, 

Que  aver  poissom  la  compainnie 

Que  seint  Tkomas  ad  deservie 

.  Par  sa  bonté.     (Ben.  t.  3.  p.  509.) 

Si  prenez  tout,  jel  vous  otroie  et  quit. 

Dont  vous  puissiez  les  soudoiers  tenir 

Qui  vous  deffendent,  vous  et  vostre  païs.     (G.l.L.  I,  p.  8.) 
Cist  est  voirement  cist  en  cuy  nen  at  nule  chose  ke  desplaiset  al 
Peire  et  dont  sei  oyl  payent  estre  akui-teit.     (S.  d.  S.B.  p.  552.). 

Car  ainsi  plaist  il  à  ois  mismes,  c'est  k'il  oy  paient  faire  franchement 
lor  volenteit  ensi  ke  nuls  n'en  parost.     (Ib.  p.  556.) 

De  ceu  est  ceu  ke  li  altre  l'arguent  et  reprennent  et  dient  k'il 
soffrir  ne  paient  la  perece  de  sa  tevor.     (Ib.  p.  567.) 

Et  quant  cil  del  castiel  l'entendent. 

Ne  sevent  que  il  puissent  faire.     (R.  d.  1.  Y.  p.  87.) 
Nous  otrions  et  volons ,  ke  .  .  .  li  cuens  de  Gelre  .  .  .  li  ai'cheveske 
de  Colongne  ....  puissent  aleir  et  venir  par  tout  en  no  teiTes  segure- 
ment  et  sauvement.     (1287.  J.  v.  H.  p.  454.) 

Suz  ciel  n'ad  gent  ki  plus  paissent  en  camp.  (Ch.  d.  R.  p.  118.) 
Le  parfait  défini  avait  pour  formes  :  en  Bourgogne ,  poï;  dans 
l'est  de  la  Picardie  propre  et  le  Yermandois,  poc;  dans  le  reste 
du  dialecte  picard ,  peue ,  peu  ;  en  Normandie ,  pou.  Lorsque  l'on 
eut  renversé  la  diphthongaison  ue  du  présent  de  l'indicatif,  le 
parfait  défini  picard  se  trouva  être  semblable  aux  formes  fortes 
de  ce  temps;  et  il  est  à  croire  que  cette  identité  d'orthographe 
hâta  l'admission  de  la  forme  contracte  pus^  comme  moj^en  de 
distinction.  Fou  a  été  aussi  employé  dans  le  sud  de  la  Cham- 
pagne pendant  la  seconde  moitié  du  XITE^  siècle. 

Droit  m'en  offristes,  ce  ne  puis  je  noier. 

Por  l'amendise  poi  avoir  maint  destrier.     (R.  d.  C.  p.  89.) 

Ne  pac  jou  celé  pai't  aler 

Que  vous  ne  me  fuissies  devant.     (R.  d.  1.  V.  p.  22.) 

De  duel  qu'en  oi  ne  peuc  mot  dire.  (El.  et  El.  y.  2739.) 

Et  saces  bien  que  tes  paiens 

Ai  je  conviertis  pour  lor  biens 

Quant  jou  peu,  et  encor  ferai. 

Se  Dieu  plest,  tant  com  je  vivi'ai.    (Phil.  M.  v.  5308-11.) 

Meis  ne  peu  savoir  qu'il  devint, 

Quel  chemin  ne  quel  voie  tint.     (R.  d,  S.  G.  v.  1369.  70.) 


DU    VERBE.  51 

Neporqant  plus  isnellemant 

Que  je  pou,  et  en  tel  manière 

Eeving  à  la  maison  aiTiere.     (Dol.  p.  259.) 
Pur  ço  que  enveias  tes  messages  pur  cunseil  demander  à  Belsebub 
le  deable  de  Acliaron,  ensement  cume  Deus  ne  fust  pas  en  Israël  de 
qui  pous  cunseil  demander ,  pur  ço  del  lit  ù  tu  es   aculcliiez  ne  lève- 
ras, einz  i  muiTas.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  346.  7.) 

Certes  repris  fut  Saulus  ;  ne  pot  covrir  son  malice,  ne  nel  pot  denoier. 
(S.  d.  S.  B.  p.  555.) 

Mort  l'abatit,  ne  li  pot  faire  pis.    (G.  d.  Y.  v.  507.) 

n  ne  sout  que  ceo  fud,  nel  out  de  luign  apris, 

Ne  pout  ester  sur  pez,  sur  le  marbre  s'asist.  (Charl.p.  16.) 

Quis  e  deschaciez  fu  assez. 

Mais  une  ne  pout  estre  trovez.    (Ben.  v.  9620.  1.) 

Cis  tint  quanque  ses  pères  ot, 

Moult  peut  et  valu  et  moult  sot.    (PMI.  M.  v.  13997.  8.) 

Lonc  tens  l'avomes  espie. 

Aine  mais  avoir  ne  le  peusmes, 

Tant  agaitier  ne  le  seusmes.     (Ben.  t.  3.  p.  515.) 

Nous  essaiemmes  et  veismes 

En  toutes  choses  que  poimes 

Que  nus  le  pourroit  essaier.    (R.  d.  S.  G.  v.  3607-9.) 

Onkes  contre  alz  ne  nos  tenismes. 

Ne  desfandre  ne  nos  poismes.    (Dol.  p.  240.) 

Primes  nus  enpoumes  conforter  e  aitier.  (Tli.  Cant.  p.  70.  v.  11.) 

Là  poistes  conquerre  vostre  pris  de  legier.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  227.) 

Kar  me  faites,  fait  il,  savoir  .... 

U  trovastes  defendement 

Ne  ù  eustes  arestementj 

Com  poustes  escbaper.     (Ben.  v.  6016.  19-21.) 

Merveille  fu  que  par  enbler  |  Peustes  tel  chose  aiiner, 

Quer  unques  n'en  fustes  retez. 

Que  nos  seusson,  n'escriez.     (Chast.  XXI.  v.  43-6.) 
Or  ne  porent  il  veoir  que  mais  puist  remaindre  sans  bataille  à 
ceu  que  lor  anemis  sont  si  près  d'eus  sur  une  bruiere.  (H.  d  V.  494^*.) 

A  mur  montent  plus  tost  que  porent.     (R.  d.  1.  V.  p.  86.) 

Es  vus  à  tant  un  char  errant, 

Li  bovier  qui  vindrent  devant 

Ne  peuvent  l'ome  trestornier 

Ne  les  bos  peuvent  desturbier.    (St.  N.  v.  776  -  9.) 

Plus  tost  k'il  peuvent  sont  retorne.   (E.  d.  M.  d'A.  p.  14.) 
Rasin  H  reis  de  Syre  e  Phacee  le  fiz  Eomelie  li  reis  de  Israël 
vindrent  à  Jérusalem ,  si  l'asegierent ,  mais  ne  pouvent  pas  prendre  le 
rei  à  celé  feiz.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  396.  7.) 

Au  lieu  de  pot^  on  trouve  polt^  qui  dérive  de  pollere: 

4* 


52  DU   VERBE. 

De  kai  me  jpolt  om  plus   solacier  ke  del  douz  nom  de  salveteit? 
(S.  d.  S.iB.  p.  548.) 

Le  présent  a  aussi  des  formes  semblables. 
Imparfait  du  subjonctif:  peuisse  (peuïse^  Th.  fr.  M.  A.  p.  109), 
peusse  {peuse,  Trist.  I,    108);  piisse  {puce  Trist.  II,  53),  poisse 
pousse. 

Sie  ne  me  seroit  jemais  lions 

Que  je  m'i  peuisse  acorder, 

Ne  je  ne  me  puis  concorder 

Que  nous  peùissions  esti'e  ensamble 

Par  mariaige,  cbe  ma  samble.     (R.  d.  M.  p.  23.) 

Si  m'a  conmande  et  enjoint 

Que  sans  cesser  je  vous  quesisse 

Et  où  que  trouver  vous  peuisse.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  6543-5.) 

Sire,  fait  il,  n'ai  mais  fiance 

En  rien  fors  en  Deu  e  en  vos, 

Cornent  je  peusse  estre  rescos.     (Ben.  v.  33125-7.) 

Or  vos  fail  de  covant,  ma  foi  vos  ai  mentie; 

Mes  se  jpoisse  vivre,  bien  l'eusse  acomplie.  (Ch.  d.  S.  II,p.l33.) 

Ne  m'a  laissie  qi  vaiUe  en  seul  denier, 

Ne  bore  ne  vUle,  ne  castel  ne  plaissie, 

Ne  tant  de  terre  où.  je  pusse  coucher.  (0.  d.  D.  v.  3387-9.) 

Od  cez,  si  lor  amor  eusses. 

Te  di  de  veir  que  tu  peusses 

Totes  les  terres  seignorier 

Des  munz  en  çà  desqu'en  la  mer.     (Ben.  v.  15120-3.) 
En  kai  me  poist  il  plus  loer  sa  benigneteit  k'il  fesist  en  ceu  k'il 
ma  char  receut?     (S.  d.  S.  B.  p.  547.) 

Et  soi  mimes  avoit  il  ciTicifiiet  al  munde  ;  car  teil  soi  volt  il  faire 
en  lui  ke  li  mundes  nel  poust  alsi  com  mort  ameir.    (M.  s.  J.  p.  465.) 
E  ruvad  que  il  esleist  quel  membre  que  il  volsist  que  il  le  poust 
mustrer  à  nostre  Seignur.     (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  217.) 

Ceci  au  meins  bien  cuidions. 

Qu'en  terre  ne  venist  nus  bons 

Qui  de  cors  de  femme  naschist, 

De  no  pooir  fuir  pouist.    (R.  d.  S.  G.  v.  3535  -  8.) 

Et  pour-  çou  que  çou  fust  estable, 

I  mist  son  saiiel  delitable 

Li  rois,  pour  mious  aconfermer 

Que  nus  om  nel  peuist  fauser.     (Phil.  M.  v.  2518-21.) 

N'est  nus  ki  le  peuist  conter 

Ki  ne  convenist  mesconter.    (R.  d.  M.  p.  34.) 

Molt  estoient  en  grief  torment, 

Et  trotoient  si  durement 

Qu'il  n'a  el  mont  sage  ne  sot 


DU    ^'ERBE.  53 

Qui  peust  ^  soffirir  si  dm*  trot 

Une  lieuete  seulement.     (L.  d.  T.  p.  78.) 

Bon  feroit  tel  voie  trover 

Que  la  peussiens  délivrer.     (R.  d.  1.  M.  v.  3745.  6.) 

N'avum  nos  gent,  force  e  leisir  |  Que  ço  loi  pe^issum  tolir^ 

Qu'assis  fusses  de  tûtes  parz?    (Ben.  v.  19282-4.) 

Si  nos  aidez  de  Rolland  li  marchis 

Par  quel  mesure  le  poussum  hunir.     (Ch.  d.  R.  p.  25.) 

Là  peuissies  où*  grans  bruis.     (L.  d'I.  p.  17.) 

Car  à  plus  bel  ne  à  mellor 

Ne  peuissies  avoir  amor.     (P.  d.  B.  v.  4921.  2.) 
Et  ensi  avient  par  grant  dispensation  ke  li  bien  ki  poissent  estre 
atennueit  se  il  fuissent  acomplit,   croissent  par  mi  ce  ke  il  sont  aiier 
mis.     (M.  s.  J.  p.  466.) 

Senz  cest  ordre,  senz  ceste  gent, 

Ne  sai  mie  com  faitement 

Li  autre  périssent  dui-er.     (Ben.  v.  11103-5.) 

Si  fil  que  grans  noris  avoit 

Peuissent  bien  vengier  leur  père, 

Mais  il  ne  vorent  par  misère.     (Phil.  M.  v.  1403-5.) 
Et  s'il   avenist  chose,  ke  li  devant  dit  procureur  ne  vosissent  u 

peuissent  le  dite  cause  poursuii-  duskes  en  le  fin (1288.  J.  v.H.p.  474.) 

Cunseil  quistrent  cume  poussent  e  deussent  l'arche  ariere  enveier. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  20.  cfr.  p.  36.) 

Je  passe  aux  exemples  de  l'imparfait  de  l'indicatif,  du  futur 
et  du  conditionnel. 

Volentiers  de  rehaiteroie 

Ce  dist  li  rois ,  se  jo  pooie.     (L.  d.  M.  p.  45.) 

Li  chambellains  li  dist,  por  voir. 

Se  poeie  l'ore  savoir. 

Je  le  feréie  si  lier 

Qu'il  ne  nos  porreit  domagier.     (Chast.  XXVI.  v.  55  -  8.) 

Se  tu  pouoies  entraitier 

La  damoiselle  nullement. 

Si  li  di  tout  hardiement  ...     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2970-2.) 

Mais  il  orent  si  forte  tiere 

C'en  nés  pooit  vaincre  par  guerre.     (Phil.  M.  v.  178.  9.) 

E  s'il  li  poeit  faire  ennui, 

A  ce  sereit  mult  ententis 

Toz  les  jorz  mais  qu'il   sereit  vis.     (Ben.  v.  14240-2.) 

S'or  li  poions  par  bataille  tolir 

Cel  grant  naviUe (0.  d.  D.  v.  315.  6.) 

(1)  Je  trouve  puest  dans  une  charte  de  1279,  J.  v.  H.  p.  404;  pnessent,  M.  d.  F. 
I,  p.  43;  etc.  Sont -ce  des  fautes  de  lecture,  ou  des  formes  picardes  du  présent  du 
subjonctif,  formées,  dans  la  seconde  moitié  du'XIIIs  siècle,  d'après  l'analogie  de  celles 
de  l'indicatif? 


54  DU   VEKBE. 

S'a  Karlemaine  me  poiez  acoui'der, 

Ainz  demain  vespre  vos  en  laroie  aler.    (G.  d.  V.  v.  934.  5.) 

Seulement  pooient  nostre  Franc  chevaucliier, 

Tant  comme  furent  vif  li  noble  chevalier.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  152.) 

Or  lor  avint  un  jor  eissi 

Que  tôt  lor  vivre  lor  failli, 

Fors  qu'un  poi  de  ferine  aveient 

Dont  un  sol  pain  faire  poeient.     (Chast.  XV 11.  v.  8-11.) 

Volontiers  à  eus  palleroient. 

S'il  ensemble  avoir  les  pouoient.  (E.  d.  S.  G.  v.  1399  - 1400.) 
L'éditeur,  M.  F.  Michel,  éciit  povoïent ;  mais  comme  on  va  le 
voir ,  le  même  texte  porte  au  futur  et  au  conditionnel  :  pourrai, 
pourvoie;  ce  qui  prouve  que  \oû  du  manuscrit  est  un  simple 
assourdissement  de  l'o.  Ce  sont  ces  formes  en  ou  qui  ont  donné 
naissance  aux  nôtres ,  par  l'intercalation  euphonique  du  v.  Cette 
remarque  s'applique  à  la  forme  pouoies^  citée  plus  haut,  que 
Crapelet  écrit  aussi  avec  un  v:  povoies. 

Car  nule  rien  tant  ne  désir, 

Dist  la  vieUe,  com  mal  à  faire: 

Des  or  m'en  porrai  bien  refaire.     (E.  d.  1.  Y.  p.  29.) 
Dune  valent  mielz  Abana  e  Pharphar ,  les  eves  de  Damasche ,  que 
tûtes  les  eves  de  Israël  ii  jo  me  purrai  baigner  e  guarir  ?   (Q.  L.  d.  E. 
IV.  p.  362.  3.) 

Se  ço  n'est  veir  ke  jo  te  di, 

Dire  porras  ke  j'ai  menti.     (E.  d.  E.  v.  15216.  7.) 
Mais  où  porat  estre  atroveie  celé  neis  ke  si  granz  ondes  et  si  forz 
puist  sostenir  et  estre  seure  en  si  grant  péril?     (S.  d.  S.  B.  p.  569.) 

Il  l'aimme  tant  ne  s'en  porra  garder 

Qu'il  n'en  menjust,  ce  porra  lui  peser.  (Ch.  d.E.Intr.XXVI.) 

Set  anz  i  purrat  estre ,  ne  serrât  remue.     (Charl.  p.  13.) 

Lons  tans  perrons  tenir  an  pais  noz  herite(z).  Ch.  d.  S.  II,  p.  39.) 

Oliver  frère ,  cumment  le  purrum  nus  faire  ?    (Ch.  d.  E.  p.  66.) 

La  pores  faire  vo  désir.     (L.  d'I.  p.  14.) 

Tuit  morrez  à  dolor,  n'an  porrez  eschaper, 

Se  Dexm'amaine  cez  que  je  ai  fait  mander.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  129.) 

Ensi  par  les  vertus  devines 

Porront  de  petites  rachines 

Naistre  grans  pules  crestiains.     (E.  d.  M.  p.  47.) 

Judas  leur  mist  le  jour,  pour  voir. 

Comment  il  le  pourront  avoir, 

Et  en  quel  liu  le  trouverunt.     (E.  d.  S.  G.  v.  299-301.) 

Mais  je  ne  povoie  retraire 

Le  maus  que  trai  pour  vous  et  tir  ...  (E.  d.  1.  V.  p.  22.) 

Se  bestes  le  mengoient,  g'en  poiroie  avillier.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  89.) 

Ne  s  ai,  fait  il,  se  je  vos  ottrei  |  Ce  que  ci  requérez  vers  mei. 


DU    VERBE.  55 

Ciim  j'en  porreie  vers  paiens 
Ovrer  n'avenger  à  nul  sens.    (Ben.  v.  23079-82.) 
Ne  je  ne  le  pourvoie  feire.     (E.  d.  S.  G.  v.  930.) 
N'i  auras  pas  tel  destorbier 
Corn  tu  porroies  or  avoir.    (Trist.  I,  p.  51.) 
Tu  nés  purrdes  guverner.     (M.  d.  F.  Il,  p.  386.) 
Ha!  bêle  fille,  si  ne  t'eRpourroies  tenir?     (E.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  47.) 
Ke  ceste  aroit  à  moilier  et  à  per, 

Bien  poroit  dire  de  bon  ore  fu  neiz.     (G.  d.  V.  v.  741  -  2.) 
Nus  hom  ne  porroit  pas  descrire 
Vostre  biaute  ne  bouce  dire.    (FI.  et  Bl.  v.  731.  2.) 
Sa  grant  valor  Ml  purreit  acunter?     (Ch.  d.  E.  p.  21.) 
Et  qui  de  lui  pourrait  trouver 

Aucune  chose  et  aporter  .  : .    (E.  d.  S.  G.  v.  1159.  60.) 
Car  tel  roïne  recouvrer 
Ne  poriens  en  tout  le  mont 

De  toutes  celés  qui  i  sont.     (E.  d.  1.  M.  v.  4108-10.) 
U  ci  porrium  mais  atendre 

E  le  tens  gaster  de  despendre.     (Ben.  v.  19293.  4.) 
Pilâtes  est  moût  vaillanz  bons. 

Plus  que  dire  ne  pourrions.     (E.  d.  S.  G.  v.  1137.  8.) 
Atandez  vostre  gent,  trop  vos  poise  la  pance: 
Ne  porriez  monter  à  cheval  sanz  grevance.  (Ch.  d.  S.  U,  29.) 
Ne  poriies  longhes  garir.     (E.  d.  S.  S.  v.  413.) 
Plus  purriez  conquerre  par  vostre  humilité. 

(Th.  Cant.  p.  72.  v.  28.) 
Eemenront  les  contesses  o  les  cors  seignoris, 
Qar  sosfrir  ne  porr oient  l'errer  ne  les  durs  lis. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  87.) 
Ainz  fist  comander  que  ses  genz 
Passassent,  quant  venuz  sereient. 
Apres  lui  cum  plus  tost  porreient.     (Ben.  v.  40384  -  6.) 
Et  distrent  tout  premièrement  à  leur  conseil  que  il  iroient  par  Ba- 
biloine ,  poui"  ce  que  miex  pouroient  Sarrasins  destruire  par  Babiloine 
que  par  autres  terres.     (Yilleh,  p.  9.  XVIII.) 

Je  citerai  en  dernier  lieu  une   forme   picarde   de  la  fin  du 
Xm^  siècle,  oii  Vo  est  diphthongué  avec  t: 

Mes  sires  et  ma  dame  de  Elandres  dessus  dit  en  poirroient  dire 
lor  volonté.     (1286.  J.  v.  H.  p.  438.) 

Cette  diphthongaison  n'est  pas  rare.   (Cfr.  le  provençali?oîWa.) 
Participe  présent: 

Mult  est  poans  seint  Nicholas.     (St.  N.  v.  1130.) 
Cfr.  Dunkes  cant  li  tozpoanz  Deus  soi  demostret  à  nos  parmi  les  cra- 
veures  de  contemplation,  ne  parolet  mie  à  nos,  anz  runet.  (M.  s.  J.  p.  478.) 
Encontre  lo  juste  et  lo  tôt  poant  jugeor.     (Ib.  p.  489.) 


56  DIT   VEUBE. 

Remarquez  la  locution: 

Et  je  qu'en  puis  se  je  m'esmoie.     (Eutb.  I,  p.  6.) 
c'est-à-dire  je  n'en  puis  mais. 

Pouvoir  n'avait  que  deux  composés:  entrepooir  et  repooir. 

Or  repoions  l'estor  recommancier.     (G.  d.  V.  v.  2988.) 

ESTOYOIR  (v.  fo.). 

Estovoir,  verbe  impersonnel,  signifiait  falloir ,  convenir,  être 
important^  être  nécessaire.  Il  n'est  pas  facile  de  retrouver  l'ori- 
gine de  ce  mot.  M.  Diez  (II,  208)  pense  que  la  parfait  défini 
du  verbe  ester  ^  formé  d'après  le  latin  steti^  a  donné  lieu  à  un 
nouvel  infinitif,  composé  selon  l'analogie  de  la  plupart  des  verbes 
à  parfait  en  ui  :  estovoir  ;  d'où  un  nouveau  présent  régulièrement 
renforcé:  estuet.  Cette  interprétation  me  paraît  forcée;  je  crois 
qu'il  faut  rechercher  la  racine  ^^ estovoir  dans  l'allemand,  et  ici 
se  présente  le  verbe  faible  stuoan^  stoivan?  stuên^  qui  répond 
peut-être  à  toutes  les  exigences. 

Yoici  des  exemples  des  différents  temps  de  ce  verbe,  qui 
se  conjuguait  comme  pouvoir,  mouvoir. 

Mez  Olivier,  por  Deu  le  droiturier. 

Geste  bataile  vos  estuet  à  laisier.      (0.  d.  Y.  v.  1993. 4.) 

Mais  puis  que  il  (vostre  mari)  est  trespasses. 

Et  atendu  aves  asses. 

Et  que  remese  estes  sans  oir, 

•J.  autre  vous  estuet  avoir.     (R.  d.  M.  p.  27.) 

Li  oel  li  troblent,  si  V estuet  trebuchier.     (R.  d.  C.  p.  77.) 

Ci  se  partent  tant  bon  vassal 

De  cest  siècle  senz  revertir 

A  qui  les  cors  estoet  partier.     (Ben.  v.  5318  -  20.) 

Si  Ebalus  se  fist  irie 

Ceo  n'estoet  mie  demander.     (Ib.  v.  5542.  3.) 

A  Rou  le  vunt  nuncier  e  dii*e. 

S'il  out  anguisse  e  dol  e  ire 

Ceo  nen  estât  ja  demander.     (Ib.  II,  v.  753-5.) 

En  France,  à  mun  reaime  m'en  estut  retumer.    (Charl.  v.  217.) 

Les  napes  metent  sergant  et  despencier. 

Au  dois  s'asient  U  vaillant  chevalier. 

Qui  qu'en  mengast  Ybers  Vestut  laisier.     (R.  d.  C.  p.  76.) 

Nus  hom  ne  te  puet  garantir 

Qu'il  ne  festuise  morir.     (Brat.  v.  1385.  6.) 

En  vos  me  met  del  revenir. 

Que  moi  n'estuisse  à  duel  morir.     (P.  d.  B.  v.  7699.  700.) 
Que  de  fait  ci  entur  mei?  pur  quel  te  estuce  vers  ta  teiTe  aler  e 
partir  de  mei?    (Q.  L.  d.  R.  IH,  p.  278.) 


DTJ    VERBE.  57 

Ne  ert  tant  fort  le  estache  ke  nel  estucet  briser, 
E  le  palais  verser,  vers  terre  trubucor.     (Charl.  v.  524.  5.) 
Grant  paor  ont  dedanz  nés  estuese  afamer.     (Ch.  d.  S.  H,  p.  107.) 
On  lor  rendi  ...  la  Pulmach,  qui  seoit  sur  un  lac  d'aiguë  dolce,  un 
des  plus  fort  chastiaus  et  des  meillors  que  il  esteust  querre.  (Villeli.470«.) 
(Puis  s'apercbut)  que  il  ont  ses  messages  enveez   à  Sua  le  rei  de 
Egypte  pur  requerre  que  il  le  delivrast  del  rei  des  Assiriens,  que   ne 
li  estettst  cest  treud  rendre.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  401.) 
Ne  se  peust  longes  desfendre. 
Ne  V esteust  morir  u  rendre.     (P.  d.  B.  v.  8981.  2.) 
Et  celé  claciele^  guardoit 
En  .i.  escrignet  k'il  avoit 

Quanqxi'estevoit  à  monniage.     (PK.  M.  v.  14375-7.) 
Kant  vi  ke  morir  Vestuveit.     (R.  d.  R.  v.  5891.) 
Or  m'estovra^  sofrir  fortune. 
Trop  m'aura  fait  mal  et  rancune.     (Trist.  I,  p.  15.) 
Or  m'estevra  Maume  lacier, 
Ki  me  deuisse  solacier; 
Or  m'estevra  escut  porter, 

Si  m'en  deuisse  déporter  .  .  .     (Ph.  M.  v.  8702-5.) 
Et  se  vous  en  aves  envie. 
Déporter  m'en  estavera.     (R.  d.  1.  V.  v.  3044.  5.) 
De  vostre  pecunie  frad  sun  plaisir,   sers  serrez  sil  vus  estuverad 
suffrir.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  28.) 

Ki  reis  Marsilie  de  nos  ad  fait  marcbet, 
Mais  as  espees  Yestuverat  esleger.     (Ch.  d.  R.  p.  45.) 
.  .  .  Quant  il  oi  et  sot  l'agait 
Qu'Artus  avoit  contre  lui  fait; 

Vit  que  combatre  li  estovroit .  .  .    (Brut.  v.  12864-6.) 
Ne  vos  puis  lor  duel  aconter, 
Trop  m'i  estevroit  demorer.     (P.  d.  B.  v.  7645.  6.) 
Les    exemples    du   futur    et    du    conditionnel  donnent   les 
différences  dialectales  de  la  forme  de  ce  verbe:  estovoir^  estevoïr, 
estavoir,  estuver;  plus  tard,  Vo  s'assourdit  en  ou:  estouvoir\ 
Le  composé  restovoir  était  aussi  en  usage. 

SAVOIR  (v.  fo.),  sapere. 

Ce  verbe   avait   pour  formes:   (savor)  savoir^  en  Bourgogne 

et  au  sud  de  la  Picardie;  savir^,  dans  le  nord- est  du  dialecte 

picard;  saver,  en  Normandie;   saveir,   dans  les  dialectes  mixtes. 

Savir  se  perdit  de  très -bonne  heure,   et  fut  remplacé   partout 

(1)  Petite  clef. 

(2)  Estouira  (P.  d.  B.  V.  6617)  est- il  exact?    On  Ut  partout  ailleurs,  dans  ce  texte, 
estevra  (v.  9007),  etc. 

(3)  Savir  so  txouvç  déjà  dans  les  Serments, 


58  DTJ  Verbe. 

par  la  forme  en  oir.  On  trouve  encore  savoer  (M.  d.  F.  H,  p.  219), 
qui  n'est  qu'une  variante  orthographique  de  savoir;  saveier  (Chast. 
Il,  V.  50)  et  saveer  (M.  d.  F.  II,  p.  448),  formes  créées  pour  la 
rime  d'après  l'analogie  du  verbe  voir. 

Giers  al  homme  est  la  voie  vepunse ,  car  ensi  met  il  commencement 
à  sue  oevre  ke  il  ne  puet  savoir   l'eissue  de  le  fin.     (M.  s.  J.  p.  469.) 
Quant  li  dus  le  voit  sainne  en  vie 
De  nule  ri^ns  n'a  tel  envie 
Comme  d'oïr  et  de  savoir 
De  s'aventure  tout  le  voir.    (E.  d.  1.  V.  p.  60.) 
Alez  à  cel  crucified, 

Saver  n  non  s'il  est  dévie.     (E.  d.  S.  p.  10.) 
Li  quens  EoUans,  quant  il  veit  Sausun  mort, 
Poez  saveir  que  moult  grant  doel  en  ont.    (Ch.  d.  E.  p.  62.) 

Le  présent  de  l'indicatif  de  savoir  était  régulièrement  fort. 
La  première  personne  du  singulier  a  d'abord  été  sai,  en  Bour- 
gogne et  en  Picardie,  tandis  que  la  voyeUe  a  se  diphthonguait 
en  ei  à  la  seconde  et  à  la  troisième  du  singulier  et  à  la 
troisième  du  pluriel.  Le  dialecte  normand  avait  de  même, 
sans  diphthongaison,  sa,  sez,  set,  sevent.  Le  renforcement  ei, 
comme  je  l'ai  déjà  fait  observer,  était  moins  stable  que  ie; 
aussi,  dès  le  milieu  du  Xm^  siècle,  trouve -t -on  souvent,  dans 
l'Ile-de-France  surtout,  des  orthographes  en  e  pur,  et  vers 
1300,  elles  étaient,  pour  ainsi  dire,  d'un  emploi  général. 
C'est  à  cette  époque  aussi  qu'on  prit  l'habitude  d'écrire  se  au 
lieu  de  s,  plutôt  pour  renforcer  le  son  initial,  que  par  influence 
du  latin  scire. 

Au  lieu  de  la  diphthongaison  ei,  on  trouve  ie  à  la  troisième 
personne  du  singulier,  dans  plusieurs  textes  de  la  Touraine  et 
de  l'Orléanais  occidental.  Ces  provinces,  on  le  sait,  conser- 
vaient fort  souvent  les  formes  normandes,  et  le  renversement 
de  ei  en  ie  ne  provient  ici  que  du  besoin  de  distinguer  seit  de 
savoir^  de  seit,  troisième  personne  du  singulier  du  présent  du 
subjonctif  de  l'auxiliaire  être. 

Ju  ne  me  juge  mies,  dist  il,  car  ju  ne  me  sai  de  nule  chose  con- 
sachaule.    (S.  d.  S.  B.  p.  570.) 

Mes  je  ne  sai  oncor  an  cest  mont  hom  ne 
Par  cui  il  peust  estre  de  son  cheval  versez.     (Ch.  d.  S.  Il,  p.  14.) 
Uncore  en  sa  jo  un  ki  plus  se  fait  léger 
Quant  il  porte  corune  entre  ses  chevalers.     (Charl.  p.  1.) 
Cfr.  R.  d.  L  M.  v.  1560. 

Je  suys  cil  de  cuy  ta  lois  anoncet  k'il  Nazareus  serat  apeleiz  :  mais 
tu  ne  seis  ancor  mies  ke  ceu  soit  aemplit.    (S.  d.  S.  B.  p.  558.) 


DU    VERBE.  59 

Et  tu  seiz  que  entraprocier 

Se  suelent  la  gent  d'un  mestier.     (Chast.  m,  v.  127.  8.) 

Tu  ne  se2  mais  gésir  fors  an  clians  et  an  bois. 

(Cil.  d.  S.  I,  p.  148.) 
Sez  tu  que  nostre  Sires  ravirat  tun   seignur   à  cest  jur  de  vie? 
(Q.  L.  d.  K.  IV,  p.  347.) 

Ses  tu,  bons  rois,  por  saint  Niçois, 

Pour  coi  l'en  fait  la  feste  as  fols.    (E.  d.  S.  S.  v.  2346.  7.) 

Atant  vous  en  deves  tenir, 

n  seit  les  choses  à  venir, 

Bien  en  deves  estre  asseui-.     (E.  d.  M.  p.  44.  5.) 

Ço  set  bom  ben  que  jo  sui  tis  parastres.    (Ch.  d.  E.  p.  12.)  ' 

Si  unt  il  fait  si  faitement 

Et  si  très  doderosement 

Que  hom  ne  vos  siet  conter  ne  dire.     (Ben.  v.  8638-40.) 

Eoi-t  s'atorne  e  fort  s'apareille, 

A  ce  entent  e  à  ce  veille; 

Bien  siet  sur  lui  ira  li  dux, 

E  si  fist  il,  ne  targa  plus.    (Ib.  v.  32484-7.) 
Cfr.  ib.  I,  V.  1357:  H,  v.  461,  etc. 

Quant  nos  les  pecMez  laissons  et  à  justice  tendons ,  si  savons  nos 
dont  nos  venons,  mais  nos  ne  savons  ù  nos  parvenons;  bien  savons 
queil  nos  fumes  Mer,  mais  nos  ne  savons  queil  nos  serons  demain. 
(M.  s.  J.  p.  468.  9.) 

Plus  ont  ja  gent  que  nos  n'avons. 

Et  plus  sevent  que  ne  savons.    (P.  d.  B.  v.  2389.  90.) 
Et  savez  coment?     (Yilleh.  463*.) 

Yous  saves  bien  que  je  voel  dire.     (L.  d'I.  p.  9.) 

Mais  vos  veez  e  savez  bien. 

Si  vos  nel  poez  ti*aïr 

E  son  orguil  desavancir. 

Qu'il  cbascon  jor  vers  vos  atise  ....  (Ben.  v.  21055 -8.)  ^ 

Quels  cboses  est  si  senz  malice  cum  est  li  agnels  et  li  colons  ?  il  ne 

seyvent  à  neluy  faire  mal,  il  ne  seyvent  faire  grevance.  (S. d. S. B. p. 552.) 

Poe  sevent  ores  com  il  m'est  avenu.     (G.  d.  Y.  v.  3840.) 

Or  sevent  tuit  petit  e  grant 

Quel  quor  avez  et  quel  talant.     (Ben.  v.  9314.  5.) 

Cil  ne  saivent  ke  fere,  ne  saivent  ù  fuir.  (E.d.E.v.799.) 
Cette  diplithongaisoii  aï  n'est  pas  des  bons  temps  de  la  langue. 

(1)  En  parlant  des  phrases  impersonnelles,  M.  Diez  (III,  181)  rappelle  le  verbe 
sedere,  et  il  cite,  à  cette  occasion,  la  phrase:  Ço  set  hom  bien,  avec  le  renvoi  Bol,  12, 
c'est-à-dire  Chanson  de  Roland,  p,  12.  Ço  set  hom  hen  (et  non  Uen)  se  trouve  deux 
fois  dans  cette  page;  mais  les  deux  fois,  set  est  la  troisième  personne  du  singulier  du 
présent  de  l'indicatif  de  savoir  et  non  de  seoir  (sedere).  Voici  le  second  exemple: 
Ço  set  hom  hen,  n'ai  cure  de  manace. 

(2)  La  Chanson  de  Roland,  p.  45.  str.  LXXXYIH,  donne  saivez,  forme  certainement 
inexacte  d^ns  un  texte   normand  de  cet  âge. 


60  DU    MîRBE. 

On  a  vu  vois  pour  vai;  on  trouve  de  même  soi  pour  sai. 
Y.  Trist.  I,  91. 

Le  subjonctif  présent  était  d'abord  régulièrement  fort:  saiche^ 
saiches^  saichet,  sachions,  sachiez,  saichent.  Ces  formes  sont 
bourguignonnes;  le  dialecte  picard  avait  sace^  saces^  sace,  sacions^ 
sacies,  sacent;  le  normand  sache ^  saches,  etc. 

La  diphthongaison  bourguignonne  se  troubla  de  bonne  heure. 
Au  fur  et  à  mesure  que  le  dialecte  picard  empiète  sur  celui 
de  bourgogne,  on  la  voit  se  perdre  dans  l'ouest;  tandis  qu'à 
l'est  de  la  Champagne,  en  Lorraine,  en  Franche -Comté,  elle 
avait  gagné,  vers  le  milieu  du  XIII^  siècle,  la  première  et  la 
seconde  personne  du  pluriel.  Au  commencement  du  XIV^  siècle, 
les  formes  non  renforcées,  qui  sont  celles  de  la  langue  fixée, 
étaient,  pour  ainsi  dire,  les  seules  en  usage. 

Le  ch  et  le  c  de  saiche,  sache,  sace^  sont  Vi  épaissi  et  chuinté 
du  latin  sapiam.  Dans  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle,  on 
trouve  quelquefois  g  au  lieu  de  c,  dans  l'Ile-de-France. 

Dame,  dist  il,  vos  dites  vérité. 

n  n'ait  si  belle  an  la  crestiante. 

Ne  jusc'ai  Eome,  ce  saichiez  par  verte, 

N'en  aillors,  ke  je  saiche.     (G.  d.  Y.  v.  1821-4.) 

Fisique  ne  pnet  mal  garir 

Dont  jo  ne  sace  à  cief  venir.     (P.  d.  B.  v.  4589.  90.) 

Mult  me  desdaing,  mult  me  mervel 

De  ce  que  tu  prans  tel  consel 

De  prandre  contre  Eome  estrif, 

Tant  com  saces  un  Eomain  vif.     (Brut.  v.  10927-30.) 
Geste  merveilluse  multitudine  de  pople  que  tu  as  veue  te  Hverai 
à  cest  jur   de  ui,    que   tu  saches  veirement  que  jo  sui  Sires  forz  e 
poestifs.     (Q.  L.  d.  E.  in,  p.  324.) 

Petiz  enfes  est,  ki  ligierement  puet  estre  apaisanteiz,   car  nen  est 

nuls  ki  bien  ne  saichet  ke  li  enfes  pardonet  legierement.  (S.  d.S.B.p.549.) 

Mais  li  ordenes   des  continens  trespesset  à  pont,  et  nen  est  nuls 

ki  bien  ne  saichet  ke  ceste  voie  ne  soit  plus  bries  et  plus  legiere  et 

plus  seure.     (Ib.  p.  567.) 

Ainz  ke  nul  le  sachet  u  l'oie, 

Arunt  il  mut  de  lur  buns  fait.     (M.  d.  F.  I,  p.  86.) 

Nus  des  lions  ne  l'atouca 

Por  rien  que  il  lor  sace  faire.     (FI.  et  Bl.  v.  956.  7.) 

Nus  ne  maintint,  que  nos  sachons, 

Plus  jor  saintes  religions.     (Ben.  v.  40917.  8.) 
Por  ceu  voil  bien ,  chier  freire ,  ke  vos  sachiez  ke  tuit  cil  enseuent 
l'anemin  avuertement,  ki  aucune  chose  de  la  sainte  Escripture  traient 
malicieusement  et  orguiUousement  à  lor  sens.    (S.  d.  S.  B,  p.  573.) 


DU   VEEBE.  61 

Le  plus  très  biel  que  vous  sachies 

Ignaures  li  prus,  l'ensaignies: 

C'est  cil  à  cui  je  sui  donnée.     (L.  d'L  p.  9.) 

Sire,  fait  il,  çou  voel  k'aies 

Et  Blanceflor  gre  en  sades.    (FI.  et  Bl.  v.  1475.  6.) 

Afublez  ça  chape  de  laine, 

Que  ja  nel  sachent  vos  voisins.     (Ben.  v.  31311.  12.) 

Sunez  vos  graisles  que  mi  paien  le  sacent.  (Ch.d.R.p.  121.) 
Impératif:  saches,  saces,  saiches;  sacies^  sachez 

Sire,  funt  il,  saches  e  voies, 

Apren  e  reconois  e  croies  ....    (Ben.  v.  20276.  7.) 

Mais  ceo  sachez,  cil  de  Tolères 

Lor  en  i  motont  maint  en  bières.     (Ib.  v.  28418.  9.) 

Amis,  par  vorite  provee 

S  actes  que  jou  sui  ses  maris.     (Cbr.  A.  N.  lU,  65.) 

Este  ont  an  grant  paine  longoment,  ce  sachois. 

(Cb.  d.  S.  I,  p.  105.) 

Et  sachiez  bien,  se  biauz  servirs  ne  ment .... 

(C.  d.  C.  d.  C.  p.  53.) 
Le  parfait  défini,  dérivé  de  saput,  a  eu  pour  formes:  en 
Bourgogne,  saui^  sau^  ensuite  soi;  en  Picardie,  seui^  seuc^  seuch^ 
seu;  en  Normandie,  sii  (sui),  sou.  (Voy.  devoir.)  Comme  à 
l'ordinaire,  en  Picardie,  au  lieu  de  «,  on  écrivait,  au  XLEI'' 
siècle,  c,  ch:  seuc,  seuch,  qui  devinrent  seu  en  passant  dans 
l'Ile-de-France  et,  en  général,  dans  le  nord  du  dialecte  bour- 
guignon. La  forme  bourguignonne  primitive  saui,  sau,  ne  fut 
pas  de  longue  durée  ;  dès  le  prrmier  quart  du  XLEP  siècle ,  on 
avait  permuté  au  en  o:  soi.  Sapui  avait  donc  subi  les  chan- 
gements: saupi,  saui,  soi,  en  Bourgogne;  seupi^  seui,  en  Picardie. 
Au  milieu  du  XIII^  siècle,  on  se  servait  aussi  de  sou  en 
Champagne.     (Voy.  avoir,  parf.  déf.  t.  I,  q.  250.) 

Il  moi  plaist  ko  go  ne  sau  ce  ko  go  demandai,  quant  moi  avint 
en  si  grant  subtiliteit  aprendre  ce  ko  ge  ne  sau.  (S.  Grégoire.  Eoque- 
fort.  s.  V.  sau.) 

Tant  que  je  fui  moschins  et  jovencel. 

Soi  je  molt  bien  maintenir  mon  cenbel. 

Et  de  ma  lance  à  droit  porter  le  fer-     (R.  d.  C.  p.  229.) 

Jakes,  li  sains  de  Compostiele, 

Toli  mes  homes  la  boiele, 

Et  si  m'aveuli  de  mes  ious. 

Ne  soi  que  fu  tiere  ne  cious.     (Phil.  M.  v.  12313-6.) 

.Vij.  anz  toz  plains  i  ai  jai  converse: 

Ainz  ne  sou  mais  cest  chamin  par  verte.  (O.d.V.v.  3645. 6.) 

Aine  mais  ne  seuc  que  fu  amour, 

Ne  meller  no  m'en  voel  nul  jour.     (R.  d.  1.  M.  v.  1771.  2.) 


62  DU   VEKBE. 

Les  sept  ars  tôt  premièrement 
Apris  et  seuc  parfitement.     (P.  d.  B.  v.  4581.  2.) 
Ne  vi  ne  seu  et  si  l'enquis.     (E.  d.  S.  G.  v.  1368.) 
(Tu)  Ne  bien  faire  ne  me  seuls.    (Phil.  M.  v.  3067.) 
Li  rois  le  sot,  molt  l'en  pesa, 
Mander  le  fist,  à  lui  parla.     (L.  d.  M.  p.  45.) 
Ignaures,  ki  cel  engien  ne  sot, 
A  une  d'eles  s'en  ala.     (L.  d'I.  v.  226.  7.) 
Li  rois  sout  s'aise  e  sa  puissance  |  E  vit  sa  fiere  mescliaanco, 
Sout  Sun  esforz  e  qu'il  pout  faire.     (Ben.  v.  6207-9.) 
Il  ne  sout  que  ceo  fud,  nel  eut  de  luign  apris. 
Ne  pout  ester  sur  pez,  sur  le  marbre  s'asist.  (Charl.  v.  386. 7.) 
Moult  seut  de  consel  et  de  lois.     (P.  d.  B.  v.  2485.) 
Ensi  fist  bien ,  et  si  nel  seut.     (Chr.  A.  N.  m,  100.) 
A  la  fin  du  Xm^  siècle  et  au  XIY®,  on  diphthongua  souvent 
les  formes  sot.,  seut  avec  i,  de  la  manière  suivante: 

Li  reis  out  conseilliers,  sisîew^utlurafaire.  (Ben.  t.  3,  p.  588.) 
Mais  il  soit  molt  bien  la  contrée.    (R.  d.  S.  S.  v.  4914.) 
Par  Perinis,  li  franc  mescMn, 
Soit  Tiistran  novel  de  s'amie,     (Trist.  I,  p.  145.) 
N'on  ne  setimes  que  Deus  est.     (Ben.  v.  24334.) 
N'eusmes  pas  longues  erre 
Que  nos  fumes  si  esgare. 
Ne  seusmes  quel  part  aler, 

Tote  nuit  nos  estut  foler.     (Chast.  XYL,  v.  29-32.) 
Dun  ne  seustes  que  l'um  lance  legierement  les  darz  del  mui*  e  des 
kernels?    (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  156.) 

Yus  le  soustes  e  oistes 

E  vus  le  uveraine  consentistes.    (Trist.  Il,  p.  121.)^ 
Quant  paien  sauvent  que  Juliiens  fu  pris. 
En  fuie  tornent  molt  forment  entrepris.     (R.  d.  C.  p.  307.) 
Il  virent  li  gonfanon  Saint  Marc  de  Venise  en  une  des  tors,  et  mie 
ne  sorent  qui  l'y  porta.    (Villeh.  452^.) 

La  chose  unt  tost  faite  savoir. 
Adunc  sorent  bien  qu'ont  dit  veir 
Li  clerzuns.     (Ben.  I,  v.  1333-5.) 
Plus  savoit  la  ■s'ielle  d' engien 
Qu'entre  Tessale^,  ne  Brangien 

Ne  sourent  onques,   ce  m'est  vis.     (R.  d.  1.  V.  v.  513-5.) 
La  nuvele  vint  al  rei  des  Assyriens,   si  li  dist  l'um  que   pur  ço 
que  il  ne  sourent  la  lei  al  Deu  de  celé  terre ,  lui-  vint  sure  tele  pesti- 
lence e  tel  flael.    (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  403.) 

Cume  li  païsant  surent  que  li  reis  Nabugodonosor  out  fait  Godolie 
maistre  de  la  teiTe  . .  .     (Ib.  ead.  IV,  p  437  ;  cfr.  I,  88.) 
(,1)  Yoy.  sur  co  mot  la  note  do  M.  F.  Michel. 


DtJ  VEEBE.  63 

Tant  en  rentinc  et  tant  en  soi, 

Tuit  autre  en  seurent  vers  moi  poi.     (P.  d.  B.  4599.600.) 
Au  lieu  de  sout^   on  trouve  solt^   qui  peut  avoir  été  formé 
d'après  l'analogie  de  volt,  vout^  par   des   copistes  qui  n'avaient 
pas  l'habitude  des  formes  en  ou;  ou  confondu  avec  solt^  dérivé 
de  saloir.     Yoy.  Trist.  n,  p.  37.  Ben.  t.  3,  p.  489,  etc. 

Imparfait  du  subjonctif:  sausse^  seusse^  seuisse^  sousse.  Les 
dialectes  qui  se  servaient  du  parfait  défini  soï^  avaient  pour 
formes  correspondantes,  à  l'imparfait  du  subjonctif:  sausse^  seusse. 
Sausse,  à  la  troisième  personne  du  singulier  surtout,  se  ren- 
contre assez  souvent,  même  à  la  fin  du  Xm*  siècle.  Sousse 
est  très -rare;  les  textes  qui  ne  connaissent  que  sou  au  parfait 
défini,  se  servent  ordinairement  de  la  forme  seusse. 

Ja  deffendu  ne  lor  eusse 

Se  de  par'Diu  ne  le  seusse 

Que  c'est  contre  sa  volonté.     (E.  d.  M.  p.  75.) 

Onkes  ne  vi,  ko  je  seusse, 

Père  ne  mère  ke  j'eusse.     (Dol.  p.  288.) 
Por  ceu  ke  tu  sausses  cum  granz  soit  li  destroiz  ki  vient,  si  vint 
davant  li  humiliteiz  si  granz.    (S.  d.  S.  B.  p.  549.) 

Il  n'est  nus  hom  ki  de  moire  soit  neiz, 

Que  deviser  seust  les  granz  bonteiz 

Ne  la  ricliesce  des  granz  palais  Hsteiz.  (G.  d.  Y.  v.  3357-9.) 

Ceo  ne  purreit  nus  tant  aprendre, 

Que  certe  chose  en  seust  rendre: 

Nul  ne  sont  onkes  sa  laiir  (du  monde) 

Ne  s'amplete  ne  sa  grandur.     (Ben.  I,  v.  21  -4.) 

Helas!  se  li  bons  rois  seuist 

Sa  traïson,  il  le  pendist 

Le  traïtoui-,  le  foursene.     (Phil.  M.  v.  7536-8.) 

Quant  il  pcrt  la  reïne  Ysolt 

Mûrir  desiret,  mûrir  volt, 

Mais  sul  tant  ke  il  la  soiist 

Ke  il  pui-  la  sue  amur  murrust.     (Trist.  Il,  p.  90.) 

Sanz  et  savok  voloit  aprandre 

Par  coi  desfandre  ce  saust 

S'an  aucun  tans  besoing  aust.    (Dol.  p.  211.) 

Celi  qu'il  voit  que  mix  valt  et  plus  set 

Doit  il  doner  s'oriflambe  à  porter 

Qui  le  saust  et  conduire  e  guier, 

Et  en  l'ester  e  venir  e  aler.     (0.  d.  D.  v.  912-5.) 

Qui  sereit  li  fols  ni  desvez, 

Hors  de  sun  son  e  afolez. 

Qui  alast  là  où  ne  sust 

Quels  mal  avenir  li  dust.     (M.  d.  P.  TI,  p.  415.) 


64  DU   VEEBE. 

Et  por  ceu  ke  nos  saussiens  ke  cist  espiritels  avenemenz  est  rece- 
leiz,  si  dist  il  après:  En  son  ombre  viveronz  entre  la  gent.  (S.  d.  S. 
B.  p.  528.) 

E  des  gestes  dun  nus  parluns, 

Poi  u  nient  seussum  dire, 

Se  l'um  nés  eust  fet  escrire.     (E.  d.  R.  v.  5247-9.) 

Mandai  vous  que  tous  lies  fussies, 

Et  cettainement  seussies 

Que  ma  dame  eii  saine  et  hardie 

Et  de  sa  porteui-e  lie.     (R.  d.  1.  M.  v.  4195-8.) 

Bien  vouroie  que  seuissies 

Mes  maus,  et  que  les  sentissies.   (R.  d.  C.  d.  C.  v.  5072. 3.) 

Et  vos  saussiez  bien  mon  estre.     (Trist.  I,  p.  225.) 

Se  seusez  que  fud  amiste.     (Ib.  II,  p.  47.) 

Se  cil  de  l'ost  ke  por  lui  sont  dolent 

Seuxent  ore  com  li  est  avenant, 

Molt  pluis  à  aise  en  fuissent  li  auquant.  (G.d.V.  v.3782-4.) 

Mieuz  vient  que  par  lui  le  seussent 

Que  par  autrui  le  conneussent.     (R.  d.  S.  G.  v.  1293.  4.) 
Imparfait  de  l'indicatif:  savoie^  saveie. 

Ne  Savoie  mais  rien  que  me  deust  grever. 

Se  Baudoins  mes  nies  poist  longues  durer.  (Cb.  d.  S.  II,  p.  149.) 

Dame,  dist  il,  quer  je  saveie 

Un  boen  charme  que  je  diseie.     (Chast.  XXI,  v.  47.  8.) 
Mais  ke  respondoit  li  hom  ki   sentoit  l'affliction  et  ne  savait  ke 
paiz  fust?    (S.  d.  S.  B.  p.  546.) 

Car,  pour  la  vérité  abatre,  * 

Et  pour  çou  que  nous  pensions 

Vostre  maltalent  aiions 

Se  vous  saviies  cest  afaire  ....    (R.  d.  1.  M.  v.  4232-5.) 

Sans  et  suoui-s  lor  est  meslee 

Es  iex,  si  que  goûte  ne  voient 

Ne  où  trouver  ne  se  savaient.  (R.  d.  1.  V.  p.  99.) 
Les  formes  primitives  du  futur  et  du  conditionnel  ont  été, 
dans  tous  les  dialectes,  saverai^  saveroie.^  savereie,  saveras,  etc. 
qui  se  contractèrent  de  bonne  heure  en  saraï,  saroïe^  sareie^ 
saras^  etc.  Les  formes  pleines  continuèrent  néanmoins  à  être 
employées,  en  Normandie  surtout.  Dès  le  second  quart  du 
Xin*"  siècle,  on  voit  paraître,  au  sud  de  la  Picardie  et  dans 
le  nord  de  l'Ile-de-France,  les  formes  que  nous  avons  conser- 
vées, c'est-à-dire  celles  où  Ve  a  été  syncopé  et  le  v  permuté 
en  «:  saurai^  sauroie. 

Par  mun  chef!  dist  Carie,  ço  saverai  jo  uncore.    (Charl.  v.  51.) 

Et  dist  la  vielle:   Oïl,  molt  bien 

A  dire  vous  sarai  tel  rien.    (R.  d.  1.  Y.  p.  30.) 


Dtr   VERBE.  65 

A  moens  en  ceu  saveras  tu  k'il  nen  est  mies  venuiz  por  ti  à  ocire, 
mais  por  ti  à  salveii".     (S.  d,  S.  B.  p.  537.) 

Saives  iiuem  es  e  bien   saveras  que  tu  li  fras,   si  que  en  enfern 
descende  par  occisiun.     (Q.  L.  d.  E.  m,  p.  228.) 

Anqui  saras  com  mes  fers  est  agus.     (0.  d.  D,  v.  11372.) 
Quant  le  saverat  li  reis  Hugon,  grains  ert  e  maris.   (Charl.v.601.) 

Mais  tout  adies  m'amour  aui'a, 

Ne  ja  nus,  fors  moi,  nel  saura.    (R.  d.  1.  V.  p.  57.) 
Dune  dist  Saul  :  Faites  ci  venir  les  princes  e  les  maistres  ;  e  saverums 
par  ki  cest  peccMe  est  avenuz  que  de  Deu  ne  poum  avoir  nul  respuns. 
(Q.  L.  d.  E.  I,  p.  50.) 

Ensi  sarons  certainnement 

Li  quele  aimme  plus  hautement.     (L.  d'I.  p.  9.) 

Drois  emperere,  ne  vos  esmaiez  ci; 

Laisiez  venir  le  prou  conte  hardi. 

Lors  savereiz  tel  plait  il  ont  basti, 

Par  coi  sont  bien  ensamble.     (G.  d.  V.  v.  3117-20.) 
E  piu-  quel  la  venjance  Deu  ne  cesse,  dune  saverez.  (Q.  L.  d.E.  I,p.  20.) 

Si  vos  pri  que  vos  me  conteiz 

Quanque  de  lor  engiens  saureiz.     (Chast.  X,  v.  114.  5.) 

K'ensi  moi  vient  en  propens 

Que  pour  mal  ne  pour  grevance 

Ne  sauront  ma  mesestance.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  58.) 

Et  por  ceu  ke  ses  fiz  ne  mure, 

Le  me  donast  et  jel  manroie 

Tel  leu  ke  bien  le  saveroie.     (Dol.  p.  255.  6.) 

Dame,  fait  il,  molt  volontiers. 

S'il  vous  plaisoit,  quel  gent  ce  sont 

Saroie  que  ci  passe  sont.     (L.  d.  T.  p.  80.) 

Sire,  ce  dit  Sébile,  miaz  vos  smtr oï'eaprandre.  (Ch.d.S.I,p.  107.) 

Tôt  quanque  dire  me  saur  oies.     (Eomv.  p.  509,  v.  1.) 

Nulz  ne  vous  saveroit  conter 

Le  déduit  qu'il  orent  la  nuit.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  1004.  5.) 

Et  dit  li  quens  :   Je  jur  sur  m'ame, 

Se  vous  mi  volies  aidier,  |  Que  ja  ne  saries  soushaidier 

Que  je  ne  vous  fesisse  avoir, 

Eobes  et  chevals  et  avoir.     (E.  d.  1.  Y.  p.  29.  30.) 

Baveriez  vous  enseignier 

Qui  ba  nule  chose  dou  sien?     (E.  d.  S.  G.  v.  1478.  9.) 
A  la  fin  du  XIEP  siècle,  on  trouve,  en  Picardie,  un  assez 
grand   nombre    d'exemples   où    Va   des   formes   saurai,    sawroie, 
s'était  permuté  en  e. 

Et  ki  encontre  le  pais  irait,  il  seroit  à  punir  comme  brisieres  et 
monleres  de  pais,   se  ne  les  seuroent  mes  sires  li  veskes,  li  sires  de 
Durbuy  .  .  .  recepteir  en  leurs  teri'es.     (1288.  J.  v.  H.  p.  465.) 
Burguy,  Gr.  delalangued'oïl.    T.  II.    Éd.  III.  5 


66  BtT   \^RBE. 

Participe  passé:  scu^  seue. 

E  quant  il  vit  qu'il  ei*t  seuz, 

As  suenz  fait  prendre  lur  escuz.    (Ben.  II,  v.  2691.  2.) 
Geste  chanson  n'est  pais  partot  seue.    (G.  d,  Y.  v.  3691.) 
Resavoir: 

Biele  fiUe,  or  soiiez  sage  et  courtoise;  vous  savez  un  homme  pris  avoec 
lequel  vous  vos  en  alez,  qui  est  auques  sauvages:  car  vous  n'entendez 
son  langage,  ne  il  ne  reset  point  dou  vostre.     (H.  d.  V.  p.  189,  XII.) 

Le  participe  présent  du  verbe  savoir.^  qui  faisait  déjà  sachant 

dans  l'ancienne  langue  (non  sachanz,  S.  d.  S.  B.  p.  553),  se  trouve 

plus  tard  avec  la  forme  scavant,   même  encore  au  XYI*  siècle. 

Phaeton  mal  aprins  en  l'art,  et  ne  scavant  ensuyvre  la  ligne  eclip- 

tique  .  .  .  varia  de  son  chemin.     (Eabelais  Pantagruel.  Il,  2.) 

YOIR  (v.  fo.),  videre. 

La  première  chose  qu'il  faut  remarquer  dans  ce  verbe ,  c'est 
l'affaiblissement  de  l'^^'  latin  en  e,  de  sorte  qu'après  la  syncope 
du  (^,  on  eut  d'abord  le  radical  ve.  Veor^  et,  dès  la  fin  du 
XIF  siècle,  veoir^  en  Bourgogne;  mr,  dans  le  nord  et  l'est  du 
dialecte  picard;  vedey-^  plus  tard  veer ,  en  Normandie;  veeir ^  dans 
les  dialectes  mixtes;  veoir.,  au  sud  de  la  Picardie:  telles  sont 
les  formes  primitives  de  voir.  Après  1250,  on  diphthongua  Ve 
radical  avec  i,  dans  l'Ile-de-France:  veioir;  forme  qui  devint 
veier  en  passant  du  côté  de  la  Normandie.  Enfin  Ve  radical 
subit,  au  nord  de  l'Anjou  et  de  la  Touraine,  en  tirant  du  côté 
de  l'Ile-de-France,  le  changement  que  Ve  latin  éprouvait  souvent 
dans  ces  provinces,  c'est-à-dire  qu'il  s'assourdit  en  o,  d'où 
voer^  voier.  Yers  1280,  ces  formes  en  o  se  rencontrent  dans 
toute  l'Ile-de-France,  mais  avec  la  terminaison  oir:  vooir.  Je 
ne  pense  pas  qu'elles  y  aient  passé  d'un  autre  dialecte  ;  elles  y 
sont  primitives,  et  proviennent  de  l'influence  de  la  diphthon- 
gaison  oi  du  présent  de  l'indicatif.  A  cette  époque,  les  règles 
des  bons  temps  étaient  pour  ainsi  dire  oubliées;  l'on  ne  savait 
plus  s'expliquer  un  e  radical  en  présence  de  Voi  de  certaines 
formes,  et  l'on  introduisit  Vo  à  l'infinitif.  C'est  d'après  ces 
thèmes  en  o  radical  que  s'est  fixée  plus  tard  la  conjugaison  de  voir. 
Voier  resta  très -longtemps  en  usage  dans  quelques  contrées. 

Dont  poroies  veor  un  molt  horrible  monsti-e.     (S.  d.  S.  B.  p.  562.) 

Chascun  voloit  veor  ki  seroit  esliz.     (Yilleh.  463'*.) 

D'iluec  puet  il  veoir  le  mer.     (P.  d.  B.  v.  693.) 
Car  je  les  voloie  veoir.    (Dol.  p.  256.) 

Li  monz  si  est  nostre  contemplations  en  oui  nos  montons  por  ke 
nos  soiens  eUeveit  por  veir  cez  choses  M  sunt  desor  nostre  floibeteit. 
(M.  s.  J.  p.  487.) 


DU   VERBE.  67 

Tant  por  oir  ses  cortesies, 

Tant  por  veir  ses  mananties.     (Brut.  v.  10022.  3.) 
Vus  e  vostre  barnage  voil  veer  volenters.     (Charl.  v.  309.) 
Bien  sai  conoistre  e  veer  cler 
Qu'assez  a  ci  à  amender.     (Ben.  v.  15174.  5.) 
Dous  cuntes  enveia  pur  s'enferte  veeir.  (Th.  Cant.  p.  15,  v.  23.) 
Guardez  amunt  devers  les  porz  d'Espaigne, 
Veeir  poez  ;  dolente  est  l'arereguarde.     (Ch.  d.  E.  p.  44.) 
Or  poeiz  veioir  le  biau  geu 
De  quoi  li  siècles  seit  servir.     (Eutb.  I,  122.) 
Ysengris  fist  dedenz  garder 
Por  veîer  et  por  aviser 
La  forme  qui  tote  i  pareit 

De  la  lune  qui  pleine  esteit.     (Chast.  XX,  v.  175-8.) 
Qu'on  puist  el  mont  ne  voer  ne  trouver.  (G.  d.  C.  d.  C.  p.  22.) 
Qu'il  voer  pousse  e  beisier.     (St.  N.  v.  1388.) 
Et  com  el  pin  plus  hautement 
Les  fist  monter  por  eus  voier 
A  lor  asenblement  le  soir.     (Trist.  I,  p.  25.) 
AcoTu  fu  voier  cel  plait.    (Ib.  ead.  p.  57.) 
Eesuscita,  c'onques  nou  seurent 
Li  Juif  ne  vooir  nou  penrent.     (E.  d.  S.  G.  v.  605.  6.) 
Seingnor,  or  poez  vooir  de  coi  mi  sii-es  m'a  toz  jorz  blasmee  et 

férue  et  cbaciee,  qu'il  creoit  sa  pie  de  quanqu'ele  disoit.    (E.  d.  S.  S. 

d.  E.  p.  57.) 

Le  dialecte  normand  fournit  quelques  exemples  où  le  d  n'est 

pas  encore  syncopé: 

E  tute  terre  le  (Salomun)  desirad  à  vedeir,  pur  oir  de  sun  savoir. 

(Q.  L.  d.  E.  ni,  p.  274.) 

Sin  vois  vedeir  alques  de  sun  semblant.     (Ch.  d.  E.  p.  11.) 

Ne  loinz  ne  près  ne  poet  vedeir  si  cler 

Que  reconoistre  poisset  nuls  hom  mortel.     (Ib.  p.  77.) 

Les  formes  du  présent  de  l'indicatif  étaient: 

NOEMANDIE. 

vei 

veis,  veiz 
voit 
veum 
yeez 
vêlent. 

Ainsi,  diphthongaison  au  formes  à  terminaison  légère; 
cependant,  en  Bourgogne  et  en  Picardie,  elle  n'est  pas  faite, 
comme  à  l'ordinaire,  sur  la  voyelle  radicale  de  la  langue  d'oïl, 
mais  sur  celle  du  latin:  t  =  ai.     Quant  au  langage  normand,  U 

5* 


BOUEGOGNE. 

PICAEDIE. 

voi 

voi 

vois,  voiz 

vois 

voit 

voit 

veons 

veomes 

veeiz 

vees 

voyent,  voient. 

voient. 

68  DU  \t:rbe. 

conservait  intact  Ve  radical   et    le   diphthonguait  régulièrement 
avec  «.     La  Touraine,  le  Maine  et  l'Anjou  avaient  aï:  vai. 

Mais  je  voi  ke  à  esgardeir  fait  ke  en  cel  convive   de   cez  frères, 
paist  li  uns  l'altre.     (M.  s.  J.  p.  497.) 

Yous  saves  bien  et  cist  baron  |  Qui  chi  sont  assis  environ, 

Que  Lisiars,  que  je  voi  là, 

De  gageure  m'apiela 

K'il  feroit  ses  bons  de  m'amie.     (R.  d.  1.  V.  p.  290.) 

Bien  doi  amer,  car  en  mon  non 

Voi  ge  raison  que  doi  amer.     (E.  d.  1.  M.  v.  1776.  7.) 

Del  combatre  ne  vei  nul  aise.     (Ben.  I,  v.  1981.) 
Sire,  Sire,  auvre  les  oilz  de  cest  mien  servant  que  il  veied  ço  que 
jo  vei.    (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  367.) 

Quant  je  vai  tut  m'est  contraire, 

Certes,  Brengien,  ne  sai  quai  faire.     (Trist.  II,  p.  116.) 

Pren  m'espee,  que  tu  vois  cbi.     (E.  d.  1.  V.  v.  6503.) 

....  Eewarde  en  ceste  crois. 

Et  si  di  chou  que  tu  i  vois.    (Th.  F.  M.  A.  p.  64.) 

Pilz,  d'autre  chose  de  chasti. 

Que  se  tu  veiz  que  deservi 

Ait  aucuns  par  sa  felonnie 

Qu'il  seit  destruit,  ne  mètre  mie 

Ti-op  grant  entente  à  lui  garir.     (Chast.  m,  v.  157-61.) 
Tu  veis  que  jo  main,  en  paleis  de  cèdre,  e  l'arche  Deu  est  herbergie 
desuz  peels.    (Q.  L.  d.  E.  n,  p.  142.) 

Tôt  ceu  voit  nostre  Sires,  et  si  se  coiset.     (S.  d.  S.  B.  p.  556.) 

Et  quant  il  ot  tôt  ce  veu. 

N'a  gaires  Huée  atendu. 

Quant  une  dame  venir  voit 

Ki  sor  .j.  sor  ronci  seoit.     (L.  d.  T.  p.  79.) 

Ore  veit  li  patriarches  Deus  i  fait  vertut, 

Tost  fait  la  glas  suner  par  la  citet  menut.  (Charl.v.  196.7.) 

Set  n'a  ne  force  ne  amis. 

Si  veit  par  tôt  ses  enemis.     (Ben.  v.  7654.  5.) 

Tristran  à  cest  conseil  se  tient, 

Un  peschur  vait  ki  vers  lui  vient.     (Trist.  Il,  p.  98.) 
En  ceu  appert  bien  ke  molt  est  périlleuse  lor  voie ,  ke  nos  tant  de 
gent  i  veons  périr,  dont  nos  dolor  avons,   et  ke  nos  si  poc  i  veons  de 
ceos  ki  ensi  trespessent  cum  mestiers  seroit.     (S.  d.  S.  B.  p.  566.  7.) 

Tenus  m'en  suix  issi  com  vos  vedz.     (G.  d.  V.  v.  1399.) 
Ne  laissiez  mie  vostre  assembleie ,  si  com  coustume  est  az  alkanz, 
mais  conforteiz  la,  et  tant  plus  com  vos  veeiz  lo  jor  aprochier.     (M.  s. 
J.  p.  467.) 

Veez  vos  outre  Eune  ces  tentes  fremoier, 

Ces  ansaignes  de  soie  vauter  et  ondoier?  (Ch.  d.  S.I,p.  187.) 


DU    VERBE.  69 

Sire,  fait  il,  por  Diu,   merchi! 

Vous  vees  qiies  est  nos  fois.     (L.  d'I.  p.  24.) 
Car  com  plus  voient  lor  guerredons ,  plus  delitousement  soi  painent 
del  travilliier.     (N.  s.  J.  p.  467.) 

Si  teil  gent  voyent  c'un  les  soffret  et  c'un  ait  pitiet  de  lor  enfar- 
meteit,  facent  por  Deu  de  ceu  lor  esploit.     (S.  d.  S.  B.  p.  559.) 

Cil  qui  munterent  el  dongun  |  Virent  les  feus,  virent  l'arsun, 

Veient  les  armes  resplendir 

E  veient  la  preie  acoillir.     (Ben.  Il,  v.  749-52.) 

Veient  Jérusalem  une  citez  antive.     (Charl.  v.  108.) 
Le  présent  du  subjonctif  se  réglait  exactement  sur  celui  de 
l'indicatif. 

Por  la  grant  paor  ke  j'avoie 

Me  samble  ancor  ke  je  les  voie.    (Dol.  p.  252.) 

Quelque  péril  que  jou  i  voie, 

Il  convient  que  je  vostre  soie.     (R.  d.  1.  N.  v.  1761.  2.) 

Mais  c'est  le  meuz  que  je  i  veie.    (Ben.  v.  31652.) 

Par  ce  t'en  ferai,  bien  le  creies, 

Ainz  que  la  Pentecoste  veies, 

Avoir  tes  dreiz  à  ton  voleir.     (Ib.  v.  21976-8.) 

V  là  où  nul  bume  ne  voies. 

Que  nus  ne  sace  où  tu  soies.     (M.  d.  F.  II,  p.  395.) 
Cil  à  cuy  li  cure  de  ceu  à  aministrer  n'est  ancor  enjointe,   a  cuy 
om  nen  at  commandeit  ancor  k'il  voiet  et  k'ii  porvoiet  à  ceos  ki  les 
oylz  ont  avuerz  et  niant  ne  voient.     (S.  d.  S.  B.  p.  560.) 

Cascune  nuit  est  li  sermons 

Tôt  bêlement,  sains  contençons. 

Qu'il  onques  ne  voie  s'amie 

Trosqu'à  cel  ore  qu'el  li  die.     (P.  d.  B.  v.  4289-92.) 

Las!  tante  lerme  en  ert  ploree 

Ainz  qu'il  veie  maiz  sa  contrée  !     (Ben.  v.  13415.  6.) 
Veied  (Q.  L.  d.  R.  IV,  367.).     Voy.  prés.  ind.  1°^-  pers.  sing. 
Sire,  Sire,  avuglez  tute  ceste  gent  que  il  ne  veient  ne  entendent 
quel  part  jes  merrai.     (Ib.  p.  368.) 

Le  parfait  défini  eut  d'abord,   dans   tous  les  dialectes,  les 
formes:  vi,  veis]  vit^  veimes  puis  veismes^  veistes^  virent: 

Duze  cuntes  vi  ore  en  cel  muster  entrer 

Oveoc  euls  le  trezime.  Une  ne 'y^  si  formet.  (Charl.  v.  137. 8.) 

Là  vos  vi  primes,  beaus  amis. 

Et  i  demorai  quinze  dis.     (P.  d.  B.  v.  1377.  8.) 

Or  di,  biele,  foi  que  moi  dois, 

Veis  tu  or  cel  chevalier. 

Qui  chaiens  vint  à  cheval  ier?     (R.  d.  1.  V.  v.  2725-7.) 
Respundi  Joab:    Si  ivl  veis ,  pur  quel  hastivement  nel  oceis?  e  jo 
te  dunasse  vint  sicles  d'argent  e  un  baldrei.     (Q.  L.  d.  R.  II.  p.  187.) 


70  DU   VEKBE. 

Il  vit,  ce  dist  nostres  Sires,  un  homme  ki  sor  lui  mattoit  sa  main 
por  ceu  k'il  récent  la  vene.    (S.  d.  S.  B.  p.  560.) 

Quant  de  Franceis  les  esclieles  vit  rumpre, 

Si  apelat  Tierri  le  duc  d'Argone  .  .  .    (Cli.  d.  K.  p.  137.) 

La  veimes  le  caple  grief 

Et  entre  vos  dels  le  mescief  ...    (P.  d.  B.  v.  3767.  8.) 
Car  nous  veismes  en  la  lune  toute  la  some  que  se  je   parlasse  ne 
tant  ne  quant  ...    (E.  d.  S.  S.  d.  E.  97.  App.) 

Veistes  famé  mais  de  si  grant  biautey?    (G.  d.  V.  v.  740.) 

Nequedent  trois  ans  a  passes 

C'autre  fois  chaiens  me  veistes.     (R.  d.  M.  p.  46.) 

Veistes  celé   grant  ewe  qui  si  brut  à  cel  guet?     (Cliai-1. 

V.  555.) 

Les  puis  e  les  muntaines  virent  en  Remanie.    (Ib.  v.  106.) 

Si  home  le  regardent,  virent  le  anbrunchier.    (Ch.  d.  S.  I, 

p.  103.) 
On  trouve  des  orthographes  avec  h,   qui  nous  indiquent  la 
prononciation  des  formes  où  Vc  est  conservé: 

Apres  vehimes  trespasser 

Trois  homes  par  mi  celé  rue.     (Chast.  ES,  v.  70.  1.) 
Au  lieu  de  vît,  virent,  on  renconti-e  quelquefois  vint,  viurent^ 
dans  le  dialecte   picard   de   la   seconde  moitié   du  XTTT^  siècle 
(cfr.  viunrent.,  tiunrent^  de  venir ^  tenir). 

Quant  li  rois  et  cil  qui  là  furent 

Viivrent  le  bras  et  aperchurent 

Que  la  mains  en  estoit  ostee  ...    (R.  d.  1.  M.  v.  801  -  3.) 
Et,  d'après  l'analogie  d'autres  premières  personnes  du  par- 
fait défini,  vie  pour  vi: 

Encor  n'a  gaires,  c'est  vérités  provee, 

Que  je  vos  vie  en  tele  randonee. 

Qui  vos  donast  d'or  fin  une  caree 

Ne  sonissies  à  vo  cor  la  mellee.    (0.  d.  D.  v.  2264-7.) 
Imparfait  du  subjonctif:  veisse.,  veisses,  veist,  etc. 
Si  veirement  cume  nostre  Sire  vit  devant  ki  jo  sui,  se  ne  fust  pui- 
le  rei  Josaphat,  jo  ne  te  veisse,  ne  de   tes  paroles  plait  ne  tenisse. 
(Q.  L.  d.  R.  lY,  p.  353.) 

Si  me  menbre  ore  de  vos  dis 

Con  jes  veisce  ci  escris.    (P.  d.  B.  v.  6093.  4.) 

Qi  là  veist  le  cortois  Guielin 

Son  cors  desfendre  contre  ses  anemis. 

De  gentil  home  li  peust  sovenir.     (0.  d.  D.  v.  7111-3.) 

Ses  veissons  corporelement 

Ci  entre  nus  suffirir  turment, 

Trop  gi-ant  leidesce  feriuns. 

Se  nus  ne  lur  aidissiuns.     (M.  d.  F.  lE,  p.  467.) 


DU    VERBE.  71 

Se  veissum  Rollant  einz  qu'il  fust  mort, 
Ensembl'  od  M  i  durriums  granz  colps.    (Cli,  d.  E.  p.  70.) 
A  lui  veer  e  esgarder 

Veissiez  gi-ant  jent  asembler.     (Ben.  v.  770G.  7.)     • 
Lai  veisiez  un  ester  commancier, 

Ke  duit  torner  à  mortel  ancombrier.     (G.  d.  Y.  v.  597.  8.) 
Je  doutai  k'elles  ne  venissent, 
Ne  vos  pas  k'elles  me  veissent.     (Dol.  p.  256.) 
Et  les  formes  qui  dérivent  de  thèmes  en  o: 
A  merveille  possiez  par  li  camps  mors  trover, 
E  mult  les  voissiez  laidement  démener.     (E.  d.  E.  v.  4107.  8.) 
Donc  voissiez  chevaliers  poindre.     (Ib.  v.  9105.) 
De    pareils    exemples    sont    rares    et   de    plus   bas   temps. 
Roquefort  (II,  p.  707)  cite  vesùt  pour  veïsf: 

Adairiens  {lis.  à  dairiens)  fui-ent  amoneies  les  bestes  à  Adam,  por 
ceu  qu'il  vesist  cornent  il  les  apeleroit.     (S.  d.  S.  B.  fol.  110.) 

Impératif:  veï^  voi,  veons,  veum,  veeiz.  (Gr.  d.  Y.  v.  601),  veez 
(Charl.  V.  95). 

Imparfait  de  l'indicatif:  veoie^  veeie. 
Ceu  saichiez  k'an  tel  leu  seoie. 
Que  defors  et  dedans  veoie.    (Dol.  p.  256.) 
Je  leur  dis  pas  nou  jugeroie, 
Car  reison  nule  n'i  veoie.    (E.  d.  S.  G.  v.  1313.  4.) 
Le  munt  de  France  ù  tu  esteies 
E  ù  si  riche  te  veeies 
Te  di,  si  nel  mescreire  mie, 
Que  sainte  iglise  segnefie.     (Ben.  Il,  v.  1521-4.) 
n  ne  veoit  nule  chose,  et  si  avoit  les  oylz  overz.    (S.  d.  S.  B.  p.  559.) 
Tout  li  descouvri  son  corage 
Pour  chou  qu'ele  le  veoit  sage.     (E.  d.  M.  p.  18.) 
Mais  Ahia  ne  veeit  gute  de  viéllesce.     (Q.  L.  d.  E.  III,  p.  291.) 
Et  la  forme  où  le  d  n'est  pas  encore  syncopé: 
Perdu  out  la  veue,  e  gute  ne  vedeit.     (Ib.  I,  p.  16.) 
Quant  veiez  la  doleure 
Si  saviez  ben  à  dreitui^e 
Ke  jo  vendreie  la  nuit  .  .  .    (Trist.  II,  p.  127.) 
Moult  duremant  s'an  mervilloient 
Totes  les  gens  ki  la  veoient, 
Mais  il  n'an  pooient  plus  faire.     (Dol.  p.  275.) 
Le    futur    avait    pour    formes:    en   Normandie,    verrai-.^    en 
Picardie,    verrai^   puis   vers   la   fin   du    XIII''  siècle,    avec  une 
diphthongaison  irrégulière ,  vierrai,  et  du  côté  de  la  Normandie, 
dans  l'Artois  et  la  Flandre,  veirrai\    en  Bourgogne,  varai.     Cet 
a  radical  pour  e  paraîtra  extraordinaire,   mais  il  était  dans  les 


72  DTJ    VERBE. 

habitudes  du  dialecte  bourguignon.  On  le  retrouve  même,  à  la 
fin  du  Xm^  siècle ,  à  la  première  et  à  la  seconde  personne  du 
pluriel  du  présent  de  l'indicatif,  dans  le  comté  de  Bourgogne 
et  dans  la  Franche  -  Comté.  J'ai  déjà  fait  mention  d'un  pareil 
emploi  de  Va  à  l'occasion  de  devoir,  et  aujourd'hui  on  se  sert 
souvent  encore  à^a  pour  e  dans  les  mêmes  contrées  ;  p.  ex.  darre^ 
derrière,  darrei^  dernier;  varie,  verbe;  va/r^  vert,  ver  (vermis), 
vers  (versus),  etc.  Yoici  des  exemples  du  XIII^  siècle,  où  a 
est  radical  pour  e: 

Nos  ne  davons.    (1288.  M.  s.  P.  n,  552.) 

Nos  . . .  retenons  et  davons  avoir  les  deniers.     (1292.  Ib.  ead.  559.) 
Tout  ainsi  comme  nos  personnenient  lou  porriens  et  dariens  faù-e. 
(1289.  Ib.  ead.  617.) 

Se  nos  vaons.     (1292.  Ib.  I,  378.) 

Yers  1250,  on  diphthongua  irrégulièrement  Va  du  futur  varai 
avec  i:  vairai^  dans  le  sud -est  de  la  Champagne  et  en  Lorraine. 
Je  passe  aux  preuves  de  différentes  formes  du  futur  et  du 
conditionnel. 

He!  Dex!  verrai  jou  ja  abatre 

Son  orguel  ne  sa  felonnie.     (E.  d.  1.  Y.  p.  83.) 

Se  Garins  l'a,  France  verras  honnir.     (G.  1.  L.  Il,  p.  1.) 

Or  varra  hon  vostre  bontei: 

Preneiz  la  croiz,  Diex  vos  atant.     (Rutb.  I,  p.  150.) 

Et  ke  vit  ceu,  jai  ne  vairait  maix  tant ...  (G.  d.  Y.  v.  2461.) 

Et  dist  bien  que  ce  est  merveille, 

Jamais  ne  verra  sa  pareille.    (L.  d.  T.  p.  77.) 

Et  cil  de  nos  trois  qui  veirra 

Graignor  merveille  en  son  dormant . . .  (Chast.  XYII,  v.  39. 40.) 

Sire,  fait  ele,  que  dirons, 

Quant  vostre  fil  Flore  verrons?    (FI.  et  Bl.  v.  533.  4.) 

Jai  plus  prudome  de  Rollan  ne  vaireiz.    (G.  d.  Y.  v.  384.) 
Cum  plus  verreiz  lo  jor  aprocheir.     (M.  s.  J.  p.  467.) 

Mult  en  verrez  granz  maus  eissir.     (Ben.  v.  11513.) 
Certes,  sire,  vos  ne  me  verroiz  james.     (E.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  37.) 

Aies  i,  si  verrais  les  gens.     (E.  du  Eenart.  Suppl.  p.  215.) 
Et  sel  varunt  venant  et  paut,   M  gisanz  et  paissanz  ne  polt  estro 
davant  veuz.    (S.  d.  S.  p.  528.) 

Dex,  que  cil  ki  ne  vous  verront 

Et  vraiement  en  vous  querront  ...    (E.  d.  1.  Y.  p.  250.) 

En  lor  cuers  forment  me  maldient, 

Et  moult  oreUent  et  espient. 

Quant  il  ver  ont  liu  d'els  vengier 

Por  moi  destruire  et  esciUier.     (P.  d.  B.  v.  2627-30.) 

Quant  si  tormente  me  vierront.    (E.  d.  S.  S.  v.  2955.) 

Je  ne  la  ver r oie  ardoir.     (Ti'ist.  I,  p.  56.) 


DU    VERBE.  73 

Lasse,  dist  la  roïne,  q'or  ne  poi  sohaidier! 
Rune  seroit  si  basse  c'en  veîToit  le  gravier, 
Tant  q'il  vanroit  à  nos  parler  et  acointier.  ((Cli.  d.  S.  I,  p.  112.) 
Là  veries  les  elemens.     (P.  d.  B.  v.  853.) 
Je  vous  mandai,  li  rois  a  dit, 
De  moi  meismes  fn  escrit, 
C'a  grant  lioneur  fust  maintenue 
Tant  que  verries  ma  revenue.     (E.  d.  1.  M.  4164-7.) 
Odes  de  Troies,  prendes  cent  chevaliers, 
En  la  montagne  là  sus  les  envoies: 
Se  ja  verraient  Sarrasins  e  païens  ...   (0.  d.  D.  v.  389-91.) 
Après  le  XUÎ^  siècle,    on  trouve   souvent  un  Mur  formé 
siu'  le   thème  vooïr,    et  Eabelais   même   emploie    tantôt   verrat^ 
tantôt   voirai.     La   langue    fixée   a  admis   la  forme    régulière 
normande  et  picarde  primitive. 
Le  participe  passé  était  veu. 

Quant  sainz  Pois  ot  ceu  veut,  chier  frère ,  il  ne  fut  mies  apermenmes 
enlumineiz ,  anz  atendit  la  main  Ananie ,  car  il  par  aventui'e  avoit  veut 
en  son  somme  k'il  devoit  venir  à  lui.     (S.  d.  S.  B.  p.  560.) 

Cume  li  reis  le  sout  e  veud  les  out,  parlad  al  prophète.  (Q.  L.  d. 
R.  IV,  p.  368.) 

Si  tost  con  li  sains  l'a  veu.     (E.  d.  M.  p.  8.) 
Mais  ne  serai  veiis  du  roi.     (FI.  et  Bl.  v.  946.) 
Les  principaux  composés  de  voir  étaient  : 

1.  Revoir '. 

Hoc  revàent  lor  seignor. 

Là  li  mostrent  joie  e  amor.     (Ch.  A.  N.  I,  p.  231.) 

2.  Mesvoir  ^  voir  mal: 

Apres  revindrent  par  ici 

Dui  autre,  se  je  ne  mesvi, 

La  terre  lor  vi  entreovrir 

Et  celui  qui  remest  saisir.     (Chast.  XYII,  v.  136-9.) 

3.  Sorvoir ^  examiner,  considérer,  voir  tout  d'un  coup,  à 
la  fois: 

David  survit  sa  ost  ;  si  fist  cunestables  sur  mil  chevaliers ,  e  altres 
sur  cent.     (Q.  L.  d.  E.  II,  d.  185.) 

[Igitui-  considerato  David  populo  suo ,  constituit  super  eos  tribunes 
et  centuriones.] 

Bien  savez  que  à  tort  nos  guerroie  cist  rois: 

Alez  i  sorveoir ,  se  c'est  voirs  ou  gabois; 

.xx.M.  homes  menez  o  trestot  lor  bernois. 

Se  François  passent  outre,  silesreceverois.  (Ch.  d.  S.II,p.44.) 

A  lui  out  li  dux  comande 

Que  il  alast  l'ost  sorveeir, 


74  DU    VERBE. 

Aprendre  e  conoisti'e  e  saveir 

Cumbicn  i  a  de  chevaliers  .  .  .     (Ben.  v.  22123 -G.) 

De  eus  i  esteit  tels  la  plentez 

Que  li  païs  e  li  régnez 

En  ert  eisi  en  loinz  coverz 

Que  oilz  abaissiez  ne  overz 

N'en  poeit  surveeir  le  quart.     (Ib.  II,  v.  1411-5.) 
4.     Porvoir ^  parvoir ^  examiner,  parcourir,  voir  d'un  bout  à 
l'autre,  voir  de  loin,  prévoir,    pourvoir,  prendre   ses  mesures. 
(Yoy.  la  préposition  par.) 

Si  li  ont  prie  et  requis 

Qu'il  lor  die  qu'il  a  el  brief. 

Cil  le  porvit  de  chief  en  chief, 

Qmt  porveu  l'ot  si  lor  dit  .  .  .    (Chast.  XXVII,  v.  272-5.) 

Si  s'a  mis  en  une  valee 

Que  il  ot  ançois  porveue, 

Dedens  le  bois ,  près  de  l'issue.     ((Brut.  v.  406  -  8.) 

De  parent  ert  mult  enforcies 

Et  bien  cointes  et  vezies; 

De  bien  loins  avant  porveoit 

Ce  que  il  engignier  voloit.     (Ib.  v.  6638-41.) 

Malement  devina  de  mei, 

Ki  ne  sont  deviner  de  sei; 

S'il  de  tôt  sont  dire  voir, 

Bien  deust  sa  mort  porvew.     (E,  d.  R.  v.  11701-4.) 

Que  plusors  choses  purveeit 

Sovent  tôt  ceo  qu'en  aveneit.     (Ben.  II,  v.  1501.  2.) 
Car  cil  M  vraiement  soi  duelt  dedenz,  parvoit  fortement  ke  l'om 
doit  par  defors  faire  u  laissier.    (M.  s.  J.  p.  454.) 

Pur  ceo  nos  covient  esgarder 

E  purveer  e  porpenser. 

Que  ne  seiom  del  tôt  sopris.     (Ben.  v.  8964-6.) 
Et  le  réitératif  reporvoir. 

SEOIR  (v.  fo.),  sedere. 

Seoir ,  signifiant  être  assis ,  n'est  d'usage  aujourd'hui  qu'aiix 
participes  présent  et  passé.  L'ancienne  langue  au  contraire  en 
faisait  un  fréquent  emploi,  bien  qu'elle  connût  aussi  le  composé 
asseoir.  Au  XTEI^  siècle,  seoir  avait,  outre  toutes  les  significa- 
tions qu'on  lui  donne  actuellement,  celle  de  être  situé. 

Les  thèmes  de  l'infinitif  de  seoir  étaient  les  mêmes  que  ceux 
de  veoir^  et  tout  ce  que  j'ai  dit  de  ces  derniers  s'applique 
exactement  au  verbe  seoir. 

Est  ceu  dons  granz  chose  si  cil  jeunet  ensemble  Crist,  ki  ensemble 
luy  doit  seor  à  la  taule  del  Peire?     (S.  d.  S.  B.  p.  561.) 


DU    VERBE.  75 

Li  sires  s'ala  seoir  et  la  dame  se  rasist  au  cliief  de  la  table,  en 
une  cliaiere.     (E.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  47.  8.) 

Or  veut  aler,  or  veut  seoir,    (Chr.  A.  N.  III,  77.) 

Et  si  orent  por  miex  seir 

Lor  treces  fait  defors  issir 

De  lor  ceveus.     (L.  d.  T.  p.  75.) 

Tout  bielement  et  tout  souef 

Vont  seir  sous  une  ente  aval.     (L.  d'I.  p.  15.) 
(Li  Sires)  le  mesaise  esdrezce  del  puldrier  ;  le  povre  sache  del  femier, 
od  les  princes  le  fait  sedeir.    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  7.) 

Si  out  al  brief  cumendement  que  il  se  assemblassent  e  feissent  Naboth 
à  un  des  plus  onurez  lieus  sedeir.     (Ib.  III,  p.  331.) 

Jo  vi  nostre  Seignur  seer^  en  sun  sied  e  tute  sa  maidnee  des 
angeles  fud  entur  lui.     (Ib.  p.  337.) 

Gart  que  il  puisse  estre  en  estant 

De  si  que  seier  le  comant 

Li  reis  .  .  .     (Chast.  XXII,  v.  109-11.) 

Rien  me  verra  li  rois  Artus 

Soier  au  cMef  sor  le  Mal  Pas.     (Trist.  I,  p.  160.) 

Yiegnent  sooir,  tu  le  viens  bien, 

A  la  grâce  îTostre  Seigneur.    (R.  d.  S.  G.  v.  2552.  3.) 

Je  descendi  en  l'erboie. 

Lez  li  soer  m'en  alai.     (Th.  F.  M.  A.  p.  45.) 

Au  lieu  de  seir^  on  trouve  souvent  sïr^  à  la  fin  du  XIII" 
siècle  et  au  commencement  du  XIY®. 

Ens  ou  liu  saint  Coisne  doit  sir.    (Th.  P.  M.  A.  p.  118.) 

Rire,  plourer,  parler  ou  taire, 

Ou  sir,  ou  aler  ou  venir  ...     (R.  d.  1.  M.  Préf.  YII.) 

Les  formes  à  terminaison  légère  du  présent  de  l'indicatif 
et  la  seconde  personne  du  singulier  de  l'impératif,  diphthon- 
guaient  Ve  radical  avec  ï  préposé. 

Pur  coi ,  fet  il ,  sies  tu  lassus 
En  si  grant  vent,  descens  çà  jus. 
Si  siez  lez  moi  en  cest  abri.     (M.  d.  E.  Eab.  LII.) 
Sire,  Sire  Deu  sur  Israël,  ki  siez  sur  chérubin,  tu  es  Deu  sur 
tuz  reiz  de  terre  e  tu  fois  ciel  e  terre.     (Q.  L.  d.  R.  lY,  p.  413.) 

Sie  tei  ici ,  kar  nostre  Sires  m' ad  enveied  en  Jéricho.    (Ib.  p.  347.  8.) 

(1)  n  ne  faut  pas  confondre  cette  forme  et  les  suivantes  avec  seer ,  seîer,  soier  (se- 
care)  =  seier ,  faucher. 

Des  uns  en  frad  ses  prevoz  e  cunestables,   des  altres  vileins  pur   sa  terre  arer,    et 
pur  ses  blez  seer ,  e  pur  ses  armes  forgier ,  e  ses  curres  agreier.    (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  27.) 
A  cel  cuntemple,  cil  de  Bethsames  seierent  furmenz  en  la  valee.     (Ib.  ead.  p   22.) 
Puis  el  tierz  an  semez  e  seiez  e  vignes  plantez,  e  les  fruiz  à  vostre  plaisir  despen- 
dez.   (Ib.  IV,  p.  415.) 

Saie  e  coilli  sunt  lor  pre, 

Mult  se  tenent  à  malmené.    (Ben.  v.  17587.  8.) 


76  Dtr   VERBE. 

Soanz  el  fembrier.  Cil  siet  el  fembrier  ki  viz  choses  et  despitcjs  sent 
de  soi  mimes.  El  fembrier  seons  quant  nos  lez  oez  de  la  pense  rame- 
nons ,  en  repentant,  à  tôt  ce  ke  nos  mal  avons  fait.   (M.  s.  J.  p.  450.) 

Et  siet  pn  un  moult  grant  ceval 

Qui  bien  covient  à  tel  vasal.    (P.  d.  B.  v.  2971.  2.) 

Nous  l'otrions,  puis  k'il  vous  siet.  (L.  d'I.  p.  18.) 

En  mi  le  munde  siet  la  terre 

Que  l'océan  aclot  e  serre.     (Ben.  I,  v.  35.  6.) 

Et  puis  H  4ist:  Sire,  comment 

Es  ce  que  vous  ne  vous  sees  ?    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2826.  7.) 

Jakes  li  a  dit  maintenans  : 

Ma  douce  amie,  or  vous  sees; 

.1.  petit  si  vous  reposes.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  2.) 

Sur  pâlies  blancs  siedent  cil  cevalers.     (Cb.  d.  E.  p.  5.) 

Après  la  syncope   du  d^  la  troisième   personne  du  pluriel 
était  siéent;  mais,  comme  on  l'a  déjà  vu  à  l'occasion  de  chieent^ 
on  retrancha   Ve  radical,    et,   vers    le   milieu  du   XIII®  siècle, 
l'orthographe  sient  avait  prévalu. 
Siéent  (v.  les  composés). 

A  hautes  tables  sient  li  chevalier.     (R.  d.  C.  p.  189.) 

Cil  ont  le  brief  le  roi  veu; 

Grant  pièce  sient  coi  e  mu.     (P.  d.  B.  v.  2877.  8.) 

La  Normandie  propre  n'avait  aucun  renforcement: 

Kaunt  il  la  (la  corune)  met  sur  sa   teste ,   plus  bêlement 

lui  set.  (Charl.  v.  16.) 
Il  seent  en  la  teiTe  nostre  Segnur.  (Eym.  I,  3.  115.) 
Tout  à  la  fin  du  XIII''  siècle,  on  rencontre,  dans  l'Artois 
et  à  l'ouest  de  la  Picardie  proprement  dite ,  la  forme  seient  pour 
siéent.  Cette  transposition  de  Vi  provient  sans  doute  de  l'in- 
fluence de  la  forme  normande  seent.,  qu'on  renforça ,  selon  l'ha- 
bitude ,  avec  i  postposé ,  lorsqu'elle  passa  dans  le  dialecte  picard. 
La  langue  fixée  a  encore  admis  la  diphthongaison  ei  à  la  pre- 
mière et  à  la  seconde  personne  du  pluriel ,  pour  éviter  le  hiatus 
qui  résultait  de  la  rencontre  des  voyelles  eo  et  ee. 

Or  vous  lairons  à  tant  de  cens  ester.  Si  vous  dirons  de  cens  qui 
devant  Constantinoble  seient.     (Villeh.  p.  74.  CL) 

Le  présent  du  subjonctif  se  réglait  sur  celui  de  l'indicatif. 
Or  ne  quidies  mie  qu'il  siée 
A  chiaus  du  païs  ne  au  roy 

Qui  pour  li  demainent  desroi.    E.  d.  1.  M.  v.  95  -  7.) 
Et  siece  pour  siée.,    de   même  qu'on  a  vu  chiece  poiu:  chiee. 
Telx  ce  fait  ore  baus  et  joians  et  lies; 
Ains  que  je  isse  de  la  cort  Desier 


DU    YEKBE.  77 

Ne  que  je  siece  au  boire  n'ai  mengier, 

N'i  volroit  estre  por  mil  livres  d'ormier.  (0.  d.  D.  v.  4221-4.) 
Il  me  ad  dit  que  si  mes  fiz  .  .  .  tiengent  sei  en  lealted  e  en  verited 
do  tut  lur  quer,  nen  iert  jur  que   de  mun  lignage  ne   siece  alcuns  al 
sied  real  de  Israël.     (Q.  L.  d.  E.  in,  p.  227.) 

Parfait  défini:  sis;  imparfait  du  subjonctif:  seùse. 

Del  bain  vus  membre  ù  enz  jo  sis.     (Trist.  Il,  p.  109.) 
Sist  (F.  d.  Y.  1.  8,  verso). 

Sire,  mult  estes  béer, 

Sis  as  en  la  chaere  ù  sist  marnes  Deus.  (Charl.  v.  156. 7.) 
Là  sist  Macédoine  dont  Pbelippes  fu  rois.     (H.  d.  V.  499  ''.) 
Bien  me  membred  à  une  feiz  que  jo  e  tu   seimes  en  un  curre  e 
fumes  od  son  père  le  rei  Achab  que  nostre  Sires  li  pramist.    (Q.  L.  d. 
R.  lY,  p.  377.) 

Eusamble  sisent  M  doi  roi.     (L.  d.  M.  p.  63.) 

Bien  lisisirewi  les  armes,  si  s'an  sot  bien  aidier.  (Ch.d.S.I,p.8.) 

Se  g'i  seisse,  geo  sai  bien 

Qe  tûtes  genz  mult  me  huereient.     (M.  d.  F.  fabl.  L.) 

Totes  blans  palefrois  avoient. 

Qui  si  très  souef  les  portoient 

Qu'il  n'est  bom,  se  sor  .j.  seist, 

Se  le  palefrois  ne  veist 

Aler,  que  por  voir  ne  quidast  ■ 

Que  li  palefrois  arestast.     (L.  d.  T.  p.  75.) 
Imparfait:  seoïe,  seeïe;  futur:  serrai^  et,  en  Bourgogne,  sai^ai. 
(Cfr.  varai^ 

E  Hely  sedeit  sur  le  chemin  devers  l'ost.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  16.) 
D'iqui  après  à  douze  lieues  seoit  la  cite  de  Eodestoc  sor  mer.    Yilleh. 
481  ^) 

De  l'autre  part  deleiz  de  roi  poissant 

Seoif^  Guibors  au  couraige  vaillant.    (G.  d.  Y.  v.  3756.  7.) 

Tant  vos  amoie  arme  et  fervesti 

Quant  vos  seies  sor  le  destrier  de  pris 

Ki  fu  KaUon  le  roi  de  Saint  Denis.  (0.  d.  D.  v.  7784-6.) 

Et  li  destrier  sor  coi  seoient 

Molt  tost  et  molt  souef  ambloient.     (L.  d.  T.  p.  76.) 

Dune  seient  les  genz  le  plus  à  lur  super.  (Th.  Gant.  p.  32,  v.  26.) 
Ju  sarai,  dist  il,  el  mont  del  testament,    et  si  serai  semblanz  al 
haltisme.    (S.  d.  S.  B.  Yoy.  Eoquefort.  s.  v.  Ju.) 

Mais  lès  vos  ne  serrai  jou  pas  ; 

A  vos  pies  voel  seoir  en  bas. 

Car  trop  haus  bom  vos  me  sanles.  (Chr.  A.  N.  IH,  p.  126.) 
E  od  lui  alez  e  venez,  e  il  serrad  en  mun  sied.  (Q. L.  d.  E. III,  p.  224.) 

(1)  Seeoit  (R.  d.  R.  V.  985)  est  une  forme  incorrecte ,   à  laquelle  on  a  laissé  IV  dq 
la  terminaison  normande  (se- eit)  et  ajouté  Voi  picard:  see-oit. 


78  DU    VERBE. 

Ne  mais  de  chose  M  m'anuit 
Ne  me  proies,  que  che  seroit 
Anuis,  puis  k'il  ne  me  serroit.    (R.d.LV.v.410-12,) 

Participe  passé:  su;  participe  présent:  séant,  soïant. 

A.  la  table  trouva  Jhesum 

Avec  ses  deciples  séant     (E.  d.  S.  G.  v.  240.  1.) 

Et  estoit  dame  du  chastel 

Que  on  apelloit  de  Fayel, 

Qui  biaus  estoit  et  bien  seans.  (R.  d.  G.  d.  G.  v.  91  -  93.) 

D'un  drap  od  soignes  d'orfreis 

Out  robe  chère  e  ben  séante 

E  à  son  cors  mult  avenante.     (Ben.  v.  17192-4.) 

Forz  cbasteaus  ont,  bien  clos  de  pal, 

Soiant  sor  roche ,  sor  haut  pui.     (Trist.  I,  v.  3109.  10.) 
Séant ^  comme  substantif  abstrait: 

E  li  cors  rest  autre  feiee 

Dresciez  tôt  droit  en  sun  séant 

Od  effrei  merveillos  e  grant.     (Ben.  v.  25097  -  9.) 
Seoir  se  conjuguait  souvent  avec  le  pronom  se: 

Au  disner  se  seoit  li  rois.     (R.  d.  1.  M.  v.  1247.) 
Li  chevaliers  entra  el   chastel,  et  trouva  le  seigneur  qui  se  seoit 
sus  .i.  perron.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  App.  p.  90.) 

Li  reis  Benadab  se  seeit  à  sun  cunvivie  od  les  reis  ki  venuz  furent 
à  sa  aïe.    (Q.  L.  d.  R.  m,  p.  324.) 

P.  Corneille  a  encore  fait  usage  de  se  seoir. 

Asseoir  (assidere),  outre  les  significations  qu'on  lui  donne 
aujourd'hui,  avait  ceUes  de  être  situé,  et  assiéger  (comme  le 
latin  assidere)  ^. 

Gantiers  ont  fait  ens  el  pre  aseir.    (R.  d.  G.  p.  179.) 

Por  aseer  lor  forz  citez.     (Ben.  v.  20597.) 

Alum  aseeier  lor  chasteaus.     (Ib.  v.  3595.) 

Unques  n'i  sorent  si  forte  tur 

Qu'il  ne  l'alasseut  assaeir.    (Ib.  v.  4605.  6.) 

Cette  dernière  orthographe  est  sans  doute  une  analogie  kchaeir. 
Li  rois  demande  l'aive,  s'est  assis  au  mengier; 
La  roïne  (Sébile)  à  sa  d'estre  s'assiet. 
Lors  manda  maintenant  Dyalas  le  guerrier, 
Dejoste  lui  Vassist,  ne  le  vot  aloignier.  (Gh.  d.  S.  Il,  p.  168.) 

(1)  Asseoir  s'employait  comme  terme  de  musique  et  de  chasse. 
Puis  sonne  son  cor  et  justise, 

Si  assiet  bien  les  mos  de  prise,     (P.  d.  B.  v.  COI.  2.) 
Par  els  sont  assis  li  lévrier, 
Et  il  a  pris  le  liemier.     (Ib.  v.  1829.  30.) 
c'est  -  à  -  dire  par  eux  sont  mis  les  lévriers  sur  la  trace ,  etc. 


DU   VERBE.  79 

L'iaue  demandent,  %'asieent  au  souper.     (G.  d.V.  v.915.) 

Aseeiz  vos,  ne  faites  noise.     (Eutb.  I,  p.  251.) 

Sire  rei,  dist  il,  mal  feistes 

Quant  0  tel  liome  m'aseistes.     (Chast.  XYHI,  v.  43.  4.) 

Li  baron  s'asisent  entor.     (Brut.  v.  8795.) 

En  la  tente  le  roi  s'asisent.     (PM.  M.  v.  26533.) 
Apres  ce,  il  chevauchierent  à  une   cite   qu'on  apele  Coronne,   qui 
siet  sour  mer,  et  Vassistrent  et  n'i  sistrent  gueres  longuement  quant 
la  cite  leur  fu  rendue.     (ViUeK.  d.  109.  CXXXV.) 

Les  tables  furent  mises  et  li  tabliers,  et  les  saliers,  et  li  coustel; 
et  il  s'asistrent     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  47.) 

El  chef  lui  asserra  corone 

Ainz  que  demain  past  ore  de  none.    (Ben.  I,  v.  1783.  4.) 

Mais  or  alumes  ces  candelles, 

Si  asserrommes  à  mangier.    (R.  de  Renart.  Suppl.  p.  227.) 

As  deus  GuiUaumes  unt  mande 

On  que  il  guerpent  la  cite, 

Ou  que  demain  les  asserront^ 

Tant  que  par  force  les  prendront.     (Ben.  v.  38757 -GO.) 

Ic'est  Fève,  ce  m'est  avis, 

Sor  que  (?)  Barbeflo  est  assis.    (Ib.  v.  27187.  8.) 
Jusqu'à  la  fin  du  XYI*  siècle,   le  verbe   seoïr  et  sou  com- 
posé asseoir  conservèrent  toutes  les  significations  qu'ils  avaient 

au  xm^ 

Raseoir  : 

n  se  vunt  trestout  rasooir.     (R.  d.  S.  G.  v.  1579.) 

H  ne  faut  pas  confondre  le  participe  présent  raseant  avec 
reseant^  ternie  d'ancienne  jurisprudence,  qui  signifie  habiter^ 
demeurer^  avoir  son  domicile. 

(On  ne  doibt)  point  trouver  nouveau  que  le  peuple  d'Athènes  ayt 
eu  si  grand  seing  d'exercer  charité  envers  ces  femmes  là  qui  estoyent 
resseantes  en  la  viUe.     (Amyot.  Hom.  iU.  Aristides.) 

Cfr.  le  substantif  reseant^  vassal  obligé  à  résidence. 
Desseoir  : 

Por  çou  que  eles  (les  larmes)  li  dessieent.    (R.  d.  1.  M.  v.  1308.) 

(Cfr.  V.  3233.) 

Ne  vos  desplese  ne  dessiee.     (Romv.  p.  459,  v.  28.) 

(1)  Quoiqu'on  employât  asseoir  dans  le  sens  à.^assîéger,  l'ancienne  langue  connaissait 
aussi  assegier ,  aseger ,  asejer  (adsediare). 

Quant  Sigebiers  ceste  oevre  sot, 
A  quanque  de  gent  avoir  pot, 
Les  fist  assegier  à  Tournai.     (Phil.  M.  v.  906-8.) 
Laide  chose  est  mult  del  laisser 
E  gref  chose  del  raseger.    (Ben.  v.  4333.  4.) 
E  cumandad  on-anment  que  l'um  la  cited  avirunast  e  de  plus  près  Vasejast.    (Q.  L, 
d.  R.  m,  p.  324.) 


80  DXJ   VERBE. 

Emeoir^  enterrer,  donner  la  sôpulture  à  un  cadavre: 
Trouvai  un  homme  qui  mucet 
Un  femme  en  terre  et  ensiet.    (¥.  et  C.  Il,  p.  258.) 
Ensiet  est  ici  pour  enfitct  (cfr.  1. 1,  p.  248).    Ducange  a  noté 
enseu  pour  enfeu^  sépulcre,  tombeau.     Suet  se  trouve  deux  fois 
dans  Tristan  (I,  p.  93)  pour  fuet. 

On  trouve  enfin  porseoir  ^  avec  la  signification  de  entourer^ 
enchâsser  : 

Porsise  estojt  (la  porte)  de  bones  pares 

Mult  precioses  e  mult  obères.     (M.  d.  F.  Il,  p.  469.) 

YALOm,  valere.  YOULOIR  =  volere;  veUe  (v.  fo.). 

Les  thèmes  de  l'infinitif  de  ces  deux  verbes  ont  été:  en 
Bourgogne  et  en  Picardie,  valoir,  valoir;  en  Normandie,  valer, 
vuler;  dans  les  dialectes  mixtes,  valeir ,  voleir. 

Je  n'ai  rencontré ,  en  Bourgogne ,  aucune  trace  de  la  termi- 
naison or,  ni  pour  valoir  ^  ni  pour  vouloir.    Tailler  (Trist.  Il,  72) 
est  un  thème   des   bas   temps,    qui  a  été   fait   sur   les  formes 
mouillées  des  présents  de  l'indicatif  et  du  subjonctif.     Vouloir  se 
montre  dès  avant  le  milieu  du  XTTT^  siècle,  et  Vu  provient  sans 
doute  ici  moins  d'un  assourdissement  de  Vo ,  que  de  l'influence 
des  nombreuses  formes  en  ou,  dans  lesquelles  Vu  représente  l, 
qui  avait  subi  son  fléchissement  ordinaire. 
Et  puet  plus  c'uns  povres  valoir 
Qui  n'a  ne  per  ne  compaignon. 
Ne  nul  ados  se  de  soi  nom.     (P.  d.  B.  v.  8921  -  3.) 
Ne  puet  li  fiz  au  père  valoir  .i.  esperon.   (Ch.  d.  S.  Il,  p.  64.) 
Qui  de  proece  ne  de  sens 

Les  peust  valer  en  lor  tens.     (Ben.  v.  36374.  5.) 
Proeisse  ne  lu  pot  valer.     (Trist.  II,  p.  96.) 
E  en  France  por  cens  aveir 
Qui  plus  li  poeient  valei/r.     (Ben.  v.  36408.  9.) 
Ne  vos  devroie  bien  valoir.    (P.  d.  B.  v.  6348.) 
La  bataiUe  ne  puis  voleir.    (Ben.  I,  v.  1992.) 
Je  ne  doi  pas,  Amors,  grant  mal  vouloir 
S'a  la  plus  bêle  dou  mont  cuer  rent.    (C.  d.  C.  d.  C.  p.  42.) 
Les  formes  du  présent  de  l'indicatif  de   vouloir   sont   aussi 
compliquées  et  multiples  que  les  thèmes  de  l'indicatif  sont  simples. 
Je  vais  essayer  de  les  classer. 

Yoil,  wels,  welt,  volons,  voleiz,  welent; 
telles  sont  les  formes  constantes  des  sermons  de  saint  Bernard. 
Wels,  welt.,  welent,  donnent  lieu  à  une  question  très -importante: 
Faut -il  voir,  dans  les  deux  u  des  manuscrits,  un  double  «^,  comme 


DU   VERBE.  81 

le  portent  le  plus  souvent  les  textes  imprimés ,  ou  simplement 
vu,  ainsi  que  les  mêmes  textes  l'écrivent  quelquefois?  Don 
Mabillon  (Nouveau  traité  de  paléographie  t.  II ,  p.  283)  fait  ob- 
server que  les  deux  u,  bien  distingués  durant  le  XI*  siècle, 
furent  au  XII*  confondus  par  la  complication  de  leurs  branches, 
ce  qui  leur  donna  la  forme  du  double  w.  Or,  le  texte  des  ser- 
mons de  saint  Bernard  est  du  XII ^  siècle,  et  la  copie  que  nous 
en  avons  du  XIIP;  cette  circonstance  permettrait  déjà  la  con- 
clusion que  les  deux  u  avec  la  figure  w  n'y  représentent  pas 
notre  double  w,  mais  vu.  A  cette  raison  tirée  des  règles  de 
la  paléographie  établies  par  les  maîtres  de  la  science,  il  s'en 
joint  une  autre  qui  ne  laisse  aucun  doute  sur  la  prononciation 
des  deux  u  dans  les  formes  weh ,  weît,  welent^  à  savoir  vu; 
c'est  que  la  première  personne  du  singulier,  et  la  première  et 
la  seconde  du  pluriel  sont  constamment  écrites  par  un  simple 
V.  Pourquoi  cette  différence ,  si  w  était  égal  kv?  Je  n'hésite 
donc  pas  à  admettre  vuels^  vueït.,  vueïent^  c'est-à-dire  le  ren- 
forcement régulier  de  Vo  en  ue. 

La  première  personne  du  singulier  voil,  où  Vo  radical  est 
diphthongué  avec  i  postposé,  et  vuilh  pour  voil^  dans  les  Mora- 
lités sur  Job,  sont  des  exceptions  dont  j'ai  parlé  à  l'occasion 
du  verbe  mourir  (voy.  t.  I,  p.  359).  Le  Ih  de  vuilh  est  indicatif 
du  son  mouillé  du  /. 

Ex.:  K'ai  ju  à  faire  on  ciel  senz  ti,  et  senz  ti  ke  mZju  sor  terre? 
(S.  d.  S.  B.  p.  525.) 

De  ce  est  ke  sainz  Paules  somunt  ses  disciples,  si  dist:  ^q  vuilh , 
fait  il,  ke  vos  soiez  sage  en  bien,  et  simj)le  en  mal.     (M.  s.  J.  p.  442.) 

Ne  mattre  dons  mies  à  nonchaloir  la  miséricorde  de  Deu,  si  tu  sentir 
ne  vuéls  sa  droiture;  mais  si  tu  sentir  ne  vuels  son  iror,  son  desdeing, 
sa  venjance  et  sa  forsennerie.     (S.  d.  S.  B.  p.  549.) 

Il  me  vudt  assi  seure,  mais  je  voil  k'il  ensi  remaignet.     (Ib.  p.  543.) 

Cil  mismes  ki  ester  viielt^  ancor  ne  lacet  il  mies  la  voie.    (Ib.  p. 567.) 

Ne  volons  nos  sofîrir  nule  dolor,  et  si  volons  avoir  communiteit  à  la 
joye?     (Ib.p.  561.) 

Estroite  est  H  voie,  et  cil  qui  esteir  vuelt  est  à  enscombrement  à 
ceos  qui  vuélent  aleir  avant  et  ki  désirent  esploitier.     (Ib.  p.  567.) 

Et  por  ceu  covient  périr  ceos  ki  repentir  ne  se  vuelent ,  kar  li  amors 
del  peire  et  li  honors  del  roi  aimmet  lo  jugement.     (Ib.  p.  524.) 

A  dater  du  second  quart  du  XIII''  siècle ,  on  trouve  la  diph- 
thongaison  régulière  ue  à  la  première  personne  du  singulier,  dans 
le  centre  et  le  nord  de  la  Champagne ,  et  la  plus  grande  partie 
de  l'Ile-de-France,  au  sud  de  l'Aisne:    vuel,   au  lieu   de  voil, 

(1)  L'éditeur,  M.  le  Roux  de  Lincy,  écrit  ainsi  en  cet  endroit.     Wuelt  (p.  533). 
Burguy,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.   T.  II,    Éd.  III.  6 


82  DTJ    VEBKE. 

vuilh.  Autour  de  1250,  on  mouilla  le  l  de  vuel  dans  l'Ile-de- 
France,  d'où  vueil  qui  fut  d'un  emploi  très -fréquent  et  très- 
étendu  pendant  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle.  Toutefois 
voil  resta  en  usage ,  surtout  dans  la  Bourgogne  proprement  dite, 
le  sud  de  la  Champagne  et  les  provinces  de  l'est. 
Ferez,  franc  chevalier! 

Je  vuél  aller  Origni  pesoier.     (R.  d.  C.  p.  57.) 

Si  le  vos  covient  il  jus  mètre, 

Puis  que  je  m'en  vuél  entremetre.     (Ben.  t.  3,  p.  519.) 

Baron,  dist  l'ampereres,  cil  Sires  qu'est  sanz  fin 

Yosdoint  si  granthonorcomjeîJî^eZ  et  destin.  (Ch.  d.S.I,p.65.) 
Et  vueil  et  otroie  qu'ele  soit  franche  de  toutes  choses.     (1252.  H.  d. 
M.  p.  155.  Montmirail.) 

Ge  vueil  en  Ardenne  morir, 

Et  ne  vueil  pas  tozjors  languir,     (P.  d.  B.  v.  5599.  6(X).) 

Se  ce  n'est  voirs  que  dist  vous  ei. 

Je  vueil  et  si  l'otroierei 

Que  la  teste  me  soit  coupée 

Ou  à  coustel  ou  d'une  espee.     (E.  d.  S.  G.  v.  1175-8.) 

Là  fors  me  voil  aler  esbanoier.     (G.  d.  Y.  v.  407.) 

Freire,  dist  ele,  où  deveiz  chevachier? 

—  Bêle,  as  François  voil  aler  tornoier.     (Ib.  v.  409.  10.) 
Au  lieu  de  vueï^  on  écrivait  voel  dans  la  Picardie. 

Foie  sui  ki  tant  vous  sermon, 

Voel  jou  ensaignier  Salemon?     (R.  d.  M.  p.  21.) 
Jou  ne  voel  mie  que  vous  ne  autres  puiessiez  à  droit  dire  que  je 
vous  faille  de  convenances.     (H.  d.  V.  503°.) 

Dont  i  voel  jou,  fait  il,  aler. 

Au  marceant  voel  jou  parler.     (Chr.  d.  Tr.  UI,  p.  125.) 
La  forme  primitive  normande   de  la  première  personne  du 
singulier  de  l'indicatif  a  été  vul. 

Jol  (?)  vul  melz  asez  la  mort 

Que  la  vie  u  la  santé.     (Trist.  U,  p.  32.) 
Dans   les    dialectes    mixtes,    vuiP    pour    vul;    voeill^    voeil., 
voeîl,  voel  pour  vuel,  vueil. 

Ci  ne  vuil  or  plus  demorer, 

Kar  ainz  que  vienge  al  definer 

En  diron  plus  plenierement.     (Ben.  v.  7936-38) 

Kar  contre  mei  n'unt  nul  orguil, 

Ainceis  me  funt  quanque  je  vuil 

E  plus  que  je  ne  lor  demant.     (Ib.  v.  24449-51.) 

Ademplir  voeill  vostre  comandement.     (Ch.  d.  R.  p.  13.) 

Mun  jugement  voel  sempres  guarantir.     (Ib.  p.  148.) 
Voeil  (ib.  p.  20.  XXXVI),  voeïï  (ib.  p.  84.  CLIK.) 
(l)  Viul  (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  188)  est  sans  doute  une  faute  d'impression  pour  mdl, 


DU    VEEEE.  83 

Entre  1250  et  1260,  on  voit  paraître  une  nouvelle  forme 
avec  e  radical,  au  lieu  de  o  (ue^  oej:  veil  ou  veîh^  welh,  wel; 
i  et  Ih  indiquent  un  l  mouillé.  Quelques  grammairiens,  Fuchs 
entre  autres,  pour  expliquer  ce  veil ^  wel^  ont  eu  recom^s  à  un 
infinitif  vêler  ^  qu'on  aurait  formé  sur  velle.  Cette  supposition 
est  sans  le  moindre  fondement.  En  effet,  ne  serait -il  pas  fort 
extraordinaire  qu'on  fût  remonté  au  latin  à  une  époque  où  l'on 
ne  l'entendait  plus?  Admettant  même  que  je  me  trompe  dans 
la  fixation  de  l'âge  de  cette  forme,  comment  se  fait -il  qu'on  ne 
rencontre  aucune  trace  de  l'infinitif  vêler  ni  antérieurement  à 
1250,  ni  pendant  la  seconde  moitié  du  XIIF  siècle?  Comment 
se  fait -il  qu'on  n'ait  pas  du  moins  quelques  exemples  d'un  futur 
avec  e  radical?  Voilà  les  erreurs  où  l'on  tombe  quand  on  n'a 
égard  ni  au  temps  ni  au  lieu,  en  expliquant  les  formes  de  la 
langue  d'oïl. 

Veil^  welh^  wel  ^  ont  été  formes  sur  voil,  voel^  par  analogie 
aux  substantifs  en  oil,  qui  recevaient  la  terminaison  eil  ou  el 
dans  les  provinces  où  m/,  wel^  ont  pris  naissance ,  c'est-à-dire 
au  nord -est  de  l'Ile-de-France  et  à  l'est  de  la  Picardie  propre- 
ment dite.  Ij'emploi  fréquent  de  la  première  personne  du  sing. 
du  prés,  de  l'indicatif  de  vouloir  comme  substantif  favorisait  ce 
mode  de  formation ,  et  l'on  verra  ci  -  dessous  la  plupart  des  autres 
variantes  des  substantifs  en  l  final:  viols ^  vials ,  veaU^  vious^ 
viaus ,  veaus,  viax^  etc. 

Ex.     Je  wel  le  porcel  deser\ir.     (E.  d.  M.  d'A.  v.  244.) 

Ne  welh  pas  morir  malement.     (N.  E.  F.  et  C.  I,  p.  88.) 
Meis  de  ce  ne  me  iveil  je  teire.    (E.  d.  S.  G.  v.  324.) 
Et  l'autre  tierce  partie  je  veil  et  covient  que  ele  soit  donee  et  des- 
pendue aux  pauvres.     (1271.  H.  d.  M.  p.  174.) 

Quar  je  veil  savoir  et  esprover  combien  il  set ,  de  tant  de  terme  corne 
ils  l'ont  tenu  à  escole.     (E.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  7.) 

Quant  au  w^  ce  n'est  plus  ici  qu'une  habitude  d'orthographe 
picarde  qui  avait  perdu  sa  véritable  valeur. 

Je  passe  aux  autres  personnes  à  terminaison  légère. 

Les  formes  primitives  de  la  seconde  personne  du  singulier 
ont  été:  vuels^  en  Bom'gogne;  voels,  en  Picardie;  vuls,  en 
Normandie. 

Vuels ,  dont  on  a  déjà  vu  des  exemples,  resta,  il  est  vrai, 
en  usage  jusqu'à  la  fin  du  XIIF  siècle;  mais,  après  1250,  il 
devient  toujours  de  plus  en  plus  rare  et  alors  on  le  trouve 
ordinairement  orthographié  vue%  (z  =  Is)  et  vues. 

Les  provinces  qui  avaient  remplacé  voel  par  veil^   wel,   ad- 

6* 


■ 


84  DU   VERBE. 

mirent  veh  pour  voeh  à  la  seconde  personne;  et,  ce  qui  n'eut 
jamais  lieu  pour  veil,  wel^  on  en  créa  une  forme  forte:  vieh, 
avec  la  contraction  viex  ^  dans  les  cantons  situés  au  sud -ouest 
de  ceux  où  veil  avait  pris  naissance.  Veh  et  vieh  gagnèrent 
rapidement  beaucoup  de  terrain  au  sud  et  à  l'est ,  et  par  suite 
du  fléchissement  ordinaire  de  /en  u,  on  obtint  les  deux  nou- 
velles formes:  veus^  veuz  et  viens.  Dans  le  Hainaut  et  la  partie 
avoisinante  de  l'Artois,  on  se  servait  de  viols  au  lieu  de  veU, 
viels^  et,  comme  cela  se  faisait  souvent  dans  la  seconde  moitié 
du  Xin^  siècle,  on  retranchait  le  /,  d'où  vios.  Il  y  avait  aussi 
de  ce  thème  une  forme  en  x  et  une  autre  en  ou:  viox^  vious. 
Dans  l'ouest  de  l'Artois  et  la  plus  grande  partie  de  la  Flandre, 
on  écrivait  vicds,  avec  la  forme  contracte  viax^  et,  par  suite  du 
fléchissement  de  l,  viaus^ 

La  véritable  forme  normande  était  vuls.,  qui  devint  vols  sur 
les  frontières  de  la  Picardie  et  de  l'Ile-de-France,  dans  le 
Maine,  l'Anjou  et  une  partie  de  la  TourainC;  où  elle  était  en 
usage.     Par  suite  du  fléchissement  de  /;  vols  produisit  vous. 

On  trouve  enfin  dans  le  sud- est  de  la  Normandie,  le  nord 
de  l'Orléanais,  une  partie  du  Maine  et  dans  le  nord  de  la  Tou- 
raine,  une  seconde  personne  en  eals:  vcals ,  d'où  veaus. 

Cfr.  Substantifs  F  (t.  I,  p.  87). 

Ex.    Hervis  demande  :  Qui  vueU  tu,  biaus  amins  ?  (G.  1.  L.  I,  p.  189.) 
Vuez  te  tu  plus  combattre?  vis  m'est  qui  tu  recrois. 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  161.) 
Tu  dis  si  grant  abusion 
Que  nus  ne  la  porroit  descrire, 
Qui  vues  sans  tribulation 

Gaaignier  Dieu  por  ton  biau  rire.     (Eutb.  I,  p.  128.  9.) 
Or  donques  chou  que  tu  vels  di.     (E.  d.  M.  p.  22.) 
Dist  Gerars:  Se  tu  vels  avoir 

Merchi,  di  que  tu  ies  outi-es.     (E.  d.  1.  V.  v.  2023.  4.) 
Dira  que  tu  viels  sormonter.    (E.  d.  S.  S.  v.  559.) 
Et  tu  viex  ravoir  ton  porchiel!     (E.  d.  M.  d'A.  p.  12.) 
Or  viex  aler  cel  terre  chalengier 
Où  tes  ancestres  ne  prist  ainz  .i.  denier. 
Et  quant  por  moi  ne  le  viex  or  laisier, 
Cil  Damerdiex  qui  tout  a  à  jugier. 

Ne  t'en  remaint  sain  ne  sauf  ne  entier!     (E.  d.  C.  p.  45.) 
Veus  tu  dédire  per  ta  grant  vantarie. 
Li  dus  Gérard  k'il  n'ait  sa  foi  mantie 
Envers  Kallon,  cuil  l'avoit  plevie?    (G.  d.  V.  v.  1235-7.) 

(1)  L'emploi  de  l'a  poui-  o  et  e  est  eucore  très  -  commiui  dans  plusieurs  de  nos  patois. 


DU    VERBE.  85 

Saches  tu  bien,  se  tu  le  fais, 

Toi  et  les  tiens  lairai  em  pais; 

Et  se  ensi  ne  le  veus  faire, 

Tous  vous  ferai  à  la  mort  traire.     (R.  d.  M.  v.  1135-8.) 

De  chou  ne  te  puet  nus  garir, 

Se  conbatre  vers  moi  te  vieus.     (R.  d.  1.  V.  p.  94.) 

Que  vieus  tu  c'en  face  de  toi?     (R.  d.  S.  G.  v.  1169.) 

Jo  te  conjur  en  loial  foi, 

Si  com  tu  tiens  t'onor  de  moi, 

Et  com  tu  viols  m'onor  garder 

Et  tos  nos  sairemens  sauver. 

Que  t'envoises  et  faces  pes.     (P.  d.  B.  v.  3459  -  63.) 

Samble  ton  frère  et,  se  tu  vios, 

Ja  soie  jou  ferrans  et  vious, 

A  court  tierme  t'adoberai.     (Phil.  M.  v.  9200-2.) 

Se  tu  me  viaJs  croistre  mes  drois 

Et  se  tu  bien  m'aimes  et  crois. 

De  noirs  dras  te  deliverrai, 

Et  roiax  dras  te  vestirai.     (Brut.  v.  6661-4.) 

Vieign  ennuit  ou  demain ,  se  vials.     (Romv.  p.  572,  v.  29.) 

Venqu  nous  as,  mais  lai  nous  vivre. 

Quel  par  que  soit  terre  nous  livre  ; 

Lai  nous,  se  viax,  vivre  en  servage, 

Et  nous  et  tôt  nostre  linage.     (Brut.  v.  9750-3.) 
E  est  envolupee  en  un  pâlie  après  le  seintefied  vestement  de  chaens 
si  tul  vuls,  sil  pren,  kar  ci  n'ad  altre.     (Q.  1.  d.  R.  I,  p.  84.) 

Se  bon  cristien  es  e  vols  ta  fei  guarder. 

Bien  creum  e  volum  qu' en  ço  veilles  ester.  (Th .Cant.  p.  61 , v.  6. 7 .) 

Ordene,  Sire,  e  establis 

Le  mien  petit  povre  d'espris, 

E  s'en  mei  vols  rien  e  atenz, 

Pri  que  apaises  ces  clemenz (Ben.  Il,  v.  2159  -  62.) 

Si  en  France  t'en  vous  aler, 

Cel  ne  te  poum  pas  veer, 

E  sez  cum  bien  nos  te  siuverom.     (Ib.  v.  9318  -  20.) 

Qui  es,  fait  il,  qui  si  me  tiens? 

Dune  nen  est  il  li  chevaus  miens? 

Que  vous?  que  quers?   Ne  me  merras 

Che  lès.     (Ib.v.  16586-9.) 
Mais  si  tu  as  rien  à  main ,  dune  le  mei ,  si  veals ,  cins  pains  u  coo 
que  tu  truveras.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  83.) 

Sire,  sire,   fist  Absalon,   quant  venir  n'i  vols,  vienge  i,   si  veals, 
mes  frères  Amon.     (Ib.  II,  p.  165.) 

Quant  rendre  ne  li  poum  vif,  |  Si  veaus  od  farce  e  od  estîif 

En  alom  le  cors  aporter.     (Ben.  v.  18848-50.) 


86 


DU    VERBE. 


"Se  veaus,  oies  cum  tu  le  poz  faire 
Contre  tôt  son  nuisement 
Qu'il  ne  sa  force  ne  sa  gent 
Te  poent  faire  n'engignier.     (Ben.  v.  21965-8.) 

Cette  dernière  forme  veals,  veaus,  paraît  avoir  été  réservée 
d'abord  à  un  emploi  particulier ,  soit  comme  formule  de  suppli- 
cation, soit  comme  formule  de  civilité,  à  la  manière  du  latin 
obsecro:  Prodi,  me  conciliate:  do  obsecro.  (Ter.)  Attica  mea, 
obsecro  te,  quid  agit?     (Cic.  Att.  13,  13.) 

Les  variantes  de  la  troisième  personne  du  singulier  étaient 
les  mêmes  que  celles  de  la  seconde.  (Cfr.  cependant  le  par- 
fait défini.) 

La  forme  vuelt  produisit  vuet  et  vueut:  le  premier  ortho- 
graphié d'après  la  seconde  personne ,  vuez  ou  vues ,  où  le  /  avait 
disparu;  le  second  formé  directement  de  vuelt  par  le  fléchisse- 
ment du  l. 

Se  contre  vuet  issir,  ne  voit  pas  le  champ  per. 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  107.) 
Eecoumanciez  novele  estoire, 
Car  Jhesu  Criz  li  rois  de  gloire 
Vos  vuet  avoir,  et  maugre  vostre 
Sovaigne  vos  que  li  apostre 
N'orent  pas  paradix  por  pou.     (Rutb.  I,  p.  123.) 
Et  si  voz  mande  que  vos  veingniez  à  cort,  atout  son  fiU  ;  quar  il  vueut 
savoir  que  il  set ,  de  tant  de  tens  comme  vos  l'avez  tenu  à  escole.     (R. 
d.  S.  S.  d.  R.  p.  7.) 

Voelt  fut  de  plus  longue  durée  que  voels,  quoique,  dans  la 
seconde  moitié  du  XIIP  siècle,  son  emploi  fut  restreint  à 
quelques  cantons  de  l'ouest  de  la  Picardie  et  aux  dialectes 
mixtes.     (Voy.   1^^®  pers.)      Voelt  produisit  voet. 

Et  pour  ce  voelt  il  dire  et  traitier  celé  chose  . .  et  voet  que  li  honoui's 
que  nostre  sire  fist  à  l'empereour  illoec  .  .  .  soit  seue  communaument 
(H.  d.  Y.  491^) 

S'il  voelt  ostages,  il  en  avérât  par  veir.     (Ch.  d.  R.  p.,  4.  M!.) 
Velt,  vielt,  violt ,  vialt,  volt^  vealt  ^  formés  d'après  vels^  viels, 
viols,   viols,  vols,  veals,  donnèrent  naissance  à  veut,  vient,  viout 
et  viot,  viaut,  vout,  veaut. 

S'auchuns  velt  oïr  ou  savoir 

La  vie  Mahommet,  avoir 

En  porra  ichi  connissanche.     (R.  d.  M.  v.  1-3.) 

Miez  veut  morh-  à  onor  en  cel  pre 

K'ai  couardie  li  soit  jai  atome, 

Ke  dou  foir  ait  jai  sanblant  mostre.    (G.  d.  V.  v.  2595  -  7.) 


DU    VERBE.  87 

En  la  forest  s'en  veut  aler 
Por  le  rossegnol  escouter.     (L.  d.  T.  p.  73.) 
Mais  qui  vielt  se  vie  enlacier, 
Et  de  toutes  pars  embracier, 

Fox  est  s'il  ne  laist  ses  degras.     (Y.  s.  1.  M.  p.  18.  Y.) 
n  li  aide  si  com  il  vient.     (R.  d.  M.  v.  195.) 
Mors  est  Herbers,  aine  tel  bai'on  ne  vi, 
De  tout  son  fie  vient  estre  ravesti.     (E.  d.  C  p.  36.) 
Car  SOS  ciel  n'a  si  france  rien 
Com  est  dame  qui  violt  amer, 

Quant  Deus  la  violt  à  ço  torner.     (P.  d.  B.  v.  1252-4.) 
Et  quant  Diex  violt  que  sens  remagne, 
Dont  me  convient  il  que  ges  plagne  ?    (PMI.  M.  v.  8104.  5.) 
Car  M  loiaute  viout  avoir 
Ne  toi  pas  autrui  son  avoir.     (Ib.  v.  3862.  3.) 
Jou  et  ma  tiere  à  Dagobiert 

Sommes,  s'il  viot  nos  amis  iestre.     (Ib.  v.  1379.  80.) 
Et  cis  Romains  qui  tôt  viot  prendre 
Ne  me  dagne  mon  home  rendre.     (Ib.  v.  12333.  4.) 
Qui  vialt  oïr  et  vialt  savoir 
De  roi  en  roi  et  d'oir  en  oir. 
Qui  cil  furent  .  .  .    (Brut.  I,  XLY.) 
Et  Dex  li  doint  joie  et  santé. 
S'il  vialt  par  sa  doce  bonté.     (Trist.  I,  p.  219.) 
Et  se  fera  por  fol  sambler. 
Que  à  Ysiaut  viaut  il  parler.     (Ib.  ead.  p.  222.) 
Ancor  verra  plus  balt  munter, 
Sun  curaige  viaut  espruver.     (M.  d.  E.  Il,  p.  133.) 
Ceo  que  chascuns  en  volt  e  sent 
Loe  l'oevre  diversement: 

Ceo  que  l'un  volt  l'altre  desdit.     (Ben.  I,  v.  1213-5.) 
Chascun  le  vont  e  le  desii'e.     (Ib.  I,  v.  1599.) 
E  quant  li  dux  Hue  le  veit, 
Ne  conoist  pas  ne  n'aperceit 

Qu'il  quiert,  qu'il  vout  ne  qu'il  demande.    (Ib.  v.  14125-7.) 
N'est  riens  qu'ele  face  ne  die 
Qu'il  desvuelle  ne  contredie; 

Quanqu'ele  veaut  li  fait  acroire.     (Ben.  t.  3,  p.  517.) 
En  luxure  a  de  borbe  tant 
Com  doit  celui  com  ors  beter 
Qui  veaut  tel  borbe  borbeter.     (Ib.  ead.  p.  529.) 
La  forme  normande  de  la  troisième  personne   du   singulier 
était  vult,  qui  produisit  vut. 

Kaberdin  une  part  apele. 
Demande  si  anel  vult  vendre 


88  DU   VEKBE. 

E  quel  aveir  il  en  vuU  prendre 

U  s'il  ad  altre  marchandise.     (Trist.  II,  p.  67.) 

E  il  resspunt  ke  il  le  ad  cher, 

E  sur  touz  hommes  le  vut  amer 

E  servir.  (Ben.  t.  3,  p.  623,  c.  1.) 
J'ai  déjà  fait  observer  plusieurs  fois  que  telle  ou  teUe  forme 
à  l'une  des  personnes  d'un  temps  n'implique  pas  nécessairement 
la  même  forme  à  toutes  les  autres.  Tel  est  encore  le  cas  pour 
la  troisième  personne. du  pluriel  du  présent  de  l'indicatif  de 
vouloir;  on  n'y  trouve  que  vueîent^  voelent^  vuïent,  volent^  velïent^ 
veulent^  welent. 

Mes  bien  avez  oi  le  dit  dou  messagier, 
Comment  Saisne  nos  mident  de  la  terre  chacier. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  28.) 
Quant  li  empereres  voit  que  Lombart  ne  voelent  assentir  à  s'amour 
.  .  .,  si  s'en  parti  à  tant.     (H.  d.  V.  51 1«.) 
Ki  voelent  faire  avoir  Mahom, 
Qui  estoit  devant  sers,  leur  dame, 

Por  ses  grans  dons  avoir ,  à  famé.     (R.  d.  M.  v.  608  - 10.) 
Amor  fet  cels  del  tôt  foler 

Qui  vuïent  sagement  amer.     (Chast.  XI,  v.  175.  6.) 
Mais  que  de  Sarazins  e  de  paiens  vus  gardet 
Qui  nus  volent  ^  destrure  e  sainte  cristientez.   (Charl.  v.  224. 5.) 
La  fil  Herbert  welent  tenir  lor  drois.     (R.  d.  C.  p.  97.) 
Et  ce  c'onques  ne  fu  veu 
Vellent  il  tesmoignier  à  voir.     (Rutb.  Il,  p.  76.) 
Et  se  Guis,  Aubretins  et  Rollans  ne  veulent  otrier  tele  pais,  bien 
sacent,  dist  li  connestables ,  que  ja  por  eus  ne  remanra(s  ?)t.     (H.  d  Y. 
p.  227.  xxxn.) 

La  première  et  la  seconde  personne  du  pluriel  du  présent 
de  l'indicatif  avaient  régulièrement  pour  voyelle  radicale  :  o ,  en 
Bourgogne  et  en  Picardie  ;  u,  en  Normandie  ;  mais ,  vers  la  fin 
du  XIIP  siècle,    la    forme  wel,   weil,   qui  avait  pris  une  très- 
grande  extension,  finit  par  s'introduire  à  ces  deux  personnes. 
Par  voisdie  et  par  san  nos  covient  à  eiTor, 
Se  nos  an  saine  vie  an  volons  retorner.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  149.) 
Bataile  aureiz,  s'atandre  la  voleiz.     (G.  d.  V.  v.  683.) 
Puis  le  dist  :  Voles  vous  le  prestre  ?     (R.  d.  1.  V.  v.  6543.) 
Tristran  dit:  Que  li  vulez'^  vus?     (Trist.  H,  p.  44.) 
Vos  la  vêlez  sanz  jugement 
Ardoir  en  feu,  ce  n'est  pas  gent.     (Ib.  I,  p.  54.) 

(1)  Vaulent,  dans  M.  d.  F.  Grael.  v.  554,  mdiciue  une  prononciation  large  de  l'o  dans 
certaines  contrées. 

(2)  Cet  u  normand  était  aussi  devenu  o  dans  les  dialectes  qui   avaient  admis  vols, 
volt,  oolent ,  pour  tmis,  etc. 


DTJ   VEKBE.  89 

Ensin  con  i  poez  entendre, 

Se  vos  un  po  vêles  aprendre.     (N.  E.  F.  et  C.  I,  p.  113.) 

L'assourdissement  de  Vo  en  ou,  à  la  première  et  à  la  seconde 
personne  du  pluriel,  ne  se  montre  avec  quelque  fréquence  qu'au 
XIV^  siècle. 

Malgré  le  grand  nombre  de  variantes  que  l'on  \àent  de  lire 
pour  le  présent  de  l'indicatif  de  vouloir,  la  liste  n'en  est  pas 
épuisée.  Il  y  a  encore  plusieurs  formes  qui  exigent  des  expli- 
cations particulières. 

Je  commence  par  wïl;  wt'Is ,  vix  et  vius;  mit.  Il  faut  d'abord 
distinguer  deux  wil;  l'un  qui  se  rencontre  dans  les  textes  anglo- 
normands,  où  l'on  doit  voir  vuil,  de  même  qu'on  a  lut  pour 
vut,  wnt  i^ovLT  vunt ,  tvs  i^ouy  vus ,  etc.;  et  l'autre,  dans  les  textes 
où  l'on  suivait  les  habitudes  d'orthographe  picarde.  (Voy.  plus 
haut  weïl.) 

Les  formes  wïl,  vils^  vilt,  sont  explicables  de  trois  manières. 
La  première  serait  de  les  rapporter  aux  formes  allemandes  du 
singulier  de  l'indicatif  du  verbe  wollen  (en  v.  h.-all.  w'éllan.,  wol- 
lan;  ail.  du  moyen -âge  wëllen)-^  elles  étaient  en  v.  h.-all.:  wili., 
ivillu;  wilîs.,  wili;  ivilî,  wilit  ;  en  ail.  d.  m.-â.:  wil;  wilt.,  wil;  ivil. 
2^.  La  seconde  personne  pourrait  avoir  été  calquée  sur  le  latin 
vis  et  on  lui  aurait  donné  le  l  radical,  puis  on  aurait  créé  une 
première  et  une  troisième  personne  d'après  la  seconde.  3^.  On 
a  changé  Ve  des  formes  wel,  veU,  velt^  en  «,  comme  cela  avait 
lieu  très -souvent  pour  Ve  latin,  soit  long,  soit  bref,  et  l'on  a 
obtenu  ivil ,  vils^  vilt.  Le  dernier  mode  de  formation  est  celui 
que  j'admets  comme  le  plus  vraisemblable,  les  formes  wil^  vils, 
vilt  ne  se  montrant  que  dans  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle, 
c'est-à-dire  à  une  époque  où  l'allemand  et  le  latin  n'étaient 
plus  entendus. 

El  ws  ad  ce  fet  entendre, 
Ki  por  mal  sout  ben  rendre, 

Jo  le  countredi; 
En  totes  courz  le  wil  défendre.     (Ben.  t.  3,  p.  621,  c.  1.) 
Car  je  wil  tout  ce  que  tu  veus.     (F.  et  C.  IV,  p.  279.) 
Callot  de  France,  dist  Ogiers  li  senes, 
Mult  es  hardis  qi  k  moi  vilx^  parler.     (0.  d.  D.  v.  8810. 11.) 
Merchie  te  prie,  n'en  vilx  faire  nient.     (Ib.  v.  10922.) 
Mais  se  tu  vius  faire  à  mon  devis, 
Ke  croies  Diu  ki  en  la  crois  fu  mis, 
Si  te  rendrai  à  Kallon  au  fier  vis.     (Ib.  v.  11310-12.) 

(1)  Pour  ce  X,  V.  les  Suljstantifs. 


90  DU    VERBE. 

Se  tu  femme  vix  avoir,  je  te  donrai  à  un  roi  u  à  un  conte.  (F.  et 
C.  I,  p.  381.) 

Quant  Diex  le  vilt  li  pères  tôt  poissant, 

Ja  contre  Diu  n'estrai  en  mon  vivant.    (0.  d.  D.  v.  11031.  2.) 

On  a  vu  plus  haut  vols,  volent,  dérivant  des  formes  nor- 
mandes vuls  ^  vulent.  Les  copistes  picards  des  plus  bas  temps 
firent  subir  une  nouvelle  transformation  à  vols,  volent;  ils  les 
diphthonguèrent  avec  i  postposé:  voils^  voilent. 

Tu  sorquiers  mult  à  mon  seignor; 

Tolir  li  voils  pris  et  enor, 

Ke  li  roves  son  règne  rendre, 

Come  s'il  nel  osast  desfendre.     (R.  d.  R.  v.  12001-4.) 

E  se  nus  voilent  guen-eier. 

Bien  avum  cuntre  un  chevalier, 

Ti'ente  u  quarante  païzans. 

Maniables  e  cumbatans.     (Ib.  v.  6035  -  8.) 

On  trouve,   à  la  troisième   personne   du  singulier,   le  ren- 
versement de  oe  en  eo  :  veolt ,  au  lieu  de  voelt^  et  par  suite  du 
fléchissement  de  l:  veout.     (Cfr.  doel  et  deol^  I,  p.  91.) 
Mult  li  durrai,  s'il  veolt,  del  mien, 
E  tuz  jorz  ert  mais  de  mei  bien.     (Ben.  Il,  v.  1475.  6.) 
Li  reis  i  veolt  sa  cui't  tenir.     (Ti'ist.  Il,  p.  143) 
Eisi  le  fait  qu'issi  le  veout.     (Ben.  v.  13625) 

Vult.,  dans  les  Moralités  sur  Job,  est  une  forme  toute  latine. 
Quar  à  la  foiz  vult  demesureie  irors   sembleir  justice   et  dissolue 
remissions  pieteit.     (p.  453.) 

A  la  foiz  vult  faire  ce  ke  il  a  porveut.     (p.  501.) 
Quant  à  vuole% ,  qui  se  lit  dans  Tristan  II,  p.  1 1 ,  c'est  une 
orthographe  fautive  provenant  du  mélange   de   la  vraie   forme 
normande  avec  sa  dérivée  en  o  radical. 
Pur  quel  me  volez  vus  traïr? 
Quel  li  vuolez  vus  descouverir? 

Je  terminerai  ce  que  j'avais  à  dire  sur  le  présent  de  l'indi- 
catif de  vouloir  par  la  question:  l^eu,  qui  s'est  fixé  dans  la 
langue  littéraire  aux  trois  personnes  du  singulier  et  à  la  troi- 
sième du  pluriel ,  provient  -  il  partout  du  flécliissement  du  /  des 
formes  vel.^  vels,  velt,  voilent;  ou  bien  y  a-t-il  eu  quelque  part 
renversement  en  eu  de  Vue  des  formes  vuel,  vuels,  vuelt,  vuelent? 
C'est  là  un  point  difficile  à  éclaircir.   Yoyons  d'abord  des  exemples. 

Quant  jou  ai  moût  partout  aie. 

Et  çou  que  je  veul  devise.     (R.  d.  1.  M.  Préf.  VI.) 
Belle  fille ,  des  que  tu  ne  t'en  veuls  tenir ,  or  te  dirai  que  tu  feras. 
(R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  45.) 


DU    VEKBE.  91 

Li  roiz  t'a  miilt  sofert,  ne  te  vont  mez  sofrir; 

Toz  tems  li  veiik  à  tort  e  mal  fere  e  laidii-, 

Veiils  li  deseriter,  veuïs  sa  terre  tolir, 

Veuïs  li  par  félonie  essillier  e  honir.    (E.  d.  R.  v.  4453-6.) 

Car  mult  la  (la  feste)  veult  tenir  lioneste.    (Brut.  v.  8788.) 

Au  premier  coup  d'oeil,  ces  formes  semblent  prouver  le  ren- 
versement de  Vue  en  eu;  mais  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue 
qu'elles  appartiennent  à  des  textes  picards  qui  ne  connaissent 
pas  vuel,  vuels,  etc.,  ou  bien  à  d'autres  dans  lesquels  l'influence 
picarde  est  prédominante  ;  qu'elles  datent  en  outre  d'une  époque 
où  l'on  avait  l'habitude  de  rétablir  le  /  à  côté  de  l'w,  que  celui- 
ci  représentait  déjà.  Cette  double  considération  permet  de  re- 
jeter le  renversement  de  ue  en  eu,  et  l'on  ne  doit  voir  dans 
veul,  veuïs,  etc.  que  les  formes  vel^  vels,  devenues  ensuite  veu, 
veus,  etc.  auxquels  on  ajouta  plus  tard  un  /  irrégulier.  (Cfr, 
Substantifs.) 

S'il  y  a  eu  renversement  de  ue  en  m,  et  je  suis  assez  dis- 
posé à  le  croire,  ce  ne  peut  être  que  dans  les  dialectes  du  sud 
de  la  langue  d'oïl  où  vuels  ^  vuelt,  vuelent  étaient  en  usage. 
Toutefois  les  cas  où  le  renversement  avait  eu  lieu  sont  en  bien 
petit  nombre  en  comparaison  de  ceux  où  le  /  des  formes  vel, 
vels,  etc.  avait  subi  son  fléchissement  ordinaire  en  w ;  et  comme 
le  dialecte  de  l'Ile-de-France,  qui  eut  une  grande  prépondérance 
dans  la  formation  de  la  langue  littéraire,  était  principalement 
soumis  à  l'influence  picarde,  je  pense  que  notre  eu  du  présent 
de  vouloir  doit  être  rapporté  aux  formes,  veus^  veut^  veulent^ 
dérivées  de  vels^  velt^  vellent.  La  première  personne  veul  a 
été  créée  postérieurement  d'après  l'analogie  de  veuls,  veult^ 
veulent. 

Le  présent  du  subjonctif  de  vouloir  n'a  pas  toutes  les  va- 
riantes de  l'indicatif;  on  ne  rencontre  que  voille  .^  vuelle^  vueille, 
voeille ,  voelle^  vuille ,  veille,  veulle ,  ville,  correspondants  à  voil, 
vuel,  vueil ,  voeil ,  voel ,  vuil ^  veil ,  vel  fveuj .,  vil,  et  une  forme 
normande  en  ge  dérivée  des  présents  de  l'indicatif  en  o:  volge^ 
vouge.     L'impératif  était  semblable. 

Mais  ains  morrai,  par  la  vertu  du  ciel, 

Et  mengerai  la  car  de  mon  destrier, 

Que  je  le  siège  voille  nul  jor  laissier.     (0.  d.  D.  v.  8328  -  30.) 

Si  me  laissies  à  esgarder 

Tant  que  jo  me  voelle  mostrer.     (P.  d.  B.  v.  1723.  4.) 

Voiïles  que  ceo  remaigne  mes: 

Ne  nos  seum  plus  damagant, 

Ne  haïnos  ne  malveillant; 

Voilles  que  ait^aiz  e  quitée 


92 


DU    %^RBE. 


D'or  en  avant  en  cest  règne, 

Et  jo  revoldrai  ensement .  .  .    (Ben.  II,  v.  624-9.) 
Que  ceu  est  que  tu  voeles  faire?    (H.  d.  V.  513*^.) 

Douz  feiz  ou  treis  t'en  fai  prier 

Ainz  que  li  veilles  otreier.     (Chast.  XXII,  v.  235.  6.) 

S'est  que  t'en  vouges  repairier, 

Par  les  pas  sunt  lur  chevalier 

E  lor  serganz,  ç'ouns  nos  dire, 

Por  nos  leidir  e  desconfire.     (Ben.  v.  19484-7.) 
Por  ceu  mismes  poons  nos  apenre  cornent   cil  voillet  estre  receut 
de  nos  M  en  Belleem  volt  estre  neiz.     (S.  d.  S.  B.  p.  533.) 

Sire  Rollan,  dit  li  quens  Olivier, 

Bien  sai  que  tant  com  Deus  me  voile  aidier 

Ne  dout  je  home  que  me  puist  domagier. 

Ne  ke  jai  mal  me  face.     (G.  d.  V.  v.  2999-8002.) 

Li  rois  a  sa  fille  amenée. 

Al  roi  Artus  l'a  présentée 

A  tote  sa  volonté  faire. 

Vaille  l'ardoir ,  vaille  desfaire.     (L.  d.  M.  p.  66.) 

Tant  a  hurte,  l'uis  ouvert  a 

Qu'il  se  teust,  molt  li  proia 

K'elle  se  vaelle  conforter.     (E.  d.  M.  p.  36.) 

Si'n  a  pite,  mais  ne  porquant 

Ne  l'ara  pas  de  K  si  grant 

Qu'ele  le  vaelle  conforter 

Par  son  consel  dire  et  mostrer.     (P.  d.  B.  v.  7111-4.) 

Trop  nos  avint  grant  meschaance 

Et  trop  nos  fu  pesme  et  amere 

L'eui'e  que  Dex  en  fist  sa  mère. 

Car  n'oson  chose  contredire 

Qu'ele  vuelle  faire  ne  dire.     (Ben.  t.  3,  p.  517.) 

Ne  quit  ja  se  vuille  entremetre 

D'eles  changier  por  autres  mètre  (les  lois  et  les  constitutions) 

(Ben.  V.  8294.  5.) 
E  si  alcuns  est  que  venir  n'i  vuille,  il  en  murrad.     (Q.  L.  d.  R.  IV, 
p.  383.) 

Se  mes  maris  i  vient  encui, 

Qu'il  veulle  gésir  aveuc  vous, 

Ti'over  m'i  pora  à  estrous 

Et  soufferai  chou  k'i  vaui-a.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  7.) 
Que  Dex  ne  vuelle!    (1278.   M.  s.  P.  I,  366.) 
Que  Dieu  ne  veuille!    (?)    (1278.    Ib.  I,  364.) 
Ja  por  ce  ne  te  dirai 

Que  Moriax  wille  avaine  n'orge.     (F.  et.  F.  IV,  p.  279.) 

Suz  ciel  n'a  hume  que  raeillet  hair.     (Ch.  d.  R.  p.  49.) 

Que  il  s'en  veille  arreire  alSr.    (Chast.  XXII,  v.  49.) 


DU    \T]KBE. 


93 


De  entremeins  aveir  ;  kil  voldrad  clamer  emblet,  e  il  volge  doner  wage 
e  trover  plege  à  persuir  soun  apel,  dune  l'estruverad  à  celui  quil  auverad 
entremeins,  nomer  soun  guarant,  si  il  l'ad.     (L.  d.  G.  p.  181,  25.) 
Et  de  la  forme  veul: 

A  peine  i  a  nus  tel  amor  |  Ne  od  parent  ne  od  seignor, 
Por  que  plus  tost  s'en  puisse  aler, 
Por  lui  s'i  veuge  demorer.     (Ben.  v.  19744-9.)  -^ 

Nous  ne  somes  mie  encore  à  ce  venut  ne  à  ce  mené  que  nous  voél- 
lons  si  tost  perdre  cou  que  nous  avons  conqueste.     (H.  d.  V.  500'.) 

Nous  ne  sommes  mie  encore  à  cliou  mené ,  se  Diu  plaist ,  que  nos 
-voellons  encore  pierdre  ce  que  nous  avons  conqueste.    (Ib.  p.  196,  XYII.) 
Ou  nos  vuelliens  ou  non,  nos  covient  ancontrer 
Cez  Sarrazins  félons,  que  Dex  puist  cravanter! 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  149.  50.) 
Et  se  c'est  chose  ke  la  voillies'^  mener, 
Voz  la  covient  chierement  comparer.     (Gl.  d.  V.  v.  G81.  2.) 
Or  donc  vostre  volonté  dites; 
Mais  que  me  voellies  loiaument 
Tenir  chou  que  m'aves  couvent.     (R.  d.  M.  p.  47.) 
Se  buen  nos  met  en  autre  voie 
Que  ne  vuelliez  le  mien  servise. 
Ce  m'en  irai  au  roi  de  Frise.     (Trist.  I,  p.  125.  G.) 
E  seur  ce  j'entens  que  ma  dame  la  reine  vous  prie  par  ses  lettres, 
qe  vous  li  vueilUez  faire  del  grâce ,  que  vous  lo  devantdit  homago  vueiï- 
liez  receivoir  per  son  procureur  especial  .  .  .    (1278.    Eym.  I,  2,  p.  174.) 
E  por  la  criemme  que  j'en  ai 
Que  ge  m'ent  espanoirai, 
Vos  requier  je  que  la  (paiz)  voiîîeiz 
Si  que  plus  ne  la  destorbeiz.     (Ben.  v.  24379-82.) 
Or  voeiïlies  donques  consentir 

Qu'anuit  o  vous  puisse  venir.     (R.  d.  G.  d.  G.  v.  2299.  2300.) 
E  se  vos  ainsi  le  fêtes  que  vos  veilliez  errer  au  conseil  au(x) 
sages ,  ne  croire  vostre  fils.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  33.) 
Avec  assourdissement  de  Vo  en  ou: 
Ainsi  vous  pri  je  et  requier 
Que  vous  me  vouilliez  conseillier, 
De  ce  que  celé  gent  demande.     (R.  d.  S.  G.  v.  2454  -  6.) 
n  covient  eswarder  quel  chose  il  voillent  ke  li  ministres  et  li  vicaires 
de  Grist  lor  comanst,  car  il  endroit  d'ols  nen  eswai'dent  mies  quels  soit 
li  volenteiz  de  celui  ki  sor  ois  doit  comandeir.     (S.  d.  S.  B.  p.  559.) 
Vienent  as  cans,  voient  l'avoir 
Tel  que  plus  n'en  voilent  avoir.     (Phil.  M.  v.  30057.  8.) 


(1)  Ne  confondez  pas  cette  forme  avec  la  suivante,  qui  a  la  signification  de  veiller: 
Voilhiez  et  si  teneiz  en  ramenbrance  cornent  ge  par  trois  ans  ne  cessai  jor  et  nuit  de 
somunre  chascun  de  vos  en  larmes.     (M.  s.  J.  p.  47 fi.) 


94  DU    VEEBE. 

Et  k'il  li  voellent  par  amour 

Porter  reverenche  et  honneur.    (R.  d.  M.  p.  26.) 

Mors  est  li  cuens!   Diex  en  ait  l'ame! 

Sainz  Jorges  et  la  douce  Dame 

Vuellent  prier  le  sovrain  maitre 

Qu'en  celé  joie  qui  n'entame, 

Senz  redouteir  l'infernal  flame, 

Mete  le  boen  conte  à  sa  dreste  !     (Rutb.  I,  p.  50.) 

Et  s'il  nous  welent  acuser, 

Qu'il  le  nous  vueilîent  demander, 

Tantost  com  le  pourruns  seisir. 

De  mort  les  couvenra  morir.  (R.  d.  S.  G.  v.  653  -  6.) 
Je  passe  au  présent  de  l'indicatif  de  mloïr. 
Valoir  n'était  pas  un  verbe  fort,  bien  qu'on  trouve,  à  la  pre- 
mière personne  du  singulier  du  présent  de  l'indicatif,  la  forme 
vml,  qui  de  prime  abord  semblerait  prouver  le  contraire.  Taïl 
appartenait  au  sud  de  la  Picardie  et  à  l'Ile-de-France,  et  il  ne 
se  montre  que  vers  le  milieu  du  XIII*  siècle  ;  1'*  indiquait  sim- 
plement un  l  mouillé. 

Val^  vals^  valt^  valons^  valeiz^  valent,  telles  sont  les  formes 
primitives  du  présent  de  l'indicatif  de  valoir.  Le  l  subit  son 
fléchissement  ordinaire  en  u  devant  le  5  et  le  ^  de  la  seconde 
et  de  la  troisième  personne  du  singulier,  d'oii  vaus,  vaut.  La 
forme  val  devint  quelquefois  aussi  vau  dans  la  Picardie,  mais 
on  lui  ajouta  le  c  final:  vauc. 

Cil  li  respont  plains  de  grant  ire: 

Aeure  Diu!  quant  j'en  sui  sire, 

Je  vauc  miex  que  li  autre  asses.     (L.  d'I.  p.  22.) 

Car  je  vaïl  miols  de  cortesie  .  .  . 

Que  cil  que  il  ont  esleu.     (P.  d.  B.  v.  9485.  90.) 

Venus  sui  au  point  del  essai 

De  moi  vengier,  se  je  tant  vaïl.    (R.  d.  1.  V.  v.  5821.  2.) 

Tant  as,  tant  valz.     (Cité  p.  M.  d'Orelli,  p.  207.) 

Quar  l'en  dit  et  bien  l'ai  apris: 

Tant  as,  tant  vaus,  et  tant  te  pris.     (Rutb.  Il,  p.  47.) 

Rois,  tu  vaus  miex  c'Arcedeclins, 

Car  tous  cis  mons  vous  *  est  aclins.     (Poit.  p.  3.) 
Et  la  forme  contracte  de  vah: 

Tant  as,  tant  vax  et  jo  tant  t'ain.     (Brut.  v.  1790.) 
Belleem  voit  altretant  cum  maisons  de  pain ,  et  Juda  valt  altretant 
cum  confessions.     (S.  d.  S.  B.  p.  534.) 

(1)  Ce  rapide  passage  du  tutoiement  au  vousoîement  était  très  -  fréquent  dans  l'an- 
cienne langue.  M.  Diez  (III,  51)  fait  observer  que  le  latin  du  moyen -âge  employait 
souvent  aussi  tu  et  vos  envers  la  même  personne.  Tu  domine  mi  rex ,  audiat  me  cle- 
mentia  vestra  (FI.  XXXIV,  474  [a.  985].)  Nolui  sine  consilio  vestro ;  tu  autem  dixisti. 
(Greg.  Tur.  5,  19.) 


r 


DU    VERBE.  95 

Et  ne  vaït  riens  la  force  se  ele  n'est  stanceneie  par  conseil.    (M.  s. 
J.  p.  497.) 

Kar  poi  vaut  lor  defensions 

Contre  les  cuilverz  Sarrazins.     (Ben.  v.  5220.  1.) 

Que  vaut  biautez  de  dame,  s'an  jovant  ne  Famploie? 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  108.) 
On  trouve  la  forme  valt  renforcée  avec  ï  préposé  :  vïalt.     Ce 
vïalt^  qui  est  de  la  fin  du  XIIP  siècle,  n'est  très -probablement 
que  la  forme  vïalt  =  vùU,  de  vouloir^  qu'on  a  rapportée  à  valoir^ 
à  cause  de  Va  radical. 

C'est  li  cuens  Phelipes  de  Flandres 

Qui  mialz  valt  ne  fist  Alexandres, 

Cil  que  l'an  dist  qui  tant  fu  buens; 

Mes  je  proverai  que  li  cuens 

Viaït  mialz  que  cist  ne  fist  asez.     (Brut.  I,  L.) 
Enfin  les  formes  incorrectes,  où  le  /  a  été  rétabli  à  côté  de  Vu. 

Que  vault  chou?     (H.  d.  V.  p.  170.  n.) 

Plus  valent  mil  bon  chevalier 

Que  de  malvais  .iiij.  miUier.     (R.  d.  M.  p.  68.) 

Mais  n'i  valent  confortement.     (FI.  et  Bl.  v.  802.) 
Présent  du  subjonctif:  valle,  vaille  ^  vaïle,  vauge. 

De  mon  sei-vice  n'ai  qui  vaile  .i.  tornois.     (R.  d.  C.  p.  30.) 

N'a  nule  el  monde  qui  miols  vaille.    (P.  d.  B.  v.  798.) 

En  qel  terre  sera  mais  née 

Pnie  de  roi ,  qui  ton  cors  valle  !    (Trist.  I,  p.  42.) 

E  vers  tuz  li  aït  e  vauge 

E  le  maintienge  en  son  poeir.     (Ben.  v.  17214.  5.) 
La  première  personne  du  singulier  du  parfait  défini  de  vou- 
loir  était:  vols,    d'où  vos^  vous,    et  la  contraction   vox.     Puis, 
comme  au  présent,  des  orthographes  en  au:  vauc,  vauck 

Mais  sacies  bien  tout  à  estrous 

Que  mes  cuers  se  tient  si  à  vous 

Que  je  ne  vols  puis  autre  avoir 

Que  j'aperçui  vostre  savoir.     (R.  d.  1.  M.  v.  1999-2002.) 

Sire,  ge  nel  vos  consentir, 

Mes  il  me  fist  ses  cox  sentir.    (Dol.  p.  189.) 

Mes   ne  lor  vaut  lors  mortes  traïsons, 

Quar  en  la  fin  ert  grans  li  guerredons 

Quant  on  saraqu'ains  ne  liî;os  mentir.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2624-6.) 

Tant  le  vi(s?)  bel  qu'il  me  prist  grant  pites. 

Aine  ne  le  vos  ocirre  n'afoler 

Nourir  l'ai  fait  et  tenir  en  chierte.     (R.  d,  C.  p.  312.) 

Marcent  ma  mère  o  le  coraige  entier 

Yi  je  ardoir;  ce  ne  puis  je  noier. 


96  DU    VERBE. 

Pour  ceul  itant  que  m'en  voux  aïrier, 

Me  feri  il  d'un  baston  de  poumier;  ... 

Droi  m'en  offri;  ce  ne  puis  je  noier; 

Mais  je  nel  vox  prendre  ne  otroier.     (Ib.  p.  73.) 

Quant  virent  que  nou  vous  jugier, 

Si  se  prisent  à  couroucier.     (R.  d.  S.  G.  v.  1315.  6.) 

Je  vox  savoir  de  lor  couvainne.     (Rutb.  Il,  p.  74.) 

Quant  le  trovai,  grant  ire  en  oi. 

De  duel  qu'en  oi  ne  peuc  mot  dire; 

En  es  le  pas  le  vauc  ocirre.     (FI.  et.  Bl.  v.  2738  -  40.) 

Aussi  tost  corn  je  vauc  mouvoir, 

Le  vi  devant  mi  apparoir.     (R.  d.  1.  M.  v.  4429.  30.) 

Au  Noël  nel  vauch  otroier.     (Ib.  v.  537.) 
Seconde  personne  du  singulier:    volsis ,  vousis^  voussù,  vosù^ 
vossîs  ;  vausis. 

Les  sainz  ne  poras  tu  troveir  en  aiwe  en  ta  tribulation ,  oui  tu  ne 
voUis  avoir  companions  en  ta  joie.     (M.  s.  J.  p.  513.) 

E  ui  m'as  mustred  le  bien  que  fait  m'as  :  cume  Deus  m'out  livred 
en  tes  mains,  e  ocire  ne  me  volsis.    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  95.) 

Ne  tiens  de  lui  feu  n'eritage, 

N'onc  ne  li  vousis  faire  homage.     (Ben.  v.  21096.  7.) 

Tu  fus  si  mauveis  que  jugier  |  Ne  le  voussis  ne  ce  vengier  ; 

N'en  voussis  penre  vengement, 

Ainz  t'en  pesoit  par  samblement.     (R.  d.  S.  G.  v.  1433-6.) 

Dame-Dex,  sire  Père  qi  tôt  as  à  jugier, 

Que  jadis  te  doigna  por  nos  amenuisier, 

Qant  la  Virge  pucele  vossis  acompaignier 

A  nostre  bumanite  por  les  tuens  avoier. 

Que  li  cuverz  diables  avoit  pris  et  loiez.  (Cb.  d.  S.  II,  p.  145.) 
Si  li  distrent:   Or  vosis,  or  convoitas,   or  auras,  et  d'or  morras. 
(R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  54.) 

Dont  ne  te  membre  del  autrier, 

Que  del  graffe  de  ton  graffier 

Por  li  ocirre  te  vausis., 

Et  or  penses  de  ton  pais.     (FI.  et  Bl.  v.  1623-6.) 
On  trouve  à  la  troisième  personne  du  singulier:   volt,  vaut, 
vot,  voîst.,  voust ,  vost.,  valt,  vaut. 

Por  ceu  ke  cil  Lucifer  ki  pai*  matin  leveiz  se  volt  esleveir  à  la  sem- 
blance  del  Haltisme,  e  ki  ewals  volt  estre  à  Deu,  k'al  Fil  apartient 
propprement,  si  fut  il  aparmenmes  trabuchiez.     (S.  d.  S.  B.  p.  522.) 

Et  ce  demostret  Jheremies  bien  et  subtilment  quant  il  nos  volt 
ensengnier  queiz  choses  avenoient  en  nos,  parmi  ce  ke  il  recontat  cez 
choses  ki  defors  astoient  faites ,  quant  il  dist.     (M.  s.  J.  445.) 

Li  marchis  li  volf  assez  doner  terre  et  d'avoir ,  por  ce  qu'il  reman- 
sist  avec  lui;  il  n'en  volt  point  prendre.     (Villeh.  471**.) 


DU   VEEBE.  97 

Mais  Hieii  le  faiseit  par  engin,  kar  destruire  volt  e  déserter  ces 
ki  soleient  Baal  cultiver.     (Q,  L.  d.  R.  IV,  p.  383.) 
Si  tost  con  li  ans  fut  passes, 
La  dame  .j.  jouene  bacheler 
Propose  à  prendre;  mais  celer 
A  Mahommet  ne  le  vout  mie, 
Ains  s'en  est  à  lui  eonsillie.     (R.  d.  M.  p.  18.) 
....  Desos  le  castel  après, 
Avoit  rivières  et  fores, 
Où  li  chevaliers  vout  aler 
Sovent  por  son  cors  déporter.     (L.  d.  T.  p.  72.) 
Einsi  le  fist  il,  eisi  le  vout, 
Eisi  ravint  des  que  lui  plout.     (Ben.  Il,  v.  55.  6.) 
Quant  il  se  durent  aprismier 

Li  leus  voUt  les  siens  enssengnier.     (M.  d.  F.  Il,  p.  243.) 
Ainsi  le  voust,  ainsi  li  plust.     (R.  d.  S.  G.  v.  212.) 
Unques  ne  voiist  aveir  dou  mien. 
Fors  le  cors  dou  profete  rien.     (Ib.  v.  1359.  60-) 
N'a  que  .iii.  mois  que  il  fu  adobes: 
Puis  a  .i.  roi  en  bataille  mate. 
Onques  n'an  vot  tenir  les  hérites.     (R.  d.  C.  p.  312.) 
Grans  gent  i  mena  de  mains  lius, 
Quar  il  en  vot  iestre  baillius,     (Ph.  M.  v.  31193.  4.) 
Moult  hai  li  rois  yrezie,  |  Pausote  et  ypocrezie 
Et  vot  se\Ter  de  sainte  glise 
Tout  leur  afaire  par  devise.     (Ib.  v.  3078-81.) 
Vit  le  preudoume,  cel  retint  volentier, 
En  ceste  terre  ne  vost  plus  repairier. 
Toi  ne  autrui  ne  daigna  aine  proier.     (R.  d.  C.  p.  07.) 
Uns  gaians  moi  et  li  ravi 
Et  moi  et  li  aporta  ci: 
La  pucele  valt  por  gesii-. 

Mais  tendre  fu,  nel  pot  soffrir.     (Brut.  v.  11688-91.) 
Artur  vit  sa  gent  resortir. 
Et  cil  de  Rome  resbaldir. 
Et  le  camp  contre  lui  porprendre, 
Ne  pot  ne  ne  valt  plus  atendre, 
Od  sa  compaigne  vint  criant.     (Ib.  v.  13275-9.) 
Gaufrois  ses  pères  n'en  valt  aine  nul  paier, 
Ains  en  laissa  por  le  cavage  Ogier.     (0.  d.  D.  v.  4325.  6.) 
La  fiUe  ne  sot  que  respondre, 
D'ire  et  de  honte  quida  fondre; 
Ne  pot  à  son  père  estriver 
Ne  il  ne  la  vaut  escouter.     (Brut.  v.  1821-4.) 
Quant  li  rois  vit  son  fil  si  bel, 
Burguy,  Gr.ae  la  langue  d'on.    T.  H.    Éd.  III.  7 


98  DU  VERBE. 

De  son  eage  damoisel, 

Et  aperçut  que  sot  entendre, 

A  letre  le  vaut  faire  aprendre.     (FI.  et  Bl.  v.  201  -  4.) 

Il  me  remembre  de  Raoul  le  marchis 

Qui  desor  lui  avoit  tex  orguel  pris, 

Qu'à  mes  cousins  vaut  lor  terre  toUir. 

Vois  ci  le  leu  tôt  droit  où  je  l'ocis.     (R.  d.  C.  p.  325.) 

Dont  s'en  alla  li  einpereres  viers  Constantinoble ,  por  chou  que  il  ne 

vaut  mie  que  David  fesist  nul  mauvais  plait  al  Ascre.    (H.  d.  V.  p.  187.  XI.) 

On  trouve,   dans  lés   textes  normands   mélangés,    quelques 

exemples  d'une  forme  vuolt,  vuot,    à  la  troisième  personne  du 

singulier  du  parfait  défini. 

Li  emperere  fut  ier  as  porz  passer. 

Si  s'en  vuoU  en  dulce  France  alor.     (Ch.  d.  R.  p.  107.) 

Un  poi  vus  esteit  ici  lesser, 

Al  le  rei  de  Engleterre  repérer 
E  à  sa  gent, 

Ki  à  l'apostoille  vuot  enveier 

Ses  sages  hommes,  à  sei  deliverer 

De  encusement.     (Ben.  t.  3,  p.  620,  c.  2.) 
Je  ne  suis  guère  disposé  à  reconnaître  vuolt,  vuot:  vuot  est 
sans  doute  un  vout  renversé  par  les  copistes   ou  les   éditeurs; 
vuolt,  une  faute  de  lecture  ou  de  copie  pour  volt. 

Remarquez  enfin  les  formes  en  ou,   dans  lesquelles  le   /  a 
été  irrégulièrement  rétabli  à  côté  de  Vu. 

L'empereriz  l'esgarda  et  le  voult  faire  entendre  à  soi.     (R.  d.  S.  S. 
d.  R.  p.  10.) 

Mais  nostre  Sires  qui  les  desconseillies  conseille  ne   le   voult  mie 
ensi  soufrir.     (ViUeh.  p.  20.  XXXVn.) 

Première  et  seconde  personne  du  pluriel:  vokimes,  vousmes, 
vossimes ,  vausimes  ;  voUistes ,   vousistes ,  vosistes ,  vausistes. 

Nul  mal  fere  ne  li  volsimes 

Fors  q'à  vos  clamer  nos  venimes.     (Dol.  p.  190  ) 

Que  ne  la  volsimes  ardoir, 

Ains  l'avons  mise  en  une  nef 

Où  il  n'a  ne  voiUe  ne  tref.     (R.  d.  1.  M.  v.  4220-2.) 

Nos  en  vousimes  repairer. 

De  ceo  eûmes  grant  désirer.     (Ben.  I,  v.  1421.  2.) 

Et  quant  vos  vohistes  dormir. 

En  cest  lit  venistes  gésir.     (P.  d.  B.  v.  1409.  10.) 

Quant  l'apelastes  baceler. 

De  sens  le  volsistes  blasmer.    (Ib.  v.  2451.  2.) 

Je  leur  ei  dist  que  morz  estoit. 

Que  vous  deffeire  le  feistes 

Pour  ce  que  feire  le  vousistes,     (R.  d.  S.  G.  v.  1426-8.) 


I 


DU  VEBBE.  99 

Vous  votissistes  au  darriens 
Soufrir  les  tourmenz  terriens, 
Et  voussistes  la  mort  soufrir 

Et  pour  nous  en  terre  morir.     (R.  d.  S.  G.  v,  2753-6.) 
Mal  vos  estoit  lie  à  faUir, 

0  lie  vosistes  mex  fuir.     (Trist.  I,  p.  116;  cfr.  p.  26.) 
Por  che  qu'Ogiers  en  valt  un  mot  parler, 
Dedens  vo  cartre  le  vausistes  jeter.     (0.  d.  D.  v.  9551.  2.) 
Vausistes  morir  à  dolor.     (F.  d.  1.  M.  v.  1098.) 
Formes  irrégiilières  : 

Nous  ne  vouïsimes  pas  soufrir.     (R.  d.  S.  G.  v.  1805.) 
Mar  i  voisistes  le  franc  bairon  tochier 
Par  si  grant  félonie.     (G.  d.  Y.  v.  2747.  8.) 
Vos  me  preistes  par  le  col  et  me  voulsistes  baissier.    (R.  d.  S.  S.  d. 
R.  p.  73.) 

La  troisième  personne  du  pluriel  avait  pour  formes: 
volrent  ^  vourent^   \  \   voldrent^    voudrent^ 

vorrent ,  vorent^     \  d'où ,  avec  d  intercalaire  :  >  vodrent^ 
valrent^  vaurent,   \  1   valdrent^  vaudrent; 

avec  t  intercalaire  «  et  r:  voUtrent ,  voustrent ,  vostrent. 

Par  son  sens  et  engin  que  il  avoit  mult  cler  et  mult  bon ,  les  mist 
en  ce  que  il  loerent  et  volrent     (Villeh.  435*^.) 

Li  Grieu  ne  s'osèrent  venir  ferir  eu  lor  estai;  et  cil  ne  volrent 
eslongier  les  lices.     (Ib.  453^".) 

Tôt  coiement  s'alerent  haubergier; 

Le  ti-ef  Callot  volrent  de  près  gaitier.    (0.  d.  D.  v.  8903. 4.) 
Et  quant  lor  gent  orent  coru  par  la  terre  et  il  s'en  vourent  reve- 
nir, si  troverent  les  destroiz  mult  forz.     (Villeh.  490^) 
A  ce  soufrir 
Ne  se  voiirrent  plus  aboennir.     (R.  d.  S.  G.  v.  2377.  8.) 
Celé  nuit  domagement  l'empereres  Alexis  de  Constantinople  prist 
de  son  trésor  ce  que  il  en  pot  porter,   en  mena  de   ses  gens  avec  lui 
qui  aller  s'en  voldrent.     (Villeh.  453**.) 

A  cel  cuntemple  grant  partie  de  cez  de  Israël  se  tindrent  à  Thebni 
le  fiz  Ginet,  sil  voldrent  rei  faire.     (Q.  L.  d.  R.  m,  p.  308.) 

La  véritable  forme  normande  de  ce  thème  était  vuld/rent: 
Tant  en  prengent  François  cum  en  vuldrent  porter. 

(Charl.  V.  223.) 
Sa  volonté  e  son  talent 
Li  graanterent  tôt  à  faire; 
N'i  voudrent  plus  estre  contraire. 
Par  son  purchaz,  bien  le  vos  sai, 
Evesque  e  arcevesque  e  lai 
E  tuit  li  baron  dos  François 
Voudrent  que  Lowis  fust  reis.    (Ben.  v.  10050-6.) 

7* 


100  DU    VERBE. 

Mes  or  avint  en  .i.  este 

Cune  torbe  d'Egypciens, 

De  preudommes ,  "bons  crestiens, 

Voudrent  le  sépulcre  requerre.     (Rutb.  II,  p.  108.) 
Et  quant  il  les  vodrent  assaillir,  si  firent  plait  que  il  se  rendroient. 
(Yilleli.  p.  129.  CLI.) 

A  honui-  les  fist  cunreer 

U  ke  il  vodrent  sejurner.     (E.  d.  R.  v.  6448.  9.) 

N'i  valrent  estrange  orne  atraire, 

Ne  d'estrange  orne  lor  oir  faire.     (Brut.  v.  10066.  7.) 

Mais  ne  se  sorent  esparg-nier 

La  bataille  valrent  percliier.     (Ib.  v.  13019.  20.) 

Toute  lor  conte  l'aventui'e 

Et  del  vregie  et  des  confiesses. 

Et  ensi  comme  les  engresses 

Le  vanrent  mordrir  as  coutiaus.     (L.  d'I.  p.  21.) 

Et  quant  il  s'en  vaurent  partir, 

Li  rois  fist  cascun  départir 

Hanas  d'or,  de  madré  u  d'argent, 

Selonc  çou  qu'estoient  la  gent.     (R.  d.  1.  M.  v.  2349  -  52.) 

Cil  ne  valdrent  mie  remaindre. 

Ne  de  lor  requeste  refraindre.     (Ib.  v.  591.  2.) 

De  la  ville  issent  andui  li  chevalier; 

Desci  à  l'ost  ne  se  vorent  tardier 

Por  dire  lor  noveles.     (G.  d.  V.  v.  1061  -3.) 

Caus  qui  se  vorent  batisier 

Fist  Karlemaine  eu  pais  laisier, 

Et  li  auti-e  furent  tôt  mort.     (PMI.  M.  v.  4824-6.) 

En  cliascun  ot  tant  à  blasmer 

Qu'il  nés  vorrent  de  nul  loer.     (P.  d.  B.  v.  6473.  4.) 
David  e  ses  cumpaignuns  vindrent  tut  las,  là  ù  il  volstrent  lores 
demurer.     (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  179.) 

E  ne  volstrent  pur  lui  partir.     (M.  d.  F.  II,  p.  430.) 

Mais  mult  en  out  poi  de  leisir, 

Kar  por  ce  qu'il  ert  convertiz 

Fu  des  Norreis  en  he  coilliz: 

Ne  voustrent  plus  tenist  l'empire.     (Ben.  v.  28927  -  30.) 

A  cel  conseil  se  tienent  li  demoine  et  li  per, 

•  Puis  départi  la  corz ,  ni  vostrent  plus  ester.    (Ch  d.  S.  I,  p.  58.) 

Les  variantes  du  parfait  défini  que  l'on  vient  de  lire  forment 

deux  classes  bien  distinctes  :  l'une  à  laquelle  appartiennent  vols, 

volt^    volrent  (mit,    valrent),    et    leurs    dérivés;    l'autre,    avec  s 

intercalaire. 

Chose   remarquable,   le   latin  volui  ne   passa  pas   dans    la 
langue  d'oïl;    on  retrancha  la  terminaison  ui^   et   l'on   eut  w/, 


DU    VERBE.  101 

dans  la  Bourgogne.  Les  exemples  les  plus  anciens  que  je 
connais  de  cette  forme  ne  remontent  pas  au-delà  du  second 
quart  du  XIII^  siècle,  et  tous  la  donnent  avec  un  s  final. 
Quelle  est  l'origine  de  cette  lettre?  C'est  sans  doute  la  tra- 
duction bourguignonne ,  ordinaire  au  XIII®  siècle ,  du  c  final  qui 
se  trouvait  dans  la  forme  picarde.  Quant  au  c,  je  ne  saurais 
décider  s'il  représente  Vi  de  voluï,  ou  si  c'est  une  analogie 
aux  nombreux  parfaits  picards  qui  prenaient  cette  finale.  (Cfr. 
le  prov.  vole.) 

Vols ,  volt ,  voiront  et  leurs  dérivés  étaient  des  formes  bour- 
guignonnes et  normandes;  le  picard  avait  en  général  a  radical; 
toutefois  les  provinces  de  l'est  de  ce  dialecte  se  servaient  aussi 
des  formes  en  o,  ainsi  que  les  cantons  qui  employaient  viols^ 
violt  à  l'indicatif^. 

Tout  à  la  fin  du  Xlir  siècle,  on  voit  paraître,  et  d'abord 
à  la  troisième  personne  du  pluriel,  des  formes  avec  la  termi- 
naison ««,  par  analogie  à  valoir  et  aux  autres  verbes  en  oir. 
Plus  tard,  dans  la  Picardie,  on  trouve  un  parfait  défini  avec 
eu  radical. 

Valoir  faisait  valui  au  parfait  défini. 

Tant  com  jo  oi  et  tant  valui 

Et  tant  âmes  et  prisies  fui.     (Brut.  v.  1991.  2.) 

L'on  li  amaine  un  bon  ceval, 

Poi  valut  mains  de  Boucifal.     (P.  d.  B.  v.  9629.  30.) 

En  anglo- normand: 

Ke  ne  valout  unkes  une  maille 

Endroit  de  soi.     (Ben.  t.  3,  p.  619,  c.  1.) 
Les  pieres  qui  es  peools  furent 

Plus  de  cent  livres  d'or  valurent.    (P.  d.  B.  v.  10311. 12.) 
N'a  sa  biaute  riens  ne  valurent 
Toutes  celés  qu'à  la  cort  furent, 
Et  à  feme  avoir  le  vaurra.     (Poit.  p.  63.) 
Cfr.   Chaloir,  parfait  défini,  p.  28. 

L'imparfait  du  subjonctif  de  vouloir  avait  pour  formes:  vol- 
sisse^  vousisse^  vossisse,  vosisse^  valsisse,  vausisse. 
Car  se  vos  tant  porcacisies 
Que  par  engien  me  veissies 
Ains  que  me  voïsisce  mostrer, 
Tomee  seroie  al  plorer.     (P.  d.  B.  v.  1513-6.) 
Si  vausisse  lor  faiz  escrire, 
Trop  lunge  chose  fust  à  dire.     (Ben.  v.  37512.  3.) 

(1)  On  trouve  des  exemples  de  vînlt,   viout,  qui  semblent  être  au  défini;   cependant 
ces  cas  douteux  sont  en  très -petit  nombre, 


102 


DU    VERBE. 


N'est  hons  devant  cui  nel  deisse 

Et  que  prouver  ne  le  vousisse.     (R.  d.  S.  G.  v.  1083.  4.) 

Ne  m'atandriez  mie  por  .c.  livres  d'or  mier, 

Par  coi  parceussiez  que  me  vossisse  aidier.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  251.) 

Et  pour  chou  vausisse  jou,  sire, 

Que  ses  cors  fust  mis  à  martire, 

Et  livres  à  destruiement.     (R.  d.  S.  S.  v.  5030-2.) 

Comment  pensoit  nus  que  tel  fait 

Vausisse  par  lettres  mander 

De  celi  qui  tout  commander 

Me  peust  quanques  bon  li  fust?     (R.  d.  1.  M.  v.  4301-4.) 

J'ai  atendu  que  Deus  te  voïsist  visiter, 

Que  tu  de  maie  veie  voïsisses  returner 

E  tun  felun  conseil  d'entur  tei  tut  ester. 

(Th.  Cant.  p.  59,  v.  6-8.) 

Mais  s'il  te  venoit  à  plaisir  |  Que  nous  vausisses  retenir 

Et  une  partie  agardaisses 

De  ta  terre  que  nous  donaisses, 

Volantiers  te  servirions, 

Et  ti  home  devendrions.     (Brut.  v.  3345  -  50.) 
Se  nostre  Sire  nos  voïsist  ocire,  il  n'oust  mie  receut  lo  sacrefice 
de  noz  mains.     (M.  s.  J.  p.  482.) 

Ne  ja  partir  ne  s'en  voïsist 

Dusques  à  chou  k'il  li  fesist 

Auchun  signe  de  relever, 

Ja  tant  ne  li  deust  grever.     (R.  d.  M.  p.  52.) 

Ore  a  tant  honte  e  deshonor 

Que  meux  vousist  estre  feniz.     (Ben.  v.  27793.  4.) 
De  tout  ciaus  qui  laiens  estoient  n'en  et  nul  qui  à  ceste  chose  se 
vousist  asentir.     (H.  d.  Y.  503^) 

Ja  coars  n'enterra  en  paradyx  celestre. 

Si  n'est  nuns  si  coars  qui  bien  n'i  vouxist  estre. 

(Rutb.  I,  p.  140.) 

Une  fille  avoit,  si  vàlsist 

Qu'après  sa  mort  s'onor  tenist.     (Brut.  v.  5930.  1.) 

Il  n'i  ot  baron  qui  voïsist 

Que  li  moines  rois  devenist, 

Orible  cose  lor  sambloit.     (Ib.  v.  6649-51.) 

Il  ne  valsist  pur  nul  chatal. 

Que  nule  rien  U  feist  mal.     (R.  d.  S.  S.  v.  3102.  3.) 

Si  durs  eurs  m'est  tous  jors  otroies, 

C'ainc  ne  fis  ben  nul  home  desous  ciel 

Qu'au  daarrain  ne  me  vausist  tricier.    (0.  d.  D.  v.  12420-2.) 

Se  Diex  nel  vausist  garandir, 

A  cel  cop  l'eust  porfendu.     (Poit.  p.  50.) 


DU    VEKBE.  103 

Car  j'ai,  dist  il,  molt  grant  joie  de  chou  que  je  voi  que  il  atendent; 
car  s'il  fesissent  semblant  de  fuir,  et  Bui-iles  vausist  apries  lui  ardoir  la 
terre ,  sachiez  bien  que  je  n'eusse  nulle  fiance  en  nostre  repaire.     (H.  d. 

V.  p.  178.  9.  vn.) 

Le  texte  publié  par  D.  Brial  porte: 

...  Se  il  feissent  sanlant  de  fuir,  et  Burille  vausist  après  lui 
ardoir  sa  terre,    sachiez   bien   que  je  n'eusse    nule    fiance    de   nostre 

retour (494''.) 

Molt  fu  granz  la  parole,  et  troblee  la  corz, 

N'i  a  cel  des  messages  ne  vossist  estre  aillors.   (Ch.  d.  S.  I,  p.  47.) 

Onques  Dex  ne  vos  vot  tant  prisier  ne  amer 

Que  de  vostre  lignage  vossist  home  sauver 

Qui  après  vostre  mort  aidast  à  governer 

Le  douz  pais  de  Fi-ance,  qi  tant  fait  à  loer.     (Ib.  Il,  p.  120.) 

S'or  avenoit  que  tuit  vos  vossissiens  laissier, 

Guiteclins  auroit  pais  à  vos,  au  mien  cuidier.     (Ib.  I,  p.  251.) 

Ne  quida  quel  volsissiez  de  rien  contralier, 

Mais  conseillier  le  règne  e  partut  avancier. 

(Th.  Gant.  p.  72,  v.  11.  12.) 
Et  dist  Pilâtes  :  Je  quidoie  |  Et  dedenz  mon  cuer  le  pensoie 
Que  greigneur  chose  voasissiez 

Et,  certes,  que  vous  l'eussiez.     (R.  d.  S.  G.  v.  459-62.) 
Sel  voz  tolli,  ou  vosissies  ou  non.     (Gr.  d.  Y.  v.  191.) 
Bêle ,  dist  il ,  s'il  vus  plaiseit. 
E  icele  joie  m'aveneit 
Que  vus  me  vausisiez  amer, 
Ne  me  sariez  rien  cumander 
Ke  je  ne  face  à  mun  pooir.     (M.  d.  F.  I,  p.  212.) 
Quant  la  messe  fu  dite ,  li  dux  manda  par  les  messages ,  et  que  il 
requissent  à  tôt  le  pueple  humblement  que  il  volsissent  que  ceUe  con- 
venance fust  faite.     (Villeh.  435'*.) 

Et  sachies  que  li  cuers  des  gens  ne  fu  mie  en  pais ,  quar  une  partie 
del  ost  se  travelloit  à  ce  que  il  se  volsissent  bien  départir,  et  l'autre  partie 
se  travelloit  à  ce  que  il  se  tenissent  ensemble.     (Villeh.  p.  31.  LIV.) 

Et  il  le  disoient  por  ce  que  il  vousissent  moult  volontiers  que  li  os 
se  departist,  et  s'en  ralast  chascuns  en  son  païs.     (Ib.  p.  19.  XXXVI.) 
Ensi  a  les  Lombars  assièges,   qui  mie  n'en  sont  joiant,   ains  bien 
vausissent  iestre  tous  li  plus  hardis  ailleurs  que  là.     (H.  d.  V.  510'".) 

On  remarque  en  outre  à  ce  temps  une  forme  en  eu,  comme 
au  parfait  défini: 

Li  chastelains  s'est  avises 
Que  la  dame  eust  eu  asses 
Lieu  et  temps  se  elle  veusist 

Le  laissier  ens  s'il  li  pleuist.     (E.  d.  G.  d.  G.  v.  2583-6.) 
J'ai  encore  trouvé  les  formes  suivantes: 


104  DU    VERBE. 

Et  iço  qui  li  desplaisoit 

Voïist  voloir  en  autre  endroit.     (P.  d.  B.  v.  9973.  4.) 
Savoir  faisons  que  comme  nous  vouïissons  que  continuellement  fut 
célébrée  une  messe  en  la  chapelle  .  .  .    (1235.  H.  d.  M.  p.  135.) 

E  si  avenoit  (que  Dex  nen  veille)  qu'il  venissent  encontre,  et  il 
ne  le  vouUssent  amender  .  .  .  (1259.  Rym.  I,  2,  p.  51.) 

Lors  ot  moût  grant  descorde  en  l'ost,  si  come  il  avoit  eu  maintes 
fois,  de  ceus  qui  volissent  que  l'on  se  departist,  quar  il  lor  sembloit 
qu'il  durast  trop  longuement.     (Yilleli.  p.  62.  3.  LXXXIX.) 

Voïist,  vouïissons,  volissent,  répondraient  au  défini  volismes: 
Au  quinzime  jour  si  veismes 
Un  flueve  que  passer  volismes. 

(Vie  de  S.  Brandin.    V.  Roquefort,  s.  v.  volismes.) 

On  a  vu  au  défini  la  forme  incorrecte  voisistes^  on  trouve 
de  même  voisise  ((j.  d.  V.  v.  3211)  à  l'imparfait  du  subjonctif. 

Je  signalerai  enfin  vouîsist,  voulsissent,  avec  un  /irrégulier; 
voy.  E.  d.  R.  V.  7249.  15246. 

Les  formes  de  l'imparfait  du  subjonctif  de  valoir  étaient: 
valsisse,  vausisse. 

En  cest  païs  n'ai  ami  si  cortois 

Que  vers  ces  .ii.  me  valsist  .i.  balois.     (R.  d.  C.  p.  29.) 

Icist  Cis  out  un  fiz  ki  out  num  Saul  :  pruz  fud ,  e  à  esliture  bon ,  kar 

entre  tuz  ces  de  Israël  n'out  un  ki  plus  valsist.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  29.) 

Li  reis  respundid  que  parled  out  à  Naboth  de  Jezrael  que  sa  vigne 

li   laissast  pui*  une  altre  vigne  ki  plus  valsist,  u  en  argent  sun  pris 

preist ...    (Ib.  UI,  p.  330.) 

Or  l'a  pris  Diex  en  son  voiage 
Ou  plus  haut  point  de  son  aage, 
Que  s'on,  en  ceste  région, 
Feist  roi  par  élection 
Et  roi  orendroit  i  fausist, 

Ne  sai  prince  qui  le  vausist  ^     (Rutb.  I,  p.  53.) 
N'a  mie  atendu  la  viellece 
De  la  roïne,  ançois  s'adrece 
Vers  li,  et  si  l'a  empainte 
Qu'ele  la  fait  et  pale  et  tainte 
La  coulour,  qui  estoit  si  bêle 

Rien  n'i  vausist  rose  nouvele.     (R.  d.  1.  M.  v.  89  -  94.) 
L'endemain  recovrerent  d'un  rote  de  serjans  à  cheval,  mais  bien 
fust  mestiers  que  il  valsissent  plus  que  il  ne  valoient.     (ViUeh.  474'^) 

(1)  Vousist  avec  le  sens  de  valoir  n'est  pas  exact,  je  crois. 
S'outre  mer  n'eust  fet  estraine 
De  lui  miex  en  vousist  le  raisne: 
S'en  fust  la  terre  plus  seure.    (Rutb.  I,  p.  loy.) 


DU    VERBE. 


105 


Mais  ainz  que  venist  al  retor, 

N'ai  départir  n'ai  congie  prendre, 

Ne  fui-ent  si  don  de  rien  mendre 

Qu'il  ne  vausissent  cent  besanz.     (Ben.  v.  10158-61.) 

Je  passe  au  futur  de  vouloir  et  de  valoir. 
VOULOIR:    voirai,    vourai^    vourrai,     voldrai^    voudrai,    vorrai^ 

vorai,  vodrai;  vaïrai,  vaurai^  valdrai,  vaudrai. 
VALOIR:  valrai,  varrai,  vaurai,  vaurrai,  valdrai,  vaudrai. 

Le  d  est  intercalaire.  La  forme  vorrai  provient  d'une  assi- 
milation de  /  à  r;  et ,  dans  le  principe ,  elle  s'écrivait  régulière- 
ment avec  un  double  r,  mais,  au  XIIP  siècle,  on  orthographia 
souvent  avec  un  seul.  Quant  à  vodrai.,  qui  était  surtout  en 
usage  dans  la  Champagne,  au  milieu  du  XIII®  siècle,  il  est 
assez  difficile  de  dire  si  c'est  la  forme  voldrai.,  dont  on  a 
retranché  le  l;  ou  bien  si  le  <^  a  été  ajouté  à  vorrai^  forme  bour- 
guignonne, par  suite  de  l'influence  des  variantes  avec  d  inter- 
calaire. Je  penche  pour  la  dernière  alternative.  Voirai^  voldrai, 
voud/rai,  étaient  les  formes  de  l'est  de  la  Picardie  et  de  l'Ile- 
de-France.  La  Normandie  ne  connaissait  que  les  formes  avec 
d  intercalaire,  qui  produisirent  aussi,  dans  laTouraine,  l'ouest 
de  l'Orléanais,  et  les  cantons  avoisinants,  une  variante  en  ou 
radical,  par  suite  de  la  permutation  de  w  en  o  et  du  fléchisse- 
ment de  l;  de  sorte  que  la  forme  actuelle  du  futur  de  vouloir 
nous  vient  en  même  temps  du  nord  et  du  sud -ouest.  On  sait 
à  quelles  provinces  appartenaient  valrai,  valdrai,  etc.  ayant  le 
sens  de  vouloir. 


Futur  de 


A  la  pucele  m'en  vorrai  repairier 

Qui  mult  se  haste  et  pense  du  coitier.    (0.  d.  D.  v.  12443.  4.) 
C'a  ices  jostes  me  vorai  essaier.     (G.  d.  V.  v.  209.) 
Et  dist  Gerars,  tôt  ceu  laissiez  ester, 
Car  autre  chose  ros  vodrai  demander.     (Ib.  v.  932.  3.) 
De  ce  et  d'autre  chose  vos  vodrai  je  proier.  (Ch.  d.  S.  H,  p.  10.) 
Mais  armes  me  faites  prester; 
Que  je  me  voirai  aprester.     (E.  d.  1.  V.  v.  1743.  4.) 
Mais  congie  vous  voirai  requerre.     (Ib.  v.  3546.) 
Maistre,  fait  il,  vostre  plaisir 
Voudrai  tôt  faire  e  obéir.     (Ben.  v.  13928.  9.) 
Tout  ainsi  le  croi  et  crerei, 

N'autrement  croire  non  vourrei.    (R.  d.  S.  G.  v.  2223.  4.) 
Des  or  vos  vaurai  raconter 
Une  aventure  ke  je  sai, 
Car  plus  celer  ne  le  vaurai.    (R.  d.  M.  d'A.  p.  1.) 


106 


DU   VERBE. 


Nosti'G  Sires  ne  redemandet  mies  ceu  qu'il  doneit  at,  k'il  por  ceu  ait 
moens  ;  mais  por  ceu  ko  tu  no  perdes  tôt  ceu  ko  tu  à  lui  vorras  retor- 
neir.     (S.  d.  S.  p.  503.) 

La  terre  est  an  ta  main,  si  soit  com  tu  voiras.     (Ch.  d.  S.  II,  p.  164.) 

Au  matinnet  doit  on  aler  orer 

Por  le  service  et  la  messe  escouter, 

Tu  n'iras  pas ,  ainz  voïdras  sejonier.    (A.  et  A.  v.  2798-800.) 

J'en  ferai  qanque  tu  voudras 

Et  qantque  tu  en  loeras.     (Chast.  XV,  v.  163.  4.) 

Diex  dist:  Joseph,  quant  vouras 

Et  tu  mestier  en  avéras 

A  ces  trois  vertuz  garderas, 

Q'une  chose  estre  ainsi  croiras.     (E.  d.  S.  G.  v.  939-42.) 

Ce  dist  li  rois:  qant  tu  vaïras 

Mande  tos  cels  que  bons  saras.     (Brut.  v.  7227.  8.) 

Done  lor  tant   com  tu  vauras 

Et  fai  ail  mius  que  tu  saras.     (Ib.  v.  6753.  4.) 

Lors  se  porpanse  li  nobile  guerrier 

Qu'à  la  quitaine  vorait  ferir  premier.     (G.  d.  V.  v.  402.  3.) 

Quar  l'empereres  i  manda 

Qu'avoec  aus  outre  s'en  ira, 

Et  voira  iestre  cies  del  ost.     (Phil.  M.  v.  30397-9.) 

Là  vuldrat  il  chrestiens  devenir.     (Ch.  d.  E.  p.  7.) 

Qu'il  voudra  que  la  ten*e  tienge.     (Ben.  v.  8152.) 

Que  il  t'ameinnent  devant  toi 

Celui  qui  femme  aveques  soi 

Ne  voura  avoir  ne  tenir.     (E.  d.  S.  G.  v.  2903-5.) 

Mes  nel  te  vodra  pas  soffrir.     (Ben.  v.  40706.) 

Et  nous  voelle  certefiier 

Que  loi  il  nous  vaurra  baillier.     (E.  d.  M.  p.  62.) 
Si  soyez  simple,  douche,  débonnaire  et  souffrans  tant  comme  vostre  mari 
vaudra,  et  si  honneres  toute  sa  gent  por  s'honnour.    (H.  d.  Y.  p.  189.  XII.) 
Nous  en  vorrons  dire  et  ordener.     (1288.  J,  v.  H.  p.  481.) 

Je  e  mi  home  voirons  cest  plait  bastir.     (0.  d  D.  v.  1117.) 

Car  vers  vus  nus  volt  faire  parjui'er  e  trichier, 

E  devant  l'apostoUe  l'en  voldrum  chalengier. 

(Th.  Cantb.  p.  25,  v.  14.  15.) 

Mais  ce  me  dites,  se  vos  plest, 

S'ii'es  demain  en  la  forest, 

Quel  \ie  volves  démener, 

En  bos  u  en  rivière  aler.    (P.  d.  B.  v.  1779-82.) 

Yos  direz  ço  ko  vos  voldrez.    (E.  d.  E.  v.  11230.) 

A  aler  là  où  vous  voudrez.    (Eutb.  H,  p.  109.) 

Je  vous  donrei  ce  que  vourez.     (E.  d.  S.  G.  v.  450.) 

Cil  que  vous  i  vodreiz  amer.     (Ben.  v.  10705.) 


I 


I 


DU   VERBE.  107 

Là  dedens  ne  lor  falent  engieii  ne  mangonne 
Desfendre  se  vorront,  s'en  lor  tramet  cembel.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  131 .) 
Demander  vodront  Karle  s'il  les  tient  à  envers.    (Ib.  I,  p.  60.) 
Adont  voiront  estre  délivre.     (R.  d.  1.  V.  v.  6286.) 
Et  les  pecheeui's  laverunt 

Qui  à  Dieu  vouront  obéir.     (R.  d.  S.  G.  v.  362.  3.) 
Nous  les  en  devons  et  prometons  à  croire  de  ce  qu'il  en  vourront 
dire  en  bone  foi.     (1286.  J.  v.  H.  p.  438.) 

Tant  en  prengent  François  cum  il  en  volderimt  porter. 

(Charl.  V.  840.) 
E  cil  qui  aler  s'en  voudrunt 

Naïve  preste  troveront.     (Ben.  v.  24672.  3.) 
Par  brief  les  en  ferai  semondre 
Si  orai  qu'i  valront  respondre.     (Brut.  v.  3971.  2.) 
Che  senefie  que  il  m'ont  desfie, 

Et  me  voiront ,  se  il  puent ,  grever.     (0.  d.  D.  v.  8488.  9.) 
Dire  pueent  ce  qu'il  vauront, 
Ja  por  home  mal  n'i  aront.     (Brut.  v.  11001.  2.) 
Et  puis  que  il  vauront  aller  contre  raison,  ja  puis,  che  dist,  n'aront 
aide  de  lui  ne  des  siens.     (H.  d.  V.  p.  227.  XXXH.) 
Futur  de  ^^valoir'"'' . 
Or  me  di  :  que  atient  à  moi  |  Se  mon  pères  fu  contes  ou  roi 
Quant  ge  nule  riens  ne  voirai?  — 
Miez  que  de  corduan  vorro.     (N.  R.  F.  et  G.  I,  p.  89.) 
Ne  rendrai  mie  mal  por  mal 
Gomme  à  mon  anemi  mortal. 
Mes  oncles  est,  ne  li  fali'ai, 
Neu  li  ai,  or  li  vaurai.    (Briit.  v.  4870-3.) 
Se  jo,  dist  il,  vos  pui  valoir, 
Je  vous  vaudrai  à  mon  pooii\     (Ib.  v.  6547.  8.) 
Li  plus  hardi  en  pleurent  de  pitié, 
Gar  très  bien  sevent,  n'i  voira  amistie.     (R.  d.  G.  p.  94.) 
Par  celé  foi  que  je  doi  saint  Denis, 
Jamais  en  France  n'en  serai  revertis 
Si  les  arai  tos  mort  et  desconfis, 

Ou  jo  perdrai  que  voira  ben  Paris.     (0.  d.  D.  v.  993-6.) 
E  jo  te  dui-rai  une  altre  vigne  ki  plus  valdra.  '  (Q.  L.  d.  R.  III,  p.  330.) 
Ne  recevrunt  argent  ne  or,  poi  nus  valdrad  preiere. 

(Ghr.  d.  J.  F.  Ben.  t.  3,  p.  538.) 
Ne  princes  nuls  nel  vaudra 

Qui  seit  ne  qui  fust  cent  anz  a.     (Ben.  v.  13805.  6.) 
Dès  or  sousf errai  maint  asal 

D'amors;  mes  ne  me  vaudra  riens.     (R.  d.  1.  Y.  p.  110.) 
Adont  pensa  bien  li  envers 
Que  poi  li  vaurra  sa  desfense.     (Ib.  p.  303.) 


108  DU   VEEBE. 

Petit  li  vaurra  sa  raison.     (R.  d.  1.  M.  v.  662.) 

Se  cent  besanz  poon  aveir 

Sanz  pechie,  ce  saciez  de  veir, 

Miez  nos  vaudront  que  ne  fereient 

Les  mil  se  il  nos  remaneient 

Com  vos  retenir  les  volez.     (Chast.  XV,  v.  43  —  7.) 
Je  passe  aiix  formes  du  conditionnel. 

Je  nel  voroie  por  l'or  de  Monpellier 

Qu'en  eusiens  la  monte  d'un  denier.     (G.  d.  Y.  v.  984.  5.) 

Dou  tort  et  de  la  honte  me  vorroie  vangier.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  28.) 

Je  nel  vodroie  por  tôt  l'or  de  Paris.     (G.  d.  V.  v.  1440.) 

Moult  miex  estre  morte  volroie 

Que  la  gens  de  moi  mesdesist.     (E.  d.  M.  p.  24.) 

Toutes  les  foiz  jue  je  vourroie.    (E.  d.  S.  G.  v.  2450.) 

Perdre  voldroie  mix  Paris  la  cite, 

Chartres  et  Blois  et  Flandres  la  conte, 

Qu'il  m'escapast  por  nule  adversité.     (0.  d.  D.  v.  6215  -  7.) 

Kar  mei  meisme  estoet  avant  aler 

Pur  mun  neud  que  vuJdreie  truver.     (Ch.  d.  E.  p.  110.) 
Voldereie  (ib.  p.  113.) 

Sire,  se  Dex  ait  de  moi  part, 

Vous  poes  bien  de  fi  savoir  |  Que  ne  voiidroie  mie  avoir 

D'Alemaigne  l'empereour 

Et  avoec  lui  toute  s'ounour 

En  liu  de  lui.     (E.  d.  1.  V.  p.  207.) 

De  vos  est  estraiz  mis  lignages: 

Je  sui  de  vos,  por  ce  voudreie 

Atomer  vos  à  bone  veie.     (Ben.  v.  24292-4.) 

Par  vous  m'en  vàlroie  vengier 

Et  tos  ocirre  et  escillier.     (Brut.  v.  6967.  9.) 
Car,  en  nulle  manière,  je  ne  vauroie  que  nostre  gent  feussent  decreu 
par  Lombars.     (H.  d.  V.  p.  223.  XXXI.) 

Et  de  l'enfant  vaurrois  oïr.     (E.  d.  1.  M.  v.  6137.) 

Bêle,  fait  il,  de  vostre  terre 

Vous  vaudroie  ge  moût  enquen-e.     (Ib.  v.  1283.  4.) 

Mais  or  me  di,  garde  nel  me  celer, 

Se  tu  voldroies  encores  respasser.     (A.  et  A.  v.  2789.  90.) 

Et  que  voudroies  tu  trover?     (Eomv.  p.  526,  v.  10.) 

Que  vauroies  tu  avoir  mis. 

Et  tu  fusses  mais  à  toudis 

Si  bons  menestreus  con  tes  père  ?    (Th.  Er.  M.  A.  p.  66.) 

Un  jour  se  prist  à  pourpenser 

Que  moult  se  vorroit  reposer 

Et  que  mais  ne  se  combatroit 

Quar  asses  travellies  cstoit.    (Phil.  M.  v,  4718-21.) 


DU    VERBE.  109 

Et  que  l'emperere  prendroit 

Lor  omage^  quant  il  vodroit.    (Phil.  M.  v.  29939.  40.) 

Miols  voirait  estre  mors  que  vis.     (P.  d.  B.  v.  4762.) 

Li  tons,  quant  se  repentiroit 

Et  voiiroit  son  pechie  guerpir  ...     (R.  d.  S.  G.  v.  188.  9  ) 

Por  ceo  l'en  voldreit  destorber 

E  lui  del  tôt  deseriter.     (Ben.  v.  14353.  4.) 

Eisi  vont  e  prameteit 

Se  Damne  Deus  li  consenteit, 

Rue  le  munde  voudreit  gorpir 

E  à  religion  venir.     (Ib.  v.  8100-3.) 

Si  s'en  pooit  vis  eschaper 

A  Rome  s'en  valroit  vanter.     (Brut.  v.  13255.  0.) 
Qui  nous  vauroit  ja  la  teiTe  tolir  après  si  grans  travaus  que  vous 
savez  que  nous  y  avons  eus,  trop  vous  en  de^Toit  peser.     (H.  d.  V.  500'^) 

Se  ele  ne  le  veut  anchois. 

Veut!  Dix!  que  vaudrait  ele  dont.     (R.  d.  1.  M.  v.  1642.  3.) 
Avec  le  sens  de  valoir: 

Mais  que  vav/roit  une  brebis 

Entre  .  m  .  leus  de  faim  rabis?    (Pli.  M.  v.  7648.  9.) 
Et  mal  que  mal,  encore  vauroit  il  miex  que  nous  en  fuissions  hors 
dou  païs.     (H.  d.  V.  501".) 

Mes  plaindres  n'i  vaudroit  la  monte  d'un  boton. 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  91.) 

E  s'ele  (la  terre)  esteit  d'omes  poplee 

E  gaaigniee  e  abitee 

Que  vaudreit  ele  moins  de  France?     (Ben.  v.  0365-7.) 

Beaus  amis,  or  nos  dites  voir. 

Par  vos  le  volriemes  savoir.     (P.  d.  B.  v.  9197.  8.) 

Se  meisme  li  Deu  celestre 

Nous  voloient  si  abaissier, 

Si  nous  valriens  nous  esforchier. 

Car  ja  par  home  ne  perdrons 

Ce  que  nous  tant  tenu  avons.     (Brut.  v.  4032-0.) 

Poiu-  çou  que  vous  nous  tenes  ciers, 

Vaudriiens  nous  de  vous  avoir 

Hoir  pue  ce  règne  doie  avoir.     (R.  d.  1.  M.  v.  344-6.) 

Sire,  dient  si  home,  si  iert  com  vos  vorrois.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  98.) 
Nennil,  fait  ele,  mauves  lechierres,  vos  voudries  ore  que  ge  fusse  el 
puis,  mes  je  n'i  sui  pas.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  37.) 

Ains  qu'il  soit  vespres,  vos  ferai  si  taisant 

Que  ne  vaurries  por  tôt  l'or  d'Oriant 

De  la  pucele  eussies  pris  le  gant.     (0.  d.  D.  v.  2867-9.) 

Ce  fu  cil  qui  prophétisa,  1  Qui  dedens  son  cuer  avisa 

Que  vaudries  de  feme  nestre.     (R.  d.  1.  M.  v.  lllX-13.) 


110  BU    VEKBE. 

Et  à  lui  combatre  voroient 

Tantos  com  as  ious  le  veroient.     (Phil.  M.  v.  5696.  7.) 

Ne  il  pas  ne  vodroient  de  néant  abaissier 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  37.) 

Cil  li  respont  sans  demorer 

Por  aler  là  où  j'ai  conte 

Vouclroient  estre  en  mer  monte.     (Eutb.  Il,  p.  109.) 
Forme  incorrecte  :  vouldroient  ( Villeh.  p.  1 0.  XX). 
Nous  .  .  .  faisons  savoir  à  tous  .  .  .  ke  chil  ki  adversitei  nous  vau- 
raient,  se  doient  plus  douter  d'enprendre  et  de  maintenir  chose  ki  nous 
fust  contraire  .  .  .  ke  .  .  .  (1201.  J.  v.  H.  p.  540.) 
Avec  le  sens  de  valoir: 

Car  n'i  valroient  vaillant  une  maaille.     (R.  d.  C.  p.  43.) 
Yoici  quelques  exemples  des  formes  de  l'imparfait  de  l'indi- 
catif de  valoir  et  de  vouloir: 

Quant  cil  que  je  voloie  amer 

Ne  m'a  daigne  ne  velt  oïr.     (R.  d.  1.  V.  p.  236.) 

Et  qanque  je  voleie  pris.     (Chast.  XXI,  v.  66.) 
Et  avec  ou  radical: 

Que,  se  la  vouloie  celer. 

Par  vous  le  pourroient  prouver.     (R.  d.  S.  G.  v.  1327.  8.) 

Et  se  voloies  faire  ce  que  je  te  demant.   (Ch.  d.  S.  H,  p.  159.) 

Purquoi  nel  vuleies  tu  ainz  dire  ?     (M.  d.  F.  II,  p.  326.) 
Mais  del  humle  enhortement  les  volait  il  plus  humlement  apaisen- 
teir ,  cant  il  disoit.     (M.  s.  J.  p.  476.) 

Li  dyables  l'a  conqueste 

Ki  en  faisoit  chou  k'il  volait.    (R.  d.  M.  p.  10.) 

Quant  el  vuleit  aler  cuchier.     (B.  d.  F.  I,  p.  274.) 

Tout  ainsi  comme  il  garissoit 

Les  malades  quant  il  voulait.    (R,  d.  S.  G.  v.  1301.  2.) 

A  la  fin  du  XIIF  siècle ,  ou  trouve  cette  troisième  personne 
et  ceUe  du  pluriel  écrites  avec  deux  /.  Le  redoublement  des 
consonnes  était  alors  très -ordinaire,  comme  on  l'a  déjà  pu  re- 
marquer. 

Et  si  voilait  prendre  vosti'e  famé  par  force.    (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  16.) 
Déshériter  nos  volies  à  bellois. 

Vus  en  ares  soldées  d'achier  froit.     (0.  d.  D.  v.  6836.  7.) 
Dites  que  li  vuliez  mander, 
E  jo  m'en  irai  aprester.     (Trist.  Il,  p.  55.) 
Remener  an  valaient  François  lor  juene  roi. 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  116.) 
Dont  l'ovi-aigne  moult  plus  valoit 
Que  Fors  meismes  ne  faisoit.     (P.  d.  B.  v.  10629.  30.) 
Gros  fut  li  anels  et  pesans, 
Muelz  valloif  de  .iiii.  besans.    (Dol.  p.  250.) 


DTJ   VERBE.  111 

Li  povres  hom  s'escondiseit, 

Mes  qui  chaut?    Rien  ne  li  vahit    (Chast.  XV,  v.  99. 100.) 
Si  drap  valaient  .v.c.  mars.     (Poit.  p.  3.) 
Mais  bien  volissent  et  mestiers  fust  qu'il  vausisent  miels  que  il  ne 
valolent.    (Villeli.  p.  116.  CXLI.) 

Participe  passé:  voïu,  voulu;  —  valu. 

Participe  présent:  volant,  voillant,  vuillant^  vulant; 

valant^  vallant,  vaillant,  et  valisant. 
Nos  Otlies . . .  façons  scavoir . . .  que  nos  desirans  et  vuillanslQ  accreisse- 
ment  et  multipliement  de  notre  ville  de  Poligny.  (1288.  M.  s.  P.  II,  p.  551.) 
Plus  de  vaillant  dis  mile  mars 
Lui  imt  ja  sa  terre  empeiriee.     (Ben.  v.  18275.  6.) 
Si  que   puis  n'en   perdirent   vaillant    un   denier,   de    chose    qu'il 
eussent.    (ViUeh.  p.  148.  CLXYI.) 

Ce  dist  li  filz ,  moût  ert  vallanz 
Li  philosophes  et  savans.    (Chast.  XIV,  v.  251.  2.) 
N'auras  de  gent  valissant  une  paille.     (E.  d.  C.  p.  43.) 
Les  composés  de  valoir  et  vouloir  n'étaient  pas   nombreux. 
Outre  revaloir  =  valoir  de  nouveau ,  rendre  la  pareille  ;    revoloir 
=  vouloir  de  nouveau,  on  trouve: 

Contrevaloir ,  égaler  en  valeiu",  équivaloir; 
Tu  cuides  bien  e  si  est  faille 
Que  nus  ne  te  contrevaille.     (M.  d.  P.  fabl.  LXVII.) 
Jamais  n'iert  hume  ki  tun  cors  cuntrevaillet.  (Ch.  d. R.  p.  77.) 
Contrevoloir ,  s'opposer,  ne  vouloir  pas: 

Quant  Diex  joint  home  et  famé,  por  ce  faire  le  volt 
Que  tozjors  s 'entrefussent  loial,  ferme  et  devost: 
Mes  je  vois  ore  entre  eulx  loiaute  de  prevost: 
Car  quant  li  uns  desvuide,  li  autre  contrevost. 

(Testament  de  J.  de  Meung.  V.  Roquefort,  s.  v.) 
Untrevoloir,  vouloir  mutuellement. 
Desvoloir,  ne  pas  vouloir,  cesser  de  vouloir,  refuser. 
E  ce  que  Deus  en  apareiUe, 
Qui  tote  sainte  ovi'e  conseille, 
Ne  devez  desamonester 

Ne  desvoleir  ne  destorber.     (Ben.  v.  11439-42.) 
Mais  vosti-e  lige  chevalier 
Serrai  ù  que  jo  unques  seie, 
Eisi  que  riens  ne  desvoldreie 
Que  vos  pleust  à  comander.     (Ib.  II,  v.  1972-5.) 
„Ce  mot  fort  significatif"  n'est  donc  pas  de   l'invention  de 
Malherbe,  comme  le  dit  Roquefort  (s.  v.  desvouloir). 

L'ancienne  langue  avait  encore  deux  verbes  qui,  au  présent, 
se  conjuguaient  comme  vouloir;  ce  sont  les  suivants: 


112  DU    VERBE. 

DOULOIR  (dolere),  SOULOIR  (solere). 
Douîoir  est  resté  en  usage  jusqu'à  la  fin  du  XYP  siècle,  et 
La  Bruyère  le  regrettait;  souloir  se  trouve  encore  dans  La  Fontaine. 

On  aimme  miels  doloir  le  ventre 

Que  li  bons  morsiaus  dedenz  n'entre.     (R.  d.  M.  p.  42.  3.) 

Por  Dieu  fet  mult  son  cors  doloir.    (Rutb.  I,  p.  69.) 

Ja  en  feist  tôt  son  voloir 

Qui  q'apres  s'en  deust  douloir.    (Dol.  p.  180.) 

Trop  ai  à  doleir  e  à  pleindre.     (Ben.  v.  19399.) 

De  rien,  fait  il,  plus  ne  me  doil 

Que  jo  faz  de  son  gi'ant  orgoil.     (Ben.  v.  21030.  1.) 

He!  Oliviers,  biaus  dous  compaing, 

Com  je  vous  duel,  com  je  vous  plaing.    (Phil.  M.  v.  8074.  5.) 
Jo  duïl  sur  tei ,  chier  frère  Jonathas ,  bels  e  amiables ,  que  jo  amoue 
si  cume  la  mère  sun  fiz  qui  n'ad  mais  un.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  123.) 

Por  çou  que  jou  l'osai  veer. 

Me  bâti  si  que  jou  m'en  doél.    (Chr.  d.  Tr.  m,  p.  108.) 

Si  je  m'en  dueil  et  souspir.     (G.  d.  G.  d.  G.  p.  51.) 
Tu  portes  mes  dolors ,  et  si  te  duels  por  mi.     (S.  d.  S.  B.  p.  562.) 

La  voiz  li  respondi:  Que  vels? 

N'as  tu  assez?    De  quoi  te  ^eZs?    (N.  R.  F.  et  G.  n,  p. 245.) 
Se  li  cuers  soi  daelt  vraiement,   li  visce  n'ont  encontre  point   de 
longue.     (M.  s.  J.  p.  454.) 

Gil  ki  met  science  met  dolor ,  car  il  ki  ja  seit  les  sovraines  choses 
cui  il  encor  n'at  mie,  se  duelt  tant  plus  des  basses  ù  il  encor  est 
retenuz.     (Ib.  p.  493.) 

Mult  lor  en  doélt  les  quors  e  saigne.     (Ben.  v.  10536.) 

Sire,  dist  il,  forment  me  doit  d'Ogier.     (0.  d.  D.  v.  12456.) 

Li  quens  Alains  conoist  l'ovraigne 

Teu  dunt  le  quor  li  dout  e  seigne.     (Ben.  v.  30976.  7.) 

De  Teleres  li  dout  Iq  quor.     (Ib.  v.  28168.) 

Del  sien  li  donra  mult,  s'il  velt, 

Gar  mult  a  mal,  et  mul  se  delt.     (Brut.  v.  8915.  6.) 

Or  le  refuse,  or  le  reveut. 

Or  en  souspire,  ore  s'en  deut.    (R.  d.  1.  M.  v.  1745.  6.) 

Vos  seres  dame,  se  Dex  violt. 

Et  saures  dont  li  cuers  me  diolt, 

Et  ameres  conme  jo  fas.     (P.  d.  B.  v.  7043-5.) 
Cfr.  ib.  V.  4154.  7568.  8273. 

Sovant  sopire  et  moult  se  dialt     (Tiist.  I,  p.  217.) 

Gelé  qui  l'escondit,  s'an  diaut.    (N.  R.  F.  et  G.  I,  p.  65.) 

A  l'otroier  li  cuers  li  dieut.     (Romv.  p.  457,  v.  18.) 
Se  noz  dedenz  nos  dolons  de  l'amor  del  parmanable  pais.   (M.  s.  J.  p.  453.) 

De  ce  faire  ne  nous  dolons.    (R.  d.  1.  M.  v.  3780.) 
De  Deu  aiez  beneiçun  ki  dules  ensemble  od  mei.    (Q.  A.  d.  R.  I,  p.  91.) 


DU    VEEBE.  113 

Dame  Avarice  et  dame  Envie 

Se  duelent  moult  quant  sui  en  vie.     (Eutb.  Il,  p.  28.) 
Et  tant  désirent  plus  fortement  les  permanables  choses  que  il  soi 
doelent  folement  avoir  travilKiet  por  les  temporeiz.     (M.  s.  J.  p.  510.) 

Kar  mult  lor  dolent  lor  eschines.     (Ben.  v.  20040.) 
Nécessaire  chose  me  samblet,   chier  frère,   ke  ju  la  raison  de  la 
sollompniteit  ki  ui  est,  vos  espoigne,   si   cum  ju  soil  faire  des  altres. 
(S.  d.  S.  B.  V.  Eoquefort  s.  v.  soil.) 

Dist  lor:  Seignors,  al  quer  m'en  doil. 

Plus  sui  gregiez  que  je  ne  soil.    (Ben.  v.  20176.  7.) 

Sire,  fait  ele,  de  mentir 

Ne  vos  suel  jo  mie  servir.     (P.  d.  B.  v.  6067.  8.) 

Or  n'amerai  je  mes  là  où  je  sueil.     (Th.  F.  M.  A.  p.  36.) 

Et  tu  te  lèveras  bien  main, 

Si  com  tu  sais,  te  vestiras.     (Dol.  p.  184.) 
Or  soit  liez  cil  ki  granz  choses  suelt  désirer,  car  li  granz  rewer- 
doneres  est  venuz.     (S.  d.  S.  B.  p.  532.) 
Ce  suelt  om  dire.     (Ib.  p.  564.) 

El  horror  de  la  nocturneil  vision,  cant  li  songes  suet  parpenre  les 
hommes.     (M.  s.  J.  p.  481.) 

Ja  est  ço  Rollans  ki  tant  vos  soelt  amer.     (Ch.  d.  R.  p.  78.) 
E  sil  frai  de  Jérusalem  cume   fait  l'ai  de  Samarie   e   del  lignage 
Achab ,  si  la  destruirai  e  abaterai ,  e  aplanierai  si  cume  l'um  suit  pla- 
nier  tables  de  graife.     (Q,  L.  d.  E.  IV,  p.  421.) 

Mais  ce  selt  estre  l'aventure. 

Que  cil  vit  trop  qui  n'en  a  cure.     (P.  d.  B.  v.  5747.  8.) 

Sez,  funt  li  il,  que  l'om  sent  dire? 

En  vain  labore  e  paine  e  tence 

Qui  sor  père  semé  semence.     (Ben.  v.  24460-2.) 

Encore  est  il  là  où  il  sielt, 

Bien  nos  conseillera,  s'il  velt.    (Du  Segretain,  Moine  I,  p.  244.) 

I.  pre  avoit  mervillous  et  plagnier 

Soz  Origni,  là  on  sieut  tornoier.     (E.  d.  C.  p.  56.) 

Quanqu'  a  el  siècle  precios  j  Et  bon  et  bel  et  mervellos, 

A  la  cite  vient  par  la  mer. 

Et  tôt  siolt  iluec  ariver.     (P.  d.  B.  v.  1631  -  4.) 

Mult  a  or  plus  biens  qu'il  ne  siolt.    (Ib.  v.  6189.) 

Qui  quiers  les  voies  et  les  sentes 

Où  l'en  se  smî*i,empaluer.     (V.  s.  1.  M.  III,  p.  17.) 

Brengien  est  venu  à  Ysolt, 

Si  li  surrist  cum  faire  soit.     (Trist.  II,  p.  121.) 

Tristran  respunt:  Eaïne  Ysolt, 

Je  sui  Tristran  ke  amer  vus  soit.     (Ib.  II,  p.  123.) 

N'i  ad  beivre  fors  ewe  de  funteine 

U  so?<f  aveir  cerveise  enlasemeine.  (Chr.  d.  J.  F.  Ben.  t.  3,  p.  559.) 
Burguy ,  Gr.  de  la  lan^o  d'oïl.  T.  II.  Éd.  ni.  8 


114  DU    VERBE. 

M.  Francisque  Michel  regarde  les  trois  dernières  formes 
comme  des  parfaits  définis;  quant  à  moi,  j'y  vois  des  présents, 
et  ils  satisfont  pleinement  au  sens. 

Voudriiez  vous  Dieu  renoier, 

Celui  que  tant  solez  proier, 

Toz  ses  sainz  et  toutes  ses  saintes?     (Rutb.  II,  p.  82.) 

Ja  soles  vos  jugier  si  voir.     (P.  d.  B.  v.  9074.) 
Eswarzent  ceu  cil  ki  de  la  volenteit  et  de  l 'oyvre  suelent  desputeir 
et  tencier.     (S.  d.  S.  B.  p.  544.) 

Ensi  qu'il  la  veriteit  de  Deu  detienent  en  menzonge ,  si  cum  pluisor 
gent  suelent  faire  à  la  fieye.     (Ib.  p.  573.) 

De  ce  dist  Moyses  ke  l'om  ne  gostet  de  poissons  ki  scrafes  n'ont  ;  li 
peisson  ki  scrafos  ont  suelent  saiUiir  desor  les  aiwes.    (M.  s.  J.  p.  473.) 

De  Bretaigne  treu  demandent. 

Avoir  le  soelent,  ce  nous  mandent, 

Des  autres  illes  ensement. 

Et  de  France  demainement.     (Brut.  v.  11096-9.) 

Empereor  et  roi  et  conte 

Et  duc  et  prince  à  cui  l'en  conte 

Romanz  divers  por  vous  esbatre 

De  cels  qui  se  seulent  combatre 

Ça  en  aniers  por  sainte  Yglise, 

Quar  me  dites  par  quel  servise 

Vous  cuidiez  avoir  paradis.    (Rutb  I,  p.  91.) 

Jeo  voil,  fait  il,  par  vos  oïr 

Queles  églises  de  cest  païs 

Soient  estre  de  maire  pris.     (Ben.  v.  6890-2.) 
Présent  du  subjonctif  de  dotdoir: 

Bien  est  droit  que  me  dueille.    (C.  d.  C.  d.  C.  p.  39.) 

Ne  cuidiez  pas  qu'ele  s'esjoie 

S'ele  ne  set  qu'autres  se  duelle.     (Rutb.  II,  p.  35.) 

Et  il  n'ert  riens  dont  tant  se  dueille.    (R.  d.  1.  M.  v.  3876.) 
Nuls    n'est   ki   duille  pui-  mei,   ne  ki  nuvele   me  ported  de  lui. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  86.) 

Je  n'ai  aucun  exemple  à  ma  disposition  pour  le  subjonctif 
de  saloir. 

Parfait  défini  de  doloir: 

Moult  fui  navrez  destroitemant, 

Et  moult  me  dolui  dui-emant.,    (Dol.  p.  259.) 

Li  apostoles  le  manda 

L'empereor,  mais  n'i  aida, 

Rien  ses  mandemens  ne  valu. 

Dont  l'apostoles  se  dolu.     (Pliil.  M.  v.  29919-22.) 
Participe  passé:  dolu. 

Et  ses  pères  l'avoit  toudis 


DU    VERBE.  115 

Soucouru ,  noiu'i  et  valu 

Et  son  frère  Aure  moult  doJu.     (PMI.  M.  v.  17255-7.) 

Le  verbe  soîoir  paraît  n'avoir  eu  ni  parfait  défini ,  ni  parti- 
cipe passé  ;  du  moins,  je  n'en  ai  rencontré  nulle  part  aucune  trace. 

Voyez  encore:  deloie  (C.  d.  G.  d.  G.  p.  102),  doloit  (Brut. 
V.  3597);  soloie  (Phil.  M.  9354),  suleie  (Gh.  d.  R.  p.  79),  soloit 
(S.  d.  S.  B.  p.  572),  solions  (R.  d.  1.  M.  v.  7450),  soliens  (Gh.  d. 
S.  I,  p.  48),  soliez,  soliiez  (G.  d.  Y.  v.  3442;  Th.  Gant.  p.  113,  7; 
Rutb.  I,  p.  89),  soulies  (R.  d.  G.  d.  G.  v.  4215),  soloient  (Gh.  d. 
S.  II,  p.  152),  etc. 

Besdoîoir^  consoler,  réjouir: 

Ja  ne  deussiez  tel  dol  fera, 

Ce  vos  deust  tôt  desdoïoir 

Que  vos  selonc  vostre  voloir 

En  esclairererez  vostre  cuer.  (R.  d.  Ren.  t.  II,  v.  16918-21.) 

Adouîoir ^  affliger,  chagriner,  faire  de  la  peine. 

Condoloir  (se) ,  partager  la  douleur  de  qqn. ,  témoigner  qu'on 
prend  part  à  son  déplaisir.  G 'est  à  tort  qu'on  abandonne  ce 
mot,  qui  nous  est  nécessaire. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  aux  formes:  doeult  (Berte  aux  grans 
pies,  p.  11),  je  seul  (R.  d.  1.  M.  Préf.  YI),  etc.;  on  sait  se  les 
expliquer.  Mais  je  ferai  observer  que,  dans  les  dialectes  de 
l'est  et  principalement  du  Gomté  de  Bourgogne ,  le  verbe  souloir 
avait  admis  partout,  vers  la  fin  du  XIII ^  siècle,  le  renverse- 
ment eu  de  ue^  de  la  diphthongaison  du  présent  de  l'indicatif. 

Apres  nos  leur  octroions  l'usage  en  notre  bois  de  Yevre  selon  Po- 
ligny  ainsi  comme  il  l'i  seuloieid  avoir  ça  ennars  (ça  en  arrière). 
(1288.  M.  s.  P.  II,  p.  552.) 

Oiv.florw  qui,  dans  la  langae  fixée,  a  adopté  le  même  eu^ 
excepté  au  figuré ,  où  la  conjugaison  régulière  s'est  conservée  à 
l'imparfait  et  au  participe  présent.  Montaigne,  au  contraire, 
disait  : 

Où  la  science  fleurissoit;  di\TLne  police  lacedemonienne  ...  si  long- 
temps fleurissante  en  vertu  et  en  bonheur.     (Essais,  II,  12.) 

ARDOIR  (ardere). 

Ce  verbe,  qui  signi^G  brûler ^  Iriller ^  étlnceler ,  s'est  conservé 
longtemps  dans  cette  phrase  populaire:  Le  feu  Saint -Antoine 
vous  arde!  La  Fontaine  s'en  est  encore  servi  :  Haro!  la  gorge 
vci^ard!     (Le  paysan  qui  avait  offensé  son  seigneur.) 

Ardoir  était  la  forme  picarde  et  bourguignonne  ;  arder ,  celle 
de  la  Normandie,  d'où  ardeir^    dans  les  dialectes  mixtes.     Dès 

8* 


I 


116  DU    VERBE. 

le  premier  quart  du  XIII *"  siècle,    arder   prit    la   forme    de  la 
quatrième  conjugaison  sur  les  confins  de  l'Ile-de-France:  ard/re. 

Le  Eoman  de  Hou  fournit  or  sir ,  dans  la  partie  interpolée 
du  texte  de  Wace ,  qui  a  une  forte  teinte  picarde.  Arsir  pour- 
rait avoir  été  composé,  sous  l'influence  des  formes  du  parfait 
défini  et  de  l'imparfait  du  subjonctif,  d'après  l'analogie  d'un  in- 
finitif picard  ardir.  Cependant,  quoique  très  -  naturelle ,  on  ne 
trouve,  pour  ce  verbe,  au  XIII®  siècle,  aucun  exemple  de  la 
terminaison  infinitive  'ir;  oir,  er  ^  eir  ou  re  s'étaient  fixés  par- 
tout. Or  arsir  ne  date  que  du  commencement  du  XIY*"  siècle, 
d'où  je  conclus  que  c'est  une  création  tout  à  fait  nouvelle  de 
cette  époque  de  décadence.  L'influence  des  formes  du  parfait 
défini  et  de  l'imparfait  du  subjonctif  aurait  alors  aussi  déterminé 
le  changement  du  d  final  en  s. 

Et  ki  ne  saichet  ke  mult  est  miez  ardoir  de  la  flamme  de  fièvre 
ke  de  flamme  des  visées  ?     (M.  s.  J.  p.  490.) 

Et  la  viUe  fist  tote  fondre,  et  les  tors  et  les  murs   et  les  halz 
palais  et  les  riches  maisons  ardoir  et  fondre.    (Yilleh.  480*.) 
Se  les  choses  que  dit  vos  ai 
Pour  voir,  li  oes  denoier, 

Faite(s)  m'ardoir,  pendre  u  noier.     (R.  d.  M.  p.  45.) 
Dune  veissiez  flambe  voler, 

Chapeles  arder  e  mostiers.     (R.  d.  R.  v.  16223.  4.) 
Ceo  semble  ç^ardeir  volt  le  mimde.     (Ben.  II,  v.  2059.) 
Pur  quel  as  fait  ardre  mes  blez?     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  172.) 

Li  viles  fist  arsiv ,  11  païs  vont  cunquerre.    (R.  d.  R.  v.  1101.) 
Présent  de  l'indicatif: 

Las!  fait  il,  se  je  arch  ma  dame, 

Je  sai  bien  que  je  perdrai  m'ame.  (R.  d.  1.  M.  v.  887.  8.) 
Avoec  i  ont  mis  li  Escler^ 
Une  lampe  de  cristal  cler; 
Devant  la  tombe  Mahon  peut; 
n  n'a  riens  dedens,  et  si  rent 
Tel  clarté  k'il  sanle  qu'ele  art. 
Elle  i  fu  assise  par  art.    (R.  d.  M.  p.  80.  81.) 
Com  plus  couve  li  feus ,  plus  art.     (Rutb.  I,  p.  38.) 
Li  carbuncles  art  que  bien  i  poet  home  veer 
Cume  en  mai  en  estet  quant  soleil  esclarcist.  (Charl.  p.  18.) 
Sire,  fet  ele,  vous  ardez,     (L.  d'H.  v.  441.) 
Pierres  i  ad  (en  l'escut),  ametistes  e  topazes, 
Esterminals  e  carbuncles  ki  ardent,    (Ch.  d.  R.  p.  59.) 
Le  parfait  défini  avait  une  double  forme:  l'une  qui  dérivait 
directement  du  latin  arsi,  l'autre  formée  sur  le  radical  français. 

(1)  Voy.  la  note  des  éditeurs  du  R,  d.  M.  touchant  le  mot  Escler. 


DU    \"ERBE.  117 

La  ville  comencc  à  esprendre  et  à  aliimer  mult  durement ,  et  ardit 
tote  celé  nuit.     (ViUeh.  462  ^) 

Encore  fist  il  plus:  il  prist  trestouz  les   livres  qu'il  avoit,  si  les 
ardi.    (R.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  28.) 

Froissait  et  ses  contemporains  se  servaient  surtout  de  cette 
forme. 

Quant  Johannis  oï  que  li  Frans  venoient  si  nés  osa  attendre,   ainz 
arst  ses  engins  et  se  desloja.     (Villeh..  483*^.) 

Gasta  e  arst  si  désertée 

C'uncor  est  à  peine  habitée.     (Ben.  v.  3321.  2.) 

La  cite  prist  par  traïson, 

Tôt  craventa  tors  et  donjon, 

Arst  le  palais,  destrui(s)t  les  murs. 

Nus  hom  n'estoit  dedens  seurs.     (Brut.  I,  XXIV.) 

Ma  mère  arcistes  en  Origni  mostier 

Et  moi  fesistes  la  tête  pecoier.     (R.  d.  C.  p.  89.) 
Li  nostre  message  les  assiégèrent  la  sus,  si  arsent  la  maistre  porte. 
(H.  d.  V.  506  ^) 

Ensi  d'Eneas,  dont  jou  di,  |  Cis  grans  linages  descend! 

Par  caus  ki  de  Ti'oies  partirent. 

Quant  Griu  V  arsent  et  abatirent.     (Pbil.  M.  v.  158-61.) 

Dont  recommencèrent  la  gierre 

Li  Lombart,  et  arsent  la  tierre 

Saint  Piere  od  le  roi  Desiier.     (Ib.  v.  4150-2.) 

Amunt  Seine  senz  demuree 

Puia  la  genz  desmesuree 

Desqu'à  Roem,  celé  arstrent  si 

Que  unkes  riens  nule  n'i  gari.     (Ben.  I,  v.  985-8.) 
Si   emportèrent  l'ydle  e  la   statue  Baal   hors    de  sun  temple,  si 
Varstrent    (Q.  L.  d.  R.  lY,  p.  384.) 
Imparfait  du  subjonctif: 

Et  li  feus  aluma  moût  haut,   si   qu'il  sembloit  que  toute  la  terre 
ardist     (Villeh.  p.  69,  XCY.) 

Dame,  li  senescals  a  dit. 

Commande  me  fu  sans  respit 

Du  roy  qu'en  .i.  four  vous  arsisse, 

Sacies ,  ou  ma  vie  perdisse.     (R.  d.  1.  M.  v.  983  -  6.) 

Bien  set,  se  il  fust  conseuz, 

Li  rois  Varsist  por  son  seignor.     (Trist.  I,  p.  48.) 

Autresi  les  culverz,  les  chens. 

Refirent  il  puis  à  Orliens; 

Or  en  orent  qu'il  ne  V  arsisse  nt 

E  que  il  ne  la  destruississent.     (Ben.  I,  v.  1099-1102.) 
Ardraï  (R.  d.  L  M.  v.  901)  —  ardra,  s'ardra  (FL  et  Bl.  v.  616  ; 
Rutb.  I,  p.  264)  —  (Ben.  t.  3,  p.  528)  etc. 


118  DU    VERBE. 

Participe  présent:  «r^aw^;  participe  passé:  ars,  arse. 
Tous  jors  i  durent  en  ardant 
Doi  cierge  de  vertu  molt  grant, 
Dont  li  candélabre  sont  d'or.     (R.  d.  M.  p.  79.) 
Et  tenoit  bien  li  frons  del  feu ,  si  com  li  aloit  ardant,  bien  de  une 
lieue  do  terre.     Del  domage  ne  del  avoir,  ne  de  la  richesse  qui  là  fu 
perduz,  ne  vos  porroit  nus  conter,  et  des  homes  et  des  famés  et  des 
enfanz  dont  il  ot  mult  d'ars.     (Villeh.  456*=.) 
Li  forz  chasteaus  fu  abatuz, 
Ars  e  versez  e  tuz  desfeiz, 

E  les  granz  avoirs  pris  e  traiz.     (Ben.  v.  3656-8.) 
Arse  unt  la  province  e  esprise.     (Ib.  v.  5057.) 
Les  auteurs  du  XVI ^  siècle,  qui  faisaient  un  fréquent  usage 
de  ce  verbe,  le  rapportaient  ordinairement  à  la  LV*"  conjugaison. 
Ardre  (Rabelais,  Pant.  Y,  41)  —  ard  (indicatif)  (ib.  II,  22)  ~ 
ardoit ,  ardoyent  (Amyot ,  Hom.  ill.  Marcellus.  Pelopidas)  —  ars^ 
arse  (ib.  ead.  Numa  Pompilius.  Themistocles.  —  Montaigne  III,  l). 
Je  terminerai  ce  que  j'avais  à  dire  sur  la  troisième  conju- 
gaison ,  en  citant  le  verbe.  *• 

OLOIR  (olere), 
qui  s'est  perdu  sans  laisser  aucune  trace. 

C'est  une  peaus  qui  moult  miols  iolt 
Que  nule  espisce  oloir  ne  siolt.     (P.  d.  B.  v.  1073.  4.) 
Li  font  emplastres  et  entrais 
D'un  onghement  M  fu  fors  trais 
D'une  boiste  ki  souef  oie,     (R.  d.  1.  V.  v.  2121-3.) 
Le  fluie  esgarderent  parfunt  .  .  . 
Cum  les  rives  d'erbes  e  de  flors 
E  de  divers  arbres  plusors 
Oient  suef  e  dulcement.     (Ben.  v.  3013.  19-21.) 
Bone  famé,  n'en  dot  de  rien, 
E  si  très  sainte  e  si  très  note 
Que  aut  plus  soef  que  violete, 
Que  fleurs  de  lis  ne  fresche  rose. 
Et  Dex  en  lui  maint  e  repose.     (Ben.  t.  3,  p.  526.) 
Qant  la  rose  suef  oleit.    (Romv.  p.  419,  v.  21.) 
Et  en  iver  et  en  este 
I  aveit  vert  herbe  à  plente, 
0  les  flors  qui  soef  oleient 

De  divers  fruiz  qui  creisseient.     (Chast.  XIX,  v.  7  - 10.) 
Seignors,  dist  il,  estrange  chose  j  Vos  sembler.eit  se  une  rose 
Bêle  et  clere  et  soef  olante 

Naisseit  d'une  espine  poignante.     (Ib.  lU,  v.  21-4.) 
Cfr.  Ben.n,  v.  1385.  1526.  1533.  2019,  etc.  M.d.F.  II,  p.  192,  etc. 


DU    \^RBE. 


119 


QUATRIEME  CONJUGAISON. 

PÂEADIGME  DES  VERBES  FAIBLES  DE  LA  IV^^  CONJUGAISON 
dans  les  h'ois  dialectes. 


BOURGTJIGNON. 

PICARD. 

mriNiTir. 

NORMAND. 

rend-re  ^. 

rend-re. 

PARTICIPE. 

Présent. 

rend-re ,  -er  ^. 

rend-ant. 

rend-ant. 

Fasse. 

rend-ant. 

rend-uit,  -u. 

rend-ut,  -u. 

INDICATIF. 

Présent. 

rend-ud,  -u. 

rend,  rent  (ren), 

renc,  rench, 

rend  (ren), 

ren-z, 

ren-s. 

ren-z. 

rend,  rent, 

rend,  rent. 

rend. 

rend-ons. 

rend-omes  -ommes. 

rend-um, 

rend-eiz, 

rend-es. 

rend-ez. 

rend-ent. 

rend-ent. 

Imparfait. 

rend-ent. 

rend-oie  (-oe), 

rend-oie  (-oe), 

rend-eie, 

rend-oies, 

rend-oies, 

rend-eies. 

rend-oit, 

rend-oit. 

rend-eit. 

rend-iens, 

rend-imes  (-iomes). 

rend-ium. 

rend-ieiz. 

rend-ies, 

rend-iez. 

rend-oient. 

rend-oient. 

Parfait  défini. 

rend-eient. 

rend-i, 

rend-i. 

rend-i. 

rend-is, 

rend-is. 

rend-is, 

rend-it,  -i, 

rend-it,  -i. 

rend-id,  -i. 

rend-imes  (ismes). 

rend-imes  (ismes). 

rend-imes  (ismes), 

rend-istes. 

rend-istes. 

rend-istes, 

rend-irent. 

rend-irent. 

rend-irent. 

(1)  Ou  randre.     Voy.  2e  conjugaison. 

(2)  Ere  dans  l'anglo  -  normand.     V.  Ben,  t.  3,  p.  480,  etc, 


120 


DU    VERBE. 


BOUEGUIGNON. 

rend-rai, 
rend-rais,  ras, 
rend-rait,  -rat,  -ra, 
rend-rons, 
rend-reiz, 
rend-ront. 

rend-roie, 

rend-roies. 

rend-roit, 

rend-riens, 

rend-rieiz, 

rend-roient. 

rend,  rent  (ren), 

rend-ons, 

rend-eiz. 


rend-e, 
rend-es, 
rend-et,  e, 

rend-iens  (-ions), 

rend-ieiz, 
rend-ent. 


PICARD. 

Futur  simple. 
rend-rai, 
rend-ras, 
rend-rat,  -ra, 
rend-romes, 
rend-res, 
rend-ront. 


NORMAND. 


rend-rai,  -erai, 
rend-ras,  -eras, 
rend-rad,  -ra,  -erad, 
rend-rum,  -erum, 
rend-rez,  erez, 
rend-runt,  -erunt. 


-era, 


Conditionnel  présent. 
rend-roie, 
rend-roies, 
rend-roit, 
rend-riemes, 
rend-ries, 
rend-roient. 

BIPÉRATIF. 

renc,  rench, 

rend-omes, 

rend-es. 

SUBJONCTIF. 
Pre'sent. 
renc-e,  rench-e, 
renc-es,  rench-es, 
renc-et,  -e, 

rench-et,  -e, 
renc-iemes,  rench-  reng-ium  (ren-jum?), 

iemes  (-iomes), 
renc-ies,  rench-ies. 


rend-reie,  -ereie, 
rend-reies,  -ereies, 
rend-reit,  -ereit, 
rend-rium,  -erium, 
rend-riez,  eriez, 
rend-reient,  -ereient. 

rend  (ren), 

rend-um, 

rend-ez. 


reng-e, 
reng-es, 
reng-ed,  -e. 


rend-isse, 

rend-isses, 

rend-ist, 

rend-issiens  (issions), 

rend-issieiz, 

rend-issent. 


renc-ent,  rench-ent, 

Imparfait. 
rend-isse, 
rend-isses, 
rend-ist, 
rend-issiemes, 
rend-issies, 
rend-issent. 


reng-iez,  reng-ez, 
reng-ent. 

rend-isse, 
rend-isses, 
rend-ist, 

rend-issium,  -issum, 
rend-issiez,  -issez, 
rend-issent. 


AHERDEE,  AEKDEE  (adhaerere), 
attacher,  joindre,  saisir. 
Se  ke  il  totes  les  temporeiz  choses  despitent,  et  ne  mie  solement 
por  ce  ke  l'om  les  doit  tost  perdre,  mais  ne  s'i  vuelent  aherdre,  mimes 
se  eles  astoient  permanables.    (M.  s.  J.  p.  510.) 


h 


DIT    VERBE.  121 

Mout  se  fet  à  sens  boen  aerdre, 

Quer  cel  ne  puet  l'en  onques  perdre.   (Chast.  prol.  v.43. 44.) 
Ensi  totes  voies  si  ju  del  tôt  renoye  l'aperceue  falseteit,   et  si  ju 
m'aJiert  à  la  veriteit  cuy  ju  avérai  deconue.     (S.  d.  S.  B.  p.  524.  5.) 

Naynies  passa  avant,  si  Vahert  par  le  doit.  (Ch.  d.  S.  II, p.  86.) 

Fuions  la  (la  luxui'e)  tuit.  Mon,  fuions! 

Ne  cuer  ne  cor  n'i  apuions, 

Qui  s'i  aart,  qui  s'i  apuie, 

Le  porcel  resemble  e  la  truie.     (Ben.  t.  3,  p.  529.) 
Et  avec  la  diplithongaison  picarde  te,  de  la  seconde  moitié 
du  Xm"  siècle: 

Si  Vahiert  par  la  trece  blonde.     (Poit.  p.  25.) 

Si  nous  à  vous  nous  aerdons.    (R.  d.  1.  M.  v.  5666.) 

Par  mainte  fois  as  nés  s'aerdent 

Et  tant  les  tienent  et  demorent 

Que  as  roces  el  péril  corent,     (Brut.  v.  750-2.) 

Les  escus  guerpissent  et  perdent. 

Bras  à  bras  ensi  s'entraherdent^ 

Tant  sacbent  et  boutent  et  tirent, 
'  Et  si  malement  s'entratirent. 

Que  des  hiaumes  rompent  les  las.  (E.  d.  1.  V.  v.  1932-6.) 
Bone  cbose  est  à  mi  del  tôt  ke  ju  à  ti  m'alierde.  (S.  d.  S.  B.  p.  562.) 
Parfait  défini: 

Un  fust  aerst,  si  l'embrassa, 

E  tant  s'i  tint  k'il  ai'riva 

Ke  la  gent  vint  M  l'emporta.     (R.  d.  R.  v.  15309-11.) 

E  li  fors  venim  eschausfat. 

En  le  os  s'erst,  nercir  le  fist.     (Tiist.  II,  p.  105.) 
Imparfait  du  subjonctif: 

Car  si  le  hopoit  ses  cevals, 

Ki  n'est  ne  cbevelus  ne  caus, 

Se  il  sor  le  ceval  seist, 

Ja  en  tel  lieu  ne  ^'aersist, 

A  sele,  à  crigne,  à  mont,  n'aval, 

Qu'il  ne  cbaist  jus  del  ceval.     (L.  d.  T.  p.  80.) 
Participe  passé:  ahers,  aers^  aherse^  aerse. 
Certes,  bienaureiz  est  li  membres  M  del  dot  ne  serat  ahers  à  cest 
chief,  et  kel  seurat  tôt  celé  part  où  il  irat.    (S.  d.  S.  B.  p.  561.) 

Barbe  noire,  grenons  torcis 

Et  le  menton  aers  au  pis.    (Romv.  p.  524,  v.  9.  10.) 
Et   avec   la  diplithongaison  picarde  ie^    comme   au  présent: 

Maintenant  l'a  ahiers  li  dus.     (Poit.  p.  8.) 
Outre  le  composé  entraherdre ,    dont   on   virent  de    voir   un 
exemple,  on  trouve  desaherdre. 


122  DU    VERBE. 

En  saillant,  guenci  de  travers, 

De  l'anemi  s'est  desaers.     (Brut.  v.  11924.  5.) 

A  mort  i  unt  livrez  lor  cors; 

Des  mui's  les  unt  si  desaers, 

Tuez  e  ti-ebucliez  envers. 

Que  n'i  a  rien  del  effundrer, 

Del  abatre  ne  del  entrer.     (Ben.  v.  19095-9.) 

BOIRE  (v.  fo.),  bibere. 

Ce  verbe  était,  dans  le  principe,  régulièrement  fort;  mais 
la  forme  infinitive  bovre,  bevre^  prit  de  bonne  heure  la  diph- 
thongaison  du  présent  de  l'indicatif:  boïvre,  en  Bourgogne  et 
en  Picardie;  bevre,  en  Normandie;  beïvre,  dans  les  dialectes 
mixtes;  baivre,  dans  le  Maine,  la  Touraine  et  les  cantons  ad- 
jacents. Après  1250,  on  trouve  enfin  les  formes  contractes 
boire  et  beire^  dont  la  première  est  restée  dans  la  langue  lit- 
téraire. 

Vos  me  nouiistes,  se  ne  puis  je  noier. 

Et  me  donastes  à  hoivre  et  à  mengier.     (R.  d.  G.  p.  206.) 

Ce  n'ert  pas  por  hoivre  à  guersoi; 

Ainz  avoit  soi  de  nous  reembro.     (Eutb.  I,  p.  93.) 

Tuit  li  plus  riche  chevalier 

N'ont  que  heivre  ne  que  manger.     (Ben.  v.  8734.  5.) 

Je  oi  sai,  si  à  haivre  demandai.     (Trist.  II,  p.  120.) 

De  si  qu'il  vint  à  Saint  Denis  ne  volt  mangier  ne  beire. 

(Chr.  d.  J.  F.  V.  26.) 

Onques  n'en  oi  tel  desirier 

Ne  de  boire,  ne  de  mangier,     (Brut.  v.  11289.  90.) 

Qui  venus  est  à  la  mer  boire.    (Y.  s.  1.  M.  XLV.) 

Le  présent  de  l'indicatif  se  conjuguait  de  la  manière 
suivante  : 


BOUEGOGNE    et   PICARDIE. 

NORMAM)IE. 

boif,  boi. 

beif,  bel, 

boi-z,  boi -s. 

bei-z, 

boi-t, 

bei-t, 

bev-ons,  bev-ommes, 

bev-um, 

bev-eiz,  bev-es, 

bev-ez. 

boiv-ent. 

beiv-ent. 

c'est-à-dire  régulièrement  fort,  avec  aiîaiblissement  de  Va  en  e, 
dans  les  dialectes  bourguignon  et  picard ,  à  la  première  et  à  la 
seconde  personnes  du  pluriel.  J'ai  expliqué  ce  changement  à 
l'occasion  de  devoir.     Impératif  de  même. 

Je  bcif  de  l'eve  de  mon  puis.    (N.  R.  F.  et  C.  II,  p.  430.) 


DU    VERBE.  123 

Ne  boi  mie  encor  aiwe.     (M.  s.  J.  p.  511.) 

Et  si  ne  puis  avoir  séjour 

Se  je  ne  ioi,   ou  dore,  ou  masque.     (Th.  F.  M.  A.  p.  101.) 

Manjue  et  hoif  et  si  t'enyvre, 

Que  mauvais  est  de  pou  lassiez.     (Rutb.  I,  p.  131.) 

Nuns  celé  nuit  ne  boit  ne  ne  manjue, 

No  boins  chevalz  n'i  ot  selle  tolue.     (G.  d.  V.  v.  3728.  9.) 

Partonopens  repaire  à  Blois, 

Et  siet  un  jor  à  son  haut  dois; 

Mais  il  n'i  boit  ne  ne  mangue. 

Ne  ses  iols  d'un  liu  ne  remue.     (P.  d.  B.  v.  3835-8.) 

Ne  dort  ne  beit  ne  ne  manjue, 

Que  tote  la  chère  a  fundue.     (Ben.  v.  13936.  7.) 

Et  nous  bevons  de  la  fontaine.     (Th.  E.  M.  A.  p.  112.) 

Sii-e  Lambert,  maingiez  et  si  beveis.     (G.  d.  V.  v.  923.) 

Eilz  e  filles  perduz  avez 

Se  la  mer  tote  ne  bevez.     (R.  d.  R.  v.  13361.  2.) 

Et  li  autre  par  la  maison 

De  vin  boivent  par  contençon.     (FI.  et  Bl.  v.  1347.  8.) 

Mais  trop  boivent,  n'en  sai  avant.     (P.  d.  B.  v.  7278.) 

Tant  en  beivent  qu'à  toz  jors  mais 

Aui-a  li  dux  Richart  d'eus  pais.     (Ben.  v.  21530.  1.) 
Parfait  défini:  lui. 

Tant  bui  la  nuit  que  je  fui  yvres.     (R.  d.  1.  M.  v.  4437.) 

Naie,  je  ne  bui  hui  de  vin!     (Th.  Er.  M.  A.  p.  62.) 
Donkes  sainz  Johans  buit  assi  lo  boyvre  de  saleveit.   (S.  d.  S.B.  p.  542.) 

Longemant  buit  por  sa  soif  restainchier.    (G.  d.  V.  v.  2726.) 

Por  ço  ne  li  fist  mal  ne  bien. 

Qu'il  n'i  manga  ne  ne  but  rien.    (P.  d.  B.  v.  3845.  6.) 
Avec  s  intercalaire:  lust  (R.  d.  S.  G.  v.  2019). 

Je  sui  roïne,  mais  le  non  |  En  ai  perdu  par  ma  poison 

Que  nos  beumes  en  la  mer.     (Trist.  I,  p.  107.) 

Bel  beivre  qu'ensemble  beuimes.     (Ib.  II,  p.  57.) 

Vus  en  beustes  e  je  en  btii.     (Ib.  ead.  p.  112.) 
ïuit  cist  burent  lo  boivre  de  salveteit.     (S.  d.  S.  B.  p.  542.) 

Celé  nuit  burent  et  mangierent.     (R.  d.  1.  Y.  v.  1345.) 
Cume  cil  malade  vindrent  al  premier  chief  del   ost,   entrèrent  en 
une  loge ,  si  i  mangèrent  e  beurent.    (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  372.) 
Imparfait  du  subjonctif: 

Kar  nostre  Sires  le  defendi  que  jo  n'i  beusse  ne  manjasse.     (Q.  L. 
d.  R.  III,  p.  288.) 

Kar  sil  m'ad  cumanded  nostre  Sire  que  jo  n'i  bousse  ne  manjasse. 
(Ib.  ead.  p.  287.) 

Que  jo  cumandai  qui  ici  ne  manjasses  ne  beusses,   tis   cors  n'iert 
pas  enseveliz  en  la  sépulture  de  tes  ancestres.     (Ib.  ead.  p.  289.) 


124  DU    VERBE. 

Que  atient  ce  ke  il  dist  des  repuns  péchiez  des  alqiianz  hommes 
et  des  aoverz  à  ce  ke  il  avoit  defendut  lo  malade  ke  il  ne  beioist  aiwe. 
(M.  s.  J.  p.  511.) 

Si  com  la  meiUor  gent  qi  onques  heust  vin.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  65.) 
Et  il  envoievent,  si  apelevent  lor  trois  serors,  ke  eles  manjaissent 
et  huissent  avec  eaz.     (M.  s.  J.  p.  498.) 

Ja  de  morir  garant  n'eussent, 
Se  la  mer  tote  ne  heussent.    (R.  d.  R.  v.  11845.  6.) 
Futur:  hevrai,  lèverai;  conditionnel:  hevroie,  levreie,  levereie. 
(Yoy.  devoir^  pour  Ve  radical,  en  Bourgogne  et  en  Picardie.) 

Mangerai  sun  peisun  e  hevrai  sun  claret.     (Charl.  v.  585.) 
Si  dist:    Propice  me   seit  Deu  que  jo  n'en  guste,  ne  beverai  pas 
l'ewe  que  cist  unt  par  entre  lur  enemis  prise  e  portée ,  en  pour  de  lur 
sanc  espandre,  e  en  péril  de  mort.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  213.) 
Se  sanz  vilanie  veuz  beivre, 
Garde  que  ta  boche  seit  seivre 
Del  morsel  que  mis  i  auras, 

Quer  ja  mai'  o  tel  frein  bevras.    (Chast.XXn,v.l89-92.) 
Ja  por  ce,  de  vin  ne  hevra, 
Ne  plus  chaut  chaperon  n'aura.     (Dol.  p.  204.) 
Nos  bevrons  de  l'autre  picier, 
Si  lairons  lui  et  le  plaidier.     (P.  d.  B.  v.  3971.  2.) 
Mais  faites  un  bel  digner  à  lur  oes  aturner,   e  mangerunt  e  beve- 
runt ,  e  puis  à  lur  seignur  en  irunt.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  368.) 

Od  tei  ne  irreie,  ne  pain  mangereie,  ne  ewe  ne  bevereie.  (Ib.  m, 
p.  287.) 

Imparfait  de  l'indicatif: 

De  l'eve  bevoit  au  ruissel 

Qu'ele  n'avoit  point  de  vessel.     (Rutb.  H,  p.  122.) 
Li  sien  mangoient  et  bevoient 

Et  moult  grant  joie  demenoient.     (P.  d.  B.  v.  3839.  40.) 
Quant  il  mangoient  et  bevoient, 
Li  oisel  deseure  aus  cantoient.     (El.  et  Bl.  v.  251.  2.) 
Od  eus  manjoent  e  beveient.     (Ben.  v.  39030.) 
Participe  passé: 

Quant  ot  beut  li  niez  l'empereor, 
Conte  Olivier  apelle  par  vigor.     (G.  d.  V.  v.  2749.  50.) 
Kar  il  n'en  out  de  treis  jui'z  ne  de  trois  nuiz  de  pain  mangied, 
ne  beud.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  115.) 

Petit  i  ot  mengie  et  beii  de  vin  frois.   (Ch.  d.  S.  II,p.  122.) 

Quar  il  ot  ja  tel  pulsion  biute, 

Dont  il  ot  pries  la  mort  reciute.     (Phil.  M.  v.  19660.  1  ) 

Li  miez  guariz  en  unt  bond  itant, 

Tuz  sunt  neiez  par  merveillus  ahan.     (Ch.  d,  R.  p.  96.) 


DU    VERBE.  125 

Ces  exemples  posés,  je  vais  chercher  à  résoudre  plusieurs 
difficultés  que  présente  le  verbe  hoire. 

J'ai  indiqué  ci -dessus  la  forme  lovre^  comme  la  primitive 
bourguignonne  et  picarde ,  ce  qui  paraîtra  extraordinaire  puisque 
les  S.  d.  S.  B.  donnent  déjà  hoivre^  infinitif  employé  substan- 
tivement.    Je  me  fonde  sur  le  futur: 

Yos  baverez  mon  boyvre,  ce  dist  nostre  Sires,  à  saint  Jaike  et  à 
saint  Johan.     (S.  d.  S.  B.  p.  542.) 

On  voit  qu'ici  la  diphthongaison  n'avait  pas  encore  trouvé 
place,  vu  la  terminaison  lourde'.  Les  verbes  forts  de  la  qua- 
trième conjugaison,  on  le  remarquera,  renforcèrent,  en  général, 
de  fort  bonne  heure  l'infinitif,  parce  que  la  terminaison  étant 
très -brève,  on  chercha  à  donner  plus  de  valeur  à  la  forme  en 
diphthonguant  le  radical,  pour  satisfaire  à  la  loi  de  l'équilibre. 

Du  reste,  à  supposer  que  la  forme  primitive  du  verbe  hoire 
ait  été  lèvre  dans  tous  les  dialectes,  cela  ne  lui  enlève  pas  son 
caractère  de  verbe  fort;  car  Ve  radical  se  trouve  toujours  sans 
renforcement  devant  les  terminaisons  lourdes,  et  l'on  s'explique- 
rait très -bien  l'o«,  en  Bourgogne  et  en  Picardie,  par  la  diph- 
thongaison de  Vi  latin  devant  les  terminaisons  légères  (cfr.  voir). 
Ces  diphthongaisons  auraient  alors  donné  lieu  à  un  nouvel 
infinitif  en  o  radical,  qui  plus  tard  se  renforça  avec  i. 

Le  V  du  futur  et  du  conditionnel  s'est- il  prononcé  en  con- 
sonne pendant  tout  le  XIII®  siècle?  A  en  juger  par  l'analogie, 
je  ne  le  pense  pas;  les  dialectes  de  la  Picardie,  de  la  Touraine 
et  des  provinces  avoisinantes  l'ont  sans  doute  changé  en  u  dès 
le  milieu  du  XIIP  siècle,  au  plus  tard. 

Favorisée  par  le  v  terminatif,  l'influence  des  formes  du 
parfait  défini  et  du  futur,  après  le  changement  de  ev  en  eu,  s'il 
est  vrai  qu'il  ait  existé  alors,  fit  introduire  u  comme  voyeUe 
radicale,  au  lieu  de  ^,  à  certains  temps.  Entre  1250  et  1260, 
on  voit  paraître,  en  Picardie,  l'imparfait  huvoie  et  le  futur 
luvrai: 

Cil  homme  vivoit  sans  vilonnie, 

Poi  huvoit  de  bon  vin  sour  lie. 

Mais  aighe  ki  n'ert  pas  boidie.     (R.  d.  M.  p.  7.) 

Et  en  este,  pom-  sou  déduit, 

Si  mangeoit  .i.  poi  de  bon  fruit, 

Apries  mangior,  al  miedi, 

E  buvoit  une  fois  ausi.     (Pliil.  M.  v.  2980-3.) 

Tous  mangeres  à  la  vespree 

(1)  Cfr.   bovraige:  Et  dons  dist,   ci  que  vos  je  vig,    car  cist  hovraiges  ne  puet  mie 
trespasser  si  je  nel  boef.     (Roquefort  s,  v,  bouvraige.) 


126  DU    VERBE. 

Pain  et  tarte,  car  et  poisson, 

Et  huveres  vin  affuison  (à  fuison).    (E.  d.  M.  d'A.  p.  4.) 
Pour  ce  qui  est  des  deux  premières  personnes  du  pluriel  du 
présent  de  l'indicatif,  où  Vu  s'est  aussi  fixe,  je  ne  connais,  au 
Xm®  siècle,  aucun  exemple  qui  le  porte. 

Ces  formes  en  u  ne  pourraient -elles  pas  s'expliquer  aussi, 
en  partie  du  moins,  par  un  souvenir  de  la  forme  bovre? 

Comme  termes  de  comparaison  à  ce  que  je  viens  de  dire, 
je  citerai: 

Sommeliers,  o  créateurs  de  nouvelles  formes,  rendez  moy  de  non 
heuvant,  heuvcmt.     (Rabelais,  Gargantua  I,  5.) 

Beuvez  tousjours,  vous  ne  mourrez  jamais.     (Ib.  ead.) 
JBeuvent  (ib.  Pantagruel  IV,  43)  —  heiiviez  (ib.  Gargantua  I,  39)  — 
heures  (ib  Pantagruel  III,  13)  —  beuroyt  (ib.  ead.  V,  5.). 

Il  proposa  ""ine  couronne  en  prix  à  celuy  qui  heuroit  le  mieulx. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Alexandre.) 

Le  composé  le  plus  fréquent  de  hoivre  ^  est  aloivre^  abevre^ 
plus  tard  alevrer,  aheuvrer^  ahoivrer^  etc.  d'où  nous  avons  fait, 
par  transposition  du  r,  notre  mot  abreuver.  Aboivre^  signifiait 
jaire  boire ^  désaltérer,  enivrer;  par  extension,  imbiber^  pèiétrerj 
instruire. 

A  cels  le  (le  paradis)  douent  e  délivrent 
Qui  les  aboivrent  et  enyvrent 
Et  qui  lor  engressent  les  pances 

D'autrui  chatels,  d'autrui  substances.     (Rutb.  I.  p.  189.) 
E  li  marinier  fol  e  sort, 
E  ivre  e  ahevre  e  lort.     (Ben.  v.  41059.  60.) 
Emboivre,  imbiber,  tremper,   se  pénétrer  —  s'enivrer,    être 
ivre  (sens  propre  et  figuré). 

Dont  par  ert  il  si  deceus 

Et  de  vostre  amour  embeus.     (PL  et  Bl.  v.  2177.  8.) 
(Cfr.  ib.  V.  2239.) 

Comme  bomme  embeu,  qui  cbancelle  et  trépigne. 
L'ai  veu  souvent  quand  il  se  alloit  coucber.   (Villon,  p.  61.) 
La  terre  embue  du  sang  du  juste.     (Rabelais,  II,  1.) 
Voy.  le  Glossaire  aux  mots  forsboivre^    sorboivre,  autant  ^  lut. 

CLORE  (claudere). 

Le  verbe  clore  conserva  cette  forme  pendant  le  XIII^  siècle 
tout  entier,  et  ce  n'est  que  dans  le  XIV*,  que  l'o  s'y  assourdit 
fréquemment  en  ou..  Clore  avait  beaucoup  de  dérivés,  qu'on 
voit  se  mélanger  avec  les  composés  de  cludere,  soit  par  suite 
de  l'affinité  qui  existait  entre  ces   derniers   et   claudere,    soit  à 


DU    VERBE.  127 

cause  de  l'emploi  facultatif  de  Vo   et   de  Vu.     Prenons  d'abord 
quelques  exemples  de  clore. 

Il  a  fait  l'uis  dm-e  sor  soi.     (P.  d.  B.  v.  2539.) 
E  fist  clorre  les  portes  del  temple  que  l'um  n'i  entrast.     (Q.  L.  d. 
E.  lY,  p.  400.) 

Quar  il  de  lui"  greit  cloent  lur  oez  encontre  la  lumière  d'entende- 
ment    (M.  s.  J.  p.  509.) 

Cloent  la  porte  et  le  pont  ont  sus  mis.    (0.  d.  D.  y.  6948.) 
Quar  li  amors  de  droitui*e  aoevret  un  pau  après  plus  largement  les 
permanables  choses  en  la  paiz,  cui  elo  davant  clooit  en  la  commotion. 
(M.  s.  J.  p.  516.) 

Apres  li  clost  l'uis  et  ferma.     (Dol.  p.  179.) 
Oez  pur  quele  ententiun 

Se  clostrent  après  d'envirun.     (Ben.  I,  v.  1025.  6.) 
Lors  se  clostrent  li  nostre  de  lices  pai*  defors.    (Villeh.p.  131,CLin.) 
Quar  li  termes  vient  et  aprouclie 
Que  la  mort  nous  clorra  la  bouche.     (Rutb.  I,  p.  97.) 
Tous  clora  chius  les  huis  tous  .iij. 
Qui  fait  sont  de  vermeil  laiton.     (Poit.  p.  58.) 
L'uis  a  clos,  dou  mostier  se  part.     (R.  d.  M.  p.  74.) 
Et  si  ot  molt  bêle  maison 
Close  de  haut  mur  environ,     (L  d.  T.  p.  72.) 
Ouvrans  et  cl/ans  à  dangier.     (Romv.  p.  321,  v.  8.) 
Redore^  refermer. 

Et  quant  très  grant  joie  le  prent, 
Si  s'ovre  li  cuer  et  s'estent; 
E  se  redore  ne  se  puet, 

Delivrement  mûrir  l'estuet.    (R.  d.  R.  v.  7539-42.) 
Pai-  -xii.  feniestres  issoient, 
Et  apries  toutes  redooient 
Quant  il  en  estoient  issu.     (Phil.  M.  v.  2566-8.) 
Adore,    clorre,   fermer;    r  adore,   renfermer.      (Y.  Roquefort 
s.  V.  radore,  rados.) 

Dure  est  la  terre,  senz  mareis, 
Entre  Argences  e  Cingeleis, 
Dreit  vers  midi;  en  teu  manière 
Vaclot  e  ceint  une  rivière.     (Ben.  v.  33262-5.) 
Besdore^  défermer;  éclaircir,  expliquer. 
Ausi  voir  comme  est  Evangile 

Est  ceste  chose: 
Si  vous  doit  bien  estre  desclose.     (Rutb.  II,  p.  104.) 
Enclore^  enclore,  enfermer. 

Cume  li  reis  fud  venuz  à  sun  palais,  ses  dis  suignantes  que  Absalon 
ses  fiz  out  deshunurees  fist  enclore,  e  puis  à  el(e)s  ne  aprechad  nule  feiz, 
mais  encloses  furent  e  cume  vedves  jesque  à  lur  mort.  (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  197.) 


128  DU   VEEBE. 

Moult  par  estoit  li  lieux  plaisans 

Et  pour  déduire  delitans, 

Car  li  bois  par  dales  estoit, 

La  rivière  les  enclooit.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  1831-4.) 

Dites  pour  quoi  ci  le  meistes 

Et  pour  quoi  ceenz  V enclossistea , 

Et  que  vous  avoit  il  meffeit?     (R.  d.  S.  G.  v.  1955-7.) 

Et  li  rois  .... 

Lor  deffendi  qu'il  n'asausissent. 

Mais  là  dedens  les  encïosissent.    (Phil.  M.  v.  26775.  7.  8.) 
Melore,    éclore    —   manifester,    faire    connaître.      Je   ferai 
d'abord   observer  que   ce  verbe  se  trouve   employé   activement 
dans  Rabelais:   Un  pigeon  esclouant  ses  petits. 

La  dame  parlast;  mais  el  n'ose. 

Qu'as  rois  ne  soit  s'entente  enclose.    (P.  d.  B.  v.  8737.  8.) 
Forsclore.^  exclure,  priver,  empêcher  de  fuir,  couper,  séparer 
—  fermer,  interdire  (l'entrée  d'un  lieu). 

Dont  se  com-urent  armer,  si  montèrent  et  les  fordoent  en  un 
destroit ....  car  nostre  gent  se  travailloit  de  iaus  aprochier  le  plus 
qu'il  pooient  et  d'eus  forclore.     (H.  d.  Y.  506^.) 

Trois  mile  heaumes  les  forscloent 

Qu'il  ne  s'entreveient  ne  oent.     (Ben.  v.  5413.  4.) 

De  cens  qui  de  proesce  unt  los 

Ne  devez  mais  estre  forsclos.     (Ib.  v.  22206.  7.) 

Maintenant  lor  furent  as  dos. 

Bien  les  quident  aveir  forsclos.    (Ib.  v.  34367.  8.) 

Dales  ma  garderobe  après 

A  un  huis  qui  siet  asses  près 

Pour  venir  ci  priveement. 

Il  a  passe  moult  longuement 

Qu'a  este  fermes  et  fourclos.  (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2241-5.) 
Voltaire  fait  quelque  part  la  remarque  suivante  :  „0n  arrive  aux 
portes  d'une  ville  fermée,  on  est  quoi?. . .  Nous  n'avons  plus  de 
mot  pour  exprimer  cette  situation.  Nos  pères  disaient  forclos;  ce 
mot  très -expressif  n'est  demeuré  qu'au  barreau;  c'est  dommage." 
Cfr.  les  exemples  suivants,  où  les  mêmes  formes  se  rat- 
tachent à  des  composés  de  cludere. 

Par  iror  est  la  splendors  del  Saint  Espir  fors  esclose.    (M.s.  J.p.  513.) 
A  la  p.  465  du  même  texte,  on  lit: 

Car  cil  ki  or  soi  gettet  parmei  ses  deseiers  de  ceste  dolor  de  cuer, 
remanrat  dont  fors  enclous  de  celé  sue  deventriene  feste. 

Je  crois  les  deux  leçons  admissibles. 

Floridan  et  Ellinde  n'estoient  mie  si  forcïus,  ne  privez  du  doux  et 
agi'eable  regard,  ne  de  gracieuses  devises  de  l'ung  et  de  l'autre,  qu'il 
ne  parlassent  et  devisassent  ensemble.    (Roquefort  s.  v.  forclus.) 


DU   VERBE.  12Ô 

Cfr.  enfin  le   substantif  enclus,  moine  (reclus),  enceinte. 

n  n'espargnoit  ne  clers,  ne  moines, 

Endus^  hermites,  ne  canoines, 

Et  les  nonains,  et  les  convers, 

Qui  plus  erent  à  lui  ahers.     (Roquefort  s.  v.  enclus.) 

1.  brief  aport,  sil  met  ci  jus 

El  senestrier  de  cest  enclus.    (Trist.  I,  p.  119.) 

Je  ferai  encore  remarquer  que,  vers  la  fin  du  XIII®  siècle, 
ces  verbes  diphthonguèrent  quelquefois  irrégulièrement  Vo  et  Vu 
avec  i. 

CONNATTKE  (v.  fo.),  cognoscere. 

La  forme  primitive  de  ce  verbe  a  été:  conosi/re,  en  Bour- 
gogne et  en  Picardie;  cunustre^  en  Normandie. 

Car  cil  ki  sa  misère  ne  conoist,  ne  puet  assi  conostre  son  solaz. 
(S.  d.  S.  B.  p.  546.    Cfr.  p.  550.) 

Ke  ore  cunustre  ne  me  volt?    (Trist.  Il,  p.  119.) 

Dès  avant  la  fin  du  XII^  siècle ,  le  dialecte  picard  remplaça 
la  forme  primitive  et  correcte  par  conoistre,  où  la  diphthon- 
gaison  provient  de  l'influence  des  formes  renforcées  de  l'indicatif. 
Conoistre  s'introduisit  un  peu  plus  tard  en  Bourgogne.  La  forme 
normande  cunustre,  devint  conuistre,  cunuistre^  dans  les  dialectes 
mixtes.  Au  lieu  de  cunustre,  on  trouve  conustre  dans  les  textes 
mélangés. 

La  variante  cognoistre  (J.  v.  H.  p.  434),  congnoistre  (R.  d.  R. 
V.  1036),  est  de  la  fin  du  XIH^  siècle.  Elle  n'appartint  d'abord 
qu'à  la  vie  commune;  mais,  au  XrV®  siècle^  elle  devint  très- 
ordinaire  et  on  l'employa  jusqu'à  la  fin  du  XYI^.  L'o  de 
cognoistre  s'assourdit  en  ou,  d'où  cougnoistre. 

Yers  1250,  on  voit  paraître,  à  l'est  de  la  Picardie,  la  forme 
quenoistre.^  qui  s'explique  de  la  manière  suivante:  On  écrivit  le 
c  fort  par  q  (voy.  la  Dérivation),  et  l'o  devint  e  par  suite  de 
l'influence  de  la  lettre  q(u).  Ou  bien  que  représente -t -il  simple- 
ment g',  et  y  a-t-il  eu  rejet  de  Vo?  Le  patois  picard  moderne 
connaît  encore  l'élision  d'un  o  inaccentué  entre  deux  consonnes: 
cmander,  commander,  qment^  comment. 

(Li  visce)  ne  nos  puent  conoistre  quand  nos  sûmes  dolent. 
(M.  s.  J.  p.  454.) 

Qar  conoistre  le  yuet  Sébile  la  roïne, 

Qi  H  a  pardone  mautelant  et  corine.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  115.) 

Li  rois  tramist  al  duc  message 

Pour  bien  connoistre  son  corage.     (PMI.  M.  v.  3196.  7.) 

Burguy,   Gr.  do  la  langue  d'oïl.  T.  n.  Éd.  m,  d 


130  BU   VERBE. 

Au  milieu  du  XITE*  siècle,  ce  redoublement  de  la  consonne 
n  était  ordinaire,  en  Picardie,  à  toutes  les  formes  du  verbe 
conoistre. 

E  seient  traveillez  de  mésaventures  et  de  enfennetez,  e  il  vuillent 
cunuistre  e  pardun  requerre  de  lur  mesfaiz.     (Q.  L.  d.  E.  m,  p.  262.) 

Home  qui  plaide  en  curt  .  .  .  e  home  li  metted  sur  qu'il  ait  dit 
chose,  que  il  ne  voille  conustre,  se  il  ne  pot  derainer  per  .ii.  enten- 
dable  home  del  pleidant  e  veant,  que  il  ne  l'aurad  dit,  recovered  a  sa 
parole.     (L.  d.  G.  p.  182,  28.) 

Mais  conuistre  i  pout  l'un  mult  tost  l'enoloeure. 

(Th.  Cant.  p  121,  v.  5.) 
Si  li  faimes  tant  à  savoir 
E  conuistre  e  aperceveir.     (Ben.  I,  v.  2073.  4.) 
Car  si  com  li  muls  aveit  honte 
De  quenoistre  la  vérité, 

Que  asne  l'eust  engendre.    (Chast.  III,  v.  100-2.) 
Le  présent  de  l'indicatif  avait  pour  formes: 

BOUEGOGNE.  PICAEDIE.  NORMANDIE. 

conois,  concis,  connois,        cunuis, 

concis,  conois,  cunuis, 

conoist,  conoist,  cunuist, 

conessons,  conissons,  cunessum,  (cunussum?) 

conesseiz,  conisses,  cunessez,  (cunussez?) 

conoissent.  conoissent.  cunuissent. 

n  était  donc  régulièrement  fort.  En  Bourgogne  et  en  Nor- 
mandie, pour  la  raison  que  j'ai  donnée  à  l'occasion  de  devoir^ 
le  second  o  devenait  e  aux  deux  premières  personnes  du  plu- 
riel; en  Picardie,  Ve  était  représenté  par  i.  Si  cet  i  a  été  de 
suite  employé  au  lieu  de  o  ou  de  ^,  ou  s'il  date  seulement  de 
l'époque  où  oi  s'était  déjà  fixé  à  l'infinitif,  c'est  ce  qu'il  est 
impossible  de  déterminer;  mais,  dès  la  fin  du  XII^  siècle,  il 
était  en  usage  ^.     Impératif  de  même. 

Noe  conduist  l'arche  parmei  lo  péril  del  duluve,  en  cui  je  reconois 
aparmemnes  la  forme  de  ceos  qui  sainte  église  ont  à  govemeir. 
(S.  d.  S.  B.  p.  566.) 

Mais  je  connois  bien  vostre  essoigne.     (P.  d.  B.  v.  7024.) 

Kar  ne  conuis  ne  jeo  ne  vei 

Qu'en  l'estorie  ait  rien  si  bien  nun 

E  doctrine  e  cognitiun.     (Ben.  I,  v.  2130-2.) 

Ben  le  conuis  que  gueredun  vos  en  dei 

E  de  mun  cors ,  de  teres  e  d'aveir.    (Ch.  d.  E.  p.  132.) 

Eait  il ,  tu  ne  connois  la  gent.     (M.  et  Bl.  v.  1606.) 

(1)  On  a  déjà  vu  Vi  picard  remplacer  quelquefois  Ve.  bourguignon;  cet  emploi 
do  Vi  tient  peut-être  à  la  nature  de  Ve  muet  picard.  (Voy.  l'Article.)  —  Le  patoia 
picard  actuel  emploie  i  pour  oi,  u,  ui:  pisson,  disque ^  edpis. 


DU    VERBE.  131 

Ore ,  cMer  père ,  vei  e  cunuis  ceste  pieee  de  tiin  afublail  que  tienc 
en  ma  main.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  94.) 

Li  quens  sait  bien  qu'il  a  passez 

Guivi'es  et  serpenz  et  de  malfez; 

Des  lions  connoist  bien  les  traces, 

Et  lor  tesches  et  lor  effaces.     (P.  d.  B.  v.  5751  -  4.) 

E  Eenomee,  qui  tôt  voit 

E  tôt  conuist  e  aparceit.     (Ben.  3215.  6.) 

Yeit  sun  esforz,  veit  sun  poeir, 

Conuist  r esforz  de  son  savoir.     (Ib.  v.  4869.  70.) 

Mult  ad  apris  ki  bien  conuist  aJian.     (Ch.  d.  E.  p.  98.) 
Car  ce  ko  nos  veons  en  lumière,  ce  conissons  nos.    (M. s.  J. p. 458. 
•Cfr.  p.  487.) 

Nous  .  .  .  recounissons  et  avons  recouneu,  ke  nous  et  no  hoir  duc 
de  Braibant  tenons  et  devons  tenir  del  eveske,  et  del  église  de  Liège, 
Hakendeure  et  toutes  les  appartenances.  (1283,  J.  v.  H.  p.  421.) 
Vos  ki  coneisseiz  vostre  exil.  (S.  d.  S.  B.  p.  546.) 
Cet  eï  radical  est  certainement  une  faute,  ou  une  simple 
variante  orthographique  de  ^,  comme  le  prouveront  les  formes 
en  e  pur  qu'on  verra  plus  bas. 

Dans  le  dialecte  picard ,  on  trouve  d'ordinaire  la  terminaison 
ïes  à  la  seconde  personne  du  pluriel  du  présent  de  l'indicatif  et 
dn  l'impératif.  Cette  diphthongaison  provient  sans  doute  de 
l'influence  des  deux  s. 

Dist  Peanda:  n'est  pas  issi, 

Yous  connissies  petit  Osgui.     (E.  d.  B.  v.  14987.  8.) 

Bien  connissies  le  saint  Hermite 

Qui  est  hom  de  haute  mérite.     (E.  d.  M.  v.  1035.  6.) 

Maistres,  qu'est  che  chi  qui  me  lieve? 

Yous  connissies  vous  en  cest  mal?     (Th.  E.  M.  A.  p.  62.) 

Counissies  donques  la  folie.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  26.) 
Li  visce  ne  nos  conoissent  se  nos  sûmes  afflict,  car  mânes  ke  il 
hurtent  lo  dolent  cuer  si  resaihent.     (M.  s.  J.  p.  453.) 

Kar  bien  conuissent  e  ben  voient 

Que  rien  ne  puent  perdre  od  eus.     (Ben.  v.  28349.  50.) 

Présent  du  subjonctif: 

S'est  tens  que  je  m'en  reconnaisse.    (Eomv.  p.  323.) 
Mais  ço  c'ore  me  présentes,  ' 

Yostre  merci  à  cief  menés. 
Que  voie  ma  dame  et  m'amie 

Sains  ço  qu'el  me  connaisse  mie.     (P.  d.  B.  v.  6863  -  6.) 
Ceste  bataille  ne  poet  remaneir  unkes 
Josque  li  uns  sun  tort  reconuisset.    (Ch.  d.  E.  p.  139.) 
E  il  là  facent  lur  pénitence  e  lur  penance ,  e  cunuissent  lur  pecchied 
e  lur  iniquited  e  de  tut  lur  quer  se  prengent  à  Deu.  (Q.  L.  d.  E.  III,  p.  264.) 

9* 


132  DU   VERBE. 

L'^  est  Vi  que  l'on  a  vus  aux  deux  premières  personnes  du 
pluriel,  remplacèrent  aussi,  en  Bourgogne  et  en  Picardie,  Vo  de 
la  seconde  syllabe,  à  l'imparfait,  au  futur  et  au  conditionnel, 
où  les  terminaisons  sont  lourdes.  La  Normandie  conserva  son 
u  à  ces  temps;  uï,  oi,  dans  les  dialectes  mixtes.  Yers  1250, 
Voij  venant  de  l'infinitif  conoistre^  s'introduisit  aussi  au  sud  de 
la  Picardie,  sans  toutefois  repousser  les  formes  en  e,  qui  restèrent 
en  usage  dans  l'est  et  le  nord  du  dialecte  picard  jusque  bien 
après  le  XTEI®  siècle.  A  daler  de  la  même  époque,  oi  était, 
pour  les  temps  ici  en  question,  la  forme  ordinaire  de  l'Ile-de- 
France  en  suivant  le  cours  de  l'Aisne,  à  partir  de  l'est,  et  en 
remontant  vers  Beauvais.  Cet  oi,  favorisé  par  celui  de  Tou- 
raine  et  des  cantons  avo:".sinants  (oi  =  ui) ,  se  répandit  au  sud  et  à 
l'est  de  la  langue  d'oïl  et  finit  par  devenir  la  forme  prédominante. 
lii  picard,  dont  je  viens  d'indiquer  l'usage,  a  induit  plusieurs 
grammairiens  à  admettre  un  infinitif  conistre,  qui  n'a  jamais 
existé  jusqu'à  la  fin  du  XIII^  siècle. 

Par  ceus  où  j'ai  eu  amor, 

Où  plus  conoisseie  valor.     (Ben.  v.  39425.  6.) 

Et  tu  ne  me  reconnissoies?    (Th.  P.  M.  A.  p.  107.) 
Il  savoit  bien  ke  li  angele  ne  pooyent  mais  repairier  à  la  voie  de 
paix,  car  il  conessoit  bien  l'orgoyl  Moab.     (S.  d.  S.  B.  p.  524.) 

Et  quant  ele  obliet  ce  ke  ele  savoit  et  conoist  ce  ke  ele  ne  conis- 
soit.    (M.  s.  J.  p.  485.) 

Bien  connissoit  cascuns  s'ensaigne.     (R.  d.  M.  p.  76.) 

Kar  apertement  conoisseit 

Qu'à  eus  soffrir  n'aveit  esforz.     (Ben.  v.  27769.  70.) 

Toutes  les  terres  quenoissoit, 

Et  les  manières  en  savoit.     (R.  d.  S.  S.  v.  1771.  2.) 

Ne  conoissiez  pas  la  contrée.     (Ben.  v.  15316.) 

Cil  qui  l'eslection  faisoient 

Pertonopeus  ne  connissoient.    (P.  d.  B.  v.  9325.  6.) 

Cil  meismes  kil  congnoisseient.    (R.  d.  R.  v.  594.) 
De  ce  dist  sainz  Paules:  Dont  conistrai  ge  ensi  com  je  sui  conuz. 
(M.  s.  J.  p.  478.) 

Se  c'est  Ogier,  ben  le  conisterai.    (0.  d.  D.  v.  9247.) 
Piu*   ço   entre  les    genz   te    cunuistrai  e   à  tun  num   chanterai. 
(Q.  L.  d.  R.  n,  p.  210.) 

Quant  jeo  conuistrai  ma  baniere, 

Maintenant  ert  sur  eus  li  huz.     (Ben.  Il,  v.  726.  7.) 

Par  droit  jugement  m'en  métras 

Qant  la  pramesse  quenoistras.     (Chast.  XX,  v.  63.  4.) 

De  Sun  ami  bien  conustra 

JjO  bastun,  quant  ele  le  verra.     (Trist.  II,  p.  144.) 


DU    VEKBE.  133 

Par  sens  ferai  qu'il  y  venra, 

Que  nulz  ne  le  connoisterra.    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  5942.  3.) 

As  armes  vous  congnoisterons.    (Ib.  v.  714,) 

Comment  connoistruns  donc  celui?     (R.  d.  S.  G.  v.  310.) 

Sin  reconistres  miols  l'outrage 

Que  me  faites  ...     (P.  d.  B.  v.  6000. 1.) 

Savoir  si  vus  le  cunustrez.    (Trist.  Il,  p.  118.) 

Me  connoisteres  vérité.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  5272.) 

Mais  quant  il  mix  connisteront 

Sa  manière,  mix  l'ameront.     (R.  d.  1.  M.  v.  2343.  4.) 

Kar  par  ce  sanc  bien  quenoistreit 

Qel  enferte  ses  pore  anreit.     (M.  d.  F.  Il,  p.  195.) 

Sovent  avoient  fait  omages  1  Sovent  orent  donc  ostages 

Que  des  Bretons  reconnistroient 

Lor  fiu  et  que  d'aus  les  tenroient.     (Brut.  v.  13843-6.) 
Parfait  défiiii:  conui,  connui^  connue  fcounui)  ^  cunui. 

Je  sui  tos  près  de  jurer  au  mostier 

Moi  sissantisme  de  barons  cbevaliers, 

Ne  vos  conui,  par  le  cors  saint  RicMer  !  (0.  d.D.v.3976-8.) 

Cis  aura  le  pris  de  l'estour, 

Se  onques  chevaliers  connui.     (R.  d.  1.  Y.  p.  282.) 

Robin,  je  te  connue  trop  bien 

Au  canter,  si  con  tu  venoies.     (Th.  P.  M.  A.  p.  107.) 

Car  bien  sai,  s'onques  le  counui.     (Romv.  p.  318.) 

Mar  vi  l'ure  que  vus  cunui 

E  vus  e  Tristran  vostre  ami.     (Trist.  Il,  p.  1.) 

Si  coiemant  en  est  an  l'ost  antreiz 

Desoz  un  arbre  k'est  foillus  et  rameiz, 

Ke  nel  conuit  nuns  hom  de  meire  ney 

Del  ost  le  roi  de  France.     (G.  d.  V.  v.  1079-82.) 

De  voir,  senz  mençonge  e  senz  ni. 

Saint  Hues,  l'abe  de  Cloigni, 

Conut  e  sout  en  un  moment 

Sa  mort  e  son  trespassement.     (Ben.  v.  40845-8.) 
Congnut  (R.  d.  R.  v.  1039),  counut  (M.  d.  F.  Gug.  v.  154.) 

Yos  lettres  veimes  tout  troi, 

Ne  de  çou  deceu  ne  fumes: 

Yostre  seel  bien  conneumes.     (R.  d.  1.  M.  v.  4212-4.) 
Et  nous  Henris  ....  recouneumes  bien  le  devantdit  Jehan  à  home. 
(1253.  Th.  N.  A.  I,  p.  1052.) 

Soit  sainz  Johans  martres  en  ayer  les  engeles,  car  cil  si  cum 
espiritels  créatures  conurent  plus  certement  les  esperitels  signes  de  sa 
dévotion.     (S.  d.  S.  B.  p.  543.) 

Cil  conourent  l'ovraigne  aperte, 

Manifestée  e  descoverte.     (Ben.  v.  21270.  1.) 


134  DU   VEEBE. 

Imparfait  du  subjonctif: 

Pluis  tost  k'n  pot  issi  fors  coiemant; 
Puis  se  ferit  an  la  prese  pluis  grant, 
Que  nel  conuist  ne  Karle  ne  sa  gent.    (G.  d.  V.  v.  434-6.) 
Grim  li  out  fet  changer  son  non, 
Qe  par  tant  nel  conuist  l'om.     (L.  d'H.  v.  148.  9.) 
S'il  conneussent  l'aiguë  là  où  je  la  connois, 
Mosti'e  vos  eussent  lor  force  maintes  fois.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  98.) 
Participe  passé:  conuit,  eonut^  conu^  coneu. 
Nos  faisons  ui,   chier  freire,  l'encommencement   de  l'Avent,  cuy 
nous  est  assois  renommeiz  et  conuiz  al  munde,   si   cum  sunt  li  nom 
des  altres   sollempniteiz  ;   mais  li  raisons  del  nom  nen  est  mies  pai" 
aventure  si  conue.     (S.  d.  S.  B.  p.  521.) 

Seignors,  je  ai  veues  vos  lettres;  bien  avons  queneu  que  vostre 
seignor  sont  li  plus  baut  home  qui  soient  sans  corone.     (Yilleb.  434**.) 
Gerars  li  a  tout  comieu 

Son  grant  anui  et  sa  grant  perte.     (K.  d.  1.  Y.  v.  2383.  4.) 
L'avision  q'avez  veue 

Demain  poet  estre  coneue.     (L.  d'H.  v.  457.  8.) 
On  voit,  par  les  exemples  cités,  que  connaître  avait  souvent 
la  signification  de  faire  connaître,  avouer. 

Le  participe  présent  de  connaître  joint  au  verbe  faire, 
signifiait  faire  savoir,  donner  connaissance,  avertir: 

Nous  ....  faisons  cognissant  par  ces  présentes  lettres.  (1285. 
J.  V.  H.  p.  436.) 

Outre  reconnoistre ,  on  trouve  souvent  les  composés:  1^  des- 
connoistre,  ne  pas  reconnaître,  déguiser,  travestir,  défigurer; 
2  ^  mesconnoistre. 

Par  ceo  les  descunut  li  reis, 

Si  fu  en  dute  e  en  suspeis.     (M.  d.  P.  Elid.  v.  237.  8.) 
Lors  luy  compta  Tristan  comme   la   playe  luy  avoit  este  faicte, 
par  quoy  il  estoit  tout  descongneu.    (Trist.  II,  p.  225.) 
Jusqu'à  la  salle  ne  fina,  si  i  vint, 

Por  desconoistre  ot  son  cbaperon  mis.    (G.  1.  L.  Il,  p.  256.) 
E  Tristran  mult  ben  se  aperceuit 
Ke  ele  del  tut  le  mescunuit.    (Trist.  Il,  p.  130.) 

COUDEE  (consuere). 

Coudre  est  une  forme  avec  d  intercalaire  pour  cous're,  dont 
le  primitif  peut  avoir  été  cosre,  cosdre;  mais,  au  XILE''  siècle, 
on  ne  trouve  qjae  coudre,  et,  dans  le  dialecte  picard,  leudre. 
Plus  tard  on  écrivit  cousd/re. 

Le  d  de  coudre  étant  intercalaire,  les  irrégularités  de  ce 
verbe  ne  sont  qu'apparentes. 


DU   VERBE.  135 

Mout  saveit  bien  coudre  et  taillier.     (Chast.  XXVI,  v.  8.) 

Di  as  enfans  dant  Gilemer 

Ko  tu  fais  l'aiguille  enfiler 

Dont  tu  lor  dois  coudre  les  mances.     (Y.  s.  1.  M.  IX.) 

Ses  fiUes  fist  bien  doctriner 

Et  aprendre  keudre  et  filer 

Et  à  ouvrer  soie  en  taulieles.     (PMI.  M.  v.  2850-2.) 

Et  taillent  et  Jceusent  ses  dras.     (P.  d.  B.  v.  6270.) 

Elourentine  séant  trouva 

Sour  une  queutepointe  asise, 

Et  si  cousoit  par  grant  cointise 

Une  cote  à  armer  molt  riche  .... 

Or  vous  sees 
Ma  damoisiele,  et  si  couses 

Et  je  vous  ferai  compaignie.    (E.  d.  1.  Y. v.  3603  -6 ;  10 - 12.) 
Cil  mestres  plusors  variez  ot 

Qui  couseient  ce  qu'il  taillot.     (Chasl.  XXYI,  v.  3.  4.) 
Les  exemples  du  parfait  défini  que  je  puis  citer,   donnent, 
comme  aujourd'hui,  la  terminaison  t. 

Ensi  avala  li  literil,   et   alla  devant  l'autel  et  se  mist  à  genoilz 
mult  plorant,   et  il  li  cousierent  la  croiz  en  un  grant  chapel  de  coton, 
por  ce  que  il  voloit  que  la  gent  la  veissent.     (YiUeh.  441  ^.) 
Apres  ce  côtelés  se  firent 

De  fueilles,   qu'ensemble  acousirent.     (E.  d.  S.  G.v.  123.4.) 
Ce  dernier  exemple  nous  fournit  le  composé  acoudre ,  coudre 
à,  l'un  à  l'autre. 

Imparfait  du  subjonctif: 

Aincois  qu'il  cousissent  lor  manches.     (Eomv.  p.  583,  v.  34.) 
Cfr.:   Grylippus  descousut  par  dessoubz  les   coustui-es  des   sacs  oii 
l'argent  estoit,  et  en  tira  de  chasque   sac  une  bonne  somme,  puis  les 
recousut.     (Amyot.  Hom.  iU.  Lysander.) 

Participe  passé:  cousu. 

Kar  Normanz  ki  l'orent  veu 

L'ont  parsui  e  conseu, 

As  fers  de  lances  l'ont  cosu.     (E.  d.  E.  v.  13870-2.) 
On  voit  ici    coudre   employé    comme    aujourd'hui  enfiler^   en 
termes  d'escrime,  et  embrocher,  dans  le  discours  familier. 

Au  Keu  de  coudre.^    on  trouve  encoudre   dans  le  même  sens. 
JDescoudre,  signifiait  séparer  ^  découper  (Ch.  d.  E.  str.  CXLIII.) 

CKOIRE  (v.  fo.),   credere. 

Le   texte   des  sermons  de    saint  Bernard   donne   déjà  à  ce 
verbe   la   forme   croire^   qui   avait   été   précédée   de   crore,    en 


136  DU  \':erbe. 

Bourgogne    et   en  Picardie.     Le   dialecte   normand   disait   crere 
et  créer;  les  dialectes  mixtes,  creire. 

Et  ke  doiens  nos  croire  por  kai  il  vint.     (S.  d.  S.  B.  p.  526.) 

On  doit  bien  croire  cliou  c'on  voit.     (R.  d.  M.  p.  41.) 
Si  crere  me  volez ,  tnte  en  serrez  garie.     (Charl.  v.  713.) 
De  ceo  que  dites  qu'il  ad  mande 
Ne  puis  creire  que  seit  vérité 

En  nule  guise.     (Ben.  t.  3,  p.  493.) 
E  vous  prioms  que  eau^  deus,  e  un  de  eaus  ensement  voiliez  créer 
en  ceo,  q'il  vous  diront,   de  la  nostre  part,   sor  les  besoignes  avant 
nomees.     (1283.  Rym.  I,  2.  p.  218.) 

Le    présent    de    l'indicatif    se    conjuguait    de     la   manière 
suivante: 

BOTmaoGNE  et  picaudie. 
croi,  crois,  croit,  créons,  creomes,  creeiz,  crées,  croient. 

NORMANDIE. 

crei,  creis,  creit,  creum,  créez,  croient. 
Ainsi,  aux  personnes  à  terminaison  légère,  diphthongaison 
régulière  de  Ve  radical  avec  i,  dans  le  dialecte  normand;  en 
Bourgogne  et  en  Picardie  de  l'o  avec  ^,  puis,  comme  on  l'a 
déjà  vu  pHisieurs  fois,  affaiblissement  de  l'o  en  e  devant  les 
terminaisons  lourdes. 

Peut-être    m'objectera- 1 -on    que    l'infinitif    crore    n'a    pas 

existé,   et  que  croire  a  été  formé   d'après  les  personnes   en  ai 

du  présent.     Supposé  même,   ce  qui  n'est  pas,    que  crere  soit 

aussi   primitif   en   Bourgogne    et   en  Picardie,    ce    verbe   n'en 

conserve   pas  moins  son  caractère   fort.     En   effet,   comme   en 

d'autres  occasions,  la  voyelle  r^^dicale  latine  se  serait  diphthonguée 

devant  les  terminaisons   légères,   et   partout   ailleurs  on  aurait 

conservé  Ve  latin,    qui  alors  avait   perdu   son  ancienne  valeur. 

Mes  ce  ne  cm  je  mie  que  vos  soiez  tuez.   (Ch.  d.  S.II,p.  155.) 

Eespunt  li  dux:   Sire,  jo  vos  en  crei.    (Ch..  d.  R.  p.  134.) 

Mais  tu,   par  aventure,  ne   crois  mies  bien  lo  tesmoignage  saint 

Joban.    (S.  d.  S.  B.  p.  552.) 

Se  tu  me  creis,  ne  feras  tu.     (Cbast.  XX,  v.  103.) 
Ki  en  lui  croit,  H  est  plus  faus  que  bris, 
Tos  ses  pooirs  ne  vaut  deus  parisis.    (0.  d.  D.  v.  11320. 1.) 
E  si  vos  sai  mostrer  e  dire, 
Qui  nel  (J.  C.)  creit  e  si  nel  crerra, 
Ja  en  son  règne  n'entera.     (Ben.  v.  24112-4.) 
Se  nos  créons  bien  en  Dieu,  li  cbans  demourra  nostres.     (H.  d.  V. 
495  ^) 

Si  m'en  creeiz,  par  le  cors  S.  Simon, 

Pendre  feriez  as  forcbes  cel  glouton.   (G.  d.  Y.  v.  1348.  9.) 


DU    VERBE.  1.07 

Si  vous  crées  ma  demoustranche, 

Nous  end  arons  bonne  venjanclie.     (L.  d'I.  p.  22.) 
Mais  or  croient  à  moens  li  gent  à  lor  veue,  car  li  testimoignaige 
do  Deu  sunt  devenuit  trop  creaule.     (S.  d.  S.  B.  p.  547.) 

Escandalizanz  un  de  cez  petiz  ki  en  luy  croyent.     (Ib.  p.  557.) 

Sed  qu'il  creient  qu'il  seit  ocis.     (Ben.  v.  37391.) 
Présent  du  subjonctif:  croie ^  creie. 

Le  parfait  défini  avait  deux  formes  :  crei,  crui.  La  première 
était  la  plus  ordinaire. 

Se  vostres  consaus  fust  creus, 

Partonopeus  fust  sains  et  drus; 

Mais  g'en  crd  mes  volontés, 

Dont  je  sui  morte  et  il  derves.  (P.  d.  B.  v.  6997-7000.) 

Ge  l'en  crui,  et  si  fis  que  fous.     (Trist.  I,  p.  16.) 
Por  coi  crui  ge  ma  famé?     (E.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  58.) 

Eaoul  creis  et  sa  losengerie.     (E.  d.  C.  p.  74.) 

Pist  .i.  preudome  e  saint  martir, 

Quant  il  crd  de  cuer  entir.     (PMI.  M.  v.  3820.  1.) 

Consel  crei,  consel  ama.     (E.  d.  1.  V.  v.  72.) 
E  vos  faites  moût  mal  quant  vos  le  creistes.  (Yilleb.  p.  97.  CXXIII.) 

Et  il  creirent  ce  qu'il  dist.     (Brut.  v.  429.) 

Lnparfait  du  subjonctif:  ereisse,  cr eusse. 

Je  me  fi  mult  en  lui  et  croi. 

Se  ne  m'i  creusse  et  fiaisse, 

En  nul  sens  ne  li  envolasse.     (Bol.  p.  159.  60.) 

Il  couvendroit  qu'en  lui  creisses 

Et  ses  conmandemenz  feisses.     (E.  d.  S.  G.  v.  2075.  6.) 
Qui  creust  dons  k'il  fils  de  Deu  fust?     (S.  d.  S.  B.  p.  551.) 

Certeinnement,  que  je  quidoie 

Que  vous  ne  m'en  creussiez  mie.    (E.  d.  S.  G.  v.  804.  5.) 

Certes,  se  vous  m'en  creissies, 

Ja  ne  vous  entremesisies.     (E.  d.  1.  V.  v.  286.  7.) 

La  forme  ordinaire  du  fatur  est  creraï,  et,  avec  transposi- 
tion du  r,  herrai,  querrai ,  en  Picardie.  Le  texte  des  sermons 
de  saint  Bernard  donne  déjà  croireiz^  et  les  formes  en  o^,  déri- 
vant de  l'infinitif  croire^  deviennent  de  plus  en  plus  communes 
à  mesure  que  l'on  avance  dans  le  XTIP"  siècle,  sans  toutefois 
prédominer  sur  les  autres.  La  forme  ereire  produisit  aussi  un 
futur  creirai^  qui  paraît  seulement  vers  la  fin  du  XTEI*'  siècle. 
Erfin,  on  a  quelques  exemples  de  la  même  époque,  où  le  r 
est  précédé  d'un  s  intercalaire.  ^ 

(1)  L'intercalation  d'un  s  devant  r  est  assez  rare  et  ne  se  montre  guère  que  dans 
la  seconde  moitié  du  Xnie  siècle:  esraument  (R.  d.  0.  d.  C.  v.  3710.) 


138  DTJ   VERBE. 

Par  Deu!  ço  dist  li  escut,  ja  ne  vus  en  crevai.  (Charl.  v.  515.) 

Yaspasyens  dist:    Jou  ereirai 

Et  moût  volentiers  l'aourrei.     (R.  d.  S.  G.  v.  2081.  2.) 

Ja  ne  querrai  nul  jor  que  soie  vis 

En  vostre  Deu  que  penerent  Juis.  (0.  d.  D.  v.  11317.  8.) 
Mes  sauve  vostre  grâce ,  et  sauve  vostre  parole ,  et  sauve  vostre  revc- 
rance ,  je  ne  créerai  hui  qu'il  le  s'en  penast  onques.    (R.  d.  S.  S.  d. R. p.  16.) 
Ja  ne  faldra 

Qui  de  tôt  sa  feme  herra, 

Qu'en  la  fin  ne  soit  mal  baillis.     (L.  d.  M.  p.  67.) 

Lors  a  dit  que  croira  dou  tôt  son  loemant.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  109.) 

Cant  fu  li  reis  amonestiez 

Des  evesques  sainz  ordenez, 

Qu'il  crerra,  ce  dit,  lor  conseilz, 

Maintenant  fu  fait  li  enveiz.     (Ben.  v.  22866-9.) 

Par  son  message  ra  mande 

Que  por  parole  nel  eresra. 

Ne  ja  ne  s'en  remuera.     (Brut.  v.  4638-40.) 
Si  ju  vos  ai  dit,  dist  il,  les  choses  terrienes  et  vos  ne  créez,  coment 
croireiz  vos  si  je  vos  di  les  celestienes?     (S.  d.  S.  B.  p.  539.) 

Il  dist  al  rei  :  Ja  mar  ererez  Marsilie.     (Ch.  d.  R.  p.  8.) 

Très  ben  s'afice,  ja  mal  le  mesquerres.    (0.  d.  D.  v.  4889.) 

Et  cil  bon  eure  seront 

Qui  par  vraie  foit  me  creront.     (R.  d.  M.  p.  41.) 

Qui  en  moi  vraiement  croirunt, 

De  leur  maus  repentance  arunt.  (R.  d.  S.  G.  v.  883.  4.) 

Dient  ke  ja  ne  le  Jcerront 

Dusk'à  tant  que  il  le  verront.     (R.  d.  1.  M.  v.  6435.  6.) 

Là  sont  les  dames  qi  querront  en  Jhesu.     (0.  d.  D.  v.  13001.) 

Certes  ja  mes  ne  me  crerrunt 

Des  que  ceste  aventure  saverunt.  (M.  d.  F.  Pi-,  v.  77.  8.) 
Conditionnel:  croiroie  (G.  1.  L.  II,  p.  220),  hreroie  (M.  d.  F.  Il, 
p.  272),  mesquerroie  (Th.  Fr.  M.  A.  p.  61),  creroit  (M.  s.  J. p.  505), 
crerreit  (F.  d.  F.  II,  p.  418),  crerroit  (Romv.  p.  564,  v.  2),  herroit 
(Phil.  M.  V.  28910),  querries  (0.  d.  D.  v.  841),  herroient  (Phil.  M. 
V.  29873),  crereient  (M.  d.  F.  n,  p.  422). 

Et  per  les  apostres  la  (la  patenostre)  comandait  il  à  dire  à  tous 
ices  qui  an  lui  croroient.     (Apec.  f.  50,  v.  2.  c.) 

Imparfait  de  l'indicatif:  creoù  (P.  d.  B.  v.  3535;  Eomv.  p.  479, 
V.  33;  Ch.  d.  S.  I,  p.  258),  creeïes  (Chast.  XX,  v.  257  ;  XIX,  v.  134), 
creoït  (P.  d.  B.  v.  7816;   0.  d.  D.  v.  4519),   creeït  (Chast.  XXII, 
V.  32),  creioient  (St.  N.  v.  350),  etc. 
Participe  passé:  creu. 

Jhesucris  dit:  Tu  m'as  creu 

Thumas ,  por  chou  que  m'as  veu.    (R.  d.  M.  p.  41.) 


DU    VERBE.  139 

Les  composés  de  croire  étaient: 

Acroire  :  a)  croire  faussement  et  sans  un  fondement  raison- 
nable. 

Quanque  m'as  dit  e  fait  acreire 

Yoil  que  seit  cliose  certe  e  veire.     (Ben.  v.  18324.  5.) 
Cfr.  ci -dessous  mescroire,  et  Régime  des  verbes. 

b)  donner  à  crédit,  prendre  à  crédit,  prêter,  emprunter. 
De  ces  .ii.  sages   qui  furent  remes ,  li  uns  en  fu  si  larges  et  si 
despenderes,   qu'il  mestoit  en   donner  tout  ce  qu'il  avoit,  et  ce  qu'il 
no  pooit  meesme  avoir,  et  acreoit  en  plusieurs  leus;  li   siens  n'estoit 
veez  à  nului.     (E.  d.  S.  S.  d.  K.  p.  30.) 

On  doit  très  "bien  paier  la  gent 

De  cIlo  quant  on  l'a  aereue.     (Fab.  et  C.  lY,  p.  28.) 

Hé!    Baudoin,  fait  ele,  malement  vos  estait. 

Ja  verrez  Saisnes  venir  sor  vostre  plait; 

Qan  q'avez  acreu  crienz  que  ja  ne  vos  pait.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  238.) 

Nampourquant  pas  ne  se  recroient 

Ains  paient  bien  cbou  k'il  acroieïit.    (K.  d.  1.  Y.  p.  97.) 

S'ot  el  cMef  le  heaume  lacie. 

Et  tant  i  estoit  bien  assis. 

Qu'il  ne  vous  fust  mie  avis 

Q'emprunte  n'acreu  l'eust.     (Romv.  p.  506.) 
Cfr.  Eoquefort  s.  v.,   et  PMI.   de  Commines  1.  lY,  ch.  ni:     Trois 
compagnons  de  la  dite  ville,  qui  hantoient  les  tavernes,  vinrent  à  un 
tavernier  à  qui  ils   dévoient,    prier  qu'il  leur   accrust  leur  ecot,  et 
qu'avant  deux  jours  le  payeroient  du  tout. 

Le  simple  croire  avait  aussi  la  signification  de  vendre  à  crédit  : 

N'a  bolengier  en  trestot  cest  païs 

S'il  vos  créait  .xv-  pains  atamis 

Qu'en  cuidast  estre  paies  molt  à  envis. 

Car  trop  vos  voi  desnues  et  despris.     (Romv.  p.  229.) 
Concroire,  confier. 

Sa  traisun  e  sa  merveille 

Lors  dit  e  concreit  e  conseille.     (Ben.  I,  v.  1553.  4.) 

Ne  je  n'ai  am"  si  prive 

Qui  je  cest  ovre  concreisse, 

Ne  sai  home  qui  la  deisse.     (Ib.  v.  18139-41.) 
Mescroire ,  refuser  d'ajouter  foi,  se  défier,   se  douter,  soup- 
çonner. 

Ne  soit  nuls  M  ceu  mescroiet  et  qui  de  ceu  dotet.    (S.  d.  S.  B.  p.  532.) 

Por  ce  ci  n'en  parlèrent  mie 

Et  por  ce  ke  il  nel  savoient 

De  voir,  mes  il  le  mescreoient.     (Dol.  p.  198.) 

Suer,  fait  la  dame,  à  tant  en  sui 

Que  vostre  consel  mar  mescrui.     (P.  d.  B.  v.  6969.  70.) 


140  DU    \'ERBE. 

En  son  cuer  dit  or  croit  sa  feme 

Et  meseroit  les  barons  du  reigno 

Qui  li  faisoient  chose  acroire 

Que  il  set  bien  que  n'est  pas  voire, 

Et  qu'i  la  prove  à  mençonge.   (Trist.  I,  p.  16. 17.  Cfr.  p.  25.) 

L'anel  ne  set  comment  mescroire 

Ne  la  vérité  comment  croire.  (E.  d.  1.  M.  v.  6155.  6.) 
Descroire ^  ne  pas  croire,  regarder  ou  traiter  comme  faux. 
Descroire  est  restrictif,,  atténuatif;  portée  au  plus  haut  point, 
l'action  de  ce  verbe  n'est  toujours  que  négative.  Mescroire  ren- 
ferme l'expression  d'un  sentiment  affirmatif,  positif,  qui  fait 
considérer  en  mal  ce  qui  en  est  l'objet. 

Bien  m'est  avis  que  ne  soient  de  néant  descreu.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  106.) 
Cfr.:   Quant  à  telles  choses,  il  y  a  danger  à  trop  les  croire  et  à 
trop  les  descroire.     (Amyot.  Hom.  ill.  Camillus.) 

Genz  desleie  e  descreue 

S'est  ci  sor  mei  trop  enbatue.     (Ben.  v.  10421.  2.) 

M'oriflamble  portez  antre  les  mescreuz.    (Ch.  d.  S.  II,  p.  182.) 
Mescreuz^  c'est-à-dire  mécréants,  dans  le  sens  propre  du  mot. 
Notre  mécréant  est  le  participe  présent  du  verbe  mescroire. 

Et,  si  estoient  Saisne  et  mescreant  ançois, 

Or  sont  chrestine  et  de  molt  bone  fois.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  122.) 
Recroire:  a)  donner  caution;  rendre;   restituer;    accorder  la 
liberté;  ressaisir,    dans   le    droit   coutumier;    b)   avouer,    faire 
savoir;  se  lasser,  s'arrêter,  se  dédire,  être  rebuté,  cesser,  aban- 
donner, se  regarder  comme  vaincu;  c)  soupçonner,  accuser. 

Chevalier  sire,  recréez  moi  ce  brant. 

(Agolant.  Ed.  Bekker.  v.  1087.) 
Dist  li  empereres:  Bons  pièges  en  demant. 
.Xxx.  paienz  li  plevissent  leial 

Ço  dist  li  reis:    E  jol  vos  recrerai.     (Ch.  d.  R.  p.  148.) 
Li  emperere  le  recreit  par  hostage.     (Ib.  p.  149.) 
A  Eoem  droit  à  sun  fillol 
Tramet  sun  message  e  enveigt 
Qui  trestot  li  cent  e  recreie 
Que,  se  il  veut,  tant  a  poeir, 
Sil  set,  qu'il  seit  à  suen  voleir.     (Ben.  v.  7555-9.) 
Bien  pens  faire  le  me  feront, 
Ja  pour  mon  dit  ne  le  lairont, 
S'aucune  chose  en  moi  ne  voient 
Par  quoi  de  ce  voloir  recroient.     (R.  d.  1.  M.  v.  605-8.) 
Langue,  qui  onques  ne  recroit 

De  mesdire,  soit  maleoite.    (Eomv.  p.  535,  v.  19.  20.) 
Tels  i  a  oi  este  l'orguilz 
Qu'à  peine  les  parti  la  nuiz; 


DTJ    ^^KBE.  141 

Senz  ceo  que  de  rien  se  recreient, 

Yont  s'en  por  ce  que  mais  n'i  veient.  (Ben.  v.  4464-7.) 
Lasserat  Caries ,  si  recrerrunt  si  Franc.    (Ch.  d.  R.  p.  35.) 
Cfr.  Ben.  V.  6692.  23712;  Ch.  d.  S.  II,  p.  20;  0.  d.D.  v.6854; 
C.  d.  C.  d.  C.  p.  61  ;  R  d.  1.  M.  v.  74,  etc. 

Eabelais,  Amyot,  Montaigne,  font  souvent  encore  usage  de 
ce  mot. 

CROITRE  (crescere). 

Le  t  de  croître  est  intercalaire.  Ce  verbe  a  eu  d'abord  la 
forme  (crasrej  erasfre^  dans  la  Bourgogne  propre.  En  Nor- 
mandie, on  disait  (cresre)  crestre;  dans  le  dialectes  mixtes, 
creistre;  en  Picardie;  croistre^  dès  le  premier  quart  du  XIII* 
siècle. 

Nul  mal  en  lui  ne  laissoit  croistre.    (R.  d.  M.  p.  7.) 

Seignor  vassal 
Si  fait  ovre  voil  comencier 
Pur  vos  plus  ereistre  e  esliaucier.     (Ben.  I,  v.  1616-8.) 

Yoyons  d'abord  des  formes  en  a  radical. 

Certes,  ensi  cesset  li  décors  de  la  grâce  lai  où  li  recors  nen  est, 
car  al  non  greit  saicliant  ne  crast  nuls  bien;  anz  li  tornet  en  plus 
grant  dampnation  ceu  mismes  qu'il  receut  avoit.     (S.  d.  S.  B.  p.  563.) 

Rendons  grâces  à  Deu  par  cuy  nostre  solaz  habondet  et  acrast. 
(Ib.  fol.  74.  Roquefort  s.  v.  habondet.) 

Ensi  acrast  assi  en  mi  et  dolor  et  crimor  li  aasmenenz  de  la  me- 
dicine.     (Ib.  fol.  20.  Roquefort  s.  v.  aasmement.) 

Dans  cette  dernière  citation  acrast  signifie,  fait  accroître. 

Altrement  ne  craisseroient  eles  mies  si  bien  (les  noveles  plantesons), 
et  eles  del  tôt  iroient  à  mal  par  la  sachor.     (S.  d.  S.  B.  p.  538.) 

Présent:  croîs  ^  cres  ^  creis;  parfait  défini:  crui;  participe 
passé:  creu. 

Cant  il  voient  ke  la  prosperiteiz  de  cest  munde  lur  creist.  (M.  s.  J. 
p.  463.) 

Li  bien  ....  creissent  parmi  ce  ke  il  sont  arier  mies.     (Ib.  p.  466.) 

Mais  par  ce  est  lur  desiers  atargiez  ke  il  creisset    (Ib.  p.  466.) 

Ces  dernières  formes  supposent  un  infinitif  crestre  ou  creistre, 
qui  peut  être  du  dialecte  bourguignon  ou  picard  (voy.  I,  p.  313),  et 
l'on  doit  se  demander  si,  hors  la  Bourgogne  probre,  le  verbe 
croître  n'a  pas  eu  partout  la  forme  crestre^  dont  on  aurait  fait 
plus  tard  croistre  en  Picardie,  par  analogie  aux  nombreuses 
formes  en  oi  de  ce  dialecte.  Je  ne  saurais  répondre  positi- 
vement à  cette  question;  mais  on  pourrait  admettre  crestre, 
creistre  dans  la  plus  grande  partie  du   dialecte  bourguignon,  et 


142  DtJ   VERBE. 

croatre^  croistre  en  Picardie.     Cette  supposition  est  conforme  aux 
usages  picards. 

Lors  os  croist  moult  de  cevaliers, 

Par  cens,  par  deux  cens,  par  milliers; 

Bien  sont  creu  de  trente  mile.     (P.  d.  B.  p.  2315-7.) 
Car  bien  sachiez  que  en  douze  grans  journées  ne  croist  ne  blés, 
ne  orges ,  ne  vins ,  ne  avoines.     (H.  d.  Y.  493  ^.) 

Ausi  cum  l'ente  edefiee 

Qui  del  buen  arbre  fu  trenchee 

Creist  et  foiUist  e  rent  sa  flor 

E  son  cher  fruit  de  bon  odor, 

Autresi  fist  li  dameiseaus.     (Ben.  v.  12731  -  5.) 

Mais  al  chaple  des  branz  d'acer 

Crut  li  orguiz  devers  les  tieis, 

E  baissa  mult  devers  François.     (Ib.  v.  28345-7.) 

La  mier  orut  et  flot  monta 

De  si  q'à  lui  :  grant  poour  a.     (L.  d'H.  v.  419.  20.) 

Li  mers  enfla,  onde  levèrent; 

Wage  crurent  et  reversèrent.     (Brut.  v.  2527.  8.) 
Car  et  se  il   sentoient  alcunes   diverses  choses,   droiz   fust  senz 
failhe  ke  il  humiliment  les  desissent,  ke  il  par  lur  destempreies  paroles 
ne  creussent  les  plaies  al  navreit.     (M.  s.  J.  p.  475.) 

Et  lors  tenoient  d'Argentille 

La  meschine,  que  ert  sa  fille. 

Que  ja  estot  creue  et  grant 

Et  bien  poeit  avoir  enfant.     (L.  d'H.  v.  283-6.) 

Nous  decroistrons  et  H  croistront.    (Brut.  v.  549.) 

Mult  vos  crestreie  oi  en  cest  jor 

De  fieu  riche  e  de  grant  honor.     (Ben.  v.  14446.  7.) 

COMPOSÉS. 

Acroistre^  accroître. 

Li  quens  garni  Cristople  et  la  Serre,  et  de  teles  gens  qui  n'avoient 
mie  grant  volente  de  acroistre  l'honnour  de  l'enfant.  (H.  d.  Y.  504''.) 
Yoy.  ci -dessus  les  formes  en  a  radical. 
Deeroùtre^  décroître.     Y.  plus -haut. 
JSscroùtre,  sortir;  accroître,  augmenter,  agrandir. 

C'est  li  dolenz,  K  durfeuz 

Qui  de  noient  est  escreuz.    (F.  et  C.  I,  p.  324.) 

Des  noz  avoirs  senz  nul  mentir 

Les  quide  escreistre  e  enrichir.     (Ben.  v.  8962.  3.) 

Cil  que  vous  i  vodreiz  amer  |  E  escreistre  e  alever, 

Cil  i  aura  joie  e  honor, 

A  celui  porterai  amor.     (Ib.  v.  10705-8.) 

Por  eus  amerai  lor  parenz 

E  escreistrai  mais  à  ma  vie.    (Ib.  v.  9719.  20.) 


DTJ    \:EilBE.  143 

Parer oistre^  au   participe,    signifiant:   qui   a  toute   sa  crois- 
sance, grand,  développé. 

Qant  ot  pris  garnemanz  et  agrez  receuz, 

Il  estut  ou  palais  larges  e  para-euz.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  182.) 

Desor  toz  les  François  fu  plain  pie  parereuz.     (Ib.  ead.) 

Tant  que  il  eurent  douze  fiuz 

Et  biaus  et  genz  et  joarcreuz.     (E.  d.  S.  G.  v.  2845.  6.) 

Cist  entrèrent  en  la  gastine, 

E  virent  la  grant  desertine 

E  la  forest  grant,  parcreue.     (Ben.  v.  10877-9.) 

Tu  es  forz,  parcreuz  et  gi'anz. 

Si  porras  grant  fes  porter.    (L.  d'H.  v.  178.  9.) 

DIEE  (dicere). 

Ce  verbe  n'a  eu  qu'une  seule  et  même  forme  dans  les  trois 
dialectes  de  la  langue  d'oïl:  dire. 

Om  ne  puet  jai  mies  dire  ke  li  prestres  soit  si  cum  li  peules. 
(S.  d.  S.  B.  p.  556.) 

Le  présent  de  l'indicatif  se  conjuguait  de  la  forme  suivante  : 

Di,  dis,  dit  —  dist,  disons,  dites  —  distes,  dient. 
Impératif:  di,  disons,  dites  —  distes. 
A  dater  de  1240  environ,  la  troisième  personne  du  singulier 
s'écrivait   fréquemment  avec  s  dans   la  Picardie.      Dîtes  est  la 
forme   ordinaire   de   la  seconde    personne   du  pluriel;   distes  se 
trouve  assez  rarement. 

Se  vos  estes  ocis,  je  vos  di  sanz  boisier, 
An  vostre  sole  mort  an  morront  .c.  millier. 

(Cb.  d.  S.  n,  p.  152.) 
Et  je  vos  di  que  j'ai  amie 
Et  moult  rice  et  moult  debonaire, 

Mais  nel  vos  caut  d'aillors  retraire.     (P.  d.  B.  v.  3876-8.) 
Ge  ne  di  pas  à  vostre  entente 
Que  de  Tristran  j'or  me  repente.    (Trist.  I,  p.  112.) 
JDi  al  serjant  qu'il  ait  avant.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  32.) 
Di  mei,  fist  Saul  à  Jonatban,  qu'as  tu  fait?    (Ib.  ead.  p.  51.) 
Paien,  dist  il,  il  t'est  mesavenu 

Quant  tu  médis  del  digne  roi  Jbesu.    (0.  d.  D.  v.  11338.  9.) 
"Willame,  dist  Boton,  tu  dis  grant  avillance.  (E.  d.  E.  v.  2175.) 
Son  ost  comande  tant  qu'il  viengent. 
Et  dit  coment  il  se  contiengent.     (Een.  v.  34455.  6.) 
Mais  on  dist  que  besoins  n'a  loi.     (P.  d.  B.  v.  6749.) 
Mais  ne  te  samblet  il  dons  ke  novele  chose  soit  ceu  ke  nos  disons 
c'un  oygnet  lo  cMef  en  la  geune?    (S.  d.  S.  B.  p.  565.) 
En  Normandie,  on  disait  dïum  pour  dïsum. 


144  DU   \'ERBE. 

Ne  dium  que  li  reis  n'ait  mesfait  e  mespris, 

Mais  il  est  partut  prez  de  l'amender  tuz  dis. 

(Th.  Cant.  p.  73,  v.  16.  17.) 

Tant  vus  durrad  aveir  entre  or  fin  e  mangun, 

E  plus  encore  asez  que  nus  ne  vus  dium.  (Ben.  t.  3,  p.  586.) 
On  trouve  encore  dîmes.     Yoy.  faire ,  prés,  indic,  1^^®  pers. 
du  plur.) 

Nos  li  diromes  nos  meimes. 

Alon  au  roi  et  si  li  dîmes, 

Ou  il  nous  aint,  ou  il  nous  hast, 

Nos  volon  son  nevo  enchast.     (Trist.  I,  p.  31.) 

Mais  dites  moi,  je  le  voel,  tos. 

Quel  gent  sont  caiens  à  ostel  ....  ?   (Phil.  M.  v.  19930. 1.) 

Sire,  fait  il,  ne  dites  rien 

Fors  nostre  honte  et  vostre  bien.     (P.  d.  B.  v.  3113.  4.) 
Li  empereres  le  mainne   en  sa   chambre  par  la  mein,  et  li  dit  li 
empereres  :  or  dites.    (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  61.) 
E  si  distes  entre  vus.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  35.) 

Doneiz  nos,   ce  dient  les  sottes  virgines,   de  vostre  oile.    Et  por 
kai  dient  eles  ceu?     (S.  d.  S.  B.  p.  564.) 

Et  il  vienent  al  duc ,  et  li  dient    (Yilleh.  443  ^.) 

Chascune  s'en  esmervilla  |  Quant  oie  la  mouviele  a. 

Dient:  Bien  estes  euree 

Quant  à  lui  estes  mariée.     (E.  d.  M.  p.  53.) 

Li  chevalier  dient  et  jurent 

Conques  mais  tel  jouste  ne  virent.   (E.  d.  1.  Y.  v.  1919. 20.) 

Sire,  savez  que  dient  vilain  an  reprovier? 

„Selonc  tans,  trampreure  ne  fait  à  desjugier." 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  152.) 

Présent  du  subjonctif:  dïe. 

De  m'amie  me  demandes. 

Et  à  certes  m'en  conjures 

Que  je  vérité  vos  en  die.    (P.  d.  B.  v.  3873  -  5.) 

Dreiz  est  e  biens  que  je  vos  die 

Ço  que  ci  me  retrait  la  vie.     (Ben.  v.  7470.  1.) 

Ja  de  ce  ne  serai  estiers 

Que  je  ne  die  vo  plasir.     (E.  d.  1.  Y.  p.  12.) 

Si  m'estuet  que  je  die  tout.     (Ib.  p.  24.) 
Et  por  ceu  ke  tu  or  ne  dies  assi.     (S.  d.  S.  B.  p.  537.) 
Encore  te  requier  e  cunjur  que  ne  me  dies  si  voir  nun  el  num 
nostre  Seignur.     (Q.  L.  d.  E.  III,  p.  336.) 

Kar  chascuns  quide  e  creit 

Que  tu  n'en  dies  si  veir  non.    (Ben.  v.  25735.  6.) 
Molt  est  granz  cist  los,  mais  nen  iert  mies  parfaiz  li  los  ei 
tant  ke  cil  vignet  ki  diet  ....    (S.  d.  S.  B.  p.  543.) 


DIT   VERBE.  145 

Si  tu  veis  qu'il  se  desdeigne  e  enquierge  pur  quei  nus  si  apruchames 
al  mur  e  died  ....     (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  156.) 

Or  me  laissies  dire  mon  samblant, 
Puis  die  chascune  son  talant.     (L.  d'I.  p.  16.) 
Pour  çou  vous  conjur  que  le  voir 
Me  diies.     (R.  d.  1.  M.  v.  6175.  6.) 
Si  ke  il  par  entencion  ne  voisent  mie  en  sus  de  perfection,  ne  par 
orguelh  ne  contredient  à  l'ateirement  de  lur  faiteor.    (M.  s.  J.  p.  466.) 
Le   subjonctif  âïe  se   trouve   encore    dans   La   Fontaine    et 
Nolière. 

Parfait   défini:    dïs;  imparfait   du  subjonctif:     deïsse,    desisse. 
(Yoy.  quérir.) 

■Quant  jel  vos  dis,  cumpainz,  vos  ne  deignastes.  (Ch.  d.R.p.67.) 
Ta  bûche  ad  parlée  encuntre  tei  e  à  tun   damage,  en  ço  que  tu 
deis  que  l'enuint  nostre  Seignur  oceis.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  122.) 

Or  voil  de  ço  respundre  qu'en  tes  lettres  desis  i.  (Th.  Gant.  p.  76,  v.  21.) 
Et  dit  Bernars:  Voirement  le  desis.     (G.  1.  L.  II,  p.  26.) 
La  forme  suivante  est  tout  à  fait  incorrecte: 

Li  chevalier  parla,  si  deit.    (R.  d.  R.  v.  7490.) 
Faites  le  moi,  si  com  désistes.     (Ph.  M.  v.  4817.) 

(Nous)  desimes  et  ordenames  .  .  .  .  ke  lidis  cuens  de  Flandres 

mesist  en  no  main  Lembourg.     (1288.  J.  v.  H.  p.  479.) 
A  mei  venistes ,  e  me  désistes.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  40.) 
Si  ore  ne  sunt  aampli  li  gab  que  vus  déistes, 
Trancherai  vus  les  testes  odmaspeefurbie.    (Charl.  v.  645. 6.) 
Et  en  la  prison  me  déistes.. 

Quant  vous  ce  veissel  me  rendistes  ...   (R.  d.  S.  G.  v.  2761. 2.) 
Li  message  s'en  vont,  et  distrent  que  il  parleroient  ensemble,   et 
lor  en  respondront  lendemain.     (Yilleh.  p.  435''.) 

Li  barum  de  la  terre  parlèrent  al  rei,  si  li  distrent  (Q.  L.  d.  R.  H,  p.  151.) 
Et  quant  li  empereres  oi  ce,    si   dist  que  il  s'y   acorderoit  bien, 
sauf  ceu  qu'il  voloit  savoir  qui  li  cinquisme  seroit,  et  li  Lombart  disent 
qu'n  nel  sauroit  ja.     (H.  d.  Y.  504"^.) 

Cist  parlèrent  ensanle  e  disent.     (Ib.  501  ^.) 
Cil  l'en  disent  la  vérité 

Et  offrirent  leur  carite.     (Phil.  M.  v.  14387.  8.) 
Ensi  com  il  dissent,  si  le  firent  et  vindrent  à  la  cite  de  Yisoi. 

(Yilleh.  483*.) 
Li  baron  firent  jugemant, 
Et  dissent  tuit  outreemant 

Q'ansi  com  li  escris  enseigne  ....  (Dol.  p.  220.) 
Li  conte  et  li  baron  et  cil  qui  à  els  se  tenoient  parlèrent  ensemble, 
si  disrent.    (Yilleh.  p.  26.  XLYIH.) 

(1)  Ces  formes  sont  encore  en  usage  dans  nos  campagnes. 

Bur  g  11  y,  Gr.de  la  langue  d'oïl.    T.  IL    Éd.  lU.  10 


146 


DU  VEEBE. 


Quant  à  desistrent^  disistrent^  qu'indique  sans  preuve  aucune 
M.  d'Orelli,    même   encore   dans   la   seconde  édition^   de  sa 
grammaire ,  ce  sont  de  pures  inventions  de  sa  part.   La  langue 
d'oïl  n'a  pas  plus  connu  desidrent ,  disistrent ,  que  l'infinitif  distrer 
forgé  par  Roquefort  à  l'occasion  de  distrent. 
Se  n'i  mist  onkes  contredit 
An  chose  ke  je  li  desisse.    (Dol.  p.  243.) 
Nnle  autre  chose  ne  voleie 
Ne  mais  sol  desqu'à  vos  venisse 
E  ce  vos  contasse  e  deisse.    (Ben.  v.  29188-90.) 
Je  cuidai  que  voir  me  deisses 
Et  que  de  mot  ne  me  mentisses.     (E.  d.  M.  p.  44.) 
S'estoies  si  hardiz  que  deisses  que  non, 
Je  le  te  proveroie  à  loi  de  champion.  (Ch.  d.S.  H,  p.  170.) 
Por  chou  le  saint  homme  proioit 
K'il  li  ddst ,  se  lui  pleust, 
Pour  coi  il  laidengie  l'eust.     (R.  d.  M.  p.  9.) 
Mais  onques  ne  le  porent  prendre 
K'il  desist  auchune  folie.     (Ib.  p.  40.) 
S'altre  le  desist,  ja  semblast  gi'ant  mençunge. 

(Ch.  d.  R  p.  69.) 
Ore  volroie  molt  savoir 
Que  vous  me  desissies  le  voir 
De  vo  non  et  de  vostre  afaire.     (R.  d.  1.  Y.  p.  109.) 
E  cumandad  que  il  deissent  à  Amasa,   de  sa  part,   que  il  le  freit 
maistre  cunestahle  de  tute  sa  chevalerie  el  liu  Joab. 

(Q.  L.  d.  R.  II,  p.  192.) 
Et  li  rois  co  mandait  adohkes 
As  barons,  et  ke  il  deissent 
Jugemant  et  raison  feissent.     (Dol.  p.  220.) 
Michalis  fist  lire  les  lettres ,  et  quant  elles  furent  leues ,  si  dist  as 
messages  que  il  desissent  lor  volente.     (H.  d.  Y.  p.  235.  XXXYU.) 


(1)  Je  n'eus  connaissance  de  la  Hé  édition  de  la  Grammaire  de  M.  d'Orelli  (autre- 
fois d'Orell)  qu'après  la  publication  du  premier  volume  de  mon  ouvrage.  Cette  Ile 
édition  a  les  mêmes  défauts  que  la  1ère,  et,  quoi  qu'il  en  dise  dans  sa  ronflante  pré- 
face, l'auteur  a  tiré  très -peu  de  fruit  dos  nombreuses  publications  qui  ont  été  faites 
depuis  1830 ,  époque  où  parut  la  1ère  édition ,  jusqu'en  1848 ,  date  de  la  Ile.  Les 
changements  les  plus  importants  qu'il  a  faits  sont  de  simples  reproductions  des  idées 
de  M.  Diez.  Toutefois,  pour  ce  qui  est  de  la  lYe  conjugaison,  qu'il  place  au  second 
rang,  comme  M.  Diez,  11  semble  avoir  un  peu  perdu  de  vue  son  modèle.  Ainsi, 
M.  d'Orelli  donne  desis ,  disis,  fesi,  lisis ,  etc.  comme  des  formes  propres  du  parfait  défini, 
et,  dans  la  langue  d'oïl,  desis,  disis,  fesi,  lisis,  etc.  n'ont  jamais  existé  de  la  sorte. 
Ensuite,  M.  d'Orelli  attribue  sans  cesse  au  parfait  défini  un  thème  de  la  troisième  per- 
sonne du  singulier  de  l'imparfait  du  subjonctif;  p.  ex.  mesist ,  misist,  rescosist,  rescou- 
sist,  ochesist ,  etc.  seraient,  selon  lui,  des  formes  du  parfait  défini ,  et  elles  appartiennent 
exclusivement  à  l'imparfait  du  subjonctif.  (Cfr.  chausist,  vousist,  vausist,  fausist,  t. 
II,  p.  28.)  Une  fois  pour  toutes,  j'ai  cru  devoir  porter  l'attention  sur  ces  graves 
erreurs,  inconcevables  de  la  part  d'un  observateur  aussi  fin  que  M,  d'Orelli,  parce  que 
V Altfranz'ôsische  Grammatik  est  citée  partout  comme  une  autorité,  et  souvent  à  juste 
titre. 


DU    VEKBE.  147 

Ail  lieu  de  Ve  radical  et  réguKer ,  on  trouve  «,  en  Picardie, 
dans  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle.  L'influence  des  formes 
en  ï  radical,  favorisée  par  l'habitude  que  le  dialecte  picard 
avait  de  cettre  lettre;  la  fit  introduire  à  l'imparfait  du  sub- 
jonctif. 

Quant  Cuenes  de  Bietune  oi  ceste  response ,  mult  li  torna  à  grant 
auoi,  et  ne  se  pot  tenir  que  à  ce  ne  disist  ....     (ïï.  d.  V.  501''.) 

De  le  quele  mise  lidit  cuens  nous  requist  en  le  présence  de  ceaus 
ki  deseure  sont  dit ,  ke  nous  en  disissienmes  no  dit  et  ke  nous  le  deter- 
minissiens.     (1288.  J  v.  H.  p.  473.) 

Yoici  quelques  exemples  des  formes  des  autres  temps,  qui 
ne  donnent  Heu  à  aucune  remarque  particulière. 

Et,  se  vérité  vous  disoie.    (Phil.  M.  v.  2554.) 
Mes  je  diseie  neirement 

Que  perdu  aveie  un  serpent.     (Chast.  XV,  v.  193.  4.) 
Or  sai  bien  que  tôt  ce  diseies 
Por  mei  traïr  que  tu  veeies.  (Ib.  XXI,  v.  119.  20.) 
Tu  dissoies  k'elle  estoit  fee.     (Dol.  p.  273.) 
Alsi  cum  se  ele  disait.     (M.  s.  J.  p.  511.) 

Et  si  disies  ne  cremies  un  festu.     (0.  d.  D.  v.  11377.) 
Et  disoient  les  lettres  que  ils  (?)  fussent  cru  de  tout  cbe  que  ils  (?) 
diroient  de  par  l'empereour.     (H.  d.  V.  p.  235.  XXXYII.) 

Et  tuit  cil  prophète  diseient  ensement.     (Q.  L.  d.  R.  III,  p.  336.) 
Ço  que  Deu  me  demusterrad ,  jol  dirrai  *.     (Ib.  ead.) 
Mais  là  avant,  quant  ge  dirai 
Ses  aventures  et  devrai.     (P.  d.  B.  v.  5733.  4.) 
E  nos  tôt  eissi  l'otriom 

Cum  tu  dirras  sanz  nul  content.     (Ben.  v.  25737.  8.) 
Si  dirons  de  Bernart  le  messager  cortois.    (Ch.  d.  S.  II,  p.  122.) 
Dont  vous  estes  vous  me  dires.    (R.  d.  1.  M.  v.  4864.) 
Qu'en  dirreie  mes?  tant  siglerent 
Qu'ai  port  vindrent  que  désirèrent.     (St.  N.  v.  436.  7.) 
Jai  de  moi  nul  bien  ne  diroies.    (Dol.  p.  249.)' 
Que  dirriez  se  li  reis  ....     (Th.  Gant.  p.  73,  v.  25.) 
Cist  de  cui  ge  ai  dit  que  nuls  n'entent,  peristerunt  senz  fin,  senz 
dote  morrunt  et  ne  mie  en  sapience.     (M.  s.  J.  p.  511.) 

Tart  est  dite  ceste  novele.     (P.  d.  B.  v.  6736.) 
Yers  la  fin  du  XIII ^  siècle,  on  trouve  quelquefois  ce  parti- 
cipe écrit  avec  un  é?  irrégulier  intercalaire. 

Au  tierz  jour  ha  à  Joseph  dist.    ((R.  d.  S.  G.  v.  3443  ;  cfr.  v.  1175.) 
Le  verbe  dire,    s'employait    seul  avec  la   préposition  à^    ou 
avec  être  et  avoir:    estre  à  dire,   avoir  à  dire ,   dans  le   sens  de 
s'en  falloir  de,  manquer,  être  de  manque. 

(1)  Je  ne  m'arrête  plus  à  ce  redoublement  du  r,   qui,   comme  je  l'ai  déjà  fait  ob- 
server souvent,  était  surtout  propre  à  la  Normandie. 

10* 


148  DU   VERBE. 

S'il  le  trove 
Mètre  le  quide  en  tel  esprove 
Que  de  set  anz,  senz  jor  à  di/re, 
Ne  remaindra  son  dol  ne  s'ire, 
Ne  son  àesliet  ne  sa  pesance.     (Ben.  v.  32490-4.) 
Del  poin  me  feri  à  tel  ire 

Ke  quatre  denz  me  sunt  à  dire.     (Trist.  H,  p.  155.) 
Eende  li  tut  le  suen,  que  rien  n'en  seit  à  dire. 

(Th.  Cantb.  p.  107,  v.  1.) 
Et  si  demande  nostre  oiant 
Ton  avoir  que  tu  li  ballas, 
Et  je  crei  bien  que  tu  l'auras  : 
Si  Dieu  plest  qui  de  tôt  est  sire, 
Ja  n'en  sera  denier  à  dire.     (Chast.  XIII,  v.  178  -  82.) 
Là  furent  si  bien  sej ornez. 
Là  orent  si  lor  estoveirs 
E  lor  plaisirs  e  lor  voleirs 
Que  riens  nule  n'en  ert  à  dire, 
E  mult  lor  deveit  bien  soffire.     (Ben.  v.  27817-21.) 
Cfr.  ib.  V.  17096.  23759.   28638,  etc. 
Ces  locutions  étaient  encore  d'un  fréquent  emploi  au  XVI* 
siècle. 

C'est  la  meilleure  munition  (les  li\Tes)  que  j'aye  trouve  à  cet  humain 
voyage  ;  et  plainds  extrêmement  les  hommes  d'entendement  qui  Vont  à 
dire.     (Montaigne.     (Essais  III,  3  ;  cfr.  III,  13.) 

C'est  à  cette  locution  qu'on  doit  rapporter  notre  :  tl  v  a  lien 
à  dire  =  il  s'en  faut  de  beaucoup. 

Au  demeurant,  je  faisois  grand  compte  de  l'esprit,  mais  pourvev. 
que  le  corps  n'en  feust  pas  à  dire.     (Ib.  ead.  III,  3.) 

n  ne  faut  pas  confondre  est  a  dire  signifiant  il  manque  .^  etc. 
avec  est  a  dire  qui  répond  à  notre  o! est- a- dire;  celui-ci  est 
toujours  précédé  du  pronom  relatif. 

Septimius  se  leiva  le  premier  en  pieds  qui  salua  Pompeius  en  lan- 
guage  romain  du  nom  d'imperator,  qui  est  à  dire,  soubverain  capitaine. 
(Amyot  Hom.  ill.  Pompeius.) 

Je  ferai  enfin  remarquer  la  combinaison  suivante,  où  il  faut 
bien  se  garder  de  voir  notre  locution  actuelle. 

De  toute  cette  multitude  infinie  de  combattants  qu'ils  avoyent  il 
n'en  eschappa  que  dix  mille  seulement . . . ,  et,  au  contraire,  Sylla  escript 
qu'il  ne  trouva  à  dire  que  quatorze  de  ses  souldards  seulement ,  encores 
en  revint  il   deux  le  soir  mesme.     (Amyot.  Hom.  ill.  Sylla.) 

Yoy.  encore  faire ,  locutions. 

Je  passe  aux  composés  de  dire. 


DU  YEKBE.  149 

Contredire,  discuter,  répondre  à  une  question  (v.  Roquefort, 
Supplément  p.  88);  désapprouver,  contrarier,  s'opposer. 
Contredist  (El.  23.) 

Saint  Père  en  a  jure ,  c'on  an  Pre  Noiron  prie, 
Q'à  Gniteclin  fera  pais  et  trive  escherie, 
Tant  q' avéra  destruite  Borgoigne  et  Lombardie, 
Alemaigne  et  Bavière;  ja  n'iert  qu'où  contredie, 
Que  je  par  mes  grenons  n'an  prieroie  mie.  (Ch.d.S.II,p.42.) 
Coustentins,  qui  le  cuer  ot  noble, 
Est  venus  à  Coustantinoble  ; 
Mais  cil  pas  ne  le  contredirent, 
Toutes  les  portes  li  ovrirent.     (Poit.  p.  68.) 
Contredite  gent^  dans  le  même  sens  que  la  gent  à  Vaverùer, 
a  Vanemi^  c'est-à-dire  la  gent  du  diable. 

Quant  EoUans  voit  la  contredite  gent 
Ki  plus  sunt  neirs  que  nen  est  arrement.  (Ck.  d.  K.  p.  75.) 
Eni/i^edire,  interdire.  —  L'archevêque  Henri  dit: 
Or  escoutez,  n  grant  et  li  petit! 
Vez  ci  de  Mez  le  Loberenc  Garin 
Qui  prent  à  feme  la  fille  au  roi  Thieri 
De  Moriane,  Blancheflor  au  cler  vis; 
Qui  rien  i  set,  por  Dieu,  die  le  ci. 
Ou  se  ce  non,  jamais  n'en  iert  ois, 
Ains  Yentredi  et  si  l'escomeni.     (G.  1.  L.  II,  9.) 
Eefist  par  tut  sun  ban  crier 
E  entredire  e  deveer 

Que  lerres  ne  fust  consentuz.     (Ben.  v.  7148-50.) 
^"^ entredire ^  se  dire  l'un  à  l'autre. 

Pluisors  paroles  s'entredient.    (P.  d.  B.  v.  4279.) 
Desdire. 

Li  rois  lor  acreante ,  et  cil  pas  nel  desdient.    (Cb.  d.  S.  II,  p.  42.) 
Esdire^  qui  se  trouve,  au  moins  au  participe,  avec  la  signi- 
fication de  interdit  (troublé,  étonné). 

Tuit  sunt  esdit  e  esbabï.     (Ben.  v.  11426.) 
Mult  unt  de  Bernart  grant  merveille. 
Que  tant  quidoent  engignos 
E  vize,  e  saive,  e  enartos. 
De  ceo  qu'or  est  si  esbabiz, 
E  si  ateinz  e  si  esdiz.     (Ib.  v.  14917-21.) 
Indire ,  indiquer ,  annoncer ,  convoquer  ;  faire  une  imposition. 
Il  se  trouve  encore  dans  Amyot: 

Tellement  qu'on  avoit  desja  indict  l'assemblée  du  conseil  pour  des- 
liberer  des  articles  .... 

Cfr.  Roquefort,  s.  v.  indire. 


150  DU  VEBBE. 

Maldwey  maudire. 

Sa  vie  het  et  blasme,  et  maudit  son  jovant. 

(Ch.  d.  S.  n,  p.  167.) 
E  maldistrent  cez  ki  Deu  guerpireient. 

(Q.  L.  d.  K.  m,  p.  302.) 

Eemarquez  maldire  de: 

n  le  maldist  du  digne  roi  Jhesu.     (0.  d.  D.  v.  7244.) 
H  les  maldist  de  Deu  et  de  son  non.     (Ib.  v.  7249.) 

Mesdire^  dire  mal,  médire. 

N'est  pas  de  mes  pours  la  mendre 

Que  de  mesdire  e  de  mesfaire 

Chose  qui  ne  li  deie  plaire.    (Ben.  v.  26523  -  5.) 

Moult  miex  estre  morte  volroie 

Que  la  gens  de  moi  mesdesist, 

Ne  que  auchuns  fel  en  desist 

C'avoec  moi  euissies  concilie.  (R.  d.  M.  p.  24.) 
Je  saisis  l'occasion  que  m'offrent  maldire  et  mesdire,  pour 
faire  une  remarque  générale  sur  les  verbes  et  les  noms  com- 
posés avec  les  mêmes  préfixes.  Tous  ceux  de  nos  lexicographes 
qui  se  sont  occupés  d'étymologie ,  prétendent  que  la  préfixe  mé 
des  mots  médire ,  méfaire ,  méfier ,  méconnaître ,  mécontent ,  etc.  est 
là  pour  mal^  qu'on  retrouve  en  entier  dans  les  mots  maudire 
(maldire) ^  maltraiter^  malcontent ^  etc.  Cette  origine  commune 
attribuée  à  deux  classes  de  composés  bien  distinctes  l'une  de 
l'autre ,  et  par  la  signification  et  par  la  forme ,  choque  le  sens 
commun,  et  l'on  a  lieu  de  s'étonner  que  personne  n'ait  encore 
attiré  l'attention  sur  ce  point.  Outre  l'erreur  qu'ils  ont  commise 
touchant  le  plus  grand  nombre  des  composés  de  la  préfixe  m/, 
quelques  lexicographes  se  montrent  encore  inconséquents  avec 
eux  -  mêmes  en  donnant ,  en  certains  cas ,  une  origine  différente 
à  mé.  Ils  dérivent  p.  ex.  les  mots  mépris,  mépriser^  de  minus 
pretium.,  minus  pretiare.  Pourquoi  donc  ici  minus  et  autre  part 
me  =  mal?  Il  aurait  fallu,  du  moins,  donner  les  raisons  qui  ont 
déterminé  à  ne  voir  pas,  dans  le  mé  de  mépriser^  le  mal  qu'on 
croit  trouver  ailleurs. 

La  préfixe  mal  (mauj  dérive  du  latin  maie;  la  préfixe  mé 
tire  son  origine  du  latin  minus ,  qui  se  trouve  déjà  contracté  en 
mis  dans  les  écrits  latins  de  la  fin  du  YIII  ®  siècle  :  misfacere, 
misdicere.  Les  Espagnols  et  les  Portugais  ont  conservé  la  forme 
grammaticale  primitive  de  minus  dans  menos\  les  Italiens  ont 
adopté  mis:  les  Provençaux,  Tnens ^  mes;  le  Français,  ines. 
Mesj  qui  s'est  maintenu  dans  les  mots  où  le  simple  commence 
par  une  voyelle,  est,  dans  le  fait,  la  véritable  forme  de  notre 
préfixe ,  et  c'est  sans  doute  faute  d'avoir  remarqué  cette  circon- 


DU    VEKBE.  151 

stance,    que  les  lexicographes  ont  été  induits  à  regarder  le  mè 
moderne  comme  une  autre  orthographe  de  mal  (mau). 

Conformément  à  la  signification  de  minus:  pas  hien,  pas 
d'une  manière  convenalle,  la  préfixe  Mé«  en  s'ajoutant  aux  mots 
simples,  leur  fait  signifier  des  choses,  des  actions  défectueuses, 
méjustes  (qu'on  me  passe  le  terme),  mauvaises,  ou  prises  en 
mauvaise  part,  en  sens  contraire,  ou  tout  autres  qu'elles  ne 
seraient,  exprimées  par  la  radical  pur;  elle  est  péjorative,  per- 
versive ,  vitupérative.  Tel  est  son  caractère  général.  Mes  répond 
de,  tout  point  à  l'allemand  miss  (en  v.  h. -ail.  missa^  missi,  du 
missan,  mangeln,  felilen),  et  en  partie  au  grec  ôvg. 

Quelques  philologues  allemands  ont  donné  deux  origines  fort 
distinctes  à  notre  mes  :  dans  certains  mots ,  il  dériverait  de  miss  ; 
dans  les  autres ,  de  miniu.  Cette  double  étymologie  est  tout  à 
fait  inutile.  Les  diverses  significations  de  mes  (minus)  se  déve- 
loppèrent de  la  même  façon  que  celles  de  l'allemand  miss;  on 
pourrait  tout  au  plus  accorder  que  7niss  a  contribué  à  donner 
de  l'extension  à  l'emploi  de  mes  (minus). 

La  communauté  d'origine  faussement  attribuée  à  mes  et  à 
ynal  devait  faire  supposer  une  identité  de  signification.  C'est  en 
effet  ce  qui  arriva,  et  peu  à  peu  l'on  abandonna,  comme  inutiles, 
un  grand  nombre  de  mots  en  mé.  Il  serait  à  souhaiter  que  nos 
jeunes  écrivains  remissent  en  honneur  la  préfixe  mé  et  quelques- 
uns  de  ses  nombreux  composés  de  l'ancienne  langue ,  qu'il  nous 
est  souvent  impossible  de  traduire. 

Sordire,  enchérir;  accuser,  calomnier. 

Se  devant  lui  sui  alegie, 

Qui  me  voudroit  après  sordire?    (Trist.  I,  p.  155.) 

E  U  auctors  après  nous  dist 

Que  cil  qui  preudomme  sordist 

A  tort.     (Ben.  t.  3,  p.  34,  note.) 

Moult  sui  sordiz  de  plusors  testes. 


Pardirej  achever  de  dire,  de  réciter. 


(Een.  t.  2,  p.  171.) 


ESCORRE  (excutere). 

Ce    verbe    signifiait   enlever^    arracher^    reprendre 
délivrer,  dégager^  secourir.     Escorre ,    en  Bourgogne  et  en  Picar- 
die; escurre,  en  Normandie. 

Le    composé    rescorre,   qui    s'employait  tout    à  fait   dans  le 
même  sens,  était  d'un  usage  plus  fréquent  que  le  simple. 

Et  bien  set  que  vos  iestes  meu  por  la  sainte  terre  d'oltremer,  et 
por  la  sainte  croiz  et  por  le  sépulcre  rescorre.     (Yilleh.  449*.) 


152  DU    VERBE. 

Firent  tuit  cil  ki  furent  paltunier  e  felun  e  pesmes  de  ces  ki  aled 
furent  à  escurre  la  preie^  od  David:  Pur  ço  que  ces  n'alerent  od  nus, 
de  la  preie  rien  ne  lur  en  durrum.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  117.) 
Eoger  a  fait  ses  genz  armer, 
Si  qu'à  bref  terme,  senz  demore, 
Quit  qu'il  iront  la  preie  escorre.     (Ben.  v.  32015  -  7.) 
Dans  la  seconde  moitié  du  XIIF  siècle,  on  trouve  escoure, 
esceure. 

Li  Venicien  courent  a  leur  vaissiaus  et  tuit  li  autre  qui  vaissiaus 
avoient  et  les  commencent  à  rescoure  moult  viguereusement  dou  feu. 
(ViUek.  p.  69.  XCYI.) 

A  aus  s'eslaise,  si  fiert  ens, 

Pour  resceure  lui  et  ses  gens, 

Mais  trop  en  i  avoit  sor  lui.     (Phil.  M.  v.  28793  -  5.) 

Enfin  escolre,  rescoïre^  comme  on  a  vu  coîre  pour  corre. 

Uter  valt  sa  cite  socolre 

Et  ses  amis  dedens  reseolre.  (Brut.  v.  8655.  6  ;  cfr^  12430.) 
Escolre  (ib.  I,  p.  212,  var.  a.) 
Parfait  défini:  escos,  rescos;  escus^  résous;  eseous,  rescous. 

Car  bien  me  manbre  ancores  de  l'atrier, 

Kant  ma  serour  bêle  Aude  à  cors  ligier 

En  voHeiz  porter  sor  le  destrier. 

La  merci  Deu,  le  peire  droiturier. 

Je  la  rescous  au  branc  forbi  d'acier.   (G.  d.V.v.  2253-7.) 

Jonas  salvas  el  poisson  noant. 

Saint  Daniel  du  lion  deglutant. 

Les  trois  enfans  en  la  fornaise  ardant 

Bescosis,  Sire,  par  ton  comandement.    (0.  d.  D.  v.  11665  -  8.) 

Ja  li  eusst  la  teste  fors  do  bu  desevree, 

Qant  sa  gent  le  rescost  à  bataille  fermée.    (Ch.  d.  S.  II,  p.  119.) 
David  el  jur  escust  la  preie,  e  quanque  li  Amalechite   en  eurent 
ported,  e  ses  dous  femmes.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  116.) 

Vos  rescosistes  la  roïne, 

S'avez  este  puis  en  gaudine.     (Trist.  I,  p.  115.) 
La  troisième  personne  plurielle  suivante  est  incorrecte: 

Od  granz  maisnies  ke  il  ont 

Le  rescotrent  hardiement.     (E.  d.  E.  v.  13481.  2.) 
Il  faudrait  rescostrent,  comme  dans  cet  exemple: 

Tuit  aquiterent  le  païs, 

E  recustrent  as  branz  moluz.     (Ben.  v.  36139.  40.) 
Je  ne  connais,   de  l'imparfait   du   subjonctif,  que  les  deux 
exemples  : 

(1)  Escorre  la  proie,    enlever,    faire,   rammasser  du  butin.    —    Eescorre  ses  fies, 
relever. 


DTJ   VEKBE.  153 

Dix  mille  chevalier  fist  armer 

Sis  rova  tote  nuit  aler, 

Et  les  prisons  adevancissent 

Se  il  pueent  sis  rescolsissent.    (Brut,  v.  12510-3.) 

Morte  m'eust  et  essilliee, 

Car  il  m'a  toute  combrisiee, 

Ses  mes  puceles  ne  venissent, 

Et  s'eles  ne  me  rescousissent, 

N'eschapaisse  por  nul  pooir.     (Dol.  p.  189.) 
Imparfait  de  l'indicatif: 

Gels  qui  caoient  rescooit.    (Brut,  v.  12375.) 
Et  traioient  as  nos,   qui  rescooient  le  feu,  et  en  y  ot  de  bleciez. 
(ViUeh.  45S*.) 

Présent  du  subjonctif: 

U  il  les  garnisse  u  rescoe.    (R.  d.  R.  v.  9517.) 
Participe  passé:  escos,  escus^  escous. 

Mult  fut   grant  joie  à  cels   de  l'ost  de  Reniers  de  Trit  qui   ère 
rescous  de  prison.     (Villeh.  484  ^) 

Et  aumosnes  et  orisons 

Les  âmes  des  bons  compaignons 

Qui  par  bien  fere  sont  rescosses 

Et  des  deables  mains  escosses.    (Brut,  I,  VLVn.) 

Hauz  criz  crient  e  angoissus. 

De  nule  part  ne  sunt  résous.     (Ben.  I,  v.  1727-  8.) 

Si  unt  oi  escosse  la  preie 

Que  tote  la  terre  en  rogeie.    (Ib.  V.  27301.  2.) 
On  trouve  aussi  escols: 
Que  par  son  bien  faire  furent  rescols.     (Yilleli.  472^.) 

Et  si  serons  par  lui  rescols.     (Brut,  v.  8725.) 

E  se  jo  sui  rescols  par  toi.    (Ib.  v.  4624.) 

Les  seules  formes  du  présent   de   l'indicatif  à  ma  connais- 
sance, sont: 

Ainz  seisit  le  lou  et  l'aërt 

Tant  que  cil  vient  cui  il  ansert 

Et  que  sa  proie  li  rescolt.     (Brut,  I,  XLYII.) 

Ke  vos  n'escoez  vos  avoirs, 

Grant  reprovier  iert  à  vos  eirs.     (R.  d.  R.  v.  7819.  20.) 

Eoquefort,    au  mot  esqueure^   cite   la  forme  esqueut,    comme 
appartenant  à  la  racine  excutere.    Yoici  l'exemple  qu'il  en  donne  : 
Car  li  sengler  se  revencba 
Come  fiere  et  orgueilleuse  beste. 
Contre  Adonis  esqueut  sa  teste. 
Ses  dens  en  l'aine  li  llati. 
Son  groing  estort,  mort  l'abati. 


154  DU  VERBE. 

Esqueut  est  la  troisième  personne  àM  YQihQ  esquelUr ,  escoilUr 
(v.  cueillir).  EscoilUr  signifiait  prenâ/re  son  élan^  donner  Vélan^ 
V essor ^  brandir;^  et  esqueut  sa  teste  contre  Adonis  veut  dire: 
il  donne  l'élan  à  sa  tête  (il  élève  et  laisse  retomber  sa  tête) 
contre  Adonis.  Je  préfère  cette  leçon  à  celle  de  Méon:  escout 
=  secoue  (v.  15950);  esqueut  est  beaucoup  plus  expressif. 
Cependant  il  paraît  que,  vers  la  fin  du  XIII*  siècle,  le  verbe 
escourre  avait  pris  la  signification  de  lancer,  frapper.  Y.  Ren. 
t.  III,  p.  96,  V.  22390;  Çluill.  Guiart.  t.  n,  p.  253. 

Escorre  avait  aussi  la  signification  de  faire  sortir  en  secouant^ 
secouer^  examiner ,  fouiller^  approfondir. 

J'ai  ci  asses  me  bourse  escouse. 

(Eomv.  p.  318.  Th.  Fr.  M.  A.  p.  93.) 
Escous  en  a  tote  la  flor.     (Berte,  p.  194.) 
Et  Ysengrin  escout  la  teste, 
Et  recMne  et  fet  lede  cbiere.     (Een.  t.  I,  p.  42.) 
Dites  lui  bien,  c'en  est  la  summe, 
Que  ja  ne  serom  mais  si  home. 
C'est  mais  tôt  escos  e  baie, 
N'il  à  nos  sire  n'avoe.     (Ben.  v.  9200  -  3.) 
E  doibt  le  fourier  battre  et  escourre  le  liet  et  mettre  à  point  la 
chambre.     (Mém.  d'Olivier  de  la  Marche  II,  p.  494.) 

Vos  qui  estes  en  la  pousiere ,  escoez  vos  et  siloez ,  car  veez  ci  nostre 
Signer  M  vient  atot  la  Salveteit.     (S.  d.  S.  B.  p.  5S1.) 

M.  Diez  cite  encore  le  Yerhe  secorre-Çsuccuteie)^  toutefois 
sans  en  donner  aucun  exemple,  et  M.  d'Orelli  le  copie,  en 
ajoutant  que  ce  verbe  est  rare.  Le  provençal  avait  secoter^ 
secodre.  Je  ne  connais  aucun  exemi^le  de  l'infinitif  secorre.,  ni 
du  participe  secos.^  qui  remonte  au  XIII^  siècle;  mais  plus  tard 
on  trouve  souvent  secous: 

Sans  estre  esbransle  ne  secous.  (Cl.  Marot  UI,  p.  44.) 
Ce  mot  a-t-il  été  formé  de  succussus,  sans  qu'on  ait  admis 
le  verbe  succutere  dans  la  langue  d'oïl,  et  est-ce  une  création 
postérieure  au  XIII^  siècle?  Notre  verbe  secouer  dérive -t-il  du 
prétendu  verbe  secorre.,  ou  bien  de  escorre,  escourre,  escotier, 
dont  on  a  retranché  ou  plutôt  transposé  Ve.  qu'on  croyait  peut- 
être  prosthétique?  (V.  Dérivation  G.)  Secous  alors  ne  serait -il 
pas  le  même  mot  que  escous?  Je  n'ai  jusqu'à  présent  aucun 
moyen  de  résoudre  ces  questions  assez  importantes  pour  l'histoire 
de  notre  verbe  secouer. 

Yoici  cependant  une  forme  qui  semble  prouver  que  l'on  se 
servait,  au  XIII*"  siècle  déjà,  de  escouer  pour  secouer,  au  lieu 
de  escoure: 

(1)  On  trouve  à  la  page  328  du  t.  T,  un  exemple  où  esquielt  a  le  sens  à' apercevoir, 
remarquer. 


DU   VERBE.  155 

Grans  fu  li  cols,  molt  fist  à  resoignier: 

Si  Yescoua  quil  fist  agenollier.    (R.  d.  C.  p.  102.) 

ECRIRE  (scribere). 
Ecrire^    autrefois    escrivre,    escrievre  (?) ^    escrire^   avec   un    e 
prosthétique. 

Et  cuy  om  ne  puet  par  parole  descrivre.     (S.  d.  S.  B.  p.  525.) 

Pierres  Anfors  qui  fist  le  livre, 

Mostra  qu'il  deveit  sens  escrivre.    (Chast.  pr.  v.  103.  4.) 

Pour  ce  qu'il  fist  ung  novel  livre 

Où  sa  vie  fist  toute  escrivre.     (E.  d.  1.  R.  Il,  v.  354.) 
Escrivere  (Chr.  A.-N.  I,  62),  en  anglo- normand. 

Ses  brefs  fist  escrire  en  latin.     (Ben.  v.  28665.) 

Adont  lor  veissies  escrire.    (FI.  et  Bl.  v.  259.) 

Avantage  ai  en  cest  labur 

Que  al  soverein  e  al  meiUur 

Escrif,  translat,  truis  e  rimei 

Qui  el  mund  seit  de  nule  lei.     (Ben.  I,  v.  2157  -  60.) 
Escrivez  en  livre  ceo  ke  vos  veez.     (Q.  L.  d.  R.  Intr.  XVI.) 
Que  est  ce  ke  il  desor  descrist  lo  mérite  des  renfuseiz,  quant  il  dist. 
(M.  V.  J.  p.  511.) 

E  Samuel  mustrad  al  pople  quel  servise  il  deust  faire  al  rei,  e  en 
livre  Vescrist,  e  en  trésor  le  mist.     (Q.  L.  d.  R.  L  p.  35.) 

Lor  graffes  sont  d'or  et  d'argent, 

Dont  il  escrisent  soutiument.     (FI.  et  Bl.  v.  263.  4.) 

E  escrirent  e  ramembrerent. 

Par  moralité  escriveimt.     (M.  d.  F.  II,  p.  59.) 
Escristrmt  (Fab.  et  C.  lY,  p.  59.) 
Ce  que  il  dist  que  il  escriverait  les  .iij  .  nons  senefie  .... 

(Apec.  f.  6,  V.  1.  c.) 
Et  encore   ces   formes  du  défini,    qui   sont   de   la   seconde 
moitié  du  XTTT^  siècle. 

Cil  Felices  estudia. 

Fant  c'un  livre  escriut  et  fina 

Contre  la  loi  de  Jhesu  Christ.     (PMI.  M.  v.  3092-4.) 

Et  cest  afaire  et  cest  estorie 

Escriut  il  et  mist  en  memorie.     (Ib.  v.  9588.  9.) 
Escriut  =  escrivt? 

Imparfait  du  subjonctif: 

Apres  ceo  commanda  Nostre  Seignor  à  seint  Johan  qu'il  escrivist 
à....     (Q.  L.  d.  R.  Intr.  XYI.) 

Participe  passé:  escrïû,  de  scriptus. 

De  cuy  est  escrit.  (S.  d.  S.  B.  p.  525.)  —  Eh  bien  séant  e  bien 
escrite.    (Ben.  I,  v.  2162.)  —  De  fin  or,  ù  escrit  estoit.  (FI.  et  Bl.  v.  471.) 


156  DU    VERBE. 

Et  comme  au  parfait  défini: 

S'i  trouva  escriut  le  pecie 
Ki  Charlon  avoit  entecie.  (Phil.  M.  v.  3996.  7.) 
Dès  le  XI Y®  siècle,  on  remplaça  par  ^  le  «;  de  la  forme 
escrivre^  d'où  escripre,  qu^  se  trouve  encore  dans  Kabelais, 
Montaigne,  etc.  Mais  les  écrivains  de  ces  âges  commirent  une 
faute  en  rétablissant,  à  certaines  formes,  le  «;  à  côte  du  p: 
escripci  (Froissart),  escripvoit  (Kabelais),  etc.  Froissart  emploie 
aussi  le  parfait  latin  scripsi^   escripsi;  l'imparfait   escripsois^  etc. 


FAIKE  (v.  fo.),  facere. 

Faire  est -il  un  verbe  fort?  Je  n'hésite  pas  à  répondre 
affii-mativement;  mais  il  passa  de  fort  bonne  heure  à  la  conju- 
gaison faible.  Le  Fragment  de  Yalenciennes  ^,  le  Chant  d'Eulalie 
donnent  déjà  l'infinitif  renforcé  faire,  au  lieu  de  fare;  les 
Sermons  de  saint  Bernard  portent  également  faire.  A  dater 
du  Xn^  siècle,  nous  trouvons,  en  Normandie,  fere,  qui  n'est 
peut-être  pas  l'orthographe  primitive  de  cette  province.  (Cfr. 
plus  bas  les  présents  et  l'impératif.)  Pendant  la  seconde  moitié 
du  Xm^  siècle,  la  îovmQ  fere  était  très -répandue  dans  l'He- 
de- France  et  tout  l'ouest  de  la  langue  d'oïl,  où,  par  suite  de 
l'influence  normande,  Yai  prenait  un  son  plus  fermé,  qu'on 
représenta  dans  l'écriture.  On  rencontre  aussi  la  forme  mitoyenne 
feire. 

La  forme  primitive  fare  nous  a  été  conservée  dans  Tristan 
(II,  p.  128): 

Si  vus  fare  le  puussez. 
Je  ne  vois  pas  pourquoi  M.  d'Orelli  se  fait  un  scrupule 
d'admettre  fare^  tandis  qu'il  reconnaît  l'authenticité  d'autres 
formes  qui  ne  se  trouvent  non  plus  que  dans  ce  texte ,  où ,  soit 
dit  en  passant ,  il  semble  découvrir  plus  de  fautes  qu'il  n'y  en 
a  véritablement.  La  prosodie  normande  et  anglo -normande 
diffère  un  peu  de  celle  des  autres  provinces. 

Voidrent  la  faire  diavle  servir.     (Eln.  4.) 
Faire  (F,  d.  Y.  1.  30.  8.) 

Cornent  puet  nuls  dire  k'il  soit  si  appresseiz  de  sa  malvestiet  ki 
por  bien  à  faire  ne  se  puist  drecier.     (S.  d.  S.  B.  p,  554.) 
Mahommes  arrière  repaire, 
Ki  tant  barat  set  dire  et  faire.    (K.  d.  M.  p.  74.) 

(1)  L'assertion  des  Bénédictins  que  les  notes  tironiennes  ont  cessé  d'être  employées 
en  France  a\i  IXe  siècle,  a  fait  fixer  l'âge  de  ce  Fragment  au  IXe  siècle.  Cette 
assertion  est  erronnée ,  et  je  prouverai  ailleurs  par  d'autres  inductions  que  le  Frag- 
ment de  Valenciennes  ne  remonte  pas  au-delà  du  Xe  siècle. 


DU    VEKBE.  157 

Meis  à  nul  fuer 

N'en  osast  feire  nul  semblant.     (E.  d.  S.  G.  v.  202.  3.) 

Païen  respundent:  Nus  le  devuns  ben  fere. 

(Ch.  d.  E.  p.  131.) 

Je  n'ai  qu'engagier  ne  que  vendre. 

Que  j'ai  tant  eu  à  entendre 

Et  tant  à  fere.     (Eutb.  I,'  p.  13.) 
Cfr.    le    provençal  far,  fair,  faire;    ancien    espagnol  far; 
italien  fare. 

La  première  personne  du  singulier  du  présent  de  l'indicatif 
appartenait  à  la  conjugaison  faible:  fa%,  fas,  en  Bourgogne  et 
en  Normandie;  fac,  fach,  en  Picardie.  (Voy.  mourir?)  Ce  n'est 
que  dans  la  seconde  moitié  du  XIII ^  siècle,  que  l'on  trouve 
fais,  faich;  toutefois  ces  formes  étaient  encore,  à  la  fin  du  siècle, 
bien  moins  en  usage  que  les  autres  dans  les  poèmes;  mais  les 
chartes  en  fournissent  un  assez  grand  nombre  d'exemples,  ce 
qui  semblerait  prouver  qu'elles  étaient  d'un  emploi  plus  fréquent 
dans  le  langage  ordinaire.     On  a  aussi  des  exemples  de  fa. 

La  seconde  personne  de  l'impératif  fit,  au  contraire,  de 
très -bonne  heure  fai,  et  s'écrivit  souvent  fais.,  surtout  dans 
l'Ile-de-France,  dès  le  milieu  du  XIII®  siècle.  On  a  cependant 
des  exemples  de  fa.     (Y.  prés,  du  subj.  2^  pers.) 

Mais  jeo  vos  faz  un  requerrement.     ('Ben.  v.  11443.) 
E  s'il  parmaint  en  sa  malice  vers  tei,  si  jo  nel  te  faz  saveir,  icel 
mal  vienge  sur  mei  que  il  pensed  à  tei.    (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  78.) 

Bien  a  .vij.  ans,  par  le  cors  saint  Eichier, 

Ne  me  senti  si  fort  ne  si  legier, 

Com  je  fas  ore,  por  mes  armes  baillier.   (E.  d.  C.  p.  148.) 

Eigure  d'orne  sai  muer 

Et  l'un  en  l'altre  retomer; 

L'im  fas  bien  à  l'altre  sambler 

Et  l'uns  fas  bien  à  l'altre  per.     (Brut,  v.  8931  -  4.) 
Jo  Watiers  sires  d'Avesnes  fac  savoir  à  tous  ciaus  qui  sunt  et  qui 
venrunt,  que (1238.  Th.  N.  A.  I,  p.  1007.) 

Cil  le  (le  tans)  perdent  qui  ne  font  rien 

Moult  plus  que  jo  ne  fac  le  mien.     (P.  d.  B.  v.  81.  2.) 

Celé  qui  j'ainc  an  bonne  foy, 

Autant  u  plus  que  je  fach'^  moi.     (E.  d.  1.  M.  v.  1917.  8.) 

Je  vous  fach  savoir  que  ma  dame 

S'est  délivrée  d'un  enfant.     (Ib.  v.  3002.  3.) 

Et  encor  vous  fa  ge  certain.     (Ib.  v.  5082.) 

Meis  je  fais  bien  à  touz  savoir.     (E.  d.  S.  G.  v.  3495.) 

Et  pour  chou  ahis  faicli  entendant.    (E.  d.  S.  S.  v.  1991.) 

(1)  On  voit  qu'alors  Jarre  s'employait,   comme  aujourd'hui,  pour  un  autre  verbe 
qu'on  ne  veut  pas  répéter. 


158  DU    YEBB-E. 

Eespimdi  li  reis:   L'umbre  piiet  logierement  avant  alor,  mais  fai 
la,  si  te  plaist,  ariere  returner.     (Q.  L.  d.  E.  lY,  p.  417.) 
Amis,  fait  il,  /ai  moi  venir 
Ton  père,  se  tu  l'as  ancor.     (Dol.  p.  207.) 
Conforte  moi  de  mes  dolors, 
Et  bonement  me  fais  secors.  (P.  d.  B.  v.  5403. 4.) 
On  a  vu  je  voû  pour  je  vais;   on  trouve   de    même  je  fois 
pour  je  fais,  mais,    à  ma  connaissance,  fois  ne  se  montre  pas 
au  XIII*  siècle,  ou  du, moins  est-ce  fort  tard.    Fois  était  encore 
en  usage  au  XYI*  siècle.  ^ 

Si  le  papier  de  mes  scbedules  beuvoit  aussi  bien  que  je  foys,  mes 
crediteui-s  auroient  bien  leur  vin  quand  on  viendroit  à  la  formule  de 
exiber.     (Eab.  Garg.  I,  5.) 

Si  les  aultres  se  regardoient  attentifvement ,  comme  je  fois,  ils  se 
trouveroient ,  comme  je  fois,  pleins  d'inanité  e  de  fadeze. 

(Mont.  Essais  IH,  9.) 
Seconde  et  troisième  personnes  du  singulier  du  présent  de 
l'indicatif:  faù,  feiz,  fez^  fes;  fait^  feit,  fet;  c'est-à-dire 
régulièrement  fortes  dans  le  principe.  L'orthographe  fais,  fait 
se  conserva  assez  intacte  en  Bourgogne  et  dans  les  provinces 
au  sud  de  la  Normandie,  qui  employaient  ai  pour  ei. 
Et  comant  puet  çou  avenir  ^ 

Que  tu  fais  les  cignes  venir 

.   A  toi (Dol.  p.  287.) 

Si  li  demandet:  Eeis  magnes,  que  fais  tu?     (Ch.  d.  E.  p.  139.) 
Geste  appaiicions  nostre  Signer  clarifiet  ui  cest  jor  et  H  devocions 
et  li  henoremenz  des  rois  lo  fait  dévot  et  honraule.  (S.  d.  S.  B.  p.  551.) 
Li  reis  fait  faire  une  fertere,  unkes  melde  ne  fud, 
Del  plus  fin  or  d'Arabie  i  out  mil  mars  fundud.    (Charl.  v.  198.  9.) 
Et  où  est  il?  feit  li  empereres.     (E.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  52.) 
Il  n'est  riens ,  fet  ses  amis ,  que  je  ne  face  pour  vos.   (Ib.  p.  69.) 

Eeis,  fet  li  fols,  mult  aim  Ysolt.  (Trist.  Il,  p.  104.) 
La  première  personne  du  pluriel ,  qui ,  dans  les  Sermons  de 
saint  Bernard,  se  trouve  déjà  renforcée,  se  présente  souvent 
encore  sous  sa  véritable  forme  dans  des  textes  postérieurs,  et 
mêmes  dans  des  chartes  de  la  fin  du  XIII*  siècle.  Impératif 
semblable. 

Et  por  ceste  conissance  faisons  nos  ui  ceste  feste  de  l'Aparicion. 
(S.  d.  S.  B.  p.  550.) 

Solunc  la  nature  l'apelet  ele  (l'Ecriture)  home  là  ù  ele  dist;  Faisons 
un  home  à  nostre  ymagene  et  à  nostre  semblant.     (M.  s.  J.  p.  456.) 

La  mort  de  Baudoiîi  lor  faisons  comparer.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  149.) 
D'une  de  nous  fasons  nous  prestre.     (L.  d'I.  p.  8.) 

(1)  Plusieurs  de  nos  patois  ont  foire  au  lieu  de  faire. 


► 


DU    VERBE.  159 

Nos  Alis  de  Savoie  ....  fassons  et  ordonnons  nostre  testament  en 
cette  manière:  premièrement  fassons  et  etaublissons  .  .  .  .  (1277.  M.  s.  P. 
I,  p.  360.) 

Et  nos  Alix  ....  façons  scavoir.     (1278.  Ib.  I,  p.  363.) 

La  première  personne  du  pluriel  présente  encore  la  forme 
fesum,  en  Normandie;  fesomes,  dans  l'Ile -de -France  surtout, 
lorsque  les  orthographes  en  e  furent  prédominantes. 

Fesomes  (Roman  du  Renaît). 

Fesum  bargaine,  fesum  change.     (Trist.  II,  103.) 

On  a  vu  plus  haut  la  forme  dîmes;  on  rencontre  de  même 
faunes.  Quelle  est  l'origine  de  dîmes  et  de  famés?  Ces  formes 
seraient- elles  des  contractions  de  disomes,  faisomes?  Non;  car, 
bien  que  l'exemple  cité  à  l'occasion  de  dîmes  soit  précédé  de 
dîromes^  faîmes,  qui  est  une  formation  tout  à  fait  semblable, 
ne  se  montre  d'ordinaire  que  dans  des  textes  où  l'on  employait 
la  terminaison  um  ou  ses  équivalents  cm,  ums,  uns.  Dîmes  et 
faîmes  dérivent  des  formes  latines  correspondantes,  qu'on  traita 
comme  sumus,  c'est-à-dire  que  l'on  affaiblit  simplement  en  e 
Vu  de  la  syllabe  us,  par  suite  de  l'analogie  qui  existait  entre 
la  seconde  personne  du  pluriel  d^être  et  celles  des  verbes  dîre, 
faîre,  tirées  aussi  directement  du  latin:  estes:  dîtes,  faîtes-.,  et 
non  d'après  le  mode  de  formation  usuel  de  la  langue  d'oïl: 
dîseîz.,  faîseîz.  Pour  faîre,  il  y  avait  en  outre  l'analogie  de  la 
troisième  personne  du  pluriel  qui  exerçait  son  influence:  sont: 
font;  aussi  faîmes  est -il  beaucoup  plus  commun  que  dîmes. 
Dîmes ^  faîmes .,  sont  des  formes  du  Maine,  de  l'Anjou  et  de  la 
Touraine.  Faîmes  se  répandit  promptement  en  Normandie,  s'il 
n'y  est  pas  primitif  aussi,  tandis  que  dîmes  était  remplacé  par 
dîum  dans  cette  province. 

Au  lieu  de  faîmes .,  on  écrivit  fomes^  dans  l'Ile-de-France, 
au  commencement  du  XIV  ^  siècle.  (Y.  le  Roman  de  la  Rose.) 
Cette  orthographe  en  o,  au  lieu  de  <?«,  est  due,  sans  doute,  à 
l'influence  de  fesomes  et  font. 

Faîmes  s'employait  naturellement  aussi  à  l'impératif. 
Yos  ne  nos  poez  pas  fuii-; 
Kar  nos  vos  faimes  or  sentir 
Que  buies  peisent,  ne  s'est  liez 
Cil  qui  les  traine  od  ses  piez.     (Ben.  v.  2905  -  8.) 
E  si  vos  faimes  bien  certains 
Qu'onques  sis  pères  ne  sis  aives, 

(1)  C'est  de  ce   fomes  qu'est   dérivée  la  forme  fons  employée  encore  aujourd'hui 
dans  plusieurs  patois.    Cfr.  sons  pour  somes. 


160  '*  DTJ  VERBE. 

Sis  ancestres  ne  sis  besaives, 
A  home  sus  cil  ce  ne  liront 
Ne  homage  ne  li  offrirent.     (Ib.  v.  C742-6.) 
E  pur  ceo  si  vos  en  garnis 
Que  conseil  prenion  salvable; 
Si  faimes  aliance  estable 
E  covenant  ferm  e  entier 
De  nos  securre  e  entraidier.     (Ib.  v.  8967-71.) 
Faimes  que  teus  seit  mes  li  tens. 
Que  sor  nos  n'ait  plus  graverons.     (Ib.  v.  26719.  20.) 
La  seconde  personne    du   pluriel   du   présent  de   l'ndicatif, 
qui  reçut   une  terminaison  légère,    prit   part  à  la  conjugaison 
forte  dès  les  plus  anciens  temps.     Impératif  de  même. 
Faites  vost  alsmosnes.     (F.  d.  V.  v.  1.  30.) 
Ke  faites  vos,  signer  roi,  ke  faites  vos?     (S.  d.  S.  B.  p.  550.) 
Plus  tard  feïtes j  fêtes ^  et  même  f estes,  faistes. 
A  Bron  dist:  Sire,  or  vous  hastez, 
S'en  feites  ce  que  vous  devez.     (E.  d.  S.  G.  v.  2935.  6.) 
Ou  vos  ne  parlez  james  à  moi,  ou  vos  fêtes  ma  volante.   (K.  d.  S. 
S.  d.  R.  p.  68.) 

Se  vos  ainsint  ne  le  f estes,  comme  vos  dites.     (Ib.  ead.) 
Faistes  de  li  vostre  seignur.     (R.  d.  R.  v.  7388.) 
Troisième  personne  du  pluriel:  font^    en  Bourgogne    et  en 
Picardie;  funt^  en  Normandie.     (V.  la  Dérivation.) 

Totevoies  celei  persécution  tient  il  por  plus  cruyere  et  plus  griement 
la  sent  ke  sei  propre  ministre  li  font.     (S.  d.  S.  B.  p.  556.) 
J'ai  chamberieres  et  serghans 
Ki  bien  font  mon  commandement.     (R.  d.  M.  p.  18.) 
Les  cuntrez  i  redi-escent  e  les  muz  funt  parler.  (Charl.  p.  11.) 
Vient  il?  funt  il.     Oil,  fait  Robert,  veirement. 

(Th.  Cant.  p.  121,  v.  25.) 
Le  présent  du  subjonctif  se  réglait  sur  la  première  personne 
du  présent  de  l'indicatif,  c'est-à-dire  qu'il  ne  diphthonguait  pas 
la  voyeUe  radicale:  face,  en  Bourgogne  et  en  Normandie; 
faehe,  en  Picardie.  Mais,  dans  la  seconde  moitié  du  XIU^ 
siècle,  on  trouve  des  formes  renforcées,  lorsque  fais,  faich  se 
furent  introduits  à  la  première  personne  du  singulier  du  présent 
de  l'indicatif. 

Sire,  dist  il,  ke  wels  tu  ke  je  /ace?    (S.  d.  S.  B.  p.  558.) 
Que  vols  tu  que  jo  te  face'^    (Q.  L.  d.  R.  lY,  p.  369.) 

Or  n'i  aura  plus  atendu, 

Que  je  ne  fâche  un  cointe  dru.     (R.  d.  S.  S.  v.  2504.) 

Lors  fa  samblant  de  toi  drechier. 

Si  que  faciles  tout  trebuchier.     (Ib.  v.  2690.  1.) 


DU    VERBE.  161 

Jo  requier  que  tu  faces  mun  message  al  rei,  kar  à  tei  ne  purrad 
rien  escundire ,  que  il  me  duinst  à  femme  Abisag  de  Sunam.  (Q.  L.  d. 
R.  ni,  p.  229.) 

Meneiz  joye ,  vos  qui  encuviz  gi'anz  choses ,  car  li  filz  de  Deu  est 
dexenduz  à  nos,  por  ceu  qu'il  nos  facet  heretiers  de  son  règne.  (S.  d. 
S.  B.  p.  531.) 

n  cange  couleur  en  sa  fâche 
Souvent,  et  ne  set  que  il  fâche.     (E.  d.  M.  p.  10.) 
Proiet  li  ait  et  comandeit 
Que,  por  s'amor  et  por  sa  graice, 
Que  des  chaaignes  d'or  li  faisse 
.1.  hanap  moult  isnelement.     (Dol.  p.  279.) 
S'autres  siècles  n'est,  donques  viaus 
Ait  ci  li  cors  toz  ses  aviaus 
Et  faiche  quanque  li  délite.    Y.  s.  1.  M.  XXXV.) 
Sire ,  font  cil  à  Joffroi ,  que  voles  vos  que  nos  faciemes  !  nos  ferons 
ce  qu'il  vos  plaira.     (Villeh.  p.  122.  CXLYH.) 
E  sachies  que  bien  apartient 

Que  fâchons  autres  festeletes.    (Th.  F.  M.  A.  p.  120.) 
Faciest  (F.  d.  Y.  1.  28.  v.) 

Dames,  ja  ne  seres  si  crueux 
Que  vous  fachies  si  grant  pechiet.     (L.  d'I.  p.  17.) 
.  .  .  Que  dous  tels  chardenals  li  fadez  enveier 
Que  bien  puissent  partut  lier  et  deslier.  (Th.  Ct.  p.  40,  v.  18, 19.) 
Ne  souferra  la  gentillece 

Que  ja  fades  rien  fors  noblece.     (P.  d.  B.  v.  1507.  8.) 
Mais  ce  pre  à  toz  e  requier 
Que  vos  la  li  faceiz  esposer.    (Ben.  v.  20187.  8.) 
Ma  desirance  e  mis  poeirs. 
C'est  que  vos  facez  seignor  novel 
D'un  fiz  que  j'ai  .  .  .  (Ib.  v.  31635-7.) 
N'os  querrai  plus,  si  cum  je  crei; 
Mais  de  cest  me  facez  ottrei.     (Ib.  v.  29241.  2.) 
A  l'occasion  de  cette  dernière  citation ,  je  relèverai  une  erreur 
qui  s'est  glissée  dans  le  premier  volume  de   cette   grammaire. 
J'ai  indiqué  une  double  forme  pour  l'impératif  de  quelques  verbes  ; 
ouir  p.  ex.,  ferait,  selon  l'explication  donnée  à  la  p.  368  du  t.  I; 
o«,  oons,  oez^  ou  oies,  oions^  oiez.      Les  formes  oies,  oions,    oiez, 
de  même  que  le  facez  cité  ci -dessus,  appartiennent  au  présent 
du  subjonctif.     (Y.  t.  I,  p.  239.    Remarque  a) 
A  cui  que  il  facent  acuel, 

Od  mon  cuer  jugeront  mi  oel.     (P.  d.  B.  v.  9139.  40.) 
Parfait  défini:  ^. 

Tote  ceste  oevre  fis  jo  si 

C'en  ne  m'i  vit  ne  ne  m'oï.     (P.  d.  B.  v.  1387.  8.) 
Burgu y,  Gr.  ao  la  langue  d'oïl.    T.  II.    Éd.  m.  H 


I 


162  DU    VERBE. 

Je  li  fis  char  de  buef  mangier.     (R.  d.  S.  S.  v.  1763.) 

Pères  du  ciel,  fait  il,  merci, 

Qui  feis  que  tes  filz  nasqui  |  Por  sauver  li  humaine  gent 

Que  /"m  par  ton  loemement.     (P.  d.  B.  v.  5396-9.) 
Oi  ai  ta  preiere,  e  la  requeste  que  tu  me  feis.    (Q.  L.  d.  R.  III,  p.  267.) 

(Dex)  Et  Adan  fesis  de  ta  main. 

Puis  fesis  sa  moillier  Evain.     (R.  d.  1.  V.  p.  242.) 

Tu  ki  fesis  et  estoile  luisant. 

Et  home  et  feme  fesis  à  ton  talent.    (0.  d.  D.  v.  10958.  9.) 

Hai!  dist  la  dame,  mal  fessis, 

Qant  maintenant  nés  oceis.     (Dol.  p.  277.) 
Et  voleiz  savoir  cum  longe  parole  il  fist  brief,  et  cum  brief  il  la 
fist?    (S.  d.  S.  B.  p.  585.) 

Au  prestre  vint,  se  fist  .j.  ris.     (L.  d'I.  p.  9.) 

Vous  saves  bien  de  fi ,  ^ans  faille. 

Que  l'autrier  fesimes  fremaiUe 

Entre  moi  et  l'enfant  Gerart.    (R.  d.  1.  Y.  v.  732-4.) 

Overte  avons  tote  la  porte  arier. 

Et  le  grant  pont  fesimes  abaissier.    (0.  d.  D.  v.  8240.  1.) 
Unkes  moleste  ne  lur  feimes,  ne  unkes  ne  perdirent  rien  par  nus. 
(Q.  L.  d.  R.  L  p.  97.) 

Sire,  mei  e  ceste  femme  feimes  cuvenant  que  nus  mun  fiz  mange- 
rium  à  un  jur  e  le  suen  al  altre.     (Ib.  IV,  p.  369.) 

Quant  de  nus  tui'nastes,  grant  outrage  feistes.    (Charl.  v.  686.) 

N'onques ,  nul  jor  ne  me  feistes  lie.     (G.  d.  G.  d.  G.  p.  36.) 

Gar  vos  remembre  du  fort  ester  pesant 

Que  vos  fesistes  desus  un  gariUant.     (0.  d.  D.  v.  485.  6.) 

Vous  fesistes,  jeo  quit,  cel  ploit.     (M.  d.  F.  I,  p.  102.) 
Fisient  (F.  d.  V.  1.  24.  v.    Ead.  1.  27.  etc.). 
Si  firent  une  assaillie  cil  de  la  tor  de  Galathas.     (Villeh.  450'^.) 

A  preechier  molt  entendirent. 

Par  toutes  teiTes  s'espandirent, 

Maintes  gens  crestiienner  firent.    (R.  d.  M.  p.  42.) 
Sire,  ensi  se  rendirent,  puis  lor  fisent  li  nostre  jurer  sour  sains 
que  jamais  encontre  vous  ne   se  meteroient  ne  en  chastel  ne  aillom-s. 
(H.  d.  V.  506  ^) 

A  une  liue,  ci  com  j'oi  noncier, 

Del  ost  Raoul  se  fisent  herbergier: 

Loiges  i  fisent  aprester  et  rengier.    (R.  d.  G.  p.  83.) 

E  tant  parlèrent  e  tant  fistrent 

Qu'il  la  li  dona  à  moillier 

E  qu'il  la  li  fist  noceier.     (Ben.  v.  41804-6.) 
Imparfait  du  subjonctif:  feùse,  femse. 

Kar  si  veirement  cmne  Deu  vit  ki  est  Deu  de  Israël,  ki  defendud 
m'ad  que  jo  ne  feisse  cest  mal,  si  tu  ne  fusses  de  plus  tost  venue  en- 


DU    VERBE.  163 

cuntre  mei,  ne  remasist  à  Nabal,  jesque  le   matin,   neis  le  chien  de 
sa  maisun.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  101.) 

Sel  me  looient  totes  gens 

Ne  me  venroit  ja  en  corage 

Que  je  feisce  tel  oitrage. 

Dont  seroie  plus  viols  d'un  chien.    (P.  d.  B-  v.  4264-7.) 

Mes  cuers  n'est  mie  si  aquis 

Que  je,  pour  la  vostre  complainte, 

Qui  moût  est  anieuse  et  fainte, 

Fesisse  la  vostre  requeste.     (R.  d.  1.  V.  v.  466-9.) 

S'il  se  volsist  à  no  loi  atorner. 

Je  le  fesisse  à  honor  esposer 

Lui  et  s'amie,  et  ses  laissasse  aler.     (0.  d.D.  v.  3063-5.) 
Bel  père ,  si  li  prophètes  te  deist  que  grant  chose  e  grevuse  feisses, 
faire  la  deusses.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  363.) 
Fesist  (F.  d.  V.  1.  11.  v.) 

Ou  por  kai  volt  il  estre  Criz  apelez,  si  por  ceu  non  k'il  fesist 
purir  le  juf  davant  la  fazon  del  oie?     (S.  d.  S.  B.  p.  531.) 

Ne  te  samblet  il  dons  ke  cil  facet  plus  grief  persécution  ke  ne 
fesist  li  Geus  ki  son  sang  espandit  ...  ?     (Ib.  p.  555.) 

Li  quens  Eeinaut  aveit  tant  fait 

Qu'à  son  plaisir  li  feist  plait 

Si  ne  fust  uns  decevemenz  |  E  uns  trop  laiz  traissementz, 

Par  quel  li  quens  Eeinauz  fu  pris.     (Ben.  v.  29541  -  5.) 

Nel  remua  de  son  estai  premier 

Ne  que  feist  ime  tor  de  mostier.     (0.  d.  D.  v.  10037.  8.) 
Et  s'il  advenist  que  enfens,    qui  fuist  ou  pain  de  se  père  et  se 
mère,  meffisist,   on  ne  porroit  riens  demander  le  père   ne   le  mère. 
(1312.  J.  V.  H.  p.  551.) 

Cette  forme  picarde,  où  l'on  voit  un  ï  qu'on  a  déjà  rencontré 
souvent  pour  d'autres  voyelles,  n'est  pas  de  bons  temps. 

Et  nous  vous  ferons  tôt  son  avoir  baillier,  et  vous  jurerons  seur 
sains  et  le  vous  ferons  as  autres  jurer,  que  nous,  en  aussi  bone  foi  vous 
servirons  en  l'ost,  come  nous  feissions  lui.     (Villeh.  p.  12.  XXIV.)  > 

(Joo)  Pensoe  cest  nosti-e  seignor 

En  feissum  empereui*, 

Corune  eust  el  chef  assise.     (Ben.  I,  v.  1807  -  9.) 

Et  se  ne  fust  la  traissons 

Que  Mares  fist,  s'en  eussons 

La  fin  veue  de  l'ester, 

U  plait  fesissons  à  honor.     (P.  d.  B.  v.  3773-6.) 

Por  Deu  vos  pri,  ke  se  laisa  dressier 

En  sainte  crois  por  son  pueple  essaucier, 

Ke  ceste  guerre  feissiez  apaier.     (G.  d.  V.  v.  2298  -  300.) 

(1)  Le  texte  do  D.  Brial  donne  faisîssims  (4381)),   où  la  diplithongue  ai  est  fautive. 

IX* 


164  DU   VEKBE. 

Que  faites  vos?  por  quel  vivez, 

Que  vos  Richart  ne  décevez 

Par  aucun  art  soprisement 

Dunt  il  ne  se  gardast  neient, 

Que  les  Bretons  e  les  Normanz 

Fuissiez  vers  vos  apendanz?     (Ben.  v.  21018-23.) 

Et  si  aloient  tôt  plus  tost 

Que  ne  fesissies  les  galos 

Sor  le  plus  haut  ceval  d'Espaignc.     (L.  d.  T.  p.  75.  6.) 
E  feissent  dous  humes'  avant  venir  ki  Nabotk  acusassent  e  sur  lui 
testemoniassent  que  il  out  mesparled  de  Deu  meime  e  del  rei.     (Q.  L. 
d.  E.  ni,  p.  331.) 

Et  fist  faire  nés  et  galies 

Pour  garder  toutes  ses  parties. 

Que  li  paien  d'estrange  tierre 

Ne  li  feissent  par  mer  gierre.     (Phil.  M.  v.  3282-5.) 

Zakarie  lues  remanda 

L'apostoles  et  commanda 

A  tous  les  barons  de  la  tiere. 

Pour  le  pais  ester  de  gierre. 

Qu'il  fesisent  roi  de  celui 

Ki  bien  aidast  soi  et  autrui  .  .  .  (Phil.  M.  v.  2030-5.) 
Et  pour  ce  ne  demoroit  mie  qu'il(s?)  n'en  fesissent  asses  par  celé 
porte  ou  par  autres.    (YiUeh.  p.  50.  LXXIV.) 

L'imparfait  se  trouve  orthographié  fesoie  et  faisoie  dans  les 
S.  d.  S.  B.  Fesoie  ^  est  plus  correct  q^xQ  faisoie ,  puisque  le  pre- 
mier se  rapproche  davantage  de  la  forme  primitive  du  verbe 
faire:  Ve  représente  Va  qui  s'est  affaibli  devant  la  terminaison 
lourde.  Faisoie  date  d'une  époque  où  la  véritable  conjugaison 
de  faire  était  déjà  troublée.  L'orthographe  en  ai  radical  fut 
prédominante  pendant  tout  le  XIII^  siècle,  surtout  en  Cham- 
pagne, à  l'est  du  dialecte  picard,  et  dans  le  Maine  et  l'Anjou. 
Dans  l'Ile-de-France,  on  trouve  fort  souvent  fesoie  vers  la  fin 
de  l'époque  qui  nous  occupe.  Feseie  était  la  forme  normande. 
Les  orthographes  en  a  pur  et  en  ei  ne  sont  pas  rares  et  s'ex- 
pliquent facilement  par  ce  que  j'ai  dit  de  l'infinitif. 

Si  m'aït  Deus,  grant  di*oit  avoient. 

Quant  jo  faisoie  c'uns  vilains 

Les  avoit  si  tes  en  ses  mains  ...  (P.  d.  B.  v.  2564-6.) 
Ja  ne  fesoie  je  mie,  se  por  li  chastier  non,   et  por  lui  espoanter. 
(R.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  37.) 

(1)  On  voit  que  la  prononciation  que  nous  donnons  à  faisais,  etc.  est  tout  à  fait 
fondée  en  raison,  et  que  l'orthogi-aphe  fesais,  etc.  combattue  par  les  grammairiens 
comme  une  innovation  fautive  ,  est  aussi  ancienne  que  la  langue  et  même  plus  exacte 
que  l'autre. 


DU    \ERBE. 


165 


Mais  mult  ère  poi  coveitos 

De  faire  en  plus  que  je  feseie.    (Ben.  v.  29186.  7.) 
Et  ke  fesoit  li  Fil  quant  il  por  luy  à  vengier  veoit  si  enmeut  le 
Peires  k'il  à  nule  créature  n'en  espargnievet?     (S.  d.  S.  B.  p.  523.) 
Et  por  ceu,  dist  il  meismes  k'il  ades  faisait  ceu  ke  plaisivet  à  luy. 

(Ib.  p.  552.) 

Adonc  li  manbrait  de  la  feie 

K'à  famé  ot  prise  et  espousee, 

Cui  il  trovait  à  la  fontaine, 

Cor  li  faissoit  soffrir  tel  poinne.     (Dol.  p.  287.) 
Et  se  aulcuns  y  facoit  fourg,  nos  le  devons  faire  ester.   (1482.  M. 
et  D.  i.  p.  463.) 

Ces  derniers  exemples  montrent  ce  qu'était  devenue  la  pro- 
nonciation du  8. 

E  cil  distrent  ke  bien  faseit, 

E  ke  bien  fere  le  poeit.     (E.  d.  R.  v.  641.  2.) 

Leenz  eut  un  veissel  moût  gent, 

Où  Criz  feisoit  son  sacrement.     (R.  d.  S.  G.  v.  395.  6.) 
Et  fessait  li  uns  de  lui  son  talent.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  68.) 

Trop  seroient  peu  no  cuer  tendre 

Se  nous  faisiens  celi  ardoir 

Qui  donne  nous  à  son  avoir.     (R.  d.  1.  M.  v.  3742-4.) 

Se  vous  nul  mal  li  faisiies, 

A  tous  jours  m'amor  perderies.     (Ib.  v.  2393.  4.) 

Li  François  grant  duel  en  faisaient.  (P.  d.  B.  v.  3783.) 

Normanz  se  faseient  nomer.  (R.  d.  R.  v.  129.) 
La  forme  primitive  du  futur  et  du  conditionnel  a  été  ferai, 
feroie,  en  Bourgogne  et  en  Picardie;  Va  s'est  affaibli  en  e  de- 
vant la  terminaison  fortement  accentuée.  En  Normandie,  on 
n'écrivait  même  pas  cet  e ,  le  radical  se  syncopait  et  l'on  avait 
frai,  freie.  Après  1250,  on  rencontre  des  exemples  avec  a 
radical;  mais  ce  sont  des  exceptions  qui  tiennent  à  des  parti- 
cularités de  prononciation  dont  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  parler. 
En  Franche- Comté,  en  Lorraine,  dans  ime  partie  de  la  Cham- 
pagne, on  avait  même  introduit  ai  à  ces  temps. 

Neporqant  je  ferai  vostre  commandemant.  (Ch.d.  S.  I,  p.217.) 
Respundi  Jonathas:  Tut  ço  que  te  plaist /raî.  (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  77.) 

Cunuistre  me  frai  e  oir.     (Trist.  Il,  p.  136.) 

Jure  que  tu  ne  defferas 

Le  temple,  et  que  tu  ne  feras 

Nul  mal  n'a  moi  n'a  mes  amis.     (R.  d.  M.  v.  1093-5.) 
E  quant  Deu  ces  biens  te  frad,  de  mei  tue   ancele  te  memberad, 
e  bien  me  fras.    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  100.) 

Por  ceu  nos  covient  joie  avoir  de  eeu  qu'il  en  nostre  natui-e  est 
venuz,  car  or  nos  ferat  il  legierement  pardon.    (S.  d.  S.  B.  j).  549.) 


166  DU   VERBE. 

Car  parmi  vostro  paine  doit  l'om  penseir  comment  il  ferrât  ceaz  à  cui 
il  soi  correcerat,  se  il  soffret  ke  cil  en  cui  il  at  joie  soient  ci  si  dure- 
ment afflit  ;  u  cornent  ferrât  il  ceaz  à  cui  il  ferai  juste  jugement,  se  il  si 
cruciet  li  mimes  ceaz  cui  il  nui'rist  piement  chastiant.  (M.  s.  J.  p.  475.) 

J'ai  cité  ce  dernier  exemple  pour  faire  ressortir  la  différence 
d'orthographe  qui  existe  entre  le  futur  de  ferir  et  celui  de  fait^e. 

Mais  ki  me  frad  juge  que  jo  receive  iDonement  ces  ki  unt  parole 
à  mustrer,  e  jo  frai  droiture  à  tuz  amiablement  e  dulcement.  (Q.  L.  d. 
E.  n,  p.  173.) 

E  fra  en  puis  si  grant  honur.     (Trist.  U,  p.  77.) 
A  Diu  se  rent  et  au  saint  Piere 
Qu'il  li  doinst  bone  nuit  entière; 
Si  far  a  il,  mien  ensient, 

Se  l'aventure  ne  nous  ment.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  8.) 

Nos  lor  ferons  noz  trez  et  noz  tantes  voidier.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  187.) 

Nus  vus  frum  ruer  sun  chief  aval  del  mur.   (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  200.) 

Et  volons  qu'un  chacun  d'aux  se  tienne  por  paye  par  non  de  hoirs, 

de  telle  partie  com  nos  li  fairons,  et  donrons  par  nos  lettres.    (1278. 

M.  s.  P.  I,  p.  360.) 

Mais  ore  un  char  nuvel  nus  frez.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  21.) 

Bien  croi  loialment  le  feront.    (R.  d.  1.  M.  v.  2587.) 
Qar,  se  le  refusoie,  je  feroie  folor.     (Ch.  d.  S.  Il,  p.  88.) 
Je  nel  far  oie  por  estre  demanbreiz.     (G.  d.  V.  v.  2634.) 

Je  fereie 
Par  mon  engien  et  par  mon  art 
Que  petite  en  sereit  sa  part.     (Chast.  XX,  v.  108-10.) 
Et  tout  ensi  com  tu  as  fait   des  autres,  savons  nous  bien  que  tu 
fer  oies  de  nous.     (Villeh.  p.  141.  CLX.) 

Si'n  creistreit  tant  ta  seignorie 
Qu'à  tei  en  fereies  aclins 

Toz  les  autres  règnes  voisins.     (Ben.  v.  20478-80.) 
Ta  conscience  ne  te  remorderad,  ne  tu  n'en  pluiTas,  pui-  cest  pecchied 
que  tu  freies  se  de  mun  mari  te  venjasses.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  100.) 
Agoulans  à  s'ost  en  râla  |  Et  à  tous  ses  barons  proia 
K'il  se  fesisent  baptisier: 
Si  feroit  il  sans  detriier.   (Phil.  M.  v.  5406  -  9.) 
Ne  ja  por  chou  ne  feriemes  deloiaute  de  requerre  après  nostre  rai- 
son ,  fust  hui  ou  demain ,  se  nous  en  poiesmes  venir  en  point.     (H.  d. 
V.  p.  202.  XIX.) 

E  si  nus  requeistes,  ke  nus  vus  feissons  à  savoir,  quel  ayde  nus 
vus  frions.    (1282.  Eym.  I,  2,  p.  202.) 

Musarz  estes,  ce  m'est  avis, 
Por  foui  me  feriez  tenir.     (Chast.  Xm,  v.  80.  1.) 
Sis  unt  laisez:  qu'en  fereient  il  el?    (Ch.  d.  E.  p.  114.) 
Participe  passé:  fait^  plus  tard  feit^  fet. 


DU    VERBE.  167 

Fait  (F.  d.  V.  1.  31.  v.) 

La  pais  que  j'ai  feite  al  evesque  davant  dit.  (1240.  H.  d.  Veid  p.  14.) 
An  Xni*  siècle,  faïre  s'employait  dans  le  sens  de  se  porter, 
de  la  manière  suivante  : 

Lors  li  dist  la  dame:  Comment 

Le  faites  vous,  biau  très  dous  sii'e  ?    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  3488. 9.) 

Puis  demande  sans  atargier 

Comment  Gerai'S  li  biaus  le  fait, 

Qui  joie  et  bonne  aventure  ait  !     (E.  d.  1.  V.  p.  40.) 

Il  li  demandent  de  lur  piere. 

Cornent  le  fesoit  lur  miere.     (L.  d'H.  v.  562.  3.) 

Qui  est  ce,  dit  la  belle,  qui  m'a  araisonee? 

Damoisele,  vo  gaite  oui  voz  maus  desagree. 

Comment  le  faites  vous?    Estes  vous  repassee. 

(Gautier  d'Aupais.) 
M.  Francisque  Michel   cite  cet  exemple  et  les  précé- 
dents à  la  p.  40  de  son  édition  du  R.  d.  1.  Y.  ^ 

Fus -tu  en  France?  —  Dame,  oil. 

—  Veis  mon  fil?     Quel  le  fait  il? 

—  Dame,  moût  bien,  et  s'est  si  prous 

Que  il  vaint  les  tournois  trestous.  (E.  d.  1.  M.  v.  3371-4.) 
On  a  déjà  eu  souvent  l'occasion  de  remarquer  qu'on  se  ser- 
vait du  verbe  faire  à  la  place  du  verbe  dire  dans  les  façons  de 
parler:  dit -il,  dis -je,  etc.  Les  écrivains  suivii-ent  cet  usage 
avec  plus  ou  moins  de  rigueur  jusqu'à  la  fin  du  XYI®  siècle; 
nos  paysans  l'ont  conservé,  et  les  poètes  comiques  qui  les  ont 
fait  parler,  s'y  ont  conformés.  On  a  cherché  depuis  à  faire 
revivre  cet  emploi  de  faire,  et  on  en  trouve  de  nombreux 
exemples  dans  les  romanciers  du  XLX®  siècle. 

Faire  avec  la  préposition  à  et  suivi  d'un  infinitif,  s'employait 
à  peu  près  dans  le  sens  de  être  digne ,  mériter  ;  falloir. 

C'est  Guinemans  qui  tant  fait  à  proisier.   (G.d.Y.v.260.) 

Tu  faiz  à  mesprisier, 
Se  soffres  que  il  past  de  cà  sanz  ancombrier.  (Ch.d.S.n,p.43  ) 
Et  voit  le  fronc  del  ost  .i.  liue  estandu: 
Ne  fait  à  mervoillier  se  paor  a  au.     (Ib.  II,  p.  106.) 
Si  Baudoins  ot  dote,  ne  fait  mie  à  Nasmer, 
Qui  il  voit  venir  Saisnes  que  il  ne  pot  amer.   (Ib.II,  p.  107.) 
Mult  fait  à  amer  iteus  sire.     (Ben.  v.  15589.) 
Si  bien  li  lerres  vait  embler, 
Fait  il  pur  ce  à  acuser 
Si  l'om  nel  pot  trover  al  ovre?     (Ib.  v.  25656-8.) 

(1)  Cette  tournure  s'est  conservée  dans  la  langue  anglaise. 


168  DU  VEEBE. 

Ne  fait  mie  sire  à  prisier 

Qui  en  pais  se  fait  baut  et  fier.     (Brut.  v.  4836.  7.) 
Cette  tournure  se  retrouve   en  provençal:  Ela  no  /ai/  pas 
à  lîasmar. 

Cfr.  plus  bas  régime  des  verbes. 

Cette  locution  était  encore  d'un  fréquent  usage  au  XYI* 
siècle. 

Plus  faict  Ci  louer  le  scavoir  bieu  user  des  biens  que  des  armes: 
et  plus  encores  faict  à  révérer  le  non  les  appeter  que  le  bien  en  user. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Coriolanus.) 

En  eslisant  et  prenant  ce  qui  faict  principalement  à  noter.  (Ib.  ead. 
Paulus  Aemylius.) 

Faire  joint  à  que  et  à  un  nom,  donne  lieu  à  une  locution 
elliptique  fort  en  usage  aux  XII ^  et  Xm^  siècles,  et  plus  tard 
encore. 

Et  por  ce  si  fait  que  sage,  qui  se  tient  devers  le  mielx.  (ViUeh.  459*'.) 
c'est-à-dire:  Et  por  ce  si  fait  ce  que  feroit  un  sage,  celui  qui  etc. 
De  çou  fist  il  que  mal  senes.    (Phil.  M.  v.  1213.) 
Li  fil  Herbert  n'ont  pas  fait  que  félon, 
Nen  vostre  cort  forgugier  nés  doit  on.  (E  d.  C  p.  37.) 
Mais  tu  feiz  certes  que  malvais  rois.    Ib.  p.  234.) 
Si  fereiz  que  preu  et  que  sage.    (Eutb.  I,  p.  118.) 
S'il  ne  te  tue ,  il  fera  trop  que  îasches.   (A.  et  A.  v.  2242.) 

Cfr.  le  provençal: 

Corn  no  ces  auzes  retraire 

Quant  ces  faitz  que  deschauzitz.     (Beiirand  de  Born.) 
JDïre ,  dans  les  mêmes  conditions ,  donnait  Heu  à  une  locution 
semblable. 

Or  ne  laira  que  il  ne  die 

Que  sages  a  dit  Loemers. 

Vos  aves  dit  que  hacelers.    (P.  d.  B.  v.  2426-8.) 

Ore  avez  dist  ke  cm'teis.    (E.  d.  E.  v.  15817.) 

Biaus  sire,  vous  dites  que  sages.  (Eutb.  H,  p.  81.) 
n  existe  encore  un  grand  nombre  de  locutions  où  entre  le 
Yerbe  faïre,  mais  je  ne  pourrais  les  citer  ici  sans  outrepasser 
les  bornes  de  cet  ouvrage.  On  trouvera  ces  locutions  dans 
mon  Dictionnaire  étymologique  et  comparé  des  dialectes  de  la 
langue  d'oïl  ^. 

(1)  Tous  nos  dictionnaires  écrivent,  au  lieu  de  avoir  à  faire  de,  avoir  affaire  de, 
c'est-à-dire  avoir  besoin  de;  ce  qui  est  une  singulière  faute.  Il  faut  voir,  dans 
cette  locution,  le  verbe  faire  et  non  le  substantif  affaire;  c'est  ce  dont  on  se  con- 
vaincra en  la  comparant  attentivement  à  cette  autre:  n'avoir  que  faire  d.e,  c'est-à- 
dire  n'avoir  pas  besoin  de. 

Si  Cato  ...  n'a  que  faire  de  Eome,  certainement  Rome  a  à  faire  de  Cato,  et 
aussy  ont  tous  ses  amis.  "(Amyot.  Hom.  ill.  Cato  d'Utique.) 


DU  VERBE.  169 

Y.  Kaynouard,  Lex.  rom.  m,  p.  261  col.  2.  touchant  l'emploi 
du  verbe^  faire  pour  exprimer  l'action  de  la  copulation. 

COMPOSÉS. 

1.  For  sf aire,  for  faire,  forfaire,  nuire,  outrager,  offenser; 
encourir  la  perte  de  quelque  chose ,  être  passible  d'une  amende, 
d'une  peine,  pour  un  crime,  un  délit,  être  condamné. 

Ensi  comença  la  guerre,  et  forfist  qui  forfaire  pot  et  par  mer  et 
par  terre.    (Villeh.  457  *.) 

Ensemble  avum  estet  e  anz  e  dis; 

Ne  m'fesis  mal,  ne  jo  nel  te  forsfis.    (Ch.  d.  R.  p.  79.) 

Rollans  me  forfist  en  or  e  en  avoir 

Pur  que  jo  quis  sa  mort  e  sun  destreit.     (Ib.  p.  145.) 

Citeains  i  mist  et  borjois, 

Si  lor  dona  preceps  et  lois 

Que  pais  et  concorde  tenissent. 

Et  noiant  ne  se  forfesissent.     (Brut.  v.  1292-4.) 

Trestot  au  doble  aura  d'eus  plait 

De  quanqu'il  li  auront  forfait.     (Ben.  v.  22670.  1.) 

Là  se  forfist  de  mort  Mares.     (P.  d.  B.  v.  3811.) 
Forfait  est  de  membres.     (L.  d.  G.  p.  180, 19.) 
Soient  forfait  envers  le  rei  de  .vi.  lib.     (Ib.  p.  187,  45.) 

Yoici  un  exemple  où  forfaire  est  pris  en  bonne  part,  dans 
le  sens  de  mériter. 

La  roïne  le  baise,  que  molt  bien  s'an  refait; 

Et  il  li  volontiers ,  par  bien  l'avoit  forfait.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  236.) 

Forfaire  signifiait  enfin  altérer,  déguiser. 

Car  il  forfont  lour  faces  qu'il  apiergent  as  homes  junantz  [exter- 
minant enim  faciès  suas].     (Roquefort,  s.  v.  forfaire.) 

2.  Contrefaire,  contrefaire,  imiter;  déguiser;  être  difforme. 

Molt  ot  bien  par  ses  armes  son  samblant  contrefait. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  236.) 

La  seconde  totirmire  de  cet  exemple  très  -  significatif  est  l'affirmative  de  la  première, 
et,  dans  les  deux  cas,  faire  a  exactement  la  même  valeur  et  le  même  sens.  — 
La  confusion  qui  s'est  faite  du  verbe  faire,  dans  la  locution  avoir  à  faire  de, 
avec  le  substantif  affaire,  provient  d'un  usage  orthographique  de  l'ancienne  langue. 
On  joignait  d'ordinaire  la  préposition  à  l'infinitif;  ainsi  prennent  adesrengier  =  prennent 
h  desrengier,  avoir  afaire  ^=^  avoir  à  faire,  etc.;  et,  à  l'époque  de  confusion  qui 
commence  à  la  fin  du  XTTTe  siècle,  redoublement  du  /  par  attraction,  parce  que 
sans  doute  on  a  cru  voir,  dans  le  mot  afaire,  une  espèce  de  composé  de /aire  avec 
la  préposition  à.  Un  cas  semblable  se  présente  à  l'occasion  du  verbe  savoir,  dans 
les  formules:  c'est  à  savoir,  faire  à  savoir,  laisser  à  savoir;  qu'on  trouve  orthogra- 
phiées c  est,  faire,  laisser  asavoir ,  assavoir;  et  personne  jusqu'ici  n'a  prétendu  créer 
un  verbe  assavoir. 

Ceo  est  assaver.     (1270.  Eym.  I,  2.  p.  114.) 

A  toutes  genz  qui  ont  savoir 

Fet  Rustebues  bien  asavoir.     (Rutb.  H,  p.  1.) 
lisep  :  à  savoir. 
Voy.  Régime  des  verbes. 


170  DTJ   VERBE. 

3.  Des  faire,  deffaire^  défaire;  détruire;  perdre;  empêcher, 
changer. 

Jure  que  tu  ne  defferas 

Le  temple.     (E.  d.  M.  p.  47.) 
Se  je  vous  ai  de  riens  mesfait  je  le  vous  desferai.  (Joinville  p.  25.) 

Celé  qui  puet  estre  provee 

Desfaite  est  et  en  fu  jetée.     (FI.  et  Bl.  v.  2075.  6.) 
Cfr.  :  Dinocrates  ne  leur  donna  pas  le  loisir  de  le  faire  mourir  par 
justice,  car  il  se  deffeit  Luy  mesme;  et  touts   ceulx  qui  avoyent  este 
d'advis  qu'il  falloit  faire  mourir  Philopoemen ,  se  deffeirent  aussy  eulx 
mesmes.     (Amyot.  Hom.  ill.  Philopoemen.) 

Le  participe  se  trouve  souvent  au  sens  de  décomposé.,  difforme. 

Un  malade  out  en  l'ancien  .  .  . 

A.  merveille  par  fu  desfait ... 

Ainz  ne  veistes  tant  si  lait. 

Ne  si  hoçu,  ne  si  desfait.     (Trist.  I,  p.  57.  58.) 

Sire  Artus,  rois,  je  sui  malades, 

Bociez,  meseaus,  desfait  et  fades.     (Ib.  I,  p.  177.) 

Cff.  le  provençal: 

Desfach  d'uelhz  e  de  cara  que  parlar  non  podia  (Y.  d.  S.  Honorai) 
—  Los  contrafagz  e  los  lehros  e'is  desfag  de  lur  membres.  (Eayn. 
Lex.  Eom.  ni,  p.  275.) 

4.  Mes  faire,  meffaire,  méfaire,  offenser,  faire  offense. 
Mais  Deus  rendre   à  ces  M   mesfunt  sulunc  lur  malice.     (Q.  L.  d. 

E.  II,  p.  133.)    [Eetribuat  Dominus  facienti  malum  juxta  malitiam  suam.] 

Je  croy  que  ja  n'i  mefferes.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  3473.) 

Nous  avons  or  este  si  aisse 

Et  or  nous  metes  en  malaisse; 

Qui  vous  a  riens  meffuit  ne  dit?     (E.  d.  M.  d'A.  p.  6.) 
On  conseille    au   roi   de  Hongrie   d'épouser   sa  propre  fille, 
il  répond: 

Signer,  ce  dist  li  rois,  pour  voir, 

Sacies  pour  riens  ne  le  feroie; 

Ti'op  durement  me  mefferoie.     (E.  d.  1.  M.  v.  360-2.) 

Qu'il  n'afiert  à  roi  ne  à  conte. 

S'il  entent  que  droiture  monte. 

Qu'il  oscille  homme,  c'en  ne  voie 

Que  par  droit  escillier  le  doie; 

Et  se  il  autrement  le  fet. 

Sachiez,  de  voir,  qu'il  se  mes  fet.    (Eutb.  I,  p.  72.) 

5.  Mal/aire,  maufaire,  mal  faire. 

Un  autre  fort  chastel  ferma 

Et  oit  jorz  qu'iloc  sejorna. 

Contre  les  reneiez  Judas 

Qui  de  maufaire  ne  sunt  las.    (Ben.  v.  38721-4.) 


DU   VERBE.  171 

Maufeisiez  de  eus  si  laidir, 

Trop  par  les  voliez  honir.     (Ben.  v.  16604.  5.) 
La  convoitise  del  monde  qui  tant  a  maufait  nés  laissa  mie  en  pais. 
(Villeh.  p.  100.  CXXVI.) 

6.     Parfaire,  parfaire  (achever,  terminer). 

Tun  purpos  e  ta  volente 

Parface  il  par  sa  bunte.     (M.  d.  F.  II,  p.  439.) 

Puis  que  il  eut  parfait  ce  dit 

Vint  à  sa  maison,  car  petit 

De  voie  jusque  là  avoit.  (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2627-9.) 
Cfr.:  Car  la  où  l'on  estimoit  chascun  desdicts  ouvrages  debvoir  à 
peine  estre  parachevé  en  plusieurs  aages,  et  plusieurs  successions  de 
vies  d'hommes  les  unes  après  les  austres,  tous  feui-ent  entièrement 
faicts  et  parfaicts  dedens  le  temps  que  dura  en  vigueur  le  crédit  et 
l'aucthorite  d'un  seul  gouverneur.     (Amyot.  Hom.  ill.  Pericles.) 

S'en  refaire  s'est    dit   dans   le    sens    que  nous  attribuons  à 
s'en  donner  (à  coeur  joie). 

Car  nule  rien  tant  ne  désir, 

Dist  la  vielle,  com  mal  à  faire: 

Des  or  m'en  porrai  bien  refaire.    (R.  d.  1.  V.  p.  29.) 

LIEE  (légère). 
La  forme  primitive  de  ce  verbe  a  été  leire,  qui  se  contracta 
en  lire,  dès  le  commencement  du  XHI*"  siècle. 

Le  présent  de  l'indicatif  a  fait,  dès  les  plus  anciens  temps: 
lei,  H,  lis;  leis,  lis;  leit ,  lit\  list;  îeisons,  lisons;  leiseiz,  liseiz; 
leient,  lient,  lisent  (?).  La  consonne  s,  étrangère  à  la  racine, 
provient  d'une  permutation  du  g  latin ,  analogue  à  celle  qu'éprou- 
vait le  Cj  comme  on  l'a  vu  dans  les  verbes  faire,  dire,  gésir. 
Le  parfait  défini  était  lis  ou  lui;  l'imparfait  du  subjonctif 
leisse  ou  leusse;  le  participe  passé  leit,  lit,  leut,  lut. 

Lequel  qu'il  vosist  escleire.    (S.  d,  S.  B.  Voy.  Eoquefort  s.  v.  naître.) 
Tant  a  à  esïire  entendu.     (Chast.  XXIV,  v.  13.) 
Perte  i  unt  faite,  ço  vos  retrai 
Si  cum  jeol  Us  e  cum  jol  sai, 
Mulz  milliers  d'omes,  senz  mentir 
Ne  voldrent  unques  l'enchauz  gerpir,     (Ben.  v.  2455-8.) 
Quant  il  a  tout  ainsi  escrit, 

Devant  ses  compaignons  les  Ut.     (R.  d.  1.  M.  v.  3013.  4.) 
Le  brief  li  porie  et  puis  le  Ust.     (P.  d.  B.  v.  2849.) 
Molt  avons  plus  de  ceos  ki  enseuent  cel  aveule  dont  nos  leisons  en 
l'Ewangile,  k'il  ne  facent  cest  nostre  vovel  apostle.    (S.  d.  S.B.  p.  558.) 
Mais  esUsons  le  bon  François, 
Qui  est  estables  en  nos  lois.    (P.  d.  B.  v.  9025.  6.) 


172  DU   VERBE. 

Yoici  la  même  forme  sans  s: 

Apres  nos  elions  nostre    sépulture   en  l'eynglise   de    Chier-Leu. 
(1277.  M.  s.  P.  I,  360.) 

Dan  chapelain,  lisiez  le  brief, 
Oiant  nos  toz,  de  chief  en  cMef.     (Trist.  I,  p.  123.) 
Va,  si  parole  à  David,  si  li  di  que  il  eslised  de  trois  choses  quele 
que  il  volt  mielz  que  jo  li  face.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  217.) 

Perdu  en  a  le  don;  mais  .i.  autre  en  eslise.  (Ch.d.S.I,  p. 41.) 
Et  selonc  Tescrit  que  jou  lui.    (Dol.  p.  222.) 
La  chartre  lui,  ben  en  sai  la  devise.    (0.  d.  0.  v.  4170,) 
Desous  .i.  aubespin  .i.  petit  m'acointai: 
Escrist  en  parkemin  .i.  livret  i  trovai; 
Si  lue  dusqu'à  la  fin  :  mult  durement  l'amai.  (Eutb.  I,  p.  232.) 
Ne  leisis  tu  dons  onkes  ceu  k'escrit  est,  por  ceu  qu'il  les  nurisset 
en  la  faim?    (S.  d.  S.  B.  p.  565.) 

Li  capelains  errant  les  (les  lettres)  liut.  (Phil.M.v.4608.) 
Jo  juerai  devant  nostre  Seignur  qui  vcCeslist  e  plus  m'out  chier  que 
vostre  père  e  tut  sun  lignage.     (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  142.) 

Et   les    altres  choses    cui   nos   onkes   ne   leisimes   de   celui  Juda. 
(S.  d.  S.  B.  p.  533.) 

Li  un(s?)  eslistrent  le  chanceler.     (Ben.  t.  3,  p.  469.) 
E  ruvad  que  il  esleist  quel  membre  que  il  volsist  que  il  le  poust 
mustrer  à  nostre  Seignur.     (Q.  L.  d.  R.  H,  p.  217.) 

Et  si  dexendit  por  ceu  qu'il  à  sun  ues  Vesleisist.   (S.  d.  S.  B.  p.  533.) 
Ce   avons  nos  dit   par   treble   entendement,   ke  nos  à  l'anoiouse 
anrme  métissions  devant  diverses  drecies,  et  de  ce  ke  miez  li  semble- 
roit  en  elhiist.    (M.  s.  J.  p.  448.) 

Ja  n'en  atendist  le  tierc  jor 
Qu'ele  n'esleust  le  meUor.     (P.  d.  B.  v.  8651.  2.) 
Nous  avons  leit  en  autre  leu.    (S.  d.  S.  B.  Yoy.  Roquefort,  s.  v.  leire.) 

Et  qant  lit  furent  li  escrit.     (Trist.  I,  p.  122.) 
JE^ilit  furent  li  message.     (Yilleh.  454''.) 

Qant  li  evangeiles  fu  lis.    (Ben.  v.  30066.) 

Ainz  que  fust  lite  la  peiaus.     (Ib.  v.  22659.) 

Li  cyrografes  fut  leus 

Et  li  covans  reconeus.     (Dol.  p.  220.) 

Et  puis  la  lettre  desploia, 

De  chief  en  chief  lute  li  a.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  8069.  70.) 

On  trouve  enlïre,  au  Heu  de  eslïre  (ellire),  dans  ce  passage 
de  Dolopathos: 

Dist  k'il  faisoient  grant  folie, 

Que  si  très  perillouse  vie 

Et  si  dolerouse  enlisaient,    (p.  234.) 
Le  Roman  de  Rou  donne  Itère  à  la  rime.     (v.  14479.) 


DU   VERBE.  173 

LOIRE  (v.  fo.) ,  licere. 
Ce  verbe  a  sans  doute  existé  d'abord  sous  la  forme  îisir^ 
lesïr,  losïr,  ou  lïre,  lere^  lore  (?);  plus  tard  on  le  renforça  et 
l'on  eut,  en  Bourgogne  et  en  Picardie:  loisir  ou  loire;  en 
Normandie:  îesir  ou  1ère,  d'où  leisir  ou  leire,  dans  les  dialectes 
mixtes.  (Y.  plaire  et  cfr.  taire,  gésir?)  Notre  substantif  loisir 
est  l'infinitif  de  ce  verbe  ^. 

Si  l'on  laus  ceste  gloire  loire, 

Il  n'en  font  une  grant  estoire 

Nés  don  chanclie  de  la  chaiTue, 

Por  coi  il  n'ont  autre  mimoire.    (Rutb.  I,  p.  248.) 

Présent  de  l'indicatif;  loist^  leist^  liât;  du  subjonctif:  leise^ 
loise;  parfait  défini:  lut;  imparfait  du  subjonctif:  leust. 

Cant  il  ne  lur  loist  mie  entendre  à  eaz,  si  lur  plaist  ravir  avec 
eaz  ceaz  à  oui  il  sunt  acompangniet.    (M.  s,  J.  p.  466.) 

Mais  sainz  Paules,  à  oui  totes  choses  îoisent  ne  soi  met  desoz  la 
posteit  de  nule  d'eles.    (Ib.  p.  472.) 

Ha!  sire,  pour  Diu!  ne  vous  poist. 
Que  plus  séjourner  ne  me  loist.    (R.  d.  1.  V.  v.  5000.  1.) 
Kar  leist  à  faire  damage  à  altre  pnr  pour  de  mort.   (L.  d.  G.  184.  p.  38.) 
Haute  est  mult  l'ovre  e  la  matire, 
Et  si  i  aurait  trop  à  dire, 
E  mei  ne  Ust  pas  demorer, 
Car  mult  i  a  de  el  à  parler.     (Ben.  I,  v.  179-82.) 
Et  quant  lui  loist  faire  ce  ke  li  plaist,   si  penset  ke  bien  loiset 
kanke  lui  plaist.     (M.  s.  J.  p.  472.) 

Nés  li  parlers  en  est  vilains. 

Mais  à  parler  en  loise  au  mains, 

Por  ce  qu'à  faire  pas  ne  plaise 

Et  por  baïr  si  cuisant  aise.     (Ben.  t.  3,  p.  529.) 

Luise,  dans  l'exemple  suivant,  est  la  forme  loise  écrite  avec 
un  u  normand,  au  lieu  que  la  véritable  forme  de  la  Normandie 
devrait  être  leise,  dont  je  n'ai  pas  d'exemple. 

Recevez  les  vostre  merci, 

Et  sis  me  faites  bien  garder 

Tant  que  mei  luise  retomer 

De  Mech  où  je  sui  esmeuz.     (Chast.  XIII,  v.  208-11.) 

Cil  del  chastel  point  ne  s'i  feignent, 

Lor  enemis  as  cbans  empoignent; 

Si  ne  lor  lut,  tant  i  tornassent 

Que  lor  abatuz  en  levassent.    (Ben.  v.  28358-61.) 

(l)  La  plupart  de  nos  lexicographes  font  dériver  très  -  maladroitement  loisir  du  latin 
otium,  dont  en  aurait  formé  oisir,  puis,  en  préposant  l'article,  loisir!! 


174  DU    VERBE. 

Oiant  tos  ciaus  qu'iSstre  là  Uut.    (Phîl.  M.  v.  4609.) 
n  me  requist  ententivement  ko  li  ïeust  aler   en  Bethléem.     (Q.  L. 
d.  E.  I,  p.  80.) 

Confession  li  leust  demander.     (Ch.  d.  R.  Inti-.  XXVI.) 
Je  n'ai  pas  d'exemple  du  participe  passé:  leu  (?). 
Ne  avez   vous  point   leu  quoi  David  fist  quant  il  familla  et  coos 
qui  ovec  luy  estoient:  corn  il  entra  la  maison  Dieu  et  maungea  les  pains 
de  proposition  que  ne  Usoit  à  li  raaunger.     (Roquefort,  s.  V.  lisait.) 
Buer  seroit  née  qui  à  tel  ch.evalier 
Seroit  amie  et  espouse  à  mollior; 
Qui  le  loroit  acoler  et  baisier 

Miex  li  volroit  que  boivre  ne  mengier  !    (R.  d.  C.  p.  219.) 
Remarquez  la  locution   loïst  à  savoir,   qui   répond    au   latin 
scilicet.     (Voy.  Roquefort,  s.  v.  dessovre.) 

Le  verbe  loïre  était  eocore  d'un  fréquent  emploi  au  XYI® 
siècle. 

METTRE  (mittere). 
Ce  verbe  a  eu  pour  formes:  mattre^  dans  la  Bourgogne 
proprement  dite,  la  Franche -Comté,  la  Lorraine  et  une  partie 
de  la  Champagne;  mètre,  dans  les  autres  provinces.  Dès  le 
milieu  du  XIII''  siècle,  on  écrivit  maître.^  au  lieu  de  mètre,  dans 
les  provinces  où  Ye  se  pronoçait  très -large,  dans  le  Hainaut 
et  la  Flandre  orientale  surtout.  Cette  orthographe  pénétra  plus 
tard  jusque  dans  l'Ile-de-France;  c'était  aussi  celle  de  la  Lor- 
raine, de  la  Franche -Comté  et  du  Comté  de  Bourgogne  vers 
1300^.  Maître,  en  ce  dernier  cas,  ne  représentait  sans  doute 
pas  mètre  quant  à  la  forme  ;  c'était  une  diphthongaison  de  matre. 
On  voit  enfin  paraître,  à  la  même  époque,  mestre  et  mectre. 

Eswarzent  et  si  saichent  c'un  ne  doit  ne  l'un  ne  l'atre  mattre  à 
nonchalor  quant  om  lo  puet  faii-e.     (S.  d.  S.  B.  p.  544.) 

Nul  ne  doit  maître  porc  en  lad.  forest,  fors  que  notre  homme  de 
la  ville  de.  P.  (Poligny),  sauf  ce  que  nos  eu  y  poons  matre  en  notre 
conduit.     (1292.  M.  d.  P.  II,  p.  558.) 

Pour  celé  guerre  maître  à  fin.     (Phil.  M.  v.  2179.) 
Et  fist  li  dus  faire  un  sarku 
A  sun  oes  et  maître  en  .i.  liu, 
Et  cascun  jour  veoir  l'aloit.     (Ib.  v.  15168-70.) 
Si  commande  la  table  à  mètre.    (R.  d.  1.  Y.  v.  483.) 
Por  ço  voel,  par  envoiseure, 
En  escrit  mètre  une  aventure.     (P.  d.  B.  v.  69.  70.) 
Et  force  n'i  voust  mestre  mie.     (R.  d.  S.  G.  v.  411.) 
Li  anpereres  la  fist  mestre  el  feu,  et  la  fist  ardoir.  (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  76.) 

(l)  Les  Bourguignons  disent  encore  je  mai,  tu  mai,  ai  7)iai, 


DU    \EBBE.  175 

Présent  de  l'indicatif:  7nat,  met^  en  Picardie,  mech^  mec; 
maz^  mez,  mes;  mat,  met;  matons ,  metons;  mateiz,  meteiz^  metes; 
matent,  metent  —  et  les  variantes  en  ai  radical.  —  Impératif: 
met,  etc. 

Ju  ki  ne  sai  assi  cum  niant  et  ki  alkes  cuyde  savoir,  ne  me  puys 
coisier,  anz  m'abandone  et  mat  avant  effronteiement  et  sottement. 
(S.  d.  S.  A.  p.  553.) 

Car  je  y  met  cuer  et  corps  et  désir.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  840.) 
M'ounor,  mon  cors,  m'ame  et  ma  vie 
Mech  hm  en  vostre  avoerie.     (Poit.  v.  544.  5.) 
Respundi  li  prophètes:   Met  devant  le  pople,  si  mangerat.     (Q.  L. 
d.  R.  ly,  p.  361.) 

Met  les  ensanlle ,  amiraus  gentis  hon.  (0.  d.  D.  v.  2543.) 
Urrake,  dist  il,  est  ce  voir,  |  U  te  me  mes  en  faus  espoir 
Que  ma  dame  face  pardon 

A  son  serf  de  sa  traïsson?    (P.  d.  B.  v.  6057-60.) 
Si  ne  te  mez  en  sa  manaie.     (Ben.  v.  21119.) 
Se  tu  nos  mez  hors  de  prison.     (St.  N.  v.  526.) 
Et  s'il  me  mait  en  prison  jouste  soi.     (J.  d.  B.  v.  294.) 
Li  chevaliers  au  filz  l'empereor  met  pie  à  terre.    (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  76.) 
Si  lur  dist:  Metums  nus  en  fuie  hastivement,  que  Ahsalon  ne  vienge. 
(Q.  L.  d.  R.  n,  p.  174.) 

Vos  ki  coneisseiz  vostre  exil,  et  ki  nel  matteiz  mies  en  obli,  oiez, 
car  de  ciel  vos  est  venue  le  aiue.     (S.  d.  S.  B.  p.  546.) 

Atant  se  metent  li  trahitour  à  la  voie  apries  nos  chevaliers. 
(H.  d.  V.  p.  209,  XXIII.) 

Mors  est,  n'i  a  cel  ne  le  plagne. 
Mais  sour  le  conte  de  Canpagne 
Maitent  sa  mort  tout  li  baron.     (Pliil.  M.  v.  28131-3.) 
Présent  du  subjonctif:  matte,  mette,  mete,  mèche,  mece,  maice. 
Respundid  David  al  prophète:  Jo  sui  mult  en  destreit,  mais  mielz 
est  que  jo  me  mette  en  la  manaie  e  as  mains  nostre  Seignur.     (Q.  L. 
d.  R.  II,  p.  217.) 

Robin,  vens  tu  que  je  le  (le  chapelet)  mèche 
Seur  ton  chief  par  amourete  ?     (Th.  Fi-.  m.  â.  p.  108.) 
Par  nos  te  mande  et  te  desfant. 
Et  sacent  tuit  chertainement. 
Que  en  France  ton  pie  ne  metes 
Ne  ja  de  ce  ne  t'entremetes  .  .  .     (Brut.  v.  12120-3.) 
Il  covient  ke  devant  totes  altres  choses  nos  mattet  lo  nom  de  sal- 
veteit  li  engles  de  gi-ant  consoil.     (S.  d.  S.  B.  Roquefort,  s.  v.  matre.) 
A  paines  prent  ele  onques  pain, 
Que  li  dus  n'i  mèche  sa  main.     (Poit.  p.  8.) 
S'en  prions  à  Dieu  bonement 
Que  s'anne  mece  à  sauvement.,    (Chr.  A.  N.  III,  viij.) 


176  DU   VERBE. 

Cil  Diex  ki  fist  pardon  Longis 

Maice  vostre  arme  en  paradis.     (Phil.  M.  v.  9234.  5.) 

En  pareis  les  metet  en  seintes  flurs  !     (Ch.  d.  R  p.  85.) 

Et  qui  nos  toz  mete  en  son  règne  !     (Romv.  p.  424,  v.  33.) 
Ensi  ke  nos  en  nule  manière  ne  maitiens  en  négligence  les  péchiez 
d'entermeteit  et  de  nonsachance.     (S.  d.  S.  B.  Eoquefort,  s.  v.  matre.) 

Li  rois  por  amor  Dieu  le  voir 

Lor  ciet  as  pies  et  si  lor  prie 

Qu'il  le  mecent  en  lor  navie.     (Chr.  A.  N.  p.  78.) 

Je  lo  qu'il  mechent  en  estui 

Lor  lanches  et  lor  escus  nues.    (E.  d.  1.  V.  v.  5979.  80.) 
Parfait  défini:  mis. 

Quant  jo  en  mon  consel  le  mis, 

Haut  le  levai  et  fis  justise.    (P.  d.  B.  v.  2552.  3.) 

Rien  seustes  où  je  le  mis.    (R.  d.  S.  G.  v.  2272.) 

"Vrais  Dex,  qui  le  mont  esteras, 

Et  l'air  de  la  terre  eslevas 

Et  el  chiel  les  angeles  mesis, 

Esperitelment  les  fesis, 

A  grant  merveille  furent  biel.     (R.  d.  1.  V.  p.  242.) 

Mult  te  devreit  bien  remenbrer 

Quel  otreiance  tu  feis ,  |  Ne  savoir  que  tu  prameis 

De  la  corone  e  del  reaume.     (Ben.  v.  37147  -  50.) 

De  la  bataille  jor  meis 

E  à  cel  jor  terme  assois.     (R.  d.  R.  v.  13051.  2.) 
Sis  descunfist  e  à  glaive  en  ocist,  e  en  fuie  les  mist    (Q.  L.  d.  R. 
I,p.74. 

La  reyne  mist  el  batel, 

Haveloc  tint  souz  son  mantel.    (L.  d'H.  v.  101.  2.) 
E  par  coste   cuvenance  meimes  mun  fiz   à  quire,  sil  manjames. 
(Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  369.) 

Vaspasyens  leur  demanda: 

Eu  il  morz  ainçois  qu'il  fust  là, 

Et  se  vous  avant  l'oceistes 

Et  puis  en  la  tour  le  meistes? 

—  Nennil;  meis  fonnent  le  batimes 

Et  puis  là  dessouz  le  meismes 

Pour  les  folies  qu'il  disoit 

Et  que  à  nons  touz  respondoit.     (R.  d.  S.  G.  v.  1984-90.) 
Vos  me  meistes  à  escole.    (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  73.) 

Moult  mesistes  France  à  segur 

Quant  conquesistes  Somegur.     (P.  d.  B.  v.  9259.  60.) 

En  croix  vos  mistrent  li  mal  Jui  félon.     (G.d.  V.v.2841.) 
Sor  ces  six  mistrent  lor  affaire  entièrement.     (Villeh.  434*^.) 

Li  fil  Herbert  orent  le  liu  molt  chier. 


DU   VERBE.  177 

Mai*seiit  i  misent  qui  fu  mère  Bernier, 
Et  .G.  nonains  por  Damerdieu  proier.     (R.  d.  C.  p.  59.) 
Nostre  message  i  vmrent,  et  li  Griplion  les  misent  dedens  le  bourc 
sans  autre  noise  faire.     (H.  d.  Y-.  505 ''.  506*.) 
Par  pluisors  fois  i  missent  paine; 

Mais  aine  n'i  orent  bone  estraine.     (P.  d.  B.  v.  8947.  8.) 
Si  misrent  mineurs  par  desous   teiTe,  pour  le  mur  faire  verser. 
(Yilleh.  p.  116.  CXLII.) 

Leur  oistes  vous  unques  dire 

Pour  quoi  le  mirent  à  martire?    (E.  d.  S.  G.  v.  1069.  70.) 
Imparfait  du  subjonctif:  mesisse ,  meisse. 
Si  bien  avisée  vous  croy 
Que  pas  ne  cuidies  qu'endroit  moy 

A  telle  amour  je  me  meisse.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  5113-15.) 
Ja  de  ço  ne  m'entremesisse, 
N'en  estudie  ne  me  mesisse, 
Si  ne  fust  pur  vosti-e  prière.    (M.  d.  F.  II,  p.  412.) 
Por  ceu  commandet  om  à  Ananie  k'il  sa  main  mesist  sor  saint  Pol, 
mais  cil,  si  cum  saiges,  et  ki  bien  estoit  apris,  ne  volt  mies  aparmenmes 
faire  ceste  cbose.     (S.  d.  S.  B.  p.  560.) 

Lendemain  li  dis  que  le  suen  fiz  meissums  à  quire,  e  ele  si  l'ad  musced. 
(Q.  L.  d.  E.  lY,  p.  369.) 

Ne  devriez,  pour  mil  mars  d'or,  penser 
Qu'i  meissions  trois  deniers  menées.     (G.  1.  L.  I,  p.  6.) 
Mais  miex  est  que  en  aventure 
Nous  metons,  que  tel  créature 
Et  qui  tant  nous  a  fait  de  biens 
Mesissons  en  si  fors  liions.     (E.  d.  L  M.  v.  3787  -  90.) 
En  mi  les  près,  par  d'autre  part, 
Se  vous  i  meissies  esgart, 
Yeissies  en  .1.  lieus 

Les  gTans  caudieres  sur  les  feus.     (Ib.  v.  7815-8.) 
Certes,  se  vous  m'en  creissies, 
Ja  ne  vous  entremesisies.    (E.  d.  1.  Y.  p.  18.) 
Ja  meissent  Berart  en  maie  sospecon 

Qant  François  le  secorrent  à  coite  d'esperon.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  143.) 
Eova  qu'il  se  mesissent  eramment  el  retur.  (Th.  Gant.  p.  112,  v.  18.) 
Le  texte  des  M.  s.  J. ,  publié  par  M.  Leroux  de  Lincy ,  donne 
la  forme  metissiens ,  au  lieu  de  meissiens  ou  mesùsïens.  Je  ne 
suis  pas  à  portée  de  vérifier  l'authenticité  de  cette  orthographe  ; 
mais  quand  même  le  manuscrit  porterait  metissiens,  on  devrait 
regarder  le  t  comme  fautif.  (Voy.  cette  forme  dans  un  exemple 
cité  t.  2,  p.  172,  L  25.) 

Le   futur   et   le   conditionnel   du   verbe   mettre  se  trouvent 
souvent  écrits:  materai,    meterai,    mater  oie ,    meteroie;   cependant 

Burguy,  Gr.  de  la  langue  eVoïl.    T.  H.  Éd.  III.  1^ 


178  DU    VERBE. 

matrai,    métrai,   matroie,   metroie,    sont  plus  ordinaires  après   le 
milieu  du  XIIF  siècle. 

Mais  ju  lairai  or  ester  lo  los ,  et  si  materai  avant  les  periz  ki  sunt 
en  ceste  voie.     (S.  d.  S.  B.  p.  567.) 

Jou  meterai  toute  ma  terre 

Contre  la  soie.     (E.  d.  1.  V.  p.  17.) 

Com  je  vous  métrai  en  couvent.  (R.  d.  1.  M.  v.  5836  ;  cfr.  917.) 

Puet  c'estre  que  cist  rois  me  matra  an  prison. 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  85.) 
Où  entrastes  hors  vus  mettruns.     (M.  d.  F.  Il,  p.  445.) 
Quant  il  vus  mettrunt  en  turment.     (Ib.  ead.  p.  441.) 
Ço  est  encuntre  lur  ydles  e  lur  fais  deus,  kis  meterunt  à  plur  e  à 
plainte  e  à  desfaciun.     (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  139.) 
Sachies  de  fi  que  pour  desfendre 

I  meteroie  le  mien  cors.     (R.  d.  1.  Y.  v.  1654.  5;  cfr.  4460.) 
Ja  n'i  mettroie  vaillant  un  angevin.     (G.  1.  L.  I,  p.  7.) 
S'avenoit  cose  que  l'eusses  tocMe, 

Jamais  en  France  ne  metroies  le  pie.    (0.  d.  D.  v.  4275.  6.) 
Tu  en  metreies  bien  tel  uit 

En  la  boche  com  je  serai.     (Chast.  XIX,  v.  72.  3.) 
Et  li  castelains  Hues  lor  dist  qu'oncques  de  chou  ne  feussent  en 
doutance,  que  ja  n'i  meteroient  les  pies.     (H.  d.  Y.  p.  209,  XXIII.) 
Cil  vous  metroient  el  torment.     (FI.  et  Bl.  v.  1034.) 
Imparfait  de  l'indicatif:   metoïe  (R.  d.  1.  Y.  v.  2245),   mettoïe 
(R.  d.  C.  d.  C.  V.  3936),  meteïe  (Chast.  XXI,  v.  60),  etc. 
Participe  passé:  mïs. 

Par  lor  gre  se  départent,  au  retor  se  sont  mis.   (Ch.  d.  S.  I,  p.  154.) 
Remarquez  les  expressions: 

Mettre  jus:  a)  mettre  bas,  à  bas,  poser,  déposer. 
Mangierent  ambedui  ensamble  .  .  . 
Et  la  dame  en  une  ele  moi-t 
Et  puis  tantost  l'a  mise  jus.     (Poit.  p.  8.) 
b)  abolir,  éteindre. 
Le  comte  feit  crier  que  il  mectoit  jus  touts  les  subsides ,  impositions, 
quatriesmes  et  autres  debittes;   et  pareillement  avoit  fait  mectre  jus  à 
Peronne  et  à  Mondidier. 

(Mém.  de  Jacques  du  Clercq ,  1.  Y,  ch.  XXX.  Ed.  Buchon.) 
Mettre  jus  V oreille ,  se  coucher. 

Si  s' endormi,  ne  fu  mervelle, 

Des  qu'ele  ot  jus  mise  l'orelle.    (Roi  Guillaume,  p.  57.) 
Le  peuple  de  certaines  provinces  dit  encore  dans  le  même 
sens:  se  mettre  sur  Vm'eille. 

Mettre  sus,   sur,    établir,   réparer;    lever  (0.  d.  D.  v.  6948); 
charger  qqn.  de  qqch.,  imputer;  s'en  rapporter  à  un  arbitre. 


DU   VERBE.  179 

Tous  le  bestans  de  nos  dous  meteroie 

Sor  la  belle  k'ensi  nos  ait  melleit.     ("W.  A,  L.  p.  51.) 

Car  sus  autre  dame  nel  meteroie.     (Ib.  ead.) 

Des  ke  sor  vos  ai  vdse  la  tenson.     (Ib.  ead.) 
Mettre  en  ne  ou  en  ni,  nier,  s'inscrire  en  faux. 
Cfr.   Eissi  cmn  retrait  li  Latins, 

De  veir,  senz  mençonge  e  senz  ni.    (Ben.  v.  40844.  5.) 
Mettre  à  un,  risquer,  hasarder  (jouer  à  quitte  ou  à  double.) 

Va,  dist  li  il,  cum  que  t'en  prenge, 

Si  te  combat  e  si  nos  venge  ; 

Met  tôt  à  un,  qu' eissi  le  voil. 

Si  fai  remaindre  cest  orguil.     (Ben.  v.  32010-3.) 
Des  composés  de  mettre,  je  citerai: 
Démettre,  écarter,  empêcher,  détruire,  sauver,  excepter. 

Por  ce  vos  di  qu'en  cest  escrit 

Aura  maint  bien  et  maint  mal  dit: 

L'un  et  l'autre  meti'ons  en  leti'e 

Por  faire  bien  et  mal  demetre.     (P.  d.  B.  v.  129-32.) 

Se  vous  voles,  nous  l'i  métrons: 

Ensi  de  mort  le  demetrons.    (E.  d.  1.  M.  v.  3755.  6.) 

Tote  fu  l'ovre  od  tant  démise.    (Ben.  v.  20844.) 

Qu'eissi  le  voleit  le  rei  Herout, 

Que  tuit  fussent  en  renc  assis 

Et  H  dizains  fust  sol  demis.     (Ib.  v.  34081  -  3.) 

Asez  est  fels  ki  entr'els  se  démet.    (Ch.  d.  E.  p.  116.) 
Cfr.  le  passage  suivant  où  se  desmettre  a  la  signification  de 
se  conformer,  s'abaisser. 

Il  fault  se  desmettre  au  train  de  ceulx  avecques  qui  vous  estes ,  et 
par  fois  affecter  l'ignorance.     (Montaigne ,  Essais  III,  3.) 

Admettre,  avancer  tête  baissée,  se  baisser,  s'ébattre,  s'élancer. 

Je  le  voi  là,  ce  m'est  avis, 

Lez  le  fosse  tout  ademis.    (E.  d.  Een.  I,  p.  218.) 
Cfr.  ibid.  t.  m,  p.  326,  v.  28761. 

Al  tierc  trestor  fort  s'ademet., 

Si  lor  ocit  le  bel  Sauret, 

Nief  Somegur  et  fils  son  frère.     (P.  d.  B.  v.  2221-3.) 

Il  s'ademet,  par  grant  vertu, 

Fiert  le  sodan  sor  l'elme  agu, 

Que  une  gi-ande  partie  en  trence.     (Ib.  v.  9869-71.) 

François  m'enchausent  :  vez  les  toz  ademis.  (G.  d.  V.  v.  1481.) 

Tant  a  aie  et  sus  et  jus 

Que  droit  au  manoir  est  venus, 

Puis  s'est  devers  le  bosquet  mis. 

Et  vers  l'uisset  s'est  ademis.    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2439-42.) 

12* 


180  DU    VEBBE. 

La  signification  ^ademetre^  dans  le  passage  suivant,  est  la 
même  que  celle  de  demetre. 

Li  une  al  autre  creantera 

A  cheli  ù  premiers  venra, 

K'en  cel  vregie  terme  li  mèche 

Et  nous  toutes  sans  ademetre, 

Et  si  faisons  savoir  le  jour, 

Toutes  i  serons  sans  séjour.     (L.  d'I.  p.  13.) 
Admettre,  confisquer.     V.  Eoquefort,  supplém.  s.  v. 
Esdemettre,  s'élancer  avec  violence,  bondir,  abandonner. 
Sun  bon  ceval  i  ad  fait  esdemetre.    (Oh.  d.  E.  p.  63.) 

Entremettre ,  entremettre,  tenter  de,  mêler,  donner  ses  soins; 
s'employait  ordinairement  avec  le  pronom  réfléchi,  comme 
aujourd'hui. 

Li  apostoille  se  est  entremis.     (Ben.  t.  3,  p.  623.) 
Quant  hom  mix  vaut  et  il  doit  vivre, 
Dont  t'entremes  de  lui  ocirre.     (FI.  et  Bl.  v.  757.  8.) 
Ele  apelat  un  suen  varlet 
Puis  si  le  dit  ore  fentremet 
Que  mis  cisnes  seit  bien  gardez, 
E  ke  il  eit  viande  asez.     (M.  d.  E.  I,  p.  342.) 
Cfr.  :  Il  (Lycurgus)  a  à  bon  droict  surmonte  la  gloire  de  tous  ceulx 
qui   se  sont  jamais  entremis  d'escrire   ou  d'establir  le  gouvernement 
d'auscun  estât  politique.     (Amyot.  Hom.  ill.  Lycurgus.) 

Au  temps  mesme  qu'il  (Selon)  s'entremettoit  plus  avant  du  maniement 
de  la  chose  publicque ,  et  qu'il  composoit  ses  loyx.     (Ib.  ead.  Selon.) 

Entremettre  s'est  employé  aussi  dans  le  sens  de  dïscofitïnuer, 
interrompre^  cesser,  au  lieu  de  intermettre. 

(Le  roy  Numa)  pensa,  qu'il  falloit  que  ses  subjects  ne  veissent  ny 
n'ouyssent  rien  du  service  divin  par  manière  d'acquit,  en  faisant  austre 
chose ,  ains  vouloit  qu'ils  entremeissent  toute  austi'e  besongne.  (Amyot.) 
Hom.  ill.  Numa  Pompilius.)     ^ 

Au  lieu  de  ^''entremettre ,  on  trouve  ^''enmettre. 
Car  ne  m'est  vis  qu'en  aies  tort 
Quant  ci  vos  enmetes  si  fort.     (P.  d.  B.  v.  3565.  6.) 

Malmettre ,  maltraiter  ;  dissiper ,  tomber  en  ruine  ;  déshonorer, 
avilir. 

Gardeiz  k'il  soit  et  retenus  et  pris. 

Mais  k'il  ne  soit  ne  blesciez  ne  malmis.    (G.  d.  Y.  v.  528.  9.) 

Si  la  gerpun  qu'ele  ne  seit  prise, 

Tute  nostre  ovre  en  ert  malmise.     (Ben.  v.  4331.  2.) 

Or  vos  volez  del  tôt  maumettre.     (Ib.  v.  14552.) 
Mesmettre,  se  mettre  mal,  faire  un  mouvement  nuisible. 


DU    \TEEJ3E.  181 

Mais  kant  ce  vint  à  l'asenblee, 
Une  wespe  s'est  desseuree, 
Si  puint  le  cMrf  par  les  costez 
Et  il  sailli  si  effreez 
Qu'il  se  mesmit  vileinement 
Et  la  bende  desrimt  e  fent.     (M.  d.  E.  H,  p.  244.) 
Pramettre ,  promettre ,  promettre. 

Plus  grant  chose  n'os  puis  ne  maire 
Offrir,  iwamettre  hq  doner.     (Ben.  v.  9057.  8.) 
Promatoît  (S.  d.  S.  B.  p.  546.) 

Berart  de  Mondidier  l'avoit  Karles  promise.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  41.) 
Il  ne  faut  pas  confondre  ce  mot  avec  ^remettre ,  qu'on  trouve 
plus    tard    et   qui    signifie   préserver,    mettre   avant  tout  à  Tahri, 
préférer  à  tout. 

Reinettre,  fondre,  disparaître,  s'anéantir. 
Lor  puins  tordent  dedens  lor  tentes 
Les  dames  ki  molt  sont  dolentes, 
li  vif  lour  mors  amis  regretent, 
En  lai'mes  de  doloui-  remetent.     (R.  d.  M.  p.  76.) 
La  caroigne  ont  molt  honorée 
Et  de  très  chier  bausnie  embasmee, 
Que  porrir  ne  puist  ne  remetre.     (Ib.  p.  78.) 
Cfr.  Eoquefort  s.  v.  remetre. 

On  trouve,  dans  la  Ch.  d.  R.,  demïse  employé  dans  le  même 
sens  que  remise. 

Issi  est  neirs  cume  peiz  ki  est  démise,    (p.  58.) 
Tramettre,   v.  ci -dessous  les  verbes  composés  avec   la  pré- 
fixe très. 

MOUDRE  (v.  fo.) ,  molere. 

La  forme  primitive  de  ce  verbe  a  été  moire,  qui  prit  un  d 
intercalaire  :  moldre.  Mais  dans  quelques  provinces ,  en  Picardie, 
dans  le  nord  de  l'Ue  -  de  -  France  et  de  la  Champagne  surtout, 
au  lieu  d'introduire  le  d,  on  assimila  la  lettre  /  au  r,  et  l'on 
eut  morre,  qu'on  trouve  écrit  moins  régulièrement  more.  A 
l'ouest  de  la  Picardie ,  de  l'Artois  et  en  Flandre ,  on  remplaçait 
Vo  de  morre  par  au,  d'où  maurre,  maure.,  formes  qui  passèrent 
dans  l'Ue -de -France  pendant  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle. 
Vers  1250,  moldre  subit  aussit  un  changement;  il  perdit  son  /, 
principalement  au  centre  et  au  sud  de  la  Champagne  :  modre, 
qui,  à  son  tour,  donna  naissance  à  une  forme  en  au:  maudre. 
Enfin  le  l  de  moldre  éprouva  son  fléchissement  ordinaire  en 
u:   moudre.^   forme    très -rare    au   Xni®  siècle;    et  Vo    de    morre 


182  DU   VERBE. 

s'assourdit  en  ou:   mourre.     Au   XIV"  siècle,    apparaît  mieurre. 
Yoy.  Koquefort,  supplém.  s.  v.  mïeure.^ 

Li  dus  ot  puch,  corde,  selle  et  trallier, 

Molin  et  for,  et  ble  en  son  gemier; 

Quant  il  velt  moire,  par  soi  le  va  cargier.  (0.  d.  D.  v.  8347-9.) 

Fist  de  sanc  saillir  plein  boisel, 

Par  le  champ  en  cort  le  ruisel, 

Si  c'un  molin  en  peust  moldre.    (Ben.  t.  m,  p.  371.) 

Tant  i  ferra .  chascuns  dou  bon  branc  acerin, 

Que  dou  sanc  de  lor  cors  porront  modre  moHn. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  210;  cfr.  n,  p.66.) 
Et  s'il  advenoit  que  gie  n'ausse  assez  fors  et  molins  à  Collomiers, 
il  ferrent  morre  et  cuire  au  regard  ....    (1231  ?  H.  d.  M.  p.  128.) 

....  De  morre  ne  de  cuire  à  nos  molins  et  à  nos  forgs.  (1292.  M. 
s.  P.  n,  558.) 

On  voit ,  par  ce  dernier  exemple ,  qu'à  la  fin  du  XEI"  siècle, 
la  forme  morre  avait  acquis  une  grande  extension. 
Il  a  molt  ble  chi  devant  vous 
Que  doivent  maure  devent  vous.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  2.) 

Les  formes  du  présent  de  l'indicatif  de  ce  verbe  se  rappor- 
taient toutes  à  l'infinitif  m,oIre ,  et  diphthonguaient  régulièrement 
Vo  en  ue ,  qu'on  renversa  plus  tard  en  eu ,  d'où  l'infinitif  meurre, 
mieurre^  dont  j'ai  parlé  ci -dessus.  —  L'imparfait  de  l'indicatif 
était:  moîoie;  le  parfait  défini:  molui;  le  participe  passé:  7noîu^ 
moulu;  le  futur  et  le  conditionnel  avaient  des  formes  correspon- 
dantes à  celles  de  l'infinitif. 

Seignor,  j'ai  encor  ti-ois  molins 
Molanz  farine ,  mueïent  tuit.     (F.  et  Cent.  I,  p.  244.) 
A  Aleus  estoit  il  manniers, 
Le  ble  moloit  il  .  .  .    (E.  d.  M.  d'A  p.  1.) 
De  maintes  viles  i  ot  gens 
Qui  au  molin  moloient  sovent.     (Ib.  p.  2.) 
Mais  vous  morres  qant  jou  porrai.     (Ib.  ead.) 
Il  i  cuiront  tuit  et  marrant.    (H.  d.  M.  p.  128.) 
Et  est  à  scavoir  que  li  borjois  de  CoUomiers  cuiront  et  mourront 
à  mes  fors  et  à  mes  molins  par  autel  marcbie  cum  as  autres.    (D).  ead.) 
Mouses  ot  ja  moulut  grant  piecbe.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  2.) 

Moldre  avait  aussi  la  signification:  emoudre,  aiguiser,  affiler, 
comme  le  composé  esmold/re. 

Tuit  aquiterent  le  païs 

E  rescustrent  as  branz  moluz.    (Ben.  v.  36139.  40.) 

Li  vos  haubers  n'a  pas  mon  colp  tenu, 

(1)  La  conjugaison  actuelle  de  moudre  est  un  mélange  des  formes  moldre  et  moire. 


DU    VEEBE.  183 

Et  si  disies  ne  cremies  un  festu 

Ne  fier,  n'espie,  tant  par  fust  esmolu.    (0.  d.  D.  v.  11376-8.) 

Li  fers  en  fu  Ions  et  agus 

Et  bien  trançans  et  esmolus.     (Brut.  v.  14699.  700.) 

NAITRE  (v.  fo.),  nasci. 

La  forme  primitive  de  ce  verbe  a  sans  doute  été,  nascre, 
naxre^^  d'où,  avec  t  intercalaire,  nastre.  La  Normandie  propre 
pourrait  avoir  eu  nascer. 

Por  ceu  volt  il  en  ten-e  dexendre  et  ne  volt  mies  solement  dexendre 
en  terre  et  nastre,  anz  volt  assi  estre  conuiz.     (S.  d.  S.  B.  p.  550.) 

Par  suite  de  l'influence  des  formes  renforcées  de  l'indicatif, 
on  introduisit,  dès  le  premier  quart  du  XIEI^  siècle,  la 
diphthongaison  ai  à  l'infinitif:  naistre^  qui  prit  les  variantes 
orthographiques  neutre^  nestre.  Nestre  en  quelques  cas  qui  se 
rapportent  aux  provinces  limitrophes  de  la  Normandie,  peut 
dériver  aussi  de  nastre^  par  l'affaiblissement  de  Va. 

Cil  qi  à  naistre  sont  plaindront  ceste  jomee.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  132.) 
Quant  pour  homme  si  soutiument 
Veut  en  terre  neistre  de  mère 

Sanz  nule  semence  de  père.  (E.  d.  S.  G.  v.  3600-2.) 
E  cens  qui  de  nos  sunt  à  nestre.  (Ben.  v.  3198.) 
Le  présent  de  l'indicatif  se  conjuguait  d'abord  régulièrement 
fort:  naïs^  nais^  naist.,  nassons^  nasseïz,  naissent;  mais  les  deux 
premières  personnes  du  pliu'iel  prirent  la  diphthongaison  aussitôt 
qu'elle  se  fut  introduite  à  l'infinitif.  Il  va  de  soi  que  les  formes 
neistre,  nestre,  étaient  aussi  représentées  à  l'indicatif. 

Nekedent  li  naist  encor  de  le  ancieneteit  de  vie  ce  ke  il  soffret. 
(M.  s.  J.  p.  483.) 

Il  avient  sovent  que  par  l'eslection  dou  prier  neissent  grant  escandre. 
(Roquefort,  s.  v.  prior.) 

L'isle  qui  nest  en  la  mer,  qui  n'avient  pas  sovent,  est  à  celui  qui 
la  porprant.     (Ib.  s.  v.  nestre.) 

La  forme  pure,  c'est-à-dire  sans  diphthongaison,  se  conserva 
assez  longtemps  au  futur,  cependant  naistrai  fneistrai.,  nestraij 
était  la  forme  ordinaire  au  milieu  du  XIII®  siècle. 

Jamais  ne  naistra  nus  hom  teus.    (P.  d.  B.  v.  3528.) 

Tuit  cil  qui  al  siècle  nastront.     (Ben.  v.  25609.) 

Cil  M  sunt  ne  e  nasterunt.     (R.  d.  E.  v.  7012.) 

Ains  nestront  tuit  en  vie  glorieuse.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  86.) 

(1)  Roquefort,  s.  v.  naistre,  cite  un  exemple  de  St.  Bernard  où  se  trouve  la  forme 
naixre,  qui  ne  me  semble  pas  exacte;  car  à  l'époque  où  l'on  écrivait  et  prononçait 
naxre,  l'infinitif  n'avait  pas  de  diphthongaison ,  puisque  le  même  texte  porte  encore 
nastre. 


184  DU    VEKBE. 

Parfait  défini:  nasqui  fnasqi,  naski) ;  en  Picardie,  naschi. 
Lasse!  fait  ele,  pur  quei  nasqui?  (Trist.  Il,  p.  115.) 
Qant  je  nasqi  de  mère,  ce  fu  grant  tenebror. 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  148.) 
(Glorious  Deus  M) 
Dedans  la  virge  preis  anuntion, 
Si  en  nashis  en  guise  d'anfanton, 
En  Beliant,  ke  de  fi  le  seit  on.     (G.  d.  V.  v.  2827-9.) 
Tu  dis  ke  samedi  nasJcis.    (R.  d.  E.  v.  13063.) 
Dès  celé  eure  que  tu  naschis.    (R.  d.  S.  G.  v.  3326.) 
Car  al  terme  que  il  nasqui 
Morut  la  mère,  et  il  vesqui.     (Brut.  v.  131.  2.) 
Ne  nasqui  plus  large  almosnier.     (Ben.  v.  20934.) 
A  que  faire  nasquimes  nos  ?     (Ib.  v.  24332.) 
Ha!  douce  riens  cruels,  tant  mar  vos  vi, 
Quant  pour  ma  mort  nasquites  sanz  merci.  (G.  d.  G.  d.  G.  p.  43.) 
Participe  passé:  neït,  ne,  et,  par  analogie  au  parfait  défini, 
nascut,   nascu,    surtout  dans   la  Normandie,   le  Maine,    l'Anjou 
et  la  Touraine.     (Cfr.  le  provençal  nat  et  nascut^     Nascut  gagna 
plus  tard  du  terrain,   et,   après  le  XUI®  siècle,   on   le   trouve 
même  avec  la  forme  nasqui. 

Et  as  pastors  assi  anoncet  li   engeles   grant  joye  de  ceu  que  li 
Salveires  estoit  neiz.    (S.  d.  S.  B.  p.  548.) 

Neiz  suix  de  Gènes,  filz  au  comte  Rainier.    (G.  d.  V.  v.  91.) 
Vallès  fu  nés  de  la  payene.    (FI.  et  Bl.  v.  169.) 
Je  ne  sai  où  ele  fu  née.     (R.  d.  1.  M.  v.  1549.) 
Liez  ert  li  duc  del  champ  vencu. 
Liez  est  del  eir  qui  est  nascu.     (Ben.  v.  9752.  3.) 
Qui  porreit  dignement  parler  |  Ne  enquen-e  ne  porpenser 
Savoir  coment  d'eternau  fu 
Goeternaus  de  lui  nascu?    (Ib.  v.  24003-6.) 
Deus  del  père  senz  tens  nascuz.     (Ib.  v.  24021.) 
Pour  les  composés:  ainsne ^  mainsne,  malne,  voy.  les  Adverbes 
ains.^  moins,  et  le  Glossaire. 

L'ancienne  langue  avait  le  verbe 

IRAISTRE  (irasci), 
qui   était   sans   aucun   doute    un    verbe   fort   et   se    conjuguait 
exactement   comme   naître;   c'est   ce    que   prouvent  les   formes 
suivantes,    Iraistre  signifiait  irriter,    mettre   en   colère,    ou   bien 
rendre  triste.^  chagrin. 

Mais  encor  le  fera  iraistre 

L'aloe  et  molt  fort  dementer.     (R.  d.  1.  V.  v.  3906.  7.) 
Mort  m'a  qui  si  l'a  fet  irestre.     (Roquefort,  s.  v.  irestre.) 
Mais  tant  vos  voil  dire  e  mostrer, 


DU    \^RBE.  185 

Por  amor  del  père  le  lais, 

Qu'en  autre  sen  ne  m'en  irais,     (Ben.  v.  13156-8.) 
Si  n'i  out  une  puis  autre  plait 
Mais  del  eissir  senz  demorance, 
Od  grant  pour  e  od  dotance 
Que  li  dux  od  eus  ne  s'iresse.     (Ib.  v.  10496-9.) 
Iraissez  e  ne  vuillez  peecher.  (Eayn.  Lex.  rom.  ni,  575. 1.  o.) 
Quant  au  participe  passé,   on  trouve  deux   formes:    irascut 
et  ireit^  trie,  ire ^  dont  la  signification  est  absolument  la  même, 
et  l'on  doit  se  poser  la  question:  Irascut  et  ireit  sont -ils,  comme 
neit   et   naseut,    des    formes  d'un    seul   verbe;    ou   bien  irascut 
est- il  le  participe  passé  d^iraïstre,  et  ireii  firie,   ire) ,   celui  du 
verbe  irer^    qui  se  montre  aussi  au  XIIF  siècle?     J'admets  la 
première  hypothèse,  c'est-à-dire  que  «mi(  et  «V«;stfw^ appartiennent 
au  verbe  iraistre.     Ireit  a  été  formé  de  iratus^^   comme  neit  de 
natus;  et  irascut,  de  même  que  naseut^  d'après  les  radicaux  des 
verbes /m«a,  nasci,  d'un  participe  équivalent  à  ^V«sc^^ws ,  nascitus 
(cfr.  nasciturus)  ,^  selon  l'analogie  du  verbe  vivre.     (Cfr.  henescut^ 
vencut?) 

Le  verbe  iraistre  (irascre ,  iraxre^  ir astre)  paraît  n'avoir  pas 
été  très -populaire;  car,  au  Xlir  siècle,  il  tombait  déjà  en 
désuétude  :  l'infinitif  est  peu  commun ,  les  autres  formes  très  - 
rares,  à  l'exception  de  celles  du  participe  passé,  qui  étaient 
d'un  fréquent  emploi  et  passèrent  aux  âges  suivants.  C'est  à 
cette  circonstance,  sans  doute,  qu'on  doit  la  création  d'un 
nouveau  verbe,  foi'mé  d'après  l'analogie  du  participe  ireit  et 
des  autres  mots  de  la  même  famille  {iror,  iros^  etc.).  Le  verbe 
irer  (prov.  irar;  anc.  esp. ,  port,  irar;  it.  irare)  ne  se  montre 
en  effet  que  vers  la  seconde  moitié  du  XIII*  siècle. 

Je  dois  encore  faire  observer  que  le  participe  irascut  ne  se 
restreint  pas  à  l'ouest  de  la  langue  d'oïl,  comme  le  participe 
naseut. 

Ne  volt  le  rei  d'Escoce  irer  en  nule  guise.     (Ben.  t.  3,  p.  562.) 
Et  quant  il  plus  i  perdent,  et  il  plus  s'en  irent   (R.  d.  R.  v.  1692.) 
Raoul  le  voit,  le  quer  ot  irasqii.    (R.  d.  C.  p.  58.) 
Cil  Gantiers  fu  fiers  et  irascus.     (Ib.  p.  174.) 
Par  ma  fei  !  dist  li  reis,  mult  m'aveiz  irascud.   (Charl.  v.  53.) 
Crient  vers  lui  seit  mult  irascuz, 
Mult  enchaeiz  e  offenduz.     (Ben  v.  9430.  1.) 
Li  reis  l'entent ,  forment  s'en  est  ire.     (Ib.  t.  3,  p.  560.) 
Cil  M  le  cuer  ot  irascu 
De  bon  signeur  k'il  a  perdu 

Par  mort  qui  maint  home  a  irie.    (Cité  ds.  R.  d.  C.  p.  175.) 
Sire  quens,  funt  il,  n'os  plaigniez 
Ne  ne  seiez  vers  nos  iriez.     (Ben.  v.  5581.  2.) 


186  DU   VEEBE. 

OCCIEE  (occidere). 

Ce  verbe  s'orthographiait  ordinairement  ocire,  dans  la  Nor- 
mandie; ocMre  et  ochirre^  dans  le  dialecte  picard;  occirre,  au 
nord  de  l'Ile-de-France  et  à  l'est  de  la  Picardie  propre;  octre, 
dans  le  dialecte  bourguignon.  Yers  le  milieu  du  XIII*  siècle, 
en  Bourgogne  et  en  Champagne,  on  remplaçait  d'ordinaire  le  c 
par  ss  au  participe  passé,  ce  qui  n'implique  aucune  différence 
de  prononciation.  (Cfr.  le  provençal  aucir ,  aussir  ^  ausir).  A 
la  fin  du  XIII''  siècle ,  "  on  voit  paraître ,  à  l'ouest  de  la  Picardie, 
dans  l'Artois,  la  forme  ocierre^  occiere^  qui  passa  dans  l'Ile- 
de-France,  où  eUe  était  fort  en  usage  au  commencement  du 
XIY^  siècle.  Un  peu  plus  tard,  on  prit  l'habitude  de  rapporter 
aussi  ocire  à  la  seconde  conjugaison,  et  la  forme  de  ce  verbe 
flotta  longtemps  entre  occire  et  occir.  ^ 

Celi  ki  la  mort  Saul  me  nunciad,  ki  quidout  que  nuvele  ki  mult 
me  ploust  portast,  jol  fiz  prendre  e  ocire.     (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  135.) 

Sire  empereres,  dist  li  Danois  Ogiers, 

Ben  me  poes  ochire  et  detrenchier.     (0.  d.  D.  v.  118.  9.) 

Car  il  quidoient  sor  France  gaagnier, 

Kallon  ochirre  e  François  detrenchier.     (Ib.  v.  1076.  7.) 

Et  par  si  soit  fais  li  recors 

S'il  me  puet  occirre  et  conquerre, 

Que  vous  et  toute  vostre  terre 

Seres  à  son  commandement. 

(E.  d.  1.  V.  V.  1656-9;  cfr.  E.  d.  M.  p.  66.) 
Si  com  Diex  le  volt ,  si  se  deconfisent  li  Grieu ,  et  les  comencierent 
à  batre  et  à  ocire.     (YiUeh.  472  «;  cfr.  E.  d.  C.  p.  187.) 

Un  Engleiz  a  li  dus  veu, 

A  li  ociere  a  entendu.     (E.  d.  E.  v.  13910.  1.) 
Occierre  (E.  d.  1.  E.  v.  12085.) 

Les  exemples  suivants  donneront  une  idée  de  la  manière 
dont  se  conjuguait  le  verbe  ocire. 

Jai  l'eust  mort  ossis  et  affole, 

Com  li  escrie:  Frans  hom,  ne  m'ocieiz.    (G.  d.  V.  v.  774.  5.) 

Les  miens  ocient 
Sauz  ce  que  pas  ne  me  desfient.     (Eutb.  I,  p.  78.) 
Tout  à  fait  qui  li  un  les  abatoient,  sont  aparilHe  li  autre  qui  les 
ocUent.    (H.  d.  V.  495  ^) 

Et  s'il  est  ensi  toutes  voies  que  nous  nous  entreochions  en  tel 
manière,  dont  n'y  a  il  plus  mais  que  nous  tout  avant  renoions  Nosti-e 
Signour.     (Ib.  501^) 

(1)  Si  l'on  trouve  ocir  dans  des  textes  du  Xin«  siècle,  on  à  tout  lieu  de  douter  de 
l'authenticité  de  la  forme,  à  moins  que  ces  textes  n'aient  été  écrits  sur  les  frontières 
de  la  langue  d'oc, 


DU   VEKBE.  187 

E  por  ceo  qu'il  s'entretoleient, 

Soventes  feiz  s'entreoscieient.    (Ben.  I,  v.  545.  6.) 
Jo  meime  Vocirai  ja  devant  tei.     (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  187.) 

Nel  odres  mie,  par  m'ame.     (L.  d'I.  p.  24.) 
Si  tul  veis,  pur  quel  hastivement  nel  oceis.    (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  187.) 

.J.  de  mes  frères  oceis  a  l'espee.     (R.  d.  C.  p.  224.) 

Cil  qui  tant  biens  faisoit,  tu  Yocesis  sans  faille. 

(Roquefort,  s.  v.  ocesis.) 

Il  la  perdit  el  bruel  soz  la  ramee 

En  la  bataile  ke  molt  fut  redoutée, 

Lai  où  Voeist  Maucon.de  Yalfondee.    (G.  d.  V.  v.  2679-81.) 

Renier  mon  frère  oceistes  osi.     (R.  d.  C.  p.  222.) 
Une  altre  compagnie  s'en  embla  par  terre,  et  si  s'en  cuida  aler  par 
Esclavonie,  et  li  païsant  de  la  terre  les  assalirent  et  en  ocistrent  assez. 
(Villeb.  444  d.) 

Je  ne  quit  mie  qu'il  le  rendist  pour  cent  mil  besans  d'or  que  il  ne 
Vocheist.    (H.  d.  Y.  494  d.) 

La  reyne  grant  poour  out  |  Et  li  prodoms  qi  la  gardout 

Que  le  cbastel  sus  eus  preist 

Et  le  fiz  le  roi  occcist.    (L.  d'H.  v.  83-6.) 
Mais  Saul  enveiad  ses  bûmes ,  la  nuit ,  à  la  maisun  David ,  qu'il  le 
guardassent  e  retenissent  e  le  matin  oceissent.     (Q  L.  d.  R.  I,  p.  74.) 

S'il  fust  en  terre  il  Voeeissent 
Quar  il  ocient 

La  gent  qui  vers  aus  s'umelient.     (Rutb.  I,  p.  206.) 

Si  vit  qu'en  voie  et  par  cemin 

Ne  remanoient  crestiien 

Que  n'ocesisent  li  paien.     (Phil.  M.  v.  10255-8.) 

Et  s'aucuns  preudom  i  alast, 

Ki  la  foi  Dieu  lor  anonçast, 

D  Vocesisent  maintenant.     (Ib.  v.  28205-7.) 

Par  le  cors  Deu,  miez  vodroie  estre  ossis 

Et  ke  il  fust  escourchiez  trestoz  vis.     (G.  d.  V.  v.  2058.  9.) 

Ont  li  Persant  à  la  mort  mise 

Trestoute  lor  gent  et  occise.    (R.  d.  M.  p.  76.) 

Quant  Jofrois  Martiaus  fu  ochis.    (Phil.  M.  v.  18444.) 
Le  verbe  ocïre  s'employait  au  figuré,   pour  dire  faire  de  la 
peïne ,  tourmenter. 

Partonopeus  a  son  délit, 

Li  parlers  de  lui  moult  m^ocit; 

Car  il  a  tos  biens  de  s'amie: 

Jo  n'en  ai  rien  qui  ne  m'ocie.     (P.  d.  B.  v.  1873  -  6.) 

Moult  Vodt  qu'il  li  a  mesfet.     (Ib.  v.  7423.) 
Au    XYr  siècle   encore,   le  verbe   occïre    était,   pour   ainsi 
dire,  exclusivement  employé  pour  tuer. 


188  DU    VERBE. 

(Cato)  ayant  de  longue  main  résolu  de  ^'occire  soy  mesme,  il  prenoit 
tant  de  peine ,  et  se  travailloit  avecques  si  grande  sollicitude  pour  les 
austres,  affin  qu'après  les  avoir  mois  en  seurete  de  leurs  vies,  il  se 
despeschast  luy  mesme  de  la  sienne.  (Amyot.  Hom.  ill.  Cato  d'Utique.) 
Eemarquez  encore,  dans  cette  phrase,  l'emploi  réfléchi  du 
verbe  dépêcher  =  se  défaire  de. 
Les  composés  diocire  étaient: 

Rocire,  tuer  à  son  tour,  tuer  encore,  tuer  une  seconde  fois. 
Eollant  ocistrent  Tur,  moi  rociront  Escler.    (Ch.  d.  S.  H,  p.  120.) 
Puis  que  Diex,  por  destruire  pechie,  volt  perdre  vie, 
Qui  pèche,  il  le  rocist,  ce  semble,  et  crucefie. 

(Eoquefort,  s.  v.  rocir.) 
S^entreocïre^  se  tuer  mutuellement.     Y.  ci -dessus. 
Parocire^  achever  de  tuer,  assassiner,  assommer. 
E  les  hummes  Joab  pois  l'abatirent  del  chaidne,  sil  par  ocistrent. 

(Q.  L.  d.  E.  n,  p.  187.) 
Ore  sunt  amdiu  mort  abatuz 
Et  Ereward  et  U  Breton, 
Eaol  de  Dol  avoit  à  non; 
Mes  Abselin  le  paroceist.     (Chr.  A.  N.  I,  p.  26.) 

PAITEE  (v.  fo.),  pascere. 

Ce  verbe  a  eu,    comme    naître,   les   formes  pastre,  paùtre, 
peistre,  pestre. 

Si  demanderai  ju  Saint  Benoit  trois  pains  dont  je  vos  poie  pastre. 
(S.  d.  S.  B.  Eoquefort,  s.  v.  pastre.) 

Si  laissiez  paistre  un  petit  vos  destriers.     (A.  et  A.  v.  946.) 

Senz  sei  moveir  ne  senz  aidier, 

Senz  sei  ne  paistre  ne  seignier, 

Eissi  cum  l'estoire  remembre, 

Vesqui  eissi  desqu'em  setembre.    (Ben.  v.  20086-9.) 

De  sa  vie  esteit  commencement 

De  vivre  tut  diz  honestement 

Senz  vilenie 
De  vestir  e  pestre  poure  gent.     (Ben.  t.  3,  p.  474.) 
Présent  indicatif: 

Dont  font  li  filh  convives  par  les  maisons,   cant  chascune   vertuz 
solunc  son  pooir  paist  la  pense.     (M.  s.  J.  p.  497.) 
De  la  viande  celestiel 

Nus  peist  nostre  Sire  del  ciel.     (M.  d.  F.  II,  p.  481.) 
Il  li  donet  à  mangier ,  quar  il  lo  paist  de  la  science  de  sa  parole. 
(M.  s.  J.  p.  511.) 

Quant  plus  l'esgardent,  plus  leur  plest; 

Del  esgarder  cascuns  se  paist    (E.  d.  1.  M.  v.  2335.  6.) 


DU    VERBE.  189 

La  maie  garde  pest  le  leu.*     (Fabliau  de  la  Grue.) 

Qu'ele  meisme  les  (les  pauvres)  pessoit.     (Eutb.  Il,  p.  207.) 

Au  cheval  out  este  la  sele, 

De  l'erbete  paisoit  novele.     (Trist.  I,  p.  81.) 
Parfait  défini  :  pauï,  pau,  peuï,  peuch,  peue,  peu,  pot.     (Yoy. 
savoir,  parf.  déf.) 

Qant  Jou  eu  soif  et  faim  et  froit 

Jou  trouvai  ton  ostel  destroit: 

Ne  m'escaufas ,  ne  me  peuis.    (Phil.  M.  v.  3064.  5  ) 
Disons  nos  dunkes  celui  avoir  esteit  avec  soi  ki  s'en  alat  en  une  loin- 
taine contreie  ki  deguastat  la  parzon  cui  il  avoit  prise ,  ki  aerst  en  celé 
contreie  à  un  des  citains  ki  paut  les  pors,  lesquels  il  verroit  mangier 
les  legims,  et  si  auroit  fain.     (S.  Grégoire.    Eoquefort,  s.  v.  parson.) 

Vortiger  mult  les  onora, 

Et  bien  les  pot'  et  abevra.     (Brut.  v.  6759.  60.) 

Imparfait  du  subjonctif: 

Mes  sires  a  une  levriere  que  il  a  plus  cliiere  que  riens  née  ;  il  ne 
soufferroit  pas  que  nus  de  ses  seijanz  la  ramuast  de  joste  le  feu,  ne  que 
nus  la  peust  se  il  non.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  45.) 

Participe  passé:  paut,  peut,  peu;  part,  présent:  paissant. 
E  sel  varunt  venant  et  paut,   ki  gisanz  et  paissanz  ne  polt   estre 
davant  veuz.     (S.  d.  S.  B.  p.  528.) 

François  del  esgarder  ont  bien  lor  oilz  peuz.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  182.) 
Ançois  furent  à  grant  délit 
Bien  ji^eit  et  s'orent  bon  lit.     (Rutb.  Il,  p.  203.) 

Ces  exemples  montrent  que  paistre  signifiait  manger,  nourrir, 
faire  paître.,  repaître,  donner  à  manger.,  rassasier.  Dans  l'exemple 
de  la  Ch.  d.  S. ,  paître  est  employé  au  figuré  où  nous  disons 
repaître.,  bien  que  les  poètes  classiques  se  soient  encore  servis 
de  paître  en  ce  sens,  p.  ex. : 

Mais  la  dame  voulait  paître  encore  ses  yeux 
Du  trésor  qu'enfermait  la  bière. 

(La  Fontaine.    La  Matrone  d'Ephèse.) 

Se  paistre.,  qui  ne  se  dit  aujoud'hui  que  des  oiseaux  car- 
nassiers, s'est  dit  de  l'homme  jusqu'à  la  fin  du  XIIP  siècle: 

Mon  appétit  est  accommodable  indifféremment  de  toutes  choses  de 
quoi  on  se  paùt.     (Montaigne ,  III,  5.  ) 

L'exemple  tiré  du  E.  d.  1.  M.,    donne  se  paistre  au   figuré, 

(1)  Ce  vers  est  devenu  proverbe. 

(2)  L'éditeur  du  R.  de  Brut,  M.  Leroux  de  Lincy,  dérive  yjof  ^epotare,  et  il  traduit 
ce  vers:  Il  leur  donna  bien  à  boire.  De  cette  façon,  abevra  n'est  pas  rendu,  ou  bien 
il  faut  admettre  que  Wace  a  exprimé  doux  fois  la  même  idée,  l'ot  est  la  3  «  pers.  sing. 
du  parf.  déf,  de  paistre,  tout  aussi  bien  que  la  variante  peut  indiquée  par  M.  Leroux 
de  Lincy ,  et  qui'l  fait  également  dériver  de  potare. 


190  Dtr   VERBE. 

OÙ  nous  mettrions  se  repaître.  Cet  emploi  de  se  paisi/re  s'est 
également  maintenu  dans  la  langue  jusqu'après  la  Kenaissance, 
et  il  explique  l'usage  de  ce  verbe  dans  nos  locutions:  8e  paître 
de  vent^  de  chimères. 

PLAIEE  (v.  fo.),  placere. 

La  forme  primitive  de  ce  verbe  a  été  plasir  ou  plare ,  d'où, 
de  fort  bonne  heure,  par  suite  de  l'influence  des  formes  ren- 
forcées de  l'indicatif:  /plaisir.,  plaire;  puis  pleisir.,  pleire.,  plesir, 
plere.  Il  est  assez  difficile  de  décider  si  plasir  a  précédé  flare^ 
ou  si  les  deux  formes  ont  eu  cours  simultanément;  cependant 
les  formes  du  futur  et  du  conditionnel  semblent  prouver,  sinon 
l'existence  de^/«re,  du  moins  l'admission  mentale  de  la  syncope 
du  c.  Quoi  qu'il  en  soit  plasir.,  plaisir  est  beaucoup  plus 
commun  que  ploA-e.,  /plaire^  jusqu'à  la  fin  du  Xm^  siècle,  et 
les  premiers  exemples  de  la  forme  contracte  se  montrent  sur 
les  confins  de  la  Normandie.  Plaire^  plere  passèrent  promptement 
dans  le  langage  de  l'He  -  de  -  France ,  qui  nous  les  a  transmis. 
L'infinitif  plaisir  est  resté  dans  notre  substantif  homonyme. 
(Cfr.  l'esp.  placer^  le  port,  prazer.^  l'ital.  piacere?) 

Cument  purrad  il  à  sun  seignur  plasir  mielz  que  par  noz  testes 
trancher?     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  112.) 

Senz  foi  ne  puet  l'om  plaisir  à  Deu.     (M.  s.  J.  p.  499.) 

On  devfoit  tenir  à  avule 

Ki  de  nous  .ij.  devroit  coisir, 

Se  miex  ne  dévoie  plaisir.    (R.  d.  1.  V.  p.  150.) 

Ne  reduta  mie  à  suffi-ir 

Peine  e  turment  pur  Deu  pleisir.    (M.  d.  P.  Il,  p.  437.) 

Cest  ovre  te  devreit  mult  plaire.    (Ben.  v.  21177.) 
Flaisier,  à  la  rime.     (R.  d.  1.  M.  v.  550.) 

Cfr.  du  reste  2*  conjugaison. 

„  Le  présent  de  l'indicatif  se  conjuguait  d'abord  régulièrement 
fort:  plas  (cfr.  faire)  ou  plais,  plais,  plaist^  plasons.,  plaseiz, 
plaisent.  Je  ne  puis,  il  est  vrai,  donner  aucun  exemple  de 
plasons ,  plaseiz  ;  mais  l'infinitif  plasir  ne  permet  pas  de  douter 
de  l'authenticité  de  ces  formes.  Du  reste,  je  ferai  remarquer 
que  les  deux  premières  personnes  du  pluriel  se  présentent,  en 
général,  plus  rarement  que  les  autres. 

E  s'il  dit  que  jo  ne  li  plais,  prest  sui,  face  de  mei  tut  sun  bon. 
(Q.  L.  d.  R.  n,  p.  176.) 

Mais  tu  ne  plais  pas  as  princes  del  ost.     (Ib.  I,  p.  113.) 
Mais  il  me  plaist  assi  eswardeir  la  voie  de  son  auvert  avènement. 
(S.  d.  S.  B.  p.  528.) 


DU    VERBE,  191 

Si  terre  lur  plout  à  destniire, 
Ore  lur  replaist  plus  à  estruire 
E  à  noblement  ratomer.     (Ben.  v.  7068  -  70.) 
En  un  lointain  reaume ,  si  Deu  pleist,  en  irrez.    (Cliarl.  v.  68.) 
Moult  nos  plest  bien,  ce  dient  tuit.     (P.  d.  B.  v.  6489.) 
Mais  cant  il  taisieblement  pensent  ke  il  les  biens  ne  font  se  par  ce 
non  solement  ke  il  à  Deu  plaisent    (M.  s.  J.  p.  463.) 

La  forme  primitive  du  subjonctif  a  été  place,  eu  Bourgogne 
et  en  Normandie  ;  plache ,  en  Picardie.  (Cfr.  faire.)  Mais  avant 
la  fin  de  la  première  moitié  du  XIII"  siècle,  on  trouve  des 
exemples  de  plaise.^  c'est-à-dire  de  la  forme  renforcée;  sans 
que  toutefois  place  ait  cessé  d'être  en  usage. 

Ne  place  dam  le  Dieu  que  james  me  soit  reprove  que  je  fuye  de 
camp  et  laisse  l'empereor.     (Villeh.  475  *.) 

Ço  respunt  Guenes  :  Ne  placet  dane  -  Dou  !    (Ch.  d.  E.  p.  15.) 
Jai  Deu  ne  plaice,  ne  le  ber  S.  Moris.     (G.  d.  Y.  v.  1511.) 
Ne  place  à  Deu,  Gerars  li  respondi.     (Ib.  v.  3550.) 
Osmunt  loe,  joist  e  baise 

N'oï  chose  qui  plus  li  plaise.  (Ben.  v.  14117.  8.) 
Biaus  sire  Diex,  dit  il,  plaise  vous  que  nous  hui  nous  puissions 
vengier  des  Blas  et  des  Comains  ,  s'il  vous  vient  à  plaisir.  (H.  d.  V.  494'".) 
Le  parfait  défini  de  plâtre  se  formait  de  placui,  de  la  même 
manière  que  les  parfaits  définis  de  savoir,  avoir  de  sapui^  hahui; 
c'est-à-dire  que  placui  avait  subi  les  changements  ^/ae«c«,  pletici, 
plaui^  plau,  pleui^  pleuc,  ploi  (pluij ,  plu,  plou. 

Car  por  ceu  ke  li  mundes  ne  pooit  Deu  conostre  en  sa  sapience, 
si  plaid  à  Deu  k'il  par  la  sottie  de  prédication  fesist  salz  les  creanz. 
(S.  d.  S.  B.  p.  550.) 

Revenir  m'en  voel  à  mon  conte. 
Qui  ensi  me  trait  et  reconte 

Que  tant  pleut  au  roi  la  meskine  ...   (R.  d.  1.  M.  v.  1491  -  3.) 
Car  Nostre  Seigneur  ainsi  pleut.     (R.  d.  S.  G.  v.  1684.) 
Puis,  vesqui  tant  qu'il  ot  le  poil  flori; 
Et  quant  Dieu  plot,  del  ciecle  départi.     (R.  d.  C.  p.  4.) 
Ne  lor  plot  plus  à  sej  orner, 
D'ilueqes  se  voiront  torner.     (Dol.  p.  281.) 
Al  abe  e  as  monies  pZt*<multsaconpaignie.  (Th.  Ct.  p.  90, 15.) 
Ecclesial  religion 
E  sainte  conversation 

Li  plout  sor  autres  desiers.     (Ben.  v.  8042-4.) 
Mais  David  amad  l'altre  fille  Saul,  ki  fud  apelee  Micol;  et  la  nuvele 
vint  à  Saul,  e  mult  li  plout.    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  71.) 

Pur  ço  si  apelad  celé  terre  Chabul ,  kar  nient  ne  liploiU.  (Ib.  lïï,  p.  269.) 
E  ti  reis  Yram  vint  veer  sa  terre  e  ces  chastels ,  mais  nient  ne  li 
pleurent.    (Ibid.) 


192  DU    VEKBE. 

Des  (queiz)  li  pluisor  en  plus  secreio   vie  plaurent  à  lui-  faiteor. 
(Dial.  de  S.  Grégoire ,  I.) 

Celés  lor  plurent,  coles  pristrent.     (R.  d.  R  v.  14134.) 
Après  le  XI^^  siècle,  on  trouve  des  exemples  d'imparfait 
défini  formé  sur  l'infinitif  plaisir.     (Y.  Froissart.) 
Imparfait  du  subjonctif: 

Quant  li  rois  vit  Gerart  venir  ]  Et  si  bielement  maintenir, 

Bien  li  fist ,  et  miels  li  pïeust 

Se  Gerars  gagnie  eust.     (R.  d.  1.  V.  p.  38.) 

Et  cil  respont:  Biaus  signors,  volontiers: 

Car  pïeust  ore  à  Diu  le  droiturier 

Que  je  eusse  un  des  menbres  trancliies, 

Mais  qu'eussons  le  gentil  chevalier.    (G.  d.  D.  v.  10094-7.) 

Je  ne  poroie  chose  faire 

Qui  vous  pïeuist  ne  deuist  plaire 

Que  moult  volontiers  ne  feroie.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4913-5.) 
Je  passe  aux  formes  de  l'imparfait  de  l'indicatif,   du   fiitiu* 
et  du  conditionnel. 

U  tôt  ce  ko  (de)  la  moie  occupation  desplaisoit  à  moi. 

(S.  Grégoire.  Dial.  I.) 

E  s'il  vous  xJÏaisoit  à  savoir.     (R.  d.  1.  V.  p.  89.) 

Mes  tant  li  pleiseit  la  chançon 

Que  nule  rien  ne  l'en  sevrast 

Tant  comme  la  chançon  durast.     (Chast.  YI,  v.  20 -8.) 

Segnor,  dist  il,  se  vos  plesoit.    (P.  d.  B.  v.  6483.) 
Bespunt  li  esquiers:  Ya,  e  fai  ço  que  tei  plarrad,  e  jo  partut  te 
siwerai.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  46;  cfr.  II,  p.  126.) 

Si  vous,  à  ta  Danesche  gent 

M' envoie  là  où  tei  plarra, 

Saches  ja  ne  me  pèsera.     (Ben.  v.  10238  -  40  ;  cfr.  v.  22335.) 

Dunt  il  en  purra  faire  tut  ço  que  li  plerra.  (Th.  Ct.  p.  92,  v.  30.) 
Or,  dites  ce  que  il  vous  plaira.     (Yilleh.  p.  5.  XI.) 
E  quanque  lur  plarreit  tut  prendreient  e  tut  l'enmerreient. 

(Q.  L.  d.  R.  m,  p.  323.) 

Seigneui'S  baron,  pleroit  il  vous  entendre 

Bone  chançon  bien  fête  pour  aprendre  ?  (Phil.  M.  Intr.  CLIX.) 

Mult  plaireit  al  duc  son  pris 

Se  en  bataille  l'aveit  conquis.     (Ben.  v.  34735.  6.) 

PRENDRE  (prehendere). 

Les  formes  de  ce  verbe  se  sont  toutes  dégagées  de  l'ancienne 
forme  latine  contracte  prendere;  elles  peuvent  être  rapportées 
à  trois  classes  fort  distinctes.  1  ^.  On  syncopa  le  r  radical  et 
le  d  (v.  Dérivation  p.  40):  penre;  c'est  la  forme  bourguignonne, 


DU    VEEBE.  193 

qui,  plus  tard,  s'écrivit  ^«^wr^  en  Champagne.  2^.  On  syncopa 
simplement  Ve  de  la  terminaison,  et  l'on  eut  prendre.  Prendre 
était  la  forme  de  la  Picardie  et  de  la  Normandie.  Dans  cette 
dernière  province,  on  a  dit  aussi  prender;  en  anglo  -  normand 
prendere.  Au  XIII  ^  siècle ,  on  écrivit  prandre  dans  l'Artois  et 
la  Flandre  (cfr.  p.  84),  orthographe  qui  fut  aussi  admise  en 
Champagne,  lorsque  la  forme  picarde  s'y  introduisit.  3^.  Yers 
le  milieu  du  XIIP  siècle,  dans  le  sud  du  dialecte  picard  et  le 
nord  de  l'Ile-de-France,  on  syncopa  le  c?  de  la  forme  prend/re^ 
d'où  prenre. 

Car  ne  fut  mies  covenaule  chose  ke  tuit  aussent  tôt  affait  dit,  por 
cou  ke  ceu  nos  deleitast ,  ke  nos  de  pluisors  puissions  penre  diverses 
choses  et  rendre  à  un  chascun  tels  grâces  cuni  droiz  fust.  (S.  d.  S.  B.  p.  548.) 
Mais  ensemble  la  pure  intencion  est  assi  mestiers  ke  li  conversa- 
tions soit  telle  k'il  n'i  ait  ke  repowe,  ensi  qu'il  soit  forme  et  examples 
da  vie  à  ses  sozgeiz.    (Ib.  p.  570.) 

Penre  disons  nos  à  la  foiz  por  tolir.     (M.  s.  J.  p.  507.) 
Si  m'aïst  Deus,  vos  panseiz  grant  folie, 
Ke  cuidiez  panre  ceste  cite  garnie 

Par  tel  essaut  ne  par  tel  envaie.     (G.  d.  Y.  v.  1757-9.)  J 
Sou  me  vuet  consantir  Jhesu  vo  creator, 
Cui  loi  je  doi  tenir  et  panre  sanz  demor.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  183.) 
Conseil  prisent  quel  jugement 
Il  poront  ptrenâ/re  de  chelui 
Ki  lor  a  fait  honte  et  anui.     (L.  d'I.  p.  25.) 
Qu'od  jent  semunse ,  od  ost  mandée, 
Fiere,  hardie  e  bien  armée, 
Vienge  en  France  Humi  plaissier, 
Prend/re,  destruire  e  eissillier.     (Ben.  v.  18148-51.) 
Nos  chalonjons  et  cil  calange, 

Qui  tôt  porra  prand/re,  si  prange.    (Brut.  v.  11184.  5.) 
Car  bien  seit  que  li  rois  Karles  asamble  a 
Molt  grant  gent  por  li  prandre  se  le  pooir  en  a. 

(Romv.  p.  345,  v.  18.  19.) 
•  Vaches  et  bues  et  xwenre  et  retenir.     (G.  1.  L.  I,  p.  167  ; 

cfr.  M.  d.  F.  II,  p.  372.) 
La  première  personne  du  singulier  du  présent  de  l'indicatif 
de  prendre  offre  les  formes:  pren^  pran,  praig ,  prenc^  preng ,  et, 
à  la  fin  du  XIII ^   siècle,   dans   l'Ile-de-France,   'preing,     (Cfr. 
tenir,  venir ^  t.  I,  p.  385  et  p.  216.) 

L'avantage  pran  je ,  ja  nel  qier  refuser.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  173.) 
Se  je  repraig  le  tiers,  Dex  n'an  fera  néant.  (Ib.  II, p.  168.) 
Et  dist  li  uns  :  Jel  prenc  en  main 
Ke  je  le  te  ferai  avoir.    (L.  d'I.  p.  20.) 
Burguy ,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.  T.  IL  Éd.  III.  1 3 


194  DÎT   VERBE. 

Quant  on  me  fiert  d'un  roit  espieu  tranchant, 
Z'enpreng  vengance  molttost  au  riche  branc.   (R.  d.  C.  p.  193.) 
Se  je  preing  autre ,  Dex ,  de  moi  qu'iert  il  dont  !    (A.  et  A.  v.  1771.) 
Cfr.  E.  d.  R.  V.  14331;  R.  d.  1.  M.  v.  1631.  2415:  H.  d.Y.513*'; 
Poit.  p.  61;  Rutb.  I,  p.  133.  etc. 

La  seconde  personne  du  singulier  de  l'impératif  était  d'ordi- 
naire: pren,  pran. 

Pren  mun  hastun  en  ta  main ,  si  t'en  va.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  858.) 

Passe  Mont  (jeu,  pran  Lombardie.    (Brut.  v.  11198.) 
La  seconde  et  la  troisième  personne  du  singulier  du  prés,  de 
l'indicatif  faisaient  régulièrement  ^r^wz^  pranz,  prens ,  prent,  prant. 
Por  quel  prenz  tu  mes  bues?  por  quoi?  (Chast.XX,  v.47.) 
Se  tu  la  teste  à  un  cop  ne  me  prens.   (0.  d.  D.  v.  11566.) 
Et  dist  qu'ele  a  aillors  à  faire, 
Et  prent  congie  de  sa  seror.     (P.  d.  B.  v.  6760.  1.) 
Puis  prant  le  blanc  destrier,  à  Sébile  le  baille.  (Ch.d.S.I,p.l22.) 
Les  trois  personnes  du  pluriel  du  présent  de  l'indicatif,  et 
naturellement   les    deux    de    l'impératif,   avaient    pour  formes: 
1^  prenons,   preneù,    prennent,    correspondantes  à  prenre    et   à 
penre,  car,  au  présent,  le  r  rentre  dans  le  radical;  2^  prendons, 
prende%,   prendes,  pren  dent,  ou  prandons^  prandes,   etc.    dérivant 
de  prendre,  prandre;  3^  enfin,   dans   la  Normandie,    le   Maine, 
l'Anjou  et  la  Touraine,  mwsfQnt  pernwn ,  pernom ,  pernez  ^  pernent, 
par  transposition  de  la  lettre  r,  fréquente  dans  ces  contrées. 
Ne  prenons  nos  assi  grant  solaiz  ci  ...  ?     (S.  d.  S.  B.  p.  550.) 
Sacies,  à  estrous  le  perdrons 
Se  hastiu  consel  n'en  prendons.     (El.  et  Bl.  v.  291.  2.) 

Nous  le  vous  loons 
Et  sur  nous  l'affaire  prendons.     (R.  d.  1.  M.  v.  355.  6.) 
Prendons  garde  de  com   grant  force  il  fut,   cui  li  amors  de  tant 
oir  n'enclinat  à  avarisce  d'eritage.     (M.  s.  J.  p.  443.) 

Tel  cunseil  ore  enpernum ,  senz  estrif  de  atie.  (Ben.  t.  3,  p.  538.) 
Mais  vos  ne  faites  pas  issi. 

Par  haut  consel  prendes  mari.     (P.  d.  B.  v.  9403.  4.) 
Que  faites  vous,  boni  nous  ont, 
Prendes  les  moi,  mar  en  iront.     (Brut.  v.  12170.  1.) 
Pernez  m'as  braz,  si  me  drecez  en  séant.  (Ch.  d.  R.  p.  109.) 
Lors  dist  Adam,  dame,  prenez 
Geste  brebis,  si  la  gardez.     (R.  d.  Ren.  I,  p.  3.) 
Car  li  aguaitant  visce  prendent  la  face  des  vertuz ,  mais  anemiable- 
ment  nos  fièrent.     (M.  s.  J.  p.  453.) 

Atant  se  prendent  à  consillier, 

A  ce  consel  en  sont  aie.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  14.) 

Yenent  en  Jerico ,  palmes  i  pernent  aset.   (Charl.  v.  242.) 


► 


DU  VERBE.  195 

Par  mi  les  bêles  praeries 

Fernent  Franceis  herbergeries.     (Ben.  v.  15858.  9.) 
De  ceu  est  ceu  ke  li  altre  l'arguent  et  reprennent.   ((S.  d.  S.  B.  p.  567.) 
Atant  ez  vos  que  les  guetes  viennent  de  la  vile,   si  le  prannent, 
en  ce  que  cueuvre  feu  sonoit.     (R.  d.  S.  S.  d.  E.  p.  37.) 

L'ancienne  langue  formait  le  présent  du  subjonctif  de  prendre 
de  la  manière  suivante.  (Voy.  plus  bas  les  verbes  en  .  . .  ndre 
et  t.  I  tenir  ^  venir.) 

Guidiez  vos  or  que  la  croix  preingne 

Et  que  je  m'en  voize  outre  meir  ...  ?  (Rutb.  I,  p.  127.) 

Puis  que  merci  ne  m'i  daigne  valoir, 

Ne  sai  où  nul  confort  preiçjne.    (C.  d.  G.  d.  G.  p.  43.) 

Jo  m'ocirai  por  soie  amor, 

Ains  que  je  prenge  altre  segnor.     (P.  d.  B.  v.  7077.  8.) 
Mielz  est  que  tu  prenges  dous  talenz.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  364.) 

Or  em  parlon,  si  te  loon 

Que  tu  tôt  pr anges  et  tôt  aies.     (Brut.  v.  2430.  1.) 
Geste  faceon  levet  li  vrais  cristiens  por   ceu  ke  nuls  ne  xwaignet 
abuissement  en  lui ,  mais  li  ypocrites  la  defiguret  quant  il  choses  sin- 
guliers enseut  et  k'en  us  ne  sunt  mies.    (S.  d.  S.  B.  p.  564.) 

Ne  soit  si  bardiz  qi  à  force  la  praigne.  (Gh.  d.  S.  I,  p.  62.) 

Glorious  Deus ,  preigne  vos  an  pitié 

Des  .ij.  barons,  où  tote  est  m'amistie, 

Ke  il  ne  soient  boni  ne  vergoignie.   (G.  d.  Y.  v.  2430-2.) 

Le  bien  prainge  l'en  quant  l'en  puet, 

G'on  ne  le  prent  pas  quant  l'en  vuet.     (Rutb.  II,  p.  62.) 

Ne  ja  por  riens  c'en  li  apragne, 

Ne  laira  Harpins  ne  la  pragne.   (Poit.  v.  912.  3.) 

Mais  tôt  avant  comande  al  ame 

Son  cors  repragne  isnelement.     (Ben.  t.  3,  p.  521.) 

E!    Raous  sire,  por  Dieu  le  droiturier. 

Pitié  te  pregne:  laisse  nos  apaissier.     (R.  d.  G.  p.  120.) 

Pour  c'est  il  bon  que  nous  alons  |  Au  roi  et  de  cuer  li  prions 

Qu'il  pregne  feme  à  nostre  los.     (R.  d.  1.  M.  v.  214-6.) 

Sui  je  des  autres  si  partiz 

Que  riens  ne  prenge  ne  riens  n'aie?    (Ghr. A. N. I, p. 290.) 
Frange.   (Brut.  v.  11185.  V.  l'infinitif.) 

Nul  n'i  vendra  qui  ne  prengum, 

Nil  ne  lèvera  que  nel  sacbom.     (R.  d.  S.  p.  28.) 
Por  ceu  ke  il  les  loe  de  lour  labour  et  de  leur  pacience,  nos  semont 
il  que  nous  preignons  examples.     (Apec.  f.  3,  v.  c.  1.) 

Distrent  as  autres:  N'est  pas  gent 

Que  vers  le  duc  prenion  content.     (Ben.  v.  24487.  8.) 

Estre  i  poriez  .xxxvij.  anz  passeiz, 

Ainz  ke  preignies  la  maistre  fermeté.  (G.  d.  V.  v.  3230. 1.) 


196  DU  VERBE. 

Mes  consaus  est  que  vos  pregnies 

Cel  qu'ai  tornoi  ert  miols  proisies.     (P.  d.  B.  v.  6755.  6.) 
Nous  loons  que  vous  le  prengies ,  et  moult  vous  en  prions.    Villeh. 
p.  26.  XLVm.) 

Mais  une  chose  voz  voil  je  bien  monstrer, 
Que  ne  preingniez  compaingnie  à  Hardre.  (A.  et  A.  v.561. 2.) 
Karles  li  ampereres  as  François  sovant  prie 
Que  praignent  vaingement  de  la  gent  maleie 
Qui  ont  mort  Baudoin  an  bataille  arramie.  (Ch.  d.  S.II,  p.  188.) 
Dans  la  Bourgogne  et  la  Franche -Comté,  on  voit  paraître, 
à  la  fin  du  XIII"  siècle,  des  formes  en  oï  radical,  au  lieu  de 
ei,  ai.     Le  patois   bourguignon   se   sert  souvent   encore   de  oï 
pour  aï. 

Apres  nos  volons  que  nul  ne  pr oigne  sur  lui  discort,  escot  de 
taverne;  et  cil  qui  le  prendroit  ou  diroit,  seroit  en  emande  de  dix 
sols.    (1288.  M.  s.  P.  I,  p.  552.) 

Le  présent  du  subjonctif  du  verbe  prendre  offre  enfin  des 
formes  où  le  d  radical  est  conservé;  mais  elles  sont  bien  moins 
fréquentes  que  les  autres,  et  puis,  au  pluriel,  il  est  quelque- 
fois assez  difficile  de  déterminer  si  elles  appartiennent  au  sub- 
jonctif ou  à  l'indicatif.  Au  milieu  du  XIII''  siècle,  on  les  ren- 
contre surtout  dans  le  nord- est  de  l'Ile-de-France. 

Ne  soies  mie  assidueiz  al  homme  irons,  que  tu  par  aventure  n'a- 
prendes  ses  voies  et  si  prendes  scandele  à  ta  anrme.    (M.  s.  J.  p.  513.) 
Il  plore  et  crie  à  Dieu  merci  .  .  . 
Qu'il  prende  de  lui  garde  et  cure.     (P.  d.  B.  v.  681.  3.) 
Doucement  li  a  conmande  .  .  . 

Que  il  l'euvre  et  préside  son  cuer.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  7595. 7600.) 
Je  vuel  c'a  mouiller  le  prendes.    (Poit.  p.  64.) 
Li  haut  home  ne  vostre  honor 
Loent  que  vos  prendes  segnor.     (P.  d.  B.  v.  4985.  6.) 

La  forme  primitive  du  parfait  défini  a  été  prïs;  mais,  dès  la 
seconde  moitié  du  XIII^  siècle,  on  rétablit  souvent  le  n\  prïns. 

Si  li  reis  me  demande,  dis  que  jo  pris  cunge  à  tei  d'aler  en  Beth- 
léem hastivement,  pur  uns  festivals  sacrefises  que  mi  parent  i  funt. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  78.) 

Je  Idi,  prins,  sire,  par  tel  devisement 

S'il  vous  seoit  et  venoit  à  talant.     (G.  1.  L.  I,  p.  122.) 

Et  dist  :  Sire ,  qui  char  presis 

En  la  Yirge  et  de  H  nasquis.     (R.  d.  S.  G.  v.  2433.  4.) 

Glorieus  sire,  que  formas(t?)  tôt  le  mont, 

Dedens  la  Virge  presis  anontion.     (0.  d.  D.  v.  226.  7.) 

Li  miens  chiers  fi'eres  qui  France  a  à  garder 

Te  donna  armes,  j?mis  les  comme  ber.    (R.  d.  C.  p.  139.) 


DU    VERBE.  197 

Pur  quel  as  fait  cunjureisim  encimtre  mei,  tu  e  le  fiz  Ysaï,  epreis 
cunseil  de  nostre  Seignur  pur  li.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  87.) 

Et  feme  en  Norguege  prensis.     (Brut.  v.  2823.) 
E  prist  cunseil  de  nostre  Seignur  pur  lui ,  e  viande  li  dunad  e  la 
spee  Goliath.    (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  87.) 

Yesoi  ses  letres  et  son  seel  d'ormier. 
Turpins  les  prist,  la  cire  fist  brisier.  (0.  d.D.v.9477.8.) 
Fors  de  la  chambre  contre  le  roi  issit: 
Li  empereres  entre  ses  bras  la  print.     (G.  1.  L.  Il,  p.  3.) 
On  voit ,  dans  cette  dernière  citation ,  print  en  rime  avec  un 
mot  en  i  pur,  ce  qui  fournit  une  preuve  évidente  que  les  formes 
en  n  radical  ne  sont  pas  primitives.     (Cfr.  Subst.  t.  I,  p.  81.  c.) 
IjOis  prinst  Hardrez  congie  li  maus  traîtres.  (A.  et  A. v.  308.) 
Ici  le  s  est  conservé  à  côté  du  n  additif. 

Les  clés  presimes,  aine  ne  s'i  sot  gaitier.  (O.d.D.v.8239.) 
Car  tant  fist  en  nostre  os  li  glos, 
Con  cil  qui  ert  sire  de  tos, 
Que  quant  à  vos  presimes  jor, 
Trestuit  faiUirent  lor  segnor.     (P.  d.  B.  v.  3787  -  90.) 
Selunc  ço  ke  feit  nus  avum, 
La  pénitence  ke  preimes  . .     (M.  d.  F.  Il,  p.  477.) 
A  voz  Eranceis  un  cunseill  en  presistes.    (Ch.  d.  E.  p.  9.) 
Mes  dites  oùpreistes  celroxetl'esprevier.  (Ch.  d.  S.  I,p.  224.) 
Lors  prisent  conseil  que  il  iroient  vers  Blaquie  pour  requerre  la  force 
et  l'aide  d'un  hait  home  qui  avoit  nom  Esclas.     (H.  d.  Y.  491  *".) 

Il  prissent  Durendal,  s'espee,  et  son  cor,  et  puis  s'en  alerent  plus 
tost  que  il  porent  vers  l'ost  Carlon.     (Cité  ds.  Phil.  M.  I,  472.) 
A  la  fin  Cordeille  prisrent 
Et  en  une  carte  le  misrent.     (Brut.  v.  2109.  10.) 
Lor  marcheandises  vendirent. 
Autres  rechargierent  et  prirent.     (E.  d.M.p.  11.) 
Ensi  fina  la  chose ,  et  de  faire  les  Chartres  pristrent  lendemain  jor, 
et  furent  faites  et  devises.     (Villeh.  436''.) 

Defors  la  ville  pi'inrent  à  chevauchier.  (Ch.  d.  E.  Int.  XLIV.) 
Jusqu'à  la  salle  nep^'insrent  onques  fin.  (G.  1.  L.  I,  p.  115.) 
De  prinrent,  on  forma  plus  tard  prinâ/rent^  par  l'intercalation 
ordinaire  du  d.     Prinrent   et  prindrent  sont   encore  les   formes 
dont  se  servent  le  plus  souvent  Montaigne  et  Eabelais. 

Quand  les  geans  entreprindrent  guerre  contre  les  dieux ,  les  dieux  au 
commencement  se  mocquarent  de  telz  ennemys.  (Eabelais.  Pant.  III,  12.) 
Imparfait  du  subjonctif:  preisse,  presisse^  prmsse^  prensisse, 
prinsisse. 

Or  ne  sai  femme  en  cest  règne. 

Se  ma  levriere  m'eust  morte, 

N'en  p-esisse  justiche  forte.     (E.  d.  S.  S.  v,  2659-61.) 


198  DU  VERBE. 

En  ce  fu  lor  consaus  assis, 

Que  jo  presisce  à  mon  avis 

Segnor  por  bontés  et  por  mors, 

Non  por  grans  fies  ne  por  honors.     (P.  d.  B.  v.  1345-8.) 

Mult  volontiers  en  preisse  la  venjance, 

Par  Dieu  le  creator.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  61.) 
Zaienayer  t'enhortat  li  fel  et  11  nonfeaules  sers,  ke  tu  par  larencin 
2)resisses  la  royal  corone.     (S.  d.  S.  B.  p.  536.) 

Oste  e  fai  remaindre  lepechied  que  jo  preiai  que  venist  sur  mei, 
se  venjance  en  preisses  de  mun  marid.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  100.) 

Ki  dont  oïst  com  il  s'est  démentes, 

Il  n'est  nus  hom  qui  n'eupresist  piteis.   (0.  d.  D.  v.  10408. 9.) 

Il  n'a  el  monde  paien  ne  sarrasin. 

Cil  les  veist,  cui  peitie  n'en  prisist.    (R.  d.  C.  p.  253.) 

Une  vois  devine  li  dist 

Laiast  ceste  oire ,  autre  prensist    (Brut.  v.  15220.  1.) 
La  forms  suivante  est  une  innovation  de  la  fin  du  XIII®  siècle: 

Son  viaire  taint  et  changa 

Et  si  bien  se  deffigura 

Hors  de  son  conmunal  estour 

C'on  ne  l'aperceust  nul  jour 

Qui  moult  près  ne  s'enprenist  garde.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  6616-20.) 
On  la  retrouve  souvent  dans  le  Roman  de  la  Rose. 
Et  por  ceu  mismes  créât  il  des  l'encommencement  les  hommes ,  ki 
cel  leu  presissent  en  leu  des  engeles.     (S.  d.  S.  B.  p.  524.) 

E  ceus  qui  dedenz  sunt  enclos 

Ne  furent  unques  puis  si  os 

Que  d'els  i  preissent  défense.     (Ben.  v.  11876-8.) 
Le  futur  et  le  conditionnel  offrent  naturellement  toutes  les 
variantes  des  thèmes  de  l'infinitif. 

Aude  panrai,  se  il  vos  vient  an  gre.     (G.  d.  V.  v.  3074.) 

Si  ne  sai  se  je  dorm  ou  veil, 
Ou  se  je  pens, 

Quel  part  je  penrai  mon  despens 

Par  quoi  puisse  passer  le  tens.     (Rutb.  I,  p.  16.  7.) 

Jou  prendrai  vo  seror  à  famé.     (Poit.  p.  64.) 

Il  lor  dist:  Signer,  non  ferai, 

Jamais  femme  ne  prenderai.    (R.  d.  1.  M.  v.  225.  6.) 

Dyalas,  dit  li  rois,  avec  moi  an  vanras 

An  la  cit  de  Tremoigne,   où  baptesme  panras. 

(Ch.  d.  S.  IL  p.  164.) 

Ten  veissel  o  mon  sanc  penras.     (R.  d.  S.  G.  v.  2469.) 
Un  veel  od  tei  prendras.    (Q.  L.  d.R.  I,  p.  58.) 
Por  ce  fut  dit  al  serpent:  Ele  penrat  garde  à  ton  chief  et  tu  aguai- 
teras  son  talun.    (M.  s.  J.  p.  446.) 


DU   VEKBE.  199 

Enseigne  nous  comment  l'aruns 

Et  comment  nous  le  prenderons.     (R.  d.  S.  G.  v.  287.  8.) 

Nos  en  penrons  conseil  à  nos  amis.     (G.  1.  L.  I,  p.  72.) 

Ja  par  asalt  nul  jor  ne  les  prendres.    (0.  d.  D.  v.  7600.) 

Je  n'anpanroie  mie  trestot  le  mont  à  gre.   (Ch..  d.  S.  II,  p.  98.) 

Je  la  pem'oie  voUentiers,  non  envis.     (G.  1.  L.  II,  p.  41.) 

Trop  par  prendreie  hontos  don 

Por  querre  lor  destruction.     (Ben.  v.  16700.  1.) 

Et  humanité  i  prendroies.     (R.  d.  1.  V.  v.  5229.) 

Li  jugemens  Diu  si  parfons 

Est  que  nus  hom  n'i  prendrait  fons; 

Et  qui  le  poroit  encerchier?     (R  d.  M.  v.  219-21.) 

Mes,  se  il  le  puet  panre  an  iceste  anvaïe, 

N'an  panroit  nul  avoir  que  solement  la  vie.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  7.) 

Devant  un  an  ne  la  panriez  mie.     (G.  d.  Y.  v.  1762.) 
11  dient  que  se  la  pais  ne  poet  en  tel  manière  venir ,  qu'il  prende- 
roient  deus  homes  et  li  empereres  deus,   et  cil  quatre  prenderoient  le 
cinquième.     (H.  d.  7.  504^.) 

Puet  bien  estre  ke  clers  plusur 

Si  prenreient  sor  eus  mun  labur.     (M.  d.  E.  II,  p.  401.) 
Imparfait  de  l'indicatif:  prenoie^  prendroie,  perneie. 

Ne  me  daigneroient  servir 

Se  je  te  prennoie  à  signour.     (R.  d.  M.  v.  548.  9.) 

Tant  que  par  sort,  à  quelque  peine, 

D'une  vez  costume  anciene 

Perneit  l'om  tute  la  jovente, 

Et  si  meteit  l'om  grant  entente.     (Ben.  I,  v.  551  -  4.) 

Al  arcevesque  grant  pitié  en  prendoit.   (0.  d.  D.  v.  9363.) 

Et  vos  honie  reseries 

Se  vos  un  recréant  prendies.    (P.  d.  B.  v.  9579.  80.) 
Qar  se  il  prendoient  garde  de  com  grant  force  il  (l'adversaire)  est, 
il  ne  murmurroient  mie  de  ce  ke  il  sofîrent  par  defors.  (M.  s.  J.  p.  489.) 

Il  m'ert  avis  tôt  autresi 

Que  dui  angre  céans  veneient 

Qui  entre  lor  bras  me  preneient.    (Chast.  XVII,  v.  95  -  7.) 
Participe  passé,  d'abord  prïs'^^  puis  prins. 

Pais  ne  acorde  ne  trive  n'en  fu  prinse.    (A.  etA.  v.  287.) 
Y.  les  composés. 

Participe  présent:  prenant^  prendant^  pernant. 

Li  dus  de  Moriane  aloit, 

El  tans  que  Morpidus  vivoit, 

(1)  Prece  pour  pre.se,  dans  Aucassin  et  Mcolette  (I,  413.).  Cfr.  le  provençal  près, 
presa.  Quant  à  free,  qu'on  trouve  au  même  endroit,  c'est  sans  doute  une  faute  de 
lecture. 


200  DU    VEKBE. 

Par  mer  leà  rivages  gastant 
Et  les  rices  homes  ^rendant.    (Brut.  v.  3439-42.) 
Hommes  prenant  et  raimbrant.     (Ib.  I,  p.  164,  var.  b.) 
Le  verbe  frenâ/re^  suivi  de  la  préposition  a  et  d'un  infinitif, 
se  disait  très -souvent  pour  se  mettre  a  ^  commencera.    La  langue 
fixée  a  conservé  cette  tournure ,  mais  elle  se  sert  du  verbe  pro- 
nominal: se  prendre  a  fleurer.,  se  prend/re  à  travailler. 

Vers  le  chastel  ^îrewi  à  alefr.    (E.d.C.d.  C.v.430.) 
Jours  prenait-  ja  à  esdairier.    (Ib.  v.  1048.) 
A  la  roïne  prist  à  dire.     (R.  d.  S.  S.  v.  5035.) 
Des  espees  prist  à  ferir 
Si  que  le  feu  en  fist  saillir.     (Ib.  v.  2420.  1.) 
Devant  le  jor  prist  à  toner.     (Trist.  I,  p.  195.) 
Adunc  prist  l'aube  à  reelarzir.     (Ben.  v.  22348.) 
Cil  est  montez  en  son  destrer, 
Ela  lime  prist  à  raer.    (Ib.  v.  35489.  90.) 
Vers  son  père  prent  à  aler.     (E.  d.  1.  M.  p.  7131.) 
Des  composés  de  prend/re ,  je  citerai  : 

Desprendre.,  séparer,  tirer;  priver,  déposséder,   dénuer;  dé- 
couvrir, surprendre  (Ordonnances  des  Rois  des  France,  I, p. 537). 
J'estoie  nus  et  despn'is 

Avant  de  toute  courtesie;     (Fab.  et  C.  I,  p.  108.) 
Alques  despris  et  suffraitus 
E  plein  d'angoisse  e  rancurus 
S'essiloent  pur  melz  avoir 

Tut  par  force,  par  estoveir.     (Ben.  I,  v.  629-32.) 
En  cestes  trois  (cites)  a  trois  églises 
Qui  or  sunt  povres  e  desp'ises; 
Mais  mult  furent  en  grant  lionor.     (Ib.  v.  6903-5.) 
Je  ne  connais  de  desprendre ^  signifiant  séparer^  tirer.,  aucun 
exemple  qui  remonte  au  XII F  siècle;  en  voici  du  XYP: 

Or  à  un  esprit  si  indocile ,  il  fault  des  bastonnades  ;  il  fault  rebattre 
et  reserrer  à  bons  coups  de  mail  ce  vaisseau  qui  se  desprend,  se  des- 
coust,  qui  s'échappe  et  desrobbe  de  soy.    (Montaigne.  Essais,  III,  12.) 

Pythagoras  a  faict  dieu  un  esprit  espandu  par  la  nature  de  toutes 
choses,  d'où  nos  âmes  sont  desprinses.    (Ib.  Il,  12.) 

Ensprendre.,  esprendre  —  emprendre.,  enprendre.,  amprendre. 
Ces  différentes  formes  se  trouvent  avec  la  signification  de  allu- 
mer., enflammer.,  embraser.,  éprendre.     (Y.  le  (jlossaire.) 

A  savoir  fait  ke  les  alkanz  ensprent  tost  irors  et  tost  les  guerpist 
(M.  s.  J.  p.  514.) 

Li  altre  sunt  semblant  à  la  pesant  et  à  la  dure  lenge  ki  tardiement 
ensprendent ,  mais  se  il  une  foiz  sunt  enspris,  griement  les  puet  l'om 
estaindre.     (Ib.  p.  514.  5.     Cfr.  Eoquefort,  s.  v.  ensprmdre.) 


DU  TEKBE.  201 

En  cuir  de  cerf  font  la  baron  covrir, 

Font  une  bière,  le  vassal  i  ont  mis, 

Et  environ  trente  cierges  espris.    (G.  1.  L.  Il,  p.  247.) 

Li  mes  et  les  cbandoiles  mises 

Es  chandeliers  totes  esprises.    (Eomv.  p.  458,  v.  10.  11.) 

Le  soir  vieUerent  chascun  .i.  sierge  espris.  (E.  d.  C.  p.  324.) 

Car  aidier  doit  Karlon  de  saint  Denise 

Contre  Agolant,  que  Dieu  n'aime  ne  prise, 

Qui  a  sa  terre  embrasée  et  esprise; 

Devers  Calabre  l'ont  ja  tote  porprise.  (R.  d'A.  p.  2,  c.  2.) 
Très  fine  amors  qui  tout  mon  coeur  esprent.  (Rayn.  L.  R.  IV, p.  633.) 
Cfr.  :  Toutesfois  il  y  en  a  qui  donnent  une  austre  dérivation  et  inter- 
prétation de  ce  mot  de  carmenta,  qui  est  plus  vraysemblable,  comme 
si  c'estoit  à  dire,  carens  mente,  qui  signifie  bors  de  sens,  pour  la  fureur 
qui  esprend  ceux  qui  sont  inspirez  d'esprit  propbeticque.  (Amyot.  Hom. 
ill.  Romulus.) 

Por  escheveir  le  feu  qui  tout  ades  emprant.  (Rutb.  1,  p.  146.) 

Moult  grant  pitié  Vemprent.    (Berte,  p.  69.) 

Pitié  Vemprist,  si  lor  dona 

Une  verge.     (R.  d.  Ren.  I,  g.  3.) 
Il  li  empristrent  la  coliere  de  son  cheval  de  feu  grejois.  (Joinville,  p.  58.) 
Emprendre^     enprendre,     signifiait    en    outre    allïer^    engager, 
lïgtcer;  choisir.,  fixer ^  entreprend/re ,  commencer. 

hmpris  me  sui  al  rei  de  France 

Por  Normendie  avoir  demeine 

Tant  cum  de  là  en  départ  Soigne 

Mei  e  mun  eir  senz  parçonnier.     (Ben.  v.  14577-80.) 

Solez  e  aquitez  le  vu 

Dunt  vers  mei  e  vers  mun  nevo 

Estes  par  serrement  empris, 

Si  que  n'en  seit  plus  termes  pris.     (Ib.  v.  16984-7.) 

Ci  oncor  pas  ne  m'en  remu. 

Qu'ai  jor  enpris  movrai  premiers 

Od  plus  de  set  cenz  chevaliers.     (Ib.  v.  14583-5.) 

Ne  ne  s'en  sunt  trois  si  enpris, 

Si  esforciez  ne  si  amis 

Que  l'uns  i  puisse  al  autre  aidier.     (Ib.  v.  14768-70.) 

Que  contre  tei  devers  eus  l'aient 

Enpris  jurez  à  lor  partie, 

Del  tôt  en  force  e  en  aïe.     (Ib.  v.  14362-4.) 
Enpris  jurez  à  lor  partie  c'est-à-dire  lié  par  serment  à  leur  parti. 
Bien  est  foulz  et  mauvais  qui  teil  voie  iCemprent   (Rutb.  I,  p.  146.) 

Errant  a  une  dame  emprise 

Ceste  chancon  mignotement.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  991.  2.) 

Puis  que  ma  dame  de  Champagne  -  - 


202 


DU    VERBE. 


Vialt  que  romans  à  feire  anpreigne, 
Je  Vanprendrai  mult  volentiers.     (Brut.  I,  XXXVIII.) 
Ce  n'est  pas  vasselages  d'eriprendre  hardement, 
On  puet  tenir  à  fol  celui  qui  ce  enprent.    (Ch.d.S.I,p.  128.) 
Em'pernam  (Ben.  Il,  v.  250),  enpernanz  (ib.  v.  2652),  enprm- 
dans  (P.  d.  B.  v.  2385),  etc.  pour  dire  entreprenant. 
Esprendre  signifiait  encore  admirer. 

Adonc  avoit  ung  chevalier  au  dehors  du  toumoy  esgardant  et 
esprenant  la  laine  de  son>  pis ,  la  force  de  ses  membres  et  la  puissance 
de  son  cheval.     (Perceforest.  Cité  par  M.  d'Orelli  p.  232.) 

Entreprendre^  entreprendre,  commencer;  surprendre,  attraper; 
étonner,  embarasser,  déconcerter. 

Ou  à  ses  hoirs  qui  entrepr enrôlent  la  besoigne  devantdite.  (1265. 
H.  d.  B.  n,  29.) 

S'ensi  se  tient  com  il  a  entreprins, 
Mieudres  de  lui  ains  en  cheval  ne  sist.    (G.  1.  L,  H,  p.  193.) 
Aus  bois  se  traient,  iluec  cuident  garir, 
Mais  ne  puet  estre,  car  trop  sunt  entrepris.    (Ib.  I,p.l66.) 
Entrepris  sui  et  enganes.     (FI.  et  Bl.  v.  1756.) 
Et  vit  le  morsel  en  la  corde, 
Mais  n'a  talent  que  il  i  morde, 
Einz  jui-e  qu'il  i  fera  prendre 

Son  conpaignon  et  entreprendre.     (R.  d.  Een.  t,  2,  p.  321.) 
Là  veissiez  plorer  mainte  haute  marchise, 
Qui  devant  son  seignor  estoit  mate  et  conquise. 
Nule  n'en  quiert  merci  :  tant  se  sent  enitrepme.  (Ch.  d.S.I,p.  135.) 
Quar  celui  cui  li  adversiteiz  entreprent  desporveut,  troevet  alsi 
com  dormant  ses  anemis.     (M.  s.  J.  p.  515.) 
Cil  fu  malement  entrepris 

Quer  povres  hom  a  poi  amis.     (Chast.  XTV,  v.  127.  8.) 
Ensi  avint  ke  par  un  jor 
Eu  entrepris  à  lairechin.     (M.  d.  F.  Il,  p.  308.) 
Cfr.     Entreprendre    régissant    un    verbe    à    l'infinitif,    sans 
l'intermédiaire  d'une  préposition: 

Si  aulcun  de  vous  entreprent  combattre  contre  ceulx  cy,  je  vous 
feray  mourir  cruellement.     (Rabelais.  Pant.  II,  29.) 

Mesprendre^  arriver  mal  à  quelqu'un,  l'offenser;  commettre 
un  délit;  se  tromper. 

He!  gentix  rois  de  France,  or  voi  que  mesprenez; 
Trop  avez  vilain  cuer,  que  ne  vos  prent  pitiez 
De  ceste  lasse  dame  qi  tant  a  de  durtez.    (Ch.  d.  S.  H,  p.  155.) 
Dame ,  fait  li  empereres ,  et  vous  meismes  i  venrez  ;  et  se  il  ne  nous 
laissent  ens ,  il  me  semble  que  il  mesprendent  trop.     (H.  d.  V.  505  ^.) 
Et  non   mie  poui-  ceu  que   pour  riens  mespresissent  envers  iaus, 
ains  lor  monstroient ...    (Ib.  514*=.) 


DU     VERBE.  203 

Selonc  decrez  et  loi  oui  je 

Que  tei  baron  ont  tort  jugie: 

Bien  i  pueent  avoir  mespris, 

Je  cuit  qu'il  aient  antrepris.     (Dol.  p  210.) 

E  si  li  est  de  ren  avis 

Que  il  unt  encountre  li  mespris, 

Il  le  amendrount.     (Ben.  t.  3,  p.  622  ) 
De  ce  que  dient  que  pouere  esteit 
Quant  vint  au  rei,  ne  dient  mie  dreit, 

Mes  unt  mespris.     (Ib.  ead.  p.  623.) 
Cfr.  :  Et  qu'elle  punist  ceulx  qui  auroyent  mespris  en  cest  endroict. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Bemosthenes.) 

Quant  elles  (les  Vestales)  viennent  à  mesprendre  contre  les  dieux, 
elles  perdent  toute  la  franchise  qu'elles  ont  pour  la  révérence  du  service 
des  dieux.     (Ib.  ead.  Tiberius  et  Gains.) 

Porprendre^  parprendre^  prendre  de  force,  s'emparer,  usurper, 

revager;  investir,  entourer;  comprendre,  contenir;   circonvenir. 

Hailas  !   cMer  sii'e  Deus ,   ke  ferons  ke  cil   sunt  U  primier  en  ta 

persécution,   qui  en  ta  glise  ont  porpris  les  signeries  et  les  bonors? 

(S.  d.  S.  B.  p.  556.) 

Mais  que  ajuet  ce  ke  nos  avons  dit  comment  li   irors  parprent  la 
pense,  se  nos  ne  disons  cornent  l'om  la  doit  apaisanteir.    (M. s.  J. p. 515.) 
Porprise  (R.  d'A.  Y.  plus  haut  esprendre). 

De  la  cuntree  unt  purprises  les  pai'z.    (Ch.  d.  E.  p.  129.) 
Les  Bretons  ont  ariere  mis 
Et  tôt  le  camp  sor  els  porpris. 
Artur  vit  sa  gent  resortir 
Et  cil  de  Rome  resbaldir, 

Et  le  camp  contre  lui  porprendre  .  .  .    (Brut.  v.  18273-7.) 
Si  fu  porpris  ]i  avirons.     (Ben.  v.  5714.) 
Et  vit  Englois  sor  la  montagne. 

Qui  pourprendoient  la  campagne.     (Phil.  M.  v.  17416.  7.) 
Ardane  ert  moult  grans  à  cel  jor. 

Et  porprendroit  moult  en  son  tor.     (P.  d.  B.  v.  499.  500.) 
Ki  porpris  sunt  de  pechiet.     (S.  d.  S.  B.  fol.  10.) 
Li  dus  Gérard  les  conduisoit  devant 
Sor  un  destrier  ke  les  sans  li  porprant.   (G.  d.  V.  v.  464. 5.) 
Porprendre  y   dans  ce  dernier  exemple,   a  la  signification  de 
donner  les  devans.     (Y.  la  préposition  por). 

Sor  prendre,  sosprendre ,  plus  tard  soprendre^  sousprendre,  sou- 
prendre  et,  en  Picardie,  sauprendre,  surprendre,  tromper,  sou- 
mettre, surpasser,  vaincre. 

Embrases  est  de  s'amor  et  sosprins.     (G.  1.  L.  Il,  p.  4.) 

Les  iols  a  gros,  vairs  et  rians. 

Bien  envoisies  et  sovprendans.    (P.  d.  B.  v.  559.  60.) 


204  DU    \^RBE. 

De  vos  disent  tantes  bontés, 
Tant  buenes  mors,  tantes  beautés, 
Et  ensement  la  gentelise, 

Que  sempres  fui  de  vos  souprise.     (P.  d.  B.  v.  1365  -8.) 
C'Amors  l'ot  sousprise  et  dechute.    (R.  d.  1.  V.  v.  3176.) 
De  pour  a  le  quor  sopris.     (Ben.  v.  16384.) 
Que  par  leui*  avoir  veulent  tous  leurs  amis  souprendre.    (Fabliaux, 
Jubinal,  I,  p.  128.) 

Il  estoit  saupris  d'-amor.    (Fabl.  et  C.  I,  p.  381.) 

SOLDEE  (solvere). 

Soïdre  signifiait  livrer^  délivrer^  acquitter^  payer ^  délier^  al- 
soudre^  donner  la  solution^  résoudre.  Ce  verbe  offre  les  mêmes 
variantes  que  mold/re  (moudre),  et  les  explications  que  j'ai 
données  touchant  les  thèmes  de  ce  dernier ,  s'appliquent  de  tout 
point  à  soïdre.  Le  composé  alsoldre^  qui  se  trouve  ordinaire- 
ment orthographié  <z«5oldre,  ««oldre,  signifiait  absoudre  ^  délier^ 
dégager^  livrer .,  délivrer. 

Ne  devez  as  prelaz  défendre  u  comander 

U  ^asoldre  cestui  u  de  cestui  damner.  (Th.  Ci  p.  68,  v.  11. 2.) 

Por  tel  travail,  por  tel  mise, 

Li  fist  avoirs  mult  aporter 

E  mult  par  l'en  fist  présenter: 

SoudreX^x).  voleit  mult  e  rendre.  (Ben.  v.  10870-3  •,cfr.  41238.) 

Et  si  li  feroit  soii're  et  rendre 

Quan  c'on  i  pot  tolir  et  prendre.     (Phil.  M.  v.  12263.  4.) 

Je  ne  l'ai  de  quoi  %aure.     (Fabl.  et  C.  m,  p.  200.) 

Dites,  combien  voudrez  vous  saurre?    (Ib.  ead.) 

Feisuns  le  donc  en  teu  meunière 

Qu'il  ne  puist  repeirier  arrière. 

Ne  palier  à  ceus  n'eus  vooir 

Qui  de  lui  assourre  unt  pooir  ...  (R.  d.  S.  G.  v.3629-32.) 

Se  sainte  Yglise  escommenie, 

Li  Frère  pueent  bien  assaudre, 

S'escommeniez  a  que  saudre.  (Rutb.  II,  p.  60. 1.) 
Le  présent  de  -l'indicatif  offre  les  formes  «o/,  soil.  De  prime 
abord,  soil  semble  prouver  que  soïdre  était  un  verbe  fort; 
cependant  cette  forme  n'est  pas  primitive ,  elle  ne  remonte  guère 
au-delà  du  milieu  du  XIII ^  siècle,  et  Vi  indique  simplement  un 
son  mouillé  du  l.  Soil  appartenait  au  sud  de  la  Picardie  et  à 
l'Ile-de-France. 

Et  je  vous  assoil,  de  Diu,  de  tous  les  pechies  que  vous  oncques  feistes, 
jusques  au  point  d'ore.     (H.  d.  Y.  p.  182.  VIII.) 

Or  tien  vingt  sous  que  j'ai  ci  en  me  borse ,  si  sol  ten  buef.   (Fabl.  et  C) 


Dtr  VERBE.  205 

A  dreit  se  sout  cil  e  aquite 

Qui  solum  le  fait  rent  la  mérite.     (Ben.  v.  3599.  600.) 
Di  à  mes  amis,  à  ces  trois, 
Ke  ne  prestres  ne  Dex  n^assout, 
Chehu  qui  se  dete  ne  sout 

Ains  que  tu  l'aies  pris  à  quois.     (V.  s.  1.  M.  p.  25.) 
Iju  de  sout  représente  le  /,   qui  a    subi   son   flécliissement 
orjdinaire. 

Solez  e  aquitez  le  vu.     (Ben.  v.  16984.) 
Ti'op  ledement  tuit  cil  s'endetent 
Et  si  se  tuent  et  alblent, 

Quant  riens  promettent  et  nel  soïïent.  (Fabl.  et  C.  II,  p.  420.) 
Présent  du  subjonctif:  solie^  soïlle. 

Les  evesques  le  me  unt  mande, 
Que  toleit  unt  ma  dignete 

Que  jo  les  asoille.    (Ben.  t.  2,  p.  494.) 
N'est  si  chaitis,  Dex  nel  asolle, 
S'ele  l'en  veut  un  poi  requierre.     (Ib.  ead.  p.  516.) 
Mais  ce  li  requiert  par  amor 
Qu'il  le  li  quit  e  soille  e  rende. 
Si  que  del  suen  rien  n'i  despende.     (Ib.  v.  36555-8.) 
Ains  proi  Dieu  qui  el  cuer  m'a  mis 
Que  ce  lor  soille  k'ai  pramis. 
Qu'il  lor  doinst  longe  vie,  et  grâce 
De  bien  vivre  tôt  lor  espace.     (V.  s.  1.  M.  p.  17.) 

(Li  reis  vus  mande) 
Et  que  les  evesques  del  païz 
Que  sunt  en  sentence  miz 

Asolliez.     (Ben.  t.  3,  p.  493.) 
Le  parfait  défini  faisait  sols  et  sov^. 

E  à  tut  li  respundid  li  reis,  e  solst  ses  demandes  e  ses  questiuns. 
(Q.  L.  d.  E.  III,  p.  271.) 

La  forme  solui^  qui  est  celle  de  la  langue  fixée,  existait- 
elle  déjà  au  XIIP  siècle?  Je  ne  saurais  résoudre  cette  question 
d'une  manière  satisfaisante,  vu  que  je  n'ai  rencontré  aucun 
exemple  de  solui  remontant  à  cette  époque,  et,  je  le  répète, 
les  analogies  ne  donnent  pas  la  moindre  certitude. 
Y.  toldre^  parfait  défini. 

Le  participe  passé  avait  deux  formes  bien  distinctes:  1**  soh^ 
sous  et,  par  suite  de  la  syncope  du  /,  sos;  en  Picardie,  saus 
pour  sous;  2''  solu. 

Ensement  ad  asoïs  les  moines  del  covent.   (Th.  Cant.p.  117,  v.  3.) 

Mieus  est,  dist  il,  li  premiers  cols, 

A  cestui  ai  son  loier  sols.     (Brut.  v.  9578.  9.) 


206  DIT   VERBE. 

Et  (je)  m'en  tieng  à  sois  et  à  paiet.     (1288.  .T.  v.  H.  p.  472.) 
Que  si  cum  il  unt  deservi 
Lut  seit  rendu,  sous  e  meri.     (Ben.  v.  4558.  9.) 
Si  donc  li  est  sous  e  renduz 

Sis  aveirs,  si  ravera  sa  terre.  (Ib.  v.  40290  1;  cfr.  34547.) 
Qant  il  furent  a-sso^trestuit  de  main  sacrée.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  57.) 
Puis  s'est  assaus  de  tous  ses  fais. 

Dont  il  se  sent  cel  jour  confes.     (E.  d.  1.  M.  v.  6889.  90.) 
Par  bel  latin  ades  a  chascun  puint  solu.  (Th.  Gant.  p.  43,  v.  29.) 
Quar  à  la  foiz  vult  demesureie  irors  sembleir  justice  et  dissolue  re- 
missions pieteit.     (M.  s.  J.  p.  453.) 
S'irons  le  joedi  absolu 
De  nos  pechies  estre  absolu 
Là  où  l'apostoile  sera.     (R.-d.  1.  M.  v.  5809-11.) 
Absolu  m'a  de  mes  pechies.     (E.  d.  1.  E.  v.  11309.) 
Asokït  (Th.  Gant.  p.  117,  v.  29),  assoloït  (Yilleh.  p.  33,  LV), 
assoldrm(R.  d.  R.  v.  11968),  assaudrons  (H.  d.  V.  502 '^),  etc. 
Persoldre^  pursoldre  (persolvere) ,  payer. 

E  s'il  ne  pot  avoir  guarant  ne  testimoine ,  si  perdrad  e  pursoldrad. 
(L.  d.  G.  p.  181,  25.) 

Je  citerai  enfin  les  exemples  suivants,  comme  termes  moyens 
de  comparaison  entre  la  langue  d'oïl  et  la  langue  fixée,  tant 
en  ce  qui  concerne  la  conjugaison  de  soidre  et  de  ses  com- 
posés, que  par  rapport  à  leur  emploi. 

Infinies  personnes  ont  essaye  de  corriger  (les  tables  chronicques) 
jusques  aujourd'huy  et  n'ont  pourtant  jamais  sceu  soudre  et  accorder  les 
contrarietez  et  répugnances  qui  y  sont.     (Amyot.  Hom.  ill.  Solon.) 

Toutesfois  on  trouva  qu'il  y  avoit  plus  grand  nombre  de  ceulx  qui 
Vabsouloyent  que  d'austres.     (Ib.  ead.  Gicero.) 

Le  peuple  non  seulement  Vabsolut  de  toutes  les  charges  et  impu- 
tations qu'on  proposa  contre  luy,  ains  . .  .    (Ib.  ead.  Demosthenes.) 
Ledict  Panurge  solut  très  bien  le  problème.    (Eabelais.  Pant.  II,  16.) 
(Les  juges)  n'abandonnèrent    point  Demosthenes  à   ses    ennemys, 
encores  qu'ils  feussent  lors  beaucoup  plus  puissants   que  luy  .  .  .  ains 
V absolurent.    (Amyot.  Hom.  ill.  Demosthenes.) 

(Les  nuées  se  résolurent  en  brouees  et  emplirent  toute  la  plaine 
d'un  brouillas  obscur.     (Ib.  ead.  T.  Q.  Elaminius.) 

Yoila  vostre  problesme  solu  et  résolu,  faictes  vous  gens  de  bien 
là  dessus.     (Rabelais.  Pant.  Y,  prol.) 

A  la  fin  ils  (Pelopidas  et  Epaminondas)  feurent  tous  deux  absouz. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Pelopidas.) 

Sans  exception  ne  ambages  tu  me  has  apartement  dissolu  toute  crainte 
qui  me  povoit  intimider.     (Eabelais.  Pant.  III,  27.) 

Si  par  vous  mon  double  n'est  dissolu,  je  le  tiens  pour  insoluble.  (Ib, 
ead.  m,  30.) 


DU  \t:rbe.  207 

(On)  estima  qu'il  (Ciceron)  fust  pour  se  joindre  au  party  de  Caesar, 
et  est  certain  qu'il  feut  en  très  grande  perplexité ,  ne  scachant  comment 
s'en  résoudre,  et  en  grande  détresse  dans  son  entendement.  (Amyot. 
Hom.  ill.  Oicero.) 

Que  Cicero,  pero  d'éloquence,  traicte  du  mespris  de  la  mort;  que 
Seneque  en  traicte  aussi:  celuy  là  traisne  languissant  et  vous  sentez 
qu'il  vous  veut  resouldre  de  chose  de  quoy  il  n'est  pas  résolu.  (Mon- 
taigne, n,  31.) 

SORDRE  (surgere). 

Ce  verbe  signifiait  sourdre^  surgir.,  jaillir.^  lever ^  soulever., 
élever ,  se  lever ,  venir ,  arriver ,  naître.  Il  avait  pour  formes  : 
sordre^  en  Bourgogne  et  en  Picardie;  surd/re^  en  Normandie. 
Sordre^  surdre  ont  été  formés  de  surgere  (surg're)  par  la  syn- 
cope du  g:  surre^  sorre^  d'où,  avec  intercalation  ordinaire  du 
d:  surdre.,  sordre. 

Il  vivoit  ancor  quant  om  li  forât  et  les  mains  et  les  piez ,  por  ceu 
k'il  de  lui  mismes  fesist  axordre  (assui'gere)  quatre  fontaines  à  nostre 
nés  ki  ancor  sommes  vif.     (S.  d.  S.  B.  p.  540.) 
Si  en  pon-oit  sordre  tel  guen-e 
Qui  en  essil  metroit  la  terre.     (Brut.  v.  5962.  3.) 
Su/rdre  i  vit  gi-ant  péril  e  mult  mortal  desrei. 

(Th.  Cant.  p.  23,  v.  25.) 
Dès  le  milieu  du  XIIP  siècle,    Vo   s'assourdit   souvent   en 
ou:  sourdre. 

Bien  que  ce  verbe  fût  d'un  emploi  très-fréquent,  je  ne  l'ai 
rencontré  qu'aux  troisièmes  personnes  des  différents  temps. 
Yoici  leurs  formes: 

Présent  de  l'indicatif:   sort^  sou7^t^    surt^    où  il  y  a  change- 
ment du  d  final  en  ^  (v.  t.  I,  p.  216),  surd.,  sordent.,  sur  dent. 
Merveillanz  furent  del  oïr 
E  en  gi'ant  crème  de  soffrir 
E  d'endurer  si  fiere  ovraigne 

Cume  vers  eus  surt  e  s'engraine.     (Ben.  II,  v.  385  -  8.) 
E  de  celé  ymage  sourt  oies.     (Phil.  M.  v.  10980.) 
Ensi  s'est  partie  de  court 

La  maie  dame  ù  biens  ne  sourt.    (R.  d.  1.  M.  v.  2421.  22.) 
Por  un  destruit  en  sordent  set.     (Ben.  v.  20545.) 
Desor  li  sordent  mult  contraires 
E  trop  s'empire  li  afaires.     (Ib.  v.  32764.  5.) 
Venir  s'en  volt  li  emperere  Caries 

Quant  de  paiens  li  surdent  les  enguardes  *.  (Ch.  d.  R.  p.  115.) 
Présent  du  subjonctif:  sorde.,  surde. 

(1)  Le  texte  porte  enguardent. 


208  DU    VEKBE. 

Mes  il  t'en  puet  moût  bien  aidier 

Sanz  ce  que  l'en  sorde  encombrier.     (Chast.  I,  v.  43.  44.) 

Ne  vout  vers  tei  baïne  aveir 

Ne  noise  n'i  vout  esmoveir 

Dunt  i  sorde  dissension, 

Estrif  ne  gerre  ne  tençon.    (Ben.  v.  12049-.52  ;  cfr.  v.  26371.) 
Parfait  défini:  sorst^  surst:  sorstrent^  sursirent  —  sordi^  fonné 
d'après  le  thème  de  la  langue  d'oïl. 

Une  bataille  surst  vers  ces   de  Israël,   e  David  vint  en  champ, 
encuntre  lez  Philistiens.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  74.) 

Et  sorst  plentes  de  bons  vasals.     (P.  d.  B.  v.  468.) 

E  eus  e  leur  cite  garnirent. 

Grand  noise  i  surst  e  grant  effrei; 

Chascun  i  out  pour  de  sei.     (Ben.  I,  v.  1336-8.) 

Dune  nos  surst  Eurus  li  venz 

Od  neifs,  od  pluies,  od  tormenz.     (Ib.  II,  v.  1705.  6.) 

Al  asemblee  des  douz  genz 

I  sorst  grant  noise  e  granz  contenz.   (Ib.  II,  v.  499.  500.) 

N'i  sorstrent  puis  autre-  content 

Ne  mauvoillance  ne  mesfait 

Qui  mi  seient  dit  ne  retrait.     (Ib.  v.  24743-5.) 
Sursirent,   e  a  viles  e  as   champs,   ime  manière   de  sui-iz,    à  la 
destructiun   del   païs,    e  fud  la    confusiun   grande   par   tute    la   cite. 
(Q.  L.  d.  E.  I,  p.  18.) 

Cfr.  R.  d.  E.  V.  5977.  7833.  8439.  12986.  etc. 

Mes  après  la  mort  de  son  père, 

Li  sordi  guerre  moult  amere.     (Dol.  p.  193.) 
Imparfait  du  subjonctif:  sorsïst,  sursîst  ^   sursissent^  smsissent^ 
sordïstj  sor dissent. 

Por  estre  plus  certains  e  mères 

E  qu'il  n'i  sorsist  encombrier, 

Eevout  l'ovre  plus  esforcier.     (Ben.  v.  36515-7.) 
Il  i  ot  si  grant  plente  de  tos  biens  comme  on  poroit  soushaidier 
por  cors  d'omme  aasier,  et  tout  ausi  com  on  les  puisast  en  une  fon- 
taine où  il  soursissent.   (H.  d.  Y.  p.  188.  XII.) 

Imparfait   de   l'indicatif:    sordoit^    sordoient   (Yilleh.  p.   149, 
CLXVI;  Eomv.  p.  583,  25),  sourdoient  (Villeh.  485*),  surdeient 
(Ben.  II,  V.  71),  etc.    —   Futur:   sourdera  (E.  d.  S.  G.  v.  3180), 
sordront  (Brut.  v.  850),  sur dr ont  (Ben.  II,  v.  2362),  etc. 
Participe  passé:  sors.,  sorse  —  surs.,  surse. 

Ici  rest  teus  afaires  sors 

Dunt  mainte  lance  fu  croissie 

E  dunt  maint  d'eus  perdi  la  vie.    (Ben.  v.  21571-3.) 

Par  qui  ceste  no  vêle  est  soi'se.    (Trist.  I,  p.  54.) 


DU    VERBE.  209 

Dunt  sunt  sorses  les  mauvoillances.     (Ben.  v.  34690.) 
Participe   présent:   surdanf,  sordant,    sourdant   (R.  d.  C.  d.  C. 
V.  5177.) 

La  langue  d'oïl  fournit  quelques  exemples  où  le  d  est  rem- 
placé par  g: 

Les  dames  sourgent  toutes  pars 
De  courouc  et  d'ire  enflammées.     (L.  d'I.  p.  15.) 
Une  fontaine  sorgoit  lès  un  vivier.     (O.d  D.v.4610.) 
Ce  g  est- il  une  réminiscence  du  latin?  Y  a-t-il  eu  change- 
ment de  la  lettre  intercalaire  ^  en  la  primitive  latine  qui  avait 
été  syncopée? 

Je  citerai  le  composé  resordre,  qui  signifiait  jaillir ,  sourd/re 
de  nouveau^  resortir ,  revenir  à^  se  relever,  renaître,  être  ressuscité. 
Saintefie  de  oile  e  de  creisme, 
Yiveiz  son  Deu,  à  lui  servir, 
Que  leiaument  puissez  morir 
E  resordre  al  jui'  perillos 

Là  ù  Deus  ait  merci  de  vos.    (Ben.  v.  24314-8.) 
Devant  le  jugement  quant  li  cors  resordront.  (Eutb.  I,  p. 104.) 
Pur  ceo  ne  resurdrivnt  li  felun  el  juise.     (Trist.  II,  p.  241,  c.  1.) 
Dedenz  le  puiz  s'en  avala 

James  par  lui  ne  resordra.    (Chast.  XX,  v.  197.  8.) 
Quer  se  totes  choses  croies, 
En  plusors  leus  t'assoupereies 
Dont  ne  resordreies  noient 

Sans  avoir  en  grant  marement.     (Ib.  ead.  v.  257  -  60.) 
Ce  m'a  fait  resourdre  en  santé.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3065.) 
Il  est  à  regretter  que  le  verbe  sourdre  vieillisse,  car  il  est 
fort  significatif  et  très -utile. 

Cfr.  :  L'eau  qui  y  sourd.     (Amyot.  Hom.  iU.  Lysander.) 
(Auprès  de  DjTrachium)  y  a  un  parc  sacre  aux  nymphes ,  là  où  ... . 
sourdent  par  cy  par  là  des  bouillons  de  flu  qui  fluent  continuellement 
(Ib.  ead.  Sylla.) 

Et  ceUe  tant  enviée  puissance  ....  leur  apparut  alors  esvidemment 
avoir  este  le  rempart  salutaire  de  la  chose  publicque,  tant  il  sourdit  et 
se  descouvrit,  incontinent  après  son  deces  (de  Pericles)  au  gouvernement 
de  leurs  affaires ,  de  con-uption  et  de  méchanceté.  (Ib.  ead.  Pericles.) 
Comme  doncques  les  Romains  eussent  la  guerre  en  levant  contre  le 
roy  A-utiochus  .  .  .  . ,  il  leur  en  sourdit  une  austre  en  occident  du  costo 
des  Hespaignes.     (Ib.  ead.  Paulus  Aomylius.) 

La  liqueur  sourdante  d'icelle  fontaine.     (Rabelais.  Pant.  V,  42.) 
Mais  en  la  Grèce ,  et  aux  environs  d'icelle ,  ces  meschancetez  com- 

(1)  La  pennutation  de  r/   en  d  ou  t  et,   vice   versa,   de  d,  t  an  g,  peut  avoir  lieu 
quand  le  premier  s'est  affaibli  en  un  son  sifflant. 

Burguy,   Gr.  de  la  langue  d'oïl,    T.  II.    Éd.  III.  14 


210 


DU   VERBE. 


mencerent  de  reclief  à  se  renouveller  et  à  se  ressourdre  plus  que  jamais. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Theseus.) 


SUIVRE. 

Ce  verbe  dérive  de  sequere  pour  sequi.  (Cfr.  t.  I  mourir 
et  naître  de  nasci  [nascere],  iraistre  d'irasci  [irascere].) 

Roquefort,  MM.  Diez  et  d'Orelli  donnent  à  ce  verbe 
les  formes  segre,  sigre\  seguir ,  suigre,  mais  sans  en  citer  un 
seul  exemple,  de  sorte  qu'il  est  impossible  de  savoir  sur  quelle 
autorité  ils  se  fondent  pour  les  établir.  Seguir^  segre  sont  des 
formes  provençales,  qui  n'ont  jamais  dépassé  la  frontière  des 
dialectes  mélangés  de  la  langue  d'oc  et  de  la  langue  d'oïl.  Si 
l'on  en  rencontre  quelques  exemples  isolés  dans  les  textes  de 
contrées  situées  un  peu  plus  vers  le  nord,  on  doit  les  attribuer 
à  des  inadvertances  de  copistes  qui  avaient  d'autres  habitudes 
de  prononciation  et  d'orthographe.  Je  rejette  segre  ^  sigre,  seguir, 
suigre  comme  formes  pures  de  la  langue  d'oïl.  (Y.  ci -dessous 
le  participe  passé). 

Sevré  ^  seure^  sievre,  sieur e^  suir,  suire,  sivre,  sivir,  sievir^  siure, 
sirre,  soivre^  sure,  sore ,  telles  sont  les  orthographes  qu'offrent, 
pour  le  verbe  suivre,  les  textes  publiés.  Je  dis  „les  textes 
publiés",  parce  que  les  manuscrits,  on  le  sait,  ne  distinguent 
pas  le  V  de  Vu;  toutefois  le  v  et  Vu  sont  admissibles,  mais  il 
faut  établir  des  distinctions. 

Sevré  est  la  forme  primitive  de  la  Bourgogne  et  de  la  Nor- 
mandie; sivir ^  celle  de  la  Picardie;  sivre^  dans  le  nord  de  la 
Champagne  et  le  nord- ouest  de  l'Ile-de-France.  Le  i?  se  per- 
muta d'abord  en  voyelle  aux  trois  personnes  du  singulier  du 
présent  de  l'indicatif,  et,  dès  le  premier  quart  du  XIII ^  siècle, 
ce  changement  se  propagea  sans  doute  à  l'infinitif,  dans  les 
dialectes  qui  favorisaient  les  sons  larges,  dans  la  Touraine, 
l'Orléanais,  le  sud  de  la  Picardie,  plus  tard  en  Champagne; 
de  là  seure  ^  siuir^  siure. 

Dans  les  cantons  où  les  formes  en  i  radical  étaient  en  con- 
tact avec  celles  en  e ,  on  introduisit  Vi  au  radical  des  dernières 
et  l'on  obtint  les  nouveaux  thèmes:  sievre ^  sieur e.  Du  moins, 
je  ne  pense  pas  que  suivre  soit  un  verbe  fort,  et  que  les  formes 
à  terminaison  légère  des  thèmes  en  e  aient  d'abord  renforcé  Ve 
avec  i  préposé ,  puis  que  cet  i  ait  été  admis  à  l'infinitif;  car  le 
dialecte  picard  qui  favorisait  surtout  la  diphthongaison  ie ,  ne 
connaissait  pas  les  thèmes  en  ^,  et  le  dialecte  bourguignon  n'a 
jamais  diphthongué  Ve  de  sevré  ^  seure  avec  i  préposé. 


DU    VERBE.  211 

A  la  fin  du  Xm*  siècle,  les  dialectes  de  l'Artois,  de  la 
Flandre  et  du  Hainaut,  admirent  Vu  dont  il  vient  d'être 
question,  tout  en  conservant  la  terminaison  in  sievir  ou 
sieuir  f?J. 

Quant  à  suir  ^  forme  de  l'est  de  la  Picardie  propre  et  du 
nord -est  de  l'Ile-de-France,  au  milieu  du  XIII  °  siècle,  il  pro- 
vient du  contact  des  formes  seure  et  siuir:  le  son  eu  s'est  con- 
tracté en  w,  et  la  terminaison  picarde  ir  a  été  conservée  au 
nouveau  radical.  SiMr  produisit,  à  son  tour,  un  verbe  de  la 
quatrième  conjugaison,  par  suite  de  l'influence  des  autres  ortho- 
graphes qui  y  rapportaient  notre  verbe:  sui-re.  C'est  de  ce 
dernier  thème  que  dérive  immédiatement  la  forme  de  la  langue 
littéraire,  par  la  réintercalation  du  «;;  mais  suivre,  dont  on  ne 
trouve  aucun  exemple  au  XIII*  siècle,  n'était  pas  encore  la 
forme  fixe  même  au  temps  de  Marot;  on  se  servait  aussi  de 
suivir ,  qui  est  un  mélange  du  radical  sui  et  des  formes  picardes. 
Suivir  paraît  dans  le  premier  quart  du  XIV  *"  siècle. 

A  la  même  époque  à  peu  près  où  suir  s'introduisait  dans  la 
langue  d'oïl,  on  trouve  sure,  au  lieu  de  seure,  en  Champagne. 
Sîire  s'est -il  formé  sous  l'influence  de  suir,  ou  est-ce  une  créa- 
tion propre?     J'admets  la  seconde  hypothèse. 

Sore  n'est  qu'une  autre  orthographe  de  sure.  Soivre  est  une 
diphthongaison  irrégulière  de  la  seconde  moitié  du  XIII®  siècle; 
elle  a  sans  doute  été  créée  par  analogie  aux  verbes  en  oivre. 
Sirre  et  même  sir  sont  des  formes  rares  des  bas  temps,  qu'on 
peut  considérer  comme  incorrectes,  si  l'on  ne  préfère  les  ex- 
pliquer par  la  remarque  que  les  sons  vocals  dérivés  repassent 
souvent  à  leurs  simples  :  siure ,  siuir  seraient  alors  les  primitifs 
de  sirre,  sir. 

Dans  les  exemples  suivants,  je  conserve  l'orthographe  ad- 
mise par  les  éditeurs,  bien  que  souvent  je  ne  la  croie  pas 
exacte  ;  mais  toutes  les  suppositions  qu'il  serait  possible  de  faire 
pour  et  contre  les  diverses  leçons  que  fournit  un  seul  et  même 
texte  ne  donneraient  une  pleine  certitude. 

Car  la  majesteit  no  la  poosteit,  ne  la  sapience  ne  poons  nos  enseure, 
ne  mestiers  ne  nos  est  mies  ke  nos  l'enseuiens.     (S.  d.  S.  B.  p.  536.) 

Quant  nos  la  veriteit  del  hystoire  avons  gardée ,  ce  ke  nos  oons  char- 
neilment  poons  nos  ensieure  spiritueilment.     (M.  s.  J.  p.  495.) 

(Dune  cumandat  Joiada  que)  si  alcuns  la  (Athalie)  volsist  sieure,  que 
erranment  fust  ocis.     (Q.  L.  d.  E.  lY,  p.  387  ;  cfr.  Ben.  v.  21763.) 

Kar  siure  nel  pourent.     (Ib.  I,  p.  116;  cfr.  Ben.  y.  4647.  34379.) 

E  ço  que  l'um  nel  volt  siei-re,  (Ib.  I,  p.  56;  cfr.  Ben.  v.  15440;  L.  d. 
T.  p.  78;  Phil.  M.  I,  p.  472.) 

14* 


212  DU    VERBE. 

Ci  remaindrunt  mi  chevalier 

A  tôt  ton  bon  enseure  e  faire.     (Ben.  v.  11945.  6.) 

Cerf  e  bisse  sont  sivre  e  prendre 

E  grant  sengler  e  fer  atendre.     (Ib.  v.  17403.  4.) 

Li  empereres  ne  vost  pas  sivre  tant. 

(R.  d.  C.  p.  233;  cfr.  H.  d.  Y.  p.  116.  CXLI.) 
Li  cuens  Loeys  s'en  issi  des  premiers  à  la  soe  bataille ,  et  comence 
li  Comains  à  porsevre.     (Villeh.  474 '^.) 
Oublie  ai  chevalerie, 

A  sevré  cort  e  baronie.     (Trist.  I,  p.  105.) 
Cascuns  del  duc  sivir  estrive.     (Phil.  M.  v.  17413.) 
Sire  . . .  hastez  vous  un  poi  plus  tost  de  sivir  nos  deus  batailles.    (H. 
d.  V.  510  ^) 

Et  de  requerre  et  de  pourchacier,  poursivir  et  attaindre  et  rechevoir 
la  paine  .  .  .    (1288.  J.  v.  H.  p.  475.) 

Car  Marsiles  et  Baligans  apparelloient  lor  oire  por  lui  sievir.     (Cité 
ds.  Phil.  M.  I,  p.  471;  cfr.  H.  d.  Y.  497 'ï.) 

A  pie  est  :  ne  les  puet  seure  ne  anchaucier.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  145.) 
Mais  ne  voiront  à  lui  venir, 
N'il  n'en  pot  .i.  sol  aconsure 
Onques  nés  finait  de  por  sure  .  .  .     (Dol.  p.  277.) 
A  ses  amis  vertus  suir 
Commanda  et  pechie  fuir.     (R.  d.  M.  p.  39.) 
Tant  par  l'a  fait  suir  et  dechacher.     (0.  d.  D.  v.  3368.) 
Et  pour  la  dite  mise  poursuir  duskes  en  le  fin  . . .   (1288.  J.  v.  H.  p.  473.) 
Et  cil  li  ensaigna  quel  part 
Il  porra  les  trahitours  suire; 
Très  bien  les  porra  aconsuire 
S'un  petit  esforchier  se  velt.     (R.  d.  1.  Y.  p.  211.) 
Li  autre  sirre  nés  osèrent.     (Trist.  I,  p.  193.) 
Tost  ferai  soivre  le  François.     (P.  d.  B.  v.  9146.) 
Conformément  à  ces  thèmes  de  l'infinitif,  le  verbe  suivre  se 
conjuguait  de  la  manière  suivante. 
Présent  de  l'indicatif  et  impératif: 

Au  moins  enxui  A.  pou  la  trace. 
Par  quoi  li  boen  ont  los  et  pris.     (Rutb.  I,  p.  131.) 
Respundi  nostre  Sire  :  Pursiu  les ,  senz  dute  les  prendras ,  sis  ociras. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  115.) 

Passe ,  passe  :  si  me  sieu.    (Ib.  lY,  p.  377.) 

Cil  ki  tnpursieus  est  cume  uns  chiens  morz  u  une  pulce.   (Ib.  I,  p.  95.) 

Por  kai  me  porseus  tu?    (S.  d.  S.  B.  p.  555.) 

Mais  veons  jai  ceu  ke  seut  après.     (Ib.  p.  525.) 

Apres  icez  les  seut  molt  bêle  compaignie.     (Ch.  d.  S.  Il,  p.  60.) 
Apres  sieut  (M.  s.  J.  p.  498.)  —  De  ce  siut  après.  (Ib.  p.  499.) 
Mais,  qui  chaut,  par  tut  les  ensiut, 
E  les  dechace  e  les  consiut^ 


DU   \TKBE.  213 

Cum  funt  li  chien  le  cerf  alasse 

Qui  del  tut  estanclie  e  aclasse.     (Ben.  I,  v.  847  -  50.) 

Car  cM  me  siut  mes  anemis  Ogiers.  (0.  d.  D.  v.  4697.) 

Partonopeus  les  suit  de  près.     (P.  d.  B.  v.  2030.) 

S'il  nous  atendent  si  ferons, 

Et  se  il  fuient  sis  suions.     (Bmt.  v.  12914.  5.) 

Suies  moi,  jo  ferai  la  voie.    (Ib.  v.  13285.) 
Et  or,  ke  plus  grief  chose  est,  porseuent  cil  mismes  Crist,  ky  de 
luy  sunt  apeleit  cristien.     (S.  d.  S.  B.  p.  555.) 

Es  cuers  des  elliz  naist  li  premiers  des  Mens  ki  après  sieuent,  li 
savoirs.    (M.  s.  J.  p.  499.) 

Son  bon  ceval,  le  noir,  le  bel, 

Enmaine  od  soi  et  ses  lévriers, 

Et  il  le  suient  volentiers.     (P.  d.  B.  v.  1956  -  8.) 

Breton  qui  les  suient  as  dos 

Ne  lor  laient  avoir  repos.     (Brut.  v.  9418.  9.) 

Au  dos  le  siuent  tel  cinq  cent  chevalier 

Qui  tôt  le  heent  de  la  teste  trancher.  (0.  d.  D.  v.  8996.  7.) 
Nostre  gent  les  sievent  de  si  près,  que  poi   s'en  faut  qu'il  ne  les 
ateignent.     (H.  d.  V.  507^) 
Présent  du  subjonctif: 

Porquant  les  rois  pas  n'en  foi-spart, 

Que  jo  n'en  sive  lor  esgart.     (P.  d.  B.  v.  9141.  2.) 

Namporquant  mie  ne  remaint 

K'il  ne  les  sive  de  randon.     (R.  d.  1.  V.  v.  2935.  6.) 

Eepaire  s'en,  n'est  qui  V  parsieue.     (Ben.  v.  22178.) 

E  ducement  le  vos  requier. 

Qu'en  cestes  choses  m!ensuiez.     (Ib.  v.  39416.  7.) 
Et  lors  fait  crier  par  tote  la  ville  que  il  le  sievent  à  tel  besoing. 
(ViUeh.  487^) 

Parfait  défini  et  imparfait  du  subjonctif: 

Mais  Karles  le  sivi  tantost 

A  quank'il  pot  mener  en  ost.     (Phil.  M.  v.  5088.  9.) 
E  une  partie  del  ost  que  Deus  out  tuched  les  quers ,  le  sewi.    (Q.  L. 
d.  R.  I,  p.  35.) 

E  sewid  les  maies  traces  sun  père.     (Ib.  III,  p.  297.) 

Il  levât  sus,  si  me  siuvi.    (Trist.  Il,  p.  124.) 

Par  moi  sivistes  le  saingler 

Qui  vos  amena  vers  la  mer.     (P.  d.  B.  v.  1383.  4.) 
Il  enseuirent  hui  lo  conduit  de  la  novele  estoile.    (S.  d.  S.  B.  p.  550.) 
Johannis  se  desloja,  si  chevaucha  arrière  vers  son  païs.  Ensi  le  suivent 
par  cinq  jornees,  et  il  ades  s'en  ala  devant  als.     (Villeh.  483**.) 

Le  moine  et  la  famé  aconsurent    (N.E.F.etC.II,p.420.) 

Et  ses  gens  sivirent  apries. 

De  lui  aidier  prest  et  engries.     (Phil.  M.  v.  17466.  7.) 


214  DU   VEKBE. 

Cume  Roboam  vit  que  il  fud  afermed  en  siin  règne ,  nostre  Seignur 
guerpid  e  sa  lei,  e  sa  gent  sewirent  lur  rei.     (Q.  L.  d.  R.  m,  p.  295.) 

Guides  tu  ke  cil  porseuissent  solement  Crist,  ki  son  très  saint  cors 
cloficlierent  en  la  croix,  et  nel  porseuist  mies  cil  ki  encontre  sainte 
église,  ki  est  ses  cors ,  forsennevet  par  felenesse  haine  ?    (S.  d.  S.  B.  p.  555.) 

Et  mande  l'empereor  Baudoin  qui  il  le  porseust.     (Villeli.  475  *.) 

Je  porseisse,  à  la  rime.     iChast.  XXVII,  v.  98.) 

Imparfait  de  l'indicatif: 

Car  .j.  larron  fessier  sivoie.    (R.  d.  1.  V.  v.  1198.) 
Et  se  Cheldric  là  le  suioit, 
Plus  asseur  se  combatroit.     (Brut.  v.  9366.  7.) 
En  fut  tome  et  cil  après 
Qui  la  suoit  tost  et  de  près.     (Dol.  p.  291.) 
jSTostre  empereres  le  siuoit  de  plus  près.   (0.  d.D.v.9004.) 
Au  veneeui-  qui  le  sieveit.    (M.  d.  F.  II,  p.  214.) 
Od  sis  cent  armes  les  suioient.     (Brut.  v.  12542.) 
Sueimt  li  dus  kel  part  k'il  tort.     (R.  d.  R.  v.  13774.) 
Futur  et  conditionnel: 

Ju  te  seurai  tôt  celé  part  où  tu  iras.     (S.  d.  S.  B.  p.  562.) 
Jo  en  irai,  e  cungie  prendrai  de  mun  père  e  da  ma  mère,  e  puis  te 
siwerai.    (Q.  L.  d.  R.  III,  p.  322.) 

L'esgart  suirai  de  vostre  cort, 

Conment  qu'à  bien  n'a  mal  me  tort.    (P.  d.  B.  v.  3555. 6.) 
Mor,  tu  me  fuis,  jou  te  siurai.     (FI.  et  Bl.  v.  773.) 
Or  verra,  ce  dist,  quil  suira 
Et  qui  od  lui  en  ost  ira.     (Brut.  v.  9121.  2.) 
Vos  le  siurez  à  la  feste  seint  Michel.     (Ch.  d.  R.  p.  2.) 
Si  m'afiez  la  vostre  fei 

Qe  vus  James  ne  me  sivrez.     (M.  d.  F.  H,  p.  212.) 
Tuit  te  suiront  et  sergant  et  piétaille.     (R.  d.  C.  p.  43.) 
A  vivre  et  à  morir  vos  seuront  bonement.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  109.) 
Qui  un  homme  suiroit.  (1312.  J.  v.  H.  p.  550.)  —  Suroît.  (Ib.  ead.) 
E  que  tut  sun  plaisir  siwereient.     (Q.  L.  d.  R.  lY,  p.  380.) 
Et  qu'il 'sivroient  Joffroi  de  Yille-ïïardoin.  (Villeh.  p.  115.  CXL.) 
Le  participe  passé  se  présente  sous  les   formes    suivantes  : 
seffut,  seut,   suï,    soït,  sivi ,   seui,   suit.     L'admission   du   thème 
segut   semble,   au  premier   abord,    me   mettre   en   contradiction 
avec  moi-même,  puisque  j'ai  rejeté,  pour  la  langue  d'oïl,  les 
infinitifs  en  g;  maU  il  n'en  est  rien,  car  segut  est  une  dériva- 
tion propre  du  latin  secutus ,  dont  le  c  a  été  permuté  en  g.     Du 
reste,  la  forme  segut  se  restreint  aux  pro\dnces    du   sud- ouest 
de  la  langue  d'oïl;  elle  n'a  jamais  pénétré    plus  avant  que  la 
Touraine.     Seut,  forme  de  Bourgogne  et  de  Normandie,   a  été 
formé  de  secutus,   par  la  syncope  du  c.     Je  n'ai  rencontré  sott 


DU   VERBE.  215 

que  dans  la  Chronique  de  Ducs  de  Normandie.  Les  autres 
thèmes  correspondent  à  des  formes  infinitives  expliquées  plus 
haut. 

Fors  del  gue  fu  li  reis  eissuz; 
Mais  ne  fu  gaires  parseguz.    (Ben.  v.  21532.  3.) 
Tant  vint  des  lor  à  garisun 
Cum  eschapa  par  esperon; 
Assez  fui-ent  puis  parsoiz, 
Ce  me  reconte  li  escriz.     (Ib.  v.  19936  -  9.) 
Tant  soit  Karles  seuz  c'en  le  truist  et  ataigne.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  62.) 

Puis  a  l'autre  frère  suii.     (Brut.  v.  13729.) 
Participe  présent:  seuant,  sivant,  suiant,  siuant^  suant. 
S'aloient  grant  joie  menant 
Et  les  autres  après  suant.     (L.  d.  T.  p.  77.) 
Et  doit  estre  fais  ces  rapors  dedans  ces  deux  mois  ensuians.   (J.  v. 
H.  p.  438;  cfr.  Ch.  d.  E.  p.  46.) 

Le  bisclaveret  li  vet  situant.     (M.  d.  E.  Biscl.  v.  162.) 
Car  Talons  ore  tuit  skiant.    (P.  d.  B.  v.  5912.) 
Montaigne  et  d'autres   auteurs   emploient  suivre  au   lieu  de 
poursuivre,  continuer  (un  discours). 

11  ne  feut  jamais ,  suyvis-ie^  que  je  n'eusse  cet  honneur  que  de  com- 
muniquer à  toutes  celles  (imaginations)  qui  vous  venoient  à  l'entendement. 
(Montaigne.  Lettre  à  Monseigneur  de  Montaigne.) 

On  a  déjà  trouvé  le  plus  grand  nombre  des  composés  de 
suivre;  je  puis  donc  être  très -bref  en  les  rassemblant  ici  pour 
indiquer  leur  signification. 

Consuivre,  poursuivre,  atteindre,  rejoindre. 
Plus  tost  qu'il  pot  en  la  fuie  c'est  mis, 
Et  Berneçons  l'enchauce  par  aïr. 
Quant  ne  le  pot  consivir  ne  ferir, 
Il  et  sa  gent  se  sont  el  retor  mis.     (E.  d.  C.  p.  308.) 
Cui  il  consut  à  cop,  ne  leva  puis  d'un  mois.   (Ch.d.S.n,p.ll7.) 
Aconsuivre,  atteindre,  rejoindre,  rattraper,  accomplir. 

Parmi  son  elme  bien  fu  aeonseus.     (E.  d.  C.  p.  175.) 
Et  si  tost  com  ele  en  voit  liu 
S'en  fuit  vers  le  mons  de  Mongiu, 
Et  el  fu  dusque  là  seue, 
Mais  ne  fu  pas  aconseue.     (P.  d.  B.  v.  334  -  7.) 
Mais  ja  par  son  gre  nel  saura 
Duskes  à  tant  que  il  aura 
Sa  volonté  aconseue.     (E.  d.  1.  M.  2025-7.) 
ensuivre,  suivre,  poursuivre,  imiter,  ressembler. 
Siunt  après  lui  chevalchie, 
JE}nsem  l'unt  od  granz  maisnees.     (Ben.  v.  8649.  50.) 


216  DU   VERBE. 

For  suivre,  par  suivre,  poursuivre,  persécuter,  tourmenter. 
Mausuivre,  mal  venir,  mal  advenir,  c'est-à-dire  mal  réussir. 
(Mém.  d'Olivier  de  la  Marche,  t.  II,  p.  183;  1.  I,  ch.  XXYL) 

S' entresuivre ,  se  suivre  à  la  file. 

Cfr.  :  Depuis  qu'une  fois  la  convoitise  d'amasser  or  et  argent  se  feut 
coulée  dedans  la  ville  de  Sparte,  et  qu'avecques  la  possession  de  la 
richesse  se  suivit  aussi  l'avarice  et  la  chichete  .  .  .  Sparte  se  trouve 
incontinent  destituée  de  plusieurs  grandes  et  honnorables  preeminances. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Agis  et  Cleomenes.) 

Comme  sont  les  effects  de  la  vertu ,  lesquels  ,  en  les  oyant  ou  lisant, 
impriment  es  coeurs  une  affection  et  un  zèle  de  les  ensuivre.  (Ib.  ead. 
Pendes.) 

Timocreon  composa  lors  les  vers  qui  s'ensuivent  à  l'encontre  de  luy 
(Themistocles).     (Ib.  ead.  Themistocles.) 

Mais  au  demeurant  qu'il  eust  sagement  preveu  les  faustes  que  fai- 
soyent  ces  capitaines  athéniens  ,  l'esvenement  qui  en  ensuivit  incontinent 
après  le  tesmoigna  évidemment.     (Ib.  ead.  Alcibiades.) 

La  vengeance  s'eyi  ensuit  après.  (Ib.  ead.  Comp.  de  Selon  avec  P. 
V.  Publicola.) 

TAIRE  (v.  fo.) ,  tacere. 

Les  explications  que  j'ai  données  au  sujet  du  verbe  plaire^ 
s'appliquent  de  tout  point  à  taire.  Ainsi  nous  avons  la  forme 
primitive  tasir  ou  tare,  d'où  taisir ^  taire,  puis  teisir ,  teire,  tesir, 
tere.  Outre  ces  formes,  on  trouve  teiser  sur  les  frontières  de 
la  Normandie ,  thème  qui  peut  avoir  été  précédé  de  taser  (taiser, 
teiser),     (Cfr.  le  provençal  ^«z^r ,  taiser,  tai%er ;  l'italien  tacere?) 

Je  n'ai  aucun  exemple  des  formes  non  renforcées  de  l'in- 
finitif; voici  les  autres: 

Nequedent  toisir  et  cessier  poons  nos  encorplus  subtilement  encerchier, 
quar  taisii's  est  rastrendre  la  pense  en  sus  de  la  voiz  des  terriens  desiers. 
(M.  s.  J.  p.  473.) 

Ne  vont  la  chose  plus  taisir.    (Ben.  v.  34878.) 

Ki  Deus  ad  done  en  science 

De  parler  la  bone  éloquence, 

Ne  s'en  doit  taisir  ne  celer.    (M.  d.  F.  I,  p.  42.) 

Car  si  son  estuide  entrelait 

Tost  i  puet  tel  chose  teisir 

Qui  mult  vaudroit  plus  à  pleisii".    (Brut.  I,  XXXVII.) 

Di  tost  coment  te  fut  aviz 

De  ceo  dunt  ainz  teiser  le  fiz.     (E.  d.  S.  p.  16.) 

De  ce  taire  n'out  quor  ne  seing.     (Ben.  v.  34885.) 

Et  quant  Judas,  qui  de  pute  eire 

Estoit,  les  vit  ainsi  touz  teire.     (R.  d.  S.  G.  v.  277.  8.) 


» 


DU   \^RBE.  217 

Puis  qu'il  coviont  vérité  tere, 

De  parler  n'ai  je  mes  que  fere.     (Eutb.  I,  p.  188.) 

Pour  ce  qui  est  des  formes  des  différents  temps,  je  vais  en  citer 
quelques  exemples  qui  correspondent  également  à  celles  de  plaire. 
Tant  vos  en  di,  si  ne  vos  tes, 
Que  volontiers  les  escMvast 
Pot  cel  estre,  se  il  osast.    (Ben.  v.  22145-7.) 
Mesfait  as  en  maint  liu,  dunt  encore  me  tes.    (Th  Ct.  p.64,v.l5.) 
Tais ,  fet  ele,  mauves  goupix.     (M.  d.  F.  II,  p.  255.) 
Teiz  tei,  ja  mar  en  parleras.     (R.  d.  R.  v.  7055.) 
Il  se  test,  em  bas  resgarde, 
De  palier  .j.  petit  se  tarde.     (R.  d.  M.  p.  24.) 
Li  rois  se  taist  et  cil  s'en  vont.     (P.  d.  B.  v.  2839.) 
Si  lor  cria:  taisies,  taisies.     (Bmt.  v.  10998.) 
Et  celé  dit,  testez  vos  en.     (Romv.  p.  470,  v.  2.) 
Car  du  bien  qu'il  sevent  se  taisent.    (R.  d.  1.  M.  v.  19.) 
Parolent  qant  deivent  cesser 

E  tesent  qant  devreient  parler.     (M.  d.  P.  Il,  p.  242.) 
Si  me  vaut  mix  que  je  me  taise 
Que  racontaisse  ma  mesaise.    (R.  d.  1.  M.  v.  4871.  2.) 
N'il  n'est  mie  drois  c'en  se  taise 
De  ramembrer  cose  qui  plaise.     (Ib.  v.  37.  8.) 
Cest  ovre  mande  que  l'om  tace 
Eissi  que  Tiebauz  ne  la  sace.     (Ben.  v.  21184.  5.) 

Apres  sieut:  Ne  fis  dunkes  dissemblant?  ne  moi  tou  ge  dunkes? 
[Nonne  dissimulavi?  nonne  silui?]     (M.  s.  J.  p.  471.) 

En  après  nos  mostret  il  queilz  il  fut  en  la  boche,   quant  li  dist: 
Ne  moi  tou  go  dunkes  ?     (Ib.  p.  473.) 

Bien  avint  ke  nuls  de  ceos  ne  se  taut  del  douz   nom  del  Salvaor, 
car  ceu  fut  maismement  à  mi  plus  grant  mestiers.     (S.  d.  S.  B.  p.  548.) 
Gerars  se  teut,  mot  ne  parla.     (R.  d.  1.  Y.  v.  6442.) 
Quant  li  reis  out  tôt  escolte 
E  cil  se  tout  ki  out  parle.     (R.  d.  R.  v.  1568.  9.) 

Mais  ceu  dont  li  altre   engele  se  taurent  fut  reserveit  al  nostre. 
(S.  d.  S.  B.  p.  548.) 

Tôt  li  devineor  se  tarent 

Et  à  Merlin  dire  ne  sorent.     (Brut.  v.  7687.  8.) 

Quant  ot  clie  dit,  et  puis  se  teurent, 

A  painnes  respondre  li  seurent.     (R.  d.  M.  p.  67.) 

François  se  teurent,  li  rois  dist  son  corage.  (0.  d.D.  v.3511.) 

Si  que  tantost  con  le  connurent. 

Pour  la  doute  de  lui  se  turent.     (R.  d.  S.  G.  v.  273.  4.) 

Ils  respondent:   Nous  nous  tairons.    (R.  d.  1.  M.  v.  4829.) 

Mult  affliz  et  longement  tauz.    (S.  Grégoire.  Dial.  I.) 

Hiamunt  parla:   bien  se  sunt  tuit  ten.     (R.  d'A.  p.  1,  c.  1.) 


218  DU    VERBE. 

Sire,  bien  est  la  chose  seue, 

Qui  ne  pot  mais  estre  teue.     (Ben.  v.  12067.  8.) 

TOLDRE  (tollere). 

Tolère  signifiait  Uer ,  enlever^  arracher;  il  resta  en  usage 
jusqu'à  la  fin  du  XYI^  siècle.  C'est  peut-être  à  tort  que,  par- 
tant du  latin,  je  rapporte  ce  verbe  à  la  quatrième  conjugaison; 
car  tolir  (plus  tard  tolUr\  sa  forme  ordinaire  durant  tout  le 
temps  de  son  emploi,  le  faisait  rentrer  dans  notre  seconde  con- 
jugaison. Cependant  on  trouve,  quoique  rarement,  le  thème 
toldre,  qui  peut  dériver  directement  du  latin  tollere  ftolre^  et, 
avec  d  intercalaire,  toldre)  comme  le  provençal  tolre,  toldre; 
ou  bien  toldre  est  une  nouvelle  création  due  à  l'influence  des 
futurs  avec  d  intercalaire.  La  seconde  de  ces  deux  hypothèses 
est  celle  que  j'admets  comme  la  plus  vraisemblable;  car  on  ne 
rencontre  nulle  part  tolre ^  dans  la  langue  d'oïl,  et  nos  plus 
anciens  monuments  ne  connaissent  pas  told/re. 

Ad  une  spede  li  roveret  tolir  lo  chief.     (Eul.  v.  22.) 

N'i  a  .i.  qi  ne  voille  Baudoin  tolir  yie.    (Ch.d.S.n,p.24.) 

Bien  nous  loist  ce  par  droit  tenir 

Que  il  soient  as  nos  tolir.     (Brut.  v.  11110.  1.) 

Qu'il  voloient  sa  tiere  toldre.     (Phil.  M.  v.  29936.) 

Le  présent  de  l'indicatif  se  conjuguait  de  la  manière  suivante  : 
toi,  et,  avec  l  mouillé,  toïl  —  tols,  d'où  tos,  taus  —  toit, 
tout.^  tot^  tant  —  tolons  —  tolei%  —  tolent  —  Enfin  les  formes 
irrégulières:  touh,  toult,  etc.     (Cfr.  vouloir?) 

Impératif:  tol^  tolons^  tolei%. 

Mais  par  celui  c'on  apele  Jhesu, 

Se  ne  te  toil  le  chief  de  sor  le  bu, 

Je  ne  me  pris  vallisant  .i.  festu.     (R.  d.  C.  p.  171.) 
Toi,  toi  tei,  fist  li  prophètes  à  Giezi.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  358.) 

Va  li  Evereus  asegier 

Celé  li  toi,  si  la  me  baille.     (Ben.  v.  21969.  70.) 

Tu  li  tols  toutes  ses  honors, 

Tu  prens  le  miols,  le  pior  laisses.     (P.  d.  B.  v.  v.  5442.  3.) 

Di  moi  poui'  quoi  tu  ies  si  fos. 

Que  ceste  tiere  nos  tos 

U  tes  anciestres  ne  tes  avies, 

Ne  tu,  ki  tant  ies  vious  et  savies, 

N'euis  onques  vaillant  .i.  pois.     (Phil.  M.  v.  5296-300.) 

Quant  doit  avoir  en  son  jovent 

Joie,  tu  li  taus  soutiument.     (PL  et  Bl.  v.  759.  60.) 

Tu  prens  le  dormant  en  son  lit, 


¥ 


UU   VERBE.  219 

Tu  toids  au  riche  son  délit, 

Tu  fais  biaute  devenir  fiens.     (V.  s.  1.  M.  XVII.) 
Il  liet  lo  fort,  et  se  li  toit  ses  vaissels.     (S.  d.  S.  B.  p.  537.) 
Mais  cant  il  promet  les  plus   granz   choses,   si  toit  il  mimes  les 
plus  petites.     (M.  s.  J.  p.  446.) 

S'onor  li  tout,  rien  ne  l'en  lait.     (Ben.  v.  15656.) 

Qui  plus  te  het  que  riens  qui  seit. 

Qui  t'onor,  ton  lieu  e  ton  droit 

Te  tout  de  tote  Normendie.     (Ib.  v.  21930-2.) 

Qant  Baudoins  l'antant,  si  mue  son  talant; 

Ire  li  tôt  son  duel,  de  coi  il  avoittant.  (Ch.  d.S.  II,  p.  147.) 

Li  leus  saut  d'un  buisson,  1  Se  li  tant  .i.  moton 

Ançois  que  nus  le  voie.     (Th..  Fr.  M.  A.  p.  37.) 

Alons,  alons  Eome  conquerre. 

Si  tolons  as  Eomains  la  terre.     (Brut.  v.  11303.  4.) 

Ne  pais,  ne  foi  ne  nous  tenes, 

Nostre  trou  nous  retolez.     (Ib.  v.  6348.  9.) 

Toz  jors  vuelent  sanz  doner  prendre, 

Toz  jors  achatent  sans  riens  vendre. 

Il  toleni,  l'en  ne  lor  toit  rien.     (Rutb.  I,  p.  219.) 

Ne  viellece  ne  jonete 

Ne  tolent  la  Dieu  volonté.     (R.  d.  1.  M.  v.  109.  10.) 
Et  avec  /  mouillé: 

Samblant  faisoit  que  la  volsist  laidir, 

Quant  si  home  li  toillent.    (A.  et  A.  v.  1136.  7.) 
Présent  du  subjonctif: 

Ja  ne  te  toudra  dous  bordaus 

Jeo  ne  li  toille  treis  chasteaus.     (Ben.  v.  11950.  1.) 

Si  com  l'ostoirs  garde  sa  proie, 

Quant  famine  U  rueve  et  proie. 

Qu'autres  ne  viegne  M  H  toile.     (Phil.  M.  v.  7630-2.) 
NuUui  ne  toille  à  soun  seinour  sun  dreit  servise  pur  nul  relais, 
que  il  li  ait  fait  en  arere.     (L.  d.  G.  p.  184,  34.) 

La  forme  ordinaire  du  parfait  défini  était  toli. 

Par  moi  te  mande  li  vassaus  Aimeris 

Que  envers  toi  n'ait  ancore  pais  quis 

De  son  cheval  ke  tu  ier  li  tollis.    (G.  d.  V.  v.  515-7.) 

A  qui  tu  Escoce  tolis.     (Brut.  v.  2424.) 
Hisboseth  erranment  la  mandad,  si  la  tolid  à  Phalthiel  sun  banin. 
(Q.  L.  d.  R.  n,  p.  130.) 

Fors  fuit  l'aubers,  un  millor  ne  demant: 

Rois  Eneas  le  toli  Elinant 

Par  devant  Troies  en  la  bataile  grant.    (G.  d.  V.  v.  2091  -  3.) 

Rois  Loeys  fist  le  jor  grant  folaige. 

Que  son  neveu  toli  son  eritaige.     (R.  d.  G.  p.  10.) 


220  DU   VERBE. 

Nus  li  tuUsmes  l'ensaigne  flambiant.     (0.  d.  D.  v.  784.) 

Aymerias  o  le  couraige  fier, 

Gui  vos  toUstes  l'autre  jor  son  destrier.    (G.  d.  V.  v.  2250. 1.) 

Sissons  toUistes  au  cortois  Berangier.     (G.  1.  L.  I,  p.  130.) 
Enqui  refu  granz  li  estotz  à  la  porte,   et  la  tor  tolircnt  par  force, 
et  les  pristrent  laienz.     (Yilleli.  451  *.) 

Que  del  col  me  toUrent  la  targe  belvoisine.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  127.) 
Outre  cette  forme  ordinaire  du  parfait  défini,  on  en  trouve 
une  en  w«,  et,  à  la  troisième  personne  du  singulier,  tokt  (?), 
tost,  tout.  La  terminaison  uï  est  très -ancienne;  mais  tost^  tout 
ne  datent,  que  du  dernier  quart  du  XIII^  siècle.  Tost,  tout  sont 
des  analogies  à  soist  (soldre)  et  surtout  à  voist,  vost^  vout  (vouloir). 

Chil  qui  tans  livres  et  tans  mars 

Del  avoir  par  le  monde  epars 

Tolut  à  destre  et  à  senestre.     (V.  s.  1.  M.  XL VI.) 

•Bien  a  fet  des  ke  il  li  plout; 

Ceo  pert  as  terres  k'il  lor  tout.     (E.  d,  E.  v.  9551.  2.) 

Mes  pères  fu  rois  de  la  ten-e 

Que  mes  oncles  me  tout  par  guerre 

Grant  tort  avoit  et  mespris  a 

Quant  de  la  mort  me  desfia.    (Brut.  v.  4866-9.) 

La  dame  prist  à  regarder: 

Amours  li  tost  si  le  parler. 

Ou  paours  qui  au  cuer  li  touche, 

C'un  tout  seul  mot  n'ist  de  sa  bouche.  (E.  d.  C.  d.  C.  v.  174-7.) 
Les  formes  de  l'imparfait  du  subjonctif  correspondaient  à 
celles  du  parfait  défini,  mais  toïsisse,  tosisse  se  montrent  plus 
tôt  et  plus  souvent,  au  XIII ^  siècle,  que  les  correspondants 
du  parfait  défini.  Ces  anomalies,  assez  fréquentes  dans  notre 
vieille  langue,  ont  déjà  été  expliquées  trop  souvent  pour  que 
j'aie  besoin  d'y  revenir  ici. 

Un  poi  de  rasuagement 

Li  tolist  auques  la  dolui-, 

Dunt  il  ot  pale  la  colur.     (M.  d.  F.  I,  p.  80.) 

Plus  en  a  mort  de  la  moitié; 

Ja  n'en  laiast  aler  un  pie, 

Se  la  nuit  oscure  ne  fust 

Et  se  li  bois  ne  li  tolust.    (Brut.  v.  9324-7.) 

Il  n'aroit  oir  qui  lor  nuisist. 

Ne  qui  la  terre  lor  tolsist.     (Ib.  v.  9189.  90.) 

Tant  n'eurent  dyable  pooir 

La  chartre  ne  lor  tosissies 

Et  que  vous  ne  la  rendissies 

Celui  dont  l'ame  ert  envaïe 

Se  ne  fust  vostre  grant  aïe.     (R.  d.  1.  M.  v.  5752-6.) 


DU    VERBE. 


221 


i 


Futur:  tolrai^  tour  ai  ^  taurai^  torrai'^  (assimilation  de  /  à  r), 
tourrai^  par  suite  du  fléchissement  de  Vo,  et,  avec  d  intercalaire, 
toldrai^  toud/rai;  conditionnel:  tolroie^  tour  oie,  etc.     (Cfr.  vouloir.) 

Si  te  tairai  le  moniage, 

Si  te  randrai  ton  eritage.     (Brut.  v.  6665.  6.) 

Et  dist  Ogiers:  Le  cief  vos  tapirai  jus.     (0.  d.  D.  v.  1852.) 

La  premeraine  refusée 

Taurai  jou  le  cief  al  espee.     (Poit.  p.  59.) 
Jo  susciterai  mal  sm-  tei  de  ta  maisun  meime,   e  tolderai  tel  tes 
femmes  devant  tes  oilz.     (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  159.) 

Mais  ma  merci  e  ma  miséricorde  ne  li  toldrai  pas,  si  cum  jo  fis 
à  Saul,  que  jo  ai  remued  sur  tei.     (Ib.  ead.  p.  144.) 

Qui  n'i  sera,  très  bien  t'aficbe 

Que  lor  tondras  lor  birete.     (Trist.  I,  p.  156.) 

Nos  terres,  ce  dist,  nous  tolra 

Et  à  Rome  pris  nos  manra.     (Brut.  v.  11178.  9.) 

Se  il  puet  esploitier  la  teste  li  taura.    (Romv.  p.  345,  v.  13.) 
Voz  champs,  voz  bones  vignes,   voz  divers,   toldra  e  à  ses  serfs 
les  durra.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  27.) 

Ja  par  esforz  qui  en  lui  seit 

Ne  vos  tondra  plein  pe  d'onur.     (Ben.  II,  v.  306  -  7.) 

Jai,  se  Deu  plaist,  ke  tôt  ait  à  jugier. 

Ne  l'an  toreiz  valisant  un  denier 

Tant  comje  puise  monter  sor  mon  destrier.  (G.d.  V.v.1317-9.) 

Et  que  vous  riens  ne  me  tourrez.    (R.  d.  S.  G.  v.  1546.) 

For  quel  ne  con  faiterement 

La  tondreiz  à  un  innocent 

Pour  doner  la  à  un  sathan. 

Ces  dels  aura  tosjors  od  lui, 

Auques  li  toîront  son  anui. 

Ensi  nos  teiTes  nous  torront 

U  tous  aservir  nous  voiront. 

Ensemble  ont  lur  consail  pris 

Q'au  valet  sa  femme  tondront.    (L.  d'H,  v.  688.  9.) 

La  tere,  ce  dist,  li  tolroit 

Et  s'il  pooit,  il  l'ociroit.     (Brut.  v.  4481.  2.) 

Se  de  Melans  venoit  à  som, 

Constantinoble  li  toroit 

Et  sa  volente  en  feroit.     (Phil.  M.  v.  29892-4.) 
E  près    tut  le   reaime   li   toldreit  fors   un  lignage  k'il  li  larreit. 
(Q.  L.  d.  R.  m,  p.  277.) 

Porpensa  sei  qu'il  li  toudreit 

Par  aucun  engien,  s'il  poeit.     (Chast.  XV,  v.  65.  6.) 


(Ben,  V.  15088-90.) 
(P.  d.  B.  V.  1853.  4.) 
(R.  d.  M.  V.  1622.  3.) 


(1)  Dans  la  seconde  moitié  du  XlIIe  siècle,   on  trouve  souvent  toi'ai,    au  lieu   d© 
tori'ai,  orthographe  qui,  à  vrai  dire,  doit  être  considérée  comme  incorrecte. 


222  DU   VERBE. 

Tant  de  paroles  omies 
Et  de  ma  dame  et  d'autre  gent 
Qu'il  vous  toldroient  le  talent 

Dont  vous  me  dites  vo  voloir.    (E.  d.  1.  M.  v.  1966-9.) 
Imparfait  de  l'indicatif:  toloïe  (Poit.  p.  63),  tolnes  (R.  d.  1.  M. 
V.  4935),  etc. 

Le   participe   passé   avait  pour   formes:    toloit,   toïeit;    tolu; 
teus,  à  la  rime.     (Trist.  I,  99). 

L'on  ne  tient  mie  ce  de  droit 

Que  l'on  a  par  force  toloit.    (Brut.  v.  11108.9;  cfr.v.8857.) 
Nekedent  si  soi  esjoist  li  malignes  enemis  de  ce  ke  il  les  at  alcune 
chose  toloit.    (M.  s.  J.  p.  500.) 

Cil  ki  serunt  remeis  serunt  toloit  fors  d'eas.    (Ib.  p.  511.) 
Se  combati  od  cel  seignor 
Qui  si  li  out  toleit  s'onor.     (Ben.  v.  7592.  3.) 
Kar  la  cite  nos  est  toleite.    (Ib.  II,  v.  895.) 
Kant  entre  auz  .ij.  descendit  une  nue 
Qui  as  barons  ait  tolu  la  veue,     (G.  d.  Y.  v.  3023.  4.) 
Au  dyable  fa  retolus 
Par  repentir  Theophylus.     (E.  d.  M.  p.  68.) 
Au  valet  ont  sa  femme  tolue.    (L.  d'H.  v.  698.) 
Cfr.  :    Dieu   sera  juste    estimateur   de  nostre   différent,    lequel  je 
supplye  plustost  par  mort  me  tollir  de  ceste  vie ,  et  mes  biens  desperir 
devant  mes  yeulx,   que  par  moy  ny  les  miens  en  rien   soit  offense. 
(Eabelais,  Garg.  I,  46.) 

Par  leur  vol,  ilz   (les  pies  et  les  geais)  tollissoyent  la  clairte  du 
soleil  aux  terres  subjacentes.     (Ib.  Pant.  IV,  Ane.  prol.) 
Tu  la  tolluz  la  romaine  bannière. 

Qu'on  avoit  faict  au  traict  du  parchemin.     (Ib.  Garg.  I,  2.) 

(Il)  s'esclata  de  rire  encormement,  continuement,  que  l'exercice  de  la 

râtelle  luy  tollut  toute  respiration,  et  subitement  mourut.  (Ib.  Pant.  IV,  17.) 

COMPOSÉS. 

Bestoldre^  destolïr ,  ùter^  arracher,  détourner,  empêcher,  retenir. 

Cunte  ne  duc  ne  li  roi  corune 

Ne  se  poent  de  la  mort  destolir.    (Ben.  t.  3,  p.  459.) 

Le  mal  voudreit  mult  destolir 

Qu'en  paiz  fust  la  crestientez.     (Ib.  v.  20692.  3.) 

Nis  pur  poi  qu'il  nel  orent  ocis  e  abatu 

Del  bastun  de  la  cruiz;  mais  Deus  l'ad  destolu. 

(Th.  Gant.  p.  139,  v.  29.  30.) 

Bataille  i  ert,  se  il  ne  s'en  destolt.    (Cli.  d.  E.  p.  125.) 
Dans  l'exemple  suivant,  destolu  signifie  (fcarté. 

D'une  part  l'a  mené  en  un  liu  destolu.     (Berte,  p.  168.) 
Hetollïr,  retoldre,  enlever  encore  d^  nouveau, 


DU    VERBE.  223 

Li  derompt  tote  la  maille, 

Et  si  li  retout  son  escu.     (N.  R.  Fab.  et  C.  II,  p.  24.) 

Et  se  tu  vas  rien  parlognant. 

Que  si  nel  faces  com  jo  mant. 

Mont  Giu  à  force  passerai, 

Bretaigne  et  France  retolrai.     (Brut.  v.  10975-8.) 

Maltolu^    mautoîu^   pris    par   force    et  contre  justice,    ravi. 
(Yoy.  Roquefort,  s.  v.) 

Cfr.:  Toîte^  impôt,  taxe;  maletoUe,  maltôte,  tributum  quod 
injuste  et  maie  tollitur;  toi  (L.  d.  Gf.  175,  3),  privilège  dont  un 
seigneur  jouissait  dans  l'étendue  de  sa  terre,  et  qui  consistait 
à  être  exempt  de  toute  taxe  et  de  tous  droits  pour  le  trans- 
port, l'achat  et  la  vente  des  marchandises  et  denrées.  Cette 
signification  de  toi  n'est  cependant  pas  la  primitive,  il  signifia 
d'abord  taxe  sur  les  denrées  et  les  marchandises,  ordinairement 
tonlieu  dans  la  langue  d'oïl,  en  basse  latinité  tolenium. 

TRAIRE  (v.  fo.),  trahere. 

Le  thème  primitif  de  ce  verbe  n'a  pas  encore  été  retrouvé; 
les  plus  anciens  textes  connus  de  la  langue  d'oïl  portent  déjà 
traire.  Comme  faire ,  le  verbe  traire  passa  donc  de  fort  bonne 
heure  à  la  conjugaison  faible.  Toutefois  il  nous  est  parvenu 
assez  d'exemples  des  formes  non  renforcées,  qui  plus  tard 
prirent  aussi  l'e  de  la  diphthongaison  régulière ,  pour  ne  laisser 
aucun  doute  sur  le  caractère  fort  de  trai/re  ftrarej.  Cfr.  l'es- 
pagnol traer,  l'italien  trarre. 

Les  thèmes  de  l'infinitif  étaient  les  mêmes  que  ceux  de 
faire  (v.  ce  verbe):  traire.,  treire,  trere. 

Cumandad  que  l'um  enseignast  as  fiz  as  Judeus  traire  de  arc. 
(Q.  L.  d  R.  II,  p.  122.) 

Quant  tout  li  crestiien  linage 

Aurai  fait  à  durte  mort  traire.    (R.  d.  M.  p.  46.) 

D'un  arbaleste  ne  poet  traire  un  quarrel.    (Ch.  d.  R.  p.  88.) 

Se  commença  à  estrangier 

Et  treire  à  la  foïe  arrier.     (R.  d.  S.  G.  v.  225.  6.) 

Et  vist  celui  si  bien  aider 

Que  il  les  fet  tuz  trere  arere.     (L.  d'H.  v.  736.  7.) 

Présent  de   l'indicatif   (et  impératif):   tras.,  très,  puis   trai., 
trei;    trais.,    treis.,   très;    trait.,    treit,    tret ;    traons.,   puis  traions; 
traeiz,  puis  traiez;  traient.,  treient.     (Q>f£.  faire.) 
De  corrouz  et  d'anui,  de  pleur  et  d'amistie 
Est  toute  la  matière  dont  je  iras  mon  ditie.     (Rutb.  I,  p.  136.) 
A  tesmoing  (j')en  trai  nostre  Sire.     (R.  d.  M.  p.  30.) 


224  DU   VERBE. 

Or  irai  de  là  un  poi  aricrc.     (P.  d.  B.  v.  10679.) 
Ausi  ciimme  d'une  partie 

Laisse,  que  je  ne  retrei  mie  ...     (R.  d.  S.  G.  v.  3501.  2.) 
Conment  tu  trais  rasoir  de  casse 

Pour  chiaus  rere  qui  n'ont  que  prendre.    (V.  s.  1.  M.  XX.) 
Sor  les  estriers  s'afiche  de  randon, 
Et  trait  l'espee  dont  à  or  fuit  li  pon, 
Et  fiert  le  roi  desus  son  elme  an  son.    (G.d.  V.v.1573-5.) 
Apres  ce  li  demanderas 

En  quel  liu  li  cuers  le  treit  plus.     (E.  d.  S.  G.  v.  3120.1.) 
Lorl  li  gita  ses  braz  au  col,  et  il  se  fret  anieres     Elle  le  prent 
par  le  menton  ...     (R  d.  S.  S.  d.  R.  p.  10.) 

De  tôt  traion  Dex  à  garant.     (R.  d.  R.  v.  14047.) 
Traes  vus  en  sus,  fist  Saul  à  tut  le  pople,   une  part.     (Q,  L.  d. 
R.  I,  p.  51. 

Watraez  pas  sor  vos  ceste  gent  sanz  créance.  (Cli,  d.  S.  Il,  p.  102.) 
Traes  vous ,  fait  Merlins ,  en  sus.     (Brut.  v.  8349.) 
Alez,  fait  il,  traiez  mon  fil  de  la  jeoille,  si  le  destruiez.     (R.  d.  S. 
S.  d.  R.  p.  15.) 

Por  ceu  voil  bien ,  chier  frère ,  ke  vos  sachiez  ke  tuit  cil  enseuent 
l'anemin  avuertement,  ki  aucune  chose  de  la  sainte  Escripture  traient 
maUciousement  et  orguillousement  à  lor  sens.     (S.  d.  S.  B.  p.  573.) 

Tantost  li  traient  fors  le  hauberc  girone.    (Ch.  d.  S.  II,  p.  34  ) 
Sajetes  traient,  pieres  ruent.     (R.  d.  M.  p.  74.) 
Ces  terres  trcstout  vraiement 

Se  treient  devers  occident.     (R.  d.  S.  G.  v.  3125.  6  ) 
Présent  du  subjonctif: 

De  mes  avoirs  pren,  tant  en  aies 
Que  de  cest  grant  péril  me  traies.    (Ben.  v.  16650.  1.) 
Ceu  di  ju,  chier  frère,   car  je  doz  k'entre  nos  ne  soit  aucuens  ki 
cuist  estre  enlumineiz  par  songe  solement,  ensi  k'il  jai  ne  voillet  mies 
soffere  ligierement  c'un  lo  tracet  à  la  main,  anz  voillet  estre  condui- 
sieres  d'altmy.     (S.  d.  S.  B.  p.  560.) 

Par  tant  doit  l'om  soniousement  penseir  quand  li  péchiez  commencet 
à  blandir  com  à  grant  mort  il  traiet  la  pense.     (M.  s.  J.  p.  456.) 
Convient  que  toute  ceste  gent 
Se  treie  devers  occident.     (R.  d.  S.  G.  v.  3353.  4.) 
Parfait  défini:  frm's;  imparfait  du  subjonctif:  traisisse^  traisse. 
Mais  ore  dirras  ces  paroles  à  David  de  la  moie  part:  Jo  te  trais 
de  là  ù  tu  guardas  les  berbiz   que  tu  fusses  ducs  sur  mun   pople  de 
Israël.     (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  143.) 

Et  à  ton  mal,  en  cest  païs, 

Paiens  et  Saisnes  atraisis^.    (Brut.  v.  7753.  4.) 

(1)  L'éditeur  du  Roman  de  Brut,  M.  Le  Roux  de  Lincy ,  écrit  à  tort  a  traisîs,  prenant 
traisis  pour  le  participe  do  traire  et  a,  pour  l'auxiliaire  avoir.  Outre  que  traire  n'a 
jamais  eu  de  participe  traisis,  le  composé  atraîre  convient  beaucoup  mieux  au  sons. 


DU   VERBE.  225 

L'ame  dou  cors  fii  en  enfer 

Et  brisa  la  porte  d'enfer; 

Tes  amis  tressis  de  leans.     (Eiitli.  H,  p.  21.) 

Pour  chou  revint  à  lui  après 

Jhesu,  et  de  lui  se  traist  près, 

Et  dist  ...    (K.  d.  M.  p.  41.) 

Jehan  l'oncle  Anfelise, 

Que  Torques  par  amors  traist  puis  à  son  servise, 

Qant  fu  régénérée  à  loi  de  sainte  église.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  253.) 
Et  les  plus  senez  de  celé  citée  prendront   une  veale  del  arment, 
que  ne  trahint  jug,    ne  ne  trencha   la  terre  par  sook.     (Deuteronome. 
Roquefort,  s.  v.  veale). 

C'est  à  tort  que  quelques  philologues  ont  pensé  que  le  h  de 
cette  forme  et  semblables  était  primitif  dans  la  langue  d'oïl,  et 
que  traù,  traist,  etc.  étaient  des  syncopes  de  trahis,  trahist ,  etc. 
Les  formes  en  h  médial  datent  toutes  d'une  époque  où  la 
prononciation  commençait  à  s'altérer,  et  on  introduisit  cette 
lettre  pour  l'indiquer  aux  yeux. 

Nos  trassimes  la  viez  cotte,  mais  nos  que  peise  nos  tant  l'avons 
plus  malement  revestie.     (S.  d.  S.  B.) 

Cette  forme  a  induit  Eoquefort  à  admettre  un  verbe  trassir, 
qui  n'a  jamais  existé.  C'est  la  forme  primitive  avec  s  inter- 
calaire; plus  tard  on  admit  au  radical  Vi  qui  s'était  fixé  à 
l'infinitif.     Les  deux  s  sont  une  réminiscence  du  x  latin. 

Droit  en  ynfier  vous  en  alastes, 

Dous  Dex;  les  portes  en  brisastes 

Si  en  traisistes  vos  amis. 

Que  dyable  i  avoient  mis.     (E.  d.  1.  Y.  5310-13.) 

Le  umbre  veistes  ke  je  vi, 

Si  vus  en  traisistes  arere.     (Trist.  H,  p.  128  ;  cfr.  I,  233.) 

Droit  à  infer  fu  vos  chemin  tenant, 

Eors  en  traistes  vos  amis  maintenant.    (0.  d.  D.  v.  11662.3.) 
Vos  me  tresistes  vers  vos  .iii.  foiz.     (R.  d.  S.  S,  d.  R.  p.  73.) 
Et  le  vendredi  matin  si  traistrent  les  nés  et  les  galies  et  les  autres 
vaissials  vers  la  ville  si  com  ordene  ère.     (Villeh.  460^.) 

Od  ce  que  mult  fu  dreiz  li  venz, 

Traistrent  les  veiles,  si  siglerent. 

Au  rei  des  ceus  se  comanderent.     (Ben.  v.  37031-3.) 

Et  li  Elament  orent  Galisse, 

Braibençon  traisent  en  Venise.     (Phil.  M.  v.  6294.  5.) 

Moult  des  Normans,  jel  sai  de  fi. 

Se  traisent  au  roi  par  afi. 

Et  il  entra  eu  Normendie.     (Ib.  v.  16464-6.) 

Par  les  piez  me  traissent  à  terre.     (Dol.  p.  261.) 

Burguy ,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.  T.  H.  Éd.  III.  1 5 


226  DU   VERBE. 

Si  se  trairent  arriéres  et  passèrent  la  montaigne  d'autre  part  devers 
Nique.    (YiUeh.  p.  161.  CLXXV.) 

Lorsque  les  formes  du  parfait  défini  eurent  été  altérées  dans 
leur  prononciation  primitive ,  probablement  par  suite  surtout  de 
l'influence  des  orthographes  en  e  pour  «e,  on  écrivit  très,  trest, 
trestrent ,  au  lieu  de  trais ,  traist ,  traistrent ,  qui  étaient  devenus 
trais  ^  traist,  traistrent. 

Vos  me  preistes  par  le  col,  et  me  voulsistes  baissier.  Je  me  ires 
arriéres,  sanz  parler.    Vçs  me  déistes  ...    (E.  d  S.  S.  d.  R.  p.  73.) 

L'autrier  i  très  une  dure  jornee; 

Tant  i  souffri  de  noif  et  de  gelée 

Que  n'i  dormi  de  si  qu'en  l'ajornee.     (E.  d'A.  p.  4,  e.  1.) 

En  sus  se  irestj  et  si  cria 

Si  durement  qe  l'esveilla.     (L.  d'H.  v.  439.  40.) 

Li  seneschaus  se  regarda, 

Vers  lui  se  trest^  si  l'acola.    (Ib.  v.  871.  2.) 

Il  se  trestrent  ariere,  e  il  esteit  muntez 

Sur  un  grant  cheval  blanc  .  .  .    (Th.  Cant.  p.  36,  v.  13.  4.) 

Si  me  fiasse  tant  en  mei, 

E  je  m'en  osasse  entremetre. 

Ce  qu'en  truis  escrit  en  la  letre 

En  retraisisse  chèrement.    (Ben.  v.  23644  -  7.) 

Son  avoir  ne  traisist  uns  cars 

K'il  avoit  ensamble  aiine.     (R.  d.  1.  V.  p.  162.) 

Sire  Raoul,  valroit  .i.  rien  proiere   . 

Que  .i.  petit  vos  traisisies  ariere.     (R.  d.  C.  p.  54.) 

Tos  les  sergans  et  les  archers 

Et  les  vaillans  arbalesters 

Mist  des  deus  pars,  fors  de  la  presse, 

Qu'il  traisissent  à  la  traverse.    (Brut.  v.  12790-5.) 

Tel  fais  amaine  de  cauch  et  de  moilon 

Ne  le  traissent  quatre  destrier  gascon.   (0.  d.D.v.  10556.  7.) 
Yoici    quelques    exemples    des    formes    de   l'imparfait    de 
l'indicatif,  du  futur  et  du  conditionnel: 

Mais  s'un  petit  te  traioies  en  ça 

De  mort  no  vêle  mes  cors  t'avestira.     (R.  d.  C.  p.  133.  4.) 
Et  entroient  es  barges ,  et  traioient  à  nous.    (YiUeh.  p.  70.  XCVI.) 

Et  cil  d'ultre  mer  assailleient. 

Et  bien  sovent  se  retraeient.    (R.  d.  R.  13191.  2.) 
Si  U  dist  :  Va,  si  m'aporte  les  saetes  que  jo  ci  trarrai.    (Q.  L.  d. 
R.  I,  p.  81.) 

Ge  mêlerai  mes  clés  es  franges  del  tablier,  si  me  lèverai,  si  trerai 
tout  adonc  à  moi.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  47.) 

Le  lait  métras  devant  mun  hus, 

Puis  te  trairas  un  po  en  sus.     (M.  d.  F.  II,  p.  272.) 


DU    VEEBE.  227 

Encontre  saint  iglise  ad  este  lungement, 
Mais  des  ore  trarra  à  sun  delivrement.  (Th.  Ct.  p.  59,  v.  16. 7.) 
En  quel  partie  qu'il  vourra 

Et  lau  li  cuers  plus  le  trerra.    (R.  d.  S.  G.  v.  3115.  6.) 
Treira.    (Ib.  v.  3360.) 
E  trarum  enz  un  ewe,  si  que  neis  une  pen-ette  n'en  seit  truvee. 
(Q.  L.  d.  R.  II,  p.  182.) 

De  li  aillors  vos  retrarrom.    (Ben.  v.  24958.) 
Eendreiz  en  l'eve  s'aime  al  moine, 
Fors  l'en  trarreiz  tornez  en  vie 
E  si  que  vos  nel  soprengiez  mie.     (Ib.  v.  25761-3.) 
Plus  lonc  que  ne  trairoit  uns  ars 
S'est  eslongies  li  uns  del  autre.     (R.  d.  1.  V.  v.  1897.  8.) 
Et  quant  l'empereriz  vit  ce   qu'elle   ne  treroit  parole  de  lui,   ne 
qu'il  ne  diroit  mot.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  10.) 

Et  devisèrent  entriaus  que  li  les  treroient.    (H.  d.  V.  507'*.) 
A  lor  cliasteaus  sus  s'en  trairoient    (Trist.  I,  30.) 
Participe  passé:  ù'aïf,  treït,  tret. 

Em  paradys,  dont  puis  maint  a 
Avoec  lui  trait  de  ses  amis, 
Et  en  sa  gloire  avoec  lui  mis.     (R.  d.  M.  p.  17.) 
Par  une  vaute  sousterine 
Entra  en  la  cambre  perine, 
L'iaume  lachie,  l'espee  truite.     (L.  d'I.  p.  23.  4.) 
Naymes  la  trete;  si  l'a  Karlon  livrée.     (R.  d'A,  p.  4,  cl.) 
Les    exemples    précédents    montrent    que    le    verbe    traire 
signifiait:    tirer,    retirer,    traîner,    entraîner,   attirer,    extraire, 
ari'acher,  mener,  prendre  —  lancer  des  flèches,  lancer,  jeter. 
—  Se  traire,  se  rendre,  se  placer  quelque  part. 
Traire  signifiait  encore  couper^  frapper  de  taille. 
Il  tint  Certain,  si  le  fiert  par  devant. 
Amont  en  l'iaume  l'a  consuit  en  traiani.    (Fierabras,  p.  179.) 
Je  vous  trairai  à  m'espee  le  chief.     (G.  1.  L.  I,  p.  130.) 
Traire,   joint  à  quelques  mots,   formait  des  locutions   con- 
sacrées, dont  voici  les  principales: 

Traire  mal,  paine,  maie  vie.,  soulîrir,  avoir  de  la  peine. 

Dont  j'ai  trait  lonc  tans  maie  me.     (R.  d.  1.  M.  v.  6174.) 
Car  n'ert  apris  de  nul  mal  traire.     (P.  d.  B.  v.  660.) 
Pur  avoir  pris  traist  mainte  paine.     (Ben.  v.  7630.) 
Grant  fu  la  joie  e  li  reveaus 
Entre  la  grant  gent  citaaine. 

Qui  le  jor  orent  trait  la  paine.     (Ib.  v.  18969-71.) 
Traire  à  chef,  à  fin.,  achever,  venir  à  bout,  mener  à  fin. 
Mais  del  desfaire  e  del  ester 
En  voil  par  ton  conseil  ovrer, 

15* 


228  DU  VERBE. 

E  sil  voudrai  tôt  à  chef  traire 

Cum  tu  le  me  loeras  faire.     (Ben.  v.  15180-3.) 

Que  n'a  sos  ciel  mais  chevaler 

Qu'à  tel  péril  n'a  teu  meschief 

Traisist  mais  si  faite  ovre  à  chef.     (Ib.  v.  21629-31.) 

Se  de  ce  champ  traien(t)  paien  à  fin 

Jamais  en  France  n'orra(i)  messe  à  matin.  (Fierabr.,  p.  171,  c.  2.) 
Cfr.  :  Par  ce  vient  bien  à  chiefde  qanq'il  entreprant.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  94.) 
Traire  des  jih ,  travailler  à  l'aiguille. 

An  chambre  à  or  se  siet  la  belle  Beatris; 

Gaimente  soi  forment,  en  plorant  trait  ces  fis.    ("W.A.L.p.  1.) 

Traire  avant  ^  augmenter. 

K'il  gairt  son  prix  et  se  lou  traice  avant.    (Ib.  p.  31.) 
Traire  a  la  geste.,  tenir  des  qualités ,  des  vertus ,  de  sa  race,  etc. 

Voit  le  Gerars;  toz  li  mua  li  fron, 

K'il  traioit  à  la  geste.     (Fierabras,  p.  166,  cl.) 

Aymerit  nies,  cuer  aveis  de  bairon, 

Bien  traies  à  la  geste.     (Ib.  p.  167,  c.  1.) 

COMPOSÉS. 

Attraire,  atraire,   attii'er,   entraîner,   décider  à,  amener,  se 
procurer,  ramasser,  gagner,  préparer,  avancer. 

A  coignies  tranchanz  vont  le  bois  trabuchier; 

Plus  atr aient  sor Rune  que  ne  lor  fu  m^stier.  (Ch.  d.  S. H,  p.  43.) 

Et  li  Eomain  les  asalirent 

Qui  de  lor  gent  mult  i  perdirent, 

Car  li  Breton  les  atraioient 

Al  bois  et  si  les  ocioient.     (Brut.  v.  12326-9.) 

Mais  onques  ne  le  peuc  atraire 

A  çou,  que  ele  se  doutast 

Tant,  que  son  anui  me  contast.     (R.  d.  1.  M.  v.  6238-40.) 

Quant  Brutus  ot  sa  cite  faite 

Et  de  sa  gent  grant  masse  atraite.    (Brut.  v.  1289.  90.) 

Bien  faire  atreit  la  boenne  fin.     (R.  d.  1.  M.  v.  3912.) 

Ne  soufera  qu'aies  dolor, 

Ne  coures,  nire,  ne  soufraite, 

Despuis  qu'aures  s'amor  atrete.    (P.  d.  B.  v.  4396-8.) 

Je  di  fortune  est  non  voianz  .  .  . 

Les  uns  atret,  les  autres  boute.     (Rutb.  I,  p.  88.) 

Gaainz,  labors  et  noreture, 

N'ahanages  n'anz  planteis 

Ne  les  deffent  d'estre  chaitis. 

De  qxjLQjitqu'atreient  les  esnuent.     (Ben.  v.  26692-5.) 

U  se  il  la  cuvenance  me  volt  afiancier, 

Ke  fist  le  cunestable  de  Werc  avant  ier, 

Senz  guamisun  atraire  e  senz  rien  esforcier.    (Ib.  t.  3,  p.  552.) 


DU   VERBE.  229 

Cfr.  :  Geste  dame  avoit  beaucoup  de  grâce  pour  attraire  un  homme 
à  l'aymer.     (Amyot.  Hom.  ill.  Pompeius.) 

(La  parole)  de  Tyberius  au  contraire,  (estoit)  plus  doulce  et  plus 
attrayante  à  pitié.     (Ib.  ead.  Tiberius  et  Gaius.) 

Detraire,  décrier,  médire,  calomnier  —  traîner,  jeter  à  bas, 
dehors,  enlever;  traîner  de  côté  —  tirer,  arracher,  déchirer, 
mettre  en  pièces,  écarteler. 

Et  tôt  ensi  ot  ceos  kel  loent,  cum  ceos  kel  laidangent,  tôt  ensi  ot 
ceos  kel  losengent,  cum  ceos  kel  detr aient,  anz  nen  ot  ne  les  uns,  ne 
les  altres,  car  il  est  morz.    (S.  d.  S.  B.  Roquefort,  s.  v.  detraire.) 

Et  la  vielle  l'a  retret  jus, 

Moult  le  detret  et  sache  et  tire.     (Fab.  et  C.  III,  p.  157.) 

Que  si  chaiel  la  detrairimt 

E  forz  de  l'uis  la  bouterunt.     (M.  d.  F.  n,  p.  88.) 

Mais  ele  briement  dit  li  a 

Qu'ele  ainçois  se  lairoit  detraire 

Qu'ele  pust  ja  jour  son  cuer  plaire.    (E.  d.  1.  M.  v.  2386-8.) 

Pendus  seres  e  detrais  à  somiers.     (0.  d.  D.  v.  6084.) 

S'il  ont  este  (li  martir)  por  Dieu  deffet, 

Eosti,  lapide  ou  detret  . .  .    (Eutb.  I,  p.  11.) 

Si  que  par  force  le  restuet 

Escorchier  u  des  oilz  desfaire 

U  à  chevaus  rumpre  e  detraire.    (Ben.  v.  20520-2.) 

El  rocher  ot  deux  lions  braire, 

Huée  se  volt  laissier  detraire.     (P.  d.  B.  v.  5754.  5.) 

Ses  biaux  cevex  tire  et  détruit.    (Poit.  p.  21.) 
Cfr.:   (Le  sénat)  tascha  de  rappeler  par  honneurs  et  par  présents 
les  armées  qu'il  avoit  autour  de  luy,   et  luy  distraire  ceste  si  grande 
puissance,  disant  qu'il  n'estoit  plus  besoing  de  force  pour  la  deffense 
de  la  chose  publicque.     (Amyot.  Hom.  iU.  Cicero.) 

Entraire^  tourner,  avoir  du  penchant,  incliner. 

Poi  entrait  à  bonne  nature.     (E.  d.  S.  S.  v.  215.) 
Estraire,  extraire,  faire  paraître,  mettre  au  jour,  faire  descendre, 
former  l'origine  de  qqn. ;  au  participe,  extrait,  issu,  descendu. 

Les  dames  dient  k'il  doit  faire 

Une  loi  nouviele  et  estraire 

Par  le  commandement  de  Diu, 

Chi  après  en  tans  et  en  Uu.     (E.  d.  M.  p.  54.) 
Nous  vous  faisons  assavoir  qu'il  ne  nous  convient  pas  ores  à  retraire 
qui  nous  somes,  ne  d'où  nous  somes  venus,   e  de  quels  gens  estrais. 
(Eoquefort,  s.  v.  estrais.)    Y.  t.  II,  p.  108,  1.  27.   Poit.  v.  764. 

Fortraïre,  tirer,  mettre  dehors;  éloigner,  retirer,  enlever 
subtilement,  séduire,  suborner. 

Se  li  fortraist  celeenient 

Bien  grant  partie  de  sa  gent, 


230  DU   VERBE. 

Par  promesse  et  par  mètre  ostage 

D  els  francir  de  lor  culvertage.     (P.  d.  B.  v.  227-30.) 
Une  famé  qui  haoit  une  autre  famé,    par  ce  qu'elle  lui  fortraioit 
son  baron.     (Roquefort,  s.  v.  fortraire.)    V.  mestraire. 

Maltraire,  maltraiter,  mal  recevoir;  souffrir,  peiner. 
Mestraire^  mal  tirer,  jouer  à  faux,  tricher  au  jeu. 

Mors  en  une  heure  tôt  fortrait, 

Qui  ne  pert  nul  giu  par  mestraire.    (V.  s.  1.  M.  XXVÏÏ.) 

Sovent  nos  mesjeue  et  mestraif.    (Ben.  t.  3,  p.  517.) 

Sempres  i  eust  mereau  mestrait 

E  à  Gui  teu  damage  fait 

Qui  ne  fust  pas  del  an  entier 

A  restorer  sain  ne  léger.     (Ib.  v.  36566-9.) 
M.  F.  Michel  explique  mereau  mestraire^  par  jouer  vilain  jeu. 
Portraire,  former,  représenter,  dessiner,  peindre. 

Li  sorcil,  qui  estoient  brun, 

Et  estoient  si  bel  chascun, 

Gom  s'il  fussent  de  main  portret.     (Romv.  p.  591.  2.) 

A  grant  mervelle  fu  bien  faite 

Et  moult  soutiument  portraite 

Par  menue  neelure.     (PL  et  Bl.  v.  447  -  9.) 
Mettre  en  évidence,  étaler,  déployer. 

Sor  Mahomet  font  un  engien  portraire 

Dont  tôt  li  ost  resplendist  et  esclaire.    (Agolant,  v.  650. 1.) 
Retraire ,    retirer,    se  retirer,    retenir,    détourner,    s'abstenir, 
renoncer,  ne  pas  accomplir  un  voeu ,  etc.  ;  dire ,  exposer,  retracer, 
rapporter,  raconter;  avoir  les  inclinations  de  sa  race. 

Car  adies  l'esgarda  el  vis. 

Chascun  sambla  et  fu  avis 

Qu'ele  ne  pot  ses  iex  retraire. 

Asses  vous  poroie  retraire 

De  ses  regaxs  et  de  s'amour.    (R.  d.  1.  "V.  p.  158.) 
Et  quant  l'empereres  Alexis  vit  ce ,  si  commença  ses  genz  à  retraire. 
(ViUeh.  453-^.) 

Mais  ensi  est  k'el  n'en  puis  faire: 

Lacie  m'aves,  n'en  puis  retraire.    (FI.  et  Bl.  v.  2267. 8.) 

Unkes  de  mal  faire  ne  se  voleit  retraire.    (Ben.  t.  3,  p.  583.) 

Quant  des  veus  voles  retraire.    (P.  d.  B.  v.  4177.) 

Bien  sunt  de  par  le  duc  semuns 

Qu'à  Roem  viengent  senz  retraire 

Tuit  prest  de  sun  servise  faire.     (Ben.  v.  8453-5.) 
^ans  retraire ^  signifie  sans  appel,  sans  y  manquer. 

Car  vo  grans  sens  et  vo  biautes 

Vostre  manière,  vo  nobletes, 

Et  le  bien  qu'a  Diex  en  vous  mis, 


DU   VERBE.  231 

Font  que  je  sui  vos  vrais  amis 

Et  serai,  dame,  sans  retraire.    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  199-203.) 

Car  ele  est  trop  de  grant  francise, 

Ele  est  tant  franco  et  debonaire, 

Ne  se  poroit  longes  retraire 

De  vos  amors  por  nule  rien.     (P.  d.  B.  v.  6072-5.) 

Tant  ot  en  son  cuer  de  pitié, 

De  charitei  et  d'amistie 

Que  nuns  nel  vos  porroit  retraire.    (Rutb.  I,  p.  52.) 

Kar  me  seit  or  dit  e  retrait 

Quel  tort  jeo  vos  aveie  fait.    (Ben.  v.  2883.  4.) 

Ne  pueent  as  vilains  retraire 

Por  noreture  qu'il  en  aient, 

A  lor  gentillece  retraient.    (Eoi  Guillaume ,  p.  94.) 
Cfr.  :   Ayant  perdu  une  bataille  à  la  contrée   des   Orcyniens  .  .  . 
par  trahison  de  l'un  de  ses  gents;  ...  il  ne  donna  jamais  le  loisir  au 
traistre  de  se  saulver  de  vistesse ,  et  de  se  pouvoir  retraire  devers  les 
ennemys.     (Amyot.  Hom.  ill.  Eumenes.) 

n  jecta  en  terre  ...  un  cuir  tout  sec  et  retraict  de  grande  seiche- 
resse.     (Ib.  ead.  Alexandre.) 

Pour  retourner  à  Pendes ,  estant  encores  jeune  il  redoubtait  fort 
le  peuple,  poui'  ce  qu'il  sembloit  retraire  un  peu  de  visage  à  Pisistratus. 
(Ib.  ead.  Pericles.) 

Sortraire.,  séduire,  corrompre,  débaucher. 

El  li  a  conte  de  son  fils, 

Del  cune  dusqu'en  la  raïs, 

Con  une  fee  l'a  sortrait, 

Et  con  i  vient  tos  sels  et  vait. 

Et  sel  desfent  de  li  veoir.     (P.  d.  B.  v.  4353-7.) 
Sostraire,  soustraire,  détourner,  ravir;  se  sostraire. 
Kar  pur  voir  si  il  i  ussent  cumpaignie,  lur  quers  del  servise  Deu 
sustrarreient  e  à  deables  e  ydles  servir  les  attrarreient.     (Q.  L.  d.  R.  III, 
p.  275.)    V.  1. 1,  p.  226, 1.  19. 

VAINCRE  (v.  fo.),  vincere. 

Le  thème  primitif  de  ce  verbe  a  été  v  encre ,  dont  on  renforça, 
avec  i  postposé,  Ve  radical,  devant  les  terminaisons  légères; 
mais  1'^*  s'introduisit  de  bonne  heure  à  l'infinitif,  et,  par  suite, 
vencre  passa  à  la  conjugaison  faible,  sous  les  formes  vemcre, 
vaincre. 

Li  visce  ki  nos  rubent ,  se  nos  malement  somes  liet ,  ne  nos  puent 
vencre ,  se  nos  bonement  somes  dolent.     (M.  s.  J.  p.  453.) 

Dont  repenrunt  il  lur  cors  ki  ci  les  aidout  vencre,  et  en  cel 
jugement  acquerront  l'entreie  del  céleste  règne.     (Ib.  p.  491.) 

Se  me  pues  veincre  em  bataille  campel,     (0,  d.  D,  v.  1359.) 


232  DIT   VEKBE. 

En  estiu-  pur  veincre  la  gcnt.     (M.  d.  F.  H,  p.  437.) 

Nos  esteura  vaincre  u  morir.  (P.  d.  B.  v.  2421.) 
Au  lieu  de  veincre ,  on  trouve  souvent  veintre  dans  plusieurs 
textes  publiés;  p.  ex.  dans  la  Chanson  de  Roland,  p.  86,  v.  3.  5; 
veintrat,  p.  29  v.  19  ;  veintrum,  p.  48  v,  24,  p.  62  v.  1  ;  dans  les 
Quatre  Livres  des  Eois,  I,  p.  13,  veintereient  ;  dans  la  Chronique 
des  Ducs  de  Normandie,  vemtre,  I,  v.  493,  II,  v.  442,  4247, 
4760,  6098,  6159,  23029,  26178,  30739;  veintrai,  v.  23596, 
etc.  etc.  Ce  t  est -il  correct?  Je  le  crois,  bien  que  souvent 
il  soit  difficile  de  distinguer  les  lettres  c  et  ^  dans  l'écriture 
de  nos  anciens  monuments.  On  a  quelques  autres  exemples 
du  changement  de  c  en  ^,  et,  au  contraire,  de  t  en  c. 
Yoici  quelques  exemples  des  formes  de  veincre. 

Se  tu  me  vains  al  espee  tranchant, 

Toute  ma  terre  aras  à  ton  commant.     (R.  d.  C.  p.  98.) 

S'il  vaint,  il  aura  le  ligance 

De  tôt  le  roiame  de  France.     (P.  d.  B.  v.  2811.  2.) 
Dunkes  à  penseir  fait  ke  la  envoisure  des  biens  ne  nos  soi*plantet 
cant  nos  venquons  les  malz.     (M.  s.  J.  p.  448.) 

Ne  purquei  les  choses  menors 

Prennent  e  venquent  les  plus  gi'anz.     (Ben.  I,  v.  252.  3.) 

Dont  veissies  pule  frémir. 

Homes  et  femes  fors  issir, 

Saillir  sor  mur  et  sor  maisons. 

Et  reclamer  Deu  et  ses  nous, 

Que  cil  venque  qui  pais  lor  tiegne. 

Si  que  mais  guerre  ne  lor  viegne.     (Brut.  v.  10278-83.) 

Feres,  fait  il,  bon  crestien. 

Que  ne  vos  venquent  li  paien  !     (P.  d.  B.  v.  2189.  90.) 

Des  que  tu  Cesio  venquis.    (Brut.  v.  2423.) 

N'ere  mais  amie  ne  drue 

A  home  nul  s'a  celui  non 

Qui  orains  vainqui  le  lion.     (Poit.  p.  29.) 

Au  roi  Gunter  se  combati 

Et  as  Danois,  sis  venqui.    (L.  d'H.  v.  31.  2) 

La  bataille  vanqirent  androit  none  sonant.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  78.) 

Puis  leur  a  dit  se  il  vencoit 

Que  à  cascuns  son  fief  croistroit.     (Bmt.  v.  12486.  7.) 

Se  ma  dame  ma  vaineoit.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  26.) 

Certes  je  vaincrai  le  tornoi.     (P.  d.  B.  v.  7535.) 

Qui  vencus  iert,  si  soit  deshonores, 

Et  qui  vaincra  s'en  ait  les  hérites.     (0.  d.  D.  v.  4542.  3.) 

Sire,  fait  il,  bataille  aurons. 

Et,  se  Deu  plaist,  bien  le  vaincrons.    (P.  d.  B.  v.  2379.  80.) 

Li  hai'di  vaincront  les  coars.     (Ib.  v.  2360.) 


DU   VERBE.  233 

Bien  se  fioit  qui'il  le  vaiiicroU.    (P.  d.  B.  v.  9532.) 
Dont  il  veincroit  son  enemi,     (L.  d'H.  v.  1053.) 
Que  sans  dotance  les  vaincroient.    (Brut.  v.  12665.) 

Et  jai  at  vencuit  lo  pechiet  en  sa  propre  personne ,  quant  il  l'umaine 
nature  receut  senz  totes  taiches  de  pecMet.     (S.  d.  S.  B.  p.  537.) 

Mez  il  furent  veincii,  et  en  fuie  tornerent.   (R.  d.R.  v.1054.) 

Si  souvent  que  vaincue  suy.     (R.  d.  G.  d.  G.  v.  3529.) 

Ge  m'est  avis  que  jo  i  soie 

E  que  jo  ja  vainqus  les  voie.     (Brut.  v.  11301.  2.) 

N'en  court  de  bataille  venchu.     (R.  d.  S.  G.  v.  927.) 

Ge  ne  vos  rende  sempres  coi  et  vendm.    (R.  d'A.  p.  1,  c.  1.) 

Ce  ch  pour  c  fort  a  déjà  été  expliqué  fort  souvent. 

Vainqant  (Gh.  d.  S.  H,  p.  79). 

Remarquez  le  composé  sor vaincre,  vaincre,  subjuguer,  dominer, 
triompher. 

Guide  me  tu  sorvaincre'^  tu  as  le  san  perdu.   (Gh.  d. S. n,  p.  162.) 

YIYRE  (vivere). 

Le  verbe  vivre  faisait,  au  parfait  défini,  avec  affaiblissement 
de  IV  en  e,  vesquï,  veski^  vesqi,  vescJii  (sk,  squ,  sch,  se  ===  x), 
au  participe  vescu,  veschu^  et,  vers  la  fin  du  XIIP  siècle, 
vesqui  (Y.  naître) 

Li  bons  de\Toit  vivre  à  loisir.     (P.  d.  B.  v.  5439.) 

Bien  cuidai  vivre  sans  amour 

Des  ore  en  pais  tout  mon  ae.    (G.  d.  G.  d.  G.  p.  25.) 

E  or  sai  ben  n'avons  guaires  à  vivere.    (Gh.  d.  R.  p.  75.) 

Kar  por  seint  eghse  maintenir, 

Youdrat  u  vivere  u  moiir 

A  honour.     (Ben.  t.  3,  p.  623,  c.  1.) 

Gertes  c'est  grans  desloiautes 

Que  jou  vif  et  vous  lestes  mors.     (Phil.  M.  v.  8641.  2.) 

D'aler  à  li  or  ai  quis  l'achoison 

Dont  je  morrai;  et  si  je  vif,  ma  vie 

Yaudra  bien  mort.     (G.  d.  G.  d.  G.  p.  90.) 

Vif  e  règne  paisiblement, 

Geo  ottrei  e  voil,  tei  e  ta  gent.     (Ben.  II,  v.  643.  4.) 
Or  meismes  lai  où  il  en  luy ,  et  en  ayer  luy  vit  plus  bienaurousement 
(S.  d.  S.  B.  p.  554.) 

Suffi-e  que  jo  vive  si  cume  jo  ai  este  od  tun  père,  od  tei,  si  te  plaist, 
sen-ai.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  177.) 

Quar  il  covient  que  cil  sols  vivet  bestialment  ki  par  humaine  raison 
ne  soi  atempret.     (M.  s.  J.  p.  513.) 

Pour  la  miudré  dame  ki  vive 

A  fait  et  rimee  ceste  oevre.     (R.  d.  1.  Y.  v.  6639.  40.) 

Unques  puis  qu'il  vesqui  nul  jor 


234  DU   VEKBE, 

Ne  fist  al  duc  si  servir  non 

Od  quor  do  bone  ©ntention.     (Ben.  v.  10068-70.) 

Tant  com  il  vesqui  et  raina 

Tos  autres  princes  sormonta 

De  cortoisie  et  de  proesce.     (Brut.  v.  9262-4.) 

Enpres  cest  fet  rois  Aelsis 

Ne  vesquit  mes  qe  quinze  dis.    (L.  d'H.  v.  1091.  2,  cfr.  1084.) 
Cette  orthographe  en  t  finale  était  très -rare,  et  n'appartient 
pas  aux  bons  temps.  ■ 

Et  quant  plus  ensamble  veskirent 

Et  tant  plus  bonne  amour  maintinrent.  (E.  d.  1.  V.  v.  6632. 3.) 

Nuls  biens  ne  me  peust  venir 

A  nul  jor  mais  que  jeo  vesquisse 

Se  issi  malement  vos  perdisse.     (Ben.  v.  6026-8.) 

Mult  ère  à  ceo  volenterif 

Cum  vesqueisse  contemplatif.     (Ib.  v.  11249.  50.) 
Vesqueisse  est  sans  doute  une   analogie    à    queisse   et   autres 
formes  semblables. 

Ja  ne  poi  geo  merci  avoir 

Que  jeo  vesquisse  dusqu'au  soir.     (M.  d.  F.  Il,  p.  378.) 
Vequisse  (?)    (G.  1.  L.  n,  240.) 

E  veirement  le  sai  que  si  Absalon  vesquist,  tuz  i  fussums  morz,  e 
ço  te  plarreit.     (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  191.) 

D'euz  toz  en  fust  icist  la  flors, 

Se  fust  que  longement  durast, 

Qu'il  vesquist  plus  e  qu'il  regnast.     (Ben.  v.  30013-5.) 

Et  sanz  doute,  se  il  veschist 

Vaspasien,  se  il  vousist 

Garessist  de  sa  maladie 

Ne  fust  si  granz  ne  si  antie.     (E.  d.  S.  G.  v.  1063  -  6.) 

Dont  sont  il  mort?    Par  foi,  ce  enten  ge, 

Car  s'il  vescuissent,  ja  Eenars 

N'euist  corone  ...     (R.  d.  Een.  IV,  p.  61.) 
Vivaient  (M.  s.  J.  p.  465) ,  vivrai  (P.  d.  B.  v.  6102);  Poit  p.  29; 
Th.  F.  M.  A.  p.  40),  viverai  (Trist.  H,  p.  104),  viveras  (Q.  L.  d.  R. 

IV,  p.  416),  viverad  (ib.  I,  p.  81  ;  Ch.  d.  R.  p.  153),  vivrons  (Ben. 

V.  24979),  vivreiz  (ib.  v.  24369),  viveront  (Fabl.  et  C.  I,  p.  285), 
vivreie  (Trist.  II,  p.  79),  viveroie  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  8117),  vivreit 
(Ben.  V.  15357),  etc.  etc. 

Diex,  pour  qui  j'ai  vesqui  en  terre.     (N.  E.  F^  et  C.  Il,  p.  289.) 

On  lit  dans  les  S.  d.  S.  B.  p.  554: 

Quant  sainz  Polz  fut  convertiz ,  si  devint  ministres  de  ceste  conver- 
sion par  tôt  lo  munde,  car  il  mainte  gent  convertit  à  Deu  par  l'office 
de  prédication,  za  en  ayer  quant  il  ancor  estoit  en  char,  et  s'il  donkes 
ne  veskivet  jai  mies  selonc  la  char. 


DTJ   YEBBH.  235 

Cette  forme  veskivet,  reconnue  par  Koquefort ,  est  une  faute 
de  copiste.  La  construction  et  le  sens  de  la  phrase  repoussent 
l'imparfait  de  l'indicatif;  on  doit  remplacer  veshivet  par  veshist, 
c'est-à-dire  par  la  troisième  personne  du  singulier  de  l'imparfait 
du  subjonctif. 

La  forme  suivante  est  également  incorrecte: 
Dunkes  bien  est  demostreit,  quand  la  terre  des  païens  est  ramem- 
breie,  ke  li  bieneurous  Job  viscat  entre  les  félons.     (M.  s.  J.  p.  441.) 

Vivre  s'employait  souvent  avec  le  pronom  se  au  sens  de 
se  nourrir,  se  sustenter. 

E  la  vitalle  de  coi  nos  nos  vivron.     (E.  d'A.  p.  5,  c.  2.) 


Afin  d'éviter  des  redites,  j'ai  réservé,  pour  en  parler  en 
commun,  deux  classes  de  verbes  qui  font  partie  de  la  quatrième 
conjugaison  :  ceux  en  . .  .  ndre  et  ceux  en  uire  ^ 

A.  Voyons  d'abord  les  verbes  en  . . .  ndre ,  qui ,  dans  le 
principe ,  dérivaient  tous  de  primitifs  latins  en  n^ere. 

Dans  l'ancienne  langue,  on  avait  l'habitude  d'écrire  ^n,  lorsque 
la  nasale  n ,  simple  ou  redoublée ,  était  suivie  d'un  i  ou  d'un  g 
adouci  (fj;  puis,  souvent  encore,  on  diphthonguait  avec  i  la 
voyelle  précédente,  en  Bourgogne  et  en  Picardie;  p.  ex. 
Campania,  Champaigne ,  etc.  Aujourd'hui  ce  gn  a  le  son  de  nj\ 
et,  au  treizième  siècle,  il  en  était  sans  doute  déjà  ainsi,  puisque 
les  auteurs  allemands  du  moyen -âge  écrivaient  Schampanje,  etc. 
Néanmoins  la  place  du  son  guttiu-al  doit  avoir  été  celle  que  lui 
donne  l'ancienne  ortliographe ,  et  le  ^  se  prononçait  alors  comme 
n  nasal ,  d'où ,  avec  assimilation  des  consonnes  ^  ^  gn  =  ngn.  En 
fixant  ainsi  la  prononciation  de  gn,  on  se  base:  1  ^  sur  ce 
que  les  mêmes  assimilations  nasales  se  retrouvent  avant  le  gn 
de  l'ancienne  langue  latine,  lequel  a  également  pour  nous  le 
son  nj^  mais  que  les  Eomains  prononçaient  ngn  (cfr.  singnum 
des  inscriptions)  ;    2  ^  sur  les  nombreuses  orthographes   en   ngn 


(1)  Je  me  sers  des  dénominations  ndre,  uire,  pour  éviter  des  circonlocutions;  mais 
je  n'entends  pas  dire  que  ndre,  uire  soient  des  terminaisons. 

(2)  On  a  vu,  à  l'article  Dérivation,  que  très -souvent  les  consonnes  produisent  un 
changement  des  voyelles.  Le  cas  contraire  a  lieu  aussi,  c'est-à-dire  que  certaines 
voyelles  influent  sur  les  consonnes,  a)  Le  son  de  la  consonne  est  déterminé  par  la 
voyelle  suivante ,  p.  ex.  c  sonne  autrement  devant  a  que  devant  i.  b)  Le  renforcement 
des  voyelles  et  l'assimilation  de  la  2«  et  3e  espèce  (v.  Dérivation)  influent  sur  la  con- 
sonne suivante,  quand  celle-ci  est  une  liquide,  c'est-à-dire  qu'on  la  redouble.  On 
a  vu  p.  ex.  ai'mme,  de  amer,  faillir,  après  que  Vi  se  ftit  introduit  dans  le  radical,  etc. 
Cet  usage  n'était  cependant  pas  une  règle  générale. 


236  DU    VERBE. 

de  la  langue   d'oïl  K     (V.  Wackernagel ,   Altfranzôsische  Lieder 
und  Leichen,  pp.  164-7.) 

Les  observations  qu'on  vient  de  lire  étaient  nécessaires  pour 
expliquer  l'orthographe  primitive  de  nos  verbes  en  ndre,  c'est- 
à-dire  gnre,  en  Bourgogne  et  en  Picardie. 

Et  si  ne  porras  mies  atignre  (attingere)  à  lei.     (S.  d.  S.  B.  p.  528.) 
Certes ,  forz  est  amors  si  cum  morz ,  et  dure  si  cum  enfers  chariteiz, 
dont  tu  leis  en  un  altre  leu,  ke  les  granz  awes  ne  poront  mies  estignre 
(exstinguere)  la  chariteit.     (Ib.  p.  569.) 

Estignre,  plus  tard  estaindre^  esteindre,  signifiait  éteindre, 
ne  pouvoir  plus  respirer,  étouffer,  mourir,  détruire. 

Si  est  épris  ne  puet  estaindre.    (E.  d.  1.  M.  v.  475.) 

Si  tu  à  la  parsomme  vis  de  foit  ensi  k'il  ne  covignet  mies  pîaignre 
(plangere)  ke  tu  ayes  oblieit  ton  pain  à  maingier.     (S.  d.  S.  B.  p.  534.) 

Ancor  te  di  plus ,  ne  mies  solement  oygnre  (ungere),  anz  lo  (lo  chief  ) 
covient  nés  engraissier.     (Ib.  p.  565.) 

Oignre,  plus  tard  oindre^  signifiait  oindre,  frotter,  enduire; 
flatter,  s'insinuer.  On  verra  plus  bas  le  composé  enoind/re 
(inungere),  oindre,  frotter,  enduire. 

Dès  la  fin  du  XII*  siècle ,  on  fit  l'intercalation  ordinaire  du 
d  entre  *^  et  r,  et  l'on  n'écrivit  plus  le  y,  d'où  ndre. 

La  Normandie  orthographiait  ngre^  nger,  et  le  g  se  conserva 
même  encore  après  qu'on  eût  intercalé  le  d. 

E  requist  le  rei  de  Moab  que  sis  pères  e  sa  mère  fussent  entur  lui, 
dès  ci  qu'il  soust  que  Deus  li  freit  ki  Tout  fait  enuingdre  à  rei  sur 
Israël.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  85.) 

Avant  d'aller  plus  loin,  il  faut  se  demander:  Les  verbes  en 
ndre  dont  la  voyelle  radicale  était  a  ou  o,  doivent -ils  être  comptés 
parmi  les  verbes  forts?  Les  plus  anciens  thèmes  auxquels  il 
est  possible  de  remonter  nous  les  montrent  déjà  tous  renforcés, 
néanmoins  il  nous  est  resté  quelques  formes  qui  permettent  de 
répondre  affirmativement  à  cette  question.  Ici ,  comme  partout, 
le  renforcement  des  formes  à  terminaison  légère  a  passé  au 
thème  de  l'infinitif,  mais  ce  passage  doit  avoir  eu  Heu  dès  la 
seconde  moitié  du  XII*  siècle. 

Quant  aux  verbes  en  ndre  qui  avaient  «  pour  voyeUe  radicale, 
le  son  de  1'^*  devant  w,  favorisé  par  l'analogie  à  ceux  en  a 
radical,  fit  introduire,  selon  les  provinces,  a  ou  e  au  thème  de 
l'infinitif,  et  cette  diphthongaison  irrégulière  passa  aux  autres 
formes.     On  remplaça  même  assez  souvent  Vai  ou  Vei  par   ot; 


(1)  Cette  remarque  fournit  en  même  temps  l'explication  complète  des  orthographes 
n,  ng,  gn,  ngn,  g,  pour  indiquer  le  sou  nasal. 


DU   VERBE.  237 

toutefois  ces  formes  irrégulières  en    oi  appartiennent,    pour  la 
plupart,  à  la  seconde  moitié  du  XUI*"  siècle. 

Yoici  quelques  exemples  des  infinitifs  en  ndre. 

Lascher,  faindre  ne  resortir 

Ne  se  volait  de  Deu  servir.     (Ben.  v.  8894.  5.) 

Ne  volez  pas  celer  ne  faindre 

A  quei  l'om  pot  à  vos  ateindre.     (IL.  v.  9312.  3.) 

Faindre^  feindre  (ûngere)  signifiait  dissimuler,  déguiser,  feindre, 
tromper,  —  et  comme  verbe  réfléchi,  se  faire  passer  pour,  se 
cacher,  se  ménager,  travailler  nonchalamment. 

Ce  violt  que  soit  li  siens  mestiers 

De  vos  çaindre  premiers  l'espee.     (P.  d.  B.  v.  2014.  5.) 

Çaindre  (cingere)  avait  le  sens  de  ceindre,  revêtir,  être  revêtu. 
Composés:  acaindre,  enceindre,  entourer,  environner,  enclore. 
De^aindre,  ôter  une  ceinture. 

Granz  colz  se  donent  es  escus  de  quartier 
Desoz  les  boucles  les  font  fraindre  et  brisier.    (G.  d.  V.  v.  2357.  8.) 
Homs  ne  doit  freindre  ne  desjoindre 

Cels  q'asembler  velt  Diex  et  joindre.     (N.  R.  F.  et  Cil,  p.  34.) 
Fraindre  (frangere)  signifiait  rompre ,  briser,  casser,  séparer  ; 
enfreindre. 

Composés:  Fsfraindre^  effraindre,  détruire,  rompre,  briser, 
Befraindre ^ ^  réprimer,  réfréner,  renoncer,  rabattre,  apaiser, 
modérer,  soulager. 

Ainz  que  lor  dol  puissent  refraindre.     (Ben.  v.  28803.) 

Cil  ne  valdrent  mie  remaindre. 

Ne  de  lor  requeste  refraindre.    (Brut.  v.  591.  2.) 

Enfraind/re^  enfreindre. 

En  la  chambre  revint  arrière 

Que  le  feu  desteindre  cuida.     (Chast.  XXIII.  v.  98.  9.) 

Besteindâ-e ^  avait  la  signification  de  éteindre,  calmer. 
En  Eencesvals  à  EoUant  irai  juindre. 
De  mort  n'aurat  guarantisun  pm*  hume.     (Ch.  d.  R.  p.  37.) 

Joindre  (jungere)  signifiait  joindre ,  unir,  lier;  engager  un 
combat,  assaillir. 

(1)  n  ne  faut  pas  confondre ,  comme  cela  est  souvent  arrivé ,  le  verbe  refraindre 
avec  refréner  (refraenare) ,  tenir  en  bride,  arrêter. 
Qu'autresi  cume  riens  desvee 
Qui  ne  pot  estre  refrénée,^ 

Les  vait  desmenbrer  e  ocire.     (Ben.  v.  38713-5.) 
Ço  li  respunt  le  cunte  :  Refrénez  cel  talent.     (Ib.  t.  3,  p.  546.) 
Cfr.  ajrener,  arrêter,  retenir,  mettre  un  frein. 
Lor  mautez  savait  ajrener, 
Vengier  ,  apaisier  e  dampner.    (Ben.  v.  17431 .  2.) 


238  DTJ   VERBE. 

Composés:   Conjomdre ,  conpimlre ^  réumr,  contracter.    Des- 
joindre,  dejoindre,  disjoindre.     Enjoindre^  enjoindre.    Ajoindre. 
Plaindre  se  doit,  qui  est  batus.     (Romv.  p.  531.) 
Plaindre j  plaindre,  regretter,  gémir,  soupirer,  lamenter. 
Composés:    Compïaindre^  plaindre,  gémir,  lamenter,  avoir 
du  chagrin.     Desplaindre  ^  plaindre  fort. 

Dont  moult  m'a  fait  pâlir  et  taindre.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3156.) 
Taindre  (tingere)  signifiait  teindre,  colorer,  changer  de  couleur, 
avoir  l'air  blême,  défait,  défiguré. 

Cil  qui  poindre  dévoient.     (H.  d.  V.  495**.) 
Poindre   (pungere)    avait   le    sens    de    piquer,    aiguillonner, 
stimuler,    exciter,    poindre;    donner    des    éperons    à  un  cheval, 
aUer  au  galop,  en  toute  hâte,  s'élancer. 

Composés:  Repoindre.     Apoindre^  donner  des  éperons,  se 
hâter,  s'empresser. 

On  trouvera  plus  bas  des  exemples  d'un  verbe  empeindre^ 
empeindre ,  dans  lequel  il  faut  bien  se  garder  de  voir  un  composé 
de  poindre,  bien  que  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle  fournisse 
des  formes  en  oi ,  au  lieu  de  ««,  ei  radical.  Empaind/re  dérive 
de  impingere;  il  signifiait  heurer,  fi'apper,  pousser,  élancer,  lancer, 
jeter  —  heurter  contre  quelque  chose  —  embarrasser. 

Je  citerai  enfin  le  verbe  straindre.,  serrer,  resserrer,  mettre 
à  l'étroit ,  étrangler  ;  qui  disparut  de  bonne  heure  et  fut  remplacé 
par  le  composé  estraindre  (exstringere),  étreindre,  serrer,  resserrer, 
presser,  réduire,  restreindre.  A  la  même  racine  appartenaient 
encore:  a)  Bestraind/re  (destringere) ,  arrêter,  réprimer,  punir 
avec  sévérité,  forcer,  opprimer,  tourmenter,  maltraiter,  contraindre 
par  saisie  des  biens. 

En  tele  manière  que  il  nous  devoit  destraindre  par  son  chastel  et 
guerroier.     (H.  d.  V.  508  ^) 

hj  Restraind/re  (restringere),  restreindre,  resserrer,  retirer,  replier. 
S'eslaissa  li  cuor  e  tant  crut, 
Ne  pout  restreindre  quant  il  dut.     (R.  d.  R.  v.  7545.  G.) 

c)  Astraindre^  astreindre. 

A  la  fin  du  Xm^  siècle  et  au  commencement  du  XIV®, 
l'influence  des  formes  qui  avaient  gn ,  fit  créer  des  infinitifs  où 
cette  combinaison  se  retrouve  ;  mais  comme  la  prononciation  du 
gn  s'accordait  mal  avec  re^  on  rapporta  ces  nouveaux  thèmes 
à  la  première  conjugaison. 

Le  présent  de  l'indicatif  des  verbes  en  ndre  se  conjuguait 
d'abord  de  la  manière  suivante,  p.  ex.: 

plaing ,  plainz,  plaint^  plagnons,  pïagneiz^  plaignent^ 


DU    VEKBE.  239 

c'est-à-dire  que  la  première  personne  du  singulier  n'ayant 
aucune  terminaison,  le  g  conservait  la  place  qu'il  avait  dans 
le  latin;  qu'on  syncopait  le  ^,  comme  les  autres  consonnes, 
devant  les  terminaisons  s  (%)  et  t  de  la  seconde  et  de  la  troisième 
personnes  du  même  nombre  ;  qu'enfin  on  écrivait  gn  au  pluriel 
pour  la  raison  que  j'ai  donnée  ci -dessus. 

Le  présent  du  subjonctif  s'écrivait  gn  pour  la  même  cause. 
Au   lieu   de  ng  ^  à    la    première    personne    du   singulier  du 
présent  de   l'indicatif,    on    orthographia   souvent   en  ^,    dès  le 
milieu  du  XIII^  siècle.     (Voy.  tenir.) 

Après  l'introduction  de  la  forme  ndre^  on  conjugua  quel- 
quefois comme  si  le  d  eût  été  radical,  c'est-à-dire  qu'on  le 
conserva  à  toutes  les  formes  oii  l'on  admettait  la  consonne 
finale.  Cette  méthode  est  celle  que  suit  le  texte  des  oeuvres 
de  S.  Grégoire.     (Cfr.  prendre.) 

Dex!  dist  la  dame,  que  le  mont  a  sauve, 

Or  ne  j^laing  pas  ce  que  lui  ai  donne.     (R.  d.  C.  p.  161.) 

En  recordant  ma  grant  folie  .... 

Me  plaing  .vij.  jors  en  la  semaine 

Et  par  reson.     (Ruteb.  I,  p.  30.) 

Et  ge  me  plaig,  si  ai  reson.     (Romv.  p.  531.) 
Quant  tu  avéras,  dist  il,  geuneit,  oing  ton  chief.    (S.  d.  S.  B.  p.  563.) 
Dist  nostre  Seignui*  à  Samuel  :  Lieve ,  si  Venuing  ;  cist  est  mis  esliz. 
(Q.  L.  d.  E.  I,  p.  59.) 

Tôt  ton  message  à  ce  estreing 

Qu'à  jeter  l'en  essaiereies.     (Ben.  v.  15203.  4.) 

Tôt  le  poeir  de  lor  noisance, 

Od  la  vertu  de  ta  puissance 

Fraing  e  abat,  este  e  confunt.     (Ib.  v.  13249-51.) 

Dame,  dist  il,  pas  ne  me  faing, 

N'en  moi  n'a  orguel  ne  desdaing.    (P.  d.  B.  v.  1209.  10.) 

Ha!  fortune!  chose  legiere. 

Qui  onis  devant  et  poins  derrière, 

Comme  es  marrastre!    (Rutb.  I,  p.  82) 
Nostre  Signer  oynt  cil  ki  en  toz  leus  est  sa  bone  odors.     (S.  d.  S.  B. 
p.  563.) 

E  qui  enfraint  la  pais  le  rei  en  Merchenelae ,  cent  solz  les  amendes. 
(L.  d.  G.  p.  174.  1.) 

Qu'en  .ij.  moitiez  li  fremt  le  col.     (Chr.  A.  N.  I,  p.  26.) 

Tant  se  porront  dedenz  deffendre 

Cum  il  i  auront  que  mangier, 

Qu'entors  les  doves  deu  teiTer 

Cort  Lisle  e  aceint  de  toz  liez.     (Ben.  v.  33845-8.) 

Le  destrier  point  des  espérons  doreiz.     (G.  d.  Y.  v.  630.) 

Fous  est  qui  le  feu  esteint  sofle.     (Ben.  v.  15362.) 


240  DU   VERBE. 

Si  bien  Venpaînt  Geris  li  viex  floris, 
Que  Berniers  a  les  esti-iers  guerpis.     (E.  d.  C.  p.  135.) 
Jofroiz  li  Angevins  an  la  presse  s'anpainf.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  201.) 
Et  avec  oi  pour  ai: 

Enpoint  le  bien ,  si  l'ait  fait  trabucMer.     (G.  d.  V.  v.  270.) 
Qant  le  voit  Guiteclins ,  d'ire  taint  comme  pois.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  201.) 
Joouse  porte  droite  là  où  a  grant  luor, 
Sovantes  foiz  la  tadnt  de  vermeille  color.     (Ib.  II,  p.  147.) 
Car  amors  ne  se  faint  niant.     (P.  d.  B.  v.  6812.) 
Ainssi  ses  grans  sens  li  destraint 

Li  feus  d'amours  et  li  estaint.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  803.  4.) 
Adont  estruint  li  quens  son  conseil  entre  lui  et  ses  Lombars.     (H.  d. 
V.  501^) 

Mais  alsi  com  nos  nos  compîainâons  à  nostre  Sanior ,  quant  nos  cez 
choses  avons  oïes,  et  nos  li  disons  ....     (M.  s.  J.  p.  491.) 

Quantes  foiz  nos  rastrendons  les  turbilhous  movemenz  del  corage 
desoz  la  vertut  de  mansuetudine.     (Ib.  p.  513.) 

Maintes  foiz  turnons  nos  mimes  les  visées  el  usage  de  vertuz ,  se 
nos  nos  astraindons  encontre  eaz  par  fort  estude.     (Ib.  p.  455.) 

Foignons  avant  plus  sommes  nos  .iii.  tans.    (R.  d.  C.  p.  153.) 

Et  nous  aussi  ne  nous  faignons.    (Renart  le  Nouvel,  t.  IV,  p.  174.) 

Poignes ,  François  :  demandeiz  M  feri.     (G.  d.  V.  v.  494.) 

Ne  pour  chose  dont  vous  vous  doutez  de  lui,  ne  destraingez  auques  do 

plait;  mais,  pour  Dieu,  restraingez  vostre  coer  entre  vous.  (H.  d.  V.501*.) 

Et  veïr  les  angeles  montanz  et  descendanz  est  esgardeir  les  citains 

del  sovrain  païs ,  et  aperzoivre  u  par  com  grant  amor  il  soi  adjoindent 

à  lur  faite   desor  ceaz,    u  par   com   grant  compassion    de   cariteit  il 

descendent  à  nos  floibeteiz.     (M.  s.  J.  p.  480.) 

Isnelement  ceignent  lur  branz.     (Ben.  v.  5248.) 
Ceingnent  espees  del  acer  vianeis.     (Ch.  d.  R.  p.  39.) 
Ceinent  espees  enheldees  d'or  mier.     (Ib.  p.  149.) 
Çaingnent  espees  od  les  brans  vienois.     (0.  d.  D.  v.  6799.) 
Chaignent  espees ,  es  cevaus  sont  saillis.     (Ib.  v.  7828.) 
H  li  deslacent  son  vert  elme  à  or  mier. 

Puis  li  descaignent  son  bon  branc  qu'est  d'acier.     (R.  d.  C.  p.  62.) 
Rune  et  mi  anemi  m'açaignent  de  toz  lez.     (Ch  d  S.  Il,  p.  19.) 
Cil  del  chastel  point  ne  s'i  feignent, 
Lor  enemis  as  chans  empeignenf.    (Ben.  v.  28358.  9.) 
Ja  li  volsist  la  teste  rooignier. 

Quant  au  rescorre  pognent  mil  chevalier.  (0.  d.  D.  v.  3309. 10.) 
Jofrois  et  Miles  de  Braibans  repeignent  chascun  à  la  soie  (eschiele). 
(H.  d.  Y.  495«.) 

Karles  sona  .i.  cor  por  sa  gent  ralier, 

Et  li  baron  apoignent  à  la  voiz  por  aidier.     (Ch.  d.  S.  II.  p.  138.) 
Si  s'entreviennent  par  tel  forche 


DU    VERBE.  241 

Que  tout  aussi  comme  escorche 

Esclicent  les  lanches  et  fraignent.    (R.  d.  1.  V.  v.  5528-30.) 

Li  .j.  fuient  tout  esperdu, 

Li  autre  cachent  et  ataingnent, 

Tant  bon  cheval  illuec  estaingnent. 

(Ib.  V.  6057-9;  cfr.  P.  d.  B.  v.  4504.) 
De  ceu  est  ceu   ke  li  altre  l'arguent   et  reprennent  et  dient  k'il 
soffrir  ne  puient  la  perece  de  sa  tevor ,  cuy  il  assi  cum  par  uns  avvillons 
destraignent  et  bottent  assi  cum  à  lor  mains.     (S.  d.  S.  B.  p.  567.) 

Pai-  lor  dois  cans  les  fols  ataignent.  (Brut.  v.  741  ;  cfr.  Villeh.  p.  209.) 
Mais  quant  l'a  trait  vers  ses  orelles, 
Cierges  estingnent  et  candelles.     (P.  d.  B.  v.  1113.  4.) 
Pitusement  plurent  andui, 
Plangent  lur  bone  companie 
K'isi  bref  ment  ert  départie.     (Trist.  II,  p.  52.) 
Dont  encor  s'en  plagnent  les  armes.     (Phil.  M.  v.  1915.) 
Mult  crem  qu'ai  départir  m'en  plaingne.     (Ben.  v.  10420.) 
Si  avient  à  la  foiz  ke  la  pense  plus  haitie,  soi  joindet  un  pau  plus 
largement  al  rait  de  son  esgardement.     (M.  s.  J.  p.  484.) 

Urake  li  dist  qu'il  le  çaigne  (l'espee).     (P.  d.  B.  v.  6831.) 
Que  Melior  li  çaingne  espee.     (Ib.  v.  6899.) 
Li  altres   geunet  par  rancor   et  par  impascience,  et  à  cestui  est 
mestiers  k'il  son  chief  oignet.    (S.  d.  S.  B.  p.  565.) 
Rainelet,  il  convient  c'en  oigne 
Ten  pauc,  lieve  sus  .j.  petit.     (Th.  Fr.  M.  A.  p.  64.) 
Ors  ne  lion  n'est,  ne  beste  sauvage. 
Qui  tel  folz  est  ne  fraigne  son  voloir 
De  fere  mal  et  ennui  et  damage.     (C.  d.  C.  d.  C.  p.  100.) 
Et  totevoies  ne  lait  il  mies  por  ceu  k'il  ne  requieret  ke  nos  Voigniens 
(nostre  chief).     (S.  d.  S.  B.  p.  563.) 

Je  vous  commande  à  tous,  en  nom  de  pénitence,  que  \ous  poig mes 
encontre  les  anemis  Jhesu  Christ.     (H.  d.  V.  p.  182.  VIII.) 
N'i  targent  plus  ne  ne  feignent. 

Qu'es  gi'anz  undes  de  mer  s'enpeignent.   (Ben.  v.  27315. 16.) 
Le  parfait   défini  des  verbes   en  J7,dre   se   conjuguait   de  la 
manière  suivante: 

oms,  oinsis^  oinst,  oinshnes,  oinsistes^  oinstrent^  oinsent^  etc. 
et  l'imparfait  du  subjonctif  correspondant: 

oinsisse^  oinsisses,  oinsist^  omsissiens^  oïnsùsieiz,  oinsissent. 
E  nostre  Sire  te  manded  ces  paroles  :  Jo  te  emiins  à  rei  siu-  Israël 
e  de  Saul  de  délivrai.     (Q.  L.  d.  R.  H,  p.  159.) 

Quant  tu  fus  humbles  e  petiz ,  Deus  te  fist  chief  sur  tut  sun  pople  de 
Israël  ;  Deus  te  enuignst  à  rei ,  sur  son  pople  de  Israël.  -  (Ib.  I,  p.  55.) 
Il  Voinst  davant  toz  les  altres  et  si  assemblât  sor  luy  toz  les  oygnemenz 
de  benigneteit,  de  mansuetume  et  de  suaviteit.     (S.  d.  S.  B.  p.  563.) 

Burguy,  Gr.  delalangiied'oïl.    T.  IL     Éd.  m.  16 


242  DU  VERBE. 

Mazelainne  (Madeleine) 
De  ses  larmes  plorant  lava 
Les  pies  Jhesu  k'il  ot  moult  biaus, 
Et  resua  de  ses  cheviaus, 
Et  puis  les  oinst  d'un  ongement 

Qu'ele  avoit  gardet  longement.     (Phil.  M.  v.  10709-13.) 
Cume  ço  oïd  li  poples,  forment  s'en  plainst  e  plurad.  (Q.  L,  d.  E.  I,  p.  36.) 
E  ateinst  l'unime  Deu,    si  i  parlad  desuz  un  arbre  ù  il  le  truvad. 
(Ib.  in,  p.  288.) 

Tout  son  afaire  a  atourne, 
En  France  vint,  et  moult  se  plainst 
Del  roi  Eioart  qui  si  Vatainst.     (Phil.  M.  v.  19792-4.) 
Maudit  tute  sa  destinée 
E  l'ure  qu'om  li  ceinst  espee 
E  l'ure  qu'il  fu  chevalier.     (Ben.  v.  5431-3.) 
Geri  li  sainst  le  branc  forbi  d'acier 
Qui  fu  Raoul  le  nobile  guerrier.     (R.  d.  C.  p.  149.) 
....  Et  il  Vestrainst  par  les  costes.     (P.  d.  B.  v.  1288.) 
Et  furent  mult  destroit  et  mult  irie,  et  mult  se  plainstrent  de  cels 
qui  avoient  faite  la  mellee  entre  l'empereor  et  le  marcMs.    (ViUeli.466''.) 
Pesa  lor  mult,  assez  le  plainstrent.     (Ben.  v.  12797.) 
Et  bien  s'i  prouva  li  soudans, 
Quar  à  nos  gens  fîst  moult  de  bien. 
Ne  de  lui  ne  se  pïainsent  rien.     (Phil.  M.  v.  22924  -  6.) 
Al  cors  du  mort  porter  espeissa  la  medlee, 
Quer  Alemanz  i  poinstrent  come  gent  desvee.    (R.  d.  R.  v.  4007. 8.) 
Chil  as  quels  il  fu  commande  poinsent  premiers,  et  li  autres  l'esgar- 
derent,  si  com  drois  fu.     (H.  d.  Y,  p.  183.  IX.) 
Bien  les  chacierent  et  ataintrent, 
Qui  d'ax  abatre  ne  se  faintrent.    (Brut.  v.  12638.  9.) 
Mirmande,  un  chastel  orgoillos, 
E  vers  eus  mult  contralios, 

Ceinstrent  d'environ  e  d'entor.     (Ben.  v.  29615-7.) 
Deus  me  enveied  jesque  à  tei,  que  jo  fenuignsisse  rei  sur  sun  pople 
de  Israël.    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  53.) 

Li  espiriz  nostre  Signer  manut  sor  luy;   et  cornent  dotteroit  nuls 
k'il  nel  oinsist?    (S.  d.  S.  B.  p.  563.) 

Li  archevesques  mors  estoit  |  Qui  enoindre  le  roi  devoit; 
N'i  ot  altre  qui  Venoinsist, 

Et  qui  sa  main  mettre  i  volsist.     (Brut.  v.  6681-4.) 
Quant  veit  li  reis  Henris  qu'il  nel  purra  aveir, 
Quida  qu'il  se  fainsist  tut  pur  lui  deceveir.   (Th.Cant.p.  15,v.  21.2.) 
Le  meillor  hume  e  le  plus  sage 
E  le  plus  eslit  chevalier 
Qui  une  i  ceinsist  brant  d'acer  .  .  .     (Ben.  II,  v.  946-8.) 


DU  \t:rbé.  243 

Mlle,  dist  il,  je  vos  ai  mariée 

Au  millor  home  qui  aine  çainsist  espee.    (0.  d.  D.  v.  2515, 6.) 

Drois  empereres  au  coraige  vaillant. 

Je  ne  volroie,  por  l'onor  de  Mellant, 

Qu'autres  que  je  en  çainssist  ja  le  brant.     (R.  d.  C.  p.  193.) 
Et  mostiers   fut  ke   ele  andous  cez  choses   conjoinsist  ensemble. 
(M.  s.  J.  p.  442.) 

Dune  cumandad  que  il  la  enpeinsissent  aval  de  cel  solier,  e  il  si 
firent.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  378.) 
Et  avec  d  (cfr.  prendre)  : 

Qui  voies  fosseroit,   ou  terre  d'autrui,  et  on  se  pîaindist,   il  en 
seroit  à  xl  s.     (1312.  J.  v.  H.  p.  551.) 

Et  elle  estoit  si  fine  belle, 

Que  n'avoit  dame  ne  pucelle 

Ens  el  païs  qui  Vataindist.    (R.  d.  ,C.  d.  C.  v.  151-3.) 

Le  participe  passé  des  verbes  en  ndre  se   terminait   en  nt. 

Et  totevoies  ne  redottet  mies  à  oygnre  Marie  Madalene  cest  chief, 

jai  soit  ceu  ke  li  Pères  l'aust  oynt  si  largement.     (S.  d.  S.  B.  p.  562.) 

Nostre  Sire  me  seit  propice ,  que  jo  mal  ne  li  face ,  kar  il  est  reis 

enuinz  par  nostre  Seignur.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  94.) 

Si  avint  chose  ke  une  femme  aportat  lo  corselet  de  son  fil  ki  astoit 
estinz.    (Dial.  de  S.  Grég.  I.) 

Je  voi  vos  garnemanz  tainz  et  ansanglântez.   (Ch.d.S.II,p.l55.) 

Puis  a  chaint  le  sien  branc  demainne. 

Que  milloui-  ne  pooit  avoir.     (R.  d.  1.  Y.  v.  1772.  3.) 

A  paines  porai  le  tissu 

Deviser  dont  ele  estoit  çainte.    (R.  d.  1.  M.  v.  2216.  7.) 
Si  disons  et  tesmoingnons ,  ke  coli  mardi  li  dis  dus  fu  del  tout  en 
defaute  de  faire  chou  ke  nous  li  aviemes  engoint   (1288.  J.v.  H. p.  478.) 

Sa  gorge  fu  et  maigre  et  tainte, 

Sa  grant  biautez  fut  tote  estainte.    (Dol.  p.  276.) 

Bien  nous  ont  monstre  tuit  li  saint 

Qui  tant  furent  por  Dieu  destraint, 

Ke  ce  que  Dex  dist  n'est  pas  fable, 

Ne  ce  n'est  contrueve  ne  faint 

Chou  que  sainte  Escripture  paint 

De  mort,  de  vie  parmanable.     (Y.  s.  1.  M.  XXXYIII.) 

D'or  e  d'azur,  de  inde  e  de  bief 

I  ont  mainte  bêle  ovre  peinte. 

De  tantes  parz  fu  l'ovre  aceinte 

Qu'en  nule,  ce  quit  bien  e  pens, 

N'out  tant  fait  en  si  poi  de  tens.     (Ben.  v.  26077-81.) 

Ogiers  a  trait  Certain  sa  bone  espee. 

Et  fiert  un  autre  sus  la  targe  dorée, 

Qu'en  deus  li  a  e  frainte  e  tronçonee.   (0.  d.D.v.  5085-7.) 

10* 


244  DU   VERBE. 

.  .  .  Thodres  li  Ascres  .  .  .  avoit  trives  à  l'empereour  Henri  et  ne  li 
avoit  mie  bien  tenues,  ains  les  avoit  enfraintes.  (Villeli. p.  150.  CLXVII  ) 
Outre  ce  participe  régulier  de  la  langue  d'oïl ,  le  verbe  fraindre 
en  avait  un  second  qui  dérivait  directement  du  latin  fractus. 
Et  cil  le  fiert  si  en  l'escu 

Que  il  li  a  frait  et  fendu.     (P.  d.  B.  v.  3015.  6.) 
M'espee  est  fraite  joste  le  heux  devant.    (G.  d.  V.  v.  2629.) 
Naymon  l'a  frète,  que  très  bien  l'asena.     (Agol.  v.  574.) 
Les   autres   formes   des   verbes    en    ndre   n'exigent  aucune 
remarque  particulière,  les  quelques  exemples  suivants  suffisent 
à  en  donner  une  idée. 
Imparfait  de  l'indicatif: 

Gérard  encontre,  ki  apoignoit  vers  li.     (G  d.  Y.  v.  1661.) 
Et  del  aguilon  le  poignoit    (E.  d.  S.  S.  v.  1266.) 
Entre  le^  mors  navres  gisoit 
Et  de  paor  là  se  fagnoit    (Phil.  M.  v.  7750.  1.) 
Jai  aloient  par  le  boscaige, 
Et  bestes  et  oisiax  prenoient. 
Au  philosophe  repairoient 
Qui  d'aus  norrir  ne  se  fingnoit.     (Dol.  p.  276.) 
K'ele  (la  lumière)  straindoit  les  cuers  ...  (S.  Grégoire.  V.  Eoquefoi-t, 
s.  V.  straindre.) 

Li  autres  des  sages  estoit  chiches  et  si  avers  qu'il  ne  vouloit  riens 
despendre  ;  et  si  angeleus  que  tout  ce  qu'il  avoit  il  gardoit  et  estreignoit 
moult  durement.     (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  30.) 
Des  espérons  le  destraingnoit, 
Et  du  chevestre  le  feroit.     (R.  d.  Ren.  t.  I,  p.  9.) 
Et  li  Romain  les  encauçoient 

Qu'à  lor  pooir  les  destragnoient.    (Brut.  v.  12252.  3.) 
La  gent  qui  aucun  mal  avoient 
S'en  oignaient  si  garissoient.    (S.  N.  v.  1360.  1.) 
Futur  et  conditionnel  avec  d  intercalaire: 
Tant  cum  je  mais  ceindrai  espee 
Cum  me  peust  il  plus  bonir?     (Ben.  15235.6.) 
En  non  Dieu,  nies,  je  vos  saindrai  l'espee.  (R. d. C. p.  143.) 
E  se  li  reis  m'a  point  el  gras. 

Certes  jeo  joindrai  lui  el  maigre.     (Ben.  v.  15383.  4.) 
Et  jo  te  musterai  que  tu  iras,   e  quel  que  jo   te  musterai  à  rei 
emiinderas.    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  58.) 

E  si  Venuingderas  que  ducs  seit  sur  mun  pople  de  Israël.  (Ib.  I,  p.  30.) 
De  ceo  nel  mescreez  vos  mie; 
Mult  volontiers,  se  il  poeit, 

Ja  ce  sachiez ,  ne  s'en  feindreit.    (Ben.  v.  15331  -  3.) 
Celé  nuit  devisèrent  lor  batailles ,  et  ordenerent  liquel  poinderoient 
premerains,  se  ceu  venoit  al  assembler.     (H.  d.  Y.  493'^.) 


DU   VERBE. 


245 


Participe  présent: 

Devant  les  autres  vait  poignant  Aymeris.   (G.  d.  Y.  v.  1492.) 

Si  s'entrecorent  à  vigor, 

Eomain  vont  cà  et  la  pognant.    (Brut.  v.  12561.  2.) 

Qui  donques  fust  là  à  cel  point,  adonques  peust  veoir . . .  l'empereour 
qui  vait  ses  batailles  ordenant  et  destraignant  de  l'une  partie.  (H.  d. 
V.  494  ^) 

Tôt  soavet  en  estraignant 

L'a  reboutee  sor  l'enfant.     (P.  d.  B.  v.  1275.  6.) 

Et  por  ce  ke  pluisor  lo  désirent  et  nekedent  ne  parvinent  mie  de 
ci  ke  à  la  haltece  de  celé  perfection,  si  dient  il  en  complaindant  à 
droit.     (M.  s.  J.  p.  465.) 

Cfr.:  Comme  font  les  leons,  qui  sans  auscunes  armes  ne  feignent 
point  de  s'aller  ruer  au  milieu  d'un  troupeau  de  bestes  timides. 
(Amyot.  Hom.  iU.  M.  Cato.) 

Ses  familiers  et  amys  le  (Solon)  tançoyent,  disants  qu'il  seroit 
bien  beste  si,  pour  crainte  du  nom  seulement  d'estre  appelle  tyran,  il 
feignait  d'accepter  la  monarchie,  laquelle  devient  incontinent  juste 
royaulte,   si  celuy   qui  la  prend  est  homme  de  bien.     (Ib.  ead.  Solon.) 

(Cato)  ne  feignit  point  d'entrer  en  picque  et  en  querelle  avecques  le 
grand  Scipion,  qui  pour  lors,  encores  qu'il  feust  jeune,  contendoit  avecques 
l'aucthorite ,  puissance  et  dignité  de  F.  Maximus.     (Ib.  ead.  M.  Cato.) 

Brisson ,  courant  contre  Alexandre ,  se  feignit  en  la  coui'se.  (Mon- 
taigne. Essais,  m,  7.) 

Ce  qui  poinct ,  touche  et  esveille  mieulx  que  ce  qui  plaist.  (Ib. 
ead.  ni,  8.) 

La  maladie  se  sent;  la  santé  peu  ou  point;  ny  les  choses  qui  nous 
oignent,  au  prix  de  celles  qui  nous  poignent.    (Ib.  ead.  III,  10.) 

On  se  sera  peut-être  étonné  de  n'avoir  pas  vu  figurer  craindre 
parmi  les  exemples  que  je  viens  de  citer  au  sujet  des  verbes 
en  ndre.  J'avais,  pour  l'omettre,  une  fort  bonne  raison:  Pen- 
dant toute  la  durée  de  la  langue  d'oïl,  craindre  s'est  conjugué 
d'une  manière  propre,  fort  différente  de  ceUe  des  verbes  en  ndre. 

CEAINDKE  (v.  fo.) 

dérive  du  latin  tremere.  Après  le  changement  du  t  initial  en  c, 
ce  verbe  prit  les  formes  cremir^  dans  le  nord  et  l'est  du 
dialecte  picard;  cremer^  crernre,  en  Normandie;  cremeir.^  dans 
les  dialectes  mixtes.  Quant  au  thème  primitif  bourguignon, 
la  forme  cremmoir  des  M.  s.  J.  permet  de  conclure  à  cremor. 
De  cremre^  on  forma  crembre  par  l'intercalation  ordinaire  du  h 
entre  m  et  r.  En  quittant  la  Normandie,  le  m,  qu'affectionnait 
cette  province,  devint  n,  et  alors  la  combinaison  nr  prit  sa 
lettre  intercalaire,  c'est-à-dire  d^  d'où  crend/re. 


246  DU   VEBBE. 

L'influence  des  formes  renforcées  des  présents  fit  introduire 
Vi  de  la  diphthongaison  dans  ces  deux  derniers  thèmes,  et 
l'on  eut  criemhre^  criendre. 

Pendant  la  seconde  moitié  du  XIII®  siècle,  criemhre  se  ren- 
contre dans  toute  l'Ile-de-France  et  même  en  Champagne. 
Pour  ce  qui  est  de  la  partie  ouest  et  sud -ouest  de  la  première 
de  ces  provinces,  criembre  peut  y  avoir  passé  des  dialectes 
voisins;  mais  ce  thème  a  une  origine  propre  dans  l'est  et  en 
Champagne.  Le  futur  et  le  conditionnel  faisaient  ici,  après 
l'introduction  de  l'f  de  la  diphthongaison  au  thème  de  l'infinitif, 
criemrai ^  criemroie^  et,  avec  intercalation  du  h,  criemlrai^  criem- 
hroie,  d'où  l'on  forma,  par  analogie,  le  nouvel  infinitif  criemhre. 

Après  1250,  on  trouve  les  orthographes  crimbre,  crinâre; 
puis,  vers  1300,  creindre.  Creindre  provient  d'une  nouvelle 
diphthongaison  de  la  forme  crendre.  Comme  je  l'ai  déjà  fait 
observer  plusieurs  fois,  cette  diphthongaison  avec  i  postposé 
est  fréquente  dans  l'ouest  de  la  Picardie  et  l'Artois,  pendant 
la  seconde  moitié  du  XIII*'  siècle.  C'est  de  ces  thèmes  crindre^ 
creindre,  que  se  développa,  par  analogie  aux  verbes  en  ndre^ 
la  conjugaison  que  nous  avons  adoptée.  Toutefois  les  anciennes 
formes  de  craindre,  que  je  vais  citer,  restèrent  encore  en  usage 
longtemps  après  le  XIII*  siècle. 

Faute  d'avoir  remarqué  les  transformations  successives  et 
tout  à  fait  normales  qu'éprouva  de  latin  tremere^  quelques  philo- 
logues, se  fondant  sur  ce  que  les  verbes  en  ndre  dérivent  d'un 
primitif  latin  en  ngere^  ont  pensé  que  tremere  n'était  pas  la 
racine  de  craindre^  et  ils  l'ont  cherchée  à  tort  dans  les  idiomes 
celtiques  ^. 

Yoici  quelques  exemples  des  différents  thèmes  de  craindre: 

Quar   el    esgardement    de   la   divine   grandece    aprent   l'om    corn 
humilement  l'om  doit  cremmoi/r  sa  venjance.     (M.  s.  J.  p.  489.) 
Se  vous  me  voles  afranchir 
Ne  vous  estuet  de  riens  cremir.    (E.  d.  M.  p.  25.) 
Cremir  doivent  lur  princes  paien  e  cristien.  (Th.Cant.p.81,v.3) 
Devom  plus  cremer  e  doter.     (M.  d.  F.  U,  p.  415  ;  cfr.  414.) 
Kar  chascuns  riches  hum,  qui  Deu  ne  volt  cremeir, 
Aheve  sur  sa  gent  custume  à  sun  voleir.     (Th.  Cant.  p.  83,  v.  2.  3.) 

(1)  On  a  encore  objecté  que  tremere  se  retrouve  sous  la  forme  tremîr  dans  l'an- 
cienne langue.  Cela  est  relativement  vrai,  c'est-à-dire  suivant  que  l'on  étend  plus 
ou  moins  les  limites  do  l'ancienne  langue.  Tremir  est  une  création  'postérieure  à  la 
langue  d'oïl,  il  date  d'une  époque  où  l'on  avait  perdu  de  vue  l'origine  de  craindre. 
Le  nouveau  dérivé  de  tremere,  tremir,  s'employait,  du  reste,  dans  un  sens  différent 
de  celui  de  craindre;  on  s'en  servait  surtout  pour  exprimer  l'idée  de  trembler,  fris- 
sonner, frémir. 


DU   VEKBE.  247 

Mult  est  musars  qui  Dieu  ne  croit 

Et  cil  mauves  qui  se  recroit 

De  celui  Seignor  criemhre  et  croire 

Qui  nule  foiz  ne  set  recroire 

D'acroistre  cels  qui  en  lui  croient.     (Eutb.  Il,  p.  160.) 

Mult  funt  à  crendre  les  seraines 

Car  de  félonies  sunt  plaines.     (Brut.  v.  753.  4.) 

E  senz  Deu  criendre  e  senz  raison.     (Ben.  v.  40658.) 

Qui  se  fait  et  erimbre  et  amer.     (Y.  s.  1.  M.  Vin.) 

Le  présent  de  l'indicatif  de  craindre  se  conjuguait  régulière- 
ment fort  en  Bourgogne  et  en  Picardie;  ainsi 

criem,  criens,  crient^,  cremons,  cremeiz,  criement; 
plus  tard:    cretm,   creins,   creint,   cremons  et  creimons,  cre- 
meiz et  creimeiz,  creiment. 

Par  suite  de  l'influence  de  la  seconde  et  de  la  troisième 
personnes  du  singulier,  et  des  thèmes  de  l'infinitif  en  ndre^  le 
son  nasal  s'introduisit  souvent  à  la  première  personne  du 
même  nombre,  dès  le  milieu  du  XIII*  siècle,  et,  pour  le 
mieux  marquer,  on  orthographia  même  ng.  Cette  orthographe, 
l'admission  successive  du  n  à  d'autres  formes,  celles  du  sub- 
jonctif qui  étaient  souvent  en  ge,  rendirent  l'analogie  avec  les 
verbes  en  ndre  plus  palpable  et  favorisèrent  aussi  l'admission 
de  craindre  parmi  les  verbes  de  cette  classe.  Le  dialecte  nor- 
mand ne  diphthonguait  pas. 

Impératif:  criem,  cremons,  cremeiz. 

Yoici  des  exemples  des  présents  et  de  l'impératif: 

Chi  vient  une  beste  salvage, 

Mult  me  criem  que  mal  ne  vous  face.     (Poit.  p.  25.) 

Je  criem  que  n'avienge  entre  nos 

Com  entre  un  rei  qui  France  tint 

Et  un  soen  fableor  avint.     (Chast.  IX,  v.  124-6.) 

Si  senz  garde  remaint,  jo  creim  que  ele  soit  perdue. 

(Charl.  V.  322;  cfr.  M.  d.F.  Biscl.  35.) 

Fait  i  aurai  maint  lait  pechie 

Dunt  crem  Deus  seit  vers  mei  irie.     (Ben.  v.  11257.  8.) 

N'i  remaint  dame  qui  n'i  vienge. 

Las!  ja  n'en  tornerunt  mais,  ce  crien  ge.    (Ib.I, v.  1681. 2.) 

Le  n  final  de  ce  dernier  exemple  paraît  être  pour  la  rime 
avec  vienge,  mais  la  consonne  initiale  du  pronom  sujet  placé 
après  exige  le  son  nasal. 

Hastez  vous  tost,  car  je  me  crieng  morir.     (G.  1.  L.  I,  p.  114.) 

(1)  Les  formes  criens,  crient,  où  le  m  est  remplacé  par  w,   prouvent   entre  autres, 
que  dès  les  plus  anciens  temps,  le  wi  a  pris  le  son  nasal  devant  une  consonne. 


248  DU   VEKBE. 

Ne  criem,  ne  dote,  ne  t'esmaies.     (Ben.  v.  39525.) 

Comme  son  signor  puis  celé  eure 

De  cuer  l'aimme,  crient  et  honeure.     (R.  d.  M.  p.  50.) 

Qui  ainme  Dieu  et  sert  et  doute 

Volontiers  sa  parole  escoute: 

Ne  crient  maladie  ne  mort.     (Rutb.  I,  p.  48.) 

Sours  est  Carlles,  ne  erent  liume  vivant.    (Ch.  d.  R.  p.  22.) 

En  la  vile,  denz  la  cloison, 

Là  où  li  reis  sont  plus  fort  place, 

Que  mais  ne  crienge  lor  manace, 

Fist  faire  tors,  portaus  e  murs  .  .  .     (Ben.  v.  37960-3.) 
Cfr.:  Ibid.  I,  v.  497;  H.  v.  689.  4221.  12195.  12235.  22879. 
29582.  34431,  etc. 

Metons  arrière  dos  la  paour  de  nostre  Signour,  en  tel  manière  que 
nous  de  mal  faire  ne  le  cremons.     (H.  d.  V.  503*".) 

De  ço  somes  espoente, 

Mult  en  creimon  estre  esgare.     (R.  d.  R.  v.  10888.  9.) 
Onques  de  moi  ne  vous  cremez,    (H.  d.  V.  503  «.) 
Ahi  las  e  chaitif!  dites  mei  que  cremez? 
Cremez  vus  que  vus  toille  li  reis  vos  poestez ?  (Th.  Cant. p.  8,  v.  21. 2.) 

Suer,  dist  Urrake,  ne  crèmes.    (P.  d.  B.  v.  9719.) 

en  se  criement  de  son  morir.    (FI.  et  Bl.  v.  400.) 

Mai(s)  or  criement  que  ocis  soie 

Por  ce  que  il  ne  m'ont  veu 

Puis  que  li  rois  u  castel  fu.     (Brut.  v.  9002-4.) 

Mais  nepuroc  lor  genz  conreient. 

Tant  n'i  crement  ne  ne  s'efîreient 

Qu'il  ne  facent  lor  establies.     (Ben.  v.  8670-2.) 

Toz  jorz  crement  que  lor  déserte 

Sur  les  cous  lor  chee  e  reverte.     (Ib.  v.  22476.  7.) 

Assalt  ne  creiment ,  ne  traire ,  ne  lancbier.  (0.  d.  D.  v.  3448.) 

Lor  parenz  crânent  encunti'er.  (R.  d.  R.  v.  15493.) 
Le  parfait  défini  avait  trois  formes  :  les  deux  premières, 
dérivant  des  thèmes  primitifs  en  m  final,  cremi  et  eremui;  la 
troisième,  crens^  criens.^  creins,  formée  sur  les  thèmes  en  7id/re, 
par  analogie  déjà  aux  verbes  que  j'ai  réunis  sous  cette  déno- 
mination. 

L'imparfait  du  subjonctif  avait  des  formes  correspondantes: 
cr émisse^  cremusse^  crensisse^  criensisse^  creinsisse. 

La  forme  du  défini  eremui  parait  ne  remonter  pas  au-delà 
du  dernier  tiers  du  XUI^  siècle,  et  sa  correspondante  de 
l'imparfait  du  subjonctif  est  extrêmement  rare. 

Pecchied  ai  en  ço  que  n'ai  tenu  le  cumandement  Deu  e  tes  paroles^ 
pur  ço  que  jo  crem,i  e  obéi  al  pople.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  56.) 

Le  diex  d'amors  onc  ne  cremut.    (R.  de  la  Rose,  v.  6913.) 


DU   VERBE.  249 

Si  s'enfui  li  quens  de  Cartres, 

Qui  cremi  le  duc  et  ses  cartres.     (Phil.  M.  v.  15640.  1.) 

Quant  vit  Osmunt  si  travaillie, 

Si  en-ant,  si  abesoigne, 

Dota  e  crienst.  merveilla  sei.     (Ben.  v.  14077-9.) 

Dota  e  crienst,  si  out  sospeçon 

Que  ce  fust  sa  destruction.     (Ib.  v.  17940.  1.) 

Mais  cil  qui  Deu  cr émirent  e  qui  Forent  ame, 

En unt  od giief  suspir  celeement  plure.   (Th.  Ct.  p.  29,  v.  24, 5.) 

Mult  le  cremurent  tuit  e  loingtain  e  veizin.   (R.  d.  R.  v.  2292.) 
Li  fiz  Amon  s'apercburent  qu'il  eurent  mespris  vers  David,   si  se 
criemstrent.    (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  152;  cfr.  III,  p.  237.) 

Mult  l'en  crienstrent,  mult  le  dotèrent, 

De  lui  mesfaire  se  gardèrent.     (Ben.  v.  17695.  6.) 

Qui  creinstrent  que  Rous  fust  venus.     (Ib.  v.  5901.) 

Se  je  lui  veoir  ne  cr  émisse, 

Riens  plus  volontiers  ne  veisse.     (R.  d.  1.  M.  v.  5971.  2.) 

Si  n'en  crensisse  estre  blasme, 

N'i  eust  rien  de  la  tor  rendre.     (Ben.  v.  32227.  8.) 

Quant  l'aventure  oentdel  moine  |  E  cum  li  dus  la  testemoine, 

N'i  out  un  sol  ne  s'en  crensist 

E  sa  foie  ovre  n'en  gerpist.     (Ib.  v.  25928-31.) 

Sempres  les  criensist  comparera     (Ib.  v.  28521.) 

N'i  ot  baron  qui  il  criensissent, 

Ne  por  qui  rien  faire  volsissent.     (Brut.  v.  8971.  2.) 

U  k'il  volsissent  la  preissent 

Seurement,  rien  ne  cremissent.    (R.  d.  R.  v.  14716.  7.) 
Imparfait  de  l'indicatif: 

Ne  sai ,  feit  il ,  mais  je  cremeie 

Que  de  la  nef  getez  sereie.     (M.  d.  F.  Il,  p.  326.) 

Por  ço  se  cremoit  et  doutoit. 

Et  en  ses  cambres  se  muçoit.     (P.  d.  B.  v.  417.  8.) 
Tes  serfs  mis  mariz  est  morz,  e  bien  le  sens  que  pruzdum  ert  e 
que  il  cremeit  Deu.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  355.) 

Normant  ne  altre  ne  creimeit.     (R.  d.  R.  v.  10960.) 

Li  vos  haubers  n'a  pas  mon  colp  tenu, 

Et  si  disies  ne  cremies  un  festu 

Ne  fier,  n'espie,  tant  par  fust  esmolu.    (O.d.D.v.  11376-8.) 
Li  autre  remestrent  en  Constantinople  en  grant  mesaise   com   cil 
qui  cremoient  perdre  la  terre.     (YiUeli.  478"=.) 

Qant  ère  iriez  mult  se  cremeient 

Seur  tute  rien  trop  me  duteient.     (M.  d.  F.  II,  p.  111.) 

Por  ço  dotoent  e  eràneient 

K'à  lor  parenz  se  cumbatreient.     (R.  d.  R.  v.  15498.  9.) 
Futur  et  conditionnel: 


250  DU  VERBE. 

Adonc  si  ne  crendras  neient.     (Ben.  v.  15563.) 

Ja  mar  crend/rez  nul  hume  à  mun  vivant.    (Ch.d.R.p.31.) 

Mult  les  criendrunt  Engleis,  Peitevin  et  Normant. 

(Th.  Cant.  p.  168,  v.  19.) 
Baron,  dist  Baudoins,  j'an  criemhroie  aviler. 

(Ch.  d.S.  n,  p.  108;  cfr.  p.  182.) 
Se  si  tost  m'an  fuioie,  j'an  criemhroie  avillier.  (Ib.  Il,  p.  152.) 
Crendreit,  si  la  chose  ert  oïe, 
Torne  li  fust.  à  coardie.    (Ben.  v.  25168.  9.) 
Tuit  crendreient  estre  eissillie.    (Ib.  v.  30656.) 

Participe  passé:  cremut^  crent^  crient. 
Dunt  del  tôt  fust  aseurez 

E  forz  e  crenz  e  redutez  .  .  .  (Ben.  v.  17751.  2.) 
De  totes  choses  est  cremiiz.     (Chast.  prol.  v.  123.) 
Franc,  dist  Eollans,  bonne  gent  honorée, 
Sor  toutes  autres  cremue  et  redoutée, 
Com  voz  voi  hui  de  seignor  esgaree!    (Ch.  d.  E.Intr.XXI.) 

On  voit  par  les  exemples  qui  précèdent,  que  le  verbe  cremir 
s'employait  avec  le  pronom  se,  non  pas  comme  aujourd'hui 
pour  signifier  se  redouter,  avoir  peur  de  soi,  se  redouter  ré- 
ciproquement, mais  dans  la  signification  que  nous  donnons  à 
craindre. 

Le  verbe  geindre ,  dont  nous  nous  servons  encore  quelquefois, 
avait  eu  pour  forme  primitive  gémir .^  gemer  =  gémir,  déplorer. 
Gémir  (v.  fo.) ,  dérivé  de  gemere ,  a  subi  les  mêmes  transforma- 
tions que  cremir;  il  se  conjuguait  de  la  même  manière  que  ce 
dernier,  excepté  qu'il  n'a  pas  eu  de  forme  en  oir  et  que  le  par- 
ticipe passé  faisait  gémi  (mais  aussi  gent ,  gient).  Ainsi  gémir  et 
geindre  sont  primitivement  un  seul  verbe,  dont  on  a  fait  plus 
tard  deux  verbes  fort  distincts  dans  leur  conjugaison. 

Parfont  sospire  et  gient  après 

Bas  et  soef ,  et  gist  en  pes.     (P.  d.  B.  v-  1241.) 

Mult  s'alentist  et  aperece, 

Vers  les  espérons  plie  e  gient, 

Qu'à  peine  sor  les  piez  se  tient.     (Ben.  v.  28467  -  9.) 

Jure  e  patible  e  noise  e  gient.     (Ib.  v.  21880) 

Qui  armes  baille  à  ennemi 

S'il  meurt,  ne  doit  estre  gémi.  (Robert,  t.  II,  p.  363.) 

Epreindre  (exprimere),  empreindre  (imprimere),  etc.  ont  encore 
passé  de  la  môme  façon  que  craindre,  geindre  dans  la  conjugai- 
son des  verbes  en  ndre.  Voilà  pourquoi  j'ai  dit  au  commence- 
ment de  cet  article  que,  dans  le  principe,  les  verbes  en  ndre 
dérivaient  tous  de  primitifs  latins  en  ngere. 


DU    VERBE.  251 

B.  Je  viens  aux  verbes  en  uire,  qui  dérivent  de  primitifs 
latins  en  ucere^  ocere^  uere. 

Quant  à  leur  conjugaison  :  les  verbes  en  uire  forment ,  dans 
la  langue  d'oïl,  deux  classes  fort  distinctes:  a)  Les  uns  se  con- 
juguaient de  la  même  manière  qu'aujourd'hui,  c'est-à-dire  qu'aux 
XIF  et  Xm*"  siècle,  on  employait  le  s  (=  c)  comme  dans  la 
langue  fixée ,  à  l'exception  toutefois  que  cette  lettre  se  montre 
aussi  à  l'infinitif;  l)  les  autres  rejetaient  complètement  le  s. 

a)  Nuire  (nocere) ,  luire  (lucere) ,  et  leurs  composés ,  appar- 
tiennent à  la  première  subdivision. 

Nuire  (v.  fo.) 

a  eu  pour  forme  primitive,  en  Bourgogne  et  en  Picardie,  nosir; 
en  Normandie,  nure.  Nosir  ne  fut  pas  de  longue  durée;  on 
introduisit  de  bonne  heure  u  au  radical ,  en  partie  par  analogie 
au  verbe  luisir,  en  partie  par  suite  de  l'influence  des  formes 
renforcées  des  présents;  d'où  nuisir.  Nure  devint  nuire  et  même 
noire  (v.  trouver)  sur  les  confins  des  dialectes  normand  et  picard, 
normand  et  bourguignon.  Plus  tard  nure  reparut  comme  une 
variété  de  nuire. 

Bernier  l'oï,  si  commence  à  rougir. 

Signor,  fait  il,  penseiz  de  moi  nuisir?  (R.  d.  C.  p.  192) 

Qui  0  Deu  se  veut  bien  tenir, 

N'est  rien  qui  li  puisse  noisir.     (Chast.  pr.  v.  185.  6.) 

Qui  sen  forfait  en  tel  manière 

Venistes  aidier  as  Waucreis 

Pur  noire  niei  e  mes  Daneis.     (Ben.  v.  2886-8.) 

Maint  engin  pur  mei  nuire  sovent  avant  mis  unt. . 

(Th.  Cant.  p.  79,  v.  6.) 

Il  ne  peuent  nure  n'aidier.  (Fabl.  et  C.  lY,  172.) 
Le  présent  de  l'indicatif  se  conjuguait  sans  doute  régulière- 
ment fort:  nuis  (v.  mourir),  nues,  nuet ,  nosons,  noseiz,  nuesent; 
mais ,  dès  la  fin  du  XIII''  siècle ,  la  diphthongaison  ui  s'était 
introduite  à  l'infinitif  et  elle  passa  rapidement  à  toutes  les  formes. 
Cil  qui  nuist  nuese  ancore ,  et  qui  est  justes  soit  saintifieis  ancores. 
(Apec.  f.  48.  r.  c.  2.) 

Des  corages  d'esgaiemenz 

Qui  mult  nuisent  à  foies  genz.     (Ben.  v.  12753.  4.) 

Jusq'an  terre  le  fondent  et  les  motes  deffont, 

Que  ne  nuisent  an  l'ost  qant  c'iert  que  passeront. 

(Ch.d.S.n,p.55.) 

Parfait  défini:  nui;  imparfait  du  subjonctif:  neusse. 
Mais  lor  orgoel,  jo  croi,  lor  nut, 
Et  cil  vainquit  qui  vaincre  dut.    (Brut.  v.  9145.  6.) 


252  DU   VERBE. 

Ne  lor  nut  tant  nord  est  ne  bise 

Qu'en  Danemarche  n'arivassent 

Qiieu  mer  orrible  qu'il  trovassent.     (Ben.  v.  27552.  4.) 
Cfr.  Chast.  XH,  v.  242;  R.  d.  E.  v.  10244,  etc. 

Si  ke  li  rois  ne  le  seust 

Et  que  de  riens  ne  nous  neust.    (R.  d.  1.  M.  v.  3747.  8.) 

N'estre  n'en  deit,  qu'il  nos  neust 

Mult  volontiers ,  se  il  peust.     (Ben.  v.  9204.  5.) 
Cfr.  noisissent  (v.  1. 1,  p.  353,  1.  3.) 
Participe  passé:  neu. 

Mult  ont  grève ,  mult  ont  neu.    (Rutb.  I,  p.  199.)     . 
Neu  (v.  t.  II,  p.  107, 1.  29.) 

Zuire 
avait  les  formes  luïsïr   et  Im're^    qui  probablement   avaient    été 
précédés  de  lusïr^  lure;  mais  on  ne  retrouve  aucun  exemple  de 
ces  derniers.     Zuïre  signifiait  luïre,  brûler. 
Governale  vit  une  cbarire 
En  une  lande  îuire  arrire.     (Trist.  I,  p.  82.) 
Ainz  est  la  meson  si  obscure 
C'en  ni  verra  ja  soleil  luire.    (Rutb.  II,  p.  35.) 
Escuz  e  helmes  reïuisir.     (R.  d.  R.  v.  9091.) 
Si  cum  li  lumière  ke  luist  en  ténèbres.     (S.  d.  S.  B.  p.  525.) 
Cuntre  le  ciel  sur  tuz  les  altres  luist, 
Siet  el  ceval  qu'il  cleimet  Sait  Perdut.     (Ch.  d.  R.  p.  62.) 
Plus  reluist  que  carbons  par  nuit.     (Poit.  p.  41.) 
L'elme  li  freint  ù  li  carbuncle  luisent 
Trencbet  le  cors  e  la  cheveleure.     (Ch.  d.  R.  p.  52.) 
Par  la  lune  qui  cler  raiout 

Et  luiseit  dedenz  la  maison.     (Cbast,  XXI,  v.  12.  13.) 
Enmei  la  malvaise  et  perverse  genz   entre  cui  vos  luisiez  si  com 
lumières  el  monde.     (M.  s.  J.  p.  441.) 

Lusanz  (Charl.  p.  11)  ;  relusant  (t.  I,  p.  387,  1. 4)  ;  luisant  (t.  II,  p.  162). 
Remarquez   encore    les   composés    t/ransluire^    tresluire,   être 
transparent,   reluire;   entreluire,   luire    à  demi,   luire  à  travers 
plusieurs  choses. 

h)  La  seconde  subdivision  des  verbes  en  uirc  comprenait 
duire  (ducere)  et  ses  composés;  les  dérivés  du  simple  latin 
struere,  qui  n'a  pas  été  admis  dans  la  langue  d'oïl. 

Duire  signifiait  conduire,  diriger,  guider,  instruire,  enseigner, 
apprendre,  s'instruire,  convenir,  plaire,  appartenir,  ajuster, 
caresser,  échapper. 

Aduire,  amener,    conduire,    emmener,   emporter,    saisir  — 
participe  passé:  porté  à,  accoutumé,  instruit. 
Conduire j  conduire,  mener,  guider,  protéger. 


DU    VERBE.  253 

Aconduire^  amener. 

Déduire j  se  déduire^  desduire ^  se  divertir,  s'amuser,  se  réjouir; 
s'occuper  de  quelque  chose,  se  donner  du  mouvement. 

Esduire j  écarter,  éconduire,  éloigner;  s'esduire^  échapper. 
Entreduire,  introduire,  enseigner,  former,  rendre  sage. 
Sosduire ,  séduire ,  engager  subtilement  qqn.  à  qqc. ,  amener, 
adroitement  qqn.  à  ses  fins. 
Surduïre,  séduire,  débaucher. 
Réduire  fse)^  se  rassembler,  se  réunir 
Réduire  y  remettre,  reconduire,  ramener. 
Enduire^  induire,  amener  —  enduire  —  faire  entrer,  enfoncer. 
Enstruire,  estruire^  instruire,  instruire  à  fond,  initier. 
Estruire,  construire,  édifier. 

Bestruire,  détruire,  ruiner,  consumer,  mettre  à  mort.  (Y.  t, 
n,  p.  68, 1.  23.) 

Pmdedruire ,  détruire  de  fond  en  comble. 
Construire^  construire,  établir. 

Bien  sout  esprevier  divire  e  ostour  e  falcon.     (R.  d.  R.  v.  3825.) 

Je  vuel  enti'e  mes  voisins  estre 

Et  moi  déduire  et  solacier.     (Rutb.  I,  p.  130.) 

n  avint  jadis ,  en  ceste  vile ,  par  .i.  jor  qui  est  apelez  le  roi  des  die- 

menches ,  c'est  le  jor  de  la  Trinité ,  que  tuit  chevalier  se  doivent  déduire 

sor  lor  chevaus  et  pendre  les  escuz  au(s)  cos.    (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  17.) 

E  venud  fud  de  Rogehm  pui-  cunduire  le  rei  vers  le  flum.   (Q.  L. 

d.  R.  II,  p.  194.) 

Devis  e  parti  e  espars 

Se  sunt  pur  le  païs  destruire 

E  pur  le  grant  aveir  aduire.    (Ben.  I,  v.  1052  -  4.) 

Ne  s'en  se  vent  mais  si  esduire 

Qu'à  cinc  cenz  d'eaus  senz  pui'loignier 

N'en  facent  les  testes  seignier.     (Ib.  v.  16147-9.) 

Encor  querra  force  e  aïe 

A  pardestruire  Normendie 

E  à  vengier  sa  grant  dolor.     (Ib.  v.  16678-80.) 

Si  terre  lur  plout  à  destruire. 

Ore  lur  replaist  plus  à  estruire 

E  à  noblement  ratorner.     (Ib.  v.  7068-70.) 

Uire  a-t-il  été  la  forme  primitive  de  ces  verbes?  Tout  ce 
que  l'on  a  vu  jusqu'ici  des  thèmes  primitifs  de  nos  verbes  per- 
met déjà  de  répondre  négativement  à  cette  question,  et  l'on  a 
en  outre  des  exemples  de  ure^  qui  a  précédé  uire^  (dedure^ 
Trist.  n,  p.  115  destrure^  Charl.  v.  226);  mais  ces  exemples  ne 
se  rencontrent  que  dans  des  textes  normands  ou  dans  ceux  où 
l'influence  normande  est  notoire.     Les  plus  anciens  monuments 


254  DU   VERBE. 

bourguignons  et  picards  portent  déjà  uire^  ce  qui  prouve  que 
uire  a  disparu  de  fort  bonne  heure  dans  ces  deux  dialectes. 
Vire  s'établit  promptement  aussi  en  Normandie. 

Les  exemples  suivants  donneront  une   idée  de  la  manière 
dont  ces  verbes  se  conjuguaient. 

Ki  ço  duit  e  governet  ben  deit  estre  poant.  (Chaii.  v.  97.) 

H  n'ainment  joie  ne  déduit; 

Qui  lor  done,  si  les  déduit, 

Et  les  solaoe ,  et  les  conforte.     (Rutb.  H,  p.  70.) 
Et  Baudoins  retome  an  la  cite  antie, 
Biau  s'anvoise  et  déduit  avecques  sa  maisnie.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.. 103.) 

Conoist  que  Lowis  s'en  fuit, 

Que  de  la  bataille  s'esduit.    (  Ben.  v.  16398.  9.) 

Cil  à  cui  tu  paroles  te  sosdut  et  enchante.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  239.) 

Cette  orthographe  en  u  pur  dans  un   texte   champenois  de 

cet  âge,  me  paraît  fort  douteuse.     On  en  a  de  semblables  qui 

sont  encore  plus  nouvelles,  je  le  sais;  mais  d'ordinaire  elles  se 

trouvent  à  la  rime. 

Or  entendes,  segnor  trestuit, 

Con  faitement  il  le  sosduit.     (P.  d.  B.  v.  4367.  8.) 

En  iteu  sen  n'en  tel  manière 

N'oï  une  mais  faire  preiere 

Que  je  me  destruie  e  ocie.     (Ben.  v.  16690-2.) 
Si  famine  vient  en  la  terre,  u  corrumpuz  seit  li  airs  e  pestilence 
descunfise  e  destruie  les  blez.     (Q.  L.  d.  E.  III,  262.) 

Si  comanda  sor  tote  rien 

L'enfant  à  garder  par  maistrie 

Sor  lur  menbres  e  sor  lor  vie. 

Qu'il  n'enchapt  ne  qu'il  ne  fuie 

Ne  que  Osmunt  ne  l'en  esduie.     (Ben.  v.  13716-20.) 

I  velt  q'avec  sei  le  reteingne, 

Des  ars  Ventreduie  et  enseigne.     (Dol.  p.  159.) 

Senz  autre  terme  qui'n  seit  pris 

dmduium  là  nostre  navie.     (Ben.  v.  3876.  7.) 

Cist  enchaucent,  li  autre  fuient 

Qui  n'unt  leisir  que  de  els  s'esduient.     (Ib.  H,  v.  2745.  6  ; 

cfr.  t.  I,  p.  185,  1.  23.) 

Par  droite  force  et  par  destroit 

Od  les  armes  qu'il  conduioit  .  .  .     (Bnit.  v.  12318.  9.) 
Quand  sainz  Paules  enstruioit  son  chier  disciple  . . .    (M.  s.  J.  p.  511.) 

Homes  et  femes  ocioient, 

Tote  la  teiTC  destruioient.     (L.  d.  M.  p.  54.) 
Joffrois  li  marechaus  de  Champagne  chevaucha  devant  et  les  con- 
duist,     (Villeh.  476'^.) 

Li  emperere  en  tint  sun  chef  enbrunc, 

Si  duist  sa  barbe,  afaitad  sun  gernun.  (Ch.  d.  E.  p.  9  ;  cfr.  p.  3 1 .) 


Î)XJ  VERBE.  255 

Dune  prist  l'arcevesque  en  sa  main, 
Si  acondidst  le  conte  Alain 
Au  duc  por  faire  son  voleir.     (Ben.  v.  31206-8.) 
Et  corrurent   par   tôt  le   païs,    et   gaaignerent   grans   gaainz,    et 
destruistrent  une  cite  qui  avoit  nom  Aquile.     (Yilleh.  485*^.) 

Li  Deu  az   genz    de  par  la  terre  ne   pourent  encuntrester   à  mes 
ancestres,  ens  destruistrent  tute  Gozam,  e  Aran,  e  Eeseph,  e  les  fiz 
Eden  M  mestrent  en  Thelassar.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  412.) 
Si  destruisent  Bruges  et  Gant  .  .  . 
Et  parmi  Hainau  s'en  alerent 
Droit  à  Condet,  là  sejornerent 

De  la  tiere  destruisent  moult . .  .  (Pliil.  M.  v.  12822.  5-7.) 
Kar  à  nus  dut  estre  manded  primerement  que  nus  nostre   seignui* 
le  rei  cunduissuns  à  sun  paleis.    (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  196.) 
Mais  jo  te  conduirai  avant  del  flum.     (Ib.  p.  195.) 
Desti'uisissent  (t.  II,  p.  117, 1.  44). 

Qu'à  grant  dolor  destruiriez 

Si  tost  cum  plus  tost  pomez.     (Ben.  v.  16696.  7.) 

Ensi  com  cil  m'a  enditie 

Qui  le  (l'esprevier)  m'a  afaitie  et  duit, 

Si  l'emporteres  por  déduit.     (R.  d.  1.  Y.  v.  2459-61.) 

Cil  sont  duit  de  gi-anz  cox  recevoir  et  doner.  (Cli.  d.  S.  II,  72.) 

Nus  ne  se  pot  vis  escaper 

S'il  ne  fust  bien  duit  de  noer.     (R.  d.  R.  v.  10379.  80.) 

Duit  e  sage  sunt  del  mestier.     (Ben.  v.  33516.) 

Le  cop  par  grant  vertu  conduit. 

Par  mi  le  pel  li  a  enduit 

Le  fier  trenchant  plus  d'une  espane.   (R.d.l.V.v.  4874-6.) 

Li  graindre  anemi  Diex  si  sunt  li  renoie, 

Quant  il  sunt  à  mal  faire  aduit  et  avoie. 

(Test,  de  J.  d.  Meung.,  v.  641.  2.) 
Souduit  (v.  t.  I,  p.  272,  1.  25.)     Sosduite  (v.  t.  Il,  p.  49, 1.  5.) 
Estruis  (v.  t.  I,  p.  156, 1.  29.) 

Par  tes  grans  tribulations 
Sera  la  loys  Jhesu  destruite, 
Et  la  malvaise  lois  estruite.     (R.  d.  M.  v.  154-6.) 
Yers  le  milieu   du  XIII^  siècle,   ce   mode    de   conjugaison 
commença  de  se  troubler;   en   Picardie   et   en  Bourgogne,   on 
introduisit  le  s ,  qui  nous  est  resté.    Cependant  les  cas  où  s  est 
employé    doivent   encore  être  considérés   comme   de   rares   ex- 
ceptions. 

Li  dus  Gérard  les  conduisoit  devant.     (G.  d.  Y.  464.) 
Cfr.  : . . .  Comme  si  l'on  ne  debroit  pas  former  les  moeurs  des  enfants, 
et  les  dMire  et  addresser  dès  et  depuis  leur  naissance  à  une  mesme  fin. 
(Amyot.  Hom.  ill.  Comp.  de  Lycurgus  avec  Numa  Pompilius.) 


256  DU   VERBE. 

Ce  que  ceux  là  faisoyent  par  vertu ,  je  me  duis  à  le  faire  par  com- 
plexion.     (Montaigne.  Essais,  III,  10.) 

L'exemple  de  Grus  ne  duira  pas  mal  en  ce  lieu.     (Ib.  ead.  m,  6.) 

H  luy  voulut  donner  l'abbaye  de  Bourgueil,  ou  de  Saint  Florent, 
laquelle  mieulx  luy  duiroit,  ou  toutes  doux  s'il  les  prenoit  à  gre. 
(Rabelais.     Garg.  I,  52.) 

Par  telles  escarmouches ,  ils  en  devindrent  plus  hardis ,  plus  agguer- 
ris ,  et  mieulx  duicts  aux  armes  qu'ils  n'estoyent  auparavant.  (Amyot. 
Hom.  ill.  Pelopidas) 

Et  duisant  aux  armes  les  souldards  qu'il  avoit  rallies.  (Ib.  ead. 
Demetrius.) 

Or  allez  de  par  Dieu  qui  vous  conduye.    (Rabelais.  Pant.  V,  47.) 

Laquelle  nouvelle  entendue,  sortirent  au  devant  de  luy  tous  les 
habitants  de  la  ville  en  bon  ordre,  et  en  grande  pompe  triumphale, 
avec  une  liesse  divine,  et  le  conduirent  en  la  ville.   (Ib.  ead.  II,  31.) 

Puisque  vous  l'avez  accorde,  il  le  vous  fault  suppoi"ter  patiemment, 
et  ne  perdre  pas  le  courage  pour  cela,  vous  réduisants  en  mémoire 
que  vos  ancestres,  par  le  passe,  ont  quelquefois  donne  la  loy  aux 
austres.     (Amyot.  Hom.  ill.  Phocion.) 

Les  jeunes  gents  es  lieux  où  ils  se  reduisoyent  ensemble  pour 
s'esbattre  aux  exercices  de  la  personne.   (Ib.  ead.  Mcias  ;  cfr.  Lycurgus.) 

Il  (Furius  Camillus)  induisit  les  hommes,  qui  n'estoyent  point 
mariez,  à  espouser  les  femmes  vefves.     (Ib.  ead.  Furius  Camillus.) 

Theoxena  ne  peut  estre  induicte  à  se  remarier ,  en  estant  fort  poui'- 
suyvie.     (Montaigne.  Essais,  II,  27.) 

Notre  verbe  cuire  (coquere)  paraît  avoir  flotté  entre  les  deux 
classes  des  verbes  en  uïre^  cependant  le  mode  de    conjugaison 
actuel  était  le  plus  répandu  au  XIII®  siècle.    Cuïre  était  souvent 
employé  pour  hrûler^  en  parlant  du  supplice  du  feu. 
Cuire  (v.  t.  II,  p.  182,  1.  13  et  14). 

Lendemain  li  dis  que  le  suen  fiz  meissums  à  qiiire.  (Q.  L.  d.  R.  IV, 
p.  369.) 

Au  gastel  qui  coeit  alai, 
Dou  feu  le  trais  et  sil  menjai, 

Auques  ert  cruz,  mes  que  chaleit?  (Chast.  XVII,  v.  136-8.) 
Cuisiez  del  polment  à  noz  ovriers.     (Dial.  de  S.  G.) 
Que  fas-je  donc?    Sanz  plus  parler, 
Je  vueil  qu'il  y  voit  tout  nu  piez, 
Si  que  les  plantes  li  cuisez 

Et  ardez  toutes.     (Th.  Fr.  M.  A.  p.  273.) 
Que  la  lasse  d'ame  cuira 
En  enfer.     (Rutb.  II,  p.  2.) 
Cuiront  (v.  t.  H,  p.  182,  1.  34.  35). 

Des  garez  en  i  out  de  qtdz,     (Ben.  v.  26825.) 


DTT   VERBE.  257 

Enfin  hruire  mérite  quelques  observations  particulières.  Ce 
verbe,  qui  se  montre  aussi  sous  la  forme  Iruir^  avait  deux 
significations:  l''  Iruire^  2"*  Irûler.  M.  Diez,  après  Ménage, 
dérive  hruire  du  latin  rugir e^  en  admettant  que  le  h  est  peut- 
être  dû  à  l'influence  de  l'allemand  hrausen;  mais  il  ne  s'explique 
pas  sur  hruire  =  Irûler^  ce  qui  semble  prouver  qu'il  regarde 
hruire^  dans  ses  deux  significations,  comme  deux  verbes  diffé- 
rents. Quoi  qu'il  en  soit,  je  crois  que  M.  Diez  se  trompe  en 
rapportant  Iruire  à  rugire.  Bruire  =  hruire  et  hrûler ,  dérive 
d'une  seule  racine ,  et  elle  appartient  aux  langues  germaniques. 
Il  est  de  la  même  famille  que  l'allemand  hrauen^  hraten  (vieux 
hrihan^  hrahan^  brûler),  affiliés  à  hrennen.  Ces  mots  ont  dé- 
signé primitivement  l'idée  de  bruire,  pétiUer,  mugir  dans 
l'action  de  brûler,  et  ensuite  le  brûler  même.  Brauen  signifia 
d'abord  le  bruit  que  fait  la  chose  qui  cuit,  qui  rôtit;  hrausen^ 
dont  parle  M.  Diez,  est  une  extension  de  forme  de  ce  verbe 
et  sert  à  présent  à  designer  le  son  que  produit  la  chose  en 
cuisson,  tandis  que  hrauen  =  cuire,  ne  s'emploie  plus  que  pour 
le  cuire  de  la  bière  (brasser).  Brauen^  en  anglo  -  saxon  inmw; 
hraten,  rôtir,  en  anglo-saxon  hraedan,  hredan,  rôtir;  hrastlian, 
brûler,  bruire,  mugir,  rompre;  hrennen,  faire  de  la  chaleur, 
préparer  par  la  chaleur,  briller,  en  gothique  hrinnan,  en  anglo- 
saxon  hyrnan,  brûler,  hernan,  allumer^. 

Yoici  quelques  exemples  de  ce  verbe. 

Trestoute  tierre  en  deuroit  'bruire.     (E.  d.  S.  S.  v.  1670.) 

Ferai  les  espines  hruir, 

Avant  que  nus  i  puist  venir.     (E.  d.  1.  M.  v.  933.  4.) 
Brut  (v.  t.  n,  p.  70, 1.  12). 

Et  la  chandele  jus  chai. 

Tôt  mist  en  cendre  et  tôt  6rm.    (Chast.  XXIII,  v.  95.  6.) 

Et  les  nues  tôt  mesle  mesle 

Getoient^  noif  et  pluie  et  gresle, 

Li  tonoirre  et  li  vent  bruioient, 

Si  que  trestot  l'air  destruioient.    (Eomv.  p.  529,  v,  8-11.) 

H  leur  respont  qu'ele  est  hruie.     (E.  d.  1.  M.  v.  1035.) 

De  maie  flame  soit  hruie!    (Poit.  p.  19.) 
Bruant  (v.  1. 1,  p.  132, 1.  10). 


(1)  Pour  ce  qui  est  de  la  terminaison  re,  rien  n'empêche  d'y  voir  une  imitation 
de  la  fonne  latine  rugire,  à  laquelle  on  préposa  de  bonne  heure  un  b  (brugit  pour 
rugit ,  dans  la  L.  d.  Alam.) ,  moins  sans  doute  pour  créer  une  onomatopée ,  que  par 
suite  de  l'influence  allemande.  —  Si  l'on  ne  veut  pas  reconnaître  que  bruire,  dans 
ses  deux  significations,  était  uu  seul  et  même  verbe,  on  devra  toujours  admettre 
l'origine  indiquée  pour  bruire  =  brûler ,  qui  nous  est  resté  dans  brouir  et  bruir. 
L'occitanien  braouzi  =  brauzir  prouve  que  la  racine  a  eu  un  o  long  ou  au  pour 
voyelle  radicale. 

(2)  Le  texte  porte  gesoient,  qui  ne  donne  aucun  sens. 

Burguy ,  Gr.  de  la  langue  d'oil.    T.  H.    Éd.  m.  17 


258  DtJ  VEEBE. 

APPENDICE. 

I.  L'ancienne  langue  avait  une  conjugaison  périphrastique 
complète  de  la  forme  active.  On  la  faisait  en  joignant  ét/re^ 
aller  ^  venir  ^  au  participe  présent  d'un  verbe  quelconque.  Cette 
réunion  de  deux  verbes  sert  à  exprimer  certaines  idées  secon- 
daires que  ne  rend  pas  le  verbe  simple  ;  on  évite  ainsi  l'emploi 
d'autres  parties  du  discours,  et  la  brièveté  y  gagne. 

a)  Le  participe  présent  joint  à  Urc  exprime  la  persévérance 
de  l'action.  Cette  tournure  était  d'un  fréquent  usage. dans  la 
langue  d'oïl;  Marot  l'emploie  encore  assez  souvent;  aujourd'hui 
elle  est  vieillie. 

Y.  les  exemples  t.  I,  p.  96,  1.  13;  p.  185,  1.  30;  p.  190, 
1.  8;  t.  n,  p.  47,  1.  12;  p.  91,  1.  41;  p.  207,  1.  30;  etc.  etc. 

V)  Aller  avec  le  participe  présent  exprime  une  action  con- 
tinue. A  la  fin  du  XVI*  siècle,  cette  tournure  tombait  déjà  en 
désuétude,  et  depuis  on  ne  l'employa  plus  guère  qu'au  sens 
propre,  c'est-à-dire  p.  ex.  que  il  va  lisant^  signifie  il  va  et  il 
lit;  ou  bien,  selon  Ménage,  au  sens  impropre,  pour  exprimer 
la  continuité  de  l'action.  Aller  avec  un  participe  présent  pré- 
cédé de  la  préposition  m,  exprime  une  idée  de  progression ^ 

Y.  les  exemples  t.  I,  p.  76,  1.  11  et  13;  p.  129,  1.  5; 
p.  135,  1.  29;  p.  148,  1.  4;  p.  163,  1.  23;  p.  217,  1.  23; 
p.  222,  1.  36;  p.  288,  1.  29;  p.  387,  1.  6;  t.  n,  p.  47,  1.  9; 
p.  200,  1.  1;  etc.  etc. 

c)  La  combinaison  de  venir  avec  le  participe  présent  est 
trop  ordinaire  dans  la  langue  fixée  pour  que  j'aie  besoin  de  m'y 
arrêter. 

IL  La  langue,  dans  son  développement  progressif ,  cherche 
à  individualiser  les  idées  et  à  distinguer  de  plus  en  plus  les 
formes  qui  servent  à  les  exprimer.  La  plupart  des  verbes  étant 
devenus  transitifs,  le  besoin  se  fit  sentir  de  désigner  d'une 
manière  bien  marquée  la  signification  intransitive  qu'on  leur  donna, 
et  la  langue  créa  la  forme  refléchie.  Pour  se  faire  une  idée 
juste  de  la  valeur  de  cette  forme,  il  est  nécessaire  de  la  com- 
parer aux  formes  correspondantes  des  autres  langues.  Le  moyen 
du  grec  n'est,  dans  le  principe,  qu'une  forme  réfléchie  :  tvtzto- 
liai  équivaut  à  tvtitco  fie.  Le  passif  se  développa  ensuite  du 
moyen.  Les  verbes  déponents  du  latin  sont  aussi  composés  avec 
le  pronom  réfléchi  (r  =  se^  pour  les  trois  personnes),  et,  comme 
en  grec ,  la  signification  passive  s'est  dégagée  plus  tard  de  la 
signification  réfléchie. 

(1)  Je  ferai  observer  en  passant  que  le  verbe  aller  sert  à  exprimer  1«  futur:  j»  vais 
travailler. 


DU   VEEBE.  259 

La,  forme  passive ^  déjà  très-défectueuse  en  latin,  n'a  pas  de 
formes  particulières  pour  ses  temps  dans  les  langues  romanes. 
Nous  avons  recours,  pour  former  le  passif,  au  participe  passé 
et  au  verbe  être ,  que  les  Latins  employaient  à  plusieurs  temps, 
p.  ex.  :  je  suis  aimé ,  fêtais  aimé  etc.  ;  mais  il  faut  bien  observer 
que  je  suis  aimé  répond  au  latin  amor ,  et  non  pas  à  amatus  sum. 
Ainsi  sum  est  pour  le  présent,  e^-am,  pour  l'imparfait, /we,  pour 
le  parfait  défini,  etc. 

Être  sert  encore  à  former  les  temps  composés  de  la  forme 
active  des  verbes  intransitifs,  et  à  conjuguer  les  verbes  réflé- 
chis, parce  que  la  signification  de  ces  derniers,  comme  on  vient 
de  le  voir,  se  rapproche  beaucoup  de  celle  des  verbes  passifs. 

La  forme  réfléchie  sert  aussi  à  exprimer  l'action  de  plusieurs 
sujets  les  uns  sur  les  autres:  se  hattre^  se  toucher.  Souvent, 
pour  exprimer  avec  plus  de  clarté  ce  sens  réciproque^  on  ajoute 
Vun  Vautre^  ou  un  des  adverbes  réciproquement ^  mutuellement,  ou 
l'on  place  le  mot  entre  avant  le  verbe.  On  a  déjà  pu  remar- 
quer que  ce  dernier  moyen  était  celui  dont  se  servait  presque 
exclusivement  l'ancienne  langue.  Yoyez  le  Glossaire  aux  mots 
entracoler,  entrafler^  entr aider,  entramer ^  entraprocher  ^  entr as- 
sembler^ etc. 

On  trouve ,  dans  l'ancienne  langue ,  un  grand  nombre  de 
verbes  conjugués  avec  le  pronom  réfléchi,  que  la  langue  fixée 
rejette  le  plus  souvent.  Les  verbes  de  cette  espèce  sont  d'or- 
dinaire ceux  qui  expriment  un  mouvement  corporel  ou  le  repos. 
Au  contraire,  beaucoup  de  verbes  réfléchis  perdent  le  pronom, 
sans  que,  pour  tout  autant,  leur  signification  en  soit  changée. 
Ainsi  on  disait  s'aller.,  s'en  aller  ^  s  en  issir  ^  se  disner;  se  dor- 
mir ,  coucher  et  se  coucher ,  laver ,  etc.  Enfin  beaucoup  de  verbes 
dont  l'ancienne  langue  faisait  encore  usage  dans  leur  emploi 
primitif,  n'ont  été  admis  par  la  langue  fixée  que  sous  la  forme 
réfléchie,  p.  ex.  moquer. 

Car  dure  et  mauvaise  seroie 

S'a  essient  je  vous  moquoie.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2189.  90.) 

Il  ne  dengna  pleurer,  tant  eust  de  hachie, 

Ains  en  moquoit  les  autres  et  tanchoit  à  la  fie  .  .  . 

(Eierabras  p.  III,  c.  2.) 
On  trouve  encore  mocquer  un  mal^  dans  Ronsard. 

Dans  la  langue  d'oïl,  beaucoup  plus  souvent  qu'aujourd'hui, 
l'infinitif  prenait  une  signifiation  passive. 

Plus  ont  paor  de  mort  que  de  mètre  an  prison.  (Cli.  d.  S.I,p.39.) 
c'est-à-dire  ils  ont  plus  peur  de  la  mort  que  d'être  mis  en  prison, 
(Y.  t.  n,  p.  47,  1.  44.) 

17* 


260  DU   VERBE. 

On  exprime  souvent  les  temps  du  passif  par  la  forme  active 
avec  le  pronom  réfléchi:  ees  fruits  se  vendent  =  venduntur  ^  c'est- 
à-dire  vendunt  se;  ainsi  il  y  a  décomposition  exacte  du  latin.  Il 
est  bon  de  remarquer  que  cela  n'a  lieu  qu'aux  troisièmes  per- 
sonnes. 

Enfin  le  passif  peut  encore  être  rendu  par  on:  on  dît  = 
dicïtîir. 

III.  La  langue  se  sert  de  la  forme  tmpersonelle  du  verbe, 
quand  on  affirme  dans  la  phrase  une  action  sans  un  sujet  de 
l'action.  Ainsi,  en  disant  ïl  pleut,  nous  affirmons  une  action 
sans  nous  représenter  un  être  comme  le  sujet  de  cette  action. 
Cependant  nous  sommes  accoutumés  à  regarder  toute  action 
comme  l'action  d'un  être,  et,  lors  même  que  nous  ne  nous 
représentons  aucun  sujet  de  l'action,  nous  désignons  un  sujet  dans 
la  phrase  au  moyen  du  pronom  personnel  neutre  de  la  troi- 
sième personne.  Ce  pronom,  qui  sert  simplement  à  compléter 
la  forme  de  la  phrase,  prend  le  nom  de  sujet  grammatical, 
pour  le  distinguer  du  sujet  logique,  au  moyen  duquel  on 
désigne  un  être  comme  le  sujet  de  l'action. 

Les  verbes  impersonnels  étaient  beaucoup  plus  nombreux 
dans  l'ancienne  langue  qu'aujourd'hui.  Nous  avons  perdu  entre 
autres:  ïl  ajorne,  ïl  avesprït^  ïl  anuite ^  ïl  afiert^  ïl  fm'Jahelïst^ 
ïl  me  membre,  ïl  loïst,  etc. 

Pour  indiquer  simplement  l'existence  d'un  objet,  on  se  sert 
de  ïl  est  (étaït^  fut)  et  de  ïl  y  a.  Touchant  ïl  y  a,  dans  l'an- 
cienne langue,  voy.  t.  I,  p.  258. 

Il  sunt  quatre  manières  del  mal  d'idropisie.   (Th.Caiitb.p.l70,v.  13.) 
J'ai  déjà  parlé  des  phrases   impersonnelles:  être  beau,  laïd, 
tart,   vis,  mestïer.     (Y.  t.  I,  p.  258.  273.  274.) 

Le  sujet  grammatical,  que  nous  exprimons  toujours,  se  sous- 
entendait  souvent  dans  l'ancienne  langue.  Notre  n  importe,  reste 
a  sa/ooïr,  plût  a  Dieu  sont  des  restes  de  cet  usage. 

IV.  Eemonter  aux  premiers  temps  de  la  langue ,  déterminer 
la  forme  du  régime  de  chaque  verbe  et  la  comparer  à  celle  du 
latin,  poursuivre  cette  recherche  de  siècle  en  siècle,  fixer  l'é- 
poque où  il  s'est  fait  un  changement  et  indiquer,  autant  que 
possible,  les  nuances  de  signification  ou  autres  causes  qui  ont 
amené  ce  changement:  ce  serait  là  un  travail  aussi  intéressant 
qu'utile,  mais  trop  étendu  pour  trouver  place  dans  cette  gram- 
maire. Yoici  quelques  exemples  de  verbes  auxquels  la  langue 
d'oïl  donnait  un  régime  différent  de  celui  qui  a  été  admis  par 
la  langue  fixée. 


DU   VEEBE.  261 

Consentir ,  verbe  actif,  ne  s'emploie  aujourd'hui  qu'au  palais 
et  dans  le  langage  diplomatique.  Corneille  aime  à  donner  à  ce 
verbe  un  complément  direct. 

Du  moins  César  l'eût  fait,  s'il  l'avait  consenti. 
C'est  le  souvenir  d'un  ancien  usage,  v.  1. 1,  p.  403, 1.  31.    Mais 
aussi  consentir  à  qqch.^  v.  t.  I,  p.   66,    1.  34.      Consentir  qqch.  à 
qqn.,  v.  t.  I,  p.  300,  1.  2;  consentir  à  qqn.,  v.  t.  I,  p.  65,  1.  31. 
Y.  le  Glossaire  pour  la  signification. 

Croire  avec  un  complément  direct  ou  indirect  (préposition  en). 
Y.  t.  I,  p.  237;  p.  278,  1.  13;  p.  74,  1.  42;  t.  H,  p.  136-38. 

Gauchir  (guenchir),  aujourd'hui  intransitif,  s'employait  autre- 
fois transitivement. 

Pur  ço  atendi  iluec,  ne  volt  la  mort  guenchir.  (Th.Cantb.p.l45,v.9.) 
Gémir  qqch. 

Pour  ce  à  terre  cy  m'asserray. 
Et  mon  pechie  cy  gemiray 

Amèrement.     (Th.  F.  M.  A.  p.  467.) 
Mocquer  qqn.     Y.  ci -dessus  II. 
On  trouve  quelquefois  prier  à  qqn. 

Pria  leur  qu'il  li  pardonaissent.     (E.  d.  1.  M.  v.  6811.) 
Sembler,  ressembler  qqn.     Y.  t.  Il,  p.  85,  1.  13. 

Par  tels  paroles  vus  resemblez  enfant.  (Ch.  d.  R.  p.  69.) 
Ressembler  qqn.  se  trouve   encore   dans  Eabelais,   Amyot  et 
Montaigne. 

Il  blasmoit  et  hayssoit  neantmoins  le  plus  asprement  qu'il  est  pos- 
sible ceulx  qui  le  ressembloyent.  (Amyot.  Hom.  ill.  Marcus  Crassus.) 

Servir  qqn.  et  h  qqn.     Y.  t.  I,  p.  74,   1.  43;   p.  231,  1.  31; 
p.  235,  1.  28;  p.  127, 1.  10;  p.  129;  p.  183,  1.  25;  etc.    Cfr.: 
Un  grant  coutel  à  quisinier, 
Qui  sert  de  la  car  despicier, 
A  sour  le  dreceoir  trouve.     (R.  d.  1.  M.  v.  681  -  3.) 
(Les  Lacedaemoniens)  estimoyent  tous ,  qu'ils  n'estoyent  point  nays 
pour  servir  à  eulx  mesmes ,  ains  pour  servir  à  leur  païs.     (Amyot.  Hom. 
ill.  Lycurgus.) 

V.  L'infinitif  peut  se  joindre  à  un  autre  membre  de  la  phrase 
au  moyen  d'une  préposition,  alors  il  remplace  en  général  le 
gérondif  ou  le  participe  futur  passif  du  latin.  Il  tient  en  outre 
la  place  du  supin,  du  participe  futur  actif  et  de  l'infinitif  de  la 
langue  latine.  La  littérature  romaine  n'offre  aucun  exemple  de 
l'infinitif  joint  à  une  préposition. 

Dès  les  plus  anciens  temps  de  la  langue  d'oïl,  on  trouve 
devant  l'infinitif  les  mêmes  prépositions  qu'aujourd'hui;  mais 
leur  emploi  différait  en  bien  des  cas  de  celui  que  l'usage  mo- 
derne a  consacré,     Yoici  quelques  exemples  de  ces  différences, 


262  DU    VERBE. 

Nous  disons  désirer  faire  ou  de  faire;  l'ancienne  langue  con- 
naît la  première  construction,  mais  elle  se  servait  de  la. prépo- 
sition à  au  lieu  de  la  préposition  de  dans  la  seconde.     Désirer 
à  faire  était  plus  ordinaire  que  désirer  faire. 
Nous  desirons  moût  à  dis 

Pour  coi  il  l'a  faite  morir.     (R.  d.  1.  M.  v.  4113.  4.) 
Qu'il  desiroit  moult  à  savoir 

Dou  penser  la  dame  le  voir.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4155-7.) 
V.  encore  t.  I,  p.  '50,  1.  10;  p.  280,  1.  35;  p.  181,  1.  42; 
t.  n,  p.  67 ,  1.  29  ;  etc. 

Commander  à  au  lieu  de  commander  de: 

Puis  commanda  la  table  à  metti'e.   (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2665.) 
n  commanda  l'uis  à  fremer.     (R.  d.  S.  S.  v.  1217.) 
Commencer  à  et  jamais  commencer  de: 
Comenceai  tuz  cels  à  murdrir 
Qu'il  avoit  pris  por  lui  servir.     (St.  N.  v.  1218.  9.) 
Cfr.  t.  I,  p.  51 ,  1.  9;    E.  d.  C.  d.  C.  v.  6754;  E.  d.  M.  p.  55. 
59;  L.  d'I.  p.  25,  etc.  —  et  le  synonyme  prendre  à  t.  II,  p.  200. 
Savoir  à: 

.  J.  jor  manda  li  rois  tout  son  bamage ,  pour  ceste  merveille  savoir, 
se  aucuns  li  saurait  à  dire  que  ce  porroit  senefier.  (R.  d.  S.  S.  d.  R. 
App.  p.  99.) 

Menacer  à: 

Ains  le  manachent  à  tuer.     (R.  d.  S.  S.  v.  2129.) 
Que  le  manace  li  Danois  à  tuer.     (0.  d.  D.  v.  8675.) 
Penser,    suivi    d'un   infinitif,    signifiant  être  sur  le  point  de^ 
s'employait  avec  de  dans  l'ancienne  langue. 

Et  li  baron  penser eni  de  monter.     (R.  d.  C.  p.  13.) 
La  langue  d'oïl  offre  un  assez  grand  nombre'  d'exemples  de 
pour  a  devant  un  infinitif,  au  lieu  de  four,   et  alors  le  pronom 
régime  se  place  entre  les  deux  prépositions.     C'est  tout  à  fait 
l'allemand  um  .  .  .  zu. 

Y  les  exemples  t.  I,  p.  131,  1.  22  ;  t.  n,  p.  39,  1.  46  ;  p.  165, 
1.  3;  etc. 

Or  ne  dotteir  mies,  k'il  venuiz  est  por  vencre  cez  dous  anemins 
et  por  ti  à  délivrer  ^  et  del  un  et  del  atre.     (S.  d.  S.  B.  p.  537.) 

(1)  Le  texte  porte  adelivrer;   mais  c'est  une  simple  faute  typographique,   comme 
le  prouve  le  por  ti  à  délivrer  qui  se  trouve  6  lignes  plus  haut. 


CHAPITRE  VII. 


DE  L'ADVERBE. 

Les  parties  invariables  du  discours  ont  éprouvé  de  grands 
changements  dans  les  langues  romanes.  La  plupart  des  formes 
latines  ont  été  abandonnées,  sans  doute  parce  que  la  valeur 
des  sons  composants  était  trop  minime  pour  être  rendue  d'une 
manière  efficace  dans  une  nouvelle  création.  Mais  ces  pertes 
ont  été  amplement  réparées ,  soit  en  admettant  de  nouveaux 
radicaux,  soit  par  dérivation  ou  par  composition  des  mots 
existants. 

Les  adverbes  latins  dérivent  de  certains  cas  des  autres  par- 
ties du  discours,  p.  ex.  multum^  partim^  foras  (accusatif),  tuto^ 
cito,  gratis  (ablatif),  domi^  Tieri^  (locatif);  ou  bien  ils  ont  été 
formés  au  moyen  de  terminaisons  dérivatives  adverbiales  :  e,  ter 
(iter,  avec  la  voyelle  de  liaison),  tïm,  sîm^  tus ^  cus^  ti  (u-ti), 
ta  (î-ta).  Les  langues  romanes  ont  conservé  en  partie  la 
qremière  espèce  de  dérivation;  la  seconde  a  été  rejetée,  bien 
pue  l'on  trouve  quelques  terminaisons  qui  semblent  se  rapporter 
au  même  principe,  p.  ex.,  en  français,  à  genoiïlonsj  à  reculons^ 
etc.,  où  om  indique  la  position  du  corps  ou  la  manière  dont 
s'opère  un  mouvement. 

La  formation  adverbiale  la  plus  importante  des  langues  ro- 
manes se  fait  au  moyen  du  substantif  latin  mens ,  qui  se  joint 
comme  simple  suffixe  aux  mots  dont  on  veut  former  un  adverbe. 
Mens  se  montre  déjà  souvent  en  latin  avec  la  signification  que 
lui  ont  attribuée  les  langues  romanes,  p.  ex.:  Bona  mente 
factum,  ideo  palam;  mala,  ideo  ex  insidiis  (Quint.  Y,  10,  52). 
Une  autre  preuve  certaine  de  l'origine  de  notre  terminaison 
ment^  c'est  que  l'adjectif  auquel  on  la  joint  est  toujours  mis  au 
féminin.  Les  adjectifs  generis  communis  font  seuls  une  ex- 
ception apparente  à  cette  règle;  cependant  on  perdit  souvent 
de  vue  l'usage  suivi  à  l'égard  du  féminin  des  adjectifs  de  cette 


264  DE  l'adverbe. 

espèce,  pour  se  conformer  à  la  loi  générale  de  la  formation 
des  adverbes  en  ment.  Mens  s'employa  d'abord  à  l'égard  des 
êtres  animés,  puis  on  en  étendit  l'emploi  aux  êtres  inanimés. 

Au  lieu  de  ment,  on  écrivait,  au  XIII^  siècle,  w^nt^  dans 
une  partie  de  la  Champagne  et  en  Lorraine. 

La  finale  /des  adjectifs  de  cette  terminaison,  subissait  son 
fléchissement  ordinaire  en  u:  loialment ,  loiaument  (t.  I,  p.  154, 
1.  17;  p.  272,  1.  ^"è) ,  morteument  (Ben.  38321). 

Les  adjectifs  qui  avaient  /  ou  ^  pour  finale,  perdaient  sou- 
vent cette  lettre,  P.  ex.  de  vassal^  grant ,  on  forma  vassaïm^ntj 
grantment  (Phil.  M.  v.  4556),  qui  devinrent  vassaument  (Ben. 
V.  37283),  vassmnent,  granment  (Ben.  v.  37905),  d'où  enfin  gram- 
ment,  par  attraction.  Ces  formes  proviennent  des  usages  ortho- 
graphiques dont  j'ai  parlé  à  l'article  du  substantif.  Au  lieu  de 
nm  ou  mm  des  formes  adverbiales  dérivées  d'adjectifs  en  t  final, 
on  trouve  um  dans  les  textes  anglo- normands  surtout,  et  en 
général  dans  ceux  où  l'influence  normande  est  notoire:  errau- 
ment  (Ben.  v.  37058),  soufisaument  (Eym.  I,  2.  p.  51). 

Les  adverbes  en  ment  dérivés  d'un  adjectif  generis  communis 
en  /  final,  se  formaient  d'ordinaire,  dans  la  Bourgogne  et  la 
Picardie ,  en  rejetant  simplement  le  /:  Irief:  Iriement  (t.  I, 
p.  153,  1.  18).  Cependant,  au  Xlir  siècle,  il  n'est  pas  rare  de 
voir  le/  conservé:  Irief  ment  (Eutb.  U,  82).  En  Normandie,  le 
/  final  était  généralement  maintenu:  grefment  (Ben.  v.  39316). 

H  serait  inutile  de  donner  ici  des  exemples  détaillés,  vu 
qu'il  y  a  un  grand  nombre  d'adverbes  en  7nent  dans  les  citations 
des  chapitres  précédents.  Le  Glossaire  indique  du  reste  la  page 
et  la  ligne  où  ils  se  trouvent. 

Je  ferai  seulement  observer  encore  que  les  adverbes  en  ment^ 
comme  d'autres  adverbes ,  s'employaient ,  dans  l'ancienne  langue, 
pour  l'adjectif:  Comment  es  tu  si  polrement  (Roquefort). 

Le  degrés  de  comparaison  des  adverbes  se  formaient  de  la 
même  manière  que  ceux  des  adjectifs. 

Dans  beaucoup  de  cas  où  nous  emploierions  aujourd'hui  le 
superlatif,  l'ancienne  langue  se  servait  du  comparatif. 

Y.  t.  I,  p.  309,  1.  2;  p.  386,  1.40;  t.  II,  p.  51,  1.  37; 
p.  134,  1.  2;  etc. 

Le  matin,  li  reis  fist  faire  un  brief  e  mandad  à  Joab   qu'il  meist 
TJrie  là  ù  li  esturs  fust  jo?ms  forz  en  la  bataille.  (Q.  L.  d.  E.  Il,  p.  156.) 
Et  le  jouel  bien  tost  aray 
Qu'elle  garde  plus  chierement.    (Th.  R  M.  A.  p.  452.) 


265 

Quant  nous  plaçons  le  superlatif  après  son  substantif,  nous 
sommes   obligés   de   répéter   l'article;    p.  ex.:    l'omme    le  plus 
présomptueux.     Il  n'en  était  pas  ainsi  dans  la  langue  d'oïl. 
Yai,  met  ma  selle  soi  mon  corant  destrier, 
Et  si  m'aporte  mes  garnemans  'j^lus  chier.  (G.  d.  Y.  v.  405. 6.) 
Plus  chier  =  les  plies  chers. 

J'ai  parlé,  au  chapitre  des  adjectifs,  du  renforcement  du  super- 
latif par  le  mot  très;  le  même  cas  se  présente  pour  les  adverbes 
Cascuns  a  sa  confesse  dite 
Au  plus  très  bêlement  qu'il  seut, 
E  au  plus  très  briefment  qu'il  peut. 

(Fabl.  et  C.  I,  214.  Cité  par  M.  d'OreUi.) 
Cfr.:    Sa  femme  vit  molt  dolouser. 

Et  molt  très  durement  plorer.     (E.  d.  S.  S.  v.  1319.  20.) 

Ne  poet  muer  que  il  nel  plaigne: 

E  si  fait  il  amèrement 

E  si  très  dolerosement 

Que  par  poi  qu'il  n'esrage  vis.    (Ben.  v.  19003-6.) 

Mieux,  pis,  plus,  voy.  ci- dessous. 


Yoici  quelques-uns  des  principaux  adverbes  de  la  langue 
d'oïP.     On  trouvera  les  autres  dans  le  Glossaire. 

A  Bandon. 

Je  profite  de  l'occasion  que  m'offre  à  landon,  pour  expliquer 
plusieurs  mots  qui  ont  la  même  origine:  han,  lanal,  lannir 
(handirj.  Tous  ces  termes  dérivent  de  l'allemand  hannen,  lann. 
Bannen  dérive  du  gothique  landvjan^  faire  signe,  indiquer  par 
signes,  faire  entendre  (bandva,  bandvo,  signe);  land/vjan  devint 
hanvjan,  qui,  à  son  tour,  donna  naissance  à  hannan,  lannen 
(nn  =  nv ,  par  assimilation).  Bannen  signifie  proclamer,  ordonner 
décréter,  défendre,  chasser,  bannir;  toutes  significations  qui  dé- 
coulent facilement  l'une  de  l'autre  et  de  la  primitive.  Cela  posé, 
nous  avons  l'explication  des  formes  de  la  basse  latinité  handum^ 
lannum,  et  de  celles  en  d  ou  sans  d  de  la  langue  d'oïl. 

Ban  (DC.  bandum  =  ail.  band,  signe,  signe  militaire,  dra- 
peau) signifiait  étendard,  enseigne,  drapeau. 

Ban  (v.  h.  -  al.  pan  pannes ,  al.  m.  -  a.  ban  bannes)  a  eu  les 
significations  :  1  ^  Juridiction  d'un  magistrat  ou  d'un  ecclésiastique, 
d'un  seigneur;  2^  Étendue  du  territoire  sur  laquelle  le  magistrat 

(1)  Les  formes  dialectales  des  adverbes,  des  conjonctions  et  des  prépositions  ne 
reposant  d'ordinaire  que  sur  quelques  lettres  dont  les  rapports  mutuels  ont  déjà  été 
indiqués  fort  souvent,  il  serait  inutile  de  répéter  ici  ces  explications.  Je  ne  m'arrê- 
terai qu'aux  formes  qui  présentent  des  différences  fort  marquées. 


ou  le  seigneur  avait  pouvoir;  3^  Proclamation,  mandement  du 
pouvoir  pour  faire  connaître,  ordonner  ou  défendre  quelque 
chose;  4^  Proclamation  faite  pour  convoquer  les  gens  de  guerre, 
et,  par  suite,  pour  désigner  les  troupes  convoquées  sous  les 
drapeaux;  5^  Publication  d'un  jugement,  sentence  d'un  juge, 
condamnation  à  une  amende,  et  surtout  condamnation  à  l'exil. 

L'adjectif  banal  s'employait  en  parlant  des  choses  à  l'usage 
desquelles  la  seigneur,  était  en  possession  d'assujettir  ses  vas- 
saux dans  l'étendue  de  son  fief,  pour  retirer  d'eux  certains  droits, 
certaines  redevances.     (Y.  Ban  2^.) 

Bannir ,  hanir  (bandir ,  en  provençal)  signifia  d'abord  procla- 
mer, permettre  ou  défendre  quelque  chose  par  ban,  accorder 
un  droit;  convoquer  les  gens  de  guerre;  condamner  à  une 
amende,  à  une  peine,  et  surtout  à  l'exil;  confisquer,  saisir. 

Le  substantif  landon  (DC.  abandum)  signifiait  proclamation, 
mandement,  autorisation,  permission,  pouvoir  de  faire  quelque 
chose;  par  extension,  pouvoir  d'agir  à  sa  volonté  (v.  Eom.  de 
la  Rose  v.  5845;  Chron.  de  B.  du  GuescHn  I,  p.  41).  Delà  la 
locution  adverbiale  à  landon,  à  ban;  à  volonté,  à  discrétion. 
Mettre,  donner  quelque  chose  a  landon^  mettre,  livrer  quelque  chose 
sans  réserve,  à  discrétion;  être  a  landon,  être  à  discrétion,  à 
l'abandon;  laisser  quelque  chose  a  landon  a  quelqu'un^  l'en  laisser 
le  maître  absolu.  A  landon  prit  encore  les  significations  libre- 
ment, promptement,  en  toute  hâte,  avec  rapidité,  sans  retard, 
fortement,  tout  à  fait. 

On  s'habitua  de  bonne  heure  à  réunir  la  préposition  à  et  le 
substantif  landon,  et  l'on  obtint  ahandon,  auquel  on  donna  de 
nouveau  la  préposition  à:  h  abandon.  Alandon  produisit  ahan- 
doner ,  abandonner,  livrer,  se  livrer  sans  retenue  à  quelque 
chose,  désirer  vivement,  passionnément. 

Va,  si  li  di  qu'il  vigne  à  mei 

M'amor  li  métrai  à  handun.     (M.  d.  F.  I,  p.  488.) 

Le  nostre  prennent  à  handon 

Senz  nul  autre  defension.     (Ben.  v.  8194.  5.) 

Kar  il  ne  sunt  fi  ne  certain 

D'aveir  nule  defension: 

Eissi  ert  la  terre  à  handon.     (Ib.  v.  33085-7.) 

Brehus  cevalche  à  force  et  à  handon.    (0.  d.  D.  v.  9846.) 

Li  rois  fu  ocis  el  doignon, 

Et  trestuit  si  fil  à  handon, 

Fors  seul  Helain  qu'en  escapa.     (P.  d.  B.  v.  285  -  7.) 

Grant  cop  h  done  sor  l'escu  à  handon, 

Ke  il  li  perce  et  fant  desci  an  son.  (G,  d.  Y,  v.  1563.  4.) 


DE  l'ad\t:rbe.  267 

Y.  les  exemples  il,  p.  81,  1.26;  p.  131;  1.25;  p.  221,1.44; 
p.  338,1.  36;  p.  408,1.  27;  etc. 

E  lerrai  les  destrers  aler  à  lur  handun.     (Charl.  p.  21.) 
Cfr.  :  Qui  tute  lur  larreit  en  handun  la  rivière.   (Th.  Cantb.  p.  166,  v.  24.) 

Mais  tost  s'en  parte  à  habandon.    (Fab.  et  C.  I,  p.  70.) 
Cette  orthographe  en  h  initial  se  trouve  assez  souvent.   Yoy. 
0.  d.  D.  V.  9844.  9917.  etc. 

Li  rois  de  France  a  l'escu  pris, 
Si  s'est  devant  les  autres  mis: 
Ahandones  est  de  joster, 

Qu'il  violt  faire  de  soi  parler.    (P.  d.  B.  v.  8661-4.) 
Tex  se  fait  ore  de  guerre  abandonne, 
Se  l'empereres  estoit  là  ai'outes, 
Ja  n'i  mestroit  .i.  denier  monee.     (G.  1.  L.  I,  81.) 
V.  R  d.  C.  d.  C  V.  380  ;  W.  A.  L.  p.  57;  etc. 
Pour  terminer,   je  citerai  l'adverbe  ahandoneement ^  àbatidon- 
neement,  impérieusement,  d'un  air  d'autorité  (DC.  ahandommre)  ; 
sans  réserve,  tout  à  fait. 

On  tient  plux  chier  la  chose  desirree, 
Ke  ceu  c'om  ait  ahandoneement.     (W.  A.  L.  p.  47.) 
V.  Eaynouard  Lex.  Il,  p.  178,  c.  1. 
Adenz,  adens,  adent, 
proprement  les  dents  contre  terre   (as  denz)   —   prosterné,  le 
visage  contre  terre. 

E  il  tant  tost  cume  il  cunut  Helye,  chaïd  adent  devant  lui,  si  li 
dist:  Es  tu  ço,  mis  sires  Helye?    (Q.  L.  d.  E.  III,  p.  314.) 

L'un  gist  sur  l'altre  e  envers  e  adenz.     (Ch.  d.  K.  p.  65.) 
A  cest  pense  a  fait  maint  tor 
Par  son  lit  enverse  et  adens.     (Ben.  t.  3,  p.  763.) 
Sus  la  terre  gisent  adenz 

Mil  en  i  unt  les  cors  sanglenz.     (Ib.  v.  16568.  9.) 
Sus  le  plancher  se  jut  adenz.     (Ib.  H,  v.  2101.) 
Y.  1. 1,  p.  347, 1.  5;  t.  n,  p.  20, 1.  17. 
AdeSj  adïeSj 
dérive   du   latin  ad  ipsum.     E  signifiait   incontinent,   aussitôt, 
sans  interruption,   sans   cesse,   toujours.      Adies  était  la  forme 
picarde. 

Sostignent  assi  nostre  Signer  en  tote  pacience  et  si  soient  ades  en 
oreson  et  en  prière.     (S.  d.  S.  B.  p.  560.) 

r—S'une  fois  en  chiet  bien,  fols  est  cil  qui  s'atent 

Que  il  l'en  doie  ades  cheoir  si  faitement.  (Ch.d.S.I,128.) 

Aniables  et  tost  tornes 

Est  li  viellars  .  .  . 

Il  est  adies  plains  de  rihote.    (R.  d.  M.  p.  21.) 


268  DE  l'adverbe. 

Sire,  fait  ele,  or  atant  pes, 
De  ce  reparlerons  ades.     (P.  d.  B.  v.  1777.  8.) 
Or  le  querez  donques  ades.     (R.  du  Ren.  m,  p.  85.) 
On  renforçait  la  signification  de  cet  adverbe ,  en  lui  prépo- 
sant, tout,  trestout. 

Moult  aves  longes  sis  en  pes: 
Si  aves  pense  tôt  ades.     (P.  d.  B.  v.  3861.  2.) 
Ades  .  .  .  ades  signifiait  tantôt  .  .  .  tantôt. 
A  genoillons  ==  à  genoux. 
Les  formes  de  cette  locution  adverbiale   étaient   les  mêmes 
que  celles  du  mot  genou.     On  trouve:    S.  K.  le  genuil  (Q.  L.  d. 
R  m,  322),  al  genoul  (Phil.  M.  v.  18969),  P.  R.  as  génois  (P.  d. 
B.  V.  1296),  lor  genoz  (S.  d.  S.  B.  p.  551),  de  devant  ses  genuih 
(Ch.  d.  R.  p.  85),  à  genoilz  (Ben.  Il,   267),  vers  les  jenoiz  (ib. 
V.  37444),  etc.     De  même: 

Devant  le  roi  s'asiet  à  genoillons.    (R.  d.  C.  p.  26.) 
Chascuns  à  genillons  se  ploie.     (R.  d.  M.  v.  1434.) 
Y.  Ben.  v.  25070;  Rutb.  I,  p.  268  ;  Chr.  A.  N.  I,  p.  42;  etc. 
AlJces^  algues,  auques^  alches ,  auches, 
d'abord  pronom  (v.  t.  I,  p.  171),  fut  de   bonne  heure  employé 
comme  adverbe,  avec  la  signification  un  peu,  quelque  peu,  assez 
passablement. 

A  tant  cessad  David  à  pursieure  Absalon,  kar  algues  fud  le  dol  ame- 
sured  e  atempred  de  la  mort  Amon.    (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  167.) 
Robert  fu  dus  emprez  sun  frère, 

Ki  aïkes  traist  as  murs  sun  père.    (R.  d.  R.  v.  7453.  4.) 
Et  si  vus  plest  à  escoter 
Sa  dulce  vie  veil  mustrer 

Aïkes  verrement.     (Ben.  t.  3,  p.  461.) 
Quant  il  furent  d'eus  auques  près.     (Ben.  v.  28755.) 
Porz  fu  la  tor  e  haut  li  mur 
Auques  i  furent  aseur.    (Ib.  v.  29485.  6.) 
Se  il  vit  longes  et  auques  puet  durer, 
Mult  sara  ben  son  anemi  grever.     (0.  d.  D.  v.  7597.  8.) 
Si  parlèrent  tant  ensemble  que  li  conestables  s'amolia  auques.   (H.  d. 

V.  511^) 

Li  fromaches  fu  auques  mox.     (R.  du  Ren.  I,  v.  7249.) 

Cume  il  out  mangied ,  alches  fud  cunfortez  e  avigurez.  (Q.  L.  d.  R.  I 
p.  115.) 

Oza  estendid  sa  main  vers  l' arche,   si  la  tint  pur  ço  que  li  buef 

eschalcirrouent  e  alches  l'enclinerent.     (Ib.  Il,  p.  140;   cfr.  p.  167;  III, 

p.  282.) 

Li  reis ,  fist  dune  Reinalz  auches  iriement, 

T'a  mande  .  .  .    (Th.  Cantb.  p.  138,  v.  11.) 


269 

Alsi,  ami  =  altresi,  autresi, 
Ahi,  forme  primitive  de  notre  aussi,  dérive  du  latin  aliud 
sic]  altresi  vient  de  aîterum  sic  et  signifie  de  même,  pareillement. 
Par  l'umbre  de  mort  alsi  entend  l'om  la  mort  de  la  char.  (M.  s.  J.  p.  458.) 
Li  cner  des  renfuseiz  sunt  àlsi.  en  amertume,  car  lur  malvais  deseier 
les  afflient.     (Ib.  p.  465.) 

Si  vos  proient  comme  à  seignor  que  vos  vos  y  metez  àlsi.  (Villeh.  467  ®.) 
De  ceo  te  prie  ici  chascuns, 
Ausi  tuz  li  poples  comuns.     (Ben.  v.  8214.  5.) 
Croi  le  père  et  le  fil  ausi 
Et  si  croi  le  st.  esperi.    (Pliil.  M.  v.  5962.  3.) 
Au  Lieu  de  aussi,  où  l'on  redoubla  le  s  lorsque  l'on  confondit 
la   prononciation    du  s  et   du   double  s,    on   orthographia   sou- 
vent ossi. 

En  Bourgogne,  dans  les  plus  anciens  temps,  on  écrivait  assi^ 
par  assimilation. 

Et  tu  assi,  0  tu  hom,  tu  vois  lo  lairon  et  si  cours  ensemble  lui. 
(S.  d.  S.  B.  p.  523.) 

De  alsi ,  au^si^  on  forma  alsiment ,  ausiment,  aussi,  de  même, 
pareillement. 

Ke  il  alsiment  la  mort  ki  anaises  à  trestoz  est  poine,  amevet  alsi 
com  entreie  de  vie.     (Dial.  d.  S.  Gr.  I.) 

Guiteclia  ai  perdu,  Baudoin  ausimant.     (Ch.  d.  S.  Il,  p.  167.) 
La  forme  picarde  suivante,   de  la  seconde  moitié  du  XITE^ 
siècle,  est -elle  une  altération  de  ausiment,  ou  bien  faudrait -il 
lire  ansement?     (Y.  plus  bas  esement) 
Tout  ausement  comme  li  ciers 

Euit  devant  les  ciens  en  travers.  (Phil.    M.  v.  v.  7348.  9.) 
A  un  altre  tens ,  altressi  por  une  cause ,  del  monstier  par  lo  comant 
del  abeit  ki  vint  après  son  maistre  Honorait  s'en  alat  Libertins  à  Ra- 
venne.     (Dial.  de  S.  Gr.  I.) 

Et  Oliviers  refiert  lui  autresi.    (G.  d.  Y.  v.  851.) 
Eenforcé  avec  tout: 

De  cest  siècle  est  sanz  mençonge 
Tout  autresi  comme  de  songe.     (Chast.  XXIY,  v.  53,  4.) 
Y.  altresi  (Serments,  t.  I,  p.  20, 1.  2)  1. 1,  p.  271, 1.  24;  autressi 
p.  278,  1.  5;  autresi  t.  LE,  p.  142,  1.  12  ;  etc. 

Her,  er  j  hier  ^  ier  —  ersoir  —  Valtrer^  Vautrer,  Valtrier,  Vautrier. 
Her^  er,  ier ,  du  latin  heri,  hier;  —  hersoir ,  ersoir ^  herseir, 
ier  soir.,  erseir  (herisero),  hier  soir;  —  (li)  Valtrer.,  Vautrer ,  Val- 
trier, Vautrier.,  l'autre  jour. 

Ne  veil  hui  pas  si  jeûner 

Comme  ge  fis  er,  par  seint  Jaques  . . .   (E.  duRen.  III,  p.  91.) 

Je  ne  manjai  très  avant  er.    (Ib.  p.  131.) 


270  DE  l'adverbe. 

Dont  me  revient  çou,  douce  Dame, 
Que  devant  hier  estoie  dame 

De  la  riens  que  je  plus  amoie.    (R.  d.  1.  M.  v.  4603  -  5.) 
E  mes   sires   me   guerpi  pur  ço    que  ier  e   avant   ier  enmaladie. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  115.) 

Ma  dame  de  Coucy  hersoir 

Me  manda  que  je  y  alaisse.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  674.  5.) 
Jo  si  nen  ai  filz  ne  fille  ne  lieir; 
Un  en  aveie ,  cil  fut  ocis  herseir.     (Ck.  d.  R.  p.  106.) 
Quant  vint  ersoir  que  prime  m'endormi.     (R.  d.  C  p.  328.) 
Herberjai  les  ersair  en  mes  cambres  perines.  (Charl.  v.631.) 
Li  altrer  fut  ocis  le  bon  vassal  RoUans.    (C.  d.  R.  p.  123.) 
Par  Dieu,  lechieres,  trop  estes  prisantier 
Râler  i  viex;  batus  i  fus  Vautrier.     (R.  d.  C.  p.  84.) 
Yoici  un  exemple  où  Vautrier  est  employé   pour  un  temps 
assez  long.      Le  roi   d'Ecoce  est  en  France   où  il  a  déjà  rem- 
porté le  prix  dans  quelques  tournois  etc.  ;  il  y  reçoit  une  lettre 
de  sa  patrie  et  il  en  dit  le  contenu  à  ses  chevaliers: 
Se  me  mandent  mi  consiUier, 
Que  avoec  li  (la  reine)  laissai  Vautrier, 
Que  leur-  reface  isnelement 

Savoir  mon  bon  et  mon  talent.    (R.  d.  1.  M.  v.  3257  -  60.) 
Cfr.  ibid.  v.  3409;  Ruteb.  I,  p.  213. 

Amont  —  aval. 
Le  premier  de  ces  adverbes  signifie  amont ,  en  haut;  l'autre 
aval;  en  bas,  bas. 

Kar  si  cbevaus  par  tôt  foleie. 
Primes  amunt  et  puis  aval.    (Ben.  v.  16395.  6.) 
Menés  fu  amont  et  aval.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3331.) 
Y.  encore  t.  I,  p.  401, 1.  32  ;  t.  n,  p.  22, 1.  31;  etc. 
De   même:     contremont,    en  amont,   contremont,    en   liaut; 
eontreval,  en  aval,  en  bas. 

Le  fist  haut  cuntremont  voler.     (R.  d.  R.  v.  5757.) 
Et  montent  contremont  le  mur  par  force.     (Yilleh.  461  ^.) 
Tote  plaine  sa  lance  l'abat  ou  gue  parfont, 
La  teste  eontreval  et  les  jambes  amont.   (Ch.  d.  S.  I,  p.  168.) 

Ckntreval  (t  II,  p.  19,  1.  44  ;  p.  23,  1.  2.) 

Les  mêmes  mots  employés  comme  prépositions: 

Amunt  Seine  (t.  Il,  p.  117,  1.  26.) 

De  par  le  roi  le  vont  criant 

Li  hiraut  eontreval  la  vile.     (R.  d.  1.  M.  v.  2910.  11.) 

Aine  ne  fu  veus  si  grans  deus 

Qu'il  demainent  aval  la  vile.     (Ib.  v.  4370.  1.) 

Li  roi  et  li  baron  conira-a?  la  rivière.   (Ch.  d.  S.  I,  p.  83.) 

Y.  t.  I,  p.  325, 1.  29;  t.  n,  p.  166, 1.  16  ;  etc. 


271 

Jnqui,  enqui^  enlci  —  iqui^  ilci  —  qui. 
Adverbe  de  lieu ,  qu'on  employait  quelquefois  en  composition 
pour  désigner  le  temps.     Il  dérive  du  latin  eccu'  lue.     (Cfr.  le 
prov.  et  l'esp.  aqiii;  l'ital.  qui^ 

Li  autre  .ij.  s'an  fuient,  n'ont  cure  de  sermon; 
N'arrastassent  enqi  por  tôt  For  de  Dijon.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  229.) 
L'aloete  chanta  et  enqi  et  aillors.     (Ib.  Il,  p.  174.) 
Lors  se  herberja  en  la  ville  il  et  sa  gent,  et  enqui  sejorna  tant  que 
l'empereres  Baudoin  vint.     (Villeh.  465*.) 

Ensi  sejorna  iqui  par  deux  jors  .  .  .  Lors  se  parti  de  celo  cite  à  toz 
ses  gaains,  et  chevaucha  à  une  altre  cite  long  de  qui  à  une  j  ornée. 
(Ib.  485^) 

Et  vindrent  à  la  cite  d' Archadiople ,  si  se  herbergierent  enz,  enqui 
sej ornèrent  un  jor,  et  d' enqui  murent,  si  s'en  alerent  à  une  altre  cite 
appellee  Burgarofle.     (Ib.  473.*'.) 

Ez  vos  atant  grant  aleure 
Le  chastelain,  par  aventure. 
Qui  toz  souz  par  anqui  venoit.     (Dol.  p.  291.) 
Une  eve  rade  descendoit  par  enki.     (0.  d.  D.  v.  7207.) 
Ceval  li  baiUent,  si  l'enmainent  d'enki.    (Ib.  v.  7551.) 
Il  lor  jureroient  sor  sainz  loialement  que  dès  enqui  en  avant,  à  quele 
eure  que  il  les  somonroient  dedenz  les  quinze  jors ,  que  il  lor  donroient 
navie  à  bone  foi.     (ViUeh.  446  ^.) 

Sauf  ce  qu'il  a  retenu  tote  la  terre  et  les  fies  qu'il  tenoit  d£S  enqui 
en  amont.     (1233.  M.  s.  P.  I,  341.) 

AnZj  anSj  aïnz,    ams^   eïnz^  eins^   enz  —   anzoïs^  ancoz's,   anchois^ 
anceïs,  aincois^  ainehois^  etc. 
Anz,  ans,  etc.  sont  des   dérivés  du  latin  ante'^;  anzois ,    an- 
cois,   etc.  de  ante  i'psum'^.      Anz,    anzois   signifiaient  avant,   au- 
paravant, plutôt.,  mais.,  au  contraire.     (Y,  la  conjonction.) 

Nos  ne  wardons  mies  ceste  jeune  per  nos,  anz  la  wardent  assi  tuit 
cil  ki  en  l'uniteit  de  la  foit  sunt  assambleit.     (S.  d.  S.  B.  p.  561.) 

A  luy  deussions  nos  voirement  anzois  aleir  qu'il  venir  à  nos.  (Ib. 
p.  526.) 

Ne  por  ceu  ne  tolut  nule  chose ,  anz  donat  anzois  donnes  as  hommes 
(Ib.  p.  533.) 

Je  vous  diroie  tel  merveille 

C'ains  ne  fu  oïe  d'oreille.     (E.  d.  M.  p.  53.) 

Kar  pus  ne  dotad  nul  péril, 

Mnz  ont  le  secle  tôt  dis  vil, 

Deques  à  la  mort.     (Ben.  t.  3,  p.  622.) 

(1)  Le  s  paragogique  que  l'on  voit  ici ,  se  retrouve  dans  un  grand  nombre  d'autres 
particules.    Nos  plus  anciens  monuments  ne  le  connaissent  pas  encore. 

(2)  Cet  ipsuvt  qui  s'ajoutait  à  beaucoup  de  mots,  doit  être  considéré  comme  neutre 
ou  comme  adverbe. 


272 

Li  vileins  à  sa  famé  dit 
C'unques  mais  de  ses  elz  ne  vit 
Nul  pre  faukie  si  igaument. 
Celé  respunt  hastiwement, 
Ainz  fu  od  les  forcez  tranciez. 
Dist  li  vileinz:  Ainz  fu  fauciez. 
Ainz  est,  fist  la  feme ,  tonduz.     (M.  d.  F.  II,  p.  380.) 
La  bataille  est  merveilluse  e  pesant. 
Ne  fut  si  fort  enceis  ne  puis  cel  tens.    (Cli.  d.  E.  p.  131.) 
Mais  à  ce  ne  tendoient  il  point  du  droit ,   ancois  le  voloient  il  tenir 
à  loi  oes  tout  proprement.     (H.  d.  V.  498*=.) 

Unques  enceis  ne  s'en  partirent.     (Ben.  I,  v.  1842.) 

Atant  li  manniers  se  repaire, 

Main  anchois  ot  dit  à  sa  feme 

Qu'ele  pense  de  sa  parente.    (E.  d.  M.  d'A.  p.  5.) 

L'ancienne  langue  se  servait  de  qui  ains  ains  pour  dire  à 
Venvi  Vun  de  Vautre^  de  la  même  manière  que  nous  employons 
a  qui  mieux  mieux ,  que  la  langue  d'oïl  connaissait  aussi  ;  mais, 
à  ce  qu'il  semble ,  la  signification  de  qui  ains  ains  était  un  peu 
différente  de  celle  de  qui  mieux  mieux.  Qui  ains  ains  renferme 
l'idée  d'une  priorité  de  situation. 

Puis  cume  vint  à  la  bataille ,  la  descunfiture  turna  sur  Israël  ;  et  fuirent 
tuit  M  emz  einz,  chascuns  à  sun  tabernacle.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  15.) 

Auberis  siuent  qui  ains  ains  longuement.    (Eomv.  p.  218.) 

Et  cil  des  vissiers  saillent  fors  et  vont  à  la  terre,  qui  ainz  ainz, 
qui  mielz  mielz.     (Villeb.  452*^.) 

Moult  tirent  entr  'els  qui  midis  miols.    (P.  d.  B.  v.  3339.) 

Cette  gémination  sert  simplement  à  ajouter  à  l'idée  exprimée 
par  le  mot  répété. 

E  crut  la  noize  e  li  criz ,  e  de  luinz  l'oïrent  mielz  e  mielz.  (Q.  L. 
d.E.I,  p.47.) 

Cfr.:  Il  ne  demandent  mie  chascuns  qui  doit  aler  devant,  mais  qui 
ainçois  peut,  ainçois  arrive.     (Yilleli.  450*^.) 

Remarquez  encore: 

Corn  ainz  Tarez  toUi,  ainz  sarez  à  repos.    (E.  d.  E.  v.  2601.) 
c.-à-d.  (le)  plus  tôt  (que)  vous  l'aurez  toli,  plus  tôt  etc. 

Ains  est  souvent  suivi  de  la  particule  de;  c'est  le  de  pour 
que  du  comparatif. 

Et  se  vous  en  l'uisset  entres 

Ains  de  lui  mot  ne  parleres.    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  4329.  30.) 

C'est  de  cet  adverbe  ains  et  du  participe  passé  de  naître 
que  dérive  notre  mot  aîné:  anneit  sans  le  s  paragogique  de  la 
forme  «W2,  ans;  ainsneit.,  ainsnes,  einzned  (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  309). 

Del  anneit  frère.     (M.  s.  J.  p.  499.) 

Deus  beaus  fiz  out  de  son  seignur; 


273 

Joufrei  Martel  fu  li  ainznez, 

E  Helyes  l'autre  puisnez.     (Ben.  v.  42144  -  6.) 

S'ot  d'une  autre-  feme  .ij.  fins: 

Theobiers  ot  non  li  ainsnes, 

Et  Theoderis  li  mainsnes.    (Phil.  M.  v.  691-3.) 
Ainsne  =  né  avant  les  autres ,  plus  tôt  né ,   premier  né  — 
M«w5w^  =  moins  âgé,  puîné,  cadet  —  comme  ^m««^,  né  après 
les  autres,  puîné.     (Y.  Moins ^  Puis.) 

Remarquez  encore  le  composé  ainsunhes. 
De  ce  dist  sainz  Pieres  :  Tems  est  ke  li  jugemenz  commencet  à  la 
maison  Deu ,  et  se  li  justes  serat  ainsimJces  salz  ù  apparront  li  fel  et  li 
pecheor.     (M.  s.  J.  p.  474.) 

Dans  les  textes  picards,  on  trouve  souvent  l'adverbe  ains 
confondu  avec  anc^  aïnc  =  jamais.  Cela  vient  de  ce  qu'on  rem- 
plaça, au  XIIP  siècle,  le  s  final  de  aïm  par  le  c  picard,  si 
ordinaire  en  pareille  position. 

Yoici  quelques  exemples  de  ane,  mne,  enc,  qu'on  écrivait 
aussi  ainqvss^  ainhes. 

Ne  fu  teus  honi  aine  puis  ses  jors.     (P.  d.  B.  v.  158.) 

E  la  meillor  clievalerie 

Qu'ewc  fu  seu  ne  oïe.     (Ben.  I,  v.  1179.  80.) 

Entr'aus  dient  tôt  li  baron 

(y aine  si  cortois  leu  ne  vit  on.     (L.  d.  M.  p.  61.) 

Je  ne  vos  serf  mie  de  losengier, 

Ains  vos  aim,  sire,  plus  que  nul  chevalier. 

Aine  ne  vos  vi  un  boort  commencier.   (Eierabras  p.  158,  c.  2.) 

Ferai  qviainques  mais  ne  fist  rois.     (R.  d.  1.  M.  v.  4328.) 

Et  s'ainJces  de  riens  li  fausai, 

Ja  n'i  puisse  je  recouvrer.  (Romv.  p.  287.) 
Raynouard  (Lex.  rom.  t.  II,  p.  80)  en  parlant  de  anc,  qui 
correspond  à  l'adverbe  français ,  prétend  que  ce  mot  dérive  de 
unqicam.  La  forme  du  mot  anc ,  aine  ^,  répugne  à  cette  déri- 
vation, de  plus  il  existe  un  dérivé  de  unquam  (ital.  unqua ,  un- 
que;  prov.  oncas;  langue  d'oïl  oncques,  onkes),  qui  prouve  la 
fausseté  de  l'interprétation  de  Raynouard  au  sujet  de  l'origine 
de  anc,  aine,  enc.  Roquefort  confond  ains  et  aine.  Il  faut, 
je  crois,  chercher  la  racine  de  ane,  ainc^  dans  le  latin  «(^  hanc 
se.  horam. 

Ensi,    ansi^   einsi^   ainsi  ^    insi,    ensinc ,  ensinques^  angine,  einsinc^ 
ainsinCy  ainsint^  einsint. 
Toutes  ces  formes  représentent  notre  adverbe  ainsi.     On  a 

(l)  Si  même  on  admettait  le  changement  de  o  en  a  pour  le  provençal  (cfr.  ara  do 
oro),  on  n'a  aucun  précédent  qui  permette  cette  suppositioa  à  l'égai-d  de  la  langue 
d'oïl.     Cfr.  en  outre  l'Italien  anco ,  anche. 

Burguy,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.  T.  II.  Éd.  UI.  18 


274 

déjà  beaucoup  discuté  sur  l'origine  de  ce  mot:  Ménage  le  fait 
venir  de  in  sic;  d'autres  le  dérivent  de  adeo  sic,  aeque  sic; 
M.  Diez  enfin  propose  ante  sic.  La  racine  adeo  sic  ne  mérite 
pas  qu'on  y  pense.  Ante  sic  se  justifierait  peut-être  en  admet- 
tant les  significations  avant  tout,  surtout  de  cette  manière^  juste- 
ment de  cette  manière;  cependant  je  crois  cette  dérivation  trop 
recherchée.  Eeste  à  se  décider  entre  in  sic  et  aeque  sic.  La 
signification  du  latin  aeque  concorde  fort  bien  avec  celle  de  notre 
mot;  toutefois  le  n  fait  quelque  difficulté.  On  ne  peut  admettre 
que  le  qu  ou  c  final  {aeque  se  serait  contracté  en  ec)  s'est  per- 
muté en  n  ;  cela  arrive  en  espagnal ,  mais  pas  en  français ,  que 
je  sache.  Il  faut  donc  supposer  que  la  finale  que  (c)  a  été 
apocopée  et  n  intercalé.  C'est  ce  que  j'admets.  In  sic  ne  ré- 
pond pas  aussi  bien,  quant  au  sens,  à  notre  ainsi. 

Tôt  ensi  cum  il  visibles  vint  une  fieie  en  char ,  por  faire  la  salveteit, 
enmei  la  terre,  ensi  vient  il  en  espirit  et  nient  visibles,  chascim  jor, 
por  saneir  l'aii'me  d'un  chascun.     (S.  d.  S.  B.  p.  527.  8.) 

S'ensî  est,  certes  nos  ne  sommes  mies  digne  de  la  compaignie  de 
cest  chief.     (Ib.  p.  561.) 

Ansi  alai  .ij.  jors  antiers.     (Dol.  p.  252.) 
In8%  cora  dessus  devise  l'avons.     (1262.  H.  d.  B.  II,  p.  27.) 
Guidiez  vos  toz  jors  dnsi  faire?    (Ruteb.  I,  p.  119.) 
Ne  croi  pas  à  muable  chose 
Se  la  sentense  en  ai  esclose  : 
-Ew.s*  vint  servages  avant.     (R.  d.  M.  p.  30.) 
La  chartre  fu  délivrée  as  messages  ;  ensi  pristrent  congie  à  l'empereor 
Sursac  et  tornerent  en  l'ost  arrière.     (Villeh.  454*^.) 

Et  tuit  cil  qui  vindrent  en  la  chace,  qu'il  porent  retenir,  si  les 
mistrent  en  lor  bataille,  et  ceste  chace  si  fu  entre  none  et  vespres 
ensinqiies  retenue.     (Ib.  475".) 

Or  a  la  dame  ainsinc  voscu.     (Ruteb.  Il,  p.  185.) 
Amsmt  (v.  t.  n,  p.  160,  1.  21.) 
Au  Heu  de  ensi,  on  employait: 

JEissi ,  issi,  isi,  issiques^  issinc ,  issint. 
Eisi,  puis  eissi,  issi,  etc.  est  la  même  forme  que  la  pré- 
cédente, sans  le  n  intercalaire.  (Cfr.  l'ancien  espagnol  ansi 
et  la  nouvelle  forme  asi;  le  portugais  assim;  le  provençal 
aissi).  C'est  probablement  à  l'influence  de  la  forme  eissi,  qui 
appartenait  à  la  Touraine  et  aux  cantons  environnants,  que 
l'on  doit  en  grande  partie  l'introduction  de  Vi  dans  ensi  (einsi, 
puis  ainsi). 

Les  out  trestoz  eisi  vencuz.     (Ben.  v.  3843.) 
Tôt  dsi  a  Rou  conseil  pris.     (Ib.  v.  3897.) 
Mais  Saul  issi  nel  fist,  e  en  ço  vers  Deu  mesprist    (Q,  L.  d.  R.  I,  p.  44.) 


275 

Se  vos  issi  partes  de  moi.     (P.  d.  B.  v.  4219.) 
Des  que  isi  est,  i  entendez.     (Ben.  v.  6133.) 
Honni  somes  se  nos  lesson 
A  lui  issiques  defoler.     (R.  d.  Ren.  I,  p.  231.) 
Antan^  entan  —  oan,  ouan,  uan  foivanj  —  maisoan^  mesoan. 
Atan  dérive  de  ante  annum;  oan^  de  hoc  annum.    Le  premier 
signifie  Vannée  passée  ^  ci -devant^  aidrefois;   le  second,    cette   an- 
née ,  dernièrement ,  désormais ,  jamais.     Maisoan ,   mesoan ,   composé 
de    mais   (v.  ce  mot)    et  de   oan^   signifiait  h  V avenir,   un  jour. 
Rabelais  s'en  est  encore  servi. 

Les  perdrys  nous  mangeront  les  aureilles  mesouan,  (Garg.  I,  39.) 
Sacent  tout  .  .  .  que  Jehans  le  Beghins  a  vendut  h  Gillon  Mousket 
xiij.  verghes  de  warance,  ki  siéent  deriere  sa  maisson,   ki  fut  antan 
plantée  sour  le  tiere  ki  fut  Gerart  le  Quatit.     (1276.  Charte    de  Tournay 
citée  dans  Phil.  M.  Suppl.  p.  27.  8.) 

Anten  nos  vint  dire  uns  Norois 

Que  sains  segnor  erent  François.     (P.  d.  B.  v.  2489.  90.) 
Se  chasouns  endroit  soi  c'en  fust  si  entremis, 
Ancor  oaneust  Charles  mult  moins  d'anemis.  (Ruteb.  I,  p.  147.) 
Oan  mais  ne  m'ert  reprove 
Que  par  moi  aiez  fest  folie.     (Trist.  U,  p.  32.) 
Nos  quidons  ben  ne  soit  oan  baillies.  (0.  d.  D.  v.  9097.) 
Vos  n'irez  pas  uan  de  mei  si  luign.    (Ch.  d.  R.  p.  10.) 
(Y.  Ben.  v.  18756.  19382.  etc.)  ♦ 

Orthographié  auan  (O.d.D.v.9091);  aioan{R.  d.  1.  M.  Préf.  VHI.) 
Cfr.:  Voit  Castel-Fort  sus  la  roche  séant,  .  .  . 

Et  Mont-Che^Tel  que  il  ferma  Vautr'an.  (0.  d.  D.  v.  6429. 31.) 
Apermesmes,  apermismes^  aparmenmes ,  aparmannes  ^  aparmain. 
Cette  locution  dérive  de  ad  per  metipsissimum  (tempus),  et 
signifie  h  V instant^   tout  de  suite,  sur  le  cha'mp. 

Car  apermisines  que  li  scels  fut  brisiez ,  si  vint  apermemes  après  li 
amers  departemenz  et  li  triste  discorde.     (Roquefort,  s.  v.  aparmain.) 
Et  dist  Gantiers  :  Aparmain  le  saurez.     (R.  de  Roncevaux,  32.) 
Sire  reis,  ço  t'ai  ajmrmannes  escrit.  (Th.  Cantb.  p.  64,  v.  16.) 
V.  t.  I,  p.  220,  1.  5;  t.  II,  p.  96,  1.  41;  p.  117,  1.  19. 

Assez,  asez^  asseiz^  aseiz,  asses  (ad  satis). 
Je  ne  cite  cet  adverbe  que  pour  faire  remarquer  les  com- 
binaisons suivantes: 

Li  leus  a  vulentiers  jui'e 

Flus  assez  k'il  n'unt  demande.     (M.  d.  E.  II,  p.  188.) 

Raous  vos  nies  ot  molt  le  cuer  entort, 

Mais  aseiz  plus  vos  voi  félon  et  fort.     (R.  d.  C.  p.  134.) 

Baptizet  sunt  asez  plus  de  .c.  mille.     (Ch.  d.  R.  p.  142.) 

L'eve  qui  sanz  corre  tornoie 

18* 


I 


276  DE  l'adverbe. 

Assez  plus  tost  .i.  home  noie 
Que  celle  qui  ades  decort.    (Ruteb.  I,  p.  248.) 
Moult  est  Lien  fête  par  devant, 
Assez  miex  que  n'est  par  dei-riere.     (Ib.  Il,  p.  29.) 
Plus  assez ^  assez  plus,  assez  mieux ^  signifiaient  beaucottp  plus, 
heaucoup  mieux. 

Yoy.  aset  (t.  II,  p.  194),  c'est-à-dire  la  forme  primitive  avant 
l'introduction  du  «  (z  =  ts). 

Dans  la  seconde  moitié  du  XIIP  siècle,  paraissent  aussi  les 
locutions  cf assez,    qu^ assez,   qui,    à  vrai    dire,    sont,  comme   les 
combinaisons    précédentes,    des    renforcements    du    comparatif. 
D'assez  fut  d'un  fréquent  emploi  jusqu'à  la  fin  du  XYI^  siècle. 
Li  homs  est  pire  que  desvez 
Mes  la  famé  vault  pis  d'assez.     (Romv.  p.  384.) 
Pou  d'espoirs  en  sorcuidance 

Me  fait  douloir  plus  qu'assez.     (Trouv.  Artés.  p.  127.) 
Le  de  et  le  que  sont  ceux  du  comparatif. 

Buer  —  mar. 

Dès  le  commencement  du  moyen -âge,  on  avait  dit  lona  hora 
=  à  la  bonne  heure,  par  bonheur;  maïa  hora,  à  la  maie  heure, 
par  malheur.     Toutes  les  langues  romanes  admirent  ces  expres- 
sions.   L'ancien  français  disait  en   hone  heure  ou    hone  heure  .^  en 
maie  heure  ou  maie  heure ,  puis  on  se  servit  simplement   de  hone 
(R.  duRen.  I,  p.  108,  v.  2858),  maie,  auxquels  on  donna  ordinaire- 
ment les  formes  Jor,  plus  tard  huer  avec  diphthongaison  de  Va, 
mar.    Le  r  final  est  un  reflet  de   celui   de  hora   et  sert  à  rap- 
peler ce  mot  sousentendu.     Buer  signifiait  heureusement,  bien, 
à  propos;  vmr^  mal,  malheureusement,  mal  à  propos,  à  tort. 
Com  huer  fuit  neiz  qui  en  tal  ost  ira 
Por  tel  pardon  conquerre  !     (G.  d.  V.  v.  4012.  3  ) 
Urrake,  je  sui  vostre  sers, 

Bueft'  i  passase  jo  les  mers.     (P.  d.  B.  v.  6083.  4.) 
Baruns,  esveilliez  vus.    Bm'  vus  fud  anuitie 
Tele  chose  ai  oie,  dunt  jo  vus  frai  liaitie.  (Ben.  t.  3,  p.  610.) 
Y.  t.  n,  p.  174,  1.  9. 

Et  jure  Dieu  qui  soufri  passion 

Mar  1  prist  Raoul  de  la  terre  le  don.     (R.  d.  C.  p.  82.) 

Je  sui  celé  qui  mar  fui  née.     (P.  d.  B.  v.  4753.) 

Quides  le  tu  chacier  de  France, 

Ja  mar  en  auras  espérance 

Ne  s'en  ira  mie  fuiant.    (Bon.  v.  21104-6) 

(1)  La  forme  mare,  pour  mar,   qui  se  montre  plusieurs  fois  dans  la  Ch.  de  R. ,   est 
un«  simple  habitude  orthographique  anglo  -  normande. 


DE    LAD^TÎRBE.  277 

Je  n'irai  mie  ,  ja  mar  en  douterez.     (G.  1.  L.  I,  p.  102.) 
Mar  est  bailliz ,  e  mal  li  vait.     (Ben.  v.  26925.) 
Y.  t.  I,  p.  303,  1.  30  ;  p.  332 ,  1.  22  ;   t.  n,  p.  3 ,  1.  9  ;  p.  27, 
1.  41;  p.  133,1.  26;  etc. 

Deus  !  com  mar  fu  de  ço  qu'il  trice  !    (P.  d.  B.  v.  4474.) 
On  voit  ici  mar  employé  avec  être;   il  n'en   est  pas  moins 
adverbe,  mais  il  signifie  malheureux ^  à  plaindre. 

^sèment,  esstment,  ensement^  ansement,  ainsiment. 
Roquefort  rapporte  à  tort  l'adverbe    ensement  à  ememhle- 
ment  (s.  e.  v.).     Ces  deux  adverbes  n'ont  rien  de  commun.    La 
forme  primitive  de  ensement  a  été  esement^    essement  et  esstment; 
le  n  n'est  qu'intercalaire.     JEsement  est  un  dérivé  de  ipse  =  ro- 
man  <9^*,  eis,    es,      La  forme   provençale    correspondante    était 
epsamen^    eissamen.^    et  quelquefois   ensament.     Esement,   ensement., 
signifiaient  pareillement,  de  même,  de  la  même  manière. 
E  les  saintes  e  leiz  ensement.    (Ben.  I,  v.  887.) 
Variante  :  esement  t.  lU,  p.  400,  c.  2. 

En  icel  meisme  tens ,  essiment  vint  Bucillenus  avoc  les  François  es 
contreies  de  Campangne.     (Dial.  de  S.  Grég.  I.) 

Si  le  prendront ,  ceu  dient ,  quant  il  dormira  en  son  lit ,  et  ense^nen 
s'en  vengeront  ensi  qu'il  ont  enpense.     (H.  d.  V.  518''.) 
Cil  com  sunent  e  buglent  e  sunent  ensement 
Cumme  taburs  utoneires  u  grant  cloches  qui  pent.  (Charl.  v,  358. 9.) 
Si  com  lions  que  fains  destraint 
Ocit  bestes  quanqu'il  ataint, 

Tôt  ansement  li  bons  rois  fait.     (Brut.  v.  13299-801.) 
Por  ce  fu  Dieux  lor  boens  amis 
Et  li  autre  saint  ansiment.     (Ruteb.  I,  p.  128.) 
Ayer,  ayere,  arrière,  ariere,  ariers .^  airier,  arere,  erriere.,  errier  — 
dater  e,  dariere.,  derrier.,  derier.  —  Avant,  davant^  devant. 
(Y.  les  prépositions  aux  mots  riere,  en%) 
Arrière  s'employait  comme  adverbe  avec  la  signification  de 
ci -dessus.,  ci -devant^  soit  seul,  soit  en  combinaison   avec  p  en, 
(Cfr.  l'article  suivant.) 

Arrière.,  avec  les  verbes,  signifiait  de  nouveau,  de  retour  (qm 
lieu  d'où  l'on  était  parti),  en  arrière. 

Ayer  était  la  forme  bourguignonne,  qui  disparut  de  bonne 
heure. 

0  cum  bienaurouse  aveuleteit!  por  kai  li  oil  aveulent  sainement  en 
la  conversion ,  ki  za  en  ayer  estoient  malement  enlumineit  en  la  préva- 
rication.    (S.  d.  S.  B.  p.  559.) 

Paien  la  firent  lonc  tans  sai  en  arier.     (G.  d.  Y.  v.  3468.) 
Çay  en  arriers  (1269.  (M.  s.  P.  II,  597)  —  gai  m  arrière  (1285.  Ib, 
11,684.) 


278 

Quant  il  welt  ayere  raleir.     (S.  d.  S.  B.  p.  567.) 

CoDgie  prent  l'apostoiles,  maintenant  s'an  repaii'e, 
Erriere  s'an  rêva,  que  il  plus  n'i  atarde.    (Ch.d  S.  1,79.) 
Lors  ert  de  France  reis  Henris, 
Eissi  cum  arere  vos  dis.     (Ben.  v.  32139.  40.) 
Y.  ça  en  arrière  t.  Il,  p.  114,  1.  22  ;  cha  en  arrière  1. 1,  p.  380, 
1.  10  ;  %ai  en  ayer  t.  Il,  p.  1 98, 1.  7  ;  ça  ennars  t.  II,  p.  115, 1.  27  ; 
et  les  exemples  t.  I,  p.  288, 1. 4  ;  p.  309,  1. 30  ;  p.  312, 1.  27  ;  t.  n, 
p,  41,  1.  24;  p.  51,  1.  3;  p.   53,  1.  14  et  24;  etc.  etc. 
Il  estoit  voyi'ement  dàvant.     (S.  d.  S.  B.  p.  546.) 

Alez  avant,  g'irai  après.     (E.  d.  Een.  1. 1,  p.  117.) 
Et  devant  et  derier  vont  tant  Saisnes  tuant 
Que  parmi  la  jonchiere  font  de  cors  pavement.  (Ch.  d.  S.  Il,  113.) 
Gels  derier  ne  pot  parmi  fendre 
Et  cels  davant  n'osa  atendre.     (Brut.  v.  4715.  6.) 
Il  est  darere  od  celé  gent  barbée.     (Cb.  d.  E.  p.  128.) 
Tant  comme  il  est  devant  la  gent 
Mes  par  darrier  n'en  fet  neient.  (Cbast.  pr.  v.  147.  8.) 
Za  davant  correspondait  à  m  en  ayer. 

Et  Criz  pai'olet  en  la  salme  et  si  dist:  je  suis  dist  il,  fichiez  et  lum 
de  la  meir,  nos  fumes  jai  za  davant  luns  de  paradis,  mais  or  sommes 
nos  luns  de  meir.     (S.  d.  S.  B.  Eoquefort,  s.  v.  lum.) 
Et  la  davant: 

Ceu  doiens  nos  or  encercbier ,  selonc  l'ordene  ke  nos  là  davant  pro- 
posâmes.   (Ib.  p.  526.) 

Davant  s'employait  pour  à  V avance,  d'avance. 
Quar  cil  davant  notet  soniousement  les  malz  ki  avenir  li  puent,  atend, 
voilanz  en  aguaiz ,  les  assalz  de  son  anemi.     (M.  s.  J.  p.  515'.) 
Avant   signifiait  aussi  plus  tard.,  dans  la  suite;  plus  bas. 
Et  partout  li  fisent  homages. 
Cil  ki  tien-e  vorrent  tenir 
A  en  avant  et  maintenir.    (Pb.  M.  v.  4421.  3.) 
Henris,  ce  retrait  li  escriz, 
Eefu  de  Warewic  puis  quens  fait, 
Si  cum  avant  sera  retrait.     (Ben.  v.  32079-81.) 
Devant   s'employait  dans  le  même  sens  que  notre  avant. 
Je  vieng  de  ci  près  besoingnier, 
Si  ne  fui  puis  des  devant  hier 

A  ma  maison  :  or  y  revois.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2571  -  3.) 

Çà^  ci.  —  Là. 

Ça ,    dérivé    de  ecce  hac ,   avait   la    forme  za ,  %ai ,   puis  m/, 

««*,    en  Bourgogne;   ça.,  en  Normandie;    cha^   en  Picardie.     Ci 

dérive  de  ecce  hic ,  et  s'écrivait   chi  en  Picardie.     Ci  s'employait 

le  plus  souvent  pour  ici.      Là ,  vient  de  illac ,  et  s'est  écrit  lai 


DE  l'adverbe.  279 

en  Bourgogne.     On  trouve  quelquefois  ila^  correspondant  à  ici^ 
qui  nous  est  resté. 

Voici  quelques  exemples  de  ces  mots,  seuls  ou  combinés 
avec  d'autres. 

Et  ceste  voye  doyens  nos  molt  diliantrenient  querre  lai  où  nos  poyens 
dignement  aleir  encontre  luy.     (S.  d.  S.  B.  p.  527.) 

Por  ceu  k'il  delivrement  poient  corre  et  zai  et  lai.     (Ib.  p.  569.) 
Qui  aucune  fois  faisoit  célébrer  ilà  mesmes.     (H.  d.  M.  p.  135.) 
Tor  là  ton  vis  et  çà  ton  dos, 
Ge  monterai  comme  vaslet .  .  . 
Ysent  la  bêle  chevaucha, 
Janbe  de  çà,  janbe  de  là.     (Trist.  I,  p.  187.) 
Les  guaites  Saul  s'aperceurent  ki  esteient  en  Gabaa  Benjamin,  e  virent 
l'ocisiun  de  chà,  les  morz  gésir  e  les  vifs  chà  e  la  fuir.  (Q.  L.  d.  E.I,p.47.) 
De  çà  remenrai  tant  que  là  outre  seront.    (Ch.  d.  S.  II, p.  55.) 
Li  anchiien  sont  de  lui  près; 
Apres  sont  li  jone  baron 
De  chà  et  de  là  environ.     (R.  d.  M.  p.  55.) 
Elduine  tint  del  Hombre  en  là, 
Et  Cadualan  rena  de  çà.    (Brut.  y.  14475  -  6.) 
Cil  chevalier  furent  par  le  jardin 

Çà  dis,  çà  trente,  là  quarante,  Zà  vint.  (G.l.L.n,p.l54.) 
D'Ynde  la  grignor  par  de  là 

Dusk'à  septentrion  de  chà.    (R.  d.  1.  M.  v.  5513.  4.) 
Que  chi  n'en  trouvères  vous  rien.     (R.  d.  1.  V.  v.  1598.) 
Tous  aves  bien  oï  pieca, 
.Xxv.  ans  a  en  es  çà 
Que  Baudoins  li  preus,  li  bons,  .  .  . 
Se  fu  pour  l'amour  Dieu  croisies.   (Phil.  M.  v.  24463-5.  8.) 
Cfr.  loc.  prép.  :  Et  quanque  de  chà  mer  avoit.     (R.  d.  S.  S.  p.  3.) 
De  là  la  mer  (t.  I,  p.  369, 1.  15);  de  là  le  bras  (t.  II,  p.  120, 1.  30.) 
Y.t.  I,p.  193,1.  34;  p.  233,1.  12;  p.  286,1.  7;  p.  292,  1.16; 
p.294,  1.4;p.301, 1.  33;p.331,  1. 15.  28;  p.  335,1.  40;  p.  369, 
1.  16.  19;  etc.  etc. 

Là  était  souvent  suivi  de  l'adverbe  où  (t.  II,  p.  23, 1.  28  ;  p.  46, 
1.  37) ,   et  on  les  trouve  contractés  sous  la  forme  2au. 
Li  boens  pescherres  s'en  ala  .  .  . 
En  la  ten*e  iau  il  fu  nez, 

Et  Joseph  si  est  demeurez.     (R.  d.  S.  G.  v.  3456.  9.  60.) 
Et  Iau  li  sans  couloit  l'a  mis.     (Ib.  v.  564.) 
V.  ib.  V.  633.  2504.  3116,  etc. 

Pour  en  finir  avec  là  ow ,  je  dirai  qu'il  ne  s'employait  pas 
seulement  pom-  le  lieu.  On  s'en  servait,  comme  conjonction, 
à  l'égard  du  temps,  dans  le  sens  de  au  moment  g^ue^  tan- 
dis que. 


280  DE  l'ad\t;rbe. 

Là  il  il  vunt  einssi  pallant 

Deus  chiens  virent  venir  curant.    (M.  d.  F.  II,  p.  388.) 
Ci  puet  on  veoir  dou  felun 
Qui  velt  trichier  sun  conpaingnun; 
n  meismes  est  encunbrez 
Là  il  li  autre(s)  est  délivrez.     (Ib.  p.  266.) 
Remarquez  l'expression  : 

Tant  le  jeta  (l'anelet)  de  toi  en  moi 
Qu'il  est  venus  devant  le  roy.  (E.  d.  1.  M.  v.  6089.  90.) 
de  ci  de  là,  de  Vun  h  Û autre. 
Caenz,  caienz,  caiens,  chaiens,  caians ,  cean%,  ceenz,  ceienz.  — 
ZaenZy  laienz,  laiens,  laians,  leanz,  leen%,  leienz,  leinz. 
Ces  deux  adverbes  sont  composés  de  ca,  la  et  de  enz,  em 
v.  les  prépos.).   Ils  signifiaient  céans,  ici  dedans  —  la,  là  dedans. 
Beax  filz,  ne  soiez  si  dolenz; 
Venez  caienz  entre  nez  genz.     (P.  d.  B.  v.  5287.  8.) 
Son  de  note,  ne  cri  d'oisiel 

N'ierent  mais  chaiens  chier  tenu.     (R.  d.  1.  V.  v.  1372.  3.) 
Karlemaines  me  tient  ceanz  an  sa  prison. 
Et  bien  pflet  de  moi  faire  son  voloir  et  son  bon, 

(Ch.  d.  S.  II,  p.  165.) 
Dux  Naymes  est  à  pie,  sanz  cheval,  an  la  pree; 
Leanz  an  la  cite  an  lieve  la  huée.   (Ib.  II,  p.  178.) 
Quatre  jors  ont  demene  tuit 

Laiens  grant  feste  et  grant  déduit.    (R.  d.  M.  p.  53.) 
De  laians  issir  ne  pooie. 
N'i  avoit  c'une  soûle  entrée 
Et  celle  estoit  moult  bien  fermée.     (Dol.  p.  245.) 
V.  ceienz  (Chast.  IX,  v.  67),  caiens  (Yilleh.  p.  454";  R  d.  C. 
p.  189),  caians  (Brut.  v.  11240),  ceenz  (Charl. v.  756);  laenz  (Ben.I, 
v.  1559),  leenz  (Ruteb.  n,  p.  43),  leinz  (Trist.  H,  p.  150.2),  etc. 
Certes  —  à  certes   —  par  certes. 
Certes   (variante   picarde   chertés)    était  un   dérivé   du   latin 
certus,  qui    signifiait   certes,    assurément.      Le   composé    à  certes 
signifiait    certainement,    sérieusement,   de   propos    délibéré,   instam- 
ment, et,  après  le  XIIP  siècle,   il   prit  encore  la   signification 
de  avec  certitude. 

Certes  li  planteiz  et  li  habondance  des  choses  temporels  avoit  ameneit 
l'obliement  et  la  besoigne  des  permenanz.     (S.  d.  S.  B.  p.  527.) 
Certes  vers  moi  mesprenes 
Qui  sui  en  vostre  justice.     (Romv.  p.  250.) 
Chertés  molt  m'atraisistes 
Jonet*  à  chel  mestier.     (Ib.  p.  294.) 
(1)  Le  texte  porte  jo  nec,  ce  qui  ne  donne  aucxin  sens. 


DE  l'adverbe.  281 

Dedens  Pavie  ai  je  certes  este, 

Et  Desier  certes  vi  je  asses, 

Lui  et  Ogier  le  Danois  d'outre  mer, 

Et  vo  message  certes  lor  ai  conte.     (0.  d.  D.  v.  4770-3.) 

Dont  cuide  Ogier  qe  il  desist  à  certe.     (Ib.  v.  11796.) 

De  lui  envaïr  n'est  nus  leus 

De  nos,  n'a  certes  ne  à  gens.     (Ben.  v.  20617.  8.) 

Garins  fu  el  palais,  qui  à  certes  juait.     (Romv.  p.  351.) 

Moult  set  famme,  et  moult  est  hardie 

D'outraige  faire  et  de  follie; 

Puis  c'a  certes  s'an  aiitremet. 

Plus  volontiers  aimme  et  si  fet 

D'une  mensonge  ke  d'un  voir 

Et  la  follie  c'un  savoir. 

N'est  hons  vivans  M  tant  seust 

Que  famé  ne  le  deceust. 

S'a  certes  pener  s'an  voUoit.     (Dol.  p.  274.) 

Trop  à  certes  m'en  apelez, 

Fet  ele,  si  le  vos  dirai.     (Romv.  p.  470.) 

Par  certes  vos  n'en  irez  mie.     (R.  d.  Ren.  I,  p.  93.) 
Dans  quelques  traductions  bibliques,  on  trouve  acertes,  comme 
conjonction,    pour    le   latin   autem.     Au    lieu   de   l'orthographe 
acertes,  ces  traductions  écrivent  quelquefois  adecertes. 

Dieu  li  comanda  et  dist :  maungues  de  chescune  fust  de  paradis,  si 
ne  maunges  acertes  de  fust  de  science  de  bien  et  de  mal.  (Roquefort, 
s.  V.  fust.) 

Si  vos  adecertes  ne  voiliez,  soit  feu  issu  de  chimenee  et  devorge 
les  cèdres  du  Liban.     (Ib.  s.  v.  chimenee.) 

De  certes^  on  fit  certement  ==  certainement.,  avec  certitude. 

Et  qui  mult  quident  certement 

Que  terre  tienge  hautement.     (Ben.  v.  17203.  4.) 

Quant  Flores  s'amie  ot  nomer 

Et  de  li  certement  parler. 

De  la  joie  tos  s'esbalsi.    (FI.  et  Bl.  v.  1315-7.) 
Cwm,  (?om,  con.,  corne,  comme .^  conme.,  coume,  cun.   —  Cument., 
cornent,  conmenty  comment.,  coument. 
Cum^  etc.  dérive  du  latin  quomodo.     De  com^  on  forma  avec 
la  terminaison  ment.,  l'adverbe  coment  (quomodo  —  mente). 

Quand  on  fait  une  demande  directe,  on  emploie  aujourd'hui 
comment;  l'ancienne  langue  se  servait  aussi  de  comme  dans  ce 
cas.  Pour  le  discours  indirect,  nous  employons  comme  et  com- 
ment, mais  comme  est  d'ordinaire  mis  pour  indiquer  le  degré, 
comment,  la  manière.  La  langue  d'oïl  n'observait  pas  toujours 
cette   distinction.      Comme    aujourd'hui,   on    se    servait   de  çom 


282         '  DE  l'adverbe. 

dans  les  exclamations,  emploi  qui  s'explique  par  la  distinction 
que  je  viens  de  mentionner. 

Lorsqu'on  voulait  déterminer  approximativent  une  idée  de 
quantité,  on  se  servait  de  eomme  (=  environ,  presque). 

0  cum  douz  reconciliement  et  cum  douce  amendise  !  (S.  d.  S.  B.p.549.) 
Amis,  com  as -tu  non?    (R.  d'Alex,  p.  399.) 

Qui  atendre  osera 
Cou  li  avient,  s'on  voit  que  ses  biens  fais 
Le  deserve ,  grant  werredon  aura.     (Romv.  p.  292.) 
Helas!  fait  il,  con  sui  lionis, 
Et  con  sui  par  Mares  traïs!     (P.  d.  B.  v.  2541.  2.) 
Pis  n'aura  conme  se  fust  m'ame.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  5.) 
Lessez  gésir  les  morz  tut  issi  cn.iil  sunt.   (Ch.  d.  R. p. 94.) 
Por  elle  en  paroi  comme  ires.     (Romv.  p.  249.) 
Tout  ausi  coume  Farsui'e 
Fait  kanqu'ele  ataint  bruir.     (Ib.  p.  262.) 
Il  perdit  aussi  comme  tout  son  sens.     (Clironiques  de  S.  Denis.) 
Cornant  m'an  fuirai  je?  dist  Karles  au  vis  fier, 
Cornant  porra  ce  estre  tant  com  je  soie  antier  ?  (Ch.  d.  S  n,  p.  152.) 
Oies  coument  il  l'en  avint.     (Phil.  M.  v.  14326.) 
Puis  li  demande:  Comment  vos  est,  amis? 
Dist  Beneois  :  Mult  ben,  la  Deu  mercis.  (0.  d.  D.  v.  6905. 6.) 
Deus  set  asez  cument  la  fins  en  ert.     (Ch..  d.  R.  p.  149.) 
Si  m'esmerveil  conment  peut  avenir.     (Romv.  p.  253.) 
Faites  de  moi  çou  qu'il  vous  plest: 
Je  vous  ai  dit  comment  il  est.     (R.  d.  1.  M.  v.  4251.  2.) 
c'est-à-dire:  Je  vous  ai  dit  la  chose  telle  qu'elle  est,  ce  qu'il 
en  est. 

Les  formes  coume,  coument,  sont  de  la  seconde  moitié  du 
Xni^  siècle.  Cum  a  d'abord  été  commun  aux  dialectes  bour- 
guignon et  normand;  mais  dès  le  commencement  du  XIII* 
siècle,  com  s'était  fixé  en  Boiu-gogne.  C'est  dans  le  dialecte 
picard  que  eoti  prit  naissance.  Au  Heu  de  comme,  les  manu- 
scrits écrivent  souvent  comm  quand  le  mot  suivant  commence 
par  e. 

Com,  conjonction,  régissait  souvent  le  subjonctif. 
Après  plus  .  .  .,   la   phrase   comparative   commence   souvent 
I)ar  comme  au  lieu  de  que. 

Que  li  charbons  seui-  (lis.  sos)  la  cendre 

N'art  pas  plus  co vertement  ^ 

Con  fait  li  las  qui  atent.     (Romv.  p.  864.) 

(1)  Le  texte  poète:  N'ait  pas  plus  contenement ,  vers  qui  ne  convient  nullement 
au  sens.    (V  La  Borde  II,  218.) 


DE  L'AD^^;EBE.  283 

Dementre^  dementres^  demettres,   endementre  —  dementiers^ 


Dementre  dérive  de  dum  intérim,  comme  le  prouve  la  forme 
provençale  domentre.  On  confondit  de  bonne  heure  do  avec  de^ 
de  là  notre  forme.  Le  pléonasme  qui  se  trouve  dans  la  réunion 
de  dum  et  intérim  ne  repousse  pas  la  dérivation  indiquée; 
il  est  tout  à  fait  populaire.  JDementiers  vient  de  dum  interea. 
Cette  locution  signifie  pendant  ce  temps  là,  dans  V intervalle ^  sur 
ces  entrefaites. 

Ses  messages  tost  li  tramete 

E  tant  dementres  s'entremete 

De  faire  assembler  la  navie  .  .  .     (Ben.  v.  36716-8.) 

Eous  demeures  qu'iloc  esteit 

Vit  le  mostier  Saint  Beneeit.     (Ib.  v.  5071.  2.) 

La  bataille  est  aduree  endementres.    (Ch.  d.  R.  p.  55.) 

Li  batiaus  vient  endenientiers, 

Dusc'al  rivage  n'arresta.     (R.  d.  1.  M.  v.  1192.  3.) 

Mais  li  honurez  reis  de  France  Loewis 

Endementieres  s'est  durement  entremis 

Que  il  fesist  le  rei  e  saint  Thomas  amis. 

(Th.  Ctb.  p.  96,  V.  16-8.) 
Y.  andementiers  (t.  I,  p.  288,  1.  21),   endementier   (t.  I,  p.  346, 
1.  39),  etc. 

Au  lieu  de  endementiers ,  on  trouve  entrementiers. 
Nekedent  entrementiers  nus  n'usa  en  son  non  de  l'usage  k'il  avoit 
ou  pré.     (Roquefort,  s.  v.) 

Enfin,  il  y  a  quelques  rares  exemples  d'une  forme  entre- 
mente, et  il  s'agirait  de  savoir  si  elle  est  correcte  ou  si  le  r 
a  été  omis.  Dans  le  premier  cas,  il  faudrait  le  dériver  de 
interea  mente. 

Dons,  dont,  donc^  donkes ,  dune,  dunhes,  donques,  dunches  — 
adonc,  adunc,  adonqiies.^    adunques,    adont  —  idonc,   idonques. 

Ces  mots  sont  des  dérivés  du  latin  tune.  Adonc  (ad  tune), 
idonc  (in  tune)  doivent  être  regardés  comme  les  formes  primi- 
tives, et  donc,  comme  ime  forme  abrégée  de  celles-là.  En 
partant  du  point  de  vue  contraire,  le  d  de  donc  n'est  pas 
explicable ,  tandis  que  le  changement  en  ^  du  ^  devenu  médial 
par  la  composition  est  tout  à  fait  selon  les  lois  de  la  dérivation. 
Quelques  philologues  ont  voulu  voir  dans  donc  un  dérivé  du 
latin  de  unquam;  mais  l'idée  du  mot  donc  repousse  une  pareille 
étymologie.  Adonc,  idonc,  donc  signifièrent  d'abord  alors,  et  c'est 
de  l'idée  de  temps  que  se  développa  la  signification  conclusive 
de  donc.     (Cfr.  le  vh.-all.  danne  =  tum  et  ergo.) 

Yoici  des  exemples  des  divers  emplois  de  ces  mots. 


I 


284  DE  l'adverbe. 

Dune  (Fragm.  de  Val.  7.  v"). 

Et  molt  fil  convenaule  chose  et  à  droite  ke  dons  venist  li  permenau- 
leteiz  quant  la  temporaliteiz  avoit  plus  grant  force.     (S.  fl.  S.  B.  p.  527.) 
En  joiose  prospérité 

Ert  dune  la  ten-e  e  le  païs.     (Ben.  v.  38818.  9.) 
Se  Baudoins  ot  ire,  donques  ne  la  desploie; 
Ne  voit  or  tans  ne  leu.     (Ch.  d,  S.  II,  p.  58.) 
Donques  lor  vint  deus  batailles  de  nos  gens  qui  les  secoururent. 
(H.  d.  V.  510M 

E  li  deniers  saint  Piere  fu  dunkes  retenuz.    (Th.  Ctb.p.  53,  v.  26.) 
....  Or  voil  dunches  savoir.     (Ib.  p.  83,  v.  12.) 
Selonc  la  coustume  et  la  guise 
Ki  ou  païs  adone  estoit.     (R.  d.  M.  p.  6.) 
Adont  comence  li  conrois  à  j ester.     (0.  d.  D.  v.  7905.) 
Adunques  li  a  mult  enquis 
Savoir  que  l'en  esteit  avis.     (Ben.  v.  7790-  1.) 
L'altre  respond:  Iduncme  aidez.     (Ib.  t.  3,  p.  462.) 
Idune  plurerent  .c.  mille  chevalers.     (Ch.  d.  R.  p.  149.) 
On  trouve  dès  donc,  de  datte ,  pour  dire  dès  lors. 
Un  petit  nos  recontet  sainz  Lucaz  del  enfance  nostre  Signer ,  maiîj 
dès  dons  enjosk'à  cest  trentisme   an  non   atroz  ju  nule  chose  de  luy. 
(S.  d.  S.  B.  p.  553.) 

Mais  dès  dune  furent  costumier 
E  sunt  uncor  des  cors  gaitier.     (Ben.  v.  25272.  3.) 
Et  de  ces  trois  mille  livres  li  dus  devant  dis  doit  acquerre  hyero- 
tage  dedens  Liège,  et  de  done  en  avant  leveir  la  rente  achetée  de  ces 
trois  mille  livi'es.     (1286.  J.  v.  H.  p.  442.) 
Cfr.  la  préposition  tres^  tries. 

Donc  —  donc,   donc   —    ore,    s'employaient  pour  tantôt   — 
tantôt. 

Juste  Saine  ala  tant  musant 
Dime  ariere  e  dune  avant, 

Ke  Richart  fu  à  la  fenestre  .  .  .     (R.  d.  R.  v.  7189-91.) 
Issi  traverse  l'aventure, 

Dont  est  soes  et  ore  est  dure.   (P.  d.  B.  v.  3303. 4  ;  cfr.  v.  723^) 
Un  poi  s'estut  pensive  et  morne; 
Dont  vait  avant,  qï  dont  retome, 
Et  dont  s'asiet  et  dont  se  Heve.     (Ib.  v.  8623-5.) 
Donkes   cil  ki  saiges  welt  estre  devignet  sos  por  ceu  k'il  saiges 
soit.     (S.  d.  S.  B.  p.  550.) 

Nomme  le  dont,  quant  est  si  gens.     (L.  d'I.  p.  11.) 
Les  Romains    avaient    les    particules    num,    ne.,    an    pouTj 
indiquer  l'interrogation.     Les  langues  romanes  ne   les   ont  p^ 
admises  ;  mais  la  langue  d'oïl  se  servait  de  donc  dans  la  phrase 
interrogative ,  pour  traduire  à  peu  près  le  numquid  latin. 


285 

Ne  sont  dons  li  fil  des  princes  prince,  et  roi  li  fil  des  rois?  (S,  d. 
S.  B.  p.  522.) 

Dum  ne  vint  sor  niei  liez  e  baut 
Od  sa  force  li  quens  Tiebaut 
Gaster  ma  terre  à  tel  dolor?     (Ben.  v.  22984-6.) 
Qu'avez  vos  fait  del  duc  Eichart? 
Dun  nel  m'amenez  vos  pris?     (Ib.  v.  27332.  3.) 
Donf^   dunt  —   unt  —   où. 
Dont,  proprement  d-ont^  dérive  du  latin  de  unde  et  signifie 
d'où.     Il  avait  plusieurs  variantes,    que  j'ai  citées   t.  I,  p.  1G2. 
Unt.,  dérivé  de  unde.,  s'unissait  à  la  préposition  pm':  <par  unt -^ 
par  où,  par  quel  moyen.     Unt  ne  se  montre  guère  que  dans  les 
textes  normands.     Où.,    du   latin   uhi,    remplaça  plus   tard  dont 
fd''oùJ;  il   avait   les   variantes  w,    en  Normandie,   o,    dans   les 
dialectes  mixtes. 

Or  me  redittes,  s'il  vos  plait,  vérité: 
Dont  estez  vos  et  de  kel  parante.     (Gr.  d.  V.  v.  1809.  10.) 
Don  venez  vos,  dist  il,  Justamonz  l'alosez  ?  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  14.  ) 
Si  me  dites  donc  vos  venez. 
Qui  vos  estes  et  où  alez.     (P.  d.  B.  v.  7793.  4.) 
Dont  es,  dont  \dens,  que  demandes,  que  quiers?  (O.d.D.v.9395.) 
David  reparlad  al  bacheler  ki  la  nuvele  portad,  si  enquist  dunt  il 
fust.    (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  121.) 

N'ai  beu  ne  vin  ne  el  par  unt  l'um  se  poisse  enivrer.     (Ib.I,p.4.) 
Mais  rocliiers  e  derubes  esteient  merveillus  puignanz  e  tranchaiiz 
par  unt  Jonathas  dut  venir  al  ost.     (Ib.  I,  p.  45.) 

E  uns  charmes  truvad  par  unt  il  soleit  asuager  les  mais.  Unes 
cunjui'eisuns  truvad  par  unt  l'um  pout  deable  del  cors  de  hume  jeter. 
(Ib.  III,  p.  241.) 

Li  plus  orgoillos  se  porpense 
Far  unt  il  se  purra  foir 

Ne  del  ester  senz  mort  eissir.     (Ben.  v.  30993-5.) 
Voy.  encore  Q.  L.  d.  R.  III,  p.  304;   Ben.  v.  18646.  28606; 
M.  d.  F.;    Lai    du  Fresne   v.  179;   Eliduc   v.  176;   etc.     Dans 
Tristan  I,  p.  180,  L  15,  il  faut  lire  par  ont  au  lieu  de  par  oui. 
En  cel  Ueu  ù  tu  sen-as.    (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  175.) 

Yunt  les  ferir  là  o  il  les  encuntrent.     (Ch.  d.  R.  p.  137.) 
Dans  l'ancienne  langue  déjà  et  même  avec  plus  de  liberté 
qu'aujourd'hui,   oîi  s'employait  pour  le   datif  du  pronom  relatif. 
Et  por  la  sainte  croiz  où  Jhesus  fu  penez.    (Ch.d.S.II,p.l55.) 
Je  n'ai  conseil  for  vos,  où  me  puisse  fiier.     (Ib.  p.  89.) 
Ses  amis  apela  et  cez  où  plus  se  fie.     (Ib.  p.  7.) 
Le  duc  Rollan  où  tant  ait  baronie.     (G.  d.  Y.  v.  1304.) 
Je  rappellerai  encore  l'emploi  de  où  pour  le  temps.  (Cfr.  là  oti.) 
Où  voit  Rollan,  si  l'an  ait  apelle.     (G.  d.  V.  v.  663.) 


286  DE  l'adverbe. 

Les  exemples  de  cette  espèce  sont  innombrables. 
Remarquez  enfin  où  que  dans  les  phrases  où  l'on  généralise 
l'idée  de  lieu. 

Où  que  che  soit,  ou  près  ou  loing.     (R.  d.  1.  V.  v.  2164.) 
A  tuz  ces  chevals  truverent  furre   e   provende  ù  lie  fust  li  reis. 
(Q.  L.  d.  R.  m,  p.  240.) 

Par  tut  ù  lCi\  seroient  troveit.  (J.  v.  H.  p.  452.) 
Ehevos^  eihevos^  cylcevos,  elîevos^  eisvos^  ezvos,  esvos ,  evos^  estesvos. 
estevos^  estivos^  estesleavos,  estelevos^  etc. 
Ehevos  est  un  compose  de  ehe,  dérivé  de  eccum^  et  de  vos, 
pronom  de  la  2*"  personne  du  plur.  (cfr.  l'italien  eccomi,  eccoti^ 
eccoïo^  etc.).  Ellevos  se  décompose  en  e -lie- vos.  La  voyelle 
initiale  e  provient,  par  apocope,  du  latin  ee  ou  du  roman  ehe; 
le  second  membre  de  la  composition  est  le  pronom  le^  dont  on  a 
redoublé  le  l  après  la  syncope  du  c  et  peut-être  pour  l'indiquer; 
enfin  vos  est  le  pronom  de  la  2^  personne  (cfr.  l'espagnol  ele., 
elo,  ela  =  ec-le^  ec-lo^  ec-la).  Eis.^  es^  e%  (ej  ù.q^  autres  formes 
dérivent  de  ecce;  vos  est  de  même  le  pronom  de  la  2®  personne, 
et  /^,  /^5,  celui  de  la  3^  du  sing.  et  de  plur.  De  es^  e%  on 
créa  un  pluriel  avec  flexion  verbale:  es-tes-vos;  m2à.^  on  employa 
bientôt  cette  forme  pour  les  deux  nombres ,  tout  en  retranchant 
quelquefois  le  s  de  estes  quand  on  rapportait  la  forme  à  un 
singulier.  Estivos  n'est  qu'une  altération  de  estesvos.  Il  va  de 
soi,  que  vos  prenait  ses  formes  dialectales. 

Au  lieu  de  ez,  es  on  trouve  l'orthographe  aie,  as  dans  la  Ch.  d.R. 
Aisli  un  angle  ki  od  lui  soelt  parler  (p.  95.) 
Aisvos  le  caple  e  dulurus  e  pesmes  (p.  132.) 
Atant  asvos  Guenes  e  Blanchandrins  (p.  17.) 
La  signification  de  ces    adverbes    était  voilà    (voici),    le^  la 
voilà,  les  voilà. 

ÉJcevos  ke  cist  vient  saillanz  ens  montaignes.     (S.  d.  S.  p.  528.) 
EyJcevos  cist  vient  saillanz  ens  montaignes.     (Ib.  ead.) 
Cylcevos  uns  bers  vient.     (Ib.  ead.) 

Ce  eylcevos ,  s'il  est  exact ,  paraît  être  une  forme  composée  de 
cy  et  de  eke ,  de  sorte  qu'elle  contiendrait  deux  fois  le  même  radical. 
Ellevos  li  Sires  passet,  granz  espirs  et  forz,  abatanz  les  monz. 
(M.  V.  J.  p.  487.) 

Encore  parlevet  cil  et  ellevos  uns  altres  entranz  enz.    (Ib.  p.  502.) 
A  ces  paroles  eisvos  poignant  Aller 
Et  Anseis  ...    (0.  d.  D.  v.  10048.  9.) 
Atant  ezvos  un  chevalier  menbrey.     (G.  d.  V.  v.  725.) 
Estesvous  venu  .j.  message.     (E.  d.  M.  v.  1828.) 
Esteslesvos  venuz  au  chaple  demanois.   (Ch.d.S.II,p.l61.) 
E  estelevus  Deu  ad  dune  l'esperit  de  mencunge  à  tuz  tes  prophètes 
ki  ci  sunt.    (Q.  L.  d.  R.  HI,  p.  337.) 


287 

Estlesvus  li  fiz  le  rei  entrèrent.     (Ib.  II,  p.  167.) 
On  voit  ici  est  au  lieu  de  estes. 
On  employait  aussi  simplement  ez,  es  ou  ezle,  ezles. 
Es  l'arcevesque  qi  monta  les  degrés, 
Li  rois  le  voit,  si  l'en  a  apele.     (0.  d.  D.  v.  9516.  7.) 
A  tant  ez  les  messages  qi  ne  sont  pas  frarin, 
L'apostole  saluent  et  li  font  grant  anclin.    (Ch.  d.  S.I,p.65.) 
François  corent  as  armes,  c^?es  aparoilliez.     (Ib.  I,  p. 243.) 
Dès  le  XIII *"  siècle,  on  commença  de  remplacer  ces  formes 
par  une  composition  du  verbe  voir  et  de  ci,  la.,  çà:  vois.,  voiz^ 
vees .,  veez.^  ves^  vez  ci.,  çà.,  là.,  d'où  notre  voici ^  voilà. 
He,  Baudoin!  fet  ele,  trop  te  puez  atardier; 
Fo^>c^■  sor  toi  venir  la  gent  al  aversier.     (Ch,  d.S.II,p.22.) 
Ne  goi  venir  avril  ne  may: 

Vezci  la  glace.     (Euteb.  I,  p.  27.) 
Vescha  mon  frère  en  dolerous  péril.     (0.  d.  D.  v.  7127.) 
Vesclii  la  gent  le  roi  de  Saint  Denis,     (Ib.  v.  7152.) 
Encore. 
Encore  avait  deux  formes  principales  :  ancore ,  dérivé  de  hanc 
7wr«m  =  jusqu'à  cette  heure,    et  uncore.,    de  unqimm  hora.     Ces 
deux    formes    prirent   des    variantes    orthographiques    que    les 
exemples  suivants  feront  connaître. 

Ancore  me  coyse  ju  des  altres  choses.     (S.  d.  S.  B.  p.  527.) 
Uncore  le  mande  l'un  que  il  plege  truse.     (L.  d.  G.  45.) 
N'out  uncor  pas  lor  deslei  fin.    *(Ben.  v.  38692.) 
Ne  fu  unquore  autre  lou  pris.     (Ib.  v.  3424.) 
E  ancore  ii  devant  dit  rois  de  France  donra .  . .  (1259.  Rym.  1,2,  p.  45.) 
Bealz  fiz,  onqiwr  te  veil  conter 
D'un  autre  dont  oï  parler.     (Chast.  XIV,  v.  255.  6.) 
Qu'oncor  te  veut  auti-e  rien  faire.     (Ben.  v.  13477.) 
Enqtiores  (1288.  M.  d.  B.  Plœrmel.  p.  1086). 

Quant  l'antant  Baudoins,  onques  ne  fu  si  liez; 
Qar  onqor  n'estoit  mie  de  sire  refroidiez.  (Ch.d.S.I,p.244.) 
En  morront  cent  qui  aincores  sunt  vis.  (G.  1.  L.  I,  p.  214.) 
A  la  belle  dirais  ke  je  seux  eincor  vis.  (W.  A.  L.  p.  9.) 
Remarquez  encore  avec  le  subjonctif,  où  nous  mettrions 
encore  que: 

Aneor  ait  il  grant  gent,  n'est  mie  asseurez.    (Ch.d.S.II,p.50.) 
Enne:  n'est- ce -pas?   vraiment,  donc. 
Enne  est   sans  aucun   doute    un   composé   de  et,    particule 
interrogative  (voy.  la  conjonction  et),  et  de  la  négation  ne. 

Malvais  chetif,    c'avez  vous  fait?    Enne  savez  vous  que  je  estoie 
là  ù  vos  fesistes  cest  mal  ?     (Jeu  de  St.  Nicolas  p.  262.) 
Enne  poroit  bien  avenir 

Que  li  rois  perdus  revenroit.     (Roi  Guillaume  p.  128.) 
Bien  dis,  fait  Renars.     Enne  voire. 
Fait  Isengrin  ...     (R.  du  Ren.  IV,  p.  23.) 


I 


288  DE  l'ad\t:rbe. 

De  là  ennement:  vraiment,  en  vérité. 
Ma  dame,  pous  plaist  il  dancer? 
Et  grant  mercy,  se  me  dist  elle, 

Ennement  je  ne  puis  aller.     (Coquillart.  Roqiiefoi-t,  s.  v.) 
En%,  ensj 
dérivé  de  ïntus,  signifiait  dedans.     (Cfr.  ens,  préposition.) 
En  une  cambre  l'enmena: 

Quant  il  fu  ens ,  Fuis  si  ferma.     (L.  d.  M.  p.  65.) 
Lendemain  furent  enz  traites  les  nés  et  les  vaissiels  et  les  galies 
et  les  vissier.     (Villeh.  451  ^.) 

Entrât  en  un  muster  de  marbre  peint  à  volte, 
Là  ens  ad  un  alter  de  sancte  paternostre.     (Cbarl.  p.  5.) 
Il  voloient  moi  et  mon  enfant  de  toute  nostre  terre  deshireter  pour 
le  marcbis  mettre  ens.     (H.  d.  V.  504*.) 
Ensorquetot^    enseurquetout ,    ensurhetut^    ensurchetut    etc.    (insuper 

quae  oninia), 
locution  adverbiale  qui  signifiait  par  dessus  tout.^   outre  cela.,   de 
plus:,  surtout. 

Comment  ossas,  sains  mon  congie, 
En  ma  cite  mètre  ton  pie, 
En  la  cite  ne  el  castel. 
Sains  mon  congie,  sains  mon  apel. 
Et  em  mon  lit  ensorquetout?    (P.  d.  B.  v.  1149-53.) 
Ensurquetut  si  ai  jo  vostre  soer.     (Ch..  d,  R.  p.  13.) 
(Il)  mandèrent  à  lor  seignor  et  l'empereor  que  il  les  secorust,  que 
se  il  n'auroient   secors    il   ne   ne   porroient   tenir,    et   ensoi'quetot  si 
n'avoient  point  de  viande.     (Villeh.  489*.) 

E  nous  defendun  que  l'un  christien  fors  de  la  terre  ne  vende 
n^ ensurchetut  en  paismune*.  (L.  d.  G.  p.  185,  41.) 
Entresait  ^  entreseit.,  entreset. 
Quelle  est  l'origine  de  cette  locution  ?  La  forme  provençale 
astrasag ^  astrasach, .^  nous  met  sur  la  voie,  en  faisant  voir  que 
Ven  di  entresait  est  la  préposition  «w,  tout  comme  Va  d'atrasag  est 
la  préposition  ad.  Reste  donc  tresait^  trasag.,  qui  sont  des 
dérivés  de  transactum^  du  verbe  transigere:  pousser  à  travers. 
On  a  voulu  exprimer  avec  ce  mot  un  manque  de  tous  égards, 
une  non -observance  de  formalités. 

Entresait  signifia  sans  détour.,  certainement.,  inopinément^  de  suite. 
Lors  dist  qu'il  veult  tout  entrerait 
Plus  tost  qu'il  poet  la  mer  passer.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  7548. 9.) 

(1)  Paismune  est  une  faute;  il  faut  lire  paîsinîme  ou  pa'inime  (v.  Assises  de  Jéru- 
salem t.  II,  p.  161),  c'est-à-dire  pays  habité  par  les  païens,  les  infidèles,  nom 
sous  lequel  on  désignait  tous  les  peuples  qui  n'étaient  pas  chrétiens  ensorquetot  les 
musulmans. 


289 

Mais  al  partir  de  Sornegur, 

Li  est  avis  qu'à  mal  eur  , 

L'avoit  acointie  ne  veu, 

Quant  entresait  Fa  si  perdu.    (P.  d.  B.  v.  3745-8.) 

Car  tuit  saurons  quanqu' avons  fait 

Quant  veue  sui  entresait.    (Ib.  v.  4675.  6."! 

Parmi  les  flans  le  sodan  prent 

Si  entresait  qu'il  le  soprent.     (Ib.  v.  8843.  4.) 

Nostre  sires  velt  entresait 

Que  uns  seus  hom  .x.  femmes  ait.    (R.  d.  M.  p.  75.) 

Dist  ne  se  movra  entreseit 

D'avec  ces  genz  que  Diex  si  peit 

De  la  grâce  dou  Seint  Esprist.    (R  d.  S.  0.  v.  2697-9.) 

Mes  je  voel  trestout  entreset 

Sans  nul  si  que  vous  demeures.     (R.  d.  C.  d.  C.  486.  7.) 

Dune  dist  al  duc:  Vezci  le  rei 

E  sa  grant  ost  environ  sei  .  .  . 

Ce  quident  bien  tôt  entreshet  |  Que  ja  contr'eus  n'aiez  recet 

Ne  défense  n'arestement.     (Ben.  v.  21344.  5.  8-50.) 

Quant  il  furent  tout  assemble, 

Vaspasyens  ha  demande 

Que  il  unt  dou  prophète  feit: 

Savoir  le  vient  tout  entreseit.    (R.  d.  S.  G.  v.  1789-92.) 
Entrues  (inter  hoc  ipsum), 
signifiait  pendant  ce  temps,  dans  ce  temps,  en  ce  moment. 

Entrues  li  pape  s'acouça 

D'un  mal  M  al  cuer  li  toça.    (Phil.  M.  v.  2190.  1.) 

Entrues  est  Berengiers  levez.     (Fabl.  et  C.  III,  p.  351.) 
Envis^  enviz.,  à  envis  (invitus). 
Envis  signifiait  malgré  soi,  contre  son  gré,   à  regTet;   diffi* 
cilement,  à  peine. 

Quant  il  de  moi  se  départi, 

Envis  quidasse  que  parti 

M'eust  tel  jeu  à  si  brief  tens.     (R.  d.  1.  M.  v.  3865-7.) 

Eyvvis  le  fist  Randulf,  mais  nel  osa  veer.  (Th.  Ctb.  p.  33,  v.  15.) 

Si  baron  l'ont  d'iluec  tôt  à  force  torne; 

Molt  l'a  fait  à  enviz,  n'an  doit  estre  blasme: 

Ou  proverbe  dit  on  que  force  paist  le  pre.  (Ch.  d.  S.  II.  p.  121.) 

Et  dist  Ogiers:  Yolentiers,  non  envis.    (0.  d.  D.  v.  7348.) 

Qui  là  descent,  moult  puet  estre  esbahis, 

Le  remonter  feroit  il  à  envis.  _  (Gr.  1.  L.  I,  p.  38.) 

A  envis  se  peut  onques  félonie  celer.     (R.  d.  R.  v.  4257.) 
Yoj.  P.  d.  B.  V.  335;  Ben.  v.  32410.  24578.  24898;   R.  d.  1. 
M.  V.  3012;  Brut  v.  5226;  etc. 

Burguy  ,   Gr.  de  la  langue  d'oïl.    T.  II.    Éd.  III,  19 


290  DE  l'adverbe. 

Entor  —  environ. 
Hntor  dérive    de   in   et  de  tornus.     Envirm  se   disait  pour 
environ,    autour,  tout   autour.     On   dérive   ordinairement  environ 
de  in  gyrum,  comme  virer  de  gyrare.     Ce  changement  du  g  en 
V  n'est  guère  possible,  et  la  racine  vir  n'appartient  sans  doute 
pas   à  la  langue   latine.     Pline   (33,  3,  12.)   indique   déjà  les 
mots  viriae.,  viriola^  qui  contiennent  aussi  la  racine  vir^  comme 
celtiques.    (Cfr.  Humboldt,  Ûb.  d.  Urbew.  Hispaniens,  p.  78.  9.) 
Eichars  de  Normandie,  o  lui  si  compaignon, 
Yont  recerchant  les  rans  antor  et  anvvron.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  63.) 
La  cites  est  tote  assise  environ.    (G.  1.  L.  I,  p.  175.) 
Eissi  est  close  cVenviron 

Tresqu'en  Germanie  vient  e  dm-e.     (Ben.  I,  v.  274.  5.) 
Cfr.:  E  cil  quiderent  d^ environ. 

Que  ce  ne  fu  si  eschar  non.    (Ben.  v.  40781.  2.) 

A  escient. 

Cette  locution  adverbiale ,  qui  signifiait  avec  intention,  sciem- 
ment ^  nous  est  restée  sous  la  forme  à  Ion  escient,  sciemment, 
tout  de  bon,  sans  feinte,  sérieusement.  Elle  est  composée  de 
la  préposition  à  et  du  substantif  scient,  de  sciens,  auquel  on 
préposa  e:  escient.  Scient,  escient  signifiait  science,  sens^  esprit, 
avis,  sentiment.,  discernement. 

Maistres  oi  de  grant  essient.    (P.  d.  B.  v.  4577.) 

E  que  tuit  cil  se  merveillerent 

Qui  aveient  entendement, 

Sen  e  raison  e  escient.    (Ben.  v.  17360-2.) 

Y.  t.  I,  p.  104,  1.  19;  p.  364, 1.  44  —  par  le  mien  esciant 
(Ch.  d.  S.  n,  p.  150),  mien  ensciant  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3236),  tel 
essient  (M.  d.  P.  I,  p.  546)  —  et  cfr.  l'adjectif  essientos  (Brut. 
V.  8054)  =  sage,  prudent,  avisé,  etc.  La  Ch.  d.  R.  donne  à 
escient  la  forme  escientre.     Y.  t.  LE,  p.  4,  L  39  ;  p.  20,  1.  44. 

On  trouve  assiantre  dans  les  S.  d.  S.  B. 

Et  si  vos  wardeiz  désormais  k'aucuens  de  vos  ne  tignet  à.  petit 
cum  petit  assiantre  forfacet.    (p.  557.) 

Escientre,  aux  endroits  cités,  est  un  véritable  substantif, 
tandis  que  assiantre  (a-siantre)  représente  la  locution  à  escient. 
La  forme  assiantre  permet- elle  d'admettre  un  adverbe  scientre, 
composé  sous  l'influence  de  scienter,  auquel  on  aurait  préposé 
la  préposition  à,  par  analogie  à  la  locution  à  escient?  Oserait- 
on:  à  l'égard  de  escientre,  dire  que  l'adverbe  escientre  a  été 
employé  plus  tard  comme  substantif,  toujours  par  analogie  à 
escient?  Ce  sont  là  des  problèmes  dont  la  solution  complète 
me  paraît  difficile.     (Cfr.  soventre,  et  le  glossaire  s.  v.  nuitantre.) 


291 

N'est  dreit  ke  pur  pramesse  face  tel  hardement 

Qu'il  destruie  la  terre  le  viel  rei  à  scient.    (Ben.  t.  3,  p.  542.) 

Por  Mez  ne  por  trestout  l'avoir 

Ne  volroie  je  dit  avoir 

A  escient  faus  jugement.    (R.  d.  1.  V.  v.  5418-20.) 

Bien  surent  cil  tut  à  scient^.    (M.  d.  F.  I,  p.  152.) 

Ocis  l'eust,  sacMes  à  esciant, 

Mais  Diex  et  drois  aida  Berneçon  tant, 

Lez  le  coste  li  va  le  fer  frétant.     (R.  d.  C.  p.  121.) 
Espoir  j  espeïrj 
première   personne   du   singulier  prés.   ind.   du    verbe    espérer, 
employée  adverbialement,  avait  la  signification:  peut-être,  vrai- 
semhlalîement ,  probablement. 

Aimme  ore  une  pucelle  dont  il  me  fabloia, 

Que  il  onques  ne  vi,  espoir,  ne  ne  fera.  (Romv.p.362,  v.  14. 5.) 

Et  dist:  Merciers,  aies  avant 

Devant  vous  ci  droit  à  Faiel, 

Espoir  as  tu  aucun  jouel 

Qui  faura  no  dame  et  sa  gent.    (P.  d.  C.  d.  C.  v.  6641  -  4.) 
V.  t.  I,  p.  229, 1.  41.  2 ;  p.  401, 1.  26 ;  p.  402,  1.  2 ;  etc. 

A  estros,  à  estrous,  h  estrus. 
Cette  locution  adverbiale  dérive  de  ad  et  extrorsum,  formé 
par  analogie  à  introrsum  ou  introrsus,  et  comme  le  contraire  de 
cet  adverbe.  Introrsum  signifiant  du  côté  de  V intérieur,  dedans; 
extrm'sum  a  été  pris  pour  du  côté  de  l'extérieur,  au  figuré  sans 
réserve,  sans  arrière  pensée.  A  estros  signifiait  sans  détour, 
franchement;  à  l'instant,  sur -le -champ,  aussitôt,  promptement; 
définitivement. 

Et  que  lor  dites  à  estros 

Que  cestui  prendres  à  espous.    (P.  d.  B.  v.4999.  500.) 

Et  sacies  bien  tout  à  estrous 

Ce  que  je  vous  requier  et  prie 

Çou  est  sans  penser  vilonnie.    (R.  d.  1.  M.  v.  1936-8.) 

Car  il  tout  à  estrous  beoit 

Comment  les  peust  engignier.     (R.  d.  S.  G.  v.  3728.  9.) 

Mais  dès  or  nos  targe  à  estros 

Qu'autre  conrei  ne  prenz  de  nos.    (Ben.  v.  15532.  3.) 

Car  à  estros  mal  li  estait.    (P.  d.  B.  v.  8496.) 

Ge  vos  di  bien  tôt  à  estrox, 

Certes  trop  estes  orgellox.     (R.  du  Ren.  III,  p.  69.) 
Y.  t.  I,  p.  238,  1.  26;    t.  H,  p.  92,  1.  39,   p.  95;    1.  31; 
p.  194,1.  26;  etc. 

De  estros,  on  forma  estroseement ,  estrousement. 

(1)  Le  texte  porte  ascïent. 

19* 


292  DE  l'adverbe. 

Si  l'eninainent  tôt  estrousement  pris  —  qu'il  se  jette  tôt  estrosee- 
ment  de  la  presse.    (Auc.  et  Nie.  p.  389.) 

Cfr.  :  A  la  parestrusse ,  Samuel  od  Saul  en  alad.  (Q.L.d.R.I,p.57.) 
Mes  à  la  parestrusse  dirrad  que  mar  me  vit.    (Ben.  t.  3,  p.  555.) 

A  la  parestrusse^  à  la  fin  (finalement).  Parestrusse  =  par- 
estrmse,  ce  qui  suppose  un  par  estros. 


La  langue  d'oïl  employait  si  fait^  com  fait ,  en  guise  de 
pronoms  indéterminés,  le  premier  pour  dire  tel^  le  second, 
quel.  On  en  peut  voir  des  exemples  t.  I,  p.  354, 1.  29;  p.  395, 
1.  13;  t.  II,  p.  37,  1.  26;  p.  47,  1.  29;  etc. 

Onques  si  faites  (pieres)  ne  vit  on.     (L.  d.  M.  p.  49.) 
De  là  les  locutions  adverbiales  si  faitement:   de   telle   manière, 
ainsi;  com  faitement:  de  quelle  manière,  comment. 

Alez  tost,  si  le  faites  prendre, 

Si  le  faites  ardoir  ou  pendre, 

Ou  sel  castiez  si  faitement 

K'essanple  i  prengnent  si  parent.     (M.  d.  F.  II,  p.  251.  2.) 

Partonopeus  reconte  al  roi 

Toutes  ses  coses  en  secroi, 

Com  faitement  il  a  erre, 

Et  ù  il  a  tant  demore.    (P.  d.  B.  v.  10021-4.) 

Et  dient  tôt,  tant  mal  i  furent. 

Quant  si  faitement  morir  durent.     (FI.  et  Bl.  v.  2931.  2.) 

Et  puis  qu'il  est  si  faitement.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  8081.) 

Mais  que  me  dies  t'aventure, 

Par  quel  guise  et  con  faitement 

Tu  venis  chi  si  soutieument.    (M.  d.  F.  I,  p.  564.) 
On  trouve  encore    issi.,   eisi^    ensi  faitement;  et,   au  lieu  de 
faitement  faiterement.     P.  ex.  :   Issi  faiterement  (M.  d.  F.  II,  p.  445), 
eisi  faiterement  (Ben.  v.  10131),  si  faiterement  (ib.  v.  16382),  etc. 
Y.  t.  n,  p.  53,  1.  17;  p.  59,  1.  13;  p.  221,  1.  26;  etc. 

A  la  fois  —  toutefois. 
Les  langues  romanes  rendent  les  adverbes  numéraux  sem^l^ 
Us,  ter.1  etc.  par  un  nombre  cardinal  et  un  substantif.  La  langue 
d'oïl  nous  offre  les  formes  fie^  voie(sJ^  dans  le  composé  toute- 
voies.,  foie  y  foiz.^  fiée.,  fieie,  feiee^  feie.  Le  provençal  le  sert  de 
V€t%  (vice);  l'italien,  de  ma  (via:  voie).  H  s'agit  de  savoir  si 
toutes  les  formes  citées  de  la  langue  d'oïl  dérivent  de  via ,  dont 
le  V  s'est  permuté  en  /,  ou  bien  si  vice  j  est  aussi  représenté, 
avec  la  même  permutation  du  v  en  /.  Je  crois  qu'il  faut 
admettre  partout  la  racine  via,  fa.  VoiefsJ^  foie,  foiz  donnent 
clairement  via,  fia  après  la  diphthongaison  de  1'/;  fie  est   une 


DE  l'adverbe.  293 

forme  sans  diphthongaison ,  avec  affaiblissement  de  Va  en  e; 
fiee^  une  syncope  de  jiede  (tierce  jiede  Q.  L.  d.  R.  I,  p.  11), 
extension  de  la  forme  fia ,  comme  le  fiata  italien.  Les  autres 
variantes  se  rangent  facilement  autour  de  celles-là. 

A  la  foie^  foi%^  etc.  répond,  pour  la  forme,  à  notre  à  la 
fois,  mais  il  avait  la  signification  de  parfois^  quelquefois,  de 
temps  à  autre ^  et  répété:  tantôt  —  tantôt. 

A  savoir  fait  ke  la  pense  est  à  la  fois  greveie  d'engresse  temp- 
tacion  es  prosperiteiz ,  et  à  la  foiz  soffii'ons  nos  adversiteiz  par  defors 
et  dedenz  nos  lasset  li  assalz  de  temptacion.    (M.  s.  J.  p.  451.) 

En  trois  manières  moinet  la  sainte  Escriture  l'oninie  :  à  la  foiz  par 

la  nature,  à  la  foiz  par  le  pechiet,  à  la  foiz  par  la  floibeteit.    (Ib.p.  456.) 

Et  avoc  eaz  muèrent  lur  trois  serors,   car  à  la  foie  est  par   les 

flaieaz  turbee  la  cariteiz,  par  la  cremor  la  sperance,  par  les  questions 

la  foiz.    (Ib.  p.  504.) 

A  la  feie  Engleiz  rusèrent,  \M  à  la  feie  retomerent, 
E  cil  d'ultre  mer  assailleient, 

E  bien  sovent  se  retraeient.    (R.  d.  R.  v.  13189-92.) 
A  une  foiz  se  trouve  avec  la  signification   de  à  la  fois^    ôm 
même  coup.     A  une  voie^  t.  I,  p.  292, 1.  28. 
Dame,  faites  vo  volonté, 
Ou  de  morii-,  ou  de  santé 

Donner  à  moi  à  ime  fie.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  525  -  7.) 
On  disait   à  celé  foiz ^    a  ceste  foiz,   pour   cette  fois  (v.  t.  II, 
p.  51,  1.  45  ;  E.  d.  Ren.  II,  p.  83,  v.  11832). 

Une  locution  adverbiale  semblable  se  faisait  avec  le  mot 
tor  ==  tou/r. 

Li  rois  respont,  en  Dieu  amor 
Por  vos  li  pardoing  à  cest  tor.    (R.  d.  Ren.  Il,  p.  83.) 
Et  de  même  à  la  fois^  à  sa  fois^  à  son  tour. 

Si  n'est  nulz  biens,  combien  qu'il  tarde, 
Qui  à  la  fois  ne  monte  en  bault.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  1267.) 
Yoici  quelques  exemples  de  toutevoies  ==  toutefois. 
Une  chose  est  totevoies  où  li  apostles  et  li  engeles   se  concordent 
ki  de  la  naissance  de  Crist  parolent  :   c'est  el  nom  del  Salvaor.    (S.  d. 
S.  B.  p.  548.) 

Mult  fu  contraliez  de  cil  qui  volsissent  que  l'ost  se  depai*tist ,  mes 
totesvoies  fu  fais  li  plaiz  et  otroiez.     (Villeh.  440^.) 
Tuteveies  lancent  et  traient 

E  mult  escient  d'els  e  plaient.     (Ben.  I,  v.  1741.  2.) 
Y.  t.  I,  p.  171, 1.  40;  p.  216,  1.  27;  p.  227, 1.  10;  t.  II,  p.  36, 
1.  17;  etc. 

Fuer^ 
avec  les  variantes /wor,  feory  fem,  dérive   du  \z^  forum  ^  et 


294 

signifiait  prix^  taux^  valeur  (L.  d'I.  p.  98).  De  là  les  locutions 
adverbiales  :  a  fuer  de ,  en  guise  de ,  à  la  manière  de  ;  h  nul 
fuer^  a  nesun  fuer^  à  nul  prix,  en  aucune  manière,  aucunement. 

Et  quant  li  marcheanz  revint, 

A  fuer'  de  sage  se  prova.    (Fabl.  et  C.  III,  216.) 

Mais  s'il  seust  çou  à  nul  fuer 

Que  cil  eust  vers  lui  boisie, 

Nel  eust  pas  laiens  laissie.    (FI.  et  Bl.  v.  1926-8.) 

Ice  ne  soefre  ,à  nul  fuer 

Ne  n'endure  nul  gentil  quer.     (Ben.  v.  17537.  8.) 

Mais  ne  voudreit  à  nul  for 

Que  ce  remasist  qu'il  vos  mande.     (Ib.  v.  12410.  1.) 
Y.  t.  I,  p.  182,  1.  9;  p.  240, 1.  21  ;  p.  336, 1.  23  ;  t.  II,  p.  157, 
1.  1;  etc. 

Le  mot  fuer  s'est  conservé  dans  notre  locution  au  fur  et  a 
mesure^  à  fur  et  à  mesure,  à  fur  et  mesure, 

Gaires. 

Cet  adverbe,  qui  signifiait  leaueoupy  hien^  est  devenu  peu 
à  peu  notre  gueres,  guère.  On  a  fait  différentes  suppositions 
touchant  l'origine  de  gaires.  On  l'a  successivement  dérivé  du 
latin  'parum^  varium.^  valide,  avare;  du  provençal  gram-en;  de 
l'allemand  gar.  Les  quatre  premières  étymologies  sont  au-des- 
sous de  tout  examen. 

Granren,  ganren^  c'est-à-dire  grand'chose,  d'où  beaucoup, 
a  été  proposé  par  Eaynouard.  Cela  est  très -ingénieux;  mais, 
quant  à  la  forme,  granren  et  gaires  sont  bien  éloignés  l'un  de 
l'autre  (v.  plus  bas).  Du  reste,  supposant  même  cette  dériva- 
tion exacte  pour  le  provençal,  le  serait -elle  pour  la  langue 
d'oïl?  Cette  dernière  a -t- elle  eu  un  granren^  ganren?  Non, 
que  je  sache.  On  serait  donc  forcé  d'admettre  que  le  gaires  de 
la  langue  d'oïl  a  été  emprunté  au  provençal;  supposition  qui 
paraîtra  fort  hasardée,  si  l'on  fait  attention  que  tous  les 
dialectes  de  la  langue  d'oïl  se  sont  servis  de  cet  adverbe  dès 
les  plus  anciens  temps,  et  sans  que  la  proximité  ou  l'éloigne- 
ment  de  la  langue  d'oc  influe  sur  sa  fréquence. 

La  dérivation  de  l'allemand  gar  a  été  faussement  établie  sur 
une  simple  petite  ressemblance  de  son:  ni  la  forme  de  gar, 
ni  sa  signification  primitive:  préparé,  achevé^  ni  même  les 
significations  dérivées  :  entièrement,  complètement^  qu'emploie  déjà 
Ottfried  ,|_ne  concordent  à  la  forme  et  à  la  signification  primitives 
de  gaires. 

Durant  tout  le  XIII  ^  siècle ,  l'orthographe  ordinaire  de  notre 
adverbe  a  été  gaires;  le  texte  des  S.  d.  S.  B.  fournit  waires^ 
l'anglo- normand  avait  guaures.,  on  trouve  en  outre  les  variantes 


295 

guires,  guieres^  et,  vers  le  dernier  tiers  du  XIII **  siècle  seule- 
ment, notre  forme  actuelle  commence  à  devenir  fréquente. 
Remarquons  encore  que  l'italien  a  guari^  et  que  le  patois  actuel 
de  la  Lorraine  se  sert  de  vouer e^  voue^  ouâ^  celui  de  la  Picardie 
de  wh^e.  Toutes  ces  formes  nous  reportent  à  une  racine  alle- 
mande en  w  initial,  ou  à  une  racine  celtique  en  gw  {=w^  v). 
Si  la  signification  primitive  de  gaires  avait  été  l'intensitive, 
nous  aurions  l'ancien  haut -allemand  «^»n  =  versus,  qui  nous 
fournirait,  par  la  transposition  de  l'e,  la  racine  cherchée.  Wari 
aurait  été  pris  adverbialement,  et  les  significations  véritable- 
ment, vraiement,  fort,  très,  beaucoup  découlent  sans  difficulté 
l'une  de  l'autre.  Mais  le  rapport  est  renversé  ;  l'idée  de  nombre, 
de  quantité  a  été  la  primitive,  et  il  faut,  je  crois,  remonter  à 
la  racine  allemande  à  laquelle  appartient  le  gothique  vair  homo, 
dont  se  sont  développés  plusieurs  mots  exprimant  l'idée  en 
question,  ou  à  la  racine  celtique  gwer  (intimement  liée  à  la 
racine  gwâr  par  quelques-unes  de  ses  significations),  qui  se 
retrouve  dans  le  kymri  gwerin  =  viri,  multitude. 

Ancor  nen  est  waires  ke  nos  avons  celebreit  la  feste  de  sa  nativi- 
teit .  .    (S.  d.  S.  B.  Eoquefort  s.  v.) 

S'eust  gaires,  ce  quit  e  crei, 

D'iteus  compaignons  oue  sei, 

A  peine  fust  del  champ  partiz.    (Ben.  v.  33718-20.) 

Sis  plus  domaines  chamberlens, 

Ainz  que  passast  gaires  de  tens  .  .  . 

Li  rocistrent  à  grant  deslei.    (Ib.  v.  31914.  5.  8.) 

Por  Diu  menoit  si  dure  vie; 

Car  toz  honnis  estre  cnidast, 

Se  son  cors  gaires  reposast.    (R.  d.  M.  p.  7.) 

A  une  mult  grieve  chose  aprendre, 

Nel  covenait  gaires  entendre; 

Kar  mult  l'aveit  tost  retenue.    (Ben.  v.  20900-2.) 

Ainz  que  H  jorz  fust  gaires  granz.     (Ib.  v.  4409.) 

Ne  chevaliers  n' autres  aidis 

N'avez  vos  gaires,  ceo  m'est  vis.    (Ib.  v.  2901.  2.) 

La  paiz  fu  afermee,  ki  gaires  ne  dui'a.     (R.  d.  R.  v.  901.) 

Mais  ne  puis  gaires  bien  parler, 

Por  ce  me  covient  à  haster.    (L.  d.  T.  p.  80.) 
Guires  (M.  d.  F.  Il,  391),  guïeres  (ib.  II,  191),  guaures  (Ben. 
I,  V.  1862). 

Cfr.  le  Glossaire  s.  v.  guersoi. 

Notre  adverbe  naguère  n'est  autre  chose  que  ne  a  guère  (ne 
a  =  n  n'y  a;  V.  t.  I,  p.  256.  7). 

Uns   entrad,   n'ad  guaires,    el   paveillun   le    rei,    pur  li  ocire. 
(Q.  L.  d.  R.  1, 104.) 


296  DE  l'advekbe. 

Chers  dux,  e  ù  est  dune  le  vo, 
Les  seiTemenz  c'unquor  n'a  gaires 
Li  feis  SOI-  les  saintuaires 

De  ta  main  destre,  mun  valant?    (Ben.  v.  14525-8.) 
Veistes  vos,  nel  nos  celez, 
Guillaume  passer  par  ici  ?  .  .  . 
Oïl,  fait  il,  uncor  n'a  gaires.    (Ib.  v.  33047.  8.  52.) 
Kemarquez  la  locution:  n'être  gaires  de^  pour  dire  n'importer 
guère,  faire  peu  de  ca§  de,  ne  s'inquiéter  pas  de. 
Vous  cantes  et  je  muir  d'amer: 

Ne  vous  est  gaires  de  mes  maus.     (R.  d.  1.  V.  v.  3141.  2.) 
Ne  li  est  mais  gaires  de  moi, 

De  moi  ketif  ne  li  est  cure.    (R.  d.  1.  V.  p.  156,  note.) 
Ne  m'est  gaires  d'altrui  manace.    (R.  d.  R.  v.  11387.) 
On  employait  peu  de  la  même  manière  et  avec  une  signi- 
fication semblable. 

Cfr.:  Nous  ne  voyons  ni  gueres  loing,  ny  giieres  arrière.  (Mon- 
taigne. Ess.  III,  6.) 

Ceulx  du  païs  qui  n'avoyent  point  encores  de  familiarité  et  de 
cognoissance  avecques  Agesilaus,  parloyent  peu  et  non  gueres  souvent 
à  luy.    (Amyot.  ïïom.  ill.  Lysander.) 

Un  personnage  qui  n'estoit  pas  de  gueres  gi-ande  qualité  .  .  . 
advertit  les  tribuns  militaires  d'une  chose  qui  meritoit  bien  qu'on  y 
pensast.    (Ib.  ead.  Furius  Camillus.) 

La  maison  dont  estoit  Themistocles  n'a  pas  gueres  ayde  à  sa  gloire. 
(Ib.  ead.  Themistocles.) 

Les  austres  (gualeres)  qui  n'estoyent  pas  gueres  moins  de  deux  cent, 
furent  toutes  prinses  et  emmeinees  captifves.     (Ib.  ead.  Alcibiades.) 

Hïiïy  hot,  îiï^  oï,  —  demain,  deniein. 
Hui,    etc.,    dérivé    de   hodie,    signifiait   aujourd'hui;   demain, 
composé  de  la  préposition  de  et  de  main  (=  matin)  dérivé  du 
latin  mane^  n'a  jamais  varié  dans  sa  signification. 
Et  à  ma  dame,  à  cui  je  sui, 
Me  requeres  demain  u  hui.     (P.  d.  B.  v.  10281.  2.) 
Hier  tant  se  valt,  chà  venis,  e  ui  en  viens  od  nus  ki  en  fuiums. 
(Q.  L.  d.  R.  n,  p.  175.) 

Chascun  jor  li  mondes  empire, 
Hui  est  mauves  et  demain  pire.     (Dol.  p.  155.) 
Feluns  François,  hoi  justerez  as  noz.     (Ch.  d.  R.  p.  47.) 
Oi  n'en  perdrat  France  dulce  sun  los.     (Ib.  p.  48.) 
Sel  voles  (à  lui  jouster),  grandement  s'onnoui' 
En  acroistera  hui  cest  jour.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  1625.  6.) 
On  disait  aussi:  cest  jour  de  hui  (v.  t.  Il,  p.  60, 1.  29),  al  jour 
de  hui.,   d'où  aujourd'hui.     On  trouve   en  hui  (R.  d.  R.  v.  12652) 


297 

pour  aujourd'hui.     B^ui  matin  (t.  I,  p.  315,  1.  1)  signifiait  (aujour- 
d'hui matin)  ce  matin. 

En  Champagne ,  dans  la  seconde  moitié  du  XIII^  siècle ,  on 
a  dit  hue  pour  hui  (t.  I,  p.  262, 1.  22). 

De  hui  et  de  mais  (voy.  ce  mot)  on  forma  huiniais^  maishui, 
dès  aujourd'hui,  aujourd'hui,  désormais,  encore. 
Or  n'i  a  plus,  li  jorz  est  près, 
Si  nos  traium  vers  eus  uimes.    (Ben.  v.  22324.  5.) 
Veez  sor  nos  venir  la  gent  al  aversier: 
Huimais  devez  panser  de  vostre  duel  vangier.  (Ch.  d.  S.  Il, p.  138.) 
As  fils  Herbert  em  prist  Euoul  tel  plait, 
Com  vos  orrois  en  la  chançon  huimais.    (R.  d.  C.  p.  3.) 
Dame,  dist  il,  bien  est  saison 

Dès  kidmes  que  nos  nos  dormons.    (Chast.  XXI,  v.  85. 6.) 
Par  seinte  croix  !  fet  li  empereres  mes  filz  ne  morra  meshiii.  (R.  d. 
S.  S.  d.  R.  p.  68.) 

Mais  nous  ne  pescerons  maishui,  (R.  d.  1.  M.  v.  4899  ;  cfr.  v.  6135.) 
Huemais  (t.  I,  p.  272,  1.  11.) 

Un  autre  composé  fort  en  usage  de  hui,  était  anchui  (=  anc- 
hui;  pour  anc,  Y.ains)^  ce  jour,  aujourd'hui,  et,  par  extension, 
avant  peu,   quelque  jour.      Cet   adverbe    se  présente   sous  les 
formes:  ancui,  encui^  ancoi^  encoi,  anqui.,  enqui^  enquoi,  ancue. 
Que  anchui  verres  avenir.     (R.  d.  1.  Y.  v.  1738.) 
Faites  ancui  vos  bries  escrire.     (P.  d.  B.  v.  4990.) 
Se  je  m'en  vois  encui  par  nuit.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  3.) 
Encui  orrunt  autres  noveles 
Ainz  que  li  soleiz  se  resconst.     (Ben.  v.  9251.  2.) 
Se  tu  conquiers  ancue  le  duc  Rollant.    (G.  d.  V.  v.  2932.) 
Uns  des  barons  del  escuele 
Le  servi,  cui  Dieus  destourbier 
Doinst!  qu'il  avint  grant  encombrier 
A  la  damoisele  pai-  lui. 

Ainsi  com  vous  orres  aficui     (R.  d.  1.  M.  v.  300-4.) 
Jncoi  (Romv.  p.  316),  encoi  (Ch.  d.R.  p.  46),  enquoi  (ib.  p.  47), 
mqui  (ib.  p.  108),  anqui  (0.  d.  D.  v.  11469),  etc. 

Je  citerai  encore  ici  les  adverbes  anuit,  ennuit  (a-nuit),  cette 
nuit,  aujourd'hui;  anquenuit .^  enquenuit  (anque-nuit) ,  cette  nuit. 
Anque  est  probablement  le  même  mot  que  anc^  qu'on  vient  de 
voir  dans  ancui;  on  a  sans  doute  écrit  que  au  lieu  de  t?,  pour 
faciliter  la  prononciation  du  son  guttural  devant  le  n. 

Od  la  lime  série  anuit  eschilguaitiez.    (Ben.  t.  3,  p.  536.) 
M'avisions  d' anuit  iert  par  tans  esprovee.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  178.) 
Ne  le  rendroie  à  home  qui  soit  vis, 
Ains  le  pendrai  cwmit  o  le  matin.    (0.  d.  D.  v.  2116.  7.) 


298  DE    l' ADVERBE. 

Bien  sai  quans  anuit  le  sara, 

Que  demain  congie  me  donra.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4663.  4.) 
Ennuit  (t.  II,  p.  85, 1.  20.) 

Et  se  vos  anquenuit  songiez 

Mauves  songe,  si  remanez.     (Romv.  p.  535.) 

Quar  enquenuit  dedenz  mon  lit, 

Feroiz  de  moi  vostre  délit.    (Fabl.  et  C.  I,  p.  250.) 

Tsnel  le  fas^  ùnelement  —  ignel  le  pas^  ignelement  —  en  es  le 
pas  —  ehalt  pas. 
Les  quatre  premières  de  ces  formes  ont  leur  racine  com- 
mune dans  l'adjectif  isnel:  agile,  prompt,  vif,  rapide,  léger. 
Isnel'^  dérive  du  v.  h. -ail.  snel  (aujourd'hui  sclinell)  belliqueux, 
prompt,  rapide,  auquel  on  a  préposé  ^,  au  lieu  de  e.  Par 
syncope  du  «,  on  eut  inel  et  ignel  (gn  =  ngn  =  nj.  Isnel  le  pas 
(pas  =  passus) ,  isnelement^  etc.,  signifiaient  promptement ,  vite, 
sur-le-champ,  à  l'instant  même. 

En  es  le  pas  est  composé  de  la  préposition  en^  du  substantif 
pas  et  de  es  dérivé  de  ipsum^  que  nous  avons  déjà  vu  souvent; 
il  avait  la  même  signification  que  isnel  le  pas. 

Chalt  pasj  chaut  pas,  proprement  à^mi  pas  chaud.,  était  en- 
core une  combinaison  qui  exprimait  la  même  idée  que  isnel 
le  pas. 

Isnel  ou  inel  le  pas  fut  défiguré  plus  tard  en  isnele  pas,  inele 
pas,  ignele  pas;  mais  il  faut  remarquer  qu'on  disait  régulière- 
ment, sans  l'article,  isnel  (inel,  ignel)  pas. 

Isnel  le  pas  l'orez  cessa.    (St.  N.  v.  260.) 
Tuit  se  lievent  isnel  le  pas.     (Ruteb.  I,  p.  323.) 
Isnelement  montait  sor  un  destiier.    (G.  d.  V.  v.  69.) 
A&anchi  est  isnielement.  (R.  d.  M.  v.  754.) 
Ignel  pas  (Ben.  t.  3,  p.  504),  ignele  pas  (E.  d.  S.  p.  16),  inele 
pas  (Ruteb.  II,  p.  77),  isnele  pas  (Chast.  XXY,  v.  44),  ignelement 
(Ben.  t.  3,  p.  601),  etc. 

Isnel  s'employait  adverbialement: 

Venez  tost  et  isnel.    (R.  d.  C.) 
Que  m' endormi  en  es  le  pas.     (Ruteb.  II,  p.  66.) 
Cil  respondit  ke  bien  savoit 
C'ossis  ne  les  avoit  il  pas; 
Mais  bien  cuidoit  c'an  es  lo  pas 
Qu'il  les  laissait ,  morir  deussent.    (Dol.  p.  277.) 
Pur  ço  chalt  pas  cumandad  que  l'um  meist  sa  sele ,  tost  fud  mise 
e  cil  muntad.    (Q.  L.  d.  R.  m,  p.  288.) 

(1)  M.  d'Orelli  dérive  isnel  à'ignitus!  Comment  la  terminaison  latine  Uus  aurait-elle 
pu  produire  el?    Cfr.  l'italien  snello. 


DE  l'adverbe.  299 

Atant  prist  Helyes  sun  mantel ,  sil  pleiad ,  e  ferid  en  l'eve,  et  li  flums 
chalt  pas  se  devisad.    (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  348.) 

Voy .  encore  ibid.  I,  p.  1 11  ;  II,  p.  150,  p.  218  ;  III,  p.  325  ;  chaut 
pas  (Trist.  H,  p.  98),  etc. 

Cfr.  :    Un  jor  qu'au  palais  ert  venu, 
Aveit  iloc  pris  un  lion. 
Ce  ne  sai  pas,  chèvre  u  multon. 
Dévorée  fust  en  eis  Tore 

Quant  cist  Tosteins  li  corut  sui'e.    (Ben.  v.  36185-9.) 
Dont  s'acorda  en  es  cel  an 
Li  rois  al  conte  Galeran.    (Phil.  M.  v.  18164.  5.) 
Fn  eis  Vore  =  à  l'heure  même ,   à  l'instant  même  —  :  en  es 
cel  an,  dans  cette  année  même,  dans  la  même  année. 

Au  Heu  de  ïsnel,  isnel  pas,    etc.,   on  trouve    enhel  curs^  en- 
helement  dans  les  Dial.  de  S.  Grégoire. 

Et  li  oz  del  duc  ci  devant  dit  par  enhel  curs  parvint  al  fluet.  (Dial.  I.) 
Enheîement  estendit  sa  destre ,  si  mist  encontre  lui  l'ensenge  de  la 
croiz.    (Ib.  ead.) 

Far  enhel  curs  =  anhelo  cursu  ;  etihelement  ==  anhela  mente. 
Iluc^  iloc^  ilec^  ikiques  ^  iloques,  ileques^  iîuec,  iloec^  ïltieqmSj 
ïlueches  ^  iloeques^ 
formes  dérivées  du  latin  ilUc^  illuc,  les  cinq  dernières  avec  diph- 
thongaison.     Ces  adverbes,  qui  signifiaient /«,  s'écrivaient  aussi 
avec  deux  l  et  la  finale  paragogique  ques    était   souvent  encore 
précédée  d'un  c. 

Wiluc  (Q.  L.  d.  K.  m,  p.  247.) 

A  Caunterebire  est  de  iluc  aie.    (Ben.  t.  3,  p.  625.) 
Kai'  Danois  sunt  si  d'ire  espris 
De  ceo  que  tant  unt  iloc  sis, 
C'ui,  s'il  poent,  lo  mosterunt.     (Ben.  v.  4415-7.) 
Moult  oi'ilec  gi-ant  pitié  au  pueple  de  la  terre  et  as  pèlerins.   (ViUeh. 

p.  21.  XL.)  " 

D'ileques  Joseph  se  toui'na.    (K.  d.  S.  G.  v.  473.) 
Iluec  ne  volt  demorer  plus.     (L.  d.  T.  p.  73.) 
Marchander  s'en  vont  em  Perse; 
Willuecques  vont  as  Indiiens.     (E.  d.  M.  p.  11.) 
Car  saint  Thomas  aveit  ilueches  ovoec  sei.    (Th.  Ctb.  p.  113,  v.  2.) 
Au' lieu' de  ces  formes ,  on  trouve  ïlau  dans  le  Eoman  de  Eou. 
7/«î*'^dérive  probablement  de  ïllac ,  et  Vu  provient  peut-être  d'une 
imitation  ^de' la  forme  lau  =  là  ù.     (Yoy.  là.) 

D'ilau  murent,  là  repairierent.     (E.  d.  E.  v.  435.) 
(Cfr.  ib.  V.  493.  941.  4575.  7220  etc.) 

L'ancienne  .langue  avait  aussi  cïlec  (ecc'  illic). 
Li' autre  dient:  Nous  avuns 
Cilec  un  de  nos  compeignuns.    (E.  d.  S.  G.  v,  3685.  6.) 


300  DE  l'adverbe. 

Outre  ces  formes,  on  trouve  les  suivantes: 
Luec^  aloc^  aluec^  eluec^ 
dont  jusqu'ici  personne  n'a  encore  fait  mention. 

Litec  est  un  adverbe  de  lieu  qui  dérive  du  latin  locu8 ,  hco^ 
de  même  que  l'ancien  adverbe  de  lieu  italien  loco,  répondant 
au  latin  hic  (Brunetto  Tes.  éd.  Zannoni  p.  90.  221).  Aloc^  aîuec 
et,  par  suite  de  l'aiîaiblissement  de  Va  en  e,  eîuec^  sont  des 
composés  du  même  îocus^  avec  la  préposition  ad  (ad  locum). 
A  Beruic  s'en  retourna, 

Que  .iij.  jours  liiec  ne  séjourna.    (R.  d.  1.  M.  v.  2937.  8.) 
Volontiers  par  luee  revenra.     (Ib.  v.  3163.) 

Quant  oe  entent, 
Lueques  ne  se  va  alentant.    (Ib.  v.  3189.  90.) 
Tant  que  sa  nés  fu  aprestee: 
A  Dan,  lueques  ert  aancree.    (Ib.  v.  4061.  2.) 
V.  ib.  V.  3185;  loeques;  v.  1137.  2296.  3845.  etc. 
Quand  el  enfern  dune  a  salit, 

Fort  Satanan  alo  venquet.    (Passion  d.  J.-C.  str.  93,  éd. Diez.) 
V.  allô,  ib.  str.  103;  à! alo,  ib.  str.  50. 

Mist  en  un  bois,  solonc  un  tertre, 
Qui  aloc  estoit  à  senestre.     (Brut.  v.  12720.  1.) 
Qu'ot  ferut  el  coste  aluec.    (Pbil.  M.  v.  30870.) 
Mes  par  cel  cbant  ben  entendi 
Ke  près  d'eifwec  ot  sun  ami.    (Trist.  II,  p.  150.) 
Jai,  ja, 
du  latin  jam^  répondait  à  son  dérivé  déjà  (de-ja),  et  signifiait 
en  outre  désormais^  un  jour  ^  jadis ^  jamais.     Jai  servait  de  par- 
ticule affirmative. 

Mais  tens  est  jai  ke  nos  eswardiens  lo  tens  quant  li  Salveires  vint. 
(S.  d.  S.  B.  p.  527.) 

L'aisnee  d'une  amor  parloit 
A  sa  seror  que  moult  amoit, 
Qui  fuja  entre  deus  enfans, 

Bien  avoit  passe  deus  cens  ans  . . .  (FI.  etBl.  v.  49-52.) 
Ne  ja  si  grant  dun  ne  dunast 
K'asez  petit  ne  li  semblast.    (R.  d.  R.  v.  7587.  8.) 
Dites  moi  dont  vos  estes  née 
Et  que  ici  vos  a  menée: 
Celé  respont:  Jel  vos  dirai 
Que  ja  de  mot  ne  mentirai.     (L.  d.  M.  p.  47.) 
A  ja:  à  jamais. 

De  là  ja-dis,  avec  s  paragogique,  de  jam  diu. 
Virgilles  fu  jadis  à  Romme  ; 
En  cest  siècle  n'ot  plus  sage  homme.    (R.  d.  S.  S.  v.3924. 5.) 

De  ja  et  de  mais  (v.  plus  bas)  on  forma  jamais. 


DE  l'adveebe.  301 

Cfr. :  'Ta  Dieu  no  plaise,  dict  il,  que  je  sois  jamais  assis  en  siège 
de  gouverneur.     (Amyot.  Hom.  ill.  Aristides.) 

Il  estoit  ,ja  sur  le  soir  quand  il  y  arriva.     (Ib.  ead.  Coriolanus.) 

Tu  ne  me  persuades  jamais  en  jouant ,  ny  ne  me  persuaderas  encores 
ja  en  promettant.     (Ib.  ead.  Demosthenes.) 

J'ay  este  contrainct  de  recouiir  comme  humble  suppliant  à  ton  fouyer, 

7ion  ja  pour  saulver  et  asseurer  ma  vie ,  mais  pour (Ib.  ead. 

Coriolanus.) 

Quand  le  soir  feut  venu  et  qu'il  (Cicero)  se  voulut  retirer  en  sa  mai- 
son ,  passant  par  la  place ,  le  peuple  le  reconvoya  nùn  ja  plus  en  silence 
sans  mot  dire,  ains  avecques  grandes  clameurs  à  sa  louange  et  batte- 
ments de  mains  par  tout  où  il  passoit.    (Ib.  ead.  Cicero.) 

Jus  —  sm. 
Jus  dérive  du  latin  deorsum  (de  -  vorsum  de  verto) ,  qiii  de- 
vint de  bonne  heure  jusum,  josum.  —  Sus  vient  de  susum  pour 
sursum  (sub- vorsum).  Jus  signifiait  en  bas^  à  bas,  à  terre;  sus 
avait  la  signification  dessus^  debout,  en  haut.  On  employait 
souvent  sus  et  jus  avec  un  verbe  exprimant  l'idée  d'un  mouve- 
ment corporel,  pour  dire  qà  et  là,  de  côté  et  d^ autre,  'partout^ 
aller  et  venir  dans  un  endroit. 

Et  fiert  Ernaut  sor  son  elme  à  or  mier. 
Que  flors  et  pieres  en  fait  jus  trebuchier.   (R.  d.  C.  p.  102.) 
Or  seons  jus,    (R.  d,  C.  d.  C.  v.  5757.) 
Tant  ala  sus  et  jus  harpant 
Et  de  la  cite  aproçant, 
Que  cil  del  miu-  l'ont  entercie, 
Si  l'ont  à  cordes  sus  sacie.     (Brut.  v.  9348-51.) 
Ne  fiert  Engleis  ki  sus  remaigne.     (R.  d.  R.) 
Sus  salent,  si  se  vont  requerre.     (R.  d.  1.  V.  p.  91.) 
Puis  s'en  levad  e  par  celé  chambre  sus  e  jus  alad.  (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  359.) 
Et  s'en  to,ui'ne  vers  le  bos  droit, 
Et  tant  et  sus  et  jus  et  là 

Que  la  damoiselle  encontra.   (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3006-8.) 
On  trouve  cependant  sus  et  jus  employé  avec  d'autres  verbes, 
p.  ex.: 

Et  sus  et  jus  tant  li  monstra 
Que  la  dame  li  ottroia.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2765.  6.) 
Sus  ou  palais  an  prist  à  repairier.     (G.  d.  V.  v.  1975.) 
Puis  est  montée  sus  el  palais  voltis.    (R.  d.  C.  p.  204.) 
Grans  fu  la  cors  sus  el  palais  plagnier.     (Ib.  p.  189.) 
Dans  les  exemples  semblables  aux  trois  derniers,  on  a  sou- 
vent considéré  sus  comme  une  préposition.     C'est  une   erreur; 
il  faut  lire  repairier  su^,  monte  sus,  fu  sus  (la  cors  fu  grans  el 
palais  plagnier  en  haut).     Cfr.  prép.  ens,  et  issir  fors,  aller  en- 
contre, etc.     La  plupart  des  prépositions   sont   en  même  temps 


302  DE  i/adverbe. 

des  adverbes  de  lieu  et  peuvent,  en  cette  qualité,  se  joindre  im- 
médiatement à  l'idée  exprimée  par  le  verbe ,  sans  influence  sur 
un  cas  quelconque  de  la  phrase. 

Mettre  jus   avait  souvent  la   signification  de  mettre   de  côte\ 
conserver. 

Les  adverbes  jus^  sus^    servaient  à  former    les    composés 
suivants  : 

Allez  ,  dist  il ,  errant  là  jus 
Avec  Joseph  d'Arymathye.    (E.  d.  S.  G.  v.  502.  3.) 
Ce  fu  cd  meismes  Jhesus 
Qui  0  nous  conversa  çà  jus 
Et  qui  les  miracles  feisoit.    (Ib.  v.  2189-91.) 
0  lui  enmiena  ses  amis 
Lassus  ou  ciel,  en  paradis.     (Ib.  v.  3521.  2.) 
Li  cuers  le  conte  est  à  Citiaux 
Et  l'arme  là  sus  en  sains  ciaux.     (Ruteb.  I,  p.  59.) 
On  voit,  par  ces  trois  derniers  exemples,   que  cà  jus  s'em- 
ployait   pour    notre    ici- bas    et    là  sus  (lassus,    par  attraction), 
pour  notre  là -haut. 
Lassus  =  ci -dessus. 

Mimes  à  la  foiz,  si  com  nos  lassus  avons  dit,  tremblent  li  juste 
en  lui"  bones  oevres  et  plorent  continuedment  ke  il  par  alcune  repunse 
error  ne  desplaisent  à  Deu.    (M.  s.  J.  p.  470.) 
Tes  sires  ert  mis  audejus, 

Et  tu  seras  tout  audesus.    (R.  d.  S.  S.  v.  2694.  5.) 
An  sus,  en  sus:  à  quelque  distance ,  décote,  à  l'écart,  loin 
—  ensuite,  après  —  en  haut. 

An  sus  se  trait  por  la  joste  esgarder.    (G.  d.  V.  v.  762.) 
En  sus  au  partir  del  forfait 
Se  sunt  h  Aleman  retrait 

Auques  en  loinz  de  la  cite.     (Ben.  v.  18972-4.) 
Tirez  aveit  ses  dras  en  sus 
Si  cum  puceles  unt  en  us.    (Ib.  v.  31228.  9.) 
Y.  t.  n,  p.  224, 1.  14, 1.  17;  p.  226,  1.  45;  etc. 

Zues. 
Lues  signifiait  aussitôt,    tout  de  suite ,  à  V  instant.     Il  dérive 
de  locus,   loeo,   comme   le   prouvent   les   formes   luego  des  l'es- 
pagnol,   logo  du  portugais,  luec   du   provençal,   et  la  variante 
luec  de  la  langue  d'oïl. 

(Il  est  question  d'un  chapon  ,,ricement  atomes  por  mengier."  Hérodes 
avait  juré  que  si  ce  chapon  ne  reprenait  pas  ses  plumes  et  ne  remontait 
pas  à  la  perche  en  chantant,  il  ne  croirait  pas  J.-C. :) 
Vertus  feistes,  biaus  pères,  roi  amant, 
Il  ot  luec  eles  et  plumes  et  vivant.    (O.d.D.v.  11624.  5.) 


303 


Tote  ta  terre  te  serra  lues  rendue.     (0.  d.  D.  v.  10315.) 
Ses  mains  et  ses  iex  lieve  au  ciel, 
Diu  commencha  à  proier  lues.    (R.  d.  M.  p.  60.) 
Et  je  li  eue  lues  en  couvent.     (R.  d.  1.  M.  v.  4433.) 

Lueus  (0.  d.  D.  v.  11293). 

Cfr.  plus  haut  Itiec. 


Mais^  dérivé  du  latin  magis^  a  d'abord  signifié  plus,  devan- 
tage.  Employé  pour  le  temps,  il  avait  la  signification  ^/w«,  en- 
core; plus  Imigtemps,  jamais^  désormais.  De  là  7ie  —  mais,  ré- 
pondant à  notre  ne  —  plus. 

Heriçone  sunt  li  destrier 

De  saettes  od  fers  d'acer; 

Treis  cenz  en  unt  perduz  e  mais.    (Ben.  v.  21728  -  30.) 

Od  treis  cenz  chevaliers  e  mais 

Assist  à  mangier  el  palais.    (Ib.  v.  19206.  7.) 

Si  avoit  moult  de  gent  li  rois 

A  son  mangier,  et  .iiij.  mes 

Avoient  sans  plus  et  non  mes.     (Phil.  M.  v.  2963-5.) 

Fui,  fait  ele,  ne  dire  mais.    (Romv.  p.  567,  v.  13.) 

Il  ne  seut  mais  où  aler.     (R.  d.  1.  M.  v.  5531.) 

Rou  li  a  demande,  se  mez  le  cumbatreit.    (R.  d,  R.  v.  1128.) 

Sens  et  savoir,  or  et  argent, 

A  chou  entendent  mais  le  gent: 

Tolu  sont  et  remes  li  don, 

Et  nus  hom  n'ert  wms  guerredon.    (L.  d'I.  p.  5.) 

Dame,  dist  il,  por  Deu,  merci! 

Ne  plores  mais,  je  vos  en  pri.    (L.  d.  M.  p.  49.) 

Par  fei!  je  ne  sai  mais  que  dire.     (Ben.  v.  16767.) 
V.  t.  n,  p.  112, 1. 15. 

Cil  qi  çà  t'anvoia  avoit  de  toi  anvie, 

Ne  voloit  que  durast  mais  en  avant  ta  vie.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  12.) 

Avant,  arrière  encore  ala, 

Et  puis  de  chà  et  puis  de  là 

Aussi  con  s'il  riens  n'en  seust, 

Wonques  mais  este  n'i  eust.     (R.  d.  M.  p.  76.) 

De  bisclaveret  fu  fet  li  lais. 

Pur  remembrance  à  tout  dis  mais.  (M.  d.  E.  Bise,  v.317.8.) 

Et  remanra  à  tos  jors  mais  la  guerre.      (R.  d.  C.  p.  224.) 
A  toz  ses  jors  mais ,  1. 1,  p.  353, 1.  7. 

Telz  chevaliers  ai/nz  mais  ne  fu  veu 

El  bernaige  de  Erance.     (G.  d.  Y.  v.  321.  2.) 
JVe  mais  —  que  signifiait  seulement,  excepté .,  hùrmis,    si  non. 
On    employait   aussi   mais   que  sans   ne.,   ou   ne   mais    sans  que, 
dans  le  même  sens. 


h 


304 

Fi'anceis  se  taisent,  ne  mais  que  Guenelun 

En  piez  se  drecet,  si  vint  devant  Carlun  . . .  (Ch.d.R.p.9.) 

Tuz  sunt  ocis  cist  franceis  chevalers, 

Ne  mes  seisante  que  Deus  i  ad  esparniez.     (Ib.  p  66.) 

Prenons  bataille  à  .i.  jor  ademis, 

Que  n'i  ait  home  qui  de  mère  soit  vis, 

Ne  mais  que  .ij.  qui  diront  el  païs 

Li  qeus  de  nous  en  escera  ocis.     (E.  d.  C.  p.  167.) 

Ne  sofri  qu'en  li  feist  rien 

Ne  mais  tôt  enor  et  tôt  bien.    (Ben.  v.  38839.  40.) 
Cfr.  t.  II,  p.  146, 1.  9. 

K'iront  o  lui  mais  ke  .vij.  chevalier.     (G.  d.  Y.  v.  3449.) 

La  dame  fu  en  la  forest, 

Mes  que  de  nuit  ne  prent  arest.     (Ruteb.  Il,  p.  121.) 
Yoici  quelques   exemples  de   la  locution   n^e^i  pouvoir  maù^ 
regardée  aujourd'hui  comme  familière. 

Malvais  est ,  mes  il  n'en  puef  mais, 

Quer  ses  lignages  est  malvais.     (Chast.  m,  v.  111.  2.) 

Qant  je  aim  ce  qui  n'aime  mei 

Je  n'eu  puis  mes;  si  puis:  comment?  (Ib.  XI,  v.  150. 1.) 

Quant  veit  que  faire  li  estot, 

Par  estoveir  (har  mais  n'en  puet), 

Dotose  e  od  grant  suspeçon 

En  est  alee  al  duc  Huun.    (Ben.  v.  17083-6.) 
Mânes  ^  manois^  maneis^  manais^  menois^  demanois^  àemaneù  (de 
manu  ipsum)  —  maintenant^  de  maintenant. 
On  a  regardé  maintenant  comme  le  participe  du  verbe  main- 
tenir; c'est  une  erreur.     Maintenant  est  un  composé  de  in  manu 
tenen^^  tenant  dans  la  main,  de  là  tenir  prêt,  sans  ]3réparation, 
sans  retard. 

Les  locutions  adverbiales  mânes  ^  mxnintenant  signifiaient  aussi- 
tôt.^ sur-le-chamf  ^  h  V instant^  promptement .^  incontinent. 

Quant  nos  ramenons  à  nostre  cuer  les  malz  cui  nos  avons  faiz, 
mânes  en  somes  hontous  et  griement  dolent;  mânes  fruitet  el  corage  la 
turbe  des  penses,  si  nos  atriublet  la  dolors  et  deguastet  li  angoisse. 
(M.  s.  J.  p.  459.) 

Ce  ferai  jurer  à  mes  rois 

C'omage  li  feront  matiois,    (P.  d.  B.  v.  2717.  8.) 

Quant  dite  fu  o  célébrée  (la  messe), 

Maneis,  senz  autre  demuree, 

Unt  la  bière  e  le  cors  assis 

Là  ù  il  deveit  estre  mis.     (Ben.  I,  v.  1699-1702.) 

Quant  Danois  voient  Tost  de  France, 

Manais,  senz  autre  demorance, 

Se  sunt  arme  e  eus  garniz.     (Ib.  v.  3747-9.) 


DE  l'adverbe.  305 

Li  uns  al  autre  le  va  menois  conter.     (G.  1.  L.  I,  p.  11.) 
Et  quant  il  vindrent,  demanois 

La  messe  oïrent,  si  s'armèrent.     (E.  d.  1.  M.  v.  2686.  7.) 
At  Aleman,  Saisne  et  Tiois 

Yienent  al  socors  demanois.     (P.  d.  B.  v.  2345.  6.) 
As  armes  saillent  demaneis.     (Ben.  v.  12951.) 
Hai!  dist  la  dame,  mal  fessis 
Quant  maintenant  nés  oceis.     (Dol.  p.  277.) 
Se  aucuns  me  convie  o  sei, 
Dei  li  meintenant  otreier 

Ou  je  m'en  dei  faire  preier.     (Chast.  XXIl,  v.  220-2.) 
Le  roi  maintenant  salua, 

Et  en  apries  l'araisonna.     (R.  d.  S.  S.  v.  2059.  60.) 
Et  li  deist  de  maintenant.     (Ib.  v.  87.) 
On  trouve  aussi  tôt,  trestot  maintenant: 
Lors  prist  la  dame  par  la  main 

Tout  maintenant  le  chastelain.     (E.  d.  C  d.  C.  v.  169.  70.) 
Maismement. 
Maismement  dérive  du  latin  maxime;  il  signifie  'principalement .^ 
surtout.     Il  ne  faut   pas   confondre,   comme   l'a  fait   Roquefort, 
ce  maismement  avec  meismement  dérivé  de  meisme. 

Nécessaire  est  voyrement  une  chose  et  maismement  nécessaire,  car 
ceste  est  li  très  bone  partie  ke  tolue  nen  iert  mie.  (S.  d.  S.  Eoquefort, 
s.  e.  V.) 

Yoy.  S.  d.  S.  B.  p.  543  ;  t.  n,  p.  217, 1.  31. 
Dune  fu  sovent  li  dus  requis 
Puis  dei  evesque  de  Paris 
E  de  Eaol  maismement.    (Ben.  v.  17681-3.) 
Maement  (M.  s.  J.  p.  471.) 

Mieux. 
Cet  adverbe  avait  toutes  les  variantes  que  l'on  a  vues  aux 
substantifs  en  /  final:  mieh^  miels,  miez,  mieuz  (mieulz),  mieus^ 
miex  (mielx);  meh.^  meuz  (s),  mex  (melx);  meilz;  mils,  miu^, 
mis.,  mix  (milx);  miols,  mious ,  mios ,  miox;  mials,  miaz,  miaus 
(x,  z),  miax  (mialx),  muelz^  muez;  meaus,  meax. 

Car  ele  voit  miez  en  quantes  choses  ele  astoit  discordeie  de  le  règle 
de  veriteit.    (M.  s.  J.  p.  479.) 

Qu'à  maint  homme  avient  mainte  fois 
Que  il  fait  miex  autrui  esplois 
Et  miels  garde  les  autrui  biens 
Souvent  que  il  ne  fait  les  siens.     (E.  d.  M.  p.  22.) 
Et  que  mielz  valoit  cil  domages  à  soffrir  que  la  perte  d'Andrenople 
(Villeh.  489«.) 

Si  se  sauroient  miextjS  aidier  de  la  terre.     (Villeh.  p.  49,  LXXIII.) 
Mais  nepurquant  si  est  il  asez  melz,     (Ch.  d.  E.  p.  68.) 
Burguy,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.   T.  II.    Éd.  III,  20 


306 

Ne  sereit  tis  quers  meuz  assis.     (Ben.  v.  24885.) 

La  dolente  volt  mex  mentir 

Qe  pur  voir  dire  mort  soufrir.  (M.  d.  F.  Il,  p.  190.  1.) 
Meus  (Trist.I,  p.  29),  m7s(Brut.v.  13719),  mius  (ib.v.  10255), 
mix  (R.d.Ren.IV,p.429),  mis  (O.d.D.v.  381),  milx  (ib.v.  5891), 
mielx  (Yilleh. 440" ) ,  ndoîs^  mious^  mios  (Phil.M.v.  14491.2. 12274), 
mieuh  (ib.  v.  20372),  mieulz  (Ben.  v.  5452),  mieuz  (ib.v.  5574), 
miaz  (Ch.  d.  S.  I,  p.  215),  miauz ,  miaux  (R.  d.  1.  Y,  v.  456. 1110), 
miax  (Brut.  v.  10797.  8),  muez  (Dol.  p.  156),  etc.  etc. 

Moins  (Minus). 
Moins,  dont  la  forme  primitive  bourguignonne  a  été  moens, 
présente  encore  les  variantes  meins^  mains. 

Si  Deus   nen  espargnat   mies  les    engeles  orguillous,   cum  moens 
espargnerat  il  à  ti  ki  vers  es  et  porreture.     (S.  d.  S.  B.  p.  523.) 

De  ti,  chier  sire,  parfaiz  ceu  ke  ju  moens  ai  de  mi.     (Ib.  p.  549.) 
Mains  dote  ore  l'aive  q'il  n'avoit  fait  devant.    (Ch.  d.S.I,p.  124.) 
Nequedent,  se  mains  convenable 
Estoit  à  moi  que  ne  deust, 
U  en  soi  mains  nobleche  eust.     (R.  d.  M.  p.  28.) 
S'il  ont  le  droit  et  nos  le  tort, 

Serons  nos  dont  por  ço  mains  fort.     (P.  d.  B.  v.  2479.  80.) 
Si  n'atendi  ne  plus  ne  mains.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4545.) 
Kar  asez  meins  i  suffisist.     (R.  d.  R.  v.  7489.) 
Au  mains  qu'il  onques  puet  demeure.    (R.  d.  1.  M.  v.  2598.) 
K'ainc  puis  ne  fu  un  jur  u  nuit  qu'il  eust  pes, 
Que  il  ne  fust  batuz  cinc  feiz  u  quatre  ades 
U  trois  à  tut  le  mains.     (Th.  Cantb.  p.  96,  v.  3-5.) 

Mon. 
Cette  particule  signifie  assurément,  sans  contredit,  en  vérité, 
effectivement.,  ainsi.  L'origine  de  mon.,  en  normand  mun,  a  déjà 
donné  bien  de  la  besogne  aux  étymologistes.  On  l'a  succes- 
sivement dérivé  de  ^€)v,  num,  numquid,  modo.,  admodum;  mais, 
soit  à  cause  du  sens,  soit  à  l'égard  de  la  forme,  toutes  ces 
étymologies  n'ont  pas  la  moindre  apparence  de  vérité.  M.  Diez 
(n,  399,  note  2)  se  demande  si  mon  ne  serait  pas  l'adverbe 
munde.  Quant  à  la  signification,  on  pourrait,  au  besoin,  se 
ranger  à  l'opinion  du  savant  professeur;  pour  la  forme,  au 
contraire,  la  racine  munde  est,  selon  moi,  plus  que  probléma- 
tique. En  effet,  pourquoi  le  dialecte  normand,  qui  favorisait 
extrêmement  la  lettre  d  et  qui  s'en  servait  encore  comme  finale 
j)lus  d'un  siècle  après  que  les  autres  dialectes  eurent  rejeté  leur 
t.,  pourquoi  le  dialecte  normand,  dis -je,  ne  connaît -il  pas  de 
viund?     Comment  se  fait -il  que  le  t  final,   très -fixe   en  Bour- 


t)E    L  ADVERBE. 


307 


gogne  jusquà  l'année  1230  environ,  n'ait  laissé  aucune  trace 
dans  ce  mot?  On  ne  prétextera  sans  doute  pas  le  voile  qui 
couvre  l'origine  de  7non  pour  expliquer  une  pareille  apocope  du 
d  ou  du  t;  ce  serait  une  simple  échappatoire;  il  faudrait  avant 
tout  prouver  que  ce  voile  existait  déjà  aux  XII''  et  XIII ^  siècles. 
La  seule  raison  plausible  en  faveur  du  rejet  de  d  ou  de  t  serait 
qu'on  a  senti  le  besoin  de  distinguer  mww^  =  monde,  en  Nor- 
mandie, wow^  =  montagne ,  mont,  en  Bourgogne  et  en  Picardie, 
de  la  particule  mund^  mont.  Cependant  je  ne  la  crois  pas 
valable,  parce  que  ces  scrupules  orthographiques  ne  datent 
guère  des  premiers  temps  de  la  langue. 

Mon^  mun  dérive,  selon  moi,  du  gothique  muns  (subst.  masc, 
plur.  muneii).^  opinion,  pensée,  dessein,  projet,  volonté,  soin, 
prévoyance  ;  ou  du  moins  de  la  racine  mun  qui  se  retrouve, 
entre  auti'es,  dans  les  mots  suivants:  munan^  croire,  estimer, 
penser,  juger,  considérer  —  ga-munan^  se  souvenir,  se  rappeler 

—  munan  (verbe  faible),  prendre  un  parti,   se  décider,  vouloir 

—  gamunds^  souvenir,  mémoire,  conscience  —  a.  h. -a.  him\m.igôn^ 
affirmer  par  serment  d'une  manière  solennelle.  Mon  répond 
exactement,  et  pour  la  forme  et  pour  le  sens,  à  la  racine  que 
je  propose. 

Eous  est  à  ire  e  à  mesaise  ... 
En  treis  manières  est  dotis  .  .  . 
Saveir  s'en  Dace  turt  ii  nun 
Sur  le  rei  traitui'  felun  .  .  . 
U  saveir  mun  s'il  aut  en  Fi-ance 
Senz  plus  targer,  senz  demorance, 
U  saveir  mun  si  celé  Anglee 
Que  de  morz  a  ensanglantée 

Gastera  plus  ne  destruira  .  .  .     (Ben.  Il,  v.  1334  .  .  .  48.) 
Demande  li  coment  ce  vait, 
Ne  saveir  mun  por  quel  forfait 
Li  dux  l'a  eu  si  por  vil 

Que  loinz  l'ait  chascie  en  eissil.     (Ib.  v.  17675-8.) 
y.  ibid.  V.  3283.  29157.  36494.  etc.  ;  Th.  Cantb.  p.  124,  v.  30. 
Emoi,  fait  ele,  dit  aves 
Que  mon  voloir  n'i  esgardes. 
Bien  sai  que  se  ne  faites  mon, 
U  mal  gre  vos  en  sace  u  non. 
Ne  vos  ne  soles  pas  mentir 

Por  dire  à  home  son  plaisir.     (P.  d.  B.  v.  9043  -  8.) 
Mes  tenez  a'^os,  si  oiez  mon 

Que  dedenz  cest  brief  ici  a.     (R.  d.  Ren.  III,  p.  79.) 
Ce  sera  mon ,  cascuns  respont.     (Ib.  IV,  p.  224.) 

20* 


308  DE  l'ad\t:rbe. 

A  folie  me  font  entendre. 
A  folie,  voir,  ce  font  mon; 

Car  je  n'i  voi  nule  raison.     (E.  d.  1.  M.  v.  459-61.) 
Sire,  dist  ele,  clie  soit  mon!    (Ib.  v.  6527.) 
S'est  teus?  —  Cest  mon.     (Th.  F.  M.  A.  p.  81.) 
Or  n'i  a  fors  que  del  huchier 

Nos  voisins.  —  Certes  ce  n'a  mon.    (Fabl.  et  C.  HE,  45.) 
H  a  plus  cuer  que  un  lion. 

Cil  respondent  que  ce  a  mon.    (N.  R.  F.  et  C.  I,  p.  228.) 
Eabelais,  Amyot,  Montaigne  font  encore  un  fréquent  usage 
de  cette  particule. 

Tu  penses  à  quelque  cbose,  Pbocion  —  Ce  fais  mon,  certes, 
respodict  il.     (Amyot.  Hom.  ill.  Pbocion.) 

Un  médecin  vantoit  à  Mcocles  son  art  estre  de  grande  auctorite: 
Yraiment,  c'est  mon,  dict  Mcocles,  qui  peult  impunément  tuer  tant 
de  gents.     (Montaigne.  Essais  II,  p.  37.) 

Les  geograbes  de  ce  temps  ne  faillent  'pas  d'asseurer  que  mesbuy 

tout  est  trouve,  et  que  tout  est  veu.     Scavoir  mon,  si  Ptolemee  s'y  est 

trompe  aultresfois,  sur  les  fondements  de  sa  raison,  si  ce  ne  serait  pas 

sottise  de  me  fier  maintenant  à  ce  que  ceulx  cy  en  disent.     (Ib.II,  12.) 

Enfin  on  retrouve  ça  mon  dans  Molière: 

Ça  mon  vraiment  !  il  y  a  fort  à  gagner  a  fréquenter  vos  nobles. 

(Bourg,  gent.  m,  3.) 
Ça  mon,  ma  foi!  j'en  suis  d'avis,  après  ce  que  je  me  suis  fait. 

(Mal.  im.  I,  2.) 
Il  faudrait  proprement  écrire  ça  mon. 

Molt,  mult,  moût,  mut,  moult. 
(Cfr.  t.  I,  p.  181.) 
Malt  signifiait  beaucoup,  lien,  très. 

Li  dux  de  Venise  qui  ot  nom  Henris  Dendole,  et  ère  mult  sages  et 
mult  prouz,  si  les  bonera  mult,  et  il  les  autres  gens,  et  les  virent 
mult  volontiers.     (Villeh.  434*.) 

Fist  Saul  à  David:  Beneit  seies  tu,  bel  fiz  David,  e  certeinement 
mult  fais,  e  plus  fras,  mult  poz  ore,  e  plus  purras.    (Q.L.d.R.I,  p.  106.) 
Armans  a  non,  si  est  moult  fiers, 

Moult  grans  et  moult  buens  cevaliers.     (P.d.B.  v.8101.2.) 
Ançois  quart  jor  le  comparra  moût  cMer  !     (E.  d.  C.p,  76.) 
Corne  celui  qui  moût  le  vodroit  et  moût  le  désire.     (1283.  Eym.  I,  2, 
p.  218.) 

Jeo  vus  aim  mut  parfitement.     (M.  d.  F.  Grael.  v.  116) 

E  doner  mult  poi  à  mangier.     (Ben.  v.  29585.) 

Mult  près  des  murs  de  Chaelons.    (Ib.  v.  29643.) 

Amoneste  unt  mult  plusor 

Conte  Robert  qu'à  paiz  entende.     (Ib.  v.  29970.  1.) 

Yout  la  cite  mult  meuz  gerpir 

Qu'il  i  veist  la  gent  morir.      (Ib.  v,  30280.  1.) 


DE  l'adverbe.  309 

Les  textes  de  la  seconde  moitié  du  Xin*"  siècle  fournissent 
une  forme  mont  pour  molt.     Il  y  a  eu  permutation  de  l  en  n  ^. 
Dex  les  a  mont  honorez.     (Bible  Guiot  v.  1763.) 
Remarquez  l'emploi  suivant  de  mult: 
Mult  l'onure,  mult  la  chérie, 
Sovent  li  plaist  mult  que  la  voie.     (Ben.  v.  4153.  4.) 

JVeSj  nets,  nis.    ' 
Cet  adverbe  composé   de   la   négation   et  de  ipsum^   répond 
ordinairement  à  notre  même^  et  mème^  bien  que  sa  signification 
primitive,  encore  en  usage  au  Xin°  siècle,   ait  été   'pas   même. 
(Çfr.  nesun  t.  I,  p.  181). 

n  at  mis  el  soloil   son  tabernacle,  por   ceu  qu'il  receleiz  ne  soit, 
nés  al  oil  ki  torbeiz  est.    (S.  d.  S.  B.  p.  547.) 
JVes  contre  moi,  por  Dieu  amor 
Me  doi  ge  penner  de  s'annor.     (P.  d.  B.  v.  6501.  2.) 
Plus  erent  cortois  et  vaillant, 
Neis  li  povre  païsant 

Que  chevalier  en  autres  règnes.     (Brut.  v.  10779-81.) 
E  neis  à  mei  quierent  mal  e  mort.     (Q.  L.  d.  E.  III,  p.  321.) 
Alad  querre  David  neis  sur   les  rochiers  e  les  derubes  ii  à  peine 
nule  bestiole  pout  cunverser.     (Ib.  I,  p.  93.) 

Je  n'en  perdra  nés  le  fer  d'une  lance.     (R.  d.  G.  p.  32.) 

A  plus  hardi  est  tel  paour  venue 

Ke  il  ne  porent  dire  nés  Deu  aue.     (G.  d.  V.  v.  3026.  7.) 

JVis  la  chevesce  de  sun  frein 

li  fu  coupée  en  sun  cheval, 

Que  del  chef  li  chai  aval.     (Ben.  v.  16367-9.) 

N'i  remaneit  rien  à  rober 

JVts  les  vignes  à  estreper.     (Ib.  v.  35647.  8.) 

OU  =  ouï. 
Dans  l'introduction  de  cet  ouvrage,  j'ai  dit  que  l'on  donnait 
le  nom  de  langue  d'oè7  à  l'idiome  roman  du  nord  de  la  France, 
et  de  langue  à' oc,  à  l'idiome  roman  du  midi.  On  a  émis 
diverses  opinions  sur  l'origine  de  ces  deux  désignations,  ainsi 
qu'on  peut  le  voir  dans  les  Recherches  de  Pasquier  I,  13  ;  dans 
Ménage,  article  Languedoc;  et  dans  Du  Gange,  article  Lingua. 
Ges  deux  derniers  se  rangent  à  l'avis  des  auteurs  qui  pensent 
que  la  langue  d'oè7  et  la  langue  d'oé?  ont  été  ainsi  appelées  de 
la  manière  d'énoncer  l'affirmation:  oïl  dans  le  nord  et  oc  dans 
le  midi.     Aujourd'hui  cette  opinion  est  généralement  reçue. 

(1)  La  pennutation  de  n  en  l  avait  aussi  lieu,  on  le  sait,  et  l'on  trouve,  à  la  même 
époque,  un  molt  pour  mnni  :=  monceau,  amas.  Voy.  Gr.  d.  V.  V.  2444  et  cfr.  ib.  v.  1C89; 
B.  d.  C.  d.  C.  V.  1442.  1745.  etc. 


310 

Oïl  est  une  forme  composée  de  l'adverbe  primitif  d'affirma- 
tion 0  et  du  pronom  de  la  troisième  personne  «7,  ainsi  o-iV. 
On  dérive  ordinairement  l'adverbe  o  et  son  correspondant 
provençal  oc,  du  latin  hoc  (v.  Raynouard,  Lex.  rom.  s.  v.  oc; 
Diez,  Gramm.  II,  401);  mais  cette  interprétation  est  erronnée. 
M.  J.  G^rimm  (dramm.  III,  768)  prétend  que  oc,  o  ne  sont  pavS 
empruntés  au  latin,  et  je  serais  assez  porté  à  le  croire.  La 
différence  de  forme  qui  existe  entre  l'adverbe  négatif  {no  et 
non  noc)  et  l'adverbe'  affirmatif  du  provençal,  le  manque  d'un 
verbe  français  dérivé  de  la  particule  d'affirmation:  teUes  sont 
les  raisons  sur  lesquelles  M.  Grimm  se  fonde  pour  rejeter  la 
dérivation  de  hoc.  J'ajouterai  à  cela  que  si  o  était  un  dérivé 
de  hoc^  le  c  latin  aurait  certainement  été  traduit  dans  le  dialecte 
picard,  et  on  ne  trouve  nulle  part  la  moindre  trace  d'un  c. 
M,  J.  Grimm  essaie  de  dériver  oc  de  l'allemand  ja  ih  (ich); 
mais  il  avoue  lui-même  que  cette  interprétation  de  oc  n'est 
pas  satisfaisante.  Quant  à  moi,  je  n'ai  aucune  conjecture  soMe 
à  faire  sur  l'origine  de  l'adverbe  o,  oc. 

OU  n'a  pas  toujours  eu  la  prononciation  que  j'indique;  on 
le  trouve  souvent  monosyllabe.  Par  l'assourdissement  de  l'o 
en  ow,  oil  produisit  ouil^  qui  nous  a  donné  notre  oui.  Outre 
oxiil^  on  rencontre  les  variantes:  oal,  ouail.,  ol^  odil ^  awil  (Roquef. 
suppl.  s.  V.) 

Karles  l'entant,  ne  dist  nen  o  ne  non.     (G.  d.  V.  v.  1596.) 

Je  n'en  sai  plus  ne  o  ne  non.     (L.  d'I.  p.  30.) 

Que  il  ne  puet  dire  o  ne  non.     (R.  d.  1.  M.  v.  4258.) 

0  ne  se  montre  que  dans  les  locutions  de  ce  genre. 

Viens  tn  ci  en  amur  e  en  pais?  Respundi  Samuel:  01.  (Q. L. 
d.  R.  I,  p.  58.) 

Dun  nen  as  tu  plus  fiz?  Respundi  Ysai:  01,  un  petit  ki  guarded 
noz  berbiz.     (Ib.  I,  p.  59.) 

Et  ne  dist  plus  ne  61  ne  non.     (P.  d.  B.  v.  7502.) 
Est  çou  Amours?    Oïï,  je  cuit.     (R.  d.  1.  M.  v.  1537.) 
Et  se  l'en  demandant  loi  vait 
Se  le  bien  firent  qu'il  ont  fait. 
N'en  dient  oal  ne  nenil, 

Mes  Dex  le  set,  seignors,  font  il.    (Chast.  pr.  v.  157  -  60.) 
E  liverunt  mei  li  burgeis  de  Ceila  e  ces  M  od  mei  sunt  en  la  main 
Saul?  Respundi  nostre  Seignur  :  OaZ ,  il  te  liverunt.   (Q.L.d.R.  I,p.90.) 
Ouailj  pour  .iiij.  deniers  le  livre.     (Romv.  v.  317.) 

(1)  On  réunissait  de  la  même  manière  non  et  il:  nenil.  L'ancienne  langue  avait 
aussi  une  combinaison  semblable  de  o,  non  et  de  je,  tu.  nos,  vos,  sans  qu'il  en  soit 
résulté  des  mots  particuliers.    Môme  procédé  en  allemand ,  voy.  Grimm,  IIT,  7(35,  H. 


DE  l'ad\t:rbe.  311 

Or  aves  fait  tos  vos  talens, 
Est-ce  vos  nus  amendemens ? 
Odil,  dame,  fait  il,  si  grans, 
Qu'à  tos  jors  en  serai  joians.     (P.  d.  13.  v.  1313-6.) 
Cfr.  ibid.  v.  6129.  7380.  etc. 

Yels  tu  faire  mon  conseil?  —  Certes,  dame.  ouil.  (R.  d.  S.  S.  d. E. 
p.  43.  4.) 

Onhes,  unices,  onques,  unques,  unches^  unc^  onc. 
Cet  adverbe,   dérivé   du   latin   unquam^    signifie  jamais.     Il 
s'est   conservé    jusqu'à   nos  jours   (onc,    onques   ou   oncques); 
cependant  il  a  vieiÛi  et  on  n'oserait  guère  l'emploj^er  que  dans 
le  style  marotique  et  dans  la  poésie  badine. 

Mule  cose  non  la  povret  omque^  pleier.     (Eul.  v.  9.) 
Mais  ki  conuit  otilces  lo  sen  nostre  Signer,  ou  ki  fut  onTces  ses 
consilliers?     (S.  d.  S.  B.  p.  522.) 

Et  li  alquant  sunt  ki  les  Mens  de  ceste  vie  aiment,  mais  unices 
n'i  parvinent.     (M.  s.  J.  p.  510.) 

Une  ne  dotai  chastel  plus  k'un  mulon  de  fain.    (R.  d.  R.  v.  1247.) 
La  sajette  Jonathas,  fist  David,  unches  ariere  ne  turnad  e  la  spee 
Saul  en  vain  al  fuerre  ne  repairad.     (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  123.) 

Yoy.  unches,  Th.  Cantb.  p.  79,  v.  30;  Ch.  d.  E.  p.  25,  57.  etc.  ; 
on/ces,  t.  I,  p.  278,  1.  16;  onques,  t.  I,  p.  103,  1.  6.  9.  24;  p.  279, 
1.  1  ;  t.  II,  p.  311,  1.  25  ;  unques,  t.  I,  p.  104,  1.  21  ;  p.  285,  1.  19; 
one,  t.  n,  p.  96,  1.  21  ;  etc.  etc. 

L'ancienne  langue  avait  aussi  nonques,  dérivé  de  nunquam; 
mais  les  exemples  en  sont  rares.  Nunquam ,  dans  les  Serments  ; 
nonque,  Eul.  v.  13. 

Remarquez  le  composé  avisunhes  ==  à  vis  (latin  vix)  unhes, 
à  peine. 

Et  por  ce  ke  la  humaine  pense,  par  com  grant  vertut  ke  unkes 
soit,  soi  ait  estendue,  conoist  avisunkes  poies  choses  des  deventrienes. 
(M.  s.  J.  p.  488.) 

Et  ke  encor  plus  gries  chose  est,  quant  ge  turbleiz  des  granz 
fl-uez  sui  porteiz,  avisonkes  pois  ge  ja  veoir  lo  port  cui  je  ai  laissiet. 
(Dial.  de  S.  Grég.  L) 

Ore,  ores,  or. 
Ore,     dérivé    de     hora,    signifiait    maintenant,    présentement, 
actuellement,  il  est  temps  de,  tantôt,  or. 

Se  trestoutes  les  gens  del  mont, 

Qui  onques  furent  et  or  sont.     (FI.  et.  Bl.  v.  1779.  80.) 

(1)  M.Hoffmann  de  Fallersleben  a  lu  omqi;  il  a  pris  pour  un  i  le  signe  d'abréviation 
qui  se  trouve  après  le  n.  V.  X3  de  la  même  cantilène,  il  faut  également  lire  nonque, 
au  lieu  de  nonqi. 


312  DE  l'adveiibe. 

Ne  vont,  ne  ore  ne  autres  feiz, 

Que  de  lui  vos  desfianceiz.    (Ben.  v.  9164.  5.) 

Or  de  bien  faire,  por  Diu  de  majesté.  (Fierabras  p.  168, c.  1.) 

S'or  estez  prouz ,  or  vos  arait  mestier.     (G.  d.  V.  v.  2293.) 

Or  est  assez,  li  dux  Hervis  a  dit. 

Or  aus  églises,  aus  chevaus,  aus  roncins.   (G.  1.  L.  I,  p.9) 

li  esters  est  si  perellos. 

Et  si  divers,  et  si  guiscos. 

Et  à  cascun  .de  tel  manière, 

(y ore  est  avant  et  ore  ariere  ; 

Or  est  desus,  ore  est  desos.     (P.  d.  B.  v.  3293-7.) 
Dans   l'exemple   suivant,   ^re    à   la   signification    de    notre 
prochain: 

Ma  dame,  si  vous  lo  encore 

Que  à  Chauvigni  jeudi  ore 

Aies  as  noches  liement.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2743  -  5.) 
D'on-es  en  altre,  à  altres^  signifiait  de  temps  à  autre. 

Tant  les  ont  aies  porsivant 

D'ores  à  aïtres  ataignant.     (Brut.  v.  8671.  2.) 

D'ores  en  altre  s'est  tornez.     (E.  d.  E.  v.  11010.) 
Ore  entrait  dans  la  composition  de  plusieurs  locutions ,  dont 
quelques-unes  nous  sont  restées. 
Lares ^  lors  (illa  hora),  lors,  alors. 
Lores  levad  li  reis  de  terre  ù  il  giseit.     (Q.  L.  d.  E.  II,  p.  160.) 

Quar  tôt  cil  qui  lores  moroient 

Sempres  à  infier  s'en  aloient.     (PMI.  M.  v.  10600.  1.) 
Et  lors  envoya  li  empereres  chevaliers  avant  pour  savoir  se  Lombart 
avoient  le  pont  desfait.     (H.  d.  Y.  509  ^) 

Dès  ore  (de  ex  hora),  dès  ore  mais  (de  ex  hora  magis),  ore 
mais^  avec  la  même  signification  que  dès  ore  mais,  d^ore  en 
avant  (de  hora  in  ab  ante),  dès  ore  en  avant  (de  ex  hora  in 
ab  ante) ,  dorénavant. 

Dès  ore  cumencet  le  plait  de  Guenelun.     (Ch.  d.  E.  p.  143.) 

Dès  ore  vous  dirai  ma  vie.     (FI.  et  Bl.  v.  2251.) 

Des  ore  mais  m'aures  à  compaignon 

As  colz  de  la  bataile.     (G.  d.  V.  v.  1646.  7.) 

Dès  or  mais  me  cuidoie  déduire  et  reposer 

Oiseler  an  rivière  et  an  forest  berser, 

Et  mon  cors  par  conseil  de  mires  délivrer: 

Or  m'estuet  derechief mon  corsrenoveler.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  129.) 

Diex,  qui  ensi  le  puet  bien  faii*e. 

Le  consaut!  qu'ele  ara  or  mais 

Asses  et  painnes  et  esmais.     (E.  d.  1.  V.  v.  1088-90.) 

Or  poons  nous  veoir  comment 

Il  enverra  d'ore  en  avant.    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2648,  9  ) 


313 

D'or  en  avant  el  grant  fer  de  ma  lance 

Est  vostre  mort  escrite  sans  faillance.     (R.  d.  C.  p.  71.) 

Y.  t.I,p.  389,  1.  7;  t.  n,  p.  15,1.  17. 
De  ore  et  de  ams ,  on  avait  formé  oraïns ,   orain% ,    or  ans ,  il 
y  a  peu  de  temps,  tout  à  l'heure,  naguère. 
Sire ,  fait  cil ,  dont  aies  prendre 
Les  armes  d'un  mort  chevalier 
Qui  là  gist  desous  cel  lorier, 

C'orains  al  assambler  occis.     (R.  d.  1.  V.  v.  4464-7.) 
Et  si  n'en  puis  mon  cuer  tenser 
Que  tous  jours  ne  pense  à  celi 
Qui  tant  me  pleut  et  abeli 

Orains  et  ier  et  cascun  jour.     (R.  d.  1.  M.  v.  1532-5.) 
Del  of&'e  que  feis  oranz  par  folestez, 

Or  vos  est  à  cest  point  molt  bien  guerredonez.    (Ch.  d.  S.  II,  175.) 
V.  or  ans  ^  G",  d.  Y.  v.  187;  orain%^  P.  d.  B.  v.  6626;    orains^ 
il).  V.  8505.  8566.  8590.  etc. 

Remarquez  enfin  or  endroit^  orend/roites  ^  maintenant,  à  cet 
instant ,  de  suite ,  justement.  Répété,  orendroit  s'employait  comme 
notre  tantôt  —  tantôt. 

Quar  qui  me  metroit  à  l'essai 
De  changier  ame  por  la  moie, 
Et  je  à  l'eslire  venoie, 
De  toz  cels  qui  orendroit  vivent  .  .  . 
Si  penroie  ainz  l'ame  de  lui  .  .  .     (Ruteb.  I,  p.  66.) 
Je  vos  promet  et  vos  afi, 
Se  vos  failliez  Dieu  orendroit, 
Qu'il  vos  faudra  au  fort  endroit.     (Ib.  I,  p.  118.) 
Ou  pren  t'espee  orendroit,  ci  m'ocis.    (R.  d.  C.  p.  204.) 
Et  dist  Primaut,  je  m'i  acort 

Qu'il  soient  venduz  orendroit.  (R.  d.  Ren.  t.  I,  p.  140.) 
Mais  oi'end/)'oites  vous  renomme 
Renommée  plus  que  nul  homme.     (R.  d.  M.  p.  56.) 
Famé  se  chainge  en  petit  d'eure: 
Orendroit  rit,  orendroit  plore. 

Or  chace,  or  fuit,  or  het,  or  aimme.     (Dol.  p.  186.) 
On  disait    en  petit   d^ore^    en   po  d^ore^    à  po  d^ore^    pour  en 
peu  de  temps  (brevi). 

Si  avint  il  qu'en  iMit  d'ore,     (Phil.  M.  v.  23564.) 
Mes  assez  en  po  d'ore  ot  son  conte  desfait.  (Ch.  d.  S.  I,p.  237.) 
Mainte  tante  i  ot  lors  à  j}0  d'ore  fichie.     (Ib.  II,  p.  47.) 
Pour  exprimer  l'dée  du  présent,   Montaigne  se   servait   de 
la  composition  asture  =  à  cette  heure. 

Moi  asture,  et  moi  tantost,  sommes  bien  deux;  mais  quand  meil- 
leur, je  n'en  puis  rien  dire.    (Montaigne.  Essais  III,  9.) 


314 

l*ar^  per. 
Cette  particule  n'est   que  la  préposition  par   (v.  plus  bas); 
elle  servait  à  ajouter  à  la  signification  des  mots  auxquels  elle 
était  jointe  ou  à  donner  plus  de  force  à  l'idée   exprimée  dans 
la  phrase. 

Oncles ,  dist  il ,  com  tu  par  ies  gontis.     (Romv.  p.  236.) 
Quant  la  roïne  a  ce  veu 
Que  par  ce  nel  a  deceu 
Dont  par  est  ele  trop  dolente.     (Dol.  p.  177.) 
Ansi  par  estoit  parvertis, 
Maint  preudome  ait  à  tort  tueit.     (Ib.  p.  233.) 
Eichars  de  Normendie,  qi  tant  par  est  prodom.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  90.) 
Si  très  par  ert  grant  lor  esmais.     (Ben.  v.  38304.) 

Mult  par  est  proz  Pinabel  de  Sorence.    (Ch.  d.  E.  p.  151.) 
Trop  par  porreit  granz  mais  venir 
Par  délivrer  vos,  ce  vei  bien.     (Ben.  v.  16709.  10.) 
Poc^  pau^  poi^  po  ^  pou^  pouc  ^  peu. 
Toutes  ces  formes  dérivent  de  paucus  et  signifient  peu.    Pour 
l'explication  des  permutations  qu'éprouva  pauc^  v.  avoir.,  savoir^ 
pouvoir^  parfait  défini. 

Et  por   ceu  k'il  legiers  est   et  petiz  ne  fait  mies  poc  à  preisier. 
(S.  d.  S.  B.  p.  549.) 

De  ce  est  ke  un  pau  après  siut.     (M.  s.  J.  p.  480.) 

Mais  il  en  eut  pau  de  déduit.     (E.  d.  1.  M.  v.  4076.) 
Soris  ki  n'a  c'un  trau  poi  dure.     (L.  d'I.  p.  19.) 
MichaeUs  oï  qu'il  estoient  à  si  pou  de  gent  en  la  terre.   (ViUeh.  471  '".) 
Et  pouc  lor  soit  du  blâme  de  la  gent.     (W.  A.  L.  p.  62.) 
Cfr.  gaires^  petit. 

On  trouve  quelquefois  peu  employé  comme  adjectif. 
Veit  sa  jent  est  morte  e  vencue 
E  mult  est  mais  poie  s'ajue.     (Ben.  v.  16386.  7.) 
Y.  t.  II,  p.  311,1.  31. 

A  poi  y  par  un  poi.,  par  poi,  por  poi.,    signifiaient  à  peu  de 
chose  près,  peu  s'en  faut,  presque. 

Qant  ne  la  voi  à  po  ne  deve.     (Trist.  I,  p.  219.) 
E  à  bien  poi  tote  perdue.     (E.  d.  E.  v.  497.) 
Qant  l'antant  Baudoins,  per 2?o  n'est  anragiez.    (Ch.  d.  S.  II,  p.  17.) 
Et  vos  ai  par  .i.  po  à  terre  crevante.     (Ib.  Il,  p.  34.) 
Même  locution  avec  petit: 

Par  À.  petit  nel  a  à  la  terre  verse.     (Ib.  H,  p.  33.) 
y.  petit. 

En  poi  de  terme ,    en   peu   de    temps.  —    En  si  peu  de  jour 
(R.  d.  1.  M.  V.  806)  avec  la  même  signification  que  en  si  poi  d'ore. 
Remarquez  enfin  cum  pau  he  soit,  tant  peu  que  ce  soit. 


DE  l'adverbe.  315 

Se  il,  cum  pau  Jce  soit,  ne  vivoient  à  lui  (al  inunde)  senz  failhe, 
il  nés  amaist  mie  à  son  oes.     (M.  s.  J.  p.  465.) 

Cfr.  petit  ^  où  il  y  a  des  exemples  de  pol  en  opposition  avec 
ffrant. 

Petit  —   Grant. 

Dans  les  articles  précédents,  on  a  vu  le  mot  petit  remplacer 
l'adverbe  feu^  dont  il  avait  la  signification.  Il  s'agit  maintenant 
d'indiquer  son  origine.  Quelques  lexicographes  ont  dérivé  petit 
de  petilus.  La  terminaison  iîus  prouve  de  prime  abord  la  faus- 
seté de  cette  interprétation.  M.  Diez  propose,  comme  racine 
&é  petite  ^^petitum^  Erbetenes,  Bettel,  Kleinigkeit."  C'est  là  une 
étymologie  sans  le  moindre  fondement.  D'autres  enfin  ont  essayé 
de  rattacher  fetit  à  la  racine  peth,  qui  est  celle  de  notre  mot 
'pièce  (v.  plus  bas);  mais  ils  n'ont  pas  pris  en  considération  un 
grand  nombre  de  formes  soit  de  la  langue  d'oïl  et  de  ses  divers 
rameaux,  soit  des  autres  langues  romanes;  formes  qui  ont  une 
étroite  liaison  avec  petit  et  dont  la  voyelle  radicale  i  ne  permet 
pas  d'admettre  une  racine  en  e  radical.  La  racine  de  petit  se 
trouve  dans  le  kymri  pid^  pointe.  Ainsi  l'idée  primitive  des 
mots  de  cette  famille  a  été  celle  de  quelque  chose  de  grêle  ^  de 
menu^  à^ effilé.  Les  exemples  suivants  prouvent,  entre  autres,  la 
justesse  de  cette  interprétation,  soit  quant  à  la  forme,  soit 
quant  au  sens.  Provençal  pitar ^  becqueter;  ancien  français 
apiter^  toucher  de  la  pointe  des  doigts;  pite,  espèce  de  petite 
monnaie;  ancien  italien  pitetto^  petit;  wallon  piti,  petit;  vieux 
français  ^^^m^,  très  petit,  chétif;  vil;  etc.  Mais,  m'objectera - 
t-on  sans  doute,  qu'est-ce  que  la  terminaison  it?  Le  français 
ne  connaît  pas  de  diminutifs  en  it.  On  a  écrit  petit  au  lieu  de 
petet ,  par  euphonie  ;  comme  les  italiens  disent  aujourd'hui  petitto^ 
tandis  que  l'ancienne  forme  était  pitetto.  Cfr.  encore  le  dimi- 
nutif petitet.,  qui  régulièrement  aurait  été  petetet^  forme  insup- 
portable à  l'oreille. 

Grant ^  dérivé  de  grandis.^  s'employait  comme  adverbe  avec 
la  signification  de  leaucoup. 

Curuz  de  rei  n'est  pas  gius  de  petit  enfant: 

Qu'il  comence  à  hair,  seit  pur  pui  u  pur  grant, 

Ja  mais  nel  amera  en  trestut  sun  vivant.     (Th.  Gtb.  p.  19,  v.  16  -  8.) 

A  la  parfin  se  porpensa 

Que  son  conpere  proiera 

Que  por  Dieu  li  doint,  s'il  conmande, 

Ou  poi  ou  grant  de  sa  viande.     (R.  d.  Een.  I,  p.  37.) 

Quer  me  dites  que  je  ferai. 

Se  petit  ou  moût  mengerai.    (Çhast.  XXII,  v.  269.  70.) 


316 


Petit  redotent  Saisne  et  lor  ruste  fierté.   (Ch.  cl.  S.  1,  p.  247.) 

S'est  si  povres  com  dites,  laissiez  li  gaaignier; 

Quar  de  petit  de  chose  se  porra  acointier.     (Ib.  II,  p.  10.) 

Del  colp  fu  si  Bernecons  esperdus. 

Parmi  la  boche  li  est  li  sans  oorus: 

Por  .i.  petit  ne  chei  estendus.     (R.  d.  C.  p.  175.) 
Cfr.  ore,  poc. 
Le  diminutif  petitet  signifiait  un  peu^  fort  peu^  très  peu. 

Ne  demora  d'Un  petitet.    (Trist.  I,  p.  75.) 

De  la  dame  vos  voldrai  dire 

Un  petitet  de  sa  beauté.     (Fabl.  et  C.  IV,  p.  408.) 


Pièce  —  Pieça,  piecha^  —  Pose. 
J'ai  dit,  dans  l'article  précédent,  que  pièce  était  d'origine 
celtique,  et  j'ai  indiqué  le  kymri  peth  comme  sa  racine.  De 
peth.^  fragment,  morceau  (breton  ^^z^  pec'K)^  la  basse  latinité  fit 
petia.,  petius,  petium^  et  c'est  de  ces  formes  en  ti  (==  ci)  que  les 
langues  romanes  dérivèrent  les  leurs.  Les  mots  rapiécer^  rapie- 
ceter  (Imâ.  repeciatus,  peciatus),  se  rapportent  à  la  même 
racine^.  Pièce ^  une  pièce  se  disait  pour  quelque  temps  On 
employait  encore  dans  le  même  sens:  grant  pièce ^  bonne  pièce., 
une  pièce  de  tens.  Piega  et  la  forme  picarde  piechay  ne  sont 
rien  que  pièce  a^  pieche  a  =  il  j  ^  longtemps.  On  dit  encore, 
dans  le  langage  du  peuple:  Il  y  a  un  bout  de  temps,  un  bon 
bout  de  temps.  Pose,  dérivé  de  pausa,  signifiait  longtemps  et 
s'employait  de  la  même  manière  que  pièce. 

Tu  as  pièce  le  roi  hai. 

Que  me  donra  se  jol  ocis  ?     (Brut.  v.  8449.  50.) 

De  juste  cel  pui  avaient, 

Une  pièce  suis  i  estent, 

Mult  s'esmerveilla  où  il  fu.    (M.  d.  F.  II,  p.  461.) 

Quant  li  rois  ot  unepieclie  demene  son  duel.  (Phil.  M.  I,  p.  472.) 

Si  vint  en  France  et  en  Bretaingne: 

Grant  pièce  i  a  este  chierie.     (Ruteb.  I,  p.  106.) 

Une  grant  pièce  fu  ensi.     (L.  d.  M.  p.  44.) 

D'une  grant  pièce  après  n'i  fu  .i.  mbz  sonez.  (Ch.  d.  S.  Il,  p.  39.) 
E  eust  dure  li  debas  par  aucune  pieche  te  tens.   (1281.  Rym.  1, 2,  p.  193.) 
Cfr.:  Veir  avez  dit,  leissuns  ensi 

Cum  il  a  este  grant  tens  a  .  .  .     (M.  d.  F.  fab.  6.) 

Nos  te  volum,  funt  il,  mustrer 

Que  ne  nos  as  tu  reconte 

Iceo  que  Charles  t'a  mande 

(1)  Piza ," piça ,   dans  Tristan;    souvent  picsa,    durant  la  seconde  moitié  du  XIIIc 
siècle.    V.  Ruteb.  I,  p.  42. 

(2)  Rapetasser  a  une  origine  latine;  il  dérive  de  pittacium,  Imâ.  pitacium. 


DE  l'adverbe.  317 

Pieca  par  dous  sons  chevaliers.     (Ben.  v.  7505  -  8.) 

Et  cil  qui  l'ont  reconneu 

Qui  piecha  nel  orent  veu, 

Sont  molt  joiant  quant  il  le  voient, 

Que  piecha  veu  nel  avoient.     (R.  d.  1.  V.  v.  6084-7.) 
Pïeee  avec  un  temps  passé,  au  lieu  du  présent. 

A  lendemain  cou  raconta 

Al  roi  Popin  kil  ascouta. 

Et  si  n'i  ot  estet  pièce  ot.    (PMI.  M.  v.  2246  -  8.) 
On  disait  encore  à  pièce '^,  en  pièce  ^  en  grant  pièce. 

Ains  ne  veistes  plus  plaisant  .  .  . 

Ne  ne  verres,  cequit,  en  pièces.  (R.  d.  C.  d.C.v.  1117.  8.) 

Si  grant  peur  a  et  si  grant  ire 

A  au  cuer  qu'en  grant  pièce  dire 

Ne  li  puet  çou  qu'au  cuer  li  gist.    (R.d.l.M.v.4185-7.) 
De  pièce  =  de  longtemps  ;  de  pieqa ,  depuis  longtemps. 

Ne  poeit  Fom  le  jor  choisir. 

Ne  ne  fit  l'om  de  pièce  puis.     (Ben.  v.  25015.  6.) 

Bien  sai  que  ceste  destinée 

Me  fu  vouée  de  piecha.    (R.  d.  1.  Y.  1102.  3  ) 

A  chef  de  pièce  signifiait  à  la  fin. 

Al  chief  de  pièce  veit  l'escrit.     (M.  d.  F.  I,  p.  344.) 
Lungement  i  eut  sejome, 
E  Fi-ance  pose  en  paiz  este. 
Quant  Rou  à  Roem  ariva.     (R.  d.  R.  v.  745-7.) 
El  sarkeu  unt  li  cors  porte, 
K'il  ot  grant  pose  ainz  apreste.     (Ib.  v.  5919.  20.) 
Bretun  remestrent  deshaitie. 
De  grant  pose  ne  furent  lie.     (Ib.  v.  6923.  4.) 
Et,  comme  pour  pièce ^  pose  <?,  contracté  en  posa. 
Des  custoumes  lur  ad  maunde, 
E  que  encrist  l'ad  trove 

Pose  ad  de  Roume.     (Ben.  t.  3,  p.  623.) 
En  France,  à  mun  realme,  m'en  estut  retumer; 
Posât  que  jo  n'i  fui,  si  ai  mult  demurret, 
E  ne  set  mis  barnages  quel  part  jo  sui  turnet.    (Charl.  p.  9.) 
Pis  (pejus). 
Je  n'ai  à  faire  remarquer   que  la  forme  peix^   dont  on   se 
servait  dans  le  Comté  de  Bourgogne  et  les  provinces   voisines, 
durant  la  seconde  moitié  du  Xm*'  siècle. 

Dans  l'ancienne   langue,   comme   aujourd'hui,  la  forme   du 
superlatif   s'employait   substantivement  avec  le   sens  d'un  sub- 

(1)  On  trouve,  dans  P.  d.  B.  v.  313,  un  à  pièces,  qui  paraît  signifier  à  pcc7u'. 
D'où  vient  alors  pihces?  Si  la  signification  péché  est  exacte,  ne  vaudrait -il  pas  mieux 
lire  à  pecîes,  forme  de  notre  mot  péché  dans  rDe- de -France? 


3l8  DE  l'ad\t:rbé. 

stantif  abstrait  (neutre),  et  les  adverbes  'pis  et  mieux   (voy.   ce 
mot)  se  mettaient  déjà  pour  pire  et  meilleur. 

Si  mal  fu  ains,  or  est  mult  jÀs.     (Brut.  v.  1945.) 
Por  ce  ai  par  moi  un  consel  pris, 
TJ  face  miols,  u  face  <pis.     (R.  d.  1.  V.  v.  2871.  2.) 
.  .  .  Dame,  se  esties  morte 

Li  affaires  en  vanroit  'pis.    (E.  d.  C.  d.  C.  v.  2740.  1.) 
Vis  fist  que  devant  fet  n'avoit, 
Quar  du  pis  fist  qn'ele  savoit.     (Ruteb.  Il,  p.  112.) 
Noz  .  .  .  lour  devons  cbescun  an  .  .  .  cent  et  trois  livres  de  tele 
menoie  come  il  corra  communaiment  en  l'arcevescliee  de  Besançon ,  soit 
qu'elle  vaille  peix  que  telle  que  court   au  joui*  de   hui,   soit  que  elle 
vaiUe  muelz.    (1301.  M.  et  D.  p.  467.) 

On  voit  par  ces  exemples  que  pis   s'employait  quelquefois 
où  nous  nous  servirions  de  moins. 

Plus. 
J*lu8j  qui  avait  la  variante  pluis  (t.  II,  p.  64,  1.  17;  p.  134, 
1.  2),  en  Champagne,  dans  la  seconde  moitié   du  XIII*   siècle, 
s'employait  très-souvent  pour  le  'plus. 

Gentis  rois,  dit  la  dame,  por  Deu  qi  maint  là  sus. 
Je  vos  commant  la  rien  el  monde  que  j'aim  plus. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  85.) 
Molière,  Racine,  Bossuet  ne  se  faisaient  encore  aucun  scru- 
pule de  dire  plus  poiu-  le  plus. 

Je  rappellerai  ici  l'expression  satis  plus,   où   plus   doit  être 
considéré  comme   une    espèce  de    substantive  neutre,   fonction 
que  ce  mot  a  quelquefois.     Sans  plus,  dont  nous  nous  servons 
pour  indiquer  l'exclusion  d'un  plus  quantitatif,  s'employait,  dans 
l'ancienne  langue,  pour  l'exclusion   de  toute  extension  quanti- 
tative et  de  toute  gradation  qualitative. 
Cuer  et  cors  doi  avoir  sousfrant 
De  çou  sans  plus  c'osai  coisir 
Amer  en  si  haut  lieu  vaillant.     (Romv.  p.  275.) 
Or  savoient  ices  noveles 

.liij.  sanz  plus  de  ses  damoiseles.     (Ruteb.  Il,  p.  171.) 
Ses  compaignes  furent  batues 
Sanz  plus  de  chemises  vestues 
Por  le  demorer  qu'eles  firent 
Puis  que  son  messagier  oïrent.     (Ib.  p.  180.) 
Por  oc,  poruee,  porvec .,  puroc,  pourvouec,  por  eue,  pruec,  proec, 
pruech:  pour  cela,  donc. 
Cet  adverbe    est  un   composé  du  pronom  o,    oc  dérivé   du 
latin  hoc^  et  de  la  préposition  ^or.     Le  pronom  o  =  ce.,  cela,  se 
lit  dans  les  Serments:  in  o  quid;  et  on  le  retrouve  encore  fort 


► 


î)E  l'advekbê.  âtÔ 

tard  non  -  composé  dans  les  chartes  de  quelques  provinces  :  s'il 
0  fasset  (Coût,  de  Berry,  p.  99.  Ed.  Thaumassière).  La  Canti- 
lène  sur  Ste.  Eulalie  a  poro  (v.  11  et  20),  forme  que  porte  aussi 
le  Fragment  de  Yalenciennes  :  E  poro  si  vos  avient  (1.  27  v"*). 
La  finale  uec  pour  oc  est  une  diphthongaison  de  l'o^,  et  les 
formes  pruec^  proec ,  pruech  représentent  une  contraction  de 
poruec. 

Poroc,  poruec,  etc.  peut  quelquefois  remplir  le  rôle  d'une 
conjonction,  de  même  que  por  ce.  (Y.  la  Conjonction  par  ce 
que.)  Souvent  il  était  suivi  de  que  et  signifiait  pour  que, 
pourvu  que. 

En  la  demonstrance  de  si  mervilhous  signe,  avec  la  foid  de  la 
femme  soi  assemblât  la  vertuz  del  un  et  del  alti-e,  etporvec  aesme  ge 
ke  Libertins  pot  cez  choses.     (S.  Grég.  Dial.  I.) 

Pm'vec  soies  sonious ,  ke  tu  ne  soies  feruz  del  serpent.  (Ib.  fol.  113.  v**.) 

Sains  om  fu  et  de  bone  vie  .  .  . 

poi'uec  en  fu 

Li  rois  dolans  quant  il  moru.     (Phil.  M.  v.  2806.  8.  9.) 

Dist  li  rois,  com  t'as  grant  envie 

Sour  ce  chaitif  où  jou  t'envie 

Que  tu  le  me  voises  pourhuec.    (E.  d.  Een.  lY,  71.) 

Où  vas,  dist  il?    Esta  ileuc. 

Por  qoi,  fait  il?    Pai'  foi  poreuc.     (Ib.  I,  p.  261.) 

Proec  que^  fins  cuers  qui  bet  à  haut  hounour 

Ne  se  porroit  de  tel  cose  desfendre, 

Pour  ce,  dame,  ne  m'en  deves  reprendre.  (Eomv. p. 258.) 

Car  il  novise  sont  dou  fait. 

Non  mie  pruech  ^^.'ensi  ne  vait 

Que  teus  se  melle  de  Eenart 

Qui  n'en  siet  ....    (E.  d.  Een.  lY,  p.  115.) 

Et  celé  qui  m'iert  à  corage, 

Pruec  qu'ele  soit  de  haut  parage, 

S'iert  ma  famé  et  jou  ses  maris.     (Poit.  p.  53.) 
Cfr.  neporoc,  conjonction. 

Pues,  puis,  poiz,  pois^ 
dérive  de  post.     Cet  adverbe  signifiait  puis^  après.     (Y.  prépos. 
et  conj.) 

A  qui  l'om  fist  puis  meinte  gerre.     (Ben.  v.  24929.) 
Maint  gentil  homme  iQTnd.  puis  à  pesance.    (E.d.  C.p.33.) 
Pois  l'arche  sur  le  char  aseez.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  21.) 

(1)  Les  poètes  faisaient  ordinairement  hic  et  hoc  (nominatif  et  accusatif)  longs. 
Cela  semble  contredire  la  règle  do  la  diphthongaison  que  j'ai  établie  (t.  I,  p.  25); 
cependant  hic  et  hoc  sont  brefs  par  eux  -  mêmes ,  et  il  est  probable  que  le  peuple  avait 
conservé  cette  prononciation.     (V.  Schneider,  p.  666  et  suiv.) 

(iJ)  Le  texte  porte  pro  et  que,  ce  qui  ne  donne  aucun  sens, 


320  DE  l'ad\t:rbe. 

Quant  Beatris  lou  voit  son  cuer  ait  rehaitie; 

Pues  li  ait  son  voloir  et  son  boen  enchairgie.    (W.A.L.p.3.4.) 

jFVo,  'prou^  pru,  preu^  prod^  prcmt. 
Ces  formes  sont  celles  d'un  adverbe  répondant  au  latin  satis  ; 
il  avait  les  significations:  assez ^  suffisamment^  heaucoup,  abon- 
damment. Quelle  est  l'origine  de  pro^  prou.,  etc.?  Avant  de 
répondre  à  cette  question,  je  dois  faire  observer  qu'il  se  trouve, 
dans  l'ancienne  langue,  un  substantif  dont  les  formes  étaient 
les  mêmes  que  celles  •  de  notre  adverbe ,  et  qu'on  a  quelquefois 
regardé  le  substantif  et  l'adverbe  comme  identiques  ;  qu'il  existe 
en  outre  un  adjectif  ^ro^^  prud,  prod.,  que  M.  Diez,  entre  autres, 
rapporte  à  la  racine  du  substantif  ^ro.  (Gram.  rom.  Il,  47,  note  2.) 
Yoyons  ce  qu'il  peut  y  avoir  de  vrai  dans  ces  diverses 
opinions. 

Le  substantif  pro^  prou^  etc.  signifiait  profit,  hénéfice.,  avan- 
tage ,  gain.  Je  pense  avec  M.  Diez  qu'il  dérive  de  la  particule 
latine  pro  employée  substantivement.  Les  formes  pro ,  pru ,  prou^ 
preu  s'adaptent  fort  bien  à  pro  ;  mais  comment  expliquer  le  d  et 
le  t  de  prod.,  prout?  Oserait -on  admettre  l'influence  du  latin 
prodesse?  Ou  bien  est-ce  simplement  une  finale  ajoutée  pour 
donner  au  mot  une  forme  substantive  plus  ordinaire?  L'in- 
fluence de  prodesse  me  paraît  plus  vraisemblable ,  l'addition  d'une 
finale  étant  contre  les  lois  générales  de  la  dérivation.  Quoi  qu'il 
en  soit,  les  formes  en  ^  et  c?  sont  les  primitives. 

A  nul  pro  ne  lui  puet  venir.     (Chast.  2«  trad.  XXII.) 

Plus  ala  li  soen  ^roî*  ke  li  vostre  querant.  (R.  d.  R.  v.  3412.) 

Aius  est  d'un  chevalier  si  preu 

Qu'en  maint  lieu  fist  d'armes  mnpreu.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  59. 60.) 

Li  est  avis  que  paiz  aquerre 

Al  pru  del  poeple  e  de  la  terre, 

Est  tut  le  mielz  qu'il  puissent  faire.     (Ben.  v.  3109-11.) 

Mais  mânes  ke  la  raisons  repairet  al  cuer,  mânes  soi  rapaisentet 

la  granz  noise,  et  alsi  com  anceles  soi  rapressent  taisieblement  à  lur 

Gomandeie  oevre ,  quant  les  penses  soi  atoment  à  alcun  prout.    (M.  s. 

J.  p.  496.) 

Ben  l'avez  fait,  mult  grant pro<^  i  avérez.  (Ch.d.  R.p.28.) 
Y.  encore  t.  I,  p.  156,  1.  21;  p.  173,  1.  10;  p.  238,  1.  19; 
p.  329,1.  16;  etc. 

L'adjectif  prot.,  prud,  prod  n'a  rien  de  commun  avec  le  sub- 
stantif pro.  C'est  faute  d'avoir  remarqué  la  forme  primitive  de 
cet  adjectif,  que  M.  Diez  a  été  induit  à  le  rapporter  à  la  racine 
pro;  il  écrit  pro.,  tandis  qu'il  faut  orthographier  prot  ou  pi'od^ 
comme  on  le  verra  tout  à  l'heure.  La  même  inadvertance  a 
fait  que  Raynouard  (Lex.  Rom.  t.  IV,  p.  659  s.  v.  pros)  s'est  cru 


DE    L'AmTîRBE.  321 

autorisé  à  dériver  prot  de  prohus.     Roquefort  a  rencontré  juste 
en  cherchant  l'origine  de  prot  dans  le  latin  prudens. 

L'adjectif  ^ro^,  prod  est^  dans  le  principe,  le  même  mot 
que  nous  retrouvons  en  comj)Osition  dans  prodhom;  c'est  de  la 
même  signification  de  prudem^  attribuée  au  prod  de  prodhom, 
que  l'on  est  parti  pour  l'adjectif  prot^  dont  nous  avons  fait  preux. 
Prudens^  qui  sait,  qui  connaît  —  qui  a  l'expérience  des  choses; 
de  là  prudent,  sensé,  sage,  utile,  capable,  brave,  généreux, 
vaillant;  —  voilà  à  peu  près  la  manière  dont  les  significations 
de  p^ot  ont  dû  se  développer. 

Comparons  maintenant  les  formes  de  prod  en  composition 
(t.  I,  p.  79),  à  celles  de  prot  {t  final  pour  ^,  en  Bourgogne  et 
en  Picardie),  prod  employé  seul. 

Qui  mult  ère  sage  e  proz.     (ViUeh.) 

Chascuns  dist  que  je  sui  si  proz 
Et  que  j'ai  tant  sens  et  savoir.     (R.  d.  Een.  I,  p.  206.) 
Saul  s'aperceut  que  pruz  fud  David  e  vaillanz  e  de  plus  l'eschiwid. 
(Q.  L.  d.  E.  I,  p.  71.) 

De  lor  seinnur  ke  moût  est  pruz.     (Ben.  t.  3.  p.  619.  c.  2.) 

On  n'a  pas  oublié  que  le  z  équivaut  à  ts  en  Bourgogne, 
à  ds  en  Normandie. 

Si  n'est  il  mes  nule  Lucrèce  .  .  . 

M  prode  famé  nule  en  terre.     (R.  de  la  Rose  v.  86.  95.) 

Pendant  la  seconde  moitié  du  XIII ^  siècle,  le  dialecte  picard 
fit  subir  à  prot  les  changements  ordinaires  dans  les  mots  de 
cette  espèce,  c'est-à-dire  que  le  t  ayant  disparu,  on  écrivit, 
par  analogie,  eu  au  lieu  de  o,  ou^  d'où  preu^  qui  nous  est 
resté. 

L'orthographe  preux  ^  que  nous  suivons,  provient  d'un  abus 
dont  j'ai  donné  l'explication  au  chapitre  des  substantifs;  et 
M.  Diez  (1.  c.)  a  tort  de  faire  remonter  l'origine  de  la  finale  x 
à  la  lettre  s  du  provençal  pros. 

Yoilà  pour  la  forme;  quant  à  la  signification,  voyez  encore 
Ch.  d.  R.  CCXXXYI,  v.  13  ;  III,  v.  3;  CCXXII,  v.  2;  etc. 

Ces  comparaisons  prouvent,  je  crois,  l'identité  de  prod  en 
composition  et  de  prot,  prod ,  employé  seul.  Or  il  n'y  a  aucun 
doute  à  élever  contre  la  dérivation  p^^od  de  prudents;  forme  et 
signification  sont  en  parfait  accord. 

On  m'objectera  sans  doute  avec  M.  Diez  (1.  c.)  que  les  formes 
provençales  pro ,  pros  ==  preux ,  sont  contraires  à  la  dérivation 
défendue  par  moi.  Comment  cela?  D'abord,  ce  que  ne  dit  pas 
M.  Diez,  on  trouve,  aujourd'hui  encore,  l'orthographe  proz  (z  =  d). 
La   variante  pro  peut   dériver   directement   de  prody   prot  par 

B  ur  g  11  y,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.    T.  II.    Éd.  III.  21 


322  DE  l'adverbe. 

l'apocope  du  d  ou.  t  final  ;  ou  bien  ;  ce  cpii  est  plus  vraisemblable, 
le  z  (=  d)  de  proz,  étant  tombé  devant  le  s  de  flexion,  on  a 
formé  le  nouveau  radical  pro  aux  cas  obliques.  Quant  au  ^ro#, 
indéclinable ,  la  finale  s  y  représente  bien  moins  le  s  de  flexion 
qu'un  souvenir  du  z  =  d  radical ,  qui  avait  été  retranché  pour 
la  facilité  de  la  prononciation. 

Le  féminin  italien  prode  nous  reporte  également  à  un 
masculin  en  d  final.  En  comparant  cette  forme  à  celles  de  la 
langue  d'oïl,  on  voit  de  prime  abord  que  M.  Diez  a  eu  tort 
de  la  regarder  comme  irrégulière,  en  tant  que  le  d  y  serait 
intercalaire.  Apocopée  au  masculin,  l'euphonie  exigeait  qu'on 
conservât  cette  finale  au  féminin. 

Je  ferai  observer  en  passant  que  notre  prude  n'est  autre 
chose  que  la  forme  normande  pour  prode,  dont  la  signification 
primitive  était  sa^e,  vertueuse,  pudique. 

Les  formes  adverbiales:  provençal  prozamen^  italien  prode- 
mente,  langue  d'oïl  prozement^  ajoutent  une  nouvelle  preuve  à 
la  déduction  précédente.  A  côté  de  prozamen^  prozement  ou 
prosement^  on  a,  il  est  vrai,  proosamen,  proosement  ou  prouse- 
ment.,  qui  ne  s'adaptent  pas,  à  cause  du  redoublement  de  la 
voyeUe  o,  aux  formes  adjectives  citées.  Mais  ne  serait- il  pas 
permis  d'expliquer  ou,  oo,  par  un  souvenir  du  latin  providens, 
providenter  ? 

Venons  enfin  à  notre  adverbe  pro.  Les  formes  prod,  proid 
ne  permettent  pas  de  le  dériver  de  proie  ^  comme  quelques 
philologues  l'ont  proposé,  bien  que,  pour  le  sens,  rien  ne 
s'oppose  à  cette  étymologie.  Et  puis,  pourquoi  chercher  au 
loin  ce  qu'on  a  sous  la  main?  La  langue  d'oïl  et  toutes  les 
langues  romanes  fournissent  assez  d'exemples  d'un  substantif 
emplyoyé  adverbialement,  et  rien  ne  s'oppose  à  admettre  l'identité 
de  pro  substantif  et  de  pro  adverbe.  Formes  et  signification 
concordent  on  ne  i^eut  mieux  ^. 

Quant  la  parole  ont  pru  dure.    (Ben.  I,  v.  1945.) 
Grant  joie  li  fait  li  pomiers 
Qu'il  a  trove  si  faitement 

Assez  en  quit  e  pro  en  prent.     (Ib.  v.  25347-9.) 
Ne  s'en  saveit  pas  pro  aidier.     (Ib.  v.  36934.) 
Li  bons  osbercs  ne  li  est  guarant  prod.     (Ch.  d.  R.  p.  50.) 
Ki  tant  ne  set  nel  ad  prod  entendut.     (Ib.  p.  81.) 
Cfr.  le  Dictionnaire  de  l'Académie  s.  v.  prou. 

(1)  Le  provençal  pro  =  prou  est  aussi  identique  avec  le  substantif:  le  catalan 
prou,  au  contraire,  peut  dériver  de  probe  (u  =  b).  (V.  Eavn.  Lex.  rom  s.  v.  pro. 
IV,  64.) 


323 

Quant:  quand. 
Quant  ^  dérive  du  latin  quando^  s'écrivait  généralement  par 
lin  t  final;  cependant  quelques  textes  qui  favorisent  la  lettre  d, 
les  M.  s.  J.  p.  ex.,  donnent  aussi  l'orthographe  quand. 

Quant  jure  l'auras  et  promis.     (E.  d.  M.  p.  47.) 
Qant  vos  poes  si  revenes.     (R.  d.  M.  d'A.  p.  9.) 
Quand  la  terre  des  païens  est  ramembreie.     (M.  s.  J.  p.  441.) 

Quant  s'employait  quelquefois  dans  le  sens  du  latin  quon- 
iam,  quia. 

Quant  il  est  vostre  huem  liges,  il  \n.is  deit  fei  porter, 

E  tenir  en  tuz  lius  vostre  honur  e  guarder.   (Th.  Cantb.  p.  27.  v.  26. 7.) 

Randon. 

Randon^  force,  violence,  impétuosité;  randonee^  impétuosité; 
randoner,  courir,  s'empresser,  aller  avec  impétuosité,  prendre 
un  violent  élan  sur  quelque  chose,  pousser  vivement;  randir, 
s'approcher,  s'avancer  avec  impétuosité,  presser  vivement.  On 
a  voulu  dériver  randon^  etc.  de  l'allemand  remien .,  mais  le  d  étant 
organique  et  non  intercalaire,  cette  dérivation  est  tout  à  fait 
impossible.  D'autres  ont  considéré  la  lettre  n  comme  inter- 
calaire et,  selon  eux,  randon  appartient  à  la  même  famille  que 
le  vieux  français  rade.  Rade^  se  rapporterait  ou  à  la  racine 
germanique  hrad  dont  dépendent,  dans  divers  dialectes,  des 
formes  adjectives  et  adverbiales  qui  expriment  l'idée  de  rapidité., 
agilité;  —  ou  à  la  racine  celtique  gradh  :  gallois  grad  =  subitus, 
festinus;  irabundus;  graide^  celeritas,  etc.  Cette  racine  est  très- 
étendue  dans  les  langues  celtiques,  mais  randon  ne  s'y  rapporte 
pas^.     La  lettre  n  n'est  pas  plus  intercalaire  que  le  d. 

Randon  est  un  dérivé  du  v.h.-all.  rand,  rant,  bord,  extrémité 
(islandais  raund,  rond^  ancien  norois  rond).  De  rand^  les  pro- 
vençaux firent  randa  =  bord  d'une  chose ,  qui  n'a  pas  été  admis 
dans  la  langue  d'oïl,  et  de  randa.,  la  locution  a  randa:  près, 
entièrement,  violemment,  d'une  manière  pressante.  Toutes  ces 
significations  découlent  facilement  de  la  primitive,  et  je  les 
signale  pour  l'explication  de  celles  des  dérivés  français  de  rand. 
Le  premier  dérivé  immédiat  de  rand.,  pour  la  langue  d'oïl,  est, 
d'un  côté ,  randir  (cfr.  le  bas  -  saxon  anranden ,  atteindre  à  qqch., 
s'étendre  jusqu'à  qqch.)  et,  de  l'autre,  randon  avec  les  dérivés 
randoner  ^  randonee. 

(1)  M.  Diez  dérive  rade  de  rapîdus.  Il  a  raison  de  remonter  au  latin:  mais  il 
aurait  dû  dériver  de  rahidus,  comme  le  prouve  le  mot  espagnol  raudo  (u==b),  qui 
équivaut  à  notre  rade.  Du  reste ,  pour  le  sens ,  rahidus  convient  aussi  mieux ,  rade 
signifiant  impétueux,  fougueux. 

21* 


324 

Partonopeus  la  vait  ferir 
Quanque  cevals  li  \met  randir, 
Et  li  soclans  vait  ferir  lui.    (P.  d.  B.  v.  8051-3.) 
Randon  servait  à  former    les  locutions   adverbiales:    de  et  à 

randon^    avec   force    et    violence,    impétueusement,    rapidement, 

soudainement  —  de  et  a  grant  randon  —  de  tel  randon. 
Va  s'ent  Ogiers  à  coite  d'esperons, 

Sus  Broiefort  qui  li  cort  de  randon.     (0.  d.D.  v.  6440.1.) 
Sor  les  estriers  s'afiche  de  randon.    (G.  d.  V.  v.  1573.) 
Le  Franceiz  point  de  grant  radon.     (E.  d.  E.  v.  9194.) 
Le  sanc  li  saut  à  grant  randon.     (E.  d.  Een.  I,  p.  239.) 
Vers  lui  en  vient  volant  de  tel  randon.   (Merabras  LY.  c.  2.) 
Yoj.   Eaudonee  (P.  d.  B.  v.  8048;    Ben.  t.  3,  p.  549;  R.  d.  C. 

p.  72;  etc.). 

Li  borgois  ont  la  grant  cloche  sonee 
Et  la  petite  tôt  d'une  randonee.     (Ben.  I,  p.  529.  c.  2.) 
Randoner  (G.  d.  Y.  v.  8048;    Ben.  t.  3,  p.  543;    R.  d.  R.  v. 

3975;  R.  d.  Ren.  HI,  p.  99.  193;  etc.  etc.). 

Sempres  ^  sempre. 

Dérivé  de  semper ,  cet  adverbe  perdit  de  bonne  heure  sa 
signification  primitive  toujours^  pour  prendre  celle  de  aussitôt^ 
incontinent.,  sur-le-champ. 

M.  d'Orelli  cite  l'exemple  suivant,  où  seinpres  signifie  tou- 
jours: Sempres  ert  mol  com  pelice.     (Fabl.  et  C.  lY,  p.  390.) 

Tôt  afeltre  l'amaine  ci 

Sempres  à  le  lune  luisant.     (P.  d.  B.  v.  5530.  1.) 

Mais  au  desfendre  fu  ocis, 

Et  li  castiax  fust  sempre  pris.     (Brut.  v.  8981.  2.) 

Quant  pris  furent  li  serement, 

Sempres  maneis  tôt  eraument 

Apela  li  reis  ses  barons.     (Ben.  v.  17243-5.) 

Sempres  courut  la  renommée 

En  Yermendois  par  la  contrée.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  6966.  7.) 

Adubez  vus  :   sempres  avérez  bataiUe.     (Ch.  d.  E.  p.  121.) 

Senoc,  senuec^  etc.:    sans  cela. 

Cet  adverbe  est  un  composé  de  la  préposition  sens^  avant 
l'introduction  du  s  paragogique  (v.  la  préposition) ,  et  du  pronom 
0,  oc,  (v.  poroc?) 

Par  foi,  bien  estes  senuec 

Et  des  deniers  et  de  l'amie.     (Eab.  et  C.  I,  370.) 

Il  n'en  venra  raie  senoec 

Si  con  je  pens  et  adevin.     (Th.  Fr.  M.  A.  p.  192.) 


DE  l'adveebe.  325 

Tant, 
atant  —  itant.,  à  itant^  aitant  —  de  tant  —  par  tant  —  très- 
tant  —  entretant  —  aitant  —  altretant. 
Nous  avons  vu  tant  perdre  peu  à  peu  sa  forme  variable, 
pour  prendre  celle  qui  lui  est  restée  dans  la  langue  fixée  (voy. 
t.  I,  p.  191).  Tant  signifiait  tant,  autant,  beaucoup,  si,  telle- 
ment. Atant ^  signifiait  à  ce  point,  alors;  aussitôt,  à  présent. 
Atant  a  encore  été  employé  par  La  Fontaine  (Calendr.  des 
Yieillards).  Itant,  tant,  autant;  —  h  itant^  alors,  en  ce 
moment;  —  de  ta^it^  d'autant,  en  conséquence;  —  par  tant 
(per  tantum,  par  autant),  par  conséquent,  partant;  —  tr estant 
était  un  renforcement  de  tant;  —  entr étant  (inter  tantum) 
signifiait  pendant  ce  temps,  sur  ces  entrefaites;  —  aitant^ 
autant.^  d'abord  usité  avec  le  même  sens  que  son  primitif  tamt^ 
s'en  est  séparé  de  bonne  heure  poiu'  prendre  la  signification 
que  nous  lui  donnons  encore. 

Tant  li  promet,  tant  l'espoente, 

Tant  met  en  lui  traïi*  s' entente, 

Tant  l'a  par  losenge  encante, 

Toute  en  fera  sa  volente.     (P.  d.  B.  v.  4423  -  6.) 

La  douce  rienz  qui  tant  est  bien  aprise.    (C.d.  C.  d.  G.  p.  65.) 

E  il  pluveit  tant  fort  qu'il  ne  voleit  cesser.   (Th.  Cantb.  p.  32,  v.  28.) 

On  voit   par   ces   derniers   exemples,   et    on   a  déjà   pu  le 

remarquer   souvent,    que    l'emploi   de    tant.,    par   rapport    à   s% 

n'était  pas  réglé  comme  aujourd'hui. 

Quant  eles  entrent  el  mostier, 

Tôt  l'en  veissies  esclairier 

Tant  por  les  pieres,  tant  por  l'or, 

Tant  por  la  beauté  Melior.     (P.  d.  B.  v.  10723-6.) 
Eemarquez  la  réunion  de  tant  et  de  seulement: 

Nonpourquant  encor  gaitera 

Deus  nuis  ou  trois  tayit  seulement.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4419. 20.) 
Et  li  ai  promis  et  promet  foi  et  lealte  et  service  comme  à  ma  dame 
à  sa  vie  tant  seulement,  et  à  la  moie  .  .  .     (1276.  M.  s.  P.  II,  p.  601.) 
Cfr.  la  locution  conjonctive: 

Li  rois  i  est  venus  matin 

Et  Mares,  qui  nel  puet  amer; 

8€ul  tant  qu'il  le  voit  moult  li  coste.    (P.  d.  B.  v.  2893. 6. 7.) 
Seul  est  là  pour  seulement ,    emploi  très-fi'équent    dans  l'an- 
cienne langue: 

Sol  une  nuit  sont  en  un  leu.     (Trist.  I,  70.) 

Tant  com  plus  ==  d'autant  plus,  tant  plus: 
Tant  com  plus  près  du  port  serons, 
Plus  tost  ces  noveles  saurons.     (R.  d.  1.  M.  v.  4117.  8.) 


326  DE  l'ad\'eiibe. 

En   tant    de,    suivi    des    mots    tens,    ore^    s'employait   pour 
désigner  im  court  espace  de  temps: 

Unques  ne  quit  que  tante  lerme 
Fust  mais  en  tant  de  tens  ploree.     (Ben.  v.  27763.  4.) 
Derompent  sei  à  si  grant  fes 
Que  nule  genz  n'oïstes  mes 
En  tant  d'ure  si  maubaillie.     (Ib.  v.  28412-4.) 
Atant  une  arme  vint  al  lit.     (P.  d.  B.  v.  1121.) 
Moult  s'en  puet  bien  tenii-  atant.     (Ib.  v.  2970.) 
liant  savoni  bien  que  li  muuz 
Est  tuz  egaus  e  tuz  rounz.     (Ben.  I,  v.  29.  30.) 
Atant  uns  bom  lor  aparut 
Qui  en  la  nief  od  els  estut, 
Et  itant  at  à  els  parlie.     (St.  N.  v.  256-8.) 
E  li  dus  l'arena  e  poiz  li  dist  itant: 

Jo  ferai  volentiers  du  tut  vostre  cornant.     (R.  d.  E.  v.  2328.  9.) 
Mais  d'iiant  sui  esbabis.     (C  d.  C.  d.  C.  p.  49.) 
Samuel  ces  paroles  bien  escultad,   e  à  Deu  meisme  les  mustrad, 
ki  la  requeste  lur  otreiad  ;  e  Samuel  à  itant  les  cungead ,  puis  chascuns 
al  suen  turnad.     (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  28.) 

Sun  espirit  aitant  rend.     (Trist.  II,  p.  85.) 

Eist  tant  que  li  monz  touz  le  seut, 

Et  de  tant  plus  grant  joie  en  eut.     (E.  d.  S. G.  v.3841.  2.) 

E  que  plus  ert  malades,  de  tant  plus  l'anguissa. 

(Tb.  Cantb.  p.  15,  v.  18.) 
Par  tant  covient  ke  la  pense  soi  eUievet  ensi  de  sa  saineteit,  ke 
ele  soniousement  soi  abaisset  en  bumiliteit,   et  par  tant  cant  il  disoit 
del  saint  home  ke  il  à  un  test  raoit  la  purreture.     (M.  s.  J.  p.  450.) 

Mais  de  luxure  ont  par  tant  tuit  bonté,  ke  tuit  ensemble  conoissent 
que  ele  est  laide.    (Ib.  p.  507.) 

Se  le  truant  mentoit,  que  tr estant  le  batroient 
Que  jusques  à  un  an  les  costes  li  deudroient.   (Eoi  Guillaume  p.  187.) 
.lij.  jours  a  laiens  demeure. 

Entretant  le  lèvent  et  baingnent.     (E.  d.  1.  V.  v.  4987.  8.) 
As  Bretons  pais  et  trive  prisent, 
Entretant  à  Guermont  tramisent.     (Brut.  v.  13859.  60.) 
Et  se  vesques  muert  entretant^ 
Li  rois  a  tôt  le  remanant.     (Pbil.  M.  v.  1110.  1.) 
E  restore  aitant  chevaliers  cume  ocis  i  furent  de  ta  privée  maignee. 
(Q.  L.  d.  E.  m,  p.  326.) 

Hysboseth  dist  aitant  com  hom  de  confusion.     (M.  s.  J.  p.  444.) 
On  a  vu  altr étant  déclinable;  mais,  la  plupart  du  temps,  il 
s'employait  comme  adverbe.     (V.  t.  I,  p.  192.) 
Mais  li  Breton  s'entrorgillerent 
Et  sa  semonce  desdaignerent, 


DE  l'ad^t:rbe.  327 

Por  ce  q'altre  si  franc  estoient 
Et  altretant  ou  plus  avoient.     (Brut.  v.  9107  - 10.) 
En  tôt  li  mond  n'a  altretant 
De  si  fort  gent  ne  si  vaillant 
Corne  vos  estes  asemblez.    (R.  d.  E.  v.  12585-7.) 
Kemarquez  enfin  tant  ne  .  .  .  =  a  quel  point  que. 
.  .  .  Por  vostre  anel  que  je  portoie. 
Jamais  mère  tel  ne  donra 

A  son  fil:  tant  ne  l'amera.     (FI.  et  Bl.  v.  3228-30.) 
Je  porterai  ici  l'attention  sur  les  corrélatifs: 
Qztantes  fois  =  combien  de  fois. 
liantes  fois  =  tant  de  fois. 
A  savoir  nos  est  que  nos,  quant  la  Scriture  dist:   Tu,  Sire,  juges 
totes  choses  en  paiz,  tantes  foiz  nos  enforceons  de  repairier  à  la  sem- 
blance  de  nostre  faiteor,   quantes  foiz  nos  rastrendons   les  turbilhous 
movemenz  del  corage  desoz  la  vertut  de  mansuetudine.  (M.s.  J.p.513.) 
Tant  et  quant  ==-  peu  et  beaucoup  ;  de  toute  manière ,  de 

son  mieux; 
Ne  tant  ne  quant  =  ni  peu  ni  beaucoup ,  nullement ,  rien 
du  tout;  en  aucune  manière. 
E  se  il  vait  plain  pie  avant, 
U  pie,  u  pas,  u  tant  u  quant^ 
Aut  li  deables,  si  la  prenge 

Sainz  cuntredit  e  sainz  chalenge.     (R.  d.  R.  v.  5616-9.) 
Las  qui  bien  trente  anz  ai  este 
En  ce  reclus  en  povrete, 
Où  j'ai  Dieu  sei'vi  tant  et  quant, 
Onques  ne  me  fist  nul  semblant 
Qu'il  seust  que  je  fusse  nez.     (N.  Fab.  et  G.  II,  211.) 
Cfr.:  Et  cist  rois  Guiteclins  si  est  fiers  et  puissans, 
Plus  de  .XXX.  rois  a  desoz  lui  mescreans, 
Ne  poons  pas  à  lui  assambler  atanquans: 
Por  ce  m'estuet  mander  toz  mes  arriéres  bans . . .  (Ch.  d.  S.  I,  p.  150.) 
Yar.  à  tant  quan%,  à  tans  quans. 

Chier  Sire ,  quels  chose  est  li  hom  que  tu  ne  tant  ne  quant  lo  preises, 
ou  li  filz  del  ome  ke  tu  ton  cuer  ternes  à  luy.     (S.  d.  S.  B.  p.  547.) 
Li  uns  est  sour  l'autre  verses, 
Chascuns  se  gist  tous  enverses; 

Ne  tant  ne  quant  ne  se  remuent.     (R.  d.  1.  V.  v.  1942-4.) 
Entr'iaus  s'assist,  fist  biel  samblant, 
Ne  s'esmaia  ne  tant  ne  quant.    (R.  d.  S.  S.  v.  754.  5.) 
Bien  ot  Deu  à  garant. 
Conques  mal  ne  li  firent  ou  cors  ne  tant  ne  qant.    (Ch.  d.  S.  I,  p.  123.) 
Pour   éviter   des   répétitions,   je   citerai   ici    les    corrélatifs 
conjonctionnels  qv>ant  plus  —  tant  plus  =  plus  —  plus. 


328  DE  l'advekbe. 

Et  quant  je  plus  sui  loinz  de  sa  contrée, 
Tant  est  ses  cuers  plus  près  de  ma  pensée.   (R.  d.C.  d.C.) 
Ces  corrélatifs  s'exprimaient  encore   des   diverses  manières 
suivantes  : 

Car  de  tant  cum  il  est  or  plus  legiers,    de  tant   serat  il  ci  après 
plus  gries.     (S.  d.  S.  B.  p.  549.) 

Corn  plus  ot  de  mal,  plus  fu  liez.     (De  l'Ermite  qui  s'enivra.) 
Quar  corn  plus  dure  et  plus  s'esgaie.     (Pyramus  et  Tisbé.) 

Et  qu'il  plus  torne ,  plus  s'enlace.     (R.  d.  Ren.  I,  v.  5087.) 
Quant  plus  l'esgardent ,  plus  lur  plest.    (R.  d.  1.  M.  v.  2335.) 
Quant  plus  la  connoissent ,  plus  l'aiment.     (Ib.  v.  2441.) 
Tandû. 
Tandis  dérivé    de  tamdiu^    s'employait    adverbialement   pour 
pendant  ce  temps.     Les   exemples    suivants   prouveront  qu'on  a 
confondu  quelquefois  dis,   venant   de   diu,    où  le  s  est  additif, 
avec  dis  signifiant  jow ,  et  pris  tan  pour  le  pronom  tant. 
Ses  mires  fist  li  rois  venii- 
Pour  lui  et  li  lupart  garir. 
Trives  requist  Renart  tandis 
Viers  le  roi  sans  plus  quinse  dis. 
Volontiers  li  rois  li  donna. 

Tandis  Renars  se  rehourda  ....     (R.  d.  Ren.  lY,  p.  271.) 
Et  vos  pores  veoir  tans  dis 

Et  son  gent  cors  et  son  cler  vis.     (P.  d.  B.  v.  6855.  6.) 
En  Engleterre  erent  tanz  dis 
Li  dui  seneschal  que  jo  vus  dis, 
Que  li  bons  reis  laissie  i  out, 
Kar  en  genz  plus  ne  se  fiout.     (Ben.  v.  38187  -  90.) 
Cfr.  :    Oit  jorz  les  tint  li  dux  assis  ; 
Assauz  i  out  entre  tans  dis 
Pesmes,  grejos  e  dui'S  e  fiers 
Des  geudes  e  des  esquiers.     (Ben.  v.  37703-6.) 
et  la  conjonction: 

Tanz  dis  qu^en  cui'e  e  en  penser 
Esteit  li  dux  de  mer  passer.     (Ib.  v.  36866.  7.) 
Tos  j'ors  —  tos  dis  —  tos  tans. 
(Pour  les  variantes  voy.  tout  t.  I,  p.  195.) 
Tos  jors^    tos  dis  signifiaient  toujours;   le  premier  seul  nous 
est  resté.     Tos  tans  voulait  proprement  dire  en  tout  temps,   et, 
par  extension,  toujours. 

Car  c'est  li  drois  nous  del  vilain, 

Qu'il  soit  tos  jors  de  bone  main 

Vers  celui  de  cui  a  peor 

Tant  que  de  mal  faire  ait  laisser.    (P.  d.  B.  v.  2661-4.) 


DE    L  ADVERBE. 


329 


Tu  iez  suers,  espouze  et  amie 
Au  roi  qui  toz  jors  fu  et  ère.     (Ruteb.  II,  p.  9.) 
Si  prierat  tu:2  jurz  por  noz  peccez.     (Cii.  d.  R.  p.  73.) 
E  tis  nums  seit  magnified  tuz  dis,  que  l'um   die   que  li   Sire   des 
oz ,  li  Sires  puissanz ,  est  Deu  sur  Israël.     (Q.  L.  d.  E.  Il,  p.  145.  6.) 
Caries  mi  sire  nus  est  guarant  tuz  dis.  (Ck.  d.  E.  p.  49.) 
Ne  ja  à  son  vivant  ne  lor  sera  requis 

Auti'ement  que  lor  père  le  servirent  toz  dis.  (Ch.  d.  S.I,p.  74.) 
Li  vergiers  est  tos  tcms  floris.     (FI.  et  Bl.  v.  2021.) 
Com  Diex  nostre  sires  fera, 

Qui  toz  tens  fu,  iert  et  sera.     (Chast.  XXV.  v.  52.  3.) 
Car  il  l'avoit  tos  tans  amee 
Et  ele  li  fu  creantee.     (Brut.  v.  57.  8.) 
Par  totens  doblent  li  félon  encontre  eaz  mimes.     (M.  s.  J.  p.  509.) 
Tuz  tens.    (Ch.  d.  R.  p.  72.)  i 

I>el  tût  en  tôt. 
Bel  tût  en  tôt  signifiait  tout  à  fait;  suivi  d'une  négation,  il 
avait  le  sens  de  pas  du  tout.,  nullement. 
Que  moi  et  tôt  le  mien  metroi 
Du  tôt  en  tôt  en  ton  esgart.     (Een.  I,  p.  194.) 
Dans  rois,  fait  il,  foi  que  vous  doi. 
Bel  tôt  en  tôt  pas  nel  otroi.     (El.  et  Bl.  v.  2761.  2.) 
Tost. 
L'origine  de  cet  adverbe,  notre  tôt^   est  fort  douteuse.     On 
l'a  fait  venir  du  kymri  tost^  qui  signifie  prompt.,  vif;   du  grec 
^oôç;  du  latin  cito^  subito j  adesto,  tostus]  du  v.  h. -ail.  tursticlîho. 
M.  Diez  (II,  392)  enfin  propose  tot-cito^   en  rappelant  tout- à - 
Vheure^  tout- à -coup.     Le  participe  tostus  est  celle  de  toutes  ces 
étymologies  qui  me  paraît  la  plus  probable  (cfr.  plus  haut  chalt 
pas)^    quoique   la  signification   de  tôt  cito   convienne  aussi  fort 
bien;  mais  tôt  cito  présente  des  dificultés  pour  la  forme.     Tost 
signifiait  vite,  promptement. 

Grant  aleure  e  tost  s'en  vait. 
Mais  neporquant  mult  crent  agait. 
La  planche  vont  mult  tost  passer, 
Qu'aillors  ne  poeit  tant  doter.     (Ben.  v.  25552-5.) 
Tost  mue  tens,  tost  mue  afaire.     (Ib.  v.  17822.) 
Tost  orent  .j.  grant  cerf  trove, 
Tost  l'orent  pris  et  descopie.     (L.  d.  M.  p.  46.) 
S' on  ne  met  au  retenir  cure, 
Tost  est  aie,  che  m'est  avis. 
Chou  c'en  a  en  lonc  tans  aquis.     (R.  d.  M.  p.  20.) 
Dans  la  seconde  moitié   du  XIII*  siècle,   on  trouve   la  va- 
riante tos: 

Se  li  rois  l'ot,  tos  iert  venus.    (Phil.  M-  v.  7493,) 


330 

Tantost  signifiait  aussitôt  ^  au  pîustot^  proniptement.     (Voy.  la 
Conjonction.) 

Onques  puis  n'eûmes  voisin 
Qui  od  nous  guerre  ne  prensist 
Et  qui  tantost  ne  nous  venquist.    (Brut.  v.  6502-4.) 
Ne  confondez   pas   ce   tantost   avec  tant  tost  =  si  vite,   si 
promptement 

E  li  reis   enquist  clialt  pas  pur  quei  tant  tost  fussent   repaired. 
(Q.  L.  d.  E.  in,  p.  345.)    ' 

Tempre. 
Tempre    dérive  de   temperi.      Temperius^   dit  Du  Cange,   pro 
temporius ,  ciii  opponitur  serius.    Tempre  signifiait  de  bonne  heure, 
du  matin,  promptement. 

Al  matin  tempre  al  ajoui'ner 

Se  vot  li  chastelains  lever.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  813.  4.) 
Lendemain  bien  tempre  au  matin 
S'apresta  et  mist  au  chemin.     (Ib.  v.  2769.  70.) 
Ne  pense  à  el  tempre  ne  tart.     (Ib.  v.  3744.) 
Car  le  servise  Deu  tempre  u  tart  n'obliad.    (Th.  Cantb.  p.  30,  v.  24.) 
De  là  temprement  =  promptement ,  en  diligence. 
Et  puis  li  dist:  Dame,  sachies 
Que  temprement  sera  heties, 

Et  que  il  vous  venra  voir.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2919-21.) 
Rom.  d.  Renart.  t.  IV,  p.  24. 

Trop. 
La  racine  immédiate  de  cet  adverbe  est  le  substantif  de  la 
basse  latinité  troppus  =  grex  (v.  Du  Cange  s.  e.  v.)  Quelle  est 
l'origine  de  troppus?  Les  uns  voient  dans  troppus  l'allemand 
trupp;  mais  on  ne  peut  guère  admettre  cette  dérivation,  car 
jusqu'ici  on  n'a  pas  su  expliquer  exactement  l'origine  de  trupp 
par  les  idiomes  germaniques.  Les  autres  ont  eu  recours  au  cel- 
tique, et,  selon  eux,  troppus  et  ses  dérivés  romans  (en  fi-an- 
çais:  trope;  tropel  aujourd'hui  troupeau^  d'où  atropeler^  trop)^ 
ainsi  que  les  formes  correspondantes  des  idiomes  allemands 
dérivent  de  cette  source.  Le  seul  mot  celtique  auquel  troppus 
pourrait  se  ratacher  avec  quelque  vraisemblance  est  torf^  torv^ 
qui,  en  effet,  signifie  troupe.  Cependant  la  forme  torf^  torv^ 
ne  se  rapproche  pas  plus  de  troppus  que  le  latin  ttirha^  qu'on 
a  proposé  depuis  longtemps  comme  racine  du  mot  litigieux. 
Pour  moi,  j'admets  la  dérivation  de  turla.  On  sait  que  plu- 
sieurs peuplades  allemandes  ne  pouvaient  pas  distinguer  le  l 
du  p  (c'est  encore  aujourd'hui  le  cas)  et  elles  auront  prononcé 
ttirpa  au  lieu  de  turha.     Puis,  par  le  rapprochement  du  /•  à  la 


331 

consonne  initiale,  turpa  devint  trupa^  et  finalement  truppus^ 
tro'ppus.  Yoilà  comme  je  m'explique  le  changement  de  turla  en 
troppus.  Quant  à  la  différence  du  genre,  il  y  a  des  analogies  qui 
prouvent ,  au  moins,  qu'une  pareille  transformation  est  possible. 

Peut-être  m'objectera  - 1  -  on  la  futilité  de  la  cause  pour  un 
si  grand  changement.  Je  la  reconnais;  mais  on  doit  avouer 
aussi  que  des  causes  plus  futiles  encore  ont  produit  de  bien 
plus  grands  effets  dans  les  langues. 

Quoi  qu'il  en  soit,  trop  signifia  d'abord  leaucowp^  en  parlant 
des  choses  qui  se  peuvent  compter;  puis  il  passa  à  la  signi- 
fication de  beaucoup  =  lien ,  fort ,  très ,  extrêmement  ;  et  enfin  il 
prit  le  sens  qu'il  conserve  encore. 

Et  ce  fait  il  à  trop  de  gent 

Senz  prendre  salaire  n'argent.     (Th.  F.  M.  A.  p.  297.) 

Jou  sai  bien 
Que  vous  l'amiez  sor  toute  rien, 
Et  il  trop  vous,  comme  celui 

Ki  cuer  et  cors  ot  mis  en  lui.     (Phil.  M.  v.  26721  -  4.) 
Jenz  fu  e  fort,  large  e  plenier 
E  trop  resembla  chevalier.     (Ben.  v.  19194.  5.) 
Sire ,  Hsies  souvent  ce  livre ,  car  ce  sont  trop  bones  paroles.     (Join- 
ville  p.  97.) 

Robins  n'est  pas  de  tel  manière. 
En  lui  a  trop  plus  de  déduit.     (Th.  F.  M.  A.  p.  104.) 
Li  chastelains  tr(yp  mieux  amast 

Que  de  deus  jours  ne  fust  souper.  (R.  d.  C.  d.C.  v.  230. 1.) 
Il  est  trop  mieulx  tailliez  de  servir  .i.  bouvier 
Qu'il  ne  soit  de  veoir  jouster  ne  tournoier. 

(XIV^  siècle.  Bertr.  d.  Guesclin.  v.  350.  1.) 
Plus  sui  de  vos  courecies  et  ires 

Que  de  mon  mal  dont  je  ai  trop  ases.     (Romv.  p.  203.) 
Trop  sunt  fort  gent,  trop  sunt  sachant, 
Trop  sevent  d'armes  li  Normant.     (Ben.  v.  19318.  9.) 

Vïas  —  vealsj  veaus^  vials^  viaus^  max. 

M.  d'Orelli  regarde  ces  formes  comme  identiques  et  il  les 
dérive  du  latin  vimx;  M.  Diez  (II,  392.  412)  les  distingue,  sans 
pouvoir  retrouver  l'origine  de  viaus^  qu'il  traduit  par  igitur  ;  moi 
enfin,  j'ai  rangé  veals^  veaus  parmi  les  formes  de  vouloir  (t.  H, 
p.  83.  4.  7).     Erreur  de  tous  côtés. 

Vias  dérive  de  mvax  et  signifiait  vite ^  promptement^  sur-le- 
champ  ,  à  V instant  même. 

Veals^  veaus  ^  viaus  ^  viax^  etc.  sont  des  dérivés  du'!latin  vel 
dans  sa  signification  de  meme^  aussi  ^  et  le  s  final  est  parago- 
gique.      Veals  ne  répond  pas  à  V igitur  latin,   mais  à  saltem;  il 


332  DE  l'ada'erbe. 

signifiait  au  moins  ^    du   tuoïns.      On  préposait   souvent  si  à  ces 
formes,  de  la  siveaïs^  siveaus^  etc.,  si  au  moins,  si  seulement. 

La  rencontre  de  la  forme  primitive  veh ,  dans  la  chanson  de 
saint  Alexis ,  m'a  mis  sur  la  voie  des  erreurs  que  je  viens  de 
relever.  Néanmoins,  si  l'on  considère  la  ressemblance  des 
formes  dialectales  de  vouloir  et  de  veïs ,  au  XIIP  siècle ,  on  est 
tenté  de  croire  que  l'on  a  fini  par  les  confondre  en  partie.  Quoi 
qu'il  en  soit,  les  formes  veals^  veaus  doivent  être  retranchées  du 
nombre  de  celles  de"  vouloir^  et  les  exemples  7.  8,  14,  15,  16 
de  la  page  85,  et  1*^'"  de  la  page  86  du  t.  Il,  trouvent  ici  leur 
place. 

Une  dernière  remarque  qui  prouve  encore  la  différence 
d'origine  des  formes  vias,  viaus,  c'est  que  vins  est  d'ordinaire 
dissyllabe  et  viaus  monosyllabe. 

Or  tost,  fait  il,  Max  nies,  adobez  vos  vias.     (Ch. d.S.I,p.l78.) 

Or  en  voies!  viaz!  viaz!     (Ben.  t.  3,  p.  521.) 

Mal  del  eure  que  je  fui  née. 

Quant  ne  moru  iluec  vias 

Qu'il  me  tenist  veaus  en  ses  bras  !     (P.  d.  B.  v.  6986.  8.) 

S'en  sordroit  vias  maus  esplois.     (Ib.  v.  7184.) 

Mais  Deus  m'en  face  aucun  reles, 

Et  doinst  veaus  une  carite 

De  baisier  et  d'estre  acole.     (Ib.  v.  7582  -  4.) 

Mes  se  Diex  fust  assez  cortois, 

Tant  m'eust  viaus  preste  s'aïue.    (Fabl.  et  C.  I,  144.) 

NEGATION. 

La  négation  primitive  non,  dérivée  de  wo?^,  qui  aujourd'hui 
ne  sert  plus  que  comme  négation  d'une  particule  on  d'un  nom, 
s'employait  aussi,  dans  l'ancienne  langue,  avec  les  verbes,  mais 
seulement  quand  ces  verbes  complétaient  la  réponse  négative.  En 
pareille  occasion,  le  verbe  était  d'ordinaire  faire ^  mis  pour  un 
autre  verbe  qu'on  ne  voulait  pas  répéter.  Partout  ailleiu-s ,  on 
se  servait  déjà  de  ne  {n'J ;  les  Serments,  la  cantilène  sur  S**"  Eu- 
lalie  font  seuls  exception,  ils  ont  dans  tous  les  cas  la  négation 
pleine  non'^. 

Ce  ne ,  qui  tient  la  place  du  non  et  du  nec  latin ,  est  assez 
difficile  à  dériver.  Devant  les  voyelles ,  on  verra  plus  bas  nen 
pour  ne  et  ni.  Nen  =  non  a-t-il  précédé  partout  ne;  en  d'autres 
termes  non  a-t-il,  comme  le  pronom  personnel,  éprouvé  le  chan- 
gement de  0  en  e,  et  ne7i  ==  ni  dérive- 1- il  de  nec?  Je  ne  sau- 
rais décider  cette  question. 

(1)  Le  Fragment  de  Valenciennes  emploie  ne. 


T)E  l'adyebbe.  333 

Remarque.  La  plupart  des  éditeurs  écrivent  à  tort  'n'en  ou  ne 
n'  pour  nen.  L'on  trouvera,  dans  les  citations  de  cet  ouvrage, 
quelques  erreurs  pareilles  qui  me  sont  échappées  lors  de  la  cor- 
rection; le  lecteur  voudra  bien  les  rectifier. 

Au  lieu  de  non.,  ne.,  on  ti'ouve  nu,  no  dans  les  réponses  ou 
avec  le  verbe /««W.  Ce  nu  est  une  syncope  normande  de  nun, 
et  no,  d'ordinaire,  une  forme  dialectale  mélangée  poiu*  nu.  Je 
dis  d'ordinaire ,  parce  que  no  se  rencontre  quelquefois  dans  les 
dialectes  qui  ne  connaissent  que  non.  Il  ne  faut  pas  confondre 
le  nu  ==  nun  avec  la  forme  contracte  nu  =  ne  lu  (t.  I,  p.  135)  ^ 

Toutes  les  langues  cherchent  à  renforcer  la  négation ,  et  cela 
se  fait  de  deux  manières  :  1  ^  on  redouble  la  négation  ^  ;  2  ^  on 
réunit  la  négation  avec  une  expression  positive ,  qui  quelquefois 
tombe  peu  à  peu  au  rang  de  simple  adverbe  et  ne  prend  plus 
l'article.  Ces  expressions  positives  étaient  fort  nombreuses  dans 
l'ancienne  langue;  elles  donnaient  à  la  rime  une  grande  variété 
et  rendaient  souvent  l'idée  très  -  pittoresque.  Je  n'essaierai  pas 
d'énumérer  ici  ces  expressions ,  mais  je  ferai  observer  que  quel- 
ques-unes paraissent  avoir  été  employées  de  préférence  dans 
telle  ou  telle  province,  que  d'autres  ont  eu  cours  seulement 
durant  une  certaine  époque,  sans  que  toutefois  il  soit  possible 
de  fixer  des  bornes  à  cet  égard. 

Les  expressions  positives  servant  à  renforcer  la  négation, 
dont  je  m'occuperai  ici,  sont  les  suivantes: 

1^  Pas,  dérivé  de  passus,  désigne  une  très -petite  mesure, 
quantité,  etc.  On  employa ^««  si  fréquemment,  qu'il  perdit  peu 
à  peu  toute  sa  valeur;  il  ne  sert  plus  que  de  complément  à  la 
négation ,  de  sorte  que  ne  pas  représente  la  négation  pleine ,  le 
non  latin.  Pas  n'a  par  lui-même  aucune  signification,  cependant 
les  anciens  auteurs,  ceux  du  XYF  siècle  et  leiu-s  successeurs 
immédiats  du  XVir,  se  servent  de  pas  sans  ne  dans  la  phrase 
interrogative.  Au  XIII^  siècle,  pas  avait  la  variante  païs  dans 
tout  l'est  du  dialecte  bom-guignon  et  en  Bourgogne  même. 

2  ^  Foi/d  est  dérivé  de  punctum.  Comparé  à  pas ,  il  exprime 
une  négation  absolue.  Comme  pas^  on  le  trouve  employé 
sans  ne. 

3^  Mïes^  mie^  dérivé  de  mica:  miette,  a  la  même  valeur  que 

(1)  J'ai  cité  là ,  par  erreur ,  un  exemple  tiré  des  Q.  L.  d.  R. ,  où  nu  est  négation  et 
non  pas  forme  contracte  pour  ne  lu. 

(2)  Nos  grammaires  latines  posent  en  règle  que  deux  négations  dans  la  même  phrase 
forment  une  affirmation.  Mais  comme  il  y  a  un  grand  nombre  d'exemples  où  les  deux 
négations  se  renforcent ,  on  a  eu  recours  au  grec  et  à  différents  moyens  spécieux  pour 
eipliqiier  ces  prétendues  exceptions.  Si  l'on  avait  censulté  l'usage  delà  langue  popu- 
laire, on  n'aurait  pas  eu  besoin  de  se  donner  tant  de  peine  en  pure  perte. 


334  DE  l'adverbe. 

pas,  avec  la  négation;  il  dit  plus  que  ne,  mais  du  reste  il 
équivaut  au  latin  non.  Quelques  ouvrages  emploient  de  préfé- 
rence mies  à  pas ,  p.  ex.  la  traduction  des  S.  d.  S.  B.  Mie  est  au- 
jourd'hui familier  et  l'on  ne  s'en  sert  guère  que  dans  quelques 
expressions  consacrées. 

4^  JSfeant  (de  nec  ou  ne  ens),  avec  les  variantes  weiatw^,  nient^ 
naienZj  neiant^  noiant,  noians^  neent^  nent^  signifiait  rien  f quelque 
chose)  ^  néant.  Néant  renforçait  la  négation  de  manière  à  don- 
ner à  peu  près  le  sens  de  notre  nullement.  J'indiquerai  plus 
bas  les  autres  emplois  de  ce  mot. 

5^  Rien,  dérivé  de  res.,  joint  à  la  négation,  s'employait  dans 
le  même  sens  que  neant^. 

6^  Goutte^  du  latin  gutta,  se  rencontre  beaucoup  plus  sou- 
vent dans  l'ancienne  langue  que  dans  la  moderne. 

7^  Gens,  giens  =  point.  Cette  particule  exclusivement  attri- 
buée au  provençal  {gens^  ges,  aujourd'hui  ges,  gis)  et  au  catalan, 
se  trouve  aussi  dans  la  langue  d'oïl.  On  a  dérivé  gens  du  gé- 
nitif partitif  gentium ,  qui ,  chez  les  Eomains ,  servait  a  renforcer 
certains  adverbes  de  lieu,  et  aussi  minime,  de  sorte  que  non  gens 
serait  l'équivalent  de  non  gentium  =  vnimmQ  gentium.  Je  préfé- 
rerais dériver  gens  du  latin  genus  :  non  gens  =  non  genus ,  c'est  -  à- 
dire  pas  la  manière,  pas  l'ombre  d'une  chose.  Toutefois  cette 
étymologie  ne  me  paraît  pas  satisfaisante;  peut-être  faut -il 
chercher  l'origine  de  gens  dans  les  idiomes  celtiques. 

Giezi  li  servanz  le  prophète  Helyseu  se  purpensad ,  si  dist  :  Mis  sii'es 
ne  volt  giens  prendre  de  Naaman  ;  mais  si  veirement  cume  Deu  vit,  après 
lui  currai  e  queque  seit  i  prendrai.     (Q.  L.  d.  E.  IV,  p.  364.) 

Mult  l'avait  escrie ,  e  nel  dist  giens  en  bas.    (Th.  Canteb.  p.  29.  v.  3.) 

Au  lieu  de  non ,  on  avait  encore  nenil  (variantes  nenal,  nanal) 
qui  a  été  expliqué  ci -dessus,  et  naie ,  dérivé  du  vieux  norois 
nei^  gothique  ne. 

Afin  d'éviter  des  répétitions,  je  m'occuperai  ici  de  la  conjonc- 
tion ni.  Ni,  dérivé  de  nec^  avait  les  formes  ne,  ni  dans  la  lan- 
gue d'oïl.  Les  trouvères  firent  toujours  usage  de  ne  de  préfé- 
rence à  ni,  et  ne  appartient  sans  aucun  doute  au  premier  temps 
de  la  formation  de  la  langue.     Il  est  permis   de  croire  que  ni 

(1)  M.  J.  Grimm  (III,  748.)  veut  voir  dans  ne  rien  une  combinaison  due  à  l'influence 
de  l'allemand  n-eo  —  wiht  =-  nicht  irgend  ein  Ding.  —  Schlegel  avait  déjà  admis, 
en  général,  une  influence  germanique  touchant  la  manière  dont  les  langues  romanes 
expriment  la  négation.  Les  peuples  romans  ont  reçu  leur  métliode  du  latin;  p.  ex. 
nihil  n'est  rien  que  ne  hilum,  nemo  est  égal  à  ne  homo  {hemo,  en  ^'ieux  latin)  etc.  etc. 
On  trouve  souvent,  même  dans  le  latin  écrit,  des  expressions  semblables  à  celles-ci: 
flocci  pendere,  pili  facere,  avec  et  sans  non;  et  la  langue  du  peuple  était  sans  doute 
fort  riche  à  cet  égard. 


DE  l'ad%t:kbe.  335 

provient  souvent  des  fautes  de  copistes,  cependant  des  manu- 
scrits ,  du  reste  fort  corrects ,  portent  bien  clairement  ni,  et  l'on 
ne  peut  nier  son  authenticité.  Ne,  que  l'on  trouve  écrit  ned  de- 
vant une  voyelle  dans  la  cantilène  sur  S**'  Eulalie,  et  nen,  en 
pareille  position,  dans  des  textes  postérieurs ,  resta  fort  longtemps 
en  usage.  Robert  Estienne  traduit  encore  nec  par  ne^  mais  il 
admet  déjà  ni  devant  ne^  adverbe  de  négation. 

L'ancienne  langue  se  servait  de  ne  ==  nec^  au  lieu  de  et  dans 
les  phrases  interrogatives,  et  dans  les  incidentes  qui  expriment 
une  idée  négative,  dubitative  ou  indéterminée.  Cependant  il 
arrive  quelquefois  que  ne  est  employé  d'une  manière  tout  à 
fait  positive  dans  les  plirases  incidentes,  c'est-à-dire  que  les 
auteurs  l'ont  confondu'  avec  et.     Ce  sont  des  inadvertances. 

La  syntaxe  de  la  négation  n'ayant  jamais  beaucoup  varié, 
je  me  contenterai  de  faire  quelques  remarques  que  les  exemples 
suivants  éclairciront. 

Ne  (n')  =  ni  demande  comme  aujourd'hui  une  seconde  néga- 
tion.    Il  est  fort  rare  qu'on  la  sousentende. 

Les  pronoms  négatifs  et  les  adverbes  avaient  également 
besoin  de  la  demi -négation,  bien  qu'on  ait  des  exemples  de 
sa  suppression,  surtout  quant  ces  pronoms  ou  ces  adverbes 
sont  placés  avant  le  verbe. 

Ja  et  mais ,  qui  remplacent  notre  jamais ,  aine  et  oncques  de- 
mandent la  demi -négation  (v.  ces  mots).  H  en  est  de  même 
de  fors  et  de  si  non  qui  ont  la  signification  de  notre  que 
restrictif  (nisi). 

La  vieille  langue  employait  ne  dans  les  phrases  principales 
affirmatives ,  quand  on  ne  voulait  pas  appuyer  sur  la  négation  ; 
dans  les  phrases  conditionnelles  après  si^  quant,  qui. 

En  général,  pas  ayant  encore,  en  grande  partie  du  moins, 
sa  valeur  primitive  dans  la  langue  d'oïl,  la  demi-négation  suf- 
fisait souvent  où  nous  ajoutons  pas.  Ce  ne  pour  ne  pas  s'est 
même  conservé  jusqu'à  la  fin  du  XVr  siècle.  On  trouve  ordi- 
nairement ne  au  lieu  de  ne  pas  dans  les  répliques  de  peu  d'é- 
tendue ,  devant  les  substantifs  sans  article ,  qui  sont  déterminés 
par  les  propositions  accessoires  suivantes. 

Après  les  verbes  qui  expriment  l'idée  de  ne  pouvoir  s'empê- 
cher ^  s'abstenir  de  quelque  chose,  après  peu  s'en  faut,  la  langue 
d'oïl  employait  ne. 

Non  lo  stanit.     (Serm.) 

La  polie  sempre  non  amast  lo  Deo  menestier.    (Eln.  v.  10.) 

Que  ferai  dont?  je  la  penrai. 

Penrai!  que  di  ge?  non  ferai.    (R  d,  1.  M.  v.  1547.  8.) 


336 

Callos  li  fel  est  vors  moi  parjures; 

Il  m'afia  qu'il  n'i  scroit  gardes: 

De  traïson  le  puis  ben  apeler. 

Puis  dist  après  :  Non  fait ,  par  vérité.     (0.  d .  D.  v.  8929  -  32.) 

Cil  respondirent  :  non  dé  von     ■ 

Quar  no  arcevesqui  avon 

Qui  a  son  sie  à  Carlion.     (Bioit.  v.  14282-4.) 

Vos  m'avez  oblie  à  dire 

En  quel  majiiere  mengier  dei 

Se  je  mainjuz  devant  le  rei. 

Bel  fiz,  non  ai,  quer  en  toz  tens 

Deiz  mengier  par  tôt  en  un  sons.   (Chast.  XXII,  v.  160-4.) 

Est  ele  bêle,  beaus  amis? 

—  Ne  sai,  dame,  je  vos  plevis. 

—  Cornent  est  ce  que  nel  saves, 
Quant  veue  l'aves  asses? 

Par  foi,  ma  dame,  non  ai  pas.    (P.  d.  B.  v.  3889-93.) 
Li  evesches  respundi:  Nun  fis.     (Q.  L,  d.  R.  I,  p.  11.) 
Eespundi  la  pulcele:  Nu  faire,  bel  frère,  nu  faire  tel  sotie  encuntre 
lei  e  encuntre  raisun.     (Ib.  II,  p.  163.) 

Ja  Deus  ne  voille  que  mais  face 
Chose  qu'à  nul  jor  vos  desplace  1 
No  ferai  jeo:  n'en  ai  corage.     (Ben.  v.  2953-5.) 
Par  foi,  fait  ele,  no  ferai.     (P.  d.  B.  v.  5997.) 
Et  por  kai  ne  seroit  commune  à  toz  cristiens  li  jeune  de  Crist?    Por 
kai  nen  enseuroient  li  membre  lor  cMef  ?     (S.  d.  S.  B.  p.  561.) 

Et  nen  est  mies  sottie,  s'il  en  ceste  digniteit  se  welt  glorier.  (Ib.  p.  526.) 
Ne  farrat  li  persécutions  al  cristien  nen  (=  ni)  à  Crist  assi.  (Ib.  p.  555.) 
Por  vos  rant  quitte  Lanbert  le  ben-uier, 
K'il  w'ait  perdut  nen  armes,  ne  destrier, 
Nen  autre  chose  ke  vaille  un  soûl  denier.  (G.  d.  Y.  v.  1162-4.) 
Yoy.  d'autres  exemples  de  ces  nen  t  I,  p.  46.  220.  263.  265. 
272.  285.  303.  304.  334.  etc.  etc. 

A  la  foiz  ne  il  malmet  l'entencion,  ne  il  engingnet  en  la  voie,  mais 
la  fin  de  la  bone  oevre  enlacet.     (M.  s.  J.  p.  445.) 

C'est  là  un  des  rares  exemples  où  la  seconde  négation  est  omise. 
Ses  tu,  bons  rois,  por  saint  Niçois, 
Pour  coi  l'en  fait  la  feste  as  fols? 

Naie,  dist  il,  par  saint  Denis  .  .  .    (H. d. S. S.  v.  2348-50.) 
Dit  nos  qui  s'en  alout  od  lui. 

—  Naie,  certes,  unques  n'i  fui.     (Ben.  v.  28562.  3.) 
Feres  m'en  vous  lait  ni  anui? 

Nenil,  ja  ne  diras  tel  mot.     (L.  d'I.  p.  20.) 
Est  ce  tes  fis,  as  le  tu  engenret? 

sire,  par  sainte  charité,   (R.  d.  C.  p.311,) 


DE  l'adverbe.  337 

E  portout  il  un  esperver? 

—  Va!  nenaî,  fol,  ainz  ert  armez.     (Ben.  v.  28559.  60.) 
E  cist  qui  parjurer  vos  fait. 
Quidez  por  meillor  vos  en  ait? 
Nanal,  qu'il  ne  vos  crera  ja  mais, 
N'o  vos  w'aura  trêve  ne  pais, 
S'aveir  en  poeit  leu  e  tens.     (Ib.  v.  14556-60.) 
Tu  ne  dexens  mies,  si  cum  je  voi,  solement  en  terre,  mais  nés 
ausi  en  enfer,  et  ne  mies  si  cum  vencuz,  mais  ausi  cum   cil  ki  fraus 
est  entre  les  morz.     (S.  d.  S.  B.  p.  525.) 

Ce  texte  porte  toujours  mies^  mais  la  plupart  écrivent  sans  s. 
Ne  vos  merveillez  mie  se  li  termes  est  Ions,    car  il  eo vient  mult 
penser  à  si  grant  chose.     (Villeh.  435''.) 
Ce  we  sai  pas  ne  ne  vei  mie 
S'il  pensout  ja  félonie 

Quant  il  le  laissa  en  tenanoc.     (Ben.  v.  36644-6.) 
Si  ras  terres  d'entor  sei 
Qu'il  n'i  a  home  fors  sol  tei. 
Al  grant  esforz  qu'il  pot  mener, 
Qui  2ms  li  osast  contrester.     (Ib.  v.  20453-6.)  ^ 
Vus  n'estes  J^as  evesque:  le  sul  nun  en  portez; 
Ço  que  à  vus  apent,  un  sul  puint  ne  guardez.  (Th.  Cant.  p.  8.  v.  24.5.) 
Mais  pur  si  grant  pramesse  n'i  met  un  puint  s'entente. 

(Ib.  p.  73.  V.  2.  cfr.  p.  15.  v.  2,  p.  44.  v.  30.) 
Sire,  dist  il,  je  non  ferai, 

Sachois ,  point  ne  vus  en  dirai  ...    (R.  d.  S.  S.  v.  3058.  9.) 
Puis  me  ge  2^oint  fier  en  toi?     (Ib.  v.  3128.) 
Mors,  je  t' envoi  à  mes  amis, 
JVe  mie  conme  à  anemis, 

Ne  conme  à  gent  que  je  point  hace.     (V.  s.  1.  M.  IV.) 
A  la  fosse  vont  erranment. 

Que  il  nul  point  n'i  demorerent.     (FI.  et  Bl.  v.  987.  8.) 
JVesfreiz  n'ert  ne  point  dotanz.     (Ben.  v.  25074.) 
Mais  ja  d'aillors  secors  n'auront, 
Ne  quident  pas  que  point  en  aient, 
Mult  se  criement  e  mult  s'esmaient.     (Ib.  v.  34426-8.) 
JV'aveit  règne  pas  longement.     (Ib.  v.  26660.) 
Ne  Ycsqui  pas  puis  longement.     (Ib.  v.  32047.) 
Outre  le  Humbre  s'en  passèrent. 
Là  où  granment  ^^as  ne  dotèrent.     (Ib.  v.  38971.  2.) 
Car  el  qu'il  ne  pensoit  disoit.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  7103.) 
Ne  nuls  nul  mandement  ne  tenist  ne  guardast 
Que  pape  u  l'arcevesque  Thomas  i  enveiast.     (Th.  Cantb.  p.  54.) 

(1)  Cet  exemple  et  quelques  uns  des  suivants  sont  destinés  à  montrer  comment  pas 
et  point  ont  passé  de  leur  signification  propre  à  l'usage  qu'on  en  fait  actuellement. 

Burguy,  Gr.  do  la  langue  d'oïl.    T.  IL    Éd.  III.  22 


338 

A  partir  de  la  signification  primitive  des  mots,  il  y  a  là 
trois  négations  de  suite.  Cela  se  retrouve  souvent  dans  l'ancienne 
langue. 

Deus  est  si  dreituriers,  ne  poet  faire /brs  dreit.  (Th.  Cantb.  p  .116.  v.  7.) 
Ne  se  puet  tenir  qu'il  ne  voie 

Sa  dame  quant  le  poet  veoir.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  424.  5.) 
Que  ja  mais  secors  n'auront 
D'ome  vivant  ne  de  vitaille. 
Ne  peut  estre  queu  ne  lor  faille: 
Si  fist  ele  par  tens  assez.     (Ben.  v.  33857  -  60.) 
. .  ..E  crient  qu'il  ne  seit  autre  feiz  essilliez.  (Th.  Cantb.  133.  v.  29.) 
Kar  il  ne  crienstrent  pas  nostre  Seignur,  ne  ne  guarderent  pas 
ses  cumandemenz   ne  sa  lei,  ne  ço  qu'il  out  cumanded  as  fiz  Jacob, 
nummeement   que   pour   tî'eussent    des    deus   avuiltres    e   que    il  nés 
aurassent,  e  que  ne  lur  sacrefiassent.     (Q.  L.  d.  E  IV,  p.  405.) 

JV'en  set  que  croire  ne  que  faire.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4247.) 
De  tel  chose  ne  sai  que  faire.     (Chast.  XIV,  v.  113.) 
Et  se  me  voules  fianchier 
Que  vous  envers  moy  pourchacier 

Ne  vorres  riens  ma  déshonneur (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2249  -  51.) 

Einz  fu  si  esbloiz  qu'il  ne  vit  nule  gouste ,  ne  nulle  clarté.  (R.  d. 
S.  S.  d.  R.  p.  76.) 

Dame,  dist  il,  w'oes  vous  goûte?    (R.  d.  M.  v.  820.) 
De  tote  rien  qui  muert  et  sèche 
Mors  mostre  ke  noiens  est  tout.     (V.  s.  1.  M.  XXIX.) 
Quant  sentance  est  donee  noiansest  deplusquerre.  (Ruteb.I,p.l44.) 
Tuz  li  poples  i  est  turbez 
E  morz  e  à  neient  turnez.     (Ben.  II,  v.  123.  4.) 
Fuions  nus  en  hastiwement 
Se  nus  i  demouruns  noient 
N'i  aura  ja  un  seul  de  nous 
Qui  SOS  la  coe  n'en  ait  dous.    (M.  d.  F.  H,  p.  245.) 
Se  nus  i  demouruns  noient,  c'est-à-dire  proprement  si  nous 
y  demeurons  quelque  chose,  si  nous  tardons. 

Sire,  fait  il,  por  niant  an  parleiz.     (G.  d.  V.  v.  2206.) 
Par  niant  signifiait  en  vain. 

Pur  neient  me  tiens  en  teu  paine.     (Ren.  v.  11757.) 
At  perdut  la  lumière  des  nient  veables  choses.     (M.  s.  J.  p.  484.) 
Et  par  tant  ke   la  pense   est  az  nient  coustumeies  choses  ravie. 

(Ib.  p.  485.) 

Ceo  dit  la  lettre  e  U  escriz 

Que  Noe  out  li  velz  trois  fiz: 

Sem,  Japhet  e  Cham,  nent  plus.     (Ben.  I,  v.  353-5.) 

E!  Bemier,  ce  dist  li  quens  chaele, 

Ne  viex  pas  droit,  s'en  pren  amende  bêle,  • 


DE  l'advekbë.  339 

Noient  por  ce  que  je  dout  rien  ta  guère, 

Mais  por  ice  que  tes  amis  vuel  estre.     (R.  d.  C.  p.  70.) 

Li  sire  n'a.  nient  en  sa  ten-e.     (Ruteb.  I,  p.  72.) 

Jo  w'i  sai  noient  d'altre  droit.    (Brut.  v.  2419.) 

Kar  ço  pensout  e  ço  voleit 

Aler  en  Engleterre  droit, 

Nent  h  cheval,  mais  tut  à  pe.     (Trist.  II,  p.  90.) 
De  néant  et  de  moins  ^  nous  avons  fait  néanmoins. 
Que  fait  il  an  no  terre?  por  coi  i  esta  tant? 
Qant  il  ne  s' an  avance  de  petit  ne  de  grant, 
^'il  n'i  essaut  chastel  ne  tor  ne  desrubant.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  163.) 

Por  coi  me  faites  ne  batre  ne  ferir.     (Romv.  p.  206.) 

Et  si  ne  voit  dedens  (la  nef)  nulul 

Qui  la  conduie  ne  ne  maine.     (R.  d.  1.  M.  v.  1186.  7.) 

Se  vous  outrage  ne  folie 

Li  disiies,  à  vilonnie 

Le  vous  poroit  on  atourner.     (Ib.  v.  4817-9.) 

Retenu  fu  Héraut  e  pris; 

Mais  au  duc  Guillaume  a  tramis 

Por  faire  li  saveir  cel  plait 

Ne  où  li  est  ne  cum  li  vait.     (Ben.  v.  36546-9.) 

Que  mal  ait  duc,  prince  ne  rei 

Qui  laisse  sa  gent  entor  sei 

Morir  de  faim  e  de  mesaise  ....    (Ib.  v.  17529-31.) 

Et  quant  il  velt  ne  boivre  ne  mengier. 

Sa  table  met ,  n'a  autre  despensier.     (0.  d.  D.  v.  8359.  60.) 

Se  tu  veus  terre  ne  manoii" 

.Vautre  cose  que  puisse  avoir. 

Se  il  est  en  ma  roiaute 

Tu  l'auras  à  ta  volonté.     (L.  d.  M.  p.  45.) 

Ainssi  pensoit  et  repensoit. 

Si  que  petit  but  ne  menga.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3820.  1.) 
En  totes  les  manières  ....  que  vos   lor  saurez  loer  ne  conseiller, 
que  il  faire  ne  soffi.ii-  puissent.    (Yilleh.  435*.) 

Remarquez  encore  la  locution  n avoir  que  faire; 

Mes  après  i  ont  grant  dehait, 

Quer  tel  sorvint  as  napes  traire, 

Dont  il  n'i  eussent  que  faire, 

Ce  fu  li  mariz  qui  revint.    (Chast.  IX,  v.  18-21.) 

De  la  vois  w'auroit  il  que  faire, 

Car  autant  li  vausist  de  braire.    (R.  d.  S.  S.  v.  2041.  2.) 


22 


CHAPITRE  yill. 


DE  LA  PRÉPOSITION. 

Les  langues  romanes  ont  abandonné  plusieurs  prépositions 
latines,  p.  ex.  al,  cis ,  ex^^  ob,  prae^  etc.;  mais  elles  ont  rem- 
placé ces  pertes  en  combinant  entre  elles  diverses  prépositions, 
et  en  employant  comme  telles  des  substantifs,  des  adjectifs,  des 
participes  et  des  adverbes. 

J'ai  déjà  fait  remarquer  que  plus  les  cas  tombèrent  en  déca- 
dence, plus  les  prépositions  se  développèrent.  On  en  étendit 
beaucoup  l'emploi,  et,  à  cet  égard,  les  langues  romanes  ont 
naturellement  fait  un  grand  pas  sur  le  latin.  Yoici  les  diffé- 
rences qui  méritent  une  attention  particulière.  1^  La  préposi- 
tion et  le  nom  régi  par  elle  peuvent  former  une  espèce  d'unité, 
de  façon  que  tous  deux  se  placent  sous  le  même  rapport  de 
dépendance:  avee  de  la  viande^  les  pays  d'outre  mer.  2^  On 
réunit  deux  prépositions  poiu'  désigner  le  rapport  avec  plus  de 
précision  et  rendre  l'intuition  aussi  sensuelle  que  possible: 
passer  par  devant  la  maison^.  3^  La  préposition  peut  être 
suivie  d'un  adverbe,  ce  qui  arrive  fort  rarement  en  latin: 
après  demain.  4^  L'infinitif  des  verbes  s'unit  avec  beaucoup  de 
facilité  aux  prépositions;  l'infinitif  devient  alors  un  véritable 
substantif  sans  perdre  les  propriétés  du  verbe.  On  exprime  de 
cette  manière  les  rapports  les  plus  variés  des  phrases.  P.  ex.  : 
Il  a  été  renvoyé  pour  avoir  mal  parlé  ;  il  faut  réfléchir  avant  de 
parler;  il  lui  est  ^QYOvé  ju>squ'à  mourir  pour  lui,  etc.  etc.^. 

A. 

Cette  préposition  représente  a,  ah.,  ad  de  la  langue  latine. 
Outre  cet  «,  les  langues  d'oc  et  d'oïl  avaient  ah  (vaiiantes  ap, 
«mJ,  am.,   aujourd'hui   emh .,   en  provençal):  ah  Ludher  (Serm.), 

(1)  Ex  s'est  cependant  maintenu  dans  quelques  composés:  dks  =  de  ex;  desenz  = 
de  ex  ante. 

(2)  Cet  usage  existait    en    germe  dans    la  langue    populaire  latine,   p.  ex.  ex  ante 
diem. 

(a)  On  a  en  latin  quelques  rares  exemples  de  cet  usage. 


DE    LA    PREPOSITION.  341 

ad^  devant  une  voyelle:  ad  unç  spede  (S*^  EulaHe),  et,  paral- 
lèlement à  ces  formes,  od,  ot^  o  (v.  plus  bas).  M.  Diez 
(II  405.)  suppose  avec  raison  que  ah  dérive  de  apud^  comme 
cal  (cap)  de  caput.  Eaynouard  pense  que  ah  existe  encore 
dans  notre  préposition  à ,  en  tant  qu'elle  signifie  avec ,  au  moyen 
de.     Cette    supposition  est  juste. 

Les  principales  significations  de  a  étaient  les  suivantes  :  avec^ 
au  moyen  de,  auprès  de^  contre^  devant^  vers,  envers,  de,  en^  dans, 
par,  durant,  pour,  à  F  effet  de,  en  qualité  de,  comme,  selon, 
d'' après,  sur. 

Aprenneiz,  dist  il,  à  (latin  a)  mi,  ke  je  suys  suels  et  humles  de 
cuer.     (S.  d.  S.  B.  p.  553.) 

A  avec  cette  signification  principale  du  latin  a,  ah,  est 
assez  rare. 

Le  col  li  rumpt  à  ses  deus  meins. 

De  ceo  fist  il  ke  trop  vileins.     (M.  d.  F.  Laus.  v.  115.  6.) 
Cet  h  employé  devant   le   nom   d'un  instrument  qui  sert  à 
exécuter  une  action,  remplace  l'ablatif  instrumental  latin. 

Dune  m'estuet  à  doel  mm-ir.     (M.  d.  F.  Giig.  v.  408.) 
A,  employé  de  cette  façon  avec  un  substantif  abstrait,  indique 
les  circonstances   qui   accompagnent   une   action;  il  répond  au 
latin  cum. 

L'escut  li  freint  ki  est  ad  or  e  à  flur.     (Ch.  d.  R.  p.  53.) 
Cfr.:  Chandelier  à  branches;  —  l'Aurore  aux  doigts  de  rose. 

Si'n  vont  Urrake  et  Persewis 

A  Melior  od  le  doue  ris.     (P.  d.  B.  v.  6915.  6.) 

E  od  barnage  e  od  richece, 

Passa  la  mer  à  son  seignor 

Qui  mult  l'ama  de  grant  amor.     (Ben.  v.  38494-6.) 

Quant  il  fu  venus  en  ae 

A  chevalier  l'unt  adoube.     (M.  d.  F.  Yw.  v.  469.  70.) 

Icil  fu  à  rei  coronez.     (Ben.  v.  26145.) 

Que  Lohers  fu  levez  à  rei.     (Ib.  v,  20125.) 

Père  est  Deus  apelez  e  diz 

A  droit,  kar  il  a  Deu  à  fiz.     (Ib.  v.  23883.  4.) 

Une  seror  avez,  à  moiUier  la  demant.     (R.  d.  E.  v.  2319.) 

Androgeus  n'em  pot  faire  el 

Qui  le  roi  sot  à  si  cruel.     (Brut.  v.  4495.  6.) 

A  fol  e  à  mauves  s'encuse 

Que  ceste  requeste  refuse.     (N.  Fabl.  et'C.  Il,  p.  188.) 

n  vos  fait  tenir  à  cruel 

Por  son  forfait  et  non  por  el.     (P.  d.  B.  v.  2687.  8.) 

A  Renart  de  rien  ne  tenciez.     (R.  d.  Ren.  Il,  p.  256.) 

A  cest  secle  ad  pris  congé.     (Ben.  t.  3.  p.  496.) 

4  nne  voiz  tuz  s'escrioient.     (M.  d.  F.  H,  p.  458.) 


342  DE   LA   PKEPOSITION, 

Cai'  certes  s'il  n'est  autre  vie,  |  Entre  ame  à  home  et  ame  à  truie 

N'a  donques  point  de  différence.     (V.  s.  1.  M.  XXXIV.) 

Ki  se  faiseit  amer  à  tus.    (M.  d.  F.  Lanv.  v.  225.  6.) 

Et  faii-e  à  tote  gent  hair.    (P.  d.  B.  v.  2692.) 

Brichemer  fu  cMef  de  la  rote, 

A  lui  s' encline  la  cort  tote.     (R.  d.  Ren.  1. 1,  p.  338.) 

S'aime  seit  es  cens  coronee, 

Qui  tanz  hauz  faiz  od  son  grant  sens 

Fist  à  sa  vie-  e  à  son  tens.    (Ben.  v.  25277  -  9.) 

Mes  il  meismes  les  va  queri'e 

A  plain  e  à  bois  et  à  terre.     (R.  d.  Ren.  I,  p.  335.) 

Briens  parti  de  sa  soror 

Qui  por  lui  ert  à  grant  paor.     (Brut.  v.  14733.  4.) 

C'est  ja  mult  doleros  torment 

Qu'à  vivre  à  crieme  e  en  dotance.     (Ben.  v.  22479.  80.) 

Nous  ferons  à  vos  volontés.     (R.  d.  S.  S.  v.  2399.) 

E  à  glaive  faire  mûrir.     (Ben.  v.  22965.) 

Ki  à  force  l'en  ad  menée.     (M.  d.  F.  II,  p.  72.) 

Dieux!  dist  li  chevaliers,  à  qui  sui  je  assenez? 

(B.  du  Guesclin  v.  465.) 
Por  faire  as  bestes  dévorer, 
A  leus,  à  lions  u  à  ors.     (P.  d.  B.  v.  9452.  3.) 
Antrer  vuel  an  sa  terre  à  mon  barnage  fier.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  13.) 
A  .X.  mile  homes  est  en  no  terre  entrez.     (R.  d.  C.  p.  79.) 
Jo  t'en  muverai  un  si  grant  contraire 
Ki  durerat  à  trestut  ton  edage.     (Ch.  d.  R.  p.  12.) 
Rendirent  tôt  par  estoveir 
E  cors  e  vies  à  avoir.    (Ben.  v.  27772.  3.) 
Or  de  rechef  sunt  repairrie 
A  destruire  le  remanant.     (Ib.  I,  v.  1936.  7.) 
Or  poez  savoir  que  mult  de  cels  del  ost  alerent  à  veoir  Constanti- 

nople.     (Villeh.  455».) 

Ainsi  que  s'ils  estoient  nés  seulement  à  boire  et  à  manger.    (Al. 

Chaitier  p.  316.) 

A  la  terre  entre  deus  eschames 

S'asiet  sa  qeue  entre  ses  james.     (R.  d.  Ren.  H,  p.  12.) 
M  escu  estroer,  al  eaume  pecoier, 
A  derompre  les  ners  et  à  la  char  tranchier, 
Porrez  apercevoir  com  faiz  sui  chevalier.     (Cîh.  d.  S.  H,  p.  172.) 
Remarquez  les  locutions:  a  Dieu  soyez  c'est-à-dire  Dieu  soit 

avec  vov^  —  à  Bieu  congie  c'est-à-dire  à  la  garde  de  Dieu. 
A  Dieu  soyez,  je  m'en  revois.     (N.  F.  et  C.  H,  349.) 
Par  eUipse  on  a  dit  à  Dieu,  d'où  nous  avons  composé  notre 

substantif  adieu. 

Or  tost,  fait  il,  à  Dieu  congie.    (M.  d.  F.  Ep.  v.  218.) 


DE    LA   PRÉPOSITION.  343 

Cfr.  :  Si  on  la  luy  vouloit  bailler  à  femme.    (Amyot.  Hom.  ill.  Cimon.) 
Quand  il  (Sylla)  dit  qu'il  estoit  mieulx  né  à  la  fortune  qu'à  la 

guerre,  il  semble  qu'il .  .*. .     (Ib.  ead.  Sylla.) 

Nous  sommes  nayz  à  quester  la  vérité.     (Montaigne  III,  8.) 

Les  empereurs  tiroient  excuse  à  la  superstition  de  leurs  jeux  et 

montres  publiques ,  de  ce  que  leur  auctorite  despendoit  aulcunement . . . 

de  la  volonté  du  peuple  romain.     (Ib.  III,  6.) 

Comme  elle  (la  nature)  nous  a  fourny  des  pieds  à  marcher,  aussi 

a  eUe  de  prudence,  à  nous  guider  en  la  vie.     (Ib.  m,  13.) 

C&tte  antipatie  que  j'ai  à  leur  art  (des  médecins)  m'est  héréditaire. 

(Ib.  n,  37.) 

J'escris  mon  livre  à  peu  d'hommes  et  à  peu  d'années.     (Ib.  m,  9.) 
C'est  tousjours   gaing    de  changer  un  mauvais  estât,   à  un  estât 

incertain.     (Ib.  m,  9.) 

Qui  ne  vit  aulcunement  à  aultruy ,  ne  vit  gueres  à  soy.    (Ib.  III,  10.) 
Ce  qu'on  me  veult  proposer,  il  fault  que  ce  soit  à  parcelles.     (Ib. 

n,  17.) 

Se    laisse    gouverner   au   plus    sage.     (Amyot.  Hom.  iU.  Comp.  de 
Pericles  avec  Fabius  Maximus.) 

Od,  ot^  0. 
J'ai  cité  plus  haut,  en  passant,  la  forme  od^  avec  les 
variantes  ot^  o,  parallèle  à  dh^  ad.  Od  a  la  même  origine  que 
ah,  c'est-à-dire  qu'il  dérive  de  apud;  le  d  n'est  dû  qu'au 
souvenir  du  d  de  la  forme  latine,  comme  le  prouve  la  variante 
ob  pour  ah  dans  la  Yie  de  saint  Léger  (str.  XXY.  v.  2.).  Cfr. 
t.  1,  p.  49.  1.  29.)  La  signification  principale  de  od  était  avec. 
Sire,  grant  marement  ai  oud  pur  amur  nostre  Seignur  de  ço  que 
li  fiz  Israël  unt  enfrainte  la  cuvenance  que  il  ourent  fermée  od  lui. 
(Q.  L.  d.  E.  in,  p.  321.) 

Si  fait  à  savoir  que  li   ancien  enfooient  lur  morz  od  lur  richeces. 
(M.  s.  J.  p.  468.) 

n  dit:  Ma  dame,  od  moi  venes.     (R.  d.  M.  p.  36.) 
Là  ù  ma  terre  est  plus  demeine 
Seez  em  paiz  e  od  amor.     (Ben.  Il,  v.  1828.  9.) 
Rolland  e  Oliver  en  ad  ot  sei  amenez.     (Charl.  p.  3.) 
Q'autrement  ne  voloient  o  le  roi  demorer.     (Ch.  d.  S.  II,  p.  95.) 
Un  escuier  o  lui  avoit 
Ki  son  bercerie  portoit.     (L.  d.  M.  p.  48.) 
La  forme  suivante  n'est  sans  doute  que  eue  (ove),   dont  Ve 
a  été  omis.      (Voy.  avec.)     Cependant    ce  peut   être  aussi   un 
assourdissement  de  la  forme  o. 

Autres  ou  li,  ne  sai  quanz 
Countes  e  barouns  vaillaunz 

I  alerent.     (Ben.  t.  3.  p.  620.  c.  2.) 
Od  signifiait  quelquefois  à. 


344  DE    LA    PRÉPOSITIOI^. 

Une  kievre  vuleit  aler 

Là  ù  pasture  pust  truver; 

Ses  chevrax  apela  od  li, 

Si  lur  preia  et  deffendi (M.  d.  F.  H,  365.) 

Atot^  atout,  atut. 
A  signifiant  auc^  se  joignait  son  vent  avec  tot^  qui  perdit 
sa  variabilité.  Atot  avait  la  même  signification  que  la  préposition 
simple.  Cette  combinaison  n'est  pas  des  premiers  temps  de  la 
langue  ;  elle  paraît  avoir  pris  naissance  vers  le  second  quart 
du  Xni^  siècle.  Le  texte  de  Villehardouin,  p.  ex  ne  fait  pas 
encore  un  composé  de  à  =  avec  et  de  tôt  ;  tôt  est  toujours  ici 
le  pronom  indéterminé  et  variable. 

L'empereres  Morchuflex  oï  dire  les  novelles  que  cil  estoient  issus 
del  ost,  et  partit  par  nuit  de  Constantinople  à  grant  partie  de  sa  gent, 
et  lors  se  mist  en  un  agait  où  cil  dévoient  revenir;  et  les  vit  passer 
à  tûtes  lor  proies  et  à  toz  lor  gaains.     (Villeh.  458*.) 
Chevax  de  garde  li  a  .xxx.  dones, 
Et  convoier  atot  mil  turs  armes, 
Et  il  meismes  le  convoia  asses.    (E.  d.  C.  p.  314.) 
Fu  il  ço  qu'orains  me  tendi 
Sa  lance  atot  le  gonfanon.    (P.  d.  B.  v.  8590.  1.) 
Premier  ne  demandèrent  c'un  pou  de  repostaille, 
Atout  .i.  pou  d'estrain  ou  de  chaume  ou  de  paille.  (Euteb.I,p.  176.) 
Atotj   qui   eut  sa  grande   vogue   dans   le  XIY^  et  le  XY* 
siècles,  était  encore  d'un  fréquent  usage  au  XYI^. 

Et  neantmoins  ne  s'osoit  atout  cela  présenter  à  la  bataille.    (Amyot. 
Hom.  ill.  Pompeius.) 

Eegardez  pourquoy  celuy  là  s'en  va  courre  fortune  de  son  bonneur 
et  de  sa  vie  atout  son  espee  et  son  poignard.     (Montaigne.  III,  10.) 

Un  manoeuvre  des  miens,  atout  ses  mains  et  ses  pieds,  attira  sur 
soy  la  terre  en  mourant.     (Ib.  III,  12.) 
Atout  laquelle  ...     (Ib.  II.  12.) 

Avec. 
Cette  préposition  est  un  composé  de  la  préposition  romane 
ahj  dont  j'ai  parlé  ci -dessus,  et  du  latin  hoe.  (Cfr.  semiec  =  sme 
boc:  sans  cela;  <poruec  =  ^ra  hoc:  'pour  cela^  donc?).  Avec  avait 
les  variantes:  avoc,  avoques.,  avoec^  avocques,  avoech,  avuec, 
avueques,  aveue,  ove  (oue),  ovoc,  ovoques^  ovoec,  auveques  (auvec- 
ques),  auvec.^  oveque.,  awech.^  avec,  aveques,  uoc.  Les  formes  en 
0  initial  dérivent  de  od ,  o. 

Avec  s'employait  quelquefois  adverbialement,   et  il  signifiait 
alors   outre  ceîu,  de  même. 

Adont  fait  aporter  le  fruit 
Li  estes  Baires  por  déduit. 


DE    LA   PRÉPOSITION^.  345 

Puns  de  grenat,  figes  et  poires; 

Et  avoec  fu  moult  boins  li  boires.    (FI.  et  Bl.  v.  1685-8.) 
Rois  sui  d'Espangne,  si  en  aras  ton  don, 
Et  Gloriande  avoques  te  donrons.     (0.  d.  D.  v.  1931.  2.) 
Avoee  s'en  mesla  jalousie. 
Désespérance  et  derverie.     (Romv.  p.  323.) 
Yoici  des  exemples  des  différentes  formes  de  avec^  préposition. 
Vos  estes  mort  et  vostre  vie  est  avoc  Crist  repunse  en  Deu.     (M.  s. 
J.  p.  468.) 

Li  empereres  commanda  à  quarante  chevaliers  qu'il  fuissent  aparille 
pour  aler  avoeqiies  lui ,  et  bien  autres  soixante  qui  entrèrent  avoec  tous 
les  quarante  maugre  tous  ciaus  qui  les  portes  gardoient.   (H  d.  V.  503  *.) 
Vous  ires  avuec  mon  maistre.     (R.  d.M.  d'A.  p.  3.) 
Li  Elamenc  vienent  aveuc  li.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  683.) 
Sun  bastun  porta  avuec  soi.     (St.  N.  v.  759.) 
Et  en  tiesmongnage  de  chou  ay  ge  pendut  men  saiiel  à  ces  pré- 
sentes lettres  avoech  le  saiiel  mon  chier  segneur.  (1277.  Charte  de  Tour- 
nay.  Phil.  M.  Intr.  CCCX.) 

Tut  issi  cume  Deu  ad  este   ove  tei,  mun  seignur,  si  seit  il  od 
Salomun.    (Q.  L.  d.  R.  IH,  p.  224.) 

Ove  li  ad  auques  demore.     (Ben.  t.  3.  p.  620.) 
Li  reis  vait  cunseillier  oue  sa  barunie.     (Ib.  t.  3.  p.  542.) 
Ovoc  Tristran  en  cel  endroit.     (Trist.  I,  p.  31.) 
Tient  se  il  ovoc  mei  ?  vait  nus  il  guerreiant.    (Ben.  t.  3.  p.  591 .) 
E,  tant  come  nous  serons   en   nostre  pèlerinage  ovoqes  le  roy  do 
France,  nous  li  obeierons  en  bone  foi.  (1269.  Rym.  I,  2.  p.  113.) 
Oveque  la  gent  k'il  meneit.     (R.  d.  R.  v.  9023.) 
Car  saint  Thomas  aveit  ilueches  ovoec  sei.    (Th.Cantb.  p.  113.  v.  2.) 
.X.  chevaliers  a  auvec  lui  menez.     (R.  d.  C.  p.  51.) 
Auveques  lui  est  .i.  vasals  montez.     (Ib.  p.  171.) 
A  Loon  est  auvecques  ses  amis.     (Ib.  p.  324.) 
Et  demeura  aveques  aus.     (R.  d.  S.  G.  v.  54.) 
Awech  mon  chier  signeur.     (1289.  J.  v.  H.  p.  495.) 

Vait  s'en  li  reis  AViUame  uoc  son  grant  barnage.  (Ben.  t.  3.  p.  556.) 
Cette  dernière  forme  n'est  sans  doute  qu'une  aphérèse  de  ovoc. 
Avec  signifiait  quelquefois  ehe%. 

Vostre  merchi,  cel  huis  ouvres, 

Et  avoec  vous  me  recheves.     (R.  d.  S.  S.  v.  2199.  200.) 
Anz^  ansj  ain%^  ains^  em%,  eins.,  en%. 
Cette  préposition  dérive  du  latin  ante  et  signifiait  avant.   (Cfr. 
l'adverbe.) 

Ainz  un  an  trespasse.     (R.  d.  R.  v.  3263.) 

Et  vait  bien  ains  jors  al  mostier.     (P.  d.  B.  v.  7994.) 

Tant  l'unt  sa  gent  bien  secoru 

Qu'ému  midi  fu  le  champ  vencu.     (Ben.  II,  v.  2263.  4.) 

Enz  l'anuitant  furent  tuit  enz.     (Ib.  v.  37030.) 


346  DE   LA   PllÉPOSITION. 

A  la  fin  du  XIII*"  siècle,  aiigoù  se  trouve  aussi  employé 
quelquefois  comme  préposition. 

Du  même  mot  ante  joint  à  ab,  on  forma  avant  (ab  ante)  ; 
puis  on  préposa  de  à  ce  dernier,  d'où  davant^  plus  tard  devant. 

Devant  et  avant  s'employèrent  longtemps  indifféremment. 
Bossuet  dit  encore  devant  le  déluge  (Hist.  univ.  S''  part.);  Pascal, 
devant  ce  temps  (Sur  l'amour). 

Lieu  de  avant  dist.   ,  (Frag.  de  Yalenc.  37.  v°.) 
Ne  mies  solement  davant  Dieu,  mais  nés  assi  davant   les   homes 
(S.  d.  S.  B.  p.  Eoquefort  s.  v.) 

Si  tu  demandes  ce  k'est  qu'il  aportat,  il  aportat  davant  totes  les 
altres  choses  la  miséricorde.     (S.  d.  S.  B.  p.  538.) 

E  pis  que  nuls  ki  devant  lui  oust  ested  devers  nostre  Seignur 
uverad.     (Q.  L.  d  R  ni,  p.  309.) 

A  la  foiz  gettet  devant  noz  oez  l'ymagene  de  discrétion  et  si  per- 
mainet  à  laz  d'indiscrétion.     (M.  s.  J.  p.  454.) 

De  ce  dist  bien  davant  nos  uns  sages  hom.     (  Ib.  p.  514.) 
Tôt  dreit  à  lui  tienent  la  veie: 
Senz  nul  autre  porloignement 

Sunt  davant  lui  en  un  moment.     (Ben.  v.  25697-9.) 
Le  fis  ardoir  devant  le  jour.     (E  d.  1.  M.  v.  937.) 
Devant  avait  quelquefois  la  signification  du  latin  prae. 
Mais  par  tant  k'ele  amoit  une  femme  sainte  nonain  en  cel  meisme 
monstier  devant  les  altres.     (S.  Grég.  Eoquefort.  s.  e.  v.) 

Remarquez  la  forme  dedavant^  dedevant.  Cette  composition, 
quoique  tout  à  fait  semblable  à  notre  dedans  (voy.  ens)  n'a  jamais 
été  d'un  fréquent  emploi. 

Les  plus  hauz  primes  dAlemaigne 

E  les  meillors  de  sa  compaigne 

A  fait  dedavant  sei  venir.     (Ben.  v.  19286-70.) 

Dedevant  lui  sa  muiller  Bramimunde 

Pluret  e  criet,  mult  forment  se  doluset. 

(Ch.  d.  E.  p.  100;  cfr.  p.  85.  126.) 

Contre  —  vers. 
Contre  dérive  du  latin  contra;  vers,  de  versus.  —  Contre 
signifiait  contre  (souvent  pour  le  temps),  vers,  vis-à-vis,  en  com- 
paraison de,  à  la  rencontre,  au-devant.  Encontre  (en -contre), 
composé  de  contre ,  s'employait  dans  le  même  sens  que  le  simple. 
Contre  et  encontre  se  disaient  également  des  intentions ,  des  des- 
seins pacifiques  et  hostiles.  Vers  n'avait  pas  la  signification  que 
nous  lui  donnons  aujourd'hui,  on  s'en  servait  pour  envers  et 
contre.  Ainsi  vers  signifiait  vers,  envers ,  contre ,  en  comparaison  de, 
et  le    composé   envers    (en -vers)    avait    le   sens  de   vers.^  envers 


DE   LA   PREPOSITION.  347 

contre^  du  côté  de^  auprès,  en  comparaison  de.     Vers  avait  encore 
les   composés:   avers   (a-versj   en    comparaison   de,   à   côte    de; 
devers  (de -ver s);  vers,  devers,    du  côte  de,  envers.     Devers  se 
joignait  souvent  à  la  préposition  par:  par  devers^   encore   usité 
aujourd'hui  en  style  de  pratique:  par  devers  le  juge,  et  dans  la 
locution:  par  devers  soi.    Quant  à  l'orthographe  ver^  qu'on  trouve 
quelquefois,  c'est  sans  doute  une  faute  des  copistes. 
Yseut  s'est  contre  lui  levée.     (Trist.  I,  151.) 
Li  emperere  le  vit,  si  est  encuntre  lui  levet.  (Charl.p.  6.) 
Boin  est,  fait  il,  que  nous  alons 
A  Beruic  contre  le  roy.     (E.  d.  1.  M.  v.  4098.  9.) 
Droit  à  Lyons  qui  soi  le  Eosne  sist 
Vint  l'apostoiles  contre  Charlon  son  fil.  (G.  1.  L.  I,  p.  3.) 
Quant  el  l'oï,  mut  en  fu  lie; 

Cuntre  lui  s'est  apareillie.     (M.  d.  F.  Elid.  v.  957.  8.) 
Là  nos  atendent  li  ange  en  chantant 
Contre  vos  âmes  vont  grant  joie  menant.  (Agol.p.  185.  c.  2.) 
Contre  le  doue  tans  de  mai.     (Romv.  p.  285.) 
Ancontre  le  tens  novel.     (W.  A.  L.  p.  74.) 
AUer  contre  raison,  (t.  Il,  p.  107.  1.  19.) 

Nous  warderons  les  devantdis  cytains,  de  force,  encontre  l'eveske 
et  les  dites  eglyses  de  Liège,  et  encontre  leur  aiies,  ki  les  aideront 
encontre  les  dis  citains,  ens  es  cas  dexeui*dis.  (1286.  J.  v.  H.  p.  442.) 
Encontre  la  pasche  est  venuz.     (M.  d.  T.  Il,  p.  420.) 
L'uns  point  ancontre  l'autre  par  granz  enemistiez.  Ch.  d.  S.n,p.  139) 
SebUe  la  roïne,  qi  tant  ot  de  biaute, 

Ancontre  le  roi  vient  jusq'au  maistre  degré    (Ib.  Il,  p.  154.) 
n  est  avis  à  lor  paroles  que,   si  vos  ne  faisiez  ce  qu'il  vos  man- 
dent, que  il  seroient  encontre  vos.     (Villeh.  468*.) 

Et  H  baron  et  les  autres  genz  alerent  encontre  lui,  et  le  reçurent 
à  grant  honor  come  lor  seignor.     (Ib.  ead.) 

Wencontre  lui  ne  parleront.     (L.  d.  M.  p.  44.) 
Jamais  n'ert  hume  ki  encuntre  lui  vaille.  (Ch.  d.R.p.  15.) 
Si  hom  pèche  vers  altre,  à  Deu  se  purrad  accorder,   e  s'il  pèche 
vers  Deu,  ki  purrad  pur  lui  preier?    (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  8.  9.) 

Droit  ver  Jehan  retorne  maintenant.     (R.  d.  C.  p.  108.) 

(Plaie)  Vers  qui  ne  puet  herbe  ne  jus.    (Fab.  et  C.  lY,  327.) 

Plus  avez  nostre  honor  volue 

E  vers  tote  gent  défendue 

Que  nus  que  seit,  ce  sai  je  bien.     (Ben.  et  20575-7.) 

E  mult  out  vers  Deu  grant  amor 

E  vers  toz  ceus  qui  al  servise 

S'erent  donez  de  saint  iglise.     (Ib.  v.  29894-6.) 

Vers  le  conte  sunt  mult  mari.     (Ib.  29952.) 

Charles  fu  engres  vers  lui.    (Ib.  41901.) 


348  DE   LA   mÉPOSITIOÎ^. 

Dame,  pour  Dieu,  ne  soiez  mie  contre  mon   droit,   car  donques 
feriez  vous  grant  desloiaute  vers  moi  et  vers  vous.     (H.  d.  V.  503''.) 

Li  quens  Estases  se  parti 

De  Douve,  et  moult  s'en  aati 

Viers  le  roi,  et  moult  iries  fu.     (Phil.  M.  v.  17680-2.) 

Et  dit  que  clerc  ne  sevent  mie 

Vers  chevaliers  un  tôt  seul  as.     (Fabl.  et  C.  IV,  361.) 
Yoy.  t.  II,  p.  63.  L  2. 

E  la  dame  "li  demanda 

Pur  qu'il  palloit  ensi  vers  li.     (M.  d.  F.  Il,  p.  209.) 
Cfr.  crier  vers  qqn.  t.  I,  p.  89,  1.  30. 
Quel  grâce  averoit  il  envers  son  signer?  (S.  d.  S.  B.  p.  557.) 
Car  ja,  si  m'ait  Diex,  envers  vous  ne  ferai  vilounie,  si  vous  tout 
avant  ne  le  faites  envers  moi.     (H.  d.  V.  503®.) 

Cil  out  envers  lé  rei  grant  ire.     (Ben.  v.  41640.) 

Ses  .ij,  mains  jointes  anvers  le  ciel  tendi.     (E.d.C.p.327.) 

Envers  celé  part  s'en  ala.     (L.  d.  M.  p.  51.) 

Je  sui  tos  près  ichi  à  deraisnier 

Et  de  conbatre  vers  un  suel  chevalier 

Menverslui  (Ogier)  s'il  s'en  ose  drechier. . .  ((O.d.D.v.4336-8.) 

Envers  s'espee  ne  pooit  valoir  arme.     (Ib.  v.  2962.) 

Que  neifs  ert  pale  e  flors  de  lis 

Avers  la  soe  grant  blancbeor.     (Ben.  v.  31237.  8.) 

Sis  cors  parut  si  très  bien  faiz 

Qu'avers  le  suen  esteient  laiz 

Toz  cens  ..  .  (Ib.  v.  31450-2.) 

Au  droit  n'en  iert  plus  devers  mei, 

Ceu  saches  bien,  que  devers  tei.     (Ib.  v.  25690.  1.) 

Deves  le  vent  mist  l'escu  en  chantel.    (Fierabras  LVIII.  c.  2.) 
Ce  deves  pour  devers  est  sans  doute  une  faute  du  copiste  ou 
de  lecture;  ves,  deves  appartenaient  à  la  langue  d'oc. 

Guardez  amunt  devers  les  porz  d'Espaigne.    (Ch.  d,  E.  p.  44.) 

Devers  Ardene  veeit  venir  .xxx.  urs.     (Ib.  p.  99.) 
On  a  vu  plus  haut  dedavant^  on  trouve  de  même  dedevers. 

Mil  en  laissent  dedevers  destre, 

E  mil  e  plus  devers  senestre.     (Ben.  v.  19858.  9.) 
Cfr.  Ib.  34345.  40103.  etc. 

Et  se  nous  avons  mains  de  gens  par  dévier  s  nous  que  il  n'ont,  nos 

avons  Deu  par  dévier  s  nous  en  la  nostre  aide.     (H.  d.  Y.  p.  175.  6.  V.) 

Jakenes  Bliaus  qui  fu  nés  par  devers  Blaveguines.   (H.  d.  Y.  507".) 

Bes. 

Cette  préposition  dérive  de  de  ex  et  non  de  de  ipso ,  comme  le 

disent  Eaynouard,  M.  Diez  (II,  p.  494)  et  après  lui  M.  d'Orelli. 

Des  est  une  composition  exclusivement  prépositive,    et  ipse  ne 

sert  à  former  que  des  mots  qui  s'emploient  comme  adverbes. 


DE    LA   PREPOSITION.  349 

La  signification  primitive  de  dès  est:  à  partir  d'un  point  quel- 
conque de  l'espace,  ce  point  y -compris.  La  langue  moderne 
considère  la  chose  d'une  autre  façon ,  surtout  quand  dès  a  rap- 
port au  temps  ;  elle  ne  songe  guère  qu'au  commencement  de  la 
ligne  dans  l'espace  ou  dans  le  temps. 

Dès  avait  la  variante  doïs  à  l'est   du  dialecte    bourguignon, 

^ durant  la  seconde  moitié  du  XIII''  siècle. 
Le  chastel  qui  siet  sui'  la  mer,  des  l'une  mer  jusques   al  autre. 
(Joinville,  108.) 
Tôt  ce  que  nos  et  notre  femme  avions  dois  la  Soune  jusques   à  la 
Jou.    (1251.  M.  s.  P.  L  348.) 
Je  vous  di  deseui'  ma  créance 
Que  ceste  dame  des  enfance  .  .  .  (Ruteb.  Il,  161.) 
^^  Des  quant  summes  nus  si  parent?    (M.  d.  F.  H,  290.) 

P-  En. 

Cette  préposition  dérivée  de  tn^  avait  les  variantes  an^  am^ 
em  (Cfr.  en,  pronom  indéterminé). 
La  différence  que  nous  établissons  entre  e7i  et  dans  (voy.  ci- 
dessous  ens)  n'était  pas  la  même  dans  l'ancienne  langue;  celle- 
ci  se  fondait  davantage  sur  la  signification  :  en  était  l'expression 
générale,  dans  se  rapportait  plus  spécialement  à  l'intérieur  d'un 
objet. 

Outre  l'usage  que  nous  faisons  de  en,  on  l'employait  pour 
indiquer  l'extérieur  d'une  chose;  et  bien  plus  souvent  qu'aujour- 
d'hui ,  d'une  manière  abstraite ,  avec  beaucoup  de  verbes.  Dans 
ce  dernier  cas,  la  signification  fondamentale  de  repos  ou  de 
mouvement  était  très -marquée,  et  avec  l'idée  de  mouvement, 
en  désignait  le  but,  comme  la  préposition  à. 

Les  principales  significations  de  en  étaient:  en,  dans,  à,  sur, 
de,  en  qualité  de,  comme,  entre,  parmi,  par,  selon,  durant. 

Chascuns  va  an  sa  terre  et  an  son  chasement.   (Ch.  d.  S.  I,  p.  23.) 
En  la  terre  de  Logres  esteient 
Et  mut  suvent  la  damaeeient. 
En  la  Pentecoste  en  este 

I  aveit  H  reis  sejume.    (M.  d.  F.  Lanv.  v.  9-12.) 
S'm  l'an  meismes  n'a  secours.     (Ruteb.  I,  p.  113.) 
He  se  puet  apaier  ne  soit  toz  jorz  am  plor.    (Ch.  d.  S.  H,  p.  169.) 
Euriaut  fait  em  prison  mètre.     (R.  d.  1.  V.  v.  4123.) 
Puis  sunt  muntez  en  lur  curanz  destrers,  (Ch.  d.  R.  p.  149.) 
Puis  est  en  un  cheval  montez.     (Ben.  v.  19199.) 
En  ceval  monte,  prist  l'escu  et  l'espie.    (0. d.D.v.8252.) 
Mais  c'est  folie  en  ce  doter 

Que  Deus  vont  en  chascon  ovrer.     (Ben.  v.  25426.  7 .) 
Li  chevaliers  ad  graunte 
Q,u'en  lui-  cunseil  femme  prendra.   (M.  d.  F.  Fr.  v.  328.  9.) 


350  DE    LA    PREPOSITION. 

Assez  en  a  dure  le  plait 
E  li  contenz  e  li  estris 

Tant  qu'en  tei  nos  en  sommes  mis.     (Ben.  v.  25731-3.) 
Cfr.  t.  n,  p.  178  mettre  sm. 

En  lui  ot  nobille  vassal.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  1112.) 
Cet  emploi  de  en  avec  avoir  impersonnel  est  très -ordinaire. 
Qui  as  paiens  en  vait  en  messagier.   (Fierabras  LVI.  c.  2.) 
Ne  se  esleezcent  en  mei  li  mien  enemi.     (Rayn.  L.  r.  m,  122.) 
Salve  mei  en  la  tue  miséricorde.     (Ib.  ead.  p.  121.) 
Anuunciez  en  pueples.     (Ib.  ead.) 

Un  tel  manière  n'en  tel  guise.     (R.  d.  Ren.  II,  p.  6.) 
JEn  rbonur  de  vos ,  nobles  reis.     (M.  d.  F.  Il,  p.  44.) 
Rois  doit  estre  moult  dreturiers 
En  justice  roides  et  fiers.     (Ib.  Il,  p.  134.) 
Or  sai  de  voir  qa'en  mon  vivant 
Ne  fis  chose  qui  vausist  tant.     (R.  d.  Ren.  III,  p.  16.) 
Tote  s'entente  e  son  poeir 

Ert  en  aquerre  or  e  argent.     (Ben.  v.  27829.  30.) 
Endroit^  endreit. 
End/roit,  du  latin  in  directum^  s'employait  tantôt  avec  de,  tan- 
tôt sans  de.     Endroit  signifiait  «^^r«,   vis-à-vis.^  auprès^  quant  <?, 
pour,  à  V égard  de.,  environ,  justement  (du  temps). 

Notre  substantif  endroit  n'est  autre  chose  que  ce  mot  ;  il 
signifie  donc  proprement  ce  qui  est  situé  vis-à-vis  ou  devant 
les  yeux.     Contrée  dérive  de  même  de  contre. 

Chascuns  saisi  de  la  terre  endroit  soi  tant  com  li  plot.  (Yilleh.  464**.) 
De  ceo  te  requert  e  semunt 
Chascuns  cum  père  e  sire  e  rei, 
E  je  toz  premers  endreit  mei.    (Ben.  v.  13251  -  3.) 
Et  chascuns  androitsoi  sonmautelant  pardone.    (Ch.d.S.I,p.78.) 

Endroit  de  moi  vous  puis  je  dire.     (Ruteb.  I,  p.  77.) 
Androit  de  moi  me  samble  que  soit  musarderie.     (Ch.  d.  S.  Il,  99.) 
Nous  gisions  si  à  estroit  qu?  mes  piez    estoient   endroit  le  bon 
conte  Perron  de  Bretaigne ,  et  les  siens  estoient  endroit  le  mien  visage. 
(Joinville.  Cité  p.  M.  d'OreUi.) 

Endreit  cel  tens  e  cel  termine.    (Ben.  v.  27125.) 
Endroit  le  vespre  uns  valles  vient.     (P.  d.  B.  v.  5509.) 
Cfr.:  Chascuns  ot  duel  et  honte  pour  endroit  sa  moillier. 

(Ch.  d.  S.  I,  p.  131.) 
Yariante:  par  endroit. 

Endroit  s'employait  comme  adverbe  et  signifiait  directement, 
en  plein. 

Garir  se  quidoit  en  fuiant,  |  Et  il  le  fiert  en  ateignant  ; 
Nel  par  ataint  pas  endroit.,  mes 
Porquant  la  quisse  el  plus  espes, 


DE    LA    PREPOSITION.  351 

Desriers  la  hanche,  a  conseue.     (P.  d.  B.  v.  5789-93.) 
Ici  ou  là  endroit:  directement^  justement  ici,  là. 

Ici  endroit  gist  un  cors  saint.    (E.  d.  Een.  I,  p.  178.) 
Si  voil  iloec  endreit  gésir.     (R.  d.  E.  v.  7284.) 
Eoquefort  a  admis  avec  raison  que,  dans  les  combiiiaisons 
de  cette  espèce,  le  mot  endroit  était  destiné  à  ajouter  à  l'idée 
d^ici,  là;  c'est  ce  que   prouve    le    vers  suivant,    où  illec   rem- 
place endroit. 

Ci  ilïeques  en  gist  le  cors.     (E.  d.  Een.  I,  p.  178.) 
Cfr.  tôt  droit  le  leu  (n,  98.). 

Uns,  anz,  enz:  dans. 
Ens  dérive  de  intus.     Au  chapitre  de  l'Article  (t.  I,  p.  55), 
j'ai  parlé  d'une  forme  ens ,  qu'on  regarde  ordinairement  comme 
la  préposition  dont  je  m'occupe  ici,   et  je   crois   avoir  prouvé 
par  un  assez  grand  nombre  d'exemples  que  c'était  simplement  une 
forme  composée  de  l'article.     Ens  a  été  primitivement  adverbe. 
Car  vous  gires  ens  en  mon  lit.     (E.  d.  M.  d'A.  p.  7.) 
Guiteclins  de  Sessoigne  descendi  anz  oupre.  (Ch.d.S.I,p.  145.) 
Le  confenon  de  soie  anz  ou  cors  li  repont.     (Ih.  I,  p.  168.) 
Jambes  levées  Vdbati  enz  ou  prey.     (G  d.  Y.  v.  772.) 
Ens  el  chemin  .i.  petit  s'aresta.     (E.d.  C.p.  113.) 
Preus  est  Ogiers  et  chevaliers  ites, 
Ens  en  cest  mond  ne  seroit  tes  troves.     (O.d.p.7573. 4.) 
Qu'il  iert  aies  ens  en  un  bois  cachier.     (Ib.  v.  8262.) 
Cfr.  issir  fors,  corir  sur,  etc. 

n  paraît  qu'au  lieu  de  rapporter  ens  à  son  verbe,    on  prit 
peu  à  peu  l'habitude  de  le  joindre  au  mot  suivant,  et  alors  on 
le  considéra  comme  une  préposition.     Mais  on  n'employa  pas  la 
forme  du  régime  direct  de  l'article;  on  conserva  celle  du  régime 
indirect  que  demandait  la  construction  primitive  avec  ens  adverbe. 
Dans  cette  opération,    on  ne   s'inquiéta   pas  ou  plutôt   on   ne 
s'aperçut  pas  du  pléonasme  que  la  nouvelle  préposition  faisait 
avec  les  formes  composées  de  l'article  (al  =  à  le ,  el  =  en  le,  etc.). 
TeUe  est,  je  crois,  l'explication  de  l'emploi  pléonastique  de  ens 
devant  le  régime  indirect  de  l'article  dans  les  citations  suivantes. 
Si  asauciez  la  loi  Deu  et  son  non, 
Vos  en  arois  molt  riche  gueredon 
Et  les  vos  airmes  en  aront  mantion 
Avockes  lui  enz  ou,  ciel.     (G.  d.  ^.  v.  3048-51.) 
Par  sainte  révélation 
Conut  l'occise  e  vit  le  trait 
Enz  el  hore  que  ce  fu  fait.     (Ben.  v.  40858-60.) 
On  préposa  de  à  an%,  ans,  enz,  ens,    d'où   danz,   dans,  denz, 
dens.     Denz  se  joignit  à  son  tour  avec  de,  d'où  dedanz^  eto, 


352  DE   LA    TREPOSinON. 

Bedanz  se  mettait  souvent  pour  danz  ;  il  s'employait  comme 
préposition  et  comme  adverbe.  Cet  usage  a  duré  fort  long- 
temps :  Molière ,  La  Fontaine ,  Pascal ,  Bossuet ,  donnent  encore 
un  complément  à  dedans.  Il  est  vrai  qu'on  leur  a  reproché  cela 
comme  un  solécisme  ;  mais  c'est  un  solécisme  posthume.  Je  ne 
vois  pas  sur  quelle  autorité  on  se  fonde  pour  restreindre  dedans 
au  rôle  d'adverbe.     Cette  remarque  s'applique  à  <?^««w«,  dessous. 

Les  malvaises  penses  ne  cessent  de  tumoier  dedenz  eles  les  noises 
des  temporeiz  choses ,  mimes  cant  eles  oisouses  sunt.  (M.  s.  J.  p.  473.) 

Eissi  en  cel  tens  que  vos  oez, 

Par  tôt  denz  les  affinitez 

De  Normandie  ont  pais  entière.     (Ben.  v.  34234  -  6.) 

Dedenz  et  por  tôt  acomplir 

E  defors  por  tôt  garantier 

Eissi  que  dedenz  sa  puissance.     (Ib.  v.  23949-51.) 

Dedenz  les  murs  s'estèrent  quei.     (Ib.  v.  19060.) 

Or  ne  m'en  chalt  que  l'en  me  tiengne 

Ver  u  oisel,  mais  que  jeo  viengne 

Dedenz  la  fiente  d'un  cheval.     (M.  d.  F.  Il,  p.  283.) 

Dedans  Yiane  est  li  quens  Olivier.     (0.  d.  V.  v.  397.) 

Si  connoist  il  et  cuer  et  cors 

Et  par  dedcns  et  par  defors.     (Ruteb.  I,  p.  52.) 

Unsemhle. 
EnsemUe ,  dérivé  de  ïn  simul,  s'employait  comme  adverbe  et 
comme  préposition.  Outre  sa  signification  actuelle,  ensemble, 
adverbe,  avait  celle  de  en  même  temps.  De  ensemble,  on  forma 
ensemblement.  Ensemble^  préposition,  était  cependant  fort  sou- 
vent suivi  de  od  ou  avec.  La  forme  primitive  de  ce  mot  a  été 
ensemle ,  d'où ,  avec  l'intercalation  ordinaire  du  b  entre  m  et  /, 
ensemble.  Ensemble  donna  naissance  à  ensenle,  ensanle.^  par  suite 
de  la  permutation  de  m  en  n. 

Yoyez  des  exemples  de  ensemble .,  adverbe,  t.  I,  p.  88,  1.  7; 
p.  190,  1.  26.  etc. 

Qu'ensanble  li  a  tel  mescine 

Qui  de  biauté  vaut  la  roïne.    (M.  d.  F.  Grael.  v.  633.  4.) 
Ci  ai  ma  chambre  et  ma  chapele 
Ensanble  od  mei  ceste  pucele.     (Ib.  Gug.  v.  355.  6.) 
Ensanlle  od  lui  dux  Namles  à  la  bai-be.    (0.  d.D.  v.  3498.) 
Y.  t.  L  p.   192,  1.  13;  p.  234,  1.  31  ;   p.  400,   1.  44;  t.  n, 
p.  3 ,  1.  21.  etc. 

Entre  .^  antre. 
Inter  est  la  racine  de  cette  préposition ,  qui ,  outre  la  signi- 
fication qu'elle  a  aujourd'hui,  prenait  souvent  ceUe  de  conjointe- 
ment j  ensemble,  h  la  fois. 


DE   LA    PRÉPOSITION.  363 

Molt  fu  la  corz  pleniere  antre  midi  et  none.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  78.) 

Yielz-hom  sui,  n'ai  mestier  des  ore  de  grevance; 

Antre  ma  gent  serai  et  an  ma  connoissance.     (Ib.  II,  p.  102.) 

Entre  les  prisons  e  la  preie 

Valurent  dens  cenz  mile  mars.     (Ben.  v.  22065.  6.) 

Siex  chenz  e  seisante  homes,  de  cels  k'il  ont  menez, 

I  perdi  en  un  jor  entre  morz  e  nafrez.  (E.d.E.v.4852.3.) 

Le  jor  n'ara  de  pain  que  un  quartier, 

Et  plain  hanap  entre  eve  et  vin  vies.    (O.d.D.v.  9580. 1.) 
Einsi  furent  dune  trei  entre  els  dous  e  le  rei.  (Th.  Cantb.  p.  113.  v.  4.) 

Entre  lui  et  Gobert  s'en  vont. 

Que  plus  de  compagnie  n'ont.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  7364.  5.) 

Apres  se  metent  ou  chemin 

Entre  Hersent  et  Ysengrin.     (R.  d.  Ren.  I,  p.  21.) 

Entre  moi  et  vos  somes  ci 

Tôt  sol  à  sol  en  cest  repère.     (Ib.  ead.  p.  135.) 

Entor  —  Environ. 
Yoy.  les  adverbes  p.  290.     Entor  et   environ  s'employaient 
poiir  désigner  des  rapports  de   lieu   et  de  temps.     On  mettait 
souvent  entor  où  nous  nous  servirions  àJenviron. 

Subitement,   ce  dist  sainz  Lus,  vint  antor  luy  li  lumière  de  ciel. 
(S.  d.  S.  B.  p.  554.) 

Qant  Karles  ot  ses  homes  antor  lui  râliez.     (Ch.  d.S.ÏÏ,p.l39.) 
Et  cil  qui  furent  entor  le  marchis  le  sosteindrent.     (Villeh.  491  ^.) 

Antor  son  col  sa  chaanete.     (Dol.  p.  278.) 
Entor  un  an  après  ces  choses.     (Rec.  des  Hist.  d.  France  VI,  139.) 
Entour  vespres.     (Roquefort,  s.  v.  Atineusement.) 
Pur  ço  David  d'iloc  s'en  tumad  od  tuz  ses  cumpaignuns,  entur  sis 
cenz  que  il  i  out.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  90.) 

Saisne  s'arment  à  force  parmi  la  praierie, 
Et  Baudoins  sa  gent  anviron  soi  ralie.     (Ch.  d.  S.  II.  p.  126.) 
Environ  la  feste  de  la  Purcification.     (Miracles  de  St.  Louis.) 
Kemarquez  qu'on  disait  aussi  environ  de: 
Environ   de   la   dite    demoiselle    de   Boui-gogne    estoit    parle    de 
plusieurs  mariages  pour  elle.     (Comines  I,  357.) 

On  employait  d'' entour  comme  préposition  après  un  substantif. 
Tous  ses  chevaliers  d'entour  lui.     (JoinviUe.) 
Au  lieu  de  environ^  on  trouve  par  environ: 
Et  les  filz  de  Aaron  verseront  son  sank  par  enviroun  del  altier. 
(Roquefort  s.  v.  past.) 

Estre. 
Cette    préposition   dérivée     du    latin   extra  ^    signifiait   hors, 
excepte',  outre  ^  contre. 

Burguy,   Gr.  de  ]a  langue  doïl.    T.  IL     Éd.  III,  23 


354  DE    LA  PRÉPOSITION. 

E  à  sa  quesine  furent  asis,  chascun  jur,  dis  bues  gras  de  guarde 
e  vint  M  veneient   de  la  cumune   pasture,  e   cent  multuns,   estre   la 

veneisun  de  cers ,  e  de  cheverols (Q.  L.  d.  R.  HI,  p.  239.  40.) 

E  estre  ices  i  out  treis  milie  e  treis  cenz  ki  maistre  forent  sur 
l'ovre  e  sur  les  overiers.     (Ib.  III,  p.  245.) 

.Xiiij.  et  XX  .m.  homes  s'an  vont  parmi  cel  raine 
De  riclie  baronie,  estre  la  gent  vilaine.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  81.) 
Trois  (gardes)  en  a  el  cief  d'un  estage. 
Estre  le  maistre  le  plus  sage.     (FI.  et  Bl.  v.  1905.  6.) 
Eois  Sornegui-  a  moult  grant  gent, 
Estre  le  secors  qu'U  atent.     (P.  d.  B.  v.  2329-30.) 
A  se  gent  par  se  poeste 
Le  fera  faire  estre  lor  gre.     (Ib.  v.  9013.  4.) 
Fors. 
Fors,  dérivé  de  /om«,  foris  (D.  C.  s.  v.  foras),   est  la  forme 
primitive  de  notre  mot  hors.    On  trouve  à  ce  mot  les  variantes  : 
foers^  foer,  fur.     Le  XLŒ*   siècle   offre   déjà  des  exemples  de 
hors. 

Ja  de  vous  fors  bien  ne  diront.     (R  d.  M.  v.  571.)     • 
Et  en  mon  lit  n'a  fors  la  paille.    (Ruteb.  I,  p.  3.) 
Que  plus  vos  aim  ke  hom  ke  soit  ne, 
Fors  Karlemaine,  le  fort  roi  corone.     (G.  d.  Y.  v.  3068. 9.) 
Onques  borne,  fors  vos,  n'amai.    (L.  d.  M.  p.  47.) 
Suz  cel  n'ad  gent  que  Caries  ait  plus  cbere, 
Fors  cels  de  France  kiles  règnes  cunquerent.  (Cb.  d.  R.  p.  117.) 
Fors  était  souvent  suivi  de  la  préposition  de  ou  de  que. 
De  trestotes  lor  autres  bierres 
Ne  lor  est  fors  de  celé  gaires.     (Ben.  v.  18985.  6.) 
C'en  n'i  démena  autre  bruit 
*  De  toumoier  ne  de  jouster, 

Fors  de  danser  et  caroUer, 

Et  de  bien  donner  à  mengier.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3892-5.) 
E  li  rois  d'Angleterre   ne  doit  ces  deniers   despendre  fors  que  el 
servise  Deu  ou  del  église.     (1259.  Rym.  I,  2.  p.  51.) 

Si  aucun  ait  derriers  sa  maison  autre  maison  en  laquelle  il  n'ait 
entrée  de  rue  fur  que  par  la  maison  devant,  il  soit  quitte  de  paier  les 
deniers  des  toises  pour  celé  maison.     (1292.  M.  s.  P.  LE,  p.  559.) 

Car  fors  que  pour  bien  ne  le  fis.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4825.) 
Ne  de  nule  autre  amor  joie  n'atent 
Fors  he  de]i^  ne  sai  ce  c'iert  jamais.     (Ib.  v.  7387.  8.) 
Remarquez  encore  les  combinaisons: 
Livre  l'ont  a  la  damoisele 
Por  çou  qu'ele  estoit  sage  et  bêle, 
A  norrir  et  à  maistroier, 
J^^ors  seulement  de  alaitier.    (FI.  et  Bl.  v.  179-82.) 


I 


DE  LA    PRÉPOSITION.  355 

Et  d'autre  part  del  bras  saint  Jorge  ne  tenoient  fors  que  seulement 
le  cors  de  la  cite  del  Espigal.     (YiUeh.  p.  127.  8.  CL.) 
Car  au  plus  quoiement  qu'il  pot 
Se  départi  de  sa  maison, 
Fors  tant  qu'il  dist  à  se  garçon 

Qu'il  l'atendit  sus  l'ajourner.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4024-7.) 
Fo?^s  était  souvent  adverbe;  il  signifiait  hors,  dehors. 
Si  escit  foers  de  la  civitate.     (Fragm.  d.  Yalenc.  8.) 

Fors  issirent  sor  le  gravoi.     (L.  d.  M.  p.  62.) 
Cunseil  pristrent  que  fors  istreient, 
E  fors  al  plein  les  atendreient.     (R.  d.  R.  v.  6655.  6.) 
Fors  as  pleins  clians  nos  volent  traire.     (Ben.  v.  19806.) 
On  préposa  de  à  fors^  d'où  defors:  dehors,  hors,  préposition 
et  adverbe. 

E  ces  de  Jabes  erranment  à  cels  defors  mandèrent:  Le  matin  à 
vus  vendrum,  e  en  vostre  merci  nus  metrum.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  37.) 

Il  li  ensengerent  un  cercle  en  la  terre  defors  lequel  il  n'osast  en 
uule  manière  lo  piet  forstraire.     (S.  Grég.  v.  Roquefort.) 

Defors  la  ville  se  logent  enz  es  preiz.     (G.d.  V.  v.  3911.) 
Quant  il  furent  defors  la  porte.     (Yilleh.  457 'K) 
Li  clarteiz  de  Deu  vint  entor  luy  par  defuers,   dont  il  ancor  ne 
pooit  estre  enlumineiz  par  dedenz.     (S.  d.  S.  B.  p.  555.) 

n  sevent  ke  la  pense ,  cant  ele  est  par  defors  apresseie  del  blan- 
diant  ensongement,  soi  derivet  alcune  foiz  volontiers  az  deforaines 
choses.     (M.  s.  J.  p.  463.) 

Un  autre  composé  de  fors    était  forsmis^   d'oii  notre  hormis. 
Ne  ne  poons  nous,  ne  nostre  enfant  aiwer  celui  qui  encontre  ceste 
pais  ii-oit,  forsmis  le  evesque  de  Liège.     (1284.  J.  v.  H.  p.  431.) 

Mis  est  le  participe  de  mettre  (fors  mettre):  En  est  fuers 
mis  (1301.  M.  et  D.  i.  p.  467.) 

Joste.,  j  ouste  ^  juste. 
Joste  dérive  du  latin  juxta;  il  signifiait  proche  de,   près  de., 
le  long  de. 

TraveilHe  furent  et  pêne 
En  .j.  bois  joste  Duveline.     (L.  d.  M.  p.  54.) 
Li  rois  a  Ydel  apele, 
Se  l'assist  joste  son  coste.    (Ib.  p.  61.) 
Joste  les  autres  s'est  couchiez.     (Chast.  XVII,  v.  77.) 
Tant  le  mainne  une  fausse  voie 
K'il  vinrent  à  une  posterne 

Ki  estoit  jouste  une  cisterne.     (R.  d.  1.  V.  v.  2602-4.) 
L'apostoliesl'asietjMSieluierramment.  (Th.Cantb.p.  43.  v.  11.) 
n  va  son  fil  acoler  et  baisier; 
Joste  la  face  li  vit  le  sanc  raier.     (R.  d.  C.  p.  73.) 
Composés:  dejoste,  par  dejoste. 

23* 


366  DE    LA    PREPOSITION. 

Aiglente  fu  à  la  fenestre 
De  la  plus  haute  tour  perine; 

Dejouste  li  fu  Flourentine  ...     (R.  d.  1.  V.  v.  4162-4.) 
En  la  grant  ille  s'en  vint  toz  eslaisiez, 
Dedans  s'asist  dejoste  le  rochier.     (G.  d.  V.  v.  1904.  5.) 
Dejouste  lui  la  fille  au  sor  Geri.     (R.  d.  C.  p.  251.) 
Les  denz  en  la  coe  11  bote, 
Que  il  li  a  rompue  tote, 
Et  par  dejoste  le  crépon 

N'i  remest  que  le  boteron.     (R.  d.  Ren.  H,  p.  264.) 
Au  lieu  de  Joste,  on  employa  plus  tard  le  participe  présent 
de  joindre:   joignant^  joindant.     L'exemple  suivant    montre   de 
quelle  manière  joignant  en  est  venu   à  jouer  le  rôle   de  prépo- 
sition. 

Li  cops  trespasse  jognant  desus  la  teste.    (0.  d.  D.  v.  11850.) 
Yoy.  Roquefort  Suppl.  s.  v.  Vaussure. 

Lez,  les,  leiz ,  leis  —  Enooste. 
Lez  est  le  substantif  lez  (latus):   eôté^  flanc  (d.  d.  Y.  v.  163. 
Ben.  V.  22251  etc.),  qu'on  employa  comme  préposition,  pour  dire 
à  coté ,  près  de^  auprès  de. 

L'ancienne  langue  avait  une  composition  avec  le  mot  caste 
(costa),  dont  la  signification  était  la  même:  encoste. 

Or  fu  Geris  lez  l'oriere  del  bos.     (R.  d.  C.  p.  132.) 
Les  lui  fu  li  dus  Naymes,  qi  molt  ot  le  cuer  fin.   (Ch.d.S.Lp.65.) 
Sonjai  un  songe  mirabilous  et  fier, 
Ke  il  estoit  aleiz  esbanoier 

Leiz  la  rivière  sor  un  courant  destrier.  (G,  d.  Y.  v.  1899  - 1 901 .) 
Ensi  en  vait  grant  ambleure 
Envers  la  forest  à  droiture, 
Les  la  rivière  par  le  pre 
U  avoit  flors  à  grant  plente.     (L.  d.  T.  p.  74.) 
Lez  à  lez   ou    lez  et  lez   (Y.  et  conjonction)   signifiait   à  coté 
Vun  de  Vautre,  côte  à  côte. 

Hoc  dedens  fu  enteres 

Joste  son  frère,  les  à  les.     (Brut.  v.  9241.  2.) 
Et  troverent  l'empereor  Alexis  et  l'empereor  Sursac  son  père  seans 
en  deux  chaieres  lez  à  lez.    (Yilleli.  457^.) 

Lors  cbevaucbent  ensamble  bêlement  lez  et  lez.  (Ch.  d.  S.  I,  p.  174.) 
Ilueques  fu  abatus  Beneois 

Deles  les  bares  encoste  le  marois.     (0.  d.  D.  v.  6871.  2.) 
Composés:  delez^  dales,  dedelez,  par  delez  —  dencoste. 

Deleiz  le  roi  s'est  Rollan  acouteiz.     (G.  d.  Y.  v.  1227.) 
Un  jour  cbevauçoit  un  chemin 
Dales  Eayel  par  un  matin.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  427.  8.) 
Qant  le  voient  gésir  dedelez  .i.  rochier.     (Ch.  d.  S.  LE,  p.  90.) 


DE    LA    PRÉPOSITIOÎT.  ,  357 

Ains  se  siet  aussi  que  pasmes, 

Et  ses  senescaus   dedéles.     (E.  d.  1.  M.  v.  4259.  60.) 

D'autre  par  cort  li  Eones  par  deleiz.     (G.  d.  V.  v.  3229.) 

Près  de  Fere  par  dales  Oise.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  1827.) 

Car  li  bois  par  dales  estoit.    (Ib.  v.  1833) 

Si  s'est  dencoste  Fuis  assis.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2446.) 

Ses  armes  ot  dencoste  lui  cochie.     (0.  d.  D.  v.  9224.) 

Maigre. 
Maigre,   formé  de  l'ad'ectif  mal  et   du    substantif  greit,  gre 
(.î^ratus),   prit  de  bonne  heure  la  forme   maugre,    par   suite   du 
iléchissement    de    la    lettre    l.      Amyot,    Montaigne,    Kabelais 
emploient  encore  maugre. 

Maigre  se  joignait  aux  pronoms  mien^  nostre^  tien,  vostre^ 
sien.,  lor,  et  formait  ainsi  une  locution  spéciale,  qui  signifiait 
malgré  moi,  nous  toi^  vous^  lui.,  eux. 

Maigre  aus  tos  est  en  arcon  saillis.     (0.  d.  D.  v.  7496.) 
Mes  Herupois  chevauchent,  li  noble  chevalier, 
Qui  lor  feront  le  siège  tôt  maugre  ax  laissier.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  153.) 
Maugre  le  hontos  rei  de  France.     (Ben.  v.  14098.) 
Que  maigre  sien  li  en  convient  foïr.     (G.  1.  L.  II,  p.  138.) 
Ainz  me  combatrai  maugre  vostre.     (Romv.  p.  480.  v.  13.) 
Mes  ge  t'aurai  ja  tost  basti 
Tel  plet  que  trestot  maugre  toen 
T'estoura  fere  tôt  mon  boen.     (Ib.  p.  480.  v.  18-20.) 
Et  vouloit  corrompre  le  lit 
Sou  père,  maleoit  gre  tien.     (Dol.  p.  185.)^ 
Je  profite   de  l'occasion   que   m'offre   maigre,    pour    citer  la 
locution  mal  gre  en  aie  je,  etc.,  que  nous  avons  conservée  dans 
notre  malgré  quHl  en  ait. 

J'en  (de  la  terre)  conqueiTai  au  fer  e  al  achier, 

Si  en  arai  que  mal  gre  en  aies.     (0.  d.  D.  v.  1535.  6.) 

Pour  lui  rescoure  en  vienent  plus  de  mil; 

Le  cheval  print,  mau  gre  en  aient  il.    (G.  1.  L.  I,  p.  173.) 

Oltre,  ultre.,  outre. 
Oltre,  dérivé  du  latin  ultra,   s'employait  comme  adverbe  et 
comme  préposition;  il  signifiait  outre,  au-delà. 

Et  quant  li  empereres  fu  outre,  si  monta  sur  un  sien  cheval  fen-ant. 
(H.  d.  V.  510^) 

Empeinst  le  ben,  tut  le  fer  li  mist  uUre, 
Pleine  sa  hanste ,  el  camp  mort  le  tresturnet.  (Ch.  d.  R.  p.  50.) 
Et  s'en  passe  oltre  od  sen  espie.     (P.  d.  B.  v.  3005.) 
Oltre  s'en  passe  sains  fraiture.     (Ib.  v.  3009.) 

(1)  Le  texte  porte  rien  au  lieu  de  tien,  ce  qui  ne  donne  aucun  sens. 


358  DE    LA    PRÉPOSITION. 

Abatu  l'a,  si  est  passes 

Très  parmi  els,  loing  oltre  es  près.     (Ib.  v.  8327.  8.) 
Ultre  Saine  passa,  si  asist  la  cite.    (R.  d.  R.  v.  2150.) 
Quant  il  fn  ultre  l'ewe,  sor  la  rive  s'estut.     (Ib.  v  4589.) 
La  Chr.  d.  D.  d.  N.  donne  la  forme  utre,  qui  peut  être  une 
faute  pour  ultre  ^  ou  bien  Vu  provient  d'une  traduction    de  Vou 
(outre)  en  u  normand. 

Ja  cil  qui  uire  Seigne  iront  (v.  19300.) 
P<9r,  'par. 
Cette  préposition  dérivée  du  latin  per ,  est  notre  ipar.  Fer 
est  la  forme  des  Serments,  du  Fragment  de  Yalenciennes  ;  elle 
se  conserva  dans  la  Bourgogne  propre  et  dans  l'est  du  dialecte 
bourguignon  (Comté  de  Bourgogne,»  Franche -Comté,  Suisse) 
jusque  bien  après  le  XIII*  siècle.  La  cantilène  sur  S*^  Eulalie 
porte  ^«r,  qui  fut  prédominant  dans  les  deux  autres  dialectes 
de  la  langue  d'oïl  et  qui  finit  par  se  fixer  dans  le  français. 

H  se  combat  en  sa  conversation  et  per  paroles  et  per  exemples  en 
la  bataille  k'il  fait  encontre  lo  pechiet.     (S.  d.  S.  B.  p.  537.) 
Ensaigniez  per  homme.     (Ib.  559.) 

Par  .i.  juesdi  matin,  ore  que  prime  sone, 
Ezvos  .i.  chevalier  qi  à  force  esperone.     (Ch.  d,  S.  II,  p.  105.) 
Raoul  parole  par  grant  humeliance.     (R.  d.  C.  p.  71.) 
Dont  pensèrent  en  quel  manière 
Le  pori'oient  arrière  mètre? 
Ne  par  doner  ne  par  prometre, 
N'en  pooient  venir  à  chief.     (Dol.  p.  197.  8.) 
Cfr.  por. 

Pat  moi,  toi,  soi.,  etc.  signifiaient  souvent  pour  moi,  toi.,  etc. 
Contr'eus  furent  tuit  li  tr'ei  rei, 

Od  lor  granz  genz  chascon  par  sei.     (Ben.  v.  27954.  5.) 
Eissi  s'en  sunt  li  trei  conrei 
Tuit  devise,  chascon  par  sei.    (Ib.  v.  28242.  3.) 
Yole  par  toi  et  si  t'aie.     (M.  d.  F.  II,  p.  373.) 
c'est-à-dire  vole  pour  toi  seul  et  t'aide. 

Tout  ensi  la  roïne  par  soi  se  dementa.     (Romv.  p.  351.) 
On    a  déjà    eu   nombre    de    fois    l'occasion   de   remarquer 
l'emploi  de  per.,  par  dans  les  contrats  et  dans  les  traités:  par 
moi  ne  par  autrui,  etc. 

Une  combinaison   assez  remarquable   est   celle   de  par  avec 
la  préposition  de  postposée. 

Par  de  treis  parz  les  assaillirent 
E  par  treis  lieus  les  envaïrent.     (Ben.  v.  27956.  7.) 
Karles  li  rois  de  France,  qi  lor  vient  en  aïe. 
S'est  ambatuz  an  l'ost  par  del  autre  partie.   (Ch  d.  S.  Il,  p.  126.) 


DE    LA   PRÉPOSITION.  359 

Voy.  par  entre  t.  Il,  p.  124,  1.  14. 

De  par.  Cette  combinaison  très -ordinaire  dans  l'ancienne 
langue ,  ne  s'est  conservée  que  dans  les  formules  :  de  par  le  roi, 
la  loi^  la  justice.  Les  uns  regardent  ce  par  comme  une  pré- 
position, les  autres  comme  une  altération  du  mot  part.  A  qui 
donner  raison? 

La  langue  d'oïl  et  la  langue  d'oc^  employaient,  il  est  vrai, 
de  part  (de  parte)  où  nous  mettrions  de  par. 

0  petite  Belleem,  mais  jai  magnilieye  de  part  nostre  Signer,  cil 
ki  faiz  est  en  ti,  t'at  magnifieit,  cil  qui  petiz  est  devenuz  de  grant. 
(S.  d.  S.  B.  p.  532.) 

Samuel  li  prophètes  vint  à  Saul  de  part  Deu,  si  li  dist.  (Q.  L.  d. 
R.  I,  p.  53.) 

Dedenz  la  maisun  vus  serrez 
Tant  de  bons  messages  aurez, 
De  part  Deu  à  vus  parlerunt 
E  si  vus  reconforterunt.     (M.  d.  F.  II,  p.  436.) 

Mais,  à  côté  de  de  part.^  et  même  beaucoup  plus  souvent 
que  ce  dernier,  on  trouve,  au  XIII*  siècle,  la  formule  de  par. 

Sire,  nos  somes  à  toi  venu  de  par  les  hais  barons  de  France  qui  ont 
pris  le  signe  de  la  croiz  por  la  honte  Jesu  Chiist  vengier.   (Villeh.435*.) 
Vous  gardes  de  par  moi  la  vile.     (Phil.  M.  v.  867.) 
Grigois  estoit  de  par  son  père 
Et  Ti-oyens  d£  par  sa  mère.     (Brut.  v.  191.  2.) 

Par  se  dit  entre  autres  de  l'agent  médiat,  si  j'ose  m'exprimer 
ainsi,  par  qui  l'action  passe,  pour  ainsi  dire.  Cet  agent  peut 
être  auteur  de  l'action  ou  bien  servir  d'intermédiaire  passif:  le 
peuple  excité  par  Mirabeau   —  il  est  étranger  par  sa  mère. 

Seignor,  je  sui  emperere  par  Dieu  et  par  vos.     (Villeh.  455^.) 

Cfr.  t.  I,  p.  391,  1.  1. 

En  comparant  ces  significations  de  par  à  celles  que  de  par 
a  dans  les  exemples  cités,  on  reconnaîtra  sans  doute  l'identité 
des  deux  formes. 

Il  faut  donc  admettre  que  de  part  ^  disparut  de  bonne  heure 
et  qu'on  lui  substitua  la  préposition  composé  de  par.  L'habitude 
(pie  l'on  avait  de  préposer  de  à  un  grand  nombre  de  particules, 
aura  favorisé  la  composition  de  par. 

Le  substantif  mei.^  mi^  joint  aux  prépositions  per ,  par  et 
en  a  formé  les  composés:  a)  parmei,  parmi:  par  le  miUeu,  au 
miUeu,  à  travers,  par,  de,  moyennant,  au  moyen  de  —  b)  eumei., 
enmi:  au  milieu. 

(1)  Le  provençal  moderne  se  sert  encore  de  part. 

(2)  On  rencontre  des  exemples  de  la  formule  de  'part  jusqu'au  XVIe  siècle;  mais 
relativement  h  de  par,  ce  sont  de  très -rares  exceptions  ou  plutôt  des  archaïsmes. 


360  DE    LA   niÉPOSITlON. 

Si  tu  trespesses  parmei  lo  feu,  ju  me  tenrai  àti.     (S.d.S.B.p.562.) 
Li  saint  homme,    à  la  foiz  de  ce  dont  il  soffrent  amenuissement 
de  lur  deseiers,  ont  plus  granz  guains  parmei   ce  ke  li  altre  encon- 
vertissent.     (M.  s.  J.  p.  466.) 

Mais  par  tant  despitent  li  renfuseit  les  elliz ,  que  li  ellieut  tendent 
à  la  nient  veable  vie  parmei  la  veable  mort.     (Ib.  512.) 

De  ce  est  dit  parmei  Salomon:   Cil  ki  crient  Deu  ne  met  rien  en 
négligence.     (Ib.  ead.) 

Ensi  Moyses,  el  désert  ensengiez  del  angele,  aprist  comandement, 
lo  queil  il  ne  conut  pas  parmei  homme.     (Dial  St.  Grég.  I.) 
Ne  ne  puet  en  nule  manière 

Li  cuers  veoir  fors  parmi  eus  (yeux).  (R.  d.l.M.v.  1432. 3.) 
n  (li  Salveires)  vint,  si  cum  ves  mismes  saveiz  bien,  ne  mies  al 
encommencement  del  tens ,  ne  enmei  lo  tens ,   mais  en  la  fin.    (S.  d.  S. 
B.  p.  527.) 

Mais  enmi  eus  se  lance  e  cole.    (Ben.  v.  18767.) 
Yoy.  d'autres  exemples  de  ces  prépositions  t.  I,  p.  813,  1.  12; 
p.  825,  1.  11;  p.  329,  1.  14  et  1.  22;  p.  354,  1.  39;  p.  356,  1.  6; 
p.  373, 1.  37  ;  p.  391,  1.  38  ;  t.  II,  p.  55,  1.  43,  p.  76,  1.  7  ;   p.  96, 
1.  43;  p.  130, 1.  32;  p.  177,  1.  29  etc.  etc. 

Plusieurs  éditeurs  ont  écrit  par  mï,  en  mi,  et  j'ai  conservé 
quelquefois,  mais  à  tort,   cette  orthographe  dans  mes  citations. 
Parmi  partomes  le  gaaing.     (FI.  et  Bl.  v.  1562.) 
Parmi  signifie   ici  par  moitié',   et  peut-être   serait -il  mieux 
d'écrire  en  deux  mots. 
Cfr.  très, 

Por,  pour,  pur. 
Por  dérive  du  latin  pro  par  transposition  de  la  lettre  r. 
Pro  est  encore  dans  les  Serments.  Dans  la  basse  latinité,  on 
confondit  per  et  pro,  de  là  \dent  p.  ex.  que  l'italien  et  le  pro- 
vençal ont  per  ==  pour.  •  La  langue  d'oïl  offre  quelques  traces 
de  cette  confusion,  c'est-à-dire  qu'elle  emploie  quelquefois  ^«r 
au  lieu  de  pour  et  vice  versa. 

0  naissance  plaine  de  sainteit,  honoraule  al  munde,  amiaule   as 
hommes,  par  lo  grant  bénéfice  qu'il  receut  en  ont.     (S.  d.  S.B.  p. 580.) 
Deus  i  fist  gi'ant  vertut  pur  amui-  Carlemaigne.    (Charl.  v.  791.) 
Por  la  chalor  ota  son  mantel  gris.     (R.  d.  C.  p.  64.) 
Je  ne  sai  com  plus  ricement 
Péuist  on  dame  recevoir, 
Ne  pour  biaute,  ne  pour  avoir, 
Ne  pour  nule  autre  signorie.     (Phil.  M.  v.  31256-9.) 
Uns  suis  d'elspur  le  lei  ne  volt  un  mot  tinter.  (Th.  Cantb.  p.  23,  v.  10.) 
Pur  =  à  cause  de,  en  considération  de  (du  roi,  etc.). 
E  coment  vus  quereie  ne  mal  ne  dcshonur? 


DE    LA   PKEPOSITION.  361 

Qui  jo  tienc  e  dei  faii'e  pu7'  rei  e  piw  seigniir 
E  de  tut  le  reaume  e  rei  e  successui-.     (Ib.  p.  126,  v.  6-8.) 
Quant  la  gent  saint  Thomas  les  oirent  venir, 
Cuni  hevhiz  2mr  lous  s'en  pristrent  à  fuir.  (Ib.  p.  144,  v.  11.  12.) 
Ne  les  porent  unques  fléchir 
Por  prametre  ne  por  offrir.     (Chr.  A.  N.  I,  p.  253.) 
Et  per  ce  faire  ele  obligea.    (1261.  H.  d.  B.  II,  XXYI.) 
Pur  les  oils  Deu  ;  —  par  les  oils  Deu.  (Th.  Cantb.  p.  14,  v.  5. 10. 17.) 
La  préposition  par  servait  surtout  dans  les   serments,   ce- 
pendant pour  la  remplace  quelquefois. 

E  li  reis  enveiad  pur  sa  fille  Thamar.     (Q.  L.  d.  K.  II,  p.  163.) 
Pur  ses  aidanz  a  envoie.    (M,  d.  F.  Il,  p.  243.) 
Va  por  lo  fol,  si  lo  m'amoine.     (Trist.  I,  p.  227.) 
Le  pour  de  ces  derniers  exemples  se  pourrait  traduire  par 
chercher.,  quérïr.     On  le  trouve  fréquemment  dans  ce  sens. 

L'ancienne  langue  avait  deux  mots  différents  pour  exprimer 
l'idée  de  notre  préposition  près:  pro'p,  dérivé  du  latin  ^ro^^ ^  et 
près  ^  de  pressus. 

Prop  avait  les  variantes  prof^^   proef^  pruef,  prouf,  preuf^ 
pref  (L.  d.  Gr.  §.  42.)  preu.     Il  s'employait  aussi  comme  adverbe, 
et  signifiait  proche.,  près,  auprès. 
L'arcevesque  est  amiable 
En  sa  parole  mult  estable 

Et  prof  e  loin.     (Ben.  t.  3.  p.  487.) 
Normendie  ert  bien  prof  destruite  e  confundue. 

(Th.  Canteb.  p.  166.  v.  1.) 
Mes  puis  est  la  chose  empeire, 
Et  ben  proef  tute  amenuse.    (St.  Nicholay.  p.  303.) 
Puis  si  le  sieut  de  preu  en  preu.     (R.  d.  Een.  p.  294.) 
Composés:  aprop,  aprof ,  etc.,  enpruef:  après. 
Que  si  alter  veinged  apref     (L.  d.  G.  §.  6.) 
Gent  à  cheval  e  gent  à  pie 

Prouf  de  Drewes  unt  chevalchie.     (R.  d.  R.  v.  6618.  9.) 
Si  se  merveille  que  il  ait 
Ki  pruef  de  li  itant  se  trait.     (Trist.  II,  26.) 
Apruef  mei  lungement  vivrez.     (Ib.  II,  p.  78.  cfr.  79.) 
E  enpruef  li  Kaherdin 
Yenqui  les  altres  par  engin.     (Ib.  II,  p.  38.) 
Près  n'avait  d'autre  variante   que  pries,   en   Picardie,   puis 
dans  l'Ile-de-France.     Pres^  adverbe,  signifiait  près,  presque. 
Ne  près  ne  loin.     (M.  s.  J.  560.) 

Dont  il  ot  pries  la  mort  reciute.    (Phil.  M.  v.  19661.) 

(1)  Pour  ce*/,  cfr.  cfief,  sei/  de  caput,  sepcs. 


362  DE    LA   PEÉPOSITION. 

Ja  soit  ce  ke  nos  j^res  en  toz  lius  péchons  en  pensant ,  en  parlant, 
en  ovrant.     (M,  s.  J.  p.  471.) 

C'est  de  ce  près  joint  à  qice^  que  dérive  notre  presque. 

Le  tref  Callot  voiront  de  près  gaitier.  (0.  d.  D.  v.  8904.) 
I^es ,  préposition ,  s'employait  ordinairement  avec  de ,  cepen- 
dant on  a  des  exemples  où  ce  dernier  est  omis. 
L'an  secunt  que  li  ber  icel  eissil  sufPri 

E  qu'il  oui  près  dous  anz  este  a  Punteigni.  (Th.  Cantb.  p.  87,  v.  26, 7.) 
E  il  a  ja  od  nus  près  de  dous  anz  este.     (Ib.  p.  88,  v.  27.) 
Hierbergierent  à  une  vile, 

Pries  d'mie  citet,  ki  là  fu.     (Phil.  M.  v.  19850.  1.) 
Les   composés   de  près  étaient:   après ^  après,  près  de;   en 
après,  après,  ensuite;  —  enpres,  empres,   anpres,   auprès,  près 
de,  après. 

Adv.    Andui  se  sont  d'ilec  torne 

Kenart  devant  et  il  après.    (R.  d.  Ren.  I,  p.  43.) 
Nequedent  en  après  lui"  plaist  par  assentement.     (M.  s.  J.  p.  452.) 
Car  cant  la  cariteiz  vient  (Prép.)  après  lo  cremor,  si  est  la  culpe,  ki 
premiers  eretrelenquiepar  cremor,  en  après  descalchie  par  lo  proposement 
de  la  pense.     (Ib.  p.  494.) 

Et  en  après  son  anel  li  commande.     (G.  d.  V.  v.  4035.) 
Forment  l'abaia  le  gaignon, 

Bmpres  se  reschigne  e  abaie.     (Ben.  v.  28507.  8.) 
Del  eve  but,  empres  enfla, 
Taint  et  noircist,  sempres  fina. 
Et  tôt  cil  qui  del  eve  burent 
Prép.    Empres  la  mort  al  roi  morurent.     (Brut.  v.  9229-32.) 
Sa  feme  aptries  lui  s'en  ala.     (Phil.  M.  v.  20375.) 
Apres  se  trouve  avec  le  sens  de  juxta  (voy.  joste). 
E  li  poples  Deu  vint  encuntre;  a  api'es  la  pierre  de  Adjutorie  se 
alogierent,    e   lur   tentes  i   tendirent,     {...juxta  lapidem  adjutoiii.) 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  14.) 

Ha  !  ki  me  porterad  del  ewe  de  la  cisteme  après  la  porte  de  Beth- 
léem?   (  ....  in  Bethlehem  juxta  portam.     (Ib.  II,  p.  212.) 
Là  fu  partot  e  là  ala 
Où  Jesu  Crist  plus  conversa 

Nuz  piez,  la  haire  enpres  sa  char.     (Ben.  v.  31722-4.) 
Enpres  la  mort ,  si  cum  jeo  vei.     (Ib.  v.  27473.) 
Anpres  iço  i  est  Neimes  venud.     (Ch.  d.  R.  p.  31.) 
Por  sa  proece  et  por  ses  mors 
Orent  li  roi,  enpres  ses  jors, 
Marovels  lonc  tans  à  somom 
Por  ramenbrance  del  baron. 
Enpres  lui  ses  fils  Childeris 
Eu  fors  rois  et  poesteis.    (P.  d.  B.  v.  437-42.) 


DE   LA   PKÉPOSITION.  363 

Quant  i  voli-es,  beaus  fils,  aler? 

—  Demain,  fait  il ,  enpi'es  disner.   (Ib.  v.  3909. 10.  cfr.  4145.) 
Puis ,  pues  ,  poù ,  poïs. 
Puis ,  dérivé  du  latin  post  (cfr.  adverbe)  ;  conserva  longtemps 
la  signification  que  nous  donnons  à  son  composé  depuis. 
Comme  son  signor  puis  celé  eure 
De  cuer  l'aimme.     (R.  d.  M.  p.  50.) 
Et  sy  croy  qu'elle  va  pensant 
Un  petitet  no  convenant 

Puis  les  joustes  del  autre  fois.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2227-9.) 
Poiz  Reliant  ne  poiz  Olivier, 

N'out  en  terre  tel  cbevaHer.     (R.  d.  R.  v.  14061.  2.) 
Ras^  res  (rasus)  —  à  ras  —  ras  à  ras. 
Mes  nel  toucba,  la  Deu  merci, 
Mon  seignor  Yvain  fors  que  tant, 
C'a  res  son  dos  li  vient  glaçant, 
Si  qu'ambedeus  les  espérons 
Li  trencha  à  res  des  talons.     (Romv.  p.  546.) 
Ensi  s'en  alerent  res  à  res  des  murs  de  Constantinople.  (Villeh.  449  *■.) 
De  Joiouse  le  fiert  .i.  cop  tant  roidement, 

Bes  et  res  des  espaules  la  teste  o  l'eame  prant.     (Cli.  d.  S.  II,  p.  150.) 
Cfr-.  et  conjonction. 

Rier^  riere. 
Rier^  dérivé  de  rétro,  est  le  simple  de  nos  mots  arrière 
(a -riere)  derrière  (de -riere).  Par  l'affaiblissement  de  Va  en  e,  la 
langue  d'oïl  avait  fait  erier ,  eriere  pour  arier ,  ariere.  Le  texte 
des  S.  d.  S.  B.  emploie  les  formes  a^er,  aiere ,  daiere;  il  y  a  là 
syncope  du  r.  Ayer ,  daiere ,  se  retrouvent  de  loin  à  loin  dans 
les  textes  bourguignons  du  XILE*  siècle.  JEn  ayer  signifiait 
6'/^^s,  auprès. 

0  cum  bienaourous  li  cuers,  obiers  Sires,  en  ayer  cui  tu  feras 
mansion.     (S.  d.  S.  B.) 

Ancor  nen  ay  je  mies  en  ayer  mi  cbose,  que  ju  vos  poie  mettre 
davant.     (Ib.) 

Adam  mismes  se  volt  covrir  contre  nostre  Signor,  de  la  femme 
par  cui  il  avoit  pecMet,  assi  cum  il  par  daiere  son  dos  se  volsist 
eschuir  de  la  seette.     (Ib.) 

Si  tu  quiers  en  ayer  s  Deu  lor  meritte  por  kai  il  soient  coroneit ,  dons 
quier  assi  en  aijer  Herode  lo  forfait  por  kai  il  furent  ocis.     (Ib.  p.  548.) 
Yoy.  1. 1,  p.  339,  L  25. 

Yint  as  Lunbars ,  rier  lui  les  a  laissies.     (0.  d.  D.  v.4683.) 
Bier  lui  regarde  et  vit  maint  chevalier.     (Ib.  v.  5877.) 
Derrière  mon  dos.     (Dial.  de  St.  Grég.  I.) 

Tu  nen  as  nule  bunte,  ariere  dos  l'as  mise.  (Th..  Cantb.  p.  80,  v.  30.) 


364 


DE    LA    PREROSITION. 


Sans. 
Dérivée  de  sine^  cette  préposition  a  eu  poiu:  forme  primitive 
sens,  sen%,  et,  plus  tard,    dans  les   cantons   où  e  se  prononçait 
très -ouvert:  sans.    Ces  formes  se  diphthonguèrent  avec  i:  seins, 
seinz,  sains  ^  sain%.     Le  *  final  est  additif. 

Jhesu  ne  vient  mies  senz  salveteit,  ne  Criz  8enz  onction,  ne  li 
filz  de  Deu  senz  glore.     (S.  d.  S.  B.  p.  531.) 

A  Saint  Quentin  vinrent  sens  demorer.     (E.  d.  C.  p.  319.) 
Que  mort  l'al^at  sdmz  altre  descunfisun.    (Ch.  d.  E.  p.  74.) 
L'enor  dou  ciel  et  de  la  terre 

Que  nus  ne  puet  sanz  sens  conquerre.  (Chast.  pr.  v.  69. 70.) 
Sains  trecerie  et  sains  desvoi.     (PMI.  M.  v.  28504.) 
E  Eou  saimz  mescreance  plusors  feiz  le  veinqui.    (E.  d.  E.  v.  1104.) 

Segont^  second  —  Selon. 

Segont^  du  latin  sccundum^  paraît  n'avoir  pas  été  d'un  fré- 
quent emploi  dans  la  langue  d'oïl-,  du  moins,  les  exemples  en 
sont  fort  rares  et  ils  appartiennent  presque  tous  aux  provinces 
voisines  de  la  langue  d'oc,  où  segont  étoit  fort  en  usage.  On 
remplaça  secundum  par  un  dérivé  de  longum:  long^  lonc^  lune, 
qui  paraît  s'être  mélangé  avec  secundum,  d'où  selonc^  selunc. 
Au  lieu  de  selonc,  on  trouve  solonc^  solunc^  sulunc.  Ces  formes 
représentent  simplement  un  changement  de  la  syllabe  se  en  so, 
su,  auquel  on  était  habitué ,  p.  ex.  sojorner,  sojorner,  sujurner. 
M.  d'Orelli  prétend  dériver  solonc^  sulunc  de  sul  longum;  il 
aurait  dû  avant  tout  expliquer  la  signification  qu'on  peut  attri- 
buer à  suh  longum,  car  ce  n'est  pas  facile  à  découvrir.  Outre 
selonc^  selunc^  solonc,  solunc,  sulunc^  on  trouve  solum,  solom, 
sulon,  selum  et  même  selume,  en  anglo  -  normand  ;  puis  les 
formes  contractes  som ,  son,  sun. 

Selonc  signifiait  selon  ^  le  long^  à  côté  —  long  avait  le  sens 
de  le  long.,  selon. 

Segont  droit  et  segont  la  costume  d'Orliens.   (Eoqueforts.  x.forhanier.) 

Secong  raison  m'avez  vaincu.     (Ib.  s.  v.  dru.) 

De  ces  montaignes  isseit  et  vint  il  racine  Jesse,  selonc  ceu  ke  li 
prophète  dit.     (S.  d.  S.  B.  p.  528.) 

Selonc  la  forme  et  la  manière  des  lettres.  (1288.  J.  v.  H.  p.  471.) 

Cist  fist  ço  que  à  Deu  plout  sulunc  ço  que  sis  pères  out  uvered, 
e  n  si  fist.    (Q.  L.  d.  E.  lY,  p.  395.) 

Loenges  m'en  convenra  faire 

De  lui,  selonc  mon  examplaire.     (E.  d.  M.  p.  49.) 

Or  est  la  Manequine  à  aise, 

Selonc  l'anui  et  le  mesaise 

Que  ele  avoit  devant  eue.    (E.  d.  1.  M.  v.  1347  -  9.) 


DE    LA    PRÉPOSITION".  3G5 

Vers  la  mer  s'en  va  cevauchant 
Et  selonc  la  mer  esbatant.     (Ib.  v.  5009.  10.) 
François  selonc  la  rive  alumerent  maint  fu.     (Ch.  d.  S.  I,  p.  207.) 
Selonc  la  voie  il  s'est  couchiez.     (R.  d.  Een.  I,  p.  294.) 
Mist  en  un  bois,  solonc  un  tertre 
Qui  aloc  ostoit  à  senestre.     (Brut.  v.  12720.  1.) 
Selonc  la  roce  fu  descendus  Ogiers.     (0.  d,  D.  v.  5998.) 
Solon  Naymon  avoit  si  près  passe.  (Fierabras  LYIII.  cl.) 
Nel  dient  pas  sulum  Breri.     Trit.  II,  p.  40.) 
Solum  la  costume  e  son  les  leis 
Qu'en  Danemarche  unt  li  Danois.     fBen.  v.  4157.  8.) 
Isnelement,  sulon  son  poeir.     (Ib.  v.  4502.) 
Donna  terres  selum  sun  buen.     (Ib.  v.  6991.) 
Selume  les  obligacions  avant  fêtes  entre  le  avantdit  rey  e  le  avantdit 

cunte  e  nus.     (1278.  Rym.  I,  2.  p.  170.) 

Sum  la  mérite  le  loijer.     (Ben.  v.  16422.) 

E  dist  som  son  poeir 

Ne  faudreit  ja  jor  à  son  eir.     (Ib.  v.  15676.  7.) 
Kar  nortli  e  man,  som  lur  usage, 
Yenz  est  e  hom  en  cest  language.     (Ib.  I,  v.  671.  2.) 
Son  vos  poeirs  e  son  voz  sens.     (Ib.  Il,  v.  363.) 
Gent  aturnez  sun  lor  usage.     (Ib.  Il,  v.  1873.) 
Qu'il  lor  rendoit  cens  demorance 
Lonc  le  pechie  la  penitance.    (Euteb.  I,  p.  52.) 
Et  condampne  lonc  lor  meffait.     (R.  d.  Een.  IV,  p.  442.) 
Lonc  çou  que  j'orai  me  tenrei.     (Ib.  IV,  p.  451.) 
Lune  un  alter  bêlement  l'enterrèrent.     (Ch.  d.  E.  p.  144.) 
Zone  ne  serait -il  pas  quelquefois  une  aphérèse  de  selonc? 

Sous. 
Cette  préposition  dérive  du  latin  subtus.     Le  Fragment  de 

Yalenciennes  a  sost  (1.  14.),  une  traduction  de  la  Bible  south 

(Roquefort  s.  v.  Detestabletez).     Cfr.  l'italien  sotto,  le  provençal 

sotz.     Aux  Xn^  et  XIIP  siècles,   les  formes   de   som  étaient: 

SOZj  sos^   sous^  suz. 

Sos  une  cloie  s'est  mucies.     (L.  d.  M.  p.  51  ) 
0  ton  nevo  soz  cel  pin  fui.     (Trist.  I,  p.  22.) 
Suz  la  cite,  en  une  pree 
Tendirent  trefs  e  pavillons.     (Ben.  v.  9113.  4.) 
Suz  les  chapes  aiez  muscees 
Les  espees  e  les  coignees 

E  les  cuteaus  Ions,  granz,  d'acer.     (Ib.  T,  v.  1653-5.) 
De    soz,  on   forma    desoz,  en  préposant  de.     JDesoz  avait  la 

signification  du  primitif  soz. 

Et  li  dux  de  Venise  .  .  .  commanda  la  rive  à  aproichier  qui  desoz  les 

murs  et  desoz  les  tors  estoit.     (Villeh.  452  *=.) 


366  DE    LA    PREPOSITION. 

Et  par  grant  haltece  de  cuer  sternissent  et  les  biens  et  les  malz  del 
munde  desoz  lor  piez.     (M.  s.  J.  p.  464.) 

Et  ja  soit  ce  ke  eles  defors  ne  facent  riens ,  nekedent  si  travailheut 
eles  dedenz  soi  mimes  desoz  lo  faihs  de  lassant  repous.     (Ib.  p.  473.) 

Adv.  Ke  cil  n'oset  pas  estre  dessovre  ki  n'aurat  apris  estre  dessiiz. 
(Dial.  St.  Grég.  I.) 

On  trouve  aussi  dedesoz^  comme  on  a  vu  dedevant^  dedeles^  etc. 
Lur  chevals  laisent  dedesuz  un  olive, 
Dui  Sarrazinpar  les  resnes  les  pristrent.  (Cli.d.R.p.l04.) 
Par  desoz. 

Tôt  droit  par  desoz  un  auvant.  (N.  R.  E.  et  C.  I,  p.  16.) 
Sur. 
Le  latin  super  est  la  racine  de  notre  préposition  «wr,  qui  a 
eu  pour  formes:  sovre  (Eul.  v.  12),  sore^  déjà  dans  le  Fragm. 
de  Yalenciennes  1.  11;  sor ^  en  Bourgogne;  sour^  seur^  seure^  trois 
formes  nées  dans  le  dialecte  picard  et  qui  pénétrèrent  de  bonne 
heure  dans  l'Ile-de-France;  enfin  5«<r,  «wr^,  en  Normandie.  Au 
XIIP  siècle,  sore^  seure.,  sure.,  s'employaient  surtout  quand  sur 
était  mis  adverbialement.  Les  formes  en  e  final  doivent  être 
dérivées  de  supra. 

Adv.    Il  lor  vont  seure,  ses  assalent.     (El.  et  Bl.  v.  89.) 
Il  traist  l'espee,  sore  li  est  corn.     (R.  d.  C.) 
Seure  li  court,  s'i  l'a  féru.    (Phil.  M.  v.  5838.) 
Dans  les  deux  derniers  exemples  et  semblables ,  il  faut  bien 
se  garder  de  considérer  sore.,   seure  comme  une  préposition;  la 
construction  est:  Il  traist  l'espee,  (il)  li  est  coru  sore.,  de  même 
qu'on  disait  gésir  ens ,  issir  fors ,  etc. 

Que  vif  maufe  li  corent  soi'e.     (P.  d.  B.  v.  1120.) 
Quant  l'arcevesque  veit  que  tuit  li  cui-ent  sure. 
(Th.  Canteb.  p.  101,  v.  1.) 
Cfr.  adv.  su^. 

Prép.  Lo  mantel  mettre  sw  lo  viaire  est  covrir  la  pense  dele  con- 
sidération de  sa  floibeteit.    (M.  s.  J.  p.  488.) 

De  celui  ki  sor  ois  doit  comandeir.     (S.  d.  S.  B.  p.  559.) 
Del  destre  pie  l'a  tout  desestrive, 

Et  sor  la  crupe  del  destrier  acHne.     (R.  d.  C.  p.  159.  60.) 
E  li  apellur  jurra  sur  lui.     (L.  d.  Œ  §.  16.) 
Lor  eschieles  ordene  ont 

Et  sour  les  chevaus  monte  sunt.     (R.  d.  M.  p.  73.) 
Par  nos  seremains  ke  nous  avons  fait  solempnement  sour  les  sains 
ewangiles ,  touchies  de  nos  mains.     (1291.  J.  v.  H.  p.  540.) 

Et  touttes  ces  choses  devantdites,  promettons  nous,  seur  no  sairement, 
à  warder  et  à  tenir,  seur  la  paine  devantdite.  (1283.  Ib.  p.  425.) 
Seur  nous  soit  ses  sans  espanduz, 
Seur  nos  enfanz  granz  et  menuz  !     (R.  d.  S.  G.  v.  423.  4.) 


DE    LA    PREPOSITION.  367 

Composé  :  desor ,  qui  s'employait  dans  le  même  sens  que  le 
simple. 

Adv.  Maintes  foiz,  si  com  nos  avons  là  desor  dit.    M.  s.  J.  p.  469.) 
Là  desor  =  ci- dessus. 

Loquel  fais  de  dessovre  venant.     (Dial.  de  St.  Grég.  I.) 
Cfr.  desoz.     Voy.  t.  I,  p.  373,  1.  1. 

Prép.  Es  portes  serat  tes  pecMez  et  desm'  toi  serat  ses  talenz  et 
tu  aras  saniorie  sor  lui.     (M.  s.  J.  p.  460.) 

Eaoul  Toi ,  desor  ces  pies  sailli.     (R.  d.  C.  p.  27.) 
Desour  une  coûte  vermeille 

Fu  li  rois  Loeys  tous  sens.     (R.  d.  1.  V.  v.  719.  20.) 
Mais  desour  toutes ,  che  me  samble, 
En  a  Aiglente  plus  parle.     (Ib.  v.  2721.  2.) 
Je  vous  di  deseur  ma  créance.    (Ruteb.  Il,  p.  161.) 
L'ewe  beneite  jetteront 

Desur  lui,  aqres  l'amenèrent.     (M.  d.  E.  II,  p.  434.) 
Tôt  par  desœ-  le  port.     (ViUeli.) 

A  côté  des  formes  sor^  sour^  sur^  etc.;  on  trouve,  avec  la 
même  signification,  m«,  qui  nous  est  resté  dans  quelques  for- 
mules ,  comme  locution  prépositive  :  en  sus  de^  et  dans  le  com- 
posé dessus.  Sus^  préposition  simple^,  est  surtout  une  forme 
du  Berry ,  de  la  Touraine ,  d'une  partie  de  l'Anjou  et  du  sud  de 
l'Orléanais  ;  provinces  d'où  elle  passa  dans  l'Ile  -  de  -  France ,  qui 
nous  l'a  transmise. 

A  la  fin  du  XIII*  siècle,  l'emploi  de  sm  avait  déjà  acquis 
une  grande  extension;  et  les  copistes  de  cette  époque  mirent 
très-souvent  sm  au  lieu  de  «or,  sour^  sor^  que  portait  l'original. 
On  peut  se  convainre  de  ce  fait  en  comparant  les  divers  ma- 
nuscrits d'un  même  texte. 

D'ordinaire,  on  regarde  sus  comme  une  altération  de  sur; 
mais  sus  et  sur  n'ont  rien  de  commun  quant  à  leur  origine. 
Sus  dérive  de  susum;  on  l'a  déjà  vu  figurer  parmi  les  adverbes. 
(Yoy.  jai-sus?) 

Assise  sus  dous  granz  quarreaus.     (Ben.  v.  25062.) 
Devant  l'autel  sus  les  degroz.     (Ib.  v.  25228.) 
Qu'il  estoit  ja  sus  l'anuitier.     (R.  d.  C  d.  C.  v.  5539.) 
Far  sus  les  morz  passent  li  vif.    (Ben.  v.  5326.) 
E  si  soefre  paisiblement 
Que  cist  aient  seignorement 
Dedesus  tei.     (Ib.  v.  39515-7.) 
Bedesus^  comme  on  a  vu  dedesoz^  dedevers^  etc.     Remarquez 
aussi  la  différence  d'orthographe  entre  ce  sus  et  «02,  qui,  dans 

(1)  Je  dis  préposition  simple ,   pour  la  distinguer  momentanément  de   la   locution 
prépositive  en  sus  de. 


368  DE    LA    PEÉPOSITION. 

les  mêmes  provinces,  s'écrivait  ordinairement  avec  u.    Le  2  de 
m%  représente  le  ts:  su(J)t(««)s. 

Si  ke  il  par  entencion  ne  voisent  mie  en  sus  de  perfection.  (M.  s.  J. 
p.  466.) 

Si  avient  il  or  en  grant  partie,  quant  noz  deventrainetez  sunt  par 
deleit  ravies  en  sus  des  noises  des  temporeiz  desiers.     (Ib.  p.  468.) 

Car  vraiement  nostre  pense  ne  puet  en  nule  manière  estre  ravie  en  la 
force  de  la  deventriene  contemplation,  se  ele  premiers  n'est  soniousement 
endormie  en  sus  deï  frinte  .des  temporeiz  desiers.  (Ib.  p.  481.) 
E  s'en  fuient  en  sus  de  li.  (M.  d.  F.  H,  p.  342.) 
Ces  dernières  citations,  que  je  pourrais  multiplier  à  l'infini, 
sont  encore  une  preuve  de  la  différence  d'origine  de  sur  et  de 
sus:  sus  y  conserve  bien  clairement  sa  signification  locale  pri- 
mitive, et  puis  les  trois  premières  sont  tirées  d'un  texte  qui 
ne  connaît  d'ailleurs  que  sor. 

Soventre^  soentre^  suentre. 
M.  Diez  dérive  soventre  de  sequente^  et  il  cite  à  l'appui  de 
cette   opinion  le   provençal   seguentre  (voy.  Eayn.  V,  180.),   le 
grison  suenter.     Ce  dernier  répond  exactement  à  soentre^  suentre^ 
dont  M.  Diez  paraît  n'avoir  pas  eu  connaissance^. 

Soventre  s'employait  comme  adverbe    et  comme  préposition; 
il  signifiait  a'pres^  d'après,  selon  —  à  la  suite. 
Adv.    L'espee  nue  an  la  loge  entre. 
Le  forestier  entre  soventre, 
Grant  erre  après  le  roi  acort.     (Trist.  I,  p.  97.) 
Tant  est  alez   qu'eu  lur  terre  entre; 
Une  davant  ne  puis  ne  suentre 
Ne  fu  si  livrée  a  dolur.     (Ben.  v.  2489-91.) 
Tel  li  fait  joie  e  bel  semblant 
Qu'el  munt  n'a  rien  sos  ciel  vivant 
Qu'il  vousist  plus  aveir  soentre 

Trait  od  ses  mains  le  quor  del  ventre.  (Ib.  v.  14858-61.) 
S'enseigne  escrie,  et  el  camp  entre; 
Si  compaignon  en  vont  soentre.    (P.  d.  B.  v.  3449.  50.) 
La  damoisele  enpres  lui  entre. 
Et  li  autre  vienent  soantre.     (Ib.  v.  5881.  2.) 
Anascletus  en  la  voie  entre 
n  va^  avant  et  cil  soantre.    (Brut.  v.  433.  4.) 
Prép.     Soventre  li  cbevalchent  e  Breton  e  Normant.  (R.  d.  E.  v.  3989.) 
Alons  soentre  cels  qui  fuient 
Qui  mon  fie  et  les  vos  destruient. 

(1)  Le  provençal  avait  aussi  soentre.    (Ray.  Lex.  rom.  VI,  15.  c.  2.) 

(2)  Le  texte  porte  ve,  qui  n'est  rien;  il  faut  lire  ou  vet  ou  va.  L'éditeur  du  R.  de 
Brut  nous  apprend  en  outre  dans  une  note  qu'il  ne  comprend  pas  bien  ce  vers.  II  est 
cependant  fort  clair:    Il  va  devant  et  (ceux-ci)  les  autres  à  sa  suite,  après  lui, 


DE    LA    PREPOSITION.  369 

Quant  li  rois  ot  un  pou  este 

Et  u  ses  liomes  ot  parle 

Soentre  les  fuitis  alast, 

Ja  por  l'enferte  nel  laiast.     (Brut.  v.  9171-6.) 

D'une  dame  veve,  Mabile, 

Ot  en  sognentage  une  fille: 

Soentre  la  mère  ot  à  non.     (Phil.  M.  v.  2760  -  2.) 

Se  devisèrent  en  la  soume 

Que  soentre  la  loi  de  Roume 

Ti-aitast  on  la  crestiente.    (Ib.  v.  3471-73.) 
Très,  tries. 
Cette  préposition  dérivée  du  latin  trans ,  signifiait    derrière; 
proche j  près,   auprès;   dès^  depuis.     Aujourd'hui    nous    n'emplo- 
yons très  que  comme  adverbe. 

Por  ensuire  les  granz  compaignes 

Laissent  très  eus  set  cenz  enseignes, 

Enz  entremi  eus  les  escrient.     (Ben.  v.  19852-4.) 

Partonopeus  luit  tries  se  gent.     (P.  d.  B.  v.  2217.) 

Tries  les  rens  les  voit  assambler.     (Ib.  v.  8761.) 

La  dame  le  prent,  si  l'enmaine 

Desor  le  lit  à  la  meschine, 

Très  im  dossal  qui  por  cortine 

Pu  en  la  chambre  apareilliez.    (M.  d.  F.  Gug.  v.  366-9.) 

Donne  li  a  si  grant  colee 

Que  très  le  chief  li  est  coulée 

L'espee  desi  en  la  terre.     (R.  d.  1.  V.  v.  1830  -  2.) 

Et  desous  son  pooir  le  mist 

Très  Mongui  jusques  à  la  mer.     (Ph.  M.  v.  602.  3.) 

Très  icele  oure  ke  je  ci  vos  devis 

Fuit  en  Viane  cil  Juis  Joachis.     (G.  d.  Y.  v.  2035.  6.) 

Le  cors  h  trenchet  très  l'un  costet  qu'ai  altre.  (Ch.  d.  R.  p.  59.) 
Très  l'aube  crevant 

Jusques  à  miedi  sonnant.    (R.  d  Ren.  t.  lY,  p.  201.) 

Cest  plait  nous  va  Karaheus  bastissant. 

S'il  le  puet  faire  très  cest  pas  en  avant, 

Ne  nos  laira  de  terre  demi  gant.     (0.  d.  D.  v.  2302-4.) 

Bataille  atent ,  mandée  l'a  très  ier.     (Ib.  v.  2390.) 
On  employait  très  dont  pour  dire  dès  lors  (cfr.  adverbe  donc). 

A  Tors,  el  mostier  saint  Martin, 

Guerpi  Mahom  et  Apolin, 

Et  mescrei  la  foie  loi 

Et  pris  la  crestiene  foi: 
Très  dont  me  heent  mi  parent, 
N'ainc  puis  n'eue  d'als  veir  talent, 
Très  dont  ai  vescu  de  soldée, 

Si  l'ai  sovent  cier  comperee.     (P.  d.  B.  v.  7821-8.) 
Burguy,  Gr.  delalangued'oïl.    T.  IL   Éd.  lU.  24 


370  DE    LA    PREPOSITION. 

Tre8  dont  en  avant  —  dès  lors  en  avant,  dorénavant. 
Si  se  jurèrent  feaute 
A  porter  ires  dont  en  avcmt, 

Et  lors  se  vont  entrebaisant.    (Phil.  M.  v.  1G215-7.) 
Cfr.  plus  haut  très  cest  pas  en  avant.     (0.  d.  D.) 
Le  Kom.  de  Renart  oifre  la  variante  trers  (II,  p.  110),  ce  r|ui 
semble  indiquer  ici  un  mélange  de  rïeres,  rere,  avec  très. 

On  préposait  très  à  diverses  particules  pour  en  renforcer  la 
signification;    mais,   en  bien  des  cas,    très  ne  s'incorporait  pas 
tellement  au  mot  auquel  il  était  joint,  qu'il  ne  conservât  quel- 
que chose  de  sa  propre  signification.     Confrontez,  p.  ex. 
Ala  li  dux  très  devant  l'amire.     (0.  d.  D.  v.  2559.) 
Esvos  Bernier  e  sa  route  qui  vint. 
Très  devant  lui  vait  un  paien  ferir.     (E.  d.  C.  p.  308.) 
Si  s'en  passent  très  par  devant  Constantinople ,  si  près  des  murs 
et  des  tours  que  à  maintes  de  lor  nés  traist  on.     (Yilleh.  448*.) 

Pur  ço,  tu  e  ti  cumpaignun  très  par  matin  vus  en  alez.     (Q.  L.  d. 
E.  I,  p.  113.) 

Andui  s'abatent  très  enmi  le  garais.     (E.  d.  C.  p.  101.) 
Mort  le  tresturnent  très  enmi  un  guaret.  (Ch.  d.  E.  p.  54.) 
Dont  s'arouterent  très  parmi  un  larris.     (0.  d.  D.  v.  603.) 
Mais  morteument  fu  encontrez, 
Kar  très  parmi  les  deus  costez 
Li  a  passe  li  dux  s'enseigne.     (Ben.  v.  21406-8.) 
Très  avait  le  composé  detres  (de  -  très)  :  derrière. 
Adv.    Mal  a  devant,  detries  noauz.     (Ben.  v.  19890.) 
Prép.   Les  mains  detres  le  dos  liées.    (Ben.  v.  27169.) 
Ça  detries  vos  sunt  tel  H  brait 
Que  tous  cinc  cenz  en  i  travaillent 
Des  voz  qui  à  la  mort  baaillent.    (Ib.  v.  16563-5.) 
S'arere  guarde  avérât  detres  sei  mise.   (Ch.d.E.p.23.) 
Sun  lit  unt,  veant  tuz,  enz  el  mustier  porte, 
Detriesle  grant  autel  e  fait  e  aturne.  (Th.  Cantb.p.  31,  v.  7.8.) 


L'idée  de  jusque  s'exprimait  de  diverses  manières  dans  l'an- 
cienne langue.     Je  vais  les  passer  en  revue. 

1)  Decï  (de  ci) ,  descï  (dès  ci),  desi^  dessi^  deschi  «î,  en  — 
deci,  desci  que. 
Qar  Karles  i  manda  qanq'à  lui  fu  aneliu 
Dès  le  chief  de  Calabre  deci  an  Costantin, 
Dès  Espaigne  la  grant  d^ci  à  saint  Bertia 
Qi  tient  àDanemarche  où  croissent  li  sapin.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  65.) 
Chevaliers  i  a  mis  dou  miaz  de  son  roion 
Trestoz  coverz  de  fer  deci  à  l'esperon,    (Ib.  II,  p.  51.) 


DE    LA   PRÉPOSITION.  371 

Endroit  le  cuei-  sous  la  mamiele 
Le  trenchant  coiitiel  apointa, 
Desi  au  manclie  li  bouta 

El  cors,  illuecques  l'a  mordrie.     (R.  d.  1.  V.  p.  192.) 
Besci  es  dens  l'a  tout  fendu.     (Ib.  v.  2889.) 
Il  plore  et  maine  grant  dolor, 
Tote  la  nuit,  desd  al  jor.     (P.  d.  B.  v.  749.  50.) 
Ains  amerai  toutes  encore 
Si  que  j'ai  fait  desci  à  ore.     (L.  d'I.  p.  18.) 
Dessi  à  Rains  ne  se  va  atargant.     (0.  d.  D.  v.  10273.) 
Nostre  consaus  nous  apporte  que  nous  volons  avoir  toute  la  tierre 
de  Duras,  descM  à  la  Maigre.    (H.  d.  V.  p.  198.  XVIII.) 
Or  n'a  baron  deci  que  en  Ponti, 
Ne  li  envoit  son  fil  ou  son  nourri.    (R.  d,  C.  p.  21.) 
Dès  le  major  desci  qu'au  mendre 
N'i  out  en  qui  n'eust  deshet.     (Ben.  v.  35544.  5.) 
E  il  en  unt  en  gre  servi, 
C'avum  veu  deci  que  ci.     (Ib.  v.  8570.  1.) 
On  trouve  aussi  quelquefois  simplement  eï  que  dans  le  même 

sens: 

Ne  se  feist  pas  coroner, 

Por  rien  qu'em  li  seust  loer. 

Ci  que  sa  femme  fust  venue.     (Chr.  A.  N.  I,  221.) 

2)  Tant  que. 
Et  come  il  venissent  en  celé  terre,  Abraham  s'en  vaist  la  terre 
tant  que  al  noble  val.     (Roquefort  s.  v.) 

Je  ferai  remarquer  en  passant  que  tant  qu'à  se  disait  quel- 
quefois pour  quant  à.. 

3)  Busqué ,  jusque. 
Les  formes  primitives  de  notre   préposition  jusque  ont  été 
d'usque^    desque.,    dérivées    de    de   usque.     On   trouve    encore   le 
simple  usque  dans  la  passion  de  J. -C.  str.  96.  p.  19.  (éd.  Diez) 
et  quelques  autres  anciens  monuments.     De  dusque^  desque^  on 
forma  jusque  ou  avec  o ,  josque ,   ce  qui  n'implique    aucune  dif- 
férence,   et  jesque   (cfr.  jus   de  deorsum,  deosum;  jour  de   diur- 
num;  et,  pour  l'emploi  de  de  touchant  la  direction  vers  un  but, 
la  prépositon  devers?)     Au   lieu  de   que^    on  trouve   des    ortho- 
graj)hes  en  X-,  c,  ch,  qu'on  sait  s'expliquer. 
Si  avoient  les  ganbes  nues 
Busc'sLS  génois,  et  tos  les  bras 
Avoient  desnues  de  dras 

Buse' as  coûtes  molt  laidement.     (L.  d.  T.  p.  78.) 
Si  covient  à  Dieu  reson  rendre 
De  quanques  fist  dusqu'k  la  mort.     (Ruteb.  I,  p.  38.) 

2^* 


372  DE   LA    PRÉPOSITION. 

E  descunfist  l'ost  as  Philistiens  dès  Gabe  desque  Gazar.  (Q.  L.  d. 
R.  II,  p.  139.)  . 

Besqu'k  celé  eure  qu'en  iert  vengemens  pris.  (R.  d.  G.  p.  22.) 
De  la  matinée  jws^e  à  l'avespreo  est  li  pechierres   fors  trenchiez; 
quar  dès   lo   commencement  juslce  à   la  fin   de  sa  vie   lo  navrent  les 
oevres  de  sa  félonie.     (M.  s.  J.  p.  509.) 

Quant  il  out  ço  eslit,  nostre  Sires  enveiad  pestilence  en  Israël, 
dès  le  matin  jesque  al  ure  que  l'um  soleit  faire  sacrefise  al  vespre  ;  si 
en  mururent  del  pueple ,  dès  Dan  jesque  Bersabee  setante  milie  liumes. 
(Q.  L.  d.  R  n,  p.  217.) 

Gesqucs  al  rei  Gormond  n'areste.    (Phil.  M.  Intr.  t.  II,  p.  XI.) 
On  voit  ici  un  s  additif,  comme  dans  nombre  d'autres  par- 
ticules.    Cette  orthographe  en  s  final  était  très  -  ordinaire  dans 
la  seconde  moitié  du  XIII  ^  siècle. 

Enz  el  verger  l'enmeinet  josg'al  rei.     (Ch.  d.  R.  p.  20.) 
Jusch'h  demain  enquerons  terme.     (R.  d.  S.  S.  v.  930.) 
Au  lieu  de  Jusque^   le  texte  des  S.  d.  S.  B.  porte  ordinaire- 
ment enjoshe^  c'est-à-dire  que  la  préposition  en  est  encore  pré- 
posée à  la  composition. 

EnjosFk  ti  mismes  vai  encontre  Deu  ton  signor.     (S.  d.  S.  B.  p.  528.) 

Sire,  el  ciel  est  ta  miséricorde  et  ta  veritez  enjosk'k  nues.  (Ib.  p.  536.) 

Cist  montent  enjosk'k  ciel  et  si  dexendent  enjosk'h.  en  enfer.   (Ib.  p.  569.) 

Ce  dernier  exemple  semble  prouver  qu'on  regardait  enjosha 

comme  un  seul  mot,   puisqu'il   est  encore   suivi  de  en  (cfr.  le 

provençal  juscas). 

A  côté  de  ces  formes ,  on  rencontre  : 

4)  Trusque,  trosque,  tresque^  entresque. 
M.  Diez  a  dérivé  trusque^  trosque^  tresque^  du  latin  introus- 
que^  et  M.  d'Orelli  i)ense  que  la  variante  entresque  justifie  plei- 
nement la  dérivation  du  savant  professeur.  La  forme  et  le  sens 
de  ces  mots  concordent  au  radical  proposé,  cela  est  vrai;  né- 
anmoins je  suppose  une  autre  origine  à  tresque^  trosque ,  trus- 
que^  entresque. 

On  vient  de  voir  deci  =  de  ci^  desci^=dh  ci  ^  etc.  signifiant  y?^- 
que.  On  se  souvient  aussi  que  très  s'employait  avec  le  sens  de 
des.,  depuis.  De  même  que  la  préposition  de  des  composés  deci., 
desci  sert  à  désigner  la  direction  vers  un  but,  très.,  qui  avait 
pris  la  signification  de  des  (=  de  ex),  s'employa  de  la  même 
manière,  d'où  tresci^  tresci  que  et  enfin  simplement  tresque.  Par 
suite  de  l'influence  des  formes  en  o  et  en  w  de  jusque ,  on  écri- 
vit ensuite  trosque.,  trusque. 

Quant  à  entresque,  il  s'est  formé,  par  le  même  procédé,  de 
eni/ji^e  ci  que. 


DE    LA    PRÉPOSITIOK".  373 

Le  s  de  tresque  s'explique  déjà  par  celui  de  très;  quant  à 
celui  cCentresque^  il  ne  fait  aucune  difficulté.  S  Qtc^  on  l'a  déjà 
\ii  nombre  de  fois,  s'écrivaient  l'un  pour  l'autre,  de  \h  très -si- 
que^  entre -si -que  pour  très -ci- que  ^  entre -ci- que  ^  comme  des- 
si-que  pour  des  -  ci- que  ^  etc. 

Les  citations  suivantes  fournissent  la  preuve  de  la  dériva- 
tion que  je  propose. 

Il  attendirent  trcmi  quart  jor  que  il  lor  ot  mis.    (Villeh.  435  *.)J 
A  cel  message  fu  eslis  li   cuens  Hues  de  Saint  Pol  et  Joffrois  li 
mareschaus  de  Champaigne,  et  clievaucherent  tresci  à  Pavie  en  Lom- 
bardie.     (Ib.  439  «.) 

Ensi  porprist  le  feu  dessus   le  port  à  travers  tresci  qiie  parmi  le 
plus  espes  de  la  ville,  trosque  en  la  mer  d'autre  part.     (Ib.  456''.) 
Va  feiir  .i.  paien  sor  son  heaume  d'acier, 
Ti'estot  l'a  porfandu  antred  ou  braier.     (Cli.  d.  S.  II,  p.  62.) 
Yoy.  t.  I,  p.  235,  1.  14. 

N'ot  plus  bel  chevalier  antreci  qk  Baudas.     (Ib.  I,  p.  178) 
Manda  ses  homes  de  par  tôt  son  roion, 
De  Saint  Orner  dessi  à  Carliom; 
Et  de  Poitiers  entresi  qu'k  Digon, 
Ne  remest  il  chevalier  ne  prodon 

Qu'il  ne  soit  prest  du  servise  Kallon.  (O.d.D.v.9851-5.) 
Toute  fremist  entreci  qu'sni  talon.  (Eomv.  p.  238,  v.  17.) 
Une  circonstance  encore  parle  en  faveur  de  mon  opinion, 
c'est  que  les  formes  tresque,  trosque^  trusque^  entresque^  ne  sont 
pas  des  premiers  temps  de  la  langue,  comme  desque^  dusque^ 
qu'on  pourrait  également  décomposer  en  des  ci  que^  dessique^ 
si  desque  n'avait  précédé  des  ci  que  ==  jusque.  Desci.,  tresci,  etc. 
ne  remontent  pas  au-delà  de  1240  ou  1230.  Le  Eoman  de  R 
d.  C.  emploie  encore  desci,  dans  sa  signification  primitive,  à 
côté  de  dusque. 

En  .i.  batel  se  sont  en  Sainne  mis; 
Ains  n'aresterent  desd  dusqu'k  Paris,     (p.  253.) 
Yoici  quelques  exemples  de  tresque^  trusque^  trosque^  entresque. 
Icele  nuit  est  chascuns  reposeiz, 

Tresc'al  demain  ke  li  jors  parut  cleirs.    (G.  d.  V.v.  3213.  4.) 
Que  Asye  prent  son  comencement 
Dès  midi  tresqu'en  Orient.     (Ben.  I,  v.  225.  6.) 
Venu  en  sont  trosqii'al  rivage.     (Phil.  M.  v.  101.) 
Si  l'a  tenut  .i.  an  trestot  antier 

Trosqu'h  .i.  jor  que  vos  sai  devisier.    (E.  d.  C.  p.  280.) 
Cfr.  P.  d.  B.  V.  414.  1446.  2254.  5238.  5803.  etc. 
Dont  naissoit  li  blanque  gorgete 
TrusJc'siS  espaules  sans  fosete.     (Romv.  p.  321,  v.  27.  8.) 


374  DE   LA  PRÉPOSITION. 

L'osberc  li  rumpt  entresque  à  la  charn.    (Ch.  d.  R.  p.  50.) 

Tel  saut  feistes  qu'il  n'a  home 

De  Ck)stentiii  entresqu'k  Rome 

Se  il  le  voit  n'en  ait  hisdor.     (Trist.  I,  p.  115.) 

N'a  chevalier  en  son  roiaume 

Ne  d'Eli  d'antresqu'en  Dureaume 

S'il  voloit  dire  que  .  .  .  (Ib.  I,  p.  108.) 
Ce  dernier  exemple,  où  l'on  voit  de  préposé  à  antresqtte,  est 
une  novelle  preuve  en  faveur  de  la  composition  atitre  ci  que. 
Cfr.  la  conjonction  diisque. 


CHAPITRE  IX, 


DE  LA  CONJONCTION. 

En  considérant  le  rôle  important  que  la  Conjonction  joue 
dans  la  phrase,  on  trouvera  sans  doute  les  données  suivantes 
bien  sèches  et  bien  mesquines.  Je  sens  cette  imperfection  mieux 
que  personne ,  mais  je  ne  pouvais  m'étendre  davantage  sans  sor- 
tir des  limites  que  je  me  suis  prescrites.  Il  aurait  fallu,  avant 
tout ,  faire  une  classification  des  différentes  espèces  de  phrases, 
vu  que  les  distinctions  établies  dans  nos  grammaires  françaises 
sont,  à  cet  égard,  d'une  imperfection  désolante.  Puis  j'aurais 
eu  à  expliquer  les  combinaisons  grammaticales  que  chacune  de 
nos  conjonctions  sert  à  opérer,  leur  synonymie,  et,  pour  rendre 
le  travail  complet,  j'aurais  été  forcé  d'établir  des  comparaisons 
entre  la  langue  d'oïl  et  la  langue  fixée.  C'est  un  ouvrage 
entier  à  faire.  Comme  à  l'ordinaire,  je  me  suis  donc  restreint, 
en  général,  à  la  partie  étymologique. 

A  ce  que:  afin  que;  comme ^  pendant  que. 
En  ce  que:  pendant  que  —  parce  que. 
Qu'il  te  gai'de  e  deffende  de  tous  maulx,  par  especial  de  mourir 
en  pechie  mortel,  à  ce  que  nous  puissions  une  fois,   après  ceste  mor- 
telle vie,  estre  devans  Dieu  ensemble.     (Joinville.) 

A  ço  qu'il  al  pruveire  parlad,  merveillus  tumiût  en  l'ost  levad. 
(Q.  L.  d.  E.  I,  p.  47.) 

Cfr.  :  Et  nous  n'avons  mie  mestier  de  perdre  nos  homes ,  quar  trop 
en  avons  petit  à  ce  que  nous  en  avons  à  faire.    (Villeh.  p.  40.  LXII.) 
à  ce  que  =  pour  ce  que. 

A  ço  qu'a  siglent  leement 
Levé  li  chlaz.     (Trist.  II,  p.  80.) 
En  çou  que  ele  ensi  parloit 
Li  rois  le  regarde,  si  voit 

Les  larmes  des  ix  qui  li  cieent.  (R.  d.  1.  M.  v.  1305  -  7.) 
En  ce  qu'éles  passoient  la  porte,  si  troverent  la  dame  sor  le  pont. 
(R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  20.) 


376  DE    LA   C0NJ0NCTI03S'. 

Il  s'en  partirent;  et  en  ce  qu il  avalèrent  les  degrez  de  la  sale,  et 
il  entrèrent  en  la  rue,  le  cri  lieve  de  la  gent  qui  pitio  avoient  du 
yallet  qui  alloit  à  sa  destmction.     (Ib.  p.  24.  5.) 

Car  quant  nos  requérons  lo  repaus  de  la  permanable  pais,   u  en 
ce  Ice  nos  n'entendons  voisousement  u  en  ce  Jce  nos  ne  savons  humile- 
ment,  si  somes  nos  alsi  com  el  numbre  del  robileu.     (M.  s.  J.  p.  496.) 
Ans^  ains^  etc.  —  An^ois^  aineois^  etc. 
(Cfr.  Adverbe,  Préposition.) 
Cette  conjonction  adversative  signifiait  mais^  mais  hien^  mais 
lien  plutôt;  elle  resta  en  usage  jusqu'au  XYI*  siècle.     Il  est  à 
regretter  que  la  langue  fixée  l'ait  rejetée.     On  a  déjà  vu  quel- 
ques exemples  de  ains^  conjonction,  au  chapitre  de  l'adverbe  ^. 

La  sapience  ne  gist  mie  en  la  deforaineteit  des  choses,  anz  s'ata- 
pist  es  choses  nient  veables.     (M.  s.  J.  p.  467.) 
n  ne  dort  pas,  ançois  semelle, 
Et  or  se  dort  et  dont  s'evelle.     (P.  d.  B.  v.  721.  2.) 
Ains  que ,  anzois  que ,  ains  comme  =  antequam. 
Mais  ainz  que  levast  le  soleil 
Furent  il  es  nefs  par  matin.     (Ben.  I,  v.  1276.  7.) 
Einz  qu'il  seit  en  l'isle  venu.     (Trist.  Il,  p.  62.) 
Ains  que  .viij.  jors  passes  eust 
Mahons  à  sa  dame  revient.     (R.  d.  M.  p.  19.) 
Anzois  lie  li  humaniteiz  fust  apparue ,  si  estoit  receleie  li  benigneteiz. 
(S.  d.  S.  B.  p.  546.) 

Gieres  anzois  ke  ele  manjoust  sospiret  ele,  cai"  premiers  gemist  ele 
es  tribulations.     (M.  s.  J.  p.  470.) 

Anchois  fc'issies  de  cest  repaire. 
Ares  guerredon  d'omme  faus 
Con  trahitres  et  desloiaus.     (L.  d'I.  p.  16.) 
Ençois  que  cil  assaut  commençast,  le  samedi  matin  s'en  vint  un 
mes  bâtant  en  Constantinople.     (Villeh.  487**.) 

Un  poi  ainceis  que  jorz  parust.    (Ben.  Il,  v.  704.) 
Elas,  tant  ai  dolour, 

Ains  con  puis  joie  avoir  d'amour.     (Romv.  p.  265.) 
Al  ains  que  signifiait  aussitôt  que ,  le  plut  tôt  que. 
Congie  prist  et  sa  voie  tint 

Et  al  ainz  que  il  pout  revint.     (Chast.  XIII,  v.  35.  6.) 
Com  ains  avait  la  même  signification. 

El  chastel  vint  aim  il  ains  pot.     (R.  d.  R.  v.  8476.) 

Aine  que.     Cfr.  Adverbe  p.  273. 

(1)  Je  saisis  cette  occasion  pour  faire  une  remarque  qui  a  été  omise  au  chapitre  fie 
l'adverbe.  Soit  pour  ménager  l'espace,  soit  pour  éviter  des  répétitions,  j'ai  souvent 
indiqué ,  hors  de  leur  lieu ,  les  divers  emplois  d'une  particule.  Ensuite ,  en  ce  qui  con- 
cerne les  adverbes  et  les  conjonctions,  un  grand  nombre  des  premiers  s 'employant  enmêmô 
temps  comme  conjonctions ,  il  est  souvent  difficile  de  tirer  la  ligne  de  démarcation  où 
une  telle  particule  cesse  d'être  adverbe  pour  prendre  le  rôle  d'une  conjonction. 


DE    LA    CONJONCTIOÎf.  377 

Or  oies  mervoUes  de  Deu, 
Ki  pour  le  roi  vaillant  et  preu, 
Faisoit  miracles  et  vertus, 

Aine  qu'il  fust  à  se  gent  venus.     (Pliil.  M.  v.  3390-3.) 
AIsï^  auszj  aussi  com  et  que. 
Mais  vos   morrciz    si   com  homme,    alsi  coin  se   elo   overtement 
disoit  si  com  pecheor.     (M.  s.  J.  p.  456.) 

Mais  alsi  com  nos  nos  complaindons  à  nostre  Sanior,  quant  nos 
cez  choses  avons  oïes.     (Ib.  p  491.) 

Alsi  savons  nous  bien  que  tu  feroies  de  nos  alsi  com  tu  as  fait 
des  autres.    (Yilleli.  482  ^) 

Icis,  alsi  îce  nos  avons  dit,  quant  il  en  Aurelie  ot  cure  de  sa 
herde,  en  ses  jors  fut  uns  hom  d'onorable  vie  del  mont  ki  Argentiers 
est  apeleiz.     (Dial.  St.  Grég.) 

Dunkes  cil  ki  sunt  en  amertume  d'anrme  convoitent  del  tôt  morir 
al  munde,  ke  alsi  Jce  il  riens  ne  quierent  el  munde,  alsi  nés  ait  li 
siècles  dont  tenir.     (M.  s.  J.  p.  465.) 

Plus  tard,  alsï  com,  que  prit  à  peu  près  la  signification  de: 
presque,  pour  ainsi  dire. 

Ainsi  que,  ensi  que,  eissi  que,  issi  ke. 
Cette  conjonction  signifiait  ainsi  que,    de  façon  que,  de  sorte 
que,  afin  que.     Plus  tard  on  lui  donna  le  sens  de  om  moment  que. 
Car  ainsi  plaist  il  à  ois  mismes ,  c'est  k'il  or  poient  faire  franche- 
ment lor  volenteit  ensi  Tce  nuls  n'en  parost.     (S.  d.  S.  B.  p.  556.) 

Se  nos  allons  en  Surie ,  l'entrée  del  iver  ert  quant  nos  y  vendrons, 
ne  nos  ne  perrons  ostoier;  ensi  que  ert  la  besoigne  nostre  Signer  per- 
due.    (Villeh.  455''.) 

Quant  Eenier  de  Trit  le  sot  en  la  ville,  si  dota  que  il  ne  le  ren- 
dissent à  Johannisse,  ensi  que  s'en  issi  à  tant  de  gent  com  il  pot  et 
s'esmut  à  une  jornee.     (Ib.  479®.) 

Par  droit  besoig  e  par  destrece 
Estut  Aulrez  le  tôt  gerpir 
Eissi  qiiil  l'en  covint  foïr.     (Ben.  v.  27785 - 7.) 
....  Et  la  présence  de  cens  ke  le  roy  de  Engleterre  i  enverra  iil 
jor  et  au  leu  avaunt  nomez,   issi  k'il  pussent  veer  ke   cestes   choses 
seiunt  en  bone  foy  acomplies.  (1289.  Rym.  I,  3.  p.  57.) 

Car. 
Dérivé  du  IsLimquare,  ce  mot  a  eu  pour  formes:  quar,  har, 
car,  quer  (cuer,  Trist.  I,  140).  Outre  l'emploi  que  nous  faisons 
de  car,  l'ancienne  langue  s'en  servait  dans  les  phrases  impéra- 
tives  et  optatives.  Nous  remplaçons  de  car  par  une  particule 
conclusive  (donc). 

Karles  estoit  à  Aiz  plains  de  duel  et  de  rage, 

Quar  tuit  li  sont  failli  et  prive  et  sauvage.  (Ch.d.S.I,p.  64.) 


378  DE    LA   C02ÎJONCTI02Î. 

Or  n'en  deit  nus  aveir  pitié, 

Quer  il  fu  mort  par  malvestie.     (Chast.  XI,  v.  111.  2.) 
Quer  qui  sens  a,  si  est  montez 
A  totes  les  autres  bontez.     (Ib.  prol.  v.  57.  8.) 
Cette  forme  quer  est  normande-picarde ,  de  la  seconde  moitié 
du  Xm*  siècle. 

Naaman  li  cunestables  de  la  chevalerie  al  rei  de  Sirie  esteit  huem 
de  grant  afaire,  e  mult  henurez  de  sun  seignur;  kar  nostre  Sires  out 
fait  grant  salud  par  lui  en, Sirie.     (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  361.) 

Geste  pulcele  parlad  à  sa  dame,  si  li  dist:  Ha!  Ica/t'  fust  mis  sires 
od  le  prophète  ki  est  en  Samarie,   pui*  veir  tut  en  sen-eit  guariz  del 
mal  dunt  il  est  travailliez.    (Ib.  ead.) 
Damoisele,  vos  avez  tort. 
Car  fussiez  vos  à  lui  au  port 
0  il  arriva  hui  matin  !     (Trist.  I,  p.  232.) 
Eoïne  note  et  pure, 
Quar  me  pren  en  ta  cure 
Et  si  me  médecine.     (Euteb.  II,  p.  100.) 
Cumpainz  Eollant,  l'olifant  car  sunez.     (Cli.d.E.p.42.) 
Dunt  vus  vient  il,  kil  vus  dona? 
Kar  me  dites  kil  vus  bailla.     (M.  d.  F.  Fr.  433.  4.) 
Douce  dame,  car  m'otroiez  pour  De 
Un  douz  regart  de  vous  en  la  semaine.  (G.  d.  G.  d.  G.  p.  56.) 
Baron,  dist  li  ainznez,  et  qar  me  conseilliez.    (Gh.  d.  S.  II,  p.  96.) 
Sires  damoisiaus,  quar  chantes, 
Pai'  amors  si  vous  confortes.    (E.  d.  1.  V.  v.  3324.  5.) 
Eois,  car  chevalche;  porquoi  es  alentis?    (0.  d.D.v.  305.) 
Car  se  trouve  quelquefois  comme  terme  d'affirmation. 
Quant  une  altre  ancele  l'ot  veut ,  si  dist  à  ceos  ki  lai  encore  estei- 
vent:  car  cist  est  de  ceos.     (Eoquefort.) 

Combien  que:  combien  que  ;  autant  que  ;  quoique ,  bien  que. 
Et  por  ce  ke  chascuns ,  combien  Jce  il  unkes  ait  en  ceste  vie  esploi- 
tiet,  sent  ancor  l'aguilhon  de  sa  corruption.     (M.  s.  J.  p.  483.) 
Ne  veut  covrir  plus  son  deslei 
Ne  sa  maute  ne  sa  nonfei, 

Cumhien  que  il  s'en  fust  celez.     (Ben.  v.  30386  -  8.) 
Combien  que  c'est  chose  assez  accostumée.     (Gomines.) 
Corn  que:  quelque  que,  de  quelque  manière  que  (comment  que); 
comment  que. 
Gar  davant  la  fazon  del  onction  de  Grist  ne  porat  esteir  nule  enfer- 
metez  de  cuer,  cum  envieziee  ^'ele  soit.     (S.  d.  S.  B.  p.  532.) 
Cum  que  li  afaires  seit  laiz, 
Ne  cum  qu'il  seit  vers  tei  mesfaiz, 
Prie  à  genoilz  de  bon  corage 
Cum  à  seignor (Ben.  v.  23153  -  6.) 


DE    LA    CO:?f JONCTION.  379 

Mais,  cwm  que  seit  ne  ciim  avienge 

Gart  que  le  chastel  puis  ne  tienge.     (Ib.  v.  29331.  2.) 
Quar  cil  ki,  cornent  Jce  soit,  esgardent  l'avènement  de  la  diviniteît, 
eissent  ja  alsi  com  fors  del  habitacle  de  la  char.    (M.  s.  J.  p.  488.) 

Je  di  que  nus  hons 

Comment  que  très  bien  die  ou  face 

Tant  soit  boins,  ne  biaus,  ne  parfais, 

C'on  ne  sace  à  dire  en  ses  fais.    (E.  d.  1.  M.  Préf.  VU.) 

Mais  nonpoui'quant  pour  moi  déduire, 

Comment  ke  il  me  doie  nuire, 

Enprendrai  l'estore  à  rimer.     (Phil.  M.  v.  44  -  6.) 

Que  ja  tant  com  soie  vis 

N'isterai  de  sa  baillie. 

Comment  que  soie  baillis.     (Romv.  p.  298.) 
De  ce^  de  ce  est  ke^  de  coi, 
signifiaient  d'où  vient  que^  voila  pourquoi. 
Et  de  ce  semble  à  saint  Paule  ke  .  .  .  (M.  s.  J.) 
Et  de  ce  avient  à  la  foiz  ke  li  homme  ki  après  l'orguelh  chient  en 
luxure ,  ont  .  .  .  (Ib.  p.  507.) 

De  ce  dist  bien  li  espouse  ki  sospiroit  el  desier  de  son  espous. 
(Ib.  p.  466.) 

De  ce  est  Jce  ceste  visions  est  apeleie  nocturneiz.     (Ib.  p.  479.) 
Anzois  desimes  nos  ke  l'om  devoit  par  lo  ciel  entendre  l'air,  de  ce 
est  ke  nos  disons  li  oiseal  del  ciel.    (Ib.  p.  500.) 

Deei  que^  desci  que^  dessi  que^  deci  adont  que^  deci  atant 
que:  jusqu'à  ce  que. 

Desi  ke  en  Bretaine  sont.     (R.  d.  R»  v.  427.) 

Au  message  creantet  ont 

K'eles  jamais  ne  mangeront 

Desci  gw'eles  poront  savoir 

S'il  est  u  mors  u  vis  por  voir.     (L.  d'I.  p.  25.) 

Ains  ne  fina  d'esperoner 

Dessi  k'H  vint  as  cols  donner.     (R.  d.  1.  M.  v.  2751.  2.) 

Et  si  s'afiche  bien  et  jure 

C'ariere  ne  retornera 

Deci  adont  que  il  aura 

Le  rossegnol  que  il  n'avoit 

Oï  .j.  an  passe  estoit.    (L.  d.  T.  p.  74.) 

Ded  atant  que  prime  sonne.     (N.  R.  F.  et  C.  I,  323.) 

Ce  dont  à  muser  me  donna 

Que  huimais  aise  n'en  seray 

Desy  atant  que  le  saray.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3946-8  ;  cfr.  4208.) 
Des    que,   simplement,   dans  le   même   sens.     (Y.  L.  d.  G. 
p.  184,  35). 


380  DE    LA    CONJOI^CTIOS'. 

Bementrea^    demcntiers  que  —  cndementres ^   endementiers  que:    tan- 
dis que. 

Bementres  qiio^  lui  sejorna, 

Maint  riche  aveir  li  présenta.     (Ben.  v.  30748. 9 ;  cfr.  10839.) 

Demcntiers  que  li  plais  dura, 

Graelent  pas  ne  s'ublia.     (M.  d.  F.  I,  p.  534.) 

Endementres  ke  là  irai  ...  (R.  d.  E.  v.  12063,) 
Endemcntiers  que  l'empereres  Alexis  fu  en  celé  ost,  si  ravint  une 
mult  grant  mésaventure  en  Constantinople.     (Villeh.  456  ''.) 

Andemantiers  qu'il  parolent  ainsis, 

Esvos  la  dame  qui  de  la  chambre  issi.     (R.  d.  C.  p.  321.) 

Dès  que:  dès  que;  aussitôt  que;  depuis  que. 
Sacies  que  il  les  vengeront 
Dès  que  lui  et  aise  en  aront.     (Brut.  v.  535.  6.) 
Dès  qu'ele  l'ocoison  saura, 

S'ele  puet,  oblier  li  fera  .  .  .  (FI.  et  Bl.  v.  325.  6.) 
Et  ce  fu  li  tiers  feus  en  Constantinople  dès  que  li  Franc  .  .  .  vin- 
drent  el  pais.     (Villeh.) 

Devant  que  —   devant  ce  que  —  'par  devant  ce  que. 
Comme  on  a  vu  devant    pour    avant  ^   on   trouve    devant    que 
pour  avant  que ,  et  même  far  devant  que   dans   le   même   sens. 
Devant  ce  ^  que  et  avant  ce  que  signifiaient  simplement  avant  que. 
Ne  me  puis  an  mon  cuer  trover  nule  raison 
Que  pardoner  li  puisse  ne  ire  ne  tançon 
Devant  que  je  l'aie  féru  sor  le  blazon.     (Ch.  d.  S.  II,  p.  31.) 
Ja  de  cest  camp  vis  ne  fuirai 
Devant  que  venqus  les  arai.     (Brut.  v.  13289.  90.) 
Mais  ço  li  mandad  que  devant  li  ne  venist  devant  ço  que  il  li  menast 
Micol  la  fille  Saul  ki  out  ested  femme  David.     (Q.  L.  d.  R.  Il,  p.  130.) 

Quant  me  fera  Dieu  ceste  grâce  que  veoir  le  puisse  une  fois,  avant 
ce  que  la  mort  me  prengne?     (Roquefort.) 

Honors  et  terres  assez  nos  donries 

Si  con  faisies  à  poures  soldoiers, 

Tar  devant  ce  que  en  prison  fussies.  (0.  d.D.v.  10250-2.) 

Dusque;  jusque^  josque;  jesque;  tresque^  trosque^  etc. 

(Cfr.  jusque,  préposition.) 

Ains  nel  crei  li  rois  dusque  l'ot  esprove.  (R.  d'A.  p.  339,  v.  8.) 

.  .  .  Quant  li  Judeu  mainent  en  fuillees ,  en  monument  e  remenbrance 

que  il  mestrent  lunges  à  mesaise,  en  loges  e  en  fuiUees,  jesque  Deu  les 

mist  en  terre  de  promissiun,  en  certaine  statiun.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  2*.) 

(1)  Cette  intercalation  du  pronom  ce  se  faisait  après  les  prépositions  dès,  avant, 
devant j  jusqu^à,  après,  pendant,  sans,  pour,  par.  T[  ne  nous  est  resté  de  cet  ancien 
usage    que  jusqu'à  ce  que,  par  ce  que. 


DE   LA   CONJONCTION.  381 

En  France  dulce  le  voeil  aler  querant, 
Ne  finerai  en  trestut  mun  vivant 
Jusqu'il  seit  mort  u  tut  vif  recréant.     (Cli.  d.  R.  p.  103.) 
Quant  Menelax  ot  Troie  assise 

Aine  n'en  torna  tresqu'il  l'ot  prise.     (Brut.  I,  XXIII.) 
Au  lieu  de  ces  formes  simples ,  on  employait  encore  des  com- 
binaisons semblables  aux  suivantes: 

Dont  apiela  le  maresclial ,  et  li  dist  que  il  ne  se  meust  treschUidont 

que  li  castiaus  fu  refremes  ensi  comme  il  estoit  devant.  (H.  d.  V.  p.  186.  XI.) 

Querons  lor  qu'il  le  nos  aient  à  conquerre  et  nos  lor    respiterons 

les  trente  mille  mars  d'argent  que  il  nos  doivent,   trosque  adonc  que 

Diex  les  nos  laira  conquerre  ensemble  nos  et  els.     (Villeli.  440*^.) 

0  cum  est  bienaurouse  li  conscience  où  tels  manière  de  lute  est  ades, 
enjosk'atant  ke  ceu  ke  morz  est  soit  absorbit  par  la  vie  et  enjosJc'atant 
ke  li  crimors  soit  esveudiee  ki  en  partie  est  et  li  leece  encomenst  ke 
paifeite  est.     (S.  d.  S.  B.  Roquefort  suppl.  auros.) 

Doneies  lur  sunt  unes  blanches  stoles ,  et  dit  lur  est  k'eles  reposas- 
sent encore  un  poi  de  tens,  des  atant  ke  li  numbres  de  lur  peirs  sers 
et  de  lur  frères  soit  acomplis.     (St.  Grég.  Dïal.  Roquefort  stoîe.) 

Trosque^  tresque^  s'employaient  pour  dès  que,  aussitôt  que. 
C'est  encore  une  preuve  pour  l'origine  que  j'attribue  à  ces 
formes. 

Qui  dame  trice  u  qui  li  ment, 

Trosqu'ele  l'aime  loiaument. 

Cil  soit  par  tôt  le  mont  trecies, 

Et  mal  venus  et  mal  ti-aities.     (P.  d.  B.  v.  5475  -8.) 

Mais  tresque  vus,  amis,  l'orrez  (ma  mort) 

Jo  sai  bon  que  vus  en  murrez.  (Trist.  II,  p.  76;  cfr.  p.  84.) 

Tresque  premiers  remirai  sen  viaire.     (Romv.  p.  299.) 

L'idée  de  dès  que ,  depuis  que,  aussitôt  que ,  s'exprimait  encore 
par  très  dont  que. 

Qui  faite  m'a  si  grant  honeui' 

Que  par  sa  debonairete 

M'a  jetée  de  povrete 

Très  dont  ^'escapai  de  la  mer?     (R.  d.  1.  M.  v.  1856-9.) 

Car  très  dont  que  premiers  vo  vi 

Et  que  vostre  biaute  choisi.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3515.  6.) 

Et  la  fu  Jacop  entières 

Très  dont  k'il  fu  à  fin  aies.     (Phil.  M.  v.  11036.  7.) 
Bemarquez  enfin  très  çou  que  =  dès,  depuis  que. 

Si  comme  cil  ki  soujounie 

I  ot  lonc  tans 

Très  çou  fc'il  ot  vencu  Jaumont.     (Phil.  M.  v.  4578.  9;  82.) 

Très  che  que  jou  l'esgardai.     (Romv.  p.  286.) 


382  DE   LA    CONJONCTION. 

Entrues  que^  entreus  que:  pendant  que. 
Et  ses  mençongnes  li  disoit, 
Entrues  que  ses  gens  combatoient, 
Ki  la  mort  proçaine  atendoient.     (Phil.  M.  v.  9671-3.) 
Hyi-aus  crioient  ja  lacMes, 

Eitrnes  qu'il  en  la  viUe  entroit.  (R.  d.  C.  d.  C.  v.  3268. 9.) 
Ef^  e:  et. 
Les  Serments  donnent  à  cette  conjonction  la  forme  et-,  le 
Fragment  de  Yalencienries,  et,  e;  la  cantilène  sur  S*^  Eulalie  et 
(un  seul  exemple  et  devant  une  voyelle).  Les  monuments  des 
âges  suivants  offrent  j^resque  sans  exception  et^  dans  les  dia- 
lectes bourguignon  et  picard  ;  e ,  dans  le  dialecte  normand  et  les 
provinces  immédiatement  soumises  à  son  influence.  La  position 
devant  une  voyelle  ou  devant  une  consonne  n'a  aucune  influence 
sur  la  forme  de  et ,  tandis  qu'en  provençal  on  écrivait  e  devant 
les  mots  qui  commencent  par  une  consonne,  et  devant  ceux 
qui  commencent  par  une  voyelle. 

Et  bien  moi  ramembret  ke  je  droites  choses  ai  fait.     (M.  s.  J.  p.  483.) 
Et  en  estant  raparilhat  les  oez.     (Ib.  p.  485.) 
Regehons  et  aorons  en  la  soveraine  Triniteit.  (S.  d.  S.  B.  p.  522.) 
Et  si  nos  eswardons  la  cause  de  nostre  exil.     (Ib.  ead.) 
E  levèrent  un  cri  Saul  e  ces  ki  furent  od  lui.     (Q.  L.  d.  R.  I,  p.  47.) 
E  encuntre  Deu  ne  pécherez.     (Ib.  I,  p.  50.) 
Et  ne  se  place  d'ordinaire  que  devant  le    dernier   membre 
d'une  énumération,  cependant  pour  appuyer,   on  peut,    comme 
en  latin,  le  répéter  devant  chacun  de  ces  membres. 
Et  in  adjudha  et  in  cadhuna  cosa.     (Serments.) 
Cors  est  li  ciez  et  la  terre  et  la  meirs ,  et  totes  les  veables  choses  .... 
(M.  s.  J.  p.  484.) 

L'emploi  de  la  conjonction  et  ne  se  restreignait  pas  à  la 
liaison  des  phrases  ;  elle  servait  souvent  d'intermédiaire  au  pas- 
sage de  la  compellation  ^  à  la  demande ,  à  l'exclamation  ou  à 
la  réponse. 

Sire  père,  fait  il,  e  vus  que  m'en  loez?    (Th. Cantb.p.14,1. 19.) 
Comment  as  tu  en  non?    Ne  me  le  celés  ja; 
Et  tes  frères  ensement,  où  tant  de  biaute  a. 
Et  Régnant  respondi  :  et  on  le  vous  dira.    (Fierabras  III.) 
Amis,  dist  il,  e  jel  otrei.     (R.  d.  R.  v.  7287.) 
Nous  disons;  tête  à  tête^  mot  à  mot  ^  seul  a  seul^  près  à  près^ 
etc.     L'ancienne  langue  se  servait ,  dans  ce  cas ,  de  à  et  de  et. 
Onques  rien  n'i  laissa  por  nule  coardie 
Que  ce  que  li  rois  mande  mot  et  mot  ne  lor  die.   (Ch.d.S.II,p.46.) 

(1)  On  me  permettra  d'employer  le  substantif  compellation,  puisqu'on  s©  sert  de 
l'adjectif  c(m]pellaHf> 


DE   LA    CONJONCTION.  383 

E  li  dux  lor  conte  e  retrait 
La  grant  merveille  eissi  trestot 
Cum  il  li  avint,  mot  à  mot.     (Ben.  v.  25215-7.) 
Ben  se  desfent  li  Danois  et  sa  gent 
Que  per  à  per  n'i  perdist  il  noiant  ; 
Maistantivienent  Angevin  et  Normant. . .  (O.d.D.  v.7989-91.) 
Bras  à  bras  furent  longuement.     (R.  d,  1.  M.  v.  6510.) 
Petit  e  petit  est  venuz  à  repentance.  (Th.  Cantb.  p.  93,  v.  12.) 
Atant  une  anne  vint  al  lit, 
Pas  por  pas,  petit  et  petit.    (P.  d.  B.  v.  1121.  2.) 
E  furent  il  dui  sul  e  sul  al  champ.     (Q.  L.  d.  R.  III,  p.  279.) 
Par  doîis  et  dous  tant  solement.     (Chast.  X,  v.  60.) 
En  ordre  viengent  un  et  un.    (Ib.  XIII,  v.  173.) 
Li  harunz  manda  un  e  un.     (R.  d.  R.  v.  11282.) 
Près  à  pi'es  vienent  lor  conrei, 
Desoz  les  heaumes  mu  e  quei.     (Ben.  v.  33478.  9.) 
Jamais  joui*  ne  serai  restans 
En  .j.  leu  .ij.  nuiz  près  à  près; 
Ains  cerquerai  et  lonc  et  près 

Tant  que  jou  en  sarai  nouviele.  (R.  d.  1.  V.  v.  4282-5.) 
Gters^  gieres. 
Conjonction  conclusive  signifiant  ainsi,  done,  e^est  pourquoi. 
Giers  doit  dériver  de  ergo  de  la  manière  suivante  :  de  erg  on  fit 
ierg^  puis  Vi  devint/,  d'où/^r,  ger.,  qu'on  diphthongua  de  nou- 
veau en  gier.,  et,  avec  s  additif,  giers.  Oiers  ne  se  trouve  du 
reste  que  dans  quelques-uns  des  plus  anciens  monuments  de 
la  langue  d'oïl. 

Giers  mult  devons  estre  sonious  ke  pau  ne  soit  de  noz  biens  et  ke 
il  ne  soient  senz  discussion.     (M.  s.  J.  p.  447.) 

Gieres  de  totes  parz  nos  vient  devant  la  sovraine  mezine.  (Ib.  p.  506.) 

Ja  soit  ce  que.,  ja  soit  que. 
Cette  locution  conjonctive  est  restée  longtemps  en  usage  au 
palais,  sous  la  forme  ja^oit  que.  La  Harpe  a  blâmé  J.  B.  Rous- 
seau de  s'en  être  encore  servi.  Ja  soit  ce  que.,  ja  soit  que  signi- 
fiaient quoique.,  hien  que.  Inutile  de  dire  que  le  présent  du 
subjonctif  soit  pouvait  être  remplacé  par  l'imparfait  fust. 

Car  cil  ki  après  lo  visce  de  lor  malvoisdie  repairent  az  ploremenz, 

ja  soit  ce  Jce  il  pris  soient,  nequedent  ne  muèrent  mie.   (M. s. J  p. 446.) 

Ja  seit  iço  que  il  nostre  Seignur  cultivassent,  à  ces  ydles  servirent 

que  les  genz  cultivèrent  dunt  il  furent  venuz.   (Q.  L.  d.  R.  IV,  p.  404.) 

Ja  feust  ce  ^'il  ne  feussent  mie  venuz  .  .  .  (Rym.  I,  2.  p.  320.) 

Ja  soit  fc'il  li  ait  anoie.     (R.  d.  M.  p.  48.) 
On  trouve  encore  y^  soit  ce  chose  que.,    tout  soit  que  et  même 
tout.,  employé  seul,  dans  le  même  sens.     Tout  ^ouv  quoique  est 
de  la  fin  du  Xm^  siècle. 


384  DE   LA    CONJONCTION. 

Lues  que:  dès  que:  aussitôt  que. 
Mais  lues  qu'il  furent  fors  issu 
Cil  del  ost  i  sunt  acoru.     (Bmt.  v.  13575.  6.) 
Tout  maintenant  la  compaignie, 
Lues  que  la  parole  a  oie, 

Li  proie (R.  d.  M.  p.  28.) 

Mais  ce  vos  prueve 
*  Que  Dex  sans  faille  o  eus  n'est  pas, 

Qui  juge  les  ihaus  et  les  bas 
lAies  qu'il  issent  de  ceste  esprueve, 
Et  rendent  l'ame  ou  vies  ou  nueve 
Qui  tos  les  biens  et  les  maus  troeve, 
Lues  g^'ele  ost  venue  au  trespas.     (V.  s.  1.  M.  XLII.) 

Mais^  7neis^  mes  ^  mex. 

Ne  nos  covient  donkes  mies  resteir ,  et  molt  moens  nos  covient  ancor 
rewardeir  ayere ,  ou  nous  ewier  as  altres ,  mais  mestier  nos  est  ke  nos 
corriens  et  ke  nos  nos  hastiens  en  tote  bumiliteit.     (S.  d.  S.  B.  p.  567.) 
Ensi  ko  tu  ne  quieres  mies  ta  glore ,  mais  la  seye.     (Ib.  p.  563.) 

Sire,  touz  jours  vous  ei  ame; 

Meis  n'en  ai  pas  à  vous  palle.     (R.  d.  S.  G.  v.  801.  2.) 
Mex  nos  cuens  de  B(orgogne)  en  porriens  retenir  en  cest  cas  ti'ois 
mille  livres.     (1291.  M.  s.  P.  I,  p.  377.) 

Mais  formait  avec  que  une  locution  conjonctive ,  dont  la  signi- 
fication était  pourvu  que. 

Et  vostre  volente  ferons 

Mais  que  nous  partissons  tout  .iij. 

Au  gaaig.    (R.  d.  1.  M.  v.  4830-2.) 

Il  ne  lor  cbaut,  mes  qu'il  lor  plese, 

Qui  qu'en  ait  paine  ne  mesese.     (Ruteb.  I,  p.  193.> 

Mais  or  n'i  ait  nul  contredit 

Ains  me  prestes  armes  nouvieles. 

Moi  ne  caut,  ou  laides  ou  bieles, 

Mais  que  fors  soient  et  serrées.     (R.  d.  1.  V.  v.  1752-5.) 

Se  or  le  m'ofre,  ja  refuser  nel  quier, 

Et  pardonrai  trestot,  par  saint  RicMer; 

Mais  que  mes  oncles  puisse  à  toi  apaier.  (R.  d.  C.  p.  90.) 

Mânes  que:  aussitôt  que. 

Mânes  ke  il  out  entremelleit  de  la  gi-evance  dele  enferteit,  si 
mostrat  il  par  sonuonte  de  discrétion,  par  com  grant  songe  l'om  doit 
enquerre  les  pecMez.     (M.  s.  J.  p.  511.  2.) 

Mais  mânes  ke  la  raisons  repairet  al  cuer,  mânes  soi  rapaisentet 
la  granz  noise.     (Ib.  p.  496.) 


DE  LA   CONJONCTION.  385 

N'es  que  —  ne  que, 
signifiaient  non  plus  que,  pas  plus  que. 
Ne  li  grevoient  cop  d'espee 

Nés  que  englume  fait  martel.     (E.  d.  C.  d.  C.  v.  3306.  7.) 
Je  ne  méfie  en  eulx  nés  qu^en  oysel  volant.  (Bert.Guescllnv.  11104.) 
Li  hauberz  ne  li  vaut  ne  que  feist  cendax.     (Ch.  d.S.  II,  p.  114.) 
Voyez  une  orthographe  neques  (Ib.  p.  140),  qui  est  incorrecte. 
Des  yex  dou  cuer  ne  veons  gote, 
Ne  que  la  taupe  soz  la  mote.     (Euteb.  I,  p.  245.) 
Il  n'a  ne  créance  ne  foi 

Ne  que  chiens  qui  charoingne  tire.     (Ib.  I,  p.  217.) 
Mes  ne  valut  ne  que  devant.     (Ib.  II,  p.  118.) 
Que  ne  durent  terme  n'espace, 

Ne  que  la  fleur  des  champs  qui  passe.    (Th.  Fr.  M.  A.  p.  306.) 
Kichart,  ne  que  espuchier 
Puet  on  la  mer  d'un  tamis, 
Ne  vous  vauroit  mais  caitis 
C'en  ne  puet  musart  castoier.     (Eomv.  p.  327.) 
Ces  phrases  comparatives  où  les  deux  membres  sont  égale- 
ment niés    (ne  ...  ne  que),    se   trouvent  rarement   renversées 
comme  dans  le  dernier  exemple ,  où  ne  que  est  dans  le  premier 
membre. 

Cfr.  le  latin  non . . .  non  (aliter)  quam  au  sens  de  non . . .  non 
magis,  que  la  langue  d'oïl  rendait  encore  par  ne  .  .  .ne  (7mnt) 
plus  eom. 

NeJcedent,    nequedent.   —  Por quant.  —  Neporquant^   nonpor quant ., 
nampwquant.  —  Portant.   —  Nonportant. 
Toutes  ces  formes  signifiaient  pourtant,  cependant,  néanmoins. 
Nequedent  se  décompose  en  ne -que -dent.,  et  dent  est  une  altéra- 
tion de  dont  (Cfr.  le  provençal  nequedonc  Lex.  Rom.  lY,  313,  que 
Raynouard  dérive   très -faussement   de   nequando).     Por  quant  -■= 
por -quant  est  le  corrélatif  de  portant  =  por -tant.    (Yoy.  l'adverbe.) 
Ellevos    en   ta  main   est,    mais  nequedent   l'anrme    de  lui  garde. 
(M.  s.  J.  p.  448.) 

Et  cant  il  saiUient  en  paroles  de  ramponnes,  si  perdent  la  cause 
de  pieteit  par  cui  il  erent  là  venut;  et  nékedent  ce  ne  fout  il  mie  par 
maie  entention.     (Ib.  p.  475.) 

Nequedent  par   lo  main  puet  la  prosperiteiz ,   et  par  lo   vespre  li 
adversiteiz  de  cest  munde  estre  signifie.     (Ib.  p.  509.) 
S'ame  en  infier  grant  painne  a: 
Nequedent  la  gent  forsenee 

Guident  que  el  ciel  soit  montée.     (E.  d.  M.  p.  78.) 
Al  disme  an  fu  Hector  ocis: 
S'en  estut  mal  à  ses  amis, 
Burguy,  Gr.  de  la  langue  d'oïl.  T.  II.  Éd.  III.  25 


386  DE   LA   CONJONCTION. 

Parquant  moult  bien  se  desfendirent 
Et  grans  esters  as  Grius  rendirent.     (P,  d.  B.  v.  247  -  50.) 
Mes  à  char  nel  tocha  par  maie  destinée, 

Porqant  si  bien  l'ampaint  q'il  l'abat  an  la  pree.  (Ch.  d.  S.  II,  p.  118.) 
Purquant  pur  celé  messe  que  il  indue  canta 
Li  evesques  de  Lundres,  qui  pur  le  rei  parla. 
Par  devant  l'apostolie  puis  l'en  acusa.    (Th.Cantb.p.  17,v.26-8.) 
Yoy.  Ben.  v.  36395.  R  d.  M.  p.  67.  E.  d.  C.  p.  87.  etc. 
Mais  neporquant ,  se  leus  estoit, 
Sens  et  mémoire  d'orne  avoit.     (L.  d.  M.  p.  51.) 
Nel  puet  nomer,  et  neporquant 
Balbie  l'a  en  souglotant.    (P.  d.  B.  v.  7245.  6.) 
Ne  porent  à  terre  venir, 
Ne  en  Normendie  revertir, 
E  nepurquant  si  prez  se  tindrent. 
Que  en  l'isle  de  Gersui  vindrent.     (E.  d.  E.  v.  7933-6.) 
Namporquant  je  pris  miex  savoir 
C'avoir.    (E.  d.  1.  Y.  v.  4.  5.) 
Cfr.  V.  1979.  L.  d'I.  p.  19.  etc. 

La  syUabe  initiale  de  la  forme  namporquont  représente  une 
altération  de  non,  dont  le  n  final  s'est  permuté  en  m  devant 
le  p.     (Cfr.  neporoc.) 

NeporoG,  neporhueo,  nepuroc^  namporoc^    etc. 
s'employaient  dans  le  même  sens  que  les  locutions  conjonc- 
tives précédentes.     (Cfr.  poroc^  adverbe.) 

Nonporhuec  por  lo  test  puet  l'om  entendre  la  fragiliteit  de  nostre 
mortaliteit.    (M.  s.  J.  p.  449.) 

Nonporhuec  par  les  ténèbres  puent  estre  signifiiet  li  repuns 
jugement.     (Ib.  p.  457.  8.) 

Et  namporoc,  s'en  ai  grant  paine.     (Brut.  v.  11823.) 
La  forme   suivante  prouve   que  le  syUabe  initiale   nmn   est 
une  altération  de  nom  pour  non  (cfr.  namporquant). 
Nomporoc  bien  les  consilla.    (Brut.  v.  3353.) 
E  nepio^'oc  nen  out  haut  home 
Dès  Alemaigne  desqu'à  Eome, 
Qui  ne  desirast  chèrement 
Le  suen  sage  seignorement.     (Ben.  v.  41721-4.) 
E  nepuroc  quant  il  voleient, 
Del  un  Hu  al  autre  veneient.    (M.  d.  F.  II,  p.  473.) 
Pai'  foi!  asses  le  dehaignon; 
Nonpruec  me  sanle  il  trop  vaillans. 
Peu  parliers  et  cois  et  chelans. 

Ne  nus  ne  porte  meilleur  bouque.     (Th.  Fr.  M.  A.  p.  81.) 
Partant  Ice,  portant  Ice:  parce  que. 
Cest  jor  ne  reètuieret  mie  Deus  et  nel  alume  mie  de  lumière,  quand 


DE   LA   CONJONCTION.  387 

il  en  la  venjance  del  dairien  jugement  ne  choset  mie,  partant  7ce  nos 
l'avomes  vengiet  par  repentance.     (M.  s.  J.  p.  457.) 

Dunkes  partant  Tce  li  anrme  sentet  tost  son  pecMet,  et  restrendet  en 
repentant  sa  tyrannie  desoz  sasengnerie,  soit  dit  adroit...    (Ib.p.461.) 
Dunkes,  partant  Jce  des  aerienes  poesteiz  vient  la  flamme  d'envie  en- 
contre la  netteit  de  noz  penses ,  si  vient  li  fous  del  ciel  az  berbiz.  (Ib.  p.  501.) 
Je  lui  dis  que  bien  en  estoie  certains ,  et  le  croi  fermement ,  pour- 
tant que  ma  mère  le  m'avoit  dit  par  plusieurs  fois.     (JoinviUe.) 

Fues  qice,  puis  que ^  pois  que:  depuis  que;  dès  que,  puisque. 
Ke  poroie  ju  dotteir,  puez  ke  li  Salveires  est  venuiz  en  ma  maison? 
(S.  d.  S.  B.  p.  548.) 

Quels  chose  puet  estre  plus  nondigne,  et  ke  plus  facet  à  haïr  et 
plus  griement  à  vengier,  ke  ceu  ke  li  hom  s'esliecet  désormais  sor 
terre,  pues  fc'il  voit  ke  Deus  est  devenuiz  petiz.     (Ib.  p.  535.) 

Sulunc  tûtes  les  ovres  que  fait  unt,  poi  que  jos  menai  hors   de 
Egypte ,  desqu'à  cest  jur.    (Q.  L.  d.  E.  I,  p.  27.) 
Puis  Jce  famé  enprent  une  chose. 
Moult  à  enviz  dort  ne  repose, 
Tant  k'ele  en  puist  à  chief  venir, 
Que  q'apres  en  doie  avenir.    (Dol.  p.  171.) 
Puis  que  Diex  eut  establies  les  lois, 
Par  nule  guère  ne  fu  si  grans  effrois.     (K.  d.  C.  p.  97.) 
C'est  grant  pitiés  et  grant  doleur 
Quant  jentil  femme  pert  s'oneur. 

Puis  qu'elle  Yoëlle  à  bien  entendre.    (E.  d.  l.M.v.5117-9.) 
Japuis  qu'ilert  sacrez,  n'ert  à  vos  lois  suzmis.  (Th.  Cantb.  p.  14,  v.  23.) 
Puis  que  somes  ansamble,  s'or  estoie  .i.  bergier 
Ou  gaite  de  chastel  ou  ribaut  ou  fomier. 

Si  vos  covient  à  moi,  ce  m'est  vis,  tornoier...  (Ch.  d.S.lI,p.  171.) 
Et  il  jura  que  puis  que  Lombai-t  ne  voelent  enviers  lui  faire  pais 
ne  accorde,  que  il  saura  se  Lombart  aront  pooir  contre  lui.    (H.  d.  V. 
p.  221.  XXIX.) 

Mais  je  lairai  le  duel  ester, 
Poui'  vous  me  voirai  conforter. 
Puis  Jce  hebregies  estes  chi.     (E.  d.  1.  Y.  v.  1643-5.) 
On   voit   que  puis  que    s'employait:    a)    quand    on    voulait 
indiquer  dans  la  phrase   subordonnée   le    moment  après  lequel 
le  contenu  de  la  phrase  principale   se  réaliserait;   h)  quand  on 
désignait   la   durée    à  partir  d'un  moment  déterminé;    enfin  c) 
pour  exprimer  l'idée  de  causalité. 

A  poi  que -ne;  à  petit  que -ne:  peu  s'en  faut  que  ne. 
Li  maronier  l'ont  escrie. 
Et  de  lor  aviron  gete; 
Li  uns  l'a  d'un  baston  féru: 
A  poi  Jfc'il  ne  l'ont  retenu.     (L.  d.  M.  p.  52.) 

25* 


388  DE   LA   œNJONCTION. 

Et  Lorois,  qui  les  esgarda, 
A  poi  que  il  ne  s'en  pasma.    (L.  d.  T.  p.  79.) 
Salerez  est  clieuz,  dus  Naymes  chancelez, 
A  petit  que  il  ^'est  do  tôt  desafautrez.     (Ch.  d.  S.  II,  p.  174.) 

Ondisait  aussi ^or  ou  par  pot,  petit  que-ne^  ou  avec  l'article 
indéterminé  por  un  poi  y  petit  que -ne.     (Cfr.  Adverbe). 
Por  ce  que  ou  par  ce  que:  parce  (j^ue. 

La  première  de  ces  combinaisons  est  la  plus  fréquente  dans 
l'ancienne  langue;  eUe  resta  en  usage  jusqu'à  la  lin  du  XVI* 
siècle.  J'ai  déjà  parlé  dé  la  confusion  de  per  et  pro;  j'ajouterai 
ici  que  la  raison  immédiate  de  l'emploi  de  pour  que  dans  les 
phrases  causatives  se  trouve  déjà  dans  le  latin. 

Pa/r  ce  que  nous  donne  la  cause  et  le  motif,  il  répond  au 
latin  quia  et  quod.  Por  ce  que,  pa/r  ce  he^  por  que  et  par  que^ 
servaient  aussi  pour  notre  afin  que^  pour  que. 

Par  ce  Tce  la  fumeie  tuerblet  l'oelh,  si  at  nom  la  confusions  de 
nostre  pense  fuineie.     (M.  s.  J.  p.  459.) 

Et  par  ce  ke  nos  veons  ce  ke  fait  est,  nos  merveilhons  nos  del 
force  del  faiteor.     (M.  s.  J.  p.  478.) 

Mais  la  raihnable  créature,  par  ce  ke  ele  est  faite  al  ymagene  de 
son  faiteor,  est  gardeie  ke  ele  à  nient  ne-  trespasset.     (Ib.  p.  485.) 

Car  li  set  filh  ne  puent  parvenir  à  la  perfection  del  numbre  de  dis, 
se  tôt  ce  ke  il  font  n'est  en  foid  et  en  sperance  et  en  cariteit;  et  par 
ce  ke  cest  habundance  de  vertuz  ki  devant  s'en  vat,  siet  plaintive  pense 
de  bones  oevres ,  vient  à  droit  après.     (Ib.  p.  495.) 

Dunkes  diet  l'om  ù  il  demorat,  par  ke  ses  los  creisset,  cant  il  fut 
bons  entre  les  malvais.     (Ib.  p.  441.) 

Si  guerroieront  lor  segnor: 
Per  ço  qu^il  orent  bone  aïe 
Desdegnierent  sa  segnor ie.     (P.  d.  B.  v.  174-6.) 

Et  por  kai  dient  eles  ceu?  Por  ceu  Jfc'eles  en  lor  vaissels  nen  ont 
poent  d'oile.    (S.  d.  S.  B.  p.  564.) 

Pur  ço  que  tu  as  oud  fiance  al  rei  de  Syiie,  e  nient  en  nostre 
Seignuj,  li  oz  de  Syiie  te  est  eschapez.    (Q.  L.  d.  HE,  p.  304.) 

Por  que  (Ei-agm.  de  Val.  1.  12  v«). 

Quar  quand  li  bon  ont  mal  et  li  mal  bien ,  pues  cel  estre  l'om  entent 
ke  ce  soit  por  ce  ke  li  bon  se  il  ont  alcun  mal  fait,  en  rezoivent  ci  la 
paine ,  por  ke  il  plus  plainement  soient  delivreit  de  la  permanable  damp- 
nation;  et  li  mal  truisent  ci  lur  biens  cui  il  font  por  ceste  vie,  pai'  ke 
il  en  l'altre  soient  plus  delivrement  trait  az  tormenz.    (M.  s.  J.  p.  463.) 

Je  rappellerai  ici  les  combinaisons  par  ce  et  por  ce^  por  quoi 
et  par  quoi,  qui  signifiaient  (c^estj  pour  cela  (que) ,  (c^est)  pour  qvM. 

Par  ce  est  dit  ù  li  sainz  hom  demoroit,  ke  li  mérites  de  sa  vertut 
soit  expresseiz.    (M.  s.  J.  p.  441.) 

Par  ce  siut  bien  après.    (Ib.  p.  505.) 


DE    LA   CONJONCTION.  389 

Pot  ceu  voil  bien,  cMer  frère,  ke  vos  sachiez  ke  tuît  cil  enseiient 
l'anemin  avuertement ...     (S.  d.  S.  B.  p.  573.) 

Atant  entendid  Jonathas  que  sis  pères  out  estrussed  que  David 
oci  reit.  Pur  ça  de  la  table  à  grant  ire  levad,  e  al  jui-  de  pain  ne 
gustad.    (Q.  L.  d.  K.  I,  p.  81.) 

Pour  quoi,  par  quoi  étaient  tout  aussi  indépendants  dans  leur 
emploi  que  por  ce^  et  on  les  trouve  souvent  après  un  point  au 
commencement  d'une  phrase. 

C'est  aux  XIY^,  XY^  et  XYI®  siècles,  que  'pour  quoi  et  par 
quoi  eurent  leur  grande  vogue. 

Por  quoi  s'employait  encore  pour  pourvu  que.  (Fabl.  et  C. 
n,  p.  152.)  Je  dirai  en  passant  que  por  que  se  trouve  avec  le 
même  sens.    (E.  d.  1.  M.  v.  5603.)    Cfr.  Adverbe  'poroo. 

Que. 
Cette  conjonction  doit  dériver  de  quid.,  ainsi  que  le  prouvent 
les  formes  quid  des  Serments,  et  qued  (devant  une  voyelle)  de 
la  cantiïène  sur  sainte  Eulalie  v.  14.  27.  Le  pronom  quid 
serait  donc  devenu  d'abord  pronom  relatif  abstrait,  c'est-à-dire 
qu'il  n'aurait  plus  eu  de  genre ,  puis  il  aurait  pris  le  rôle  d'une 
conjonction. 

Outre  ce  que^  il  y  en  a  im  qiui  sert  à  lier  le  second  membre 
de  la  phrase  comparative;  il  répond  au  latin  quam  (ut,  ac,  atque). 
Que  est -il  ici  le  même  que  l'autre  ou  dérive -t-il  de  quam? 
La  conjonction  que  (quod)  peut  être  supprimée,  soit  que 
grammaticalement  les  deux  phrases  soient  séparées  c'est-à-dire 
que  le  verbe  de  la  seconde  est  à  l'indicatif;  soit  que  les  deux 
phrases  soient  grammaticalement  unies,  c'est-à-dire  que  le  verbe 
de  la  seconde  est  au  subjonctif.  Cette  dernière  suppression  du 
que  était  encore  en  usage  au  XVI  *"  siècle. 

Quant  l'arcevesque  vit,  tuit  se  tindrent  al rei.  (Th.  Cantb.  p.  102,  v.  1 .) 
Jamais  en  cort  ne  séries  troves 

Corne  traitres  ne  fussies  demostres.    (0.  d.  D.  v.  4526.  7.) 
Garde  plus  ne  li  faces  mal.     (Ben.  v.  25655.) 
Par  sainte  obédience  defent  nés  (les  leis)  tiengiez  mie. 

(Th.  Cantb.  p.  23,  v.  30.) 
Je    porterai   l'attention    sur   une   ellipse    semblable  du   que 
comparatif  devant  une  phrase  complète. 

Fi,  fi,  plus  puent  ne  fait  fienz.    (Fab.  et  C.  I,  p.  284.) 
Miex  vault  prendre,  ce  m'est  avis. 
Ne  face  atendre  le  cuidier.     (Eomv.  p.  381.) 
On  se  souvient  que  de  remplaçait   que  après  le  comparatif; 
ce  de  peut  également  être  supprimé,   surtout   devant  les  noms 
de  nombre,  après  plus. 


390  DE   LA  CONJONCTION. 

Fiers  e  hardiz  plus  leoparz, 
Od  les  glaives  les  esboelent.    (Ben.  v.  22375.  6.) 
Paien  d'Arabe  s'en  turnent  plus  .c.     (Ch.  d.  R.  p.  137.) 
Que  avait  le  sens  exact  ou  approximatif  de:   afin  que,  pour 
que,  parce  que^  vu  que ,  de  manière  que,  de  sorte  que. 
Filz,  esgarde  com  li  formiz 
Porchace  son  vivre  en  este, 

Que  en  Mver  en  ait  plante.    (Chast.  prol.  v.  192-4) 
Ses  homes  fist.  Artus  armer 
Et  ses  batailles  ordoner; 
Quel  hore  que  Romain  venissent 
Que  prestement  les  recoiUissent.    (Brut.  v.  12708-11.) 
Sa  victoire  i  fist  mètre,  escrire  et  seeler, 
A  bêles  letres  d'or  dou  meillor  d'outremer: 
Ce  fist  il  que  li  Saisne  s'i  poissent  mirer; 
Sovantes  foiz  avoient  telant  de  révéler.    (Ch.  d.  S.  Il,  p.  189.) 
Por  ce  que  sermoner  me  grieve, 
Le  prologue  briefment  achieve, 
Que  ma  matire  ne  desti-uie.    (Ruteb.  n,  p.  158.) 
A  la  curt  en  ala  sainz  Thomas  li  bons  prestre, 
E  pristles  armes Deu,  gweseurs  peust  estre.  (Th.  Cantb.  p.  20,  v.  27. 8.) 
L'autrier  .i.  jor  jouer  aloie 
Devers  l'Auçoirrois  saint  Germain, 
Plus  matin  que  je  ne  soloie, 

Que  ne  Hef  pas  volontiers  main.     (Ruteb.  I,  p.  213.) 
Adonques  traist  l'espee  g'il  se  voloit  ocire.    (Ch.  d.  S.II,p.  148.) 
E  mistrent  grant  paine  à  la  ville  prendre  ;  mais  ne  poet  estre ,  que 
la  ville  ère  mult  fort  et  mult  bien  garnie.     (Villeh.  479*".) 

Affuble  toi  que  trop  es  nus.     (Fab.  et  C.  I,  378.) 
Li  preudon  fu  viex  devenu 
Que  viellece  l'et  abatu, 

Qu'diXL  baston  l'estuet  sostenii*.    (Ib.  t.  IV,  p.  479.) 
Que  —  que:  et  —  et,  soit  —  soit. 
M.  Diez   (m,  73.)   range    ce   que -que   parmi  les  pronoms. 
Pour  s'expliquer   que -que  de  cette  manière,  il  faut  considérer 
que  comme  un  pronom  neutre ,  et  on  ne  peut  partir  de  ce  point 
de  vue  sans  faire  violence  au  génie  delà  langue  d'oïl.    M.  Diez 
s'est    probablement    laissé    tromper    par    la    comparaison    d'un 
emploi  assez  extraordinaire  de  l'allemand  welches.,  was.     Que -que 
répond  exactement,  pour  le  sens,  au  latin  qua-qua:  Qw(?dominus, 
qua  advocati  (Cic.  Att.  2,    19).     La  permutation  de  qu^  en  que 
n'a  en  outre  rien  que  de  fort  naturel  ;  aussi  regardé -je  qice-que 
comme  une  simple  traduction  du  latin  qua-qua. 
En  trente  leus  esteit  l'occise 
Del  englesche  gent  entreprise; 


DE  LA   œiïJONCTION.  391 

Qu'en  cler  sanc  d'eus,  que  en  boeleC, 

Qu'en  piez,  qu'en  mainz,  que  en  cervele, 

I  entroent,  ce  sui  lisant, 

Desqu'as  chevilles  li  Normant.    (Ben.  v.  27255-60.) 

An  .viij.  jors  plains,  ce  saicMes,  sans  tai'gier. 

Que  d'un  que  d'autre  orent  .xxx.  millier.    (R.d.C.  p.331.) 

Bien  en  ont  .xxx.,  que  mors,  que  confondus, 

Et  bien  .l.,  que  pris,  que  retenus.     (Ib.  p.  152.) 

E  furent  bien  mil  chevalier, 

Qu£  d'une  part,  que  d'auti-e,  au  mains.    (Romv.  p.  497.) 

De  pite  eurent  bien  leur  part. 

Que  poui"  leur  dame,  que  pour  lui. 

Qui  par  traison  ont  anui.     (R.  d.  1.  M.  v.  5406-8.) 

Que  que,  coi  que:  au  moment  que,  pendant  que. 

Que  g'ansi  vont  disant,  vers  lui  sont  aprochie.  (Ch.  d. S. I, p.  254 ; 

cfr.  II,  78.  79.) 
Et  que  que  il  s'esmerveiUoit 

Fors  de  lu  forest  issir  voit 

liij  .XX.  dames  tôt  alsi.    (L.  d.  T.  p.  77.) 

Aucune  foiz  sa  robe  ardoit 

Que  que  vers  le  ciel  regardoit.     (Euteb.  II,  p.  214.) 

Coi  que  la  biele  se  gaimente, 

Gerars  revint  de  pasmison.    (R.  d.  1.  V.  v.  2085.  6.) 

Coi  que  les  pucieles  contendent, 

Li  Saisne  lor  chevaus  destendent 

Quant  voient  abatu  Gontart.    (Ib.  v.  2754-6.) 

Se  —  Si. 

Je  réunis  ces  deux  formes  afin  de  les  mieux  différencier.  Se 
dérive  du  latin  si;  c'est  notre  conjonction  si.  (Italien  et  portu- 
gais 8e\  provençal  et  espagnol  si.)  La  forme  primitive  de  se 
paraît  avoir  été  si;  mais,  déjà  à  la  fin  du  XLE®  sièle,  on  voit 
tantôt  si,  tantôt  se;  puis  se  devient  général,  sans  doute  poui* 
le  différencier  de  si,  adverbe  et  conjonction.  Cependant  si  ne 
disparut  pas  entièrement,  mais  les  exemples  qu'on  en  trouve  au 
Xm*  siècle,  doivent  être  le  plus  souvent  considérés  comme  des 
fautes  des  copistes  (cfr.  né).  On  trouve  même  si  pour  se  et  se 
pour  si.  En  ÎTormandie,  si  se  maintint  un  peu  plus  longtemps 
que  dans  les  autres  dialectes. 

Dans  les  conjurations  et  dans  les  serments^  on  se  servait  du 
subjonctif  après  se ,  qui  reste  cei)endant  conditionnel.  Se  JDieus 
me  consaut ,  me  saut.,  etc.  sont  des  phrases  qui  reviennent  à 
chaque  instant. 

Si  dérive  du  latin  sic;  il  avait  divers  emplois  que  je  vai^ 
chercher  à  expliquer. 


392  DE   LA   CONJONCTION. 

Si  avait  la  fonction  de  simple  copule ,  comme  notre  et  On 
l'employait  en  poésie  et  en  prose,  mais  surtout  dans  le  récit. 
Les  auteurs  du  XY*"  siècle  en  faisaient  encore  usage.  Si  s'em- 
ployait d'ordinaire  quand  le  sujet  des  phrases  restait  le  même; 
il  se  plaçait  au  commencement  de  la  phrase,  immédiatement 
avant  le  verbe ,  à  moins  qu'il  n'y  eût  des  pronoms  qu'on  prépose 
toujours  a  ce  dernier  ou  des  négations. 

E  il  en  despit  del  rei  asistrent  les  cieus,  e  les  clops,  e  les  leprus 
as  kernels  de  la  cited,  si  distrent  al  rei.    (Q.  L.  d.  R.  n,  p.  136.) 

E  l'um  le  nnnciad  al  rei  que  il  ert  venuz,  si  vint  devant  le  rei, 
si  aurad  à  terre  le  rei,  puis  si  li  dist.     (Ib.  m,  p.  223.) 

La  seconde  phrase  a -t- elle  un  nouveau  sujet,  on  l'unit  à 
la  première  par  et. 

E  cil  de  Gadre  vindrent  encuntre  David  e  il  les  saluad.    (Ib.  ead.) 

Cependant,  à  la  fin  du  Xm®  siècle  siu-tout,  il  n'est  pas 
rare  de  voir  figurer  si  pour  et,  quant  les  sujets  sont  différents. 
C'est  une  extension  abusive  de  l'emploi  de  m,  occasionnée  sans 
doute  par  la  fréquence  de  ce  mot. 

On  rencontre  souvent  et  où  si  aurait  pu  trouver  place. 
C'était,  en  certains  cas,  pour  varier  les  formes;  autre  part,  la 
négation  semble  avoir  de  l'influence  sur  l'emploi  de  et. 

E  David  guastout  tute  la  terre ,  e  n'i  laissad  vivre  home  ne  femme. 
(Q.  L.  d.  E.  I,  p.  107.) 

E  li  Philistien  s'asemblerent  e  vindrent  en  terre  de  Israël,  si 
s'alogierent  en  Sunam.     (Ib.  ead.  p.  108.) 

Fort  souvent  la  conjonction  et  prenait  sa  place  ordinaii'e 
devant  le  si. 

Oiez  chançon,  et  si  nos  faites  pais.    (R.  d.  C.  p.  3.) 

Jo  te  liverai  tun  enemi ,  e  si  li  fras  quanque  te  plarrad.  (Q.  L.  d. 
R.  I,  p.  93.) 

Si,  et  si  servaient  en  outre  de  conjonctions  adversatives. 

Si,  adverbe,  remplaçait,  en  nombre  de  cas,  le  composé 
ainsi,    et   il  n'est  pas  rare  qu'on   le   puisse  traduire   par  aiissi. 


Bien  moins  souvent  que  les  autres  langues  romanes,  le 
provençal  et  la  langue  d'oïl  faisaient  usage  de  si  (=  sic, 
synonyme  diHta)  comme  adverbe  d'affirmation.  D'ordinaire,  on 
l'employait  en  opposition  immédiate  avec  non,  et  quand  il 
s'agissait  de  répondre  à  une  assertion  négative  ou  à  une  demande 
qui  exprime  le  doute.  Cependant  ce  n'est  pas  une  règle  fixe, 
et,  dans  les  plus  anciens  temps  surtout,  on  voit  souvent  dil  où 
si  pourrait  figurer. 

Je  ne  parle  pas  de  si  adverbe  de  comparaison  (Yoy.  tant). 


DE   LA   CONJONCTION.  393 

Et  se  ceu  ne  li  est  mies  asseiz ,  se  li  donrai  ancor  avec  ceu  lo  sien 
cors  misnies ,  car  cil  est  del  mien  cors ,  et  si  est  miens.  (S.  d.  S.B.  p.  549.) 
Si  Criz  donat  son  propre  sanc  por  lo  rachatement  des  aim'mes ,  ne 
te  samblet  il .  .  .    (Ib.  p.  555.) 

Et  por  ceu  ke  li  nons  et  li  malice  des  porseuors  soit  lonz  de  nos,  si 
vos  prei  ju  .  .  .     (Ib.  p.  557.) 

Mais  nen  est  ancore  mies  asseiz  se  li  seijanz  lait ....    (Ib.  ead.) 
E  puis,  si  te  plaist,  cunge  me  dune  que  jo  repaire  à  ma  cited. 
(Q.  L.  d.  R.  n,  p.  195.) 

Se  nos  par  lo  jor  entendons  la  joie   del  délit,    à  droit  est  dit  de 
ceste  nuit.    (M.  s.  J.  p.  462.) 

Se  uns  mors  et  uns  vis  astoient  en  un  liu,  ja  soit  ce  ke  li  mors 
ne  veist  lo  vif,  si  verroit  li  vis  lo  mort.    (Ib.  p.  465.) 
Pour  coi  vous  estes  revenu 
Ne  sai,  se  vous  ne  le  me  dites.    (R.  d.  M.  p.  55.) 
Se  jo  ne  sui  fille  de  roi, 
Si  sui  je  fiHe  à  rice  conte, 

Si  me  covient  garder  de  honte.     (P.  d.  B.  v.  10216-8.) 
Povre  sont  tuit  et  jo  si  sui.    (Ib.  v.  2583.) 
Li  rois  respont:  Or  soit  dont  si.     (Ib.  v.  2795.) 
Partonopeus  nel  fait  pas  si.    (Ib.  v.  7608.) 
Lez  fu  donques,  n'out  este  si.    (St.  N.  v.  1408.) 
Hon  dit:  Ce  que  tu  tiens,  si  tien; 
Ci  at  boen  mot  de  bone  escole.     (Ruteb.  I,  p.  126.) 
Mais  ele  n'a  pas  cuer  si  droiturier 
K'à  moi  n'afiei-t;  si  ne  puis  jou  kuidier 
K'en  li  ne  soit  et  pites  et  mercis.     (Romv.  p.  277.) 
Quer  mult  le  redotoent  e  s*  l'amoent  tuit.  (R.  d.  R.  v.  2294.) 
Dou  domage  des  morz  est  dui-ement  iriez. 
Si  n'est  pas  ancor  tant  de  gent  afabloiez 
Que  il  n'ait  bien  ancor  .x.m.  chevaliers.     (Ch.  d.  S.  Il,  p.  139.) 
Biaus  fiuz,  jou  vueil,  si  vous  en  pri.    (R.  d.  S.  G.v.  1740.) 
Ki  fuir  porent,  si  fuirent.     (R.  d.  R.  v.  7655.) 
Mais  j'aim.  miex  por  noient  servir 
A  li  et  morir  en  amant. 
Que  de  toutes  autres  joir; 
Si  m'en  facent  amoui'S  joiant.    (Romv.  p.  276.) 
Mais  or  ne  puis  plus  soustenir 
Sie  grief  fais,  ne  nus  n'eust  tant 
Soufert  nel  convenist  morir, 
S'il  n'amast  esragiement.     (Ib.  p.  275.) 
Qui  riches  est  s'a  parente.     (Ruteb.  I,  p.  226.) 
Dans  les  deux  exemples  précédents,   on  voit  que  Ve  de  se 
et  Vi  de  si  pouvaient  être  élidés,    quoiqu'ils  ne  le  fussent  pas 
toujours,  quand  le  mot  suivant   commençait  par  une  voyelle.    , 


394  DE   LA   CONJONCTION. 

Sire,  dist  li  valiez,  non  ferons  —  Si  ferons,  dit  li  pères.  (R.  d. 
S.  S.  d.  R  p.  31.) 

Dame,  je  crois  bien  qu'il  est  vostre  filz,  mes  il  n'est  mio  filz  de 
vostre  seingneur.  —  Sire,  si  est,  dist  la  roïne.  —  Non  est,  dame,  et 
se  vos  ne  me  dites  autre  chose,  je  m'en  ii'ai.    (Ib.  p.  26.  7.) 
Eemarquez  les  locutions: 

Gandins  esgarde  son  ami. 
Et  sus  et  jus  et  si  et  si    (P.  d.  B.  v.  8265.  6.) 
Car  il  n'en  poroit  à  cief  traire. 
Tant  fort  le  gardent  si  ami. 
Ne  s'ociroit  ne  si  ne  si.    (Ib.  v.  5464-6.) 
Pour  exprimer  la  possibilité   de  la  manière ,   on  se  sert  de 
comme  si.    Dans  l'ancienne  langue  on  pouvait  retrancher  le  se  (si). 
Et  ensi  repairent   à  lur  propres   afaires   corn  eles  unkes  ne   s'en 
partissent.     (M.  s.  J.  p.  496.) 

Remarque.  Notre  comme  sert  surtout  à  joindre  à  la  phrase 
principale  l'incidente  qui  exprime  une  égalité  qualitative  ou  une 
ressemblance,  et  alors  on  lui  donne  quelquefois  pour  corrélatif 
démonstratif  l'adverbe  ainsi;  mais,  en  général,  la  langue  moderne 
n'oppose  à  comme  aucun  corrélatif.  L'ancien  français  employait 
volontiers  dans  l'incidente  les  corrélatifs  correspondants  à  s/c, 
ita,  taïis^  etc.,  et  même  il  redoublait  souvent  le  corrélatif 
démonstratif,  c'est-à-dire  qu'il  le  mettait  dans  la  phrase  prin- 
cipale et  le  répétait  dans  l'incidente  qui  était  préposée  à  cette 
dernière. 

Si  com  se  traduit  par  comme  et  que. 

Sire ,  ce  dit  li  dus ,  si  comme  vos  commandez.   (Ch.  d.  S.  Il,  p.  156.) 
Sempres  si  cum  fu  arivez 
En  Engleterre,  reis  Alvrez 

Eeprist  le  règne  senz  content.     (Ben.  v.  27926-8.) 
Si  fist  l'on  si  cum  il  le  dist.     (Ib.  v.  22492.) 
Prometons   nos  loiament  à  tenir  et  faire  tenir  par  nos  aidans  et 
nos  aloies  toutes  choses  desusdites ,  tout  si  com  il  le  dira  et  l'ordenera. 
(1288.  J.  V.  H.  p.  468.) 

Si  ke  :  de  manière  que ,  tellement  que. 
Quant  li  poil  sunt  raseit,  si  rémanent  les  racines  en  la  char  et  si 
receissent  si  Jce  à  retrenchier  font.     (M.  s.  J.  p.  483.) 

Dous  anz  estut  Absalon  en  Jérusalem  si  qu'il  ne  vint  devant  le  rei. 
(Q.  L.  d.  E.  II,  p.  171.) 

Cume  li  pruveire  furent  eissud  del  saintuarie,  une  nieule  levad 
par  cel  temple,  si  que  li  pruveire  ne  pourent  ester,  ne  le  servise  faire 
pur  la  nieule  e  pur  l'oscurted.     (Ib.  v.  259.) 

Yers  la  fin  du  XIII^  siècle,  on  trouve  quelques  exemples 
où  si  que  a  la  signification  de  ai7isi  que,  comme. 


DE   LA   CONJONCTION.  395 

Mes  pour  couvrir  son  couvenant 

Se  maintint  en  celle  vespree 

Si  qu'elle  estoit  acoustumee.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  6793  -  5.) 

Far  si  que:  pourvu  que. 
Moût  desiroit,  se  il  peust 
Par  si  que  honte  n'en  eust 
Qu'il  peust  des  tournois  partir 
Et  vers  Escoce  revertir.    (R.  d.  1.  M.  v.  4003-6.) 
Biaus  amis,  vostre  anel  vous  rent: 
Car  par  lui  ne  voel  pas  garir 
Par  si  que  vous  voie  morir.    (FI.  et  Bl.  v.  2806-8.) 
Agoulans  vit  que  la  cite 
Ne  pot  tenir  à  sauvete, 
Si  manda  trives  à  Carlon, 
Par  si  que  tout  si  compagnon 
Peuissent  de  la  ville  issii* 
Tôt  sauvement,  pour  aus  garir, 
Quar  il  se  viout  à  lui  combattre.    (Phil.  M.  v.  5264-70.) 

Si  là  que:  jusqu'à  ce  que. 

Cette  locution  conjonctive  n'est  pas  très -ordinaire;  elle 
paraît  être  une  altération  de  de  ci  là  que. 

Regardèrent  le  dos  Moyse,  si  là  qu^il  fust  entrez  en  la  tentorie. 
(Exode.  V.  Roquefort.) 

Se  (si)  —  non. 
Se  (si)  —  non  répond  au  latin  nisi.     On  séparait  d'ordinaire 
les  deux  membres  de  la  composition. 

Que  entent  om  par  lo  test,  se  la  vigor  non  de  desti*enzon,  et  par 
lo  venin  la  maie  pense?     (M.  s.  J.  p.  449.) 

Et  là  si  a  un  flum  qui  fiert  en  la  mer,  que  on  n'y  puet  passer  se 
par  un  pont  de  pierre  non.    (Villeh.  451  ''.) 
N'i  remest  se  M  enfes  non, 

Qui  tut  sul  gardoit  la  meison.     (St.  N.  v.  1186.  7.) 
Cfr.  :  Nulz  ne  vient  al  Père  se  par  moi  w'est.     (M.  s.  J.  p.  486.) 

2ant  corn:  tant  que,  aussi  longtemps  que. 
Raoul  donnastes  autrui  terre  en  baillie. 
Vos  li  jurastes  devant  la  baronie 

Ne  li  fauriez  tant  com  fussies  en  vie.     (R.  d.  C.  p.  218.) 
Tôt  mon  roiame  ai  ame  poi 
Tant  corne  jo  perdu  vos  oi.     (P.  d.  B.  v.  9277.  8.) 

Tant  que:  jusqu'à  ce  que. 
Si  se  tem'ont  en  nostre  loi 
Tant  qu'il  nos  aient  pris  al  broi.    (P.  d.  B.  v.  9017.  8.) 


396  DE   LA   CONJONCTION. 

De  legier  laisse  poire  et  maire, 

Et  famé  et  enfans  et  sa  terre, 

Et  met  por  Dieu  le  cors  en  guerre, 

Tant  que  Dieux  de  cest  siècle  l'oste.     (Ruteb.  I,  p.  48.) 

Secorez  la,  c'or  est  mostiers 

N'atendez  pas  tant  que  vous  emble 

La  mors  l'ame.     (Ib.  I,  p.  93.) 

Maint  dui'  estor,  mainte  bataille, 

Lor  tindrent  puis  ades  e  mais, 

Tant  que  la  terre  fu  en  pais.     (Ben.  v.  39060  -  2.) 

Tantost  (=  tant  tost)  eom ,    tantost  que  —  sitost  com ,   sitost  que  : 

aussitôt  que. 

Atant  s'en  turnad  la  dame  e  vint  en  la  citet  de  Thersa,  e  tant  tost 

cume  ele  mist  le  pie  en  sa  maisun ,  li  enfes  mui'ut.    (Q.  L.  d.  R.  III,  p.  293.) 

Tantost  comme  li  empereres  ot  ainsint  commande  à  ses  serjanz ,  il 

fu  faiz.    (R.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  12.) 

Et  tantost  comme  en  eut  mengie, 

Poui'pensa  soi  qu'il  ot  pechie.     (R.  d.  S.  G.  v.  117.  8.) 

Tantost  que  venir  le  verray, 

A  vous  venray  par  un  sentier, 

Bien  le  saray  adevancier.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  4326-8.) 

Mais  foi  ke  doi  toz  mes  amis. 

Droite  vanjance  t'an  ferai. 

Tantôt  Jce  revenus  serai     (DoL  p.  227.) 

Sitost  comme  il  fu  repentans.    (R.  d.  1.  M.  v.  5747.) 


CHAPITRE  X, 


DE    L'INTERJECTION. 

Avoï,  (aoi,  aè\  dans  les  refrains). 

Cette  interjection  sert  en  général  à  exprimer  l'étonnement, 
avec  une  idée  de  contrariété,  de  mécontentement,  d'irritation. 
L'on  a  émis  diverses  opinions  sur  son  origine.  M.  Diez  (II, 
p.  413)  dit:  „avoi^  d'où  notre  allemand  du  moyen -âge  avoy, 
proprement  ha  voi^  itaUen  eh  via  (=  voie),  ei  was^  proprement 
ei  weg}'-  M.  F.  Michel  (Chanson  de  Roland,  Closs.  s.  v.  aoi)  se 
demande  si  aoi  (avoi)  ne  serait  pas  une  altération  du  mot  anglo- 
saxon  apeg^  maintenant  away  en  anglais.  M.  Cénin  (Ch.  d. 
Eoland  p.  340)  traduit  avoi  par  à  voie!  allons!  en  route!  F. 
Wolf  (Ueber  die  Lais  p.  189)  trouve  dans  a/voi  un  refrain 
d'église:  evovae^.  D'autres  enfin  ont  pris  avoi  pour  Vevoe 
classique. 

Avoi  me  paraît  tout  simplement  être  une  composition  de  ha 
ou  ah  interjectif  et  de  w^,  du  verbe  voir.  L'espagnol  a  une 
interjection  tout  à  fait  identique  dans  afé=ave,  c'est-à-dire 
a-ve:  a  interjectif  et  ve  =  vide.     (Y.  Diez  p.  II,  p.  387.) 

Avoi!  sire,  che  dist  Gerars; 
Puis  que  mesires  Lisiars 

Velt  gagier,  por  moi  ne  remaigne.    (R.  d.  1.  V.  v.  288  -  90.) 
Copes  moi    la  teste.   —  Avoi!  biaus    père,    ce  ne  ferai  ge  mie. 
(E.  d.  S.  S.  d.  R.  p.  32.) 

Avoi!  dist  li  père,  beals  filz  .  .  .     (Chast.  XXII.  v.  255.) 

Quant  à  lui  vindrent  si  chadaine 

E  li  meillor  de  sa  compaigne, 

Tuit  plein  d'esmai  e  de  contraire 

De  ce  que  H  dux  voleit  faire: 

Avoi!  funt  il,  sire,  entent  nos...     (Ben.  v.  21778-82.) 

(1)  La  dérivation  d'evwoe  est  tout  à  fait  impossible;    ce  mot  n'aui-ait  jamais  pu 
produire  qvJeooe,  trissyllabe. 


398 

Avoi!  font  il,  franc  duc  corteis, 

Qu'est  ce  dunt  tu  nos  aparoles? 

Tôt  apertement  nos  afoles.    (Ib.  v.  23528-30.) 

Havoi!  sire  rois,  vos  pour  coi 

Aves  çou  dit.     (Ben.  IV,  p.  79.) 

Avoi!  lion,  ocies  Floire.    (FI.  et  Bl.  v,  948.)  ' 

Avois  !  chastelains ,  et  comment 

Quidies  vous  estre  si  secres 

Que  je  ne  sache  où  vous  âmes?    (K, d. C.  d.C.  v.5095-7.) 

Dehait,  mal  dehait. 

Le  simple  de  ce  mot  est  hait^  qui  signifiait  plaisir,  satis- 
faction^ gré,  joie^  allégresse^  bonne  disposition  de  T esprit  ou  du 
corps ^  courage.  De  là  le  verbe  haiter,  haitier^  encourager,  con- 
forter, ranimer  le  courage,  faire  plaisir,  réjouir,  au  participe, 
dispos,  en  bonne  santé;  dehait,  déplaisir,  chagrin,  mauvaise 
disposition  de  l'esprit  ou  du  corps,  abattement,  maladie;  d'où 
dehaiter^  dehaitier.  Il  nous  est  resté  souhait^  désir  secret;  sou- 
haiter. Hait  dérive  du  vieux  norois  heit  =  votum ,  promissum, 
d'où  s'est  développée  la  signification  désir,  voeu,  qu'on  retrouve 
dans  la  locution  à  hait,  à  souhait,  au  gré  de  ses  désirs,  et 
dans  souhait. 

Neu  curent  pas  tel  hait  en  l'ost  ne  hier  ne  avant  hier.  (Q.  L.  d. 
R.  I,  p.  15.) 

[Non  enim  fuit  tanta  exultatio  heri  et  nudius  tertius.] 

Or  quit  qu'à  mult  maie  aise  sunt 

Cil  te  la  tor  desus  d'amont: 

N'en  devaient,  n'a  eus  ne  vait 

Nus  qui  lor  dunt  confort  ne  hait.    (Ben.  v.  32508-11.) 

Car  nus  hom  n'ert  ja  tant  iries 

S'auques  i  est  ne  soit  haities.    (P.  d.  B.  v.  1104.  5.) 
U  Jonathas  le  fiz  Saul  vint  à  lui,  sil  cunfortad  e  haitad  en  Deu. 
(Q.  L.  d.  R.  I,  p.  91.) 

Bien  sot  au  roi  aler  entor 

A  guise  de  losangeor. 

Un  jor  trova  le  roi  haitie 

Si  l'a  à  consel  afaitie.    (Brut.  v.  7007  - 10.) 

Quant  il  ot  la  lettre  leue, 

La  couleur  li  est  revenue. 

Et  se  commence  à  rehaitier.    (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2889-91.) 

Por  le  deshet,  por  le  contraire 

N'i  veut  longe  demore  faire.     (Ben.  v.  32594.  5.) 

Que  monte  cis  diols  et  ceste  ire 

Qui  nos  deshaite  et  vos  empire?     (P.  d.  B.  v.  4953.  4.) 
Remarquez  encore  haitement  =  hait. 


399 

Haitement  pemez  e  confort.     (Ben.  H,  v.  1869.) 

Et  faisoit  sovent  faus  bries  faire 

Por  moi  à  haitement  atraire.     (P.  d.  B.  v.  10033.  4.) 
Cfr.  t.  I,  p.  127,  1.  9;  p.  148, 1.  35;  p.  235, 1.  29;  brocher  ad 
eït.  t.  I,  p.  324,  1.  25,  etc. 

On  disait  aussi  mal  dehait  et,  par  opposition,  hon  hait. 

Pour  qui  lono  temps  eut  mal  dehait 

Tout  celui  jour  fu  en  hon  hait.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  2417. 8.) 
Dehait  ou  mal  dehait  s'employait  comme  interjection. 

Déhait  qui  chant  mes  que  soies  garie.  (Fierabras  LXVIII,  c.  2.) 
Souvent  on  disait,   en   prenant  dehait  pour   un   substantif: 
dehait  ait.,  cent  dehez  ait.,  mdl  déhait  ait! 

Dehe  ait  que  puis  le  crendreit  !     (Ben.  v.  9103.) 

Dient  François:  Dehet  ait    ki  s'en  fuit!    (Ch.  d.  R.  p.  41.) 

Cent  dehes  ait  qui  ja  mes  vous  faudra  !    (Agol.  v.  596.) 

Mal  déhait  ait  ke  nos  doue  a  maingier  !     (G.  d.  Y.  v.  3460.) 

On  trouve  enfin  l'orthographe  dahait.,  dahe,  qui  est  certaine- 
ment altérée.     (O.  1.  L.  I,  p.  275,  283.) 

Diva. 

Cette  interjection  se  montre  plus  tard  sous  la  forme  dea, 
et  nous  l'avons  conservée  dans  om-da,  n^nm-da.  Diva  expri- 
mait une  invitation  pressante,  une  prière,  et  quelquefois  un 
reproche. 

Ménage  dérive  diva  (dea)  de  vri  rbv  Jia  de  ou  vr]  ôrj. 
M.  F  r.  Michel  propose  diva  i.  e.  Maria  (Charl.  p.  74.  s.  v.  diva)^ 
comme  racine  de  diva.  Diva  explique,  selon  M.  P.  Paris,  par 
dis  valet  =  die  puer  (0. 1.  L.  I,  p.  295,  II,  p.  23.  cfr.  ib.  II,  p.  155.). 
Ces  étymologies  ne  sont  basées  sur  rien  de  solide. 

M.  Chabaille  (Kom.  du  Eenart  Suppl.  p.  16  note)  écrit  di, 
va  au  Ueu  de  diva ,  et  il  voit  dans  cette  locution  un  gallicisme 
qui  peut  se  traduire  par  allons,  dis;  parle,  Je  t'en  prie.  H  a  eu 
tort  d'écrire  di.,  va,  et  diva  n'est  sans  doute  pas  un  gallicisme 
à  la  manière  dont  il  l'entend;  mais  il  a  rencontré  juste  en 
décomposant  diva  en  di  et  va. 

Va  est  l'impératif  àJ aller,  qui  s'employait  souvent  dans  le 
même  sans  que  diva. 

Lesse,  va,  tost  les  chiens  aler.  ^  (R.  d.Ren.I,p.47.v.l220.) 
Qui  es  tu,  va,  qui  vas  par  ci?    (Ruteb.  Il,  p.  101.) 

Ce  va  se  retrouve  encore  dans  le  provençal  moderne.  (Yoy. 
Honorât,  Dict.  prov.  franc,  s.  v.  vai,  va,  vaine.) 

(1)  L'éditeur  ponctue  maladroitement:  Lesse,  va  tost,  les  clùens  aler. 


400  DE  l'interjection. 

On  préposa  ensuite  à  va  l'impératif  de  âdre,  di\  sans  doute 
pour  renforcer  la  signification  de  va.  C'est  ce  que  prouve  le 
vers  suivant  où  di  est  répété. 

Et  tu,  àiva  di.  fax  noienz, 

Tu  ne  sai  pas  vaillant  un  pois.     (Ruteb.  I,  p.  335.) 
Yoici  quelques  exemples  de  cette  interjection. 
Diva!  fetlerois,  garde  se  tu  me  porras  garir.  (R.d.S.S.  d.R.p, 39.) 
Divai,  fait  il,  car  nos  viele  un  son.   (Fierabrasp.  166,c.2.) 
On  voit  ici  va  avec  la  forme  bourguignonne:  vat;  nouvelle 
preuve  en  faveur  de  l'origine  que  j'attribue  à  dïva. 
Li  termites  tost  li  respont: 
Diva!  cil  Dex  que  fist  le  mont 
Il  vus  donst  voire  repentance.    (Trist.  I,  p.  70.) 
Diva!  fet  il,  où  sont  aie 

Les  âmes  que  je  te  lessai.    (Fabl.  et  C.  m,  p.  294.) 
Diva!  conte,  qu'as  tu  trouve?    (R.  d.  C.  d.  C  v.  4064.) 
Dea  faust  il  que   vous   austres  parliez  aussy   de  la  guerre,   qui 
ressemblez  proprement  aux  casserons  ?    (Amyot.  Hom.  iU.  Themistocles.) 
Pourquoy  non  dea  ?    (Montaigne  Ess.  ni,  5.) 

JSaro^  harou,  hareu. 

Du  Gange,  Ménage,  Eoquefort,  etc.  font  dériver  cette 
iterjection  de  „/î«  et  de  Eaoul^  à  cause  de  Raoul,  premier  duc 
de  Normandie ,  qui  se  rendit  célèbre  et  cher  à  ses  sujets ,  par 
son  amour  pour  la  justice  et  sa  sévérité  à  la  rendre,"  M.  Diez 
(n,  414.)  semble  se  ranger  à  la  même  opinion,  ce  qui  m'é- 
tonne fort  de  la  part  de  cet  iUustre  linguiste  ;  il  aurait  dû  voir 
que  l'interjection  ha  n'est  ici  nullement  à  sa  place.  Je  ne  parle 
pas  de  l'invraisemblance  qu'il  y  a  à  faire  passer  si  lestement 
cette  interjection  normande  dans  les  autres  provinces. 

Haro.,  de  même  que  les  verbes  liaroder^  harer  ou  ha/rier.,  dé- 
rivent des  idiomes  germaniques.  Haro  et  haroder  ont  leur  ra- 
cine dans  le  v.  h. -ail.  herot  =  hue,  en  vieux  saxon  herod {(jvimm. 
m,  p.  179.174.);  harer  ^  harier.,  ont  la  leur  dans  la  forme  simple 
hera  et  hara.,  dont  la  signification  est  la  même  que  celle  de 
herot  (Grimm,  ib.  p.  178.).  Ainsi  haro  signifie  tout  simplement 
ici!  venez  gàl  Haroder  signifiait  crier  haro.  Harier^)  avait  le 
sens  de  agacer^  harceler.,  défier.,  provoquer  au  combat. 

Ha/ro  fut  plus  tard  employé  comme  substantif  dans  le  sens 
de  m,  clameur.,  tumulte, 

Harou,  harou!  he  aidiez  moi!     (M.  d.  F.  H,  p.  114.) 

'(1)  Cfr.  le  verbe  faible  du  v.  h, -ail.  harên,  crier,  appeler,  Indi  suachanti  trahtin 
in  managi  linteô ,  hwemu  deisu  harèt ,  wërahman  sînan ,  afur  quidit.  rKero ,  -  version 
interlinéaire  de  la  Eegula  St.  Benedicti.  Introduction.)  [Et  quaerens  dominus  in  mul- 
titudine  populi ,  cui  haec  clamât,  operarium  suum,  iteram  dicit.J 


DE  l'inteejection.  401 

Hareu,  hareu!  ki  est  deu 
A  mon  enfant.    (W.  A.  L.  p.  80.) 
La  noise  et  le  haro  monta,   et  tant  que  plusieurs  gens   en   furent 
efîrîiyes.     (Froissart.  I,  XCIX.) 

Je  mors,  je  poins,  j'argue  et  puis  harie.    (Roquefort  s.  v.  harier.) 
Un  sanglier  ay  hui  tant  cliacie 
Que  j'ay  toutes  mes  gens  laissie 
Et  me  sui  ou  bois  esgare; 

Tant  ay  fort  le  sanglier  hare.    (Th.  F.  M.  A.  p.  582.) 
Passe  avoit  deux  cents  ans  que  ils  ne  se  fussent  guerroies  et  haries, 
(Froissart.  LV.) 

On  a  dit  aussi  harï  (R.  d.  1.  Rose)  pour  haro.  (Cfr.  Roquefort 
s.  V.  haro.) 

Cfr.  Du  Gange  s.  v.  haro. 

Hélas! 
Heïas  se  compose  de  hai^  ha  et  de  las.    Las^  de  lassus^  s'em- 
ploie   encore   aujourd'hui  comme   interjection  (voy.  le  Dict.  de 
l'Académie  s.  v.)  ;  mais ,  dans  l'ancienne  langue ,  il  était  variable. 
Las^  adjectif,  signifiait  las^  malheureux^  miser  aile.     Quant  à  ^««, 
ha^  il  représente  certainement  le  latin  ai  (eu)  et  le  h  n'est  qu'un 
signe  muet.     (Yoy.  plus  bas  hai.) 
Si  fist  que  las, 
Quant  fu  al  ovre  senz  mester.    (Ben.  t.  3,  p.  492.) 
He  lasse  moy!    (P.  d.  B.  v.  5681.) 
Lasse!  que  porrai  devenir?    (Ruteb.  I,  p.  310.) 
Lasse!  fait  ele,  com  est  foie 

Qui  home  croit  por  sa  parole.    (P.  d.  B.  v.  4689.  90.) 
Hailas!  chier  sire  Deus,  ke  ferons  ke  cil  sunt  U  primier  en  ta  per- 
sécution,   qui   en  ta   glise  ont  porpris  les  signeries    et   les   honors? 
(S.  d.  S.  B.  p.  556.) 

Alas!  dist  il,  je  sui  honiz.    (Chast.  XXII.  v.  163.) 
Allas!  cum  fait  dol  d'Aquitaine!     (Ben.  I,  v.  1071.) 
Halas!  fait  il,  dolanz,  chetis, 
Qui  dedenz  mei  t'esteies  mis.     (M.  d.  F.  Il,  p.  242.) 
Quand  las  n'était  pas  employé  comme  interjection ,  on  le  fai- 
sait souvent  suivre  de  la  préposition  de. 
Quant  issi  do  cors,  molt  gémi 
Et  dolosa  la  lasse  <^'ame, 

Et  molt  reclama  nostre  Dame.    (Ben.  t.  3,  p.  513.) 
De  lasj  on  forma  le  substantif  laste  (Berte  a.  g.  p.  p.  64), 
lassitude,  chagrin. 

Waij  guai. 
Cette  interjection  traduit  le  latin  vae  (grec  oval),  mais  eUe 
n'en  dérive  pas,  comme  le  prouvent  le  w  et  le  ffu,   qui  repré- 

Burguy ,  Gr.  de  la  langue  d'ofl.    T.  n.    Éd.  III.  26 


402  DE  l'interjection. 

sentent  le  w  allemand.  Wai ,  guai  ont  en  effet  leur  racine  dans 
le  gothique  vai!  v.  h. -ail.  w%;  anglo-saxon  vea^  va.  (Italien, 
espagnol,  portugais:  guai!) 

Wai  à  ti,  ki  onkes  tu  soies,  ki  vuels  repairier  al  brau  et  retor- 
neir  à  ce  ke  tu  as  vomit!    (S.  d.  S.  B.) 

Wai  celui  par  qui  vient  escanles  d'escunbrier  !  (Th.  Cantb.  p.  79,  v.  5.) 

De  ce  dist  la  Scriture  des  dampneiz:  (xuai  à  ceaz  ki  ont  perdue 
la  soffrance.    (M.  s.  J.  p.  448.) 

Dont  uns  sages  dist  bien  :  Guai  al  pecheor  entrant  en  la  terre  par 
dous  voies  !    (Ib.  p.  494.) 

C'est  de  cette  interjection  que  dérive  notre  otmia. 

Haï. 

Rm^  forme  que  nous  avons  vue  plus  haut  (s.  v.  hélas),  s'em- 
ployait avec  le  pronom  Me:  haimi^  aimi^  puis  hemi.,  ainmi.  Ces 
interjections  exprimaient  la  plainte. 

Hait  cume  as  ested  ui  glorius.     (Q.  L.  d.  R.  II,  p.  141.) 

Haimi  !  sire,  por  Diu  mierchi . . .  (R.  d.  Ren.  lY,  p.  79,  v.  2182.) 
Hemi!  dist  elle  que  m'avient.     (R.  d.  C.  d.  C.  v.  5669.) 
Aymi!  j'atendoie  mercy.    (Ib.  v.  3443.) 
Ammi!  corn  m'aves  ahontee!    (Ib.  v.  5812.) 

Aj  ah^  ahi  —   0,  oA,  oihi. 
Ces  interjections,  comme  la  précédente,   servaient  pour  la 
plainte. 

Al  terre  à  pleindre,  doleruse.  (Ben.  I,  v.  1113.) 
Ahil  dist  ele,  fel  traiter.  (Chast.  XXŒ.  v.  191.) 
Alfhiï  Tristran,  si  grant  dolors 

Sera  de  vos (Trist.  I,  p.  42.) 

Ohil  Jésus!  dhiî  bel  sire.    (R.  d.  S.  p.  12.) 
Ohil  Ysolt,  ohil  amie, 

Hom  ki  ben  aime  tart  ubhe.    (Trist.  Il,  p.  123.) 
Cfr.  Kahai  (R.  d.  Ren.  t.  lY,  p.  239.) 

Keu. 
Heu ,  comme  hailas ,  servait  pour  la  plainte ,  et  on  le  trouve 
même  en  composition  avec  las:  heuïas.     Heu  était  en  outre  une 
exclamation  d'horreur,  d'effroi. 

Grant  hide  en  a  et  grant  freor 

Heul  fet  il,  frère,  heul 
Dites  moi  tost,  se  lou  savez, 
Quel  maladie  vous  avez.    (N.  R.  F.  et  C.  H,  23.) 
Hu, 
exclamation  de  moquerie ,  de  mépris ,  de  colère ,  ou  cri  pour 
effrayer,    épouvanter.      C'est  la   racine   de  husr^   huard^   criard, 


DE  l'interjection.  403 

huette^  hulotte  et  petit  duc.     Il  se  pourrait   cependant   que  ce 
dernier  dérivât  immédiatement  du  h. -ail.  Mwo^  chouette. 
Veez  le  fol!  Im!  hu  !  hu!  hu!    (Trist.  Il,  101.) 
Hu!  hu!  faite  ele,  vilanaille, 
Chien  arage,  pute  servaille.     (Ib.  p.  246.  c.  2.) 
Su  n'a  été  emprunté  à  aucune  langue ,  quoiqu'il  se  retrouve 
dans  les   idiomes  germaniques  et   dans  le  celtique;  c'est  une 
onomatopée. 

Kemarquez  l'expression:  lever  le  hu  sur  quelqu'un. 


On  jurait  par  le  corps,  par  le  sang,  par  la  chair,  etc.  de 
Dieu ,  par  la  mort  de  J.  -  C. ,  par  les  clous  de  la  croix ,  etc.  etc.  ; 
de  là  les  interjections:  par^  por  Dieu^  mort  Bieu^  le  cor  Dieu^ 
la  car  Dieu^  etc.  qu'on  changea  en  par  hieu^  mor  hieu  (aujourd'hui 
morbleu),  cor  lieu  (corbleu),  car  lieu^  etc.  par  respect  pour  le 
nom  de  Dieu. 

Dame,  fait  il,  par  vo  merchi, 

For  Biu  cor  m'emportes  de  clii.    (R.d.l.V.v.  2099. 2100.) 
Le  mort  et  les  claus  a  jure 
Que  maintenant  sera  vengies.     (Ib.  p.  262.) 
Par  le  car  biu!  mar  i  fut  fait.     (L.  d'I.  p.  13.) 
Por  le  cuer  hieu  la  moie  cope.     (R.  d.  Ren.  Il,  23.) 
Par  le  cuer  he,  sire  Coart.     (Ib.  ead.  p.  62.) 
On  voit  que  les  formes  du  mot  Dieu  se  reproduisaient  dans 
la  transformation  hieu. 


Roquefort  cite  le  mot  wacarme  comme  une  interjection 
française,  et  M.  Diez  (H,  413.)  l'admet  aussi.  C'est  une 
erreur;  la  langue  d'oïl,  n'a  jamais  connu  d'interjection  wacarme. 
Œ  G-uiart  dit  déjà  que  ce  mot  est  belge  (Y.  DC.  s.  v.  Wa- 
charmen).  Les  vers  suivants  confirment  en  quelque  sorte  cette 
donnée. 

Marnent  seut,  si  cria  waskarme! 

Hiere  Renart  goude  kenape.    (R.  d.  R.  IV,  p.  239,  v.  2882. 3.) 
Wacarme  est  en    effet  l'interjection  néerlandaise   wacJiarme^ 
qui   répond  à   l'aUemand   weli   armer.      C'est  de  wacharme    que 
dérive  notre  substantif  vacarme^   comme   le   fait  fort  justement 
observer  M.  Diez  (1.  c.) 


26* 


Halle  s/S.  (Allemagne),  Imprimerie  de  l'Orphelinat. 


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2818 

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1882 

V.2 


Burguy,  Georges  Frédéric 

.    Grammaire  de  la  langue 
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